dimanche 23 mai 2010

France — halte aux notes à l'école !


La réalité dépasse parfois l’affliction.

Les parents d’élèves de trois associations du privé et du public l’Apel, la FCPE, la PEEP ont lancé mardi un appel au ministre de l’Education nationale français, Luc Chatel, pour remettre en cause le système de notation actuel qui inévitablement conduit à classer le élèves selon leurs résultats. Ils proposent la mise en place d’un « contrat de confiance ».

Il s’agit pour ces parents de dénoncer ce «grave dysfonctionnement », qui aboutit à classer les élèves dans les « bons », les « moyens » et les « mauvais » éléments. « La société fait jouer aux enseignants le rôle de sélectionneurs malgré eux », explique André Antibi, professeur de didactique à l’université Paul-Sabatier de Toulouse, chef de file du mouvement.

Dans Marianne, David Desgouttes s’élève contre cette proposition : « Qu’un gosse d’ouvrier, de paysan ou de chômeur ne puisse pas, par la force de son travail, de ses efforts, montrer aux siens — mais surtout à lui-même — qu’il peut rafler des prix au nez et à la barbe de ses copains plus fortunés, c’est déjà une erreur. Lui enlever aujourd’hui la possibilité d’être le premier de la classe, en supprimant les notes, serait une faute impardonnable. »

Source : Le Parisien




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Le Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité exige le retrait des cours d'éthique et de culture religieuse

Les conférenciers à un colloque organisé par le Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité (CCIEL) en viennent pratiquement tous à la même conclusion: il faut une charte de laïcité stricte au Québec.

La députée Louise Beaudoin et l'ex-politicienne Liza Frulla étaient par mi les conférenciers à cette rencontre qui a débuté mercredi et qui se terminait hier.

Selon la porte-parole du CCIEL, Djemila Benhabib, l'auteure du pamphlet Ma vie à contre-coran, deux points cruciaux devront absolument faire partie d'une telle charte: l'interdiction de porter des signes religieux ostentatoires et le retrait des cours d'éthique et de culture religieuse de toutes les écoles de la province

Source Le Journal de Québec




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samedi 22 mai 2010

ECR — « Une Vérité qui dérange » d'Al Gore en éthique

Comme on l'a appris lors d'une réunion du Bureau d'approbation du matériel didactique (le « Poliburo ») du Monopole de l'Éducation du Québec (MELS), les commissions scolaires produisent aussi du matériel didactique, des leçons (des SAÉ en pédagolangue). Ces SAÉ ne sont pas approuvées par le BAMD, mais leur rédaction est supervisée par les directions générales des commissions scolaires et des formateurs du Monopole de l'Éducation du Québec (MELS).

Des commissions scolaires de la région de Montréal (celles de la Pointe de l'Île, de Montréal et Marguerite-Bourgeoys) ont donc rédigé une série de SAÉ en éthique, l'une d'elles porte sur l'avenir de l'humanité, un des thèmes au programme d'Éthique et culture religieuse (ECR).

Pour bien mettre dans l'ambiance les écoliers captifs, ces commissions scolaires proposent de commencer la leçon d'ECR en imposant la diffusion du film d'Al Gore, Une Vérité qui dérange (voir ci-dessous).

Ensuite, on demande comme réalisation « éthique » de produire une affiche « écocondriaque » pour sensibiliser et motiver « à poser des gestes en vue de diminuer les effets des changements climatiques ». Même les changements naturels ? Même bénéfiques ?



En octobre 2007, le film « Une vérité qui dérange » a fait l'objet d'un jugement de la justice britannique saisie par le chef d’établissement d’un lycée du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. Le tribunal a répertorié au moins neuf erreurs :
  1. M. Gore assure qu’une élévation, jusqu’à 20 pieds (6 m) du niveau des océans pourrait être causée par la fonte des glaces « dans un avenir proche ».

    Jugement : « Ceci est clairement alarmiste » et ne se produira, au pire, que dans un millénaire.

    Note : Même le GIEC (pourtant alarmiste) ne parle que de 42 cm d’ici la fin du siècle (soit 13 fois moins que M. Gore !) Une telle élévation impliquerait la fonte de tout l’Antarctique, ce qui ne risque pas de se produire avant plusieurs milliers d’années ! Hormis la péninsule Ouest (2 % de l’Antarctique), le continent austral ne fond pas, bien au contraire.

  2. Les atolls du Pacifique à très faible altitude ont déjà été évacués.

    Jugement : Il n’existe aucune indication qu’une évacuation ait déjà eu lieu.

  3. Le Gulf Stream qui réchauffe l’océan Atlantique s’arrêterait.

    Jugement : Il est « très improbable » que le Gulf Stream s’arrête dans le futur, même s’il peut ralentir.

    Note : Cet arrêt serait dû, d’après les modèles, à une baisse de salinité causée par la fonte des glaces. Or, une récente étude tend à démontrer qu’au contraire, la salinité AUGMENTE depuis 1955 !

  4. Les graphiques montrant une élévation du taux de CO2 et de la température sur 650 000 ans montrent une concomitance parfaite.

    Jugement : Les deux graphes sont effectivement corrélés, mais ces deux graphiques n’indiquent pas ce que M. Al Gore affirme.

    Note : Bien qu’il y ait corrélation, la température précède pratiquement toujours le taux de CO2 (d’environ 800 ans en moyenne), indiquant que le taux CO2 serait plutôt une CONSÉQUENCE de la température.

  5. La disparition des neiges du Kilimandjaro est due au réchauffement climatique.

    Jugement : On considère que, plus probablement, ceci résulte de l’augmentation de la population, une surexploitation agricole, le déboisement des environs et de la variabilité climatique régionale.

    Note : De plus, les neiges du mont Kilimandjaro sont en déclin depuis beaucoup plus longtemps que l’ère industrielle, ce qui indique que le CO2 n’a pas déclenché le processus.

  6. L’assèchement du Lac Tchad est un exemple évident de l’influence catastrophique du réchauffement climatique.

    Jugement : Données insuffisantes pour établir la cause exacte.

    Note : Le pompage excessif et les changements de pratiques agricoles seraient en partie responsables de son assèchement, lequel subit aussi des pressions naturelles (il a d’ailleurs été sec plusieurs fois par le passé, dont 8550 ans, 5500 ans, 1000 ans et 100 ans avant J.-C.)

  7. L’ouragan Katrina est accusé de résulter du réchauffement climatique.

    Jugement : Il n’existe pas de preuves suffisantes pour établir cela.

    Note : Cette région, étant sur une plaque tectonique qui s’enfonce, est sujette aux inondations. Il y a toujours eu (et il y aura toujours) des ouragans dans la région du golfe du Mexique. Si leur nombre ne démontre aucune tendance à la hausse depuis plusieurs décennies, la couverture médiatique elle, a augmentée considérablement.

  8. On a trouvé des ours polaires morts, noyés pour avoir nagé sur de longues distances — jusqu’à 60 milles — pour trouver de la glace.

    Jugement : Seuls quatre ours polaires ont été retrouvés noyés à la suite d’une tempête.

    Note : Nous savons depuis longtemps que les ours polaires nagent facilement une centaine de kilomètres, à la recherche de proies (il s’agit d’un animal bien adapté pour la vie aquatique). Fait cocasse: M. Gore a dû se rabattre sur une animation 3D pour montrer un ours polaire en détresse et faire passer son message, faute d’avoir trouvé de véritables ours malheureux dans l’eau ! Les fameux 4 ours ont été pris dans une tempête en mer de Baffin, qui ironiquement de refroidit depuis quelques décennies.

  9. Les récifs de corail dépérissent à cause du réchauffement climatique et d’autres causes.

    Jugement : Il est difficile de séparer les effets liés au climat des autres causes de dépérissement comme la surpêche et la pollution.
Le tribunal ne s'est pas opposé à la diffusion du film dans les établissements scolaires du Royaume-Uni, à condition qu'il soit accompagné d'une documentation indiquant ce qui est de l'ordre du consensus scientifique, ce qui ne l'est pas et ce qui est un point de vue politique.

De son côté Christopher Monckton, ancien conseiller politique de Margaret Thatcher, a relevé 26 erreurs supplémentaires qu'il a réunies dans un document.

En Colombie britannique, une commissaire scolaire de Surrey a recommandé que le film La Grande Arnaque du réchauffement climatique, film tout aussi polémique qu'Une Vérité qui dérange auquel il répond, soit montré aux écoliers quand on leur impose la diffusion de « Une Vérité qui dérange ». Un homme d'affaire de Vancouver a également offert gratuitement des DVD de ce film contradictoire.


Première partie de La Grande Arnaque du réchauffement climatique




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Le Régime des rentes du Québec serait insoutenable et inique pour les jeunes générations

Une étude de l'Institut économique de Montréal (IEDM) démontrerait que les rendements du régime des rentes du Québec sont désavantageux pour les jeunes générations.

L'IEDM propose de donner le choix aux cotisants de se retirer du RRQ en faveur d'un régime privé.



Extraits de l'étude :

La création du Régime de rentes du Québec remonte au milieu des années 1960. Le programme est entré en vigueur le 1er janvier 1966 et a commencé à émettre des chèques aux retraités en 1967. Il s’agit d’un régime de retraite universel administré par l’État, auquel tous les travailleurs de 18 à 70 ans doivent contribuer.

Au cours des ans, la situation financière du régime devient de plus en plus précaire. Cette pression accrue s’explique notamment par la hausse de l’espérance de vie, par le faible taux de natalité et par la croissance des salaires plus lente qu’anticipée.

Certains de ces facteurs ont servi àjustifier une importante hausse des taux de cotisation au fil des ans, les faisant passer de 3,6 % des revenus de travail admissibles de 1966 à 1986 à 9,9 % depuis 2003. Ces hausses ont entraîné une iniquité de plus en plus grande entre les travailleurs qui cotisaient au départ par rapport à ceux qui cotisent aujourd’hui à des taux trois fois plus élevés. Le simple fait de faire passer ce taux de 3,6 % à 9 % représente une hausse de cotisations annuelles au RRQ de plus de 2300 $ pour un travailleur gagnant 40 000 $.

Malgré ces augmentations de cotisations importantes, nous sommes toujours sous le taux d’équilibre — c’est-à-dire le taux qui permettrait de maintenir une réserve stable — qui se situe à 10,95 % selon les plus récentes estimations actuarielles. Celles-ci prévoient même que le taux de cotisation devra atteindre environ 12,5 % si rien ne change bientôt. Ces données sont basées sur un taux de rendement moyen de la réserve de plus de 7 % par année. Si la réalité du rendement, de la démographie ou du marché du travail s’avère moins favorable que les hypothèses, les contributions devront encore être haussées.

Les retraités actuels bénéficient d’avantages substantiels par rapport aux cotisations qu’ils ont versées. Il en est de même pour les baby-boomers qui s’apprêtent à prendre leur retraite.

Ce sont les jeunes Québécois qui devront combler le manque à gagner entre le montant que les retraités actuels ont versé pendant leur vie active et ce qu’ils retirent aujourd’hui.

Ainsi, un travailleur québécois né en 1930 et qui a pris sa retraite à 60 ans a profité d’un rendement moyen de 14,5 % sur l’argent qu’il a versé, en grande partie parce qu’il n’a pas cotisé dès son arrivée sur le marché de l’emploi. Ce rendement est de 8,4 % pour une personne née en 1950 et ne sera que de 5,5 % et 5,1 % respectivement pour quelqu’un né en 1970 ou en 1990.

Pour illustrer l’impact de taux de rendement si différents, prenons un jeune travailleur qui gagne aujourd’hui 47 200 $ (montant maximal sur lequel on peut cotiser en 2010) et qui mettrait 9,9 % de son revenu de côté pour ses vieux jours à un taux de rendement de 14,5 %, 8,4 %, 5,5 % ou 5,1 % (les mêmes taux que ceux estimés par le RRQ pour chacune des générations qui cotisent au régime). Au moment de sa retraite, dans 35 ans, il pourrait compter sur un régime de retraite d’une valeur respective de 3 888 080 $, 1 002 337 $, 557 961 $ ou 516 784 $. Cet exemple fictif ne sert qu’à démontrer que pour chaque dollar investi, certains grands-parents obtiennent l’équivalent de sept fois plus d’argent que ce à quoi auront droit leurs petits-enfants. En d’autres mots, les générations futures seront dans l’obligation de cotiser beaucoup plus que leurs aînés pour n’avoir droit qu’à des prestations comparables, voire moindres.

Alors qu’en 1986 on comptait sept travailleurs par retraité, il n’en reste aujourd’hui que trois et la proportion ne sera plus que de deux travailleurs par retraité en 2020. Or, un système comme celui du RRQ — en vertu duquel les cotisations actuelles des travailleurs sont versées dans une réserve qui sert à payer les prestations actuelles des retraités — implique que le nombre de travailleurs soit beaucoup plus important que le nombre de retraités. Dans le cas contraire, les travailleurs doivent supporter un fardeau trop lourd pour maintenir le régime à flot.

Texte complet de l'étude.





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vendredi 21 mai 2010

Débat radio-canadien : « Et si Marc Ouellet avait droit à son opinion ? »

« Et si Marc Ouellet avait droit à son opinion ? » c'est le nom que Radio-Canada a donné à ce débat où l'on entend la lancinante litanie des féministes « très inquiètes » et «  extrêmement troublées » qui ne veulent pas débattre, ni dialoguer et qui décrètent que le « débat est clos ». On admirera le caractère démocratique de ses déclarations péremptoires.

Débat de mauvaise tenue, mauvais exemple pour les écoliers qui devront se coltiner ce sujet en classe d'ECR (le sujet est mentionné dans le programme ECR...)

La présentatrice cite le résultat d'un sondage récent qui lui convient le mieux pour commencer ce débat. Citons-en d'autres :
L’avortement est-il banalisé au Québec, au point où nous pratiquons beaucoup trop souvent ce type d’intervention ?
  • OUI    38 %
  • NON    52 %
Voulez-vous qu’on rouvre le débat sur l’avortement ?
  • OUI    38 %
  • NON    56 %
Il n'est pas du tout évident que le débat soit totalement clos.

Donc, pour un épisode de 20 minutes de Myriam Paris dans la fosse aux lionnes féministes, cliquez ci-dessous :



L'auteur de ce billet a eu de grandes difficultés pour tout écouter, non seulement à cause du registre incantatoire et religieux des chroniqueuses féministes abonnées aux studios de la société d'État. Pas uniquement à cause du déséquilibre dans le studio à une contre trois. Pas uniquement pour le manque de volonté manifeste à débattre du fond (l'enfant à naître est-il un être humain et a-t-il des droits ?), mais certaines des comparaisons des féministes étaient tout simplement indécentes : être contre l'avortement (et donc défendre les droits de l'enfant à naître comme être humain), c'est remettre en doute l'égalité des blancs et des noirs (et donc ne pas défendre les droits des noirs comme êtres humains) !

Les commentaires des auditeurs sont instructifs.

Réponse assez bien vue de Luc Phaneuf à Alain Dubuc au sujet de Mgr Ouellet qui aurait osé « rouvrir le débat » en démocratie : L'Évangile selon Alain Dubuc.

L'Antagoniste pose également une bonne question : comment concilier tous ces appels au libre choix (« Que l'État ne touche pas à mon corps !», si on admet un peu vite que le fœtus n'est pas un être distinct) avec la place envahissante de l'État réclamée par les mêmes bien-pensants dans le domaine de l'alimentation...

Dans une veine libertarienne, le résumé de Philippe qui reprend lui-même certains arguments de Martin Masse dans le National Post. De bonnes choses et de moins bonnes comme une date arbitraire à partir de laquelle le fœtus deviendrait sujet de droit : après le 1er trimestre. Pourquoi pas 8 semaines en utilisant le critère arbitraire de Martin Masse : être capable de sentir ?





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ECR — obsession pour les amérindiens écologistes

Nous avions déjà observé que la spiritualité autochtone figurait de manière totalement disproportionnée dans les manuels d'ECR destinés au primaire.

Disproportion (il n'y a que 0,01 % de Québécois qui se décrivaient en 2001 comme des disciples des spiritualités autochtones) née d'une volonté politique et inscrite dans le programme : « les spiritualités autochtones seront vues à plusieurs reprises chaque année. »

On traite donc à toutes les sauces « les » spiritualités autochtones (chez les Hopis, Haïdas, Micmacs, etc.), le plus souvent pour introduire l'écologie, voire l'écologisme le plus gnangnan.

Nouvel exemple dans un guide destiné aux enseignants d'ECR en secondaire V.



Questions qu'on ne pose jamais dans les manuels ECR : les Amérindiens étaient-ils vraiment plus soucieux de l'environnement que les anciens Européens ? Ne gaspillaient-ils vraiment jamais ? Avaient-ils toujours des comportements que nous qualifierons d'écologiques ? Les Amérindiens avaient-ils des croyances spirituelles qui les menaient à adopter des comportements antiécologiques ?

Réponses d'un anthropologue et d'un sociologue et historien : non, non, non et... oui. Mais voyons cela dans le détail.

D'après Denys Delâge, sociologue et historien de l'Université Laval, les Amérindiens n'étaient pas plus écologiques que nos ancêtres paysans. Mais les paysans québécois ce n'est pas très glamour, trop identitaire, trop enraciné, pas assez ouvert sur « la diversité ».

Pour illustrer la conscience écologique des Amérindiens, on cite souvent Pehr Kalm, un Suédois venu en Nouvelle-France en 1749. Il décrit dans sa relation de voyage les tourtes, les « pigeons sauvages » de l'Amérique. Selon lui, les Amérindiens ne tuaient jamais ces pigeons lorsqu'ils couvaient ou lorsqu'ils avaient des petits. Ils n'acceptaient pas non plus que d'autres le fassent, menaçant même à une occasion un Français qui avait tenté d'en tuer quelques-uns.

Mais les pigeons sauvages étaient pour les Amérindiens ce qu'étaient les poules ou les vaches pour les Français, c'est-à-dire des animaux domestiques. Les tourtes faisaient « partie de l'ordinaire », de leur vie de tous les jours. Les tuer était donc l'équivalent pour le colon de voir un Amérindien abattre une de ses vaches. L'habitant de la Nouvelle-France, tout comme ses descendants vivant dans les campagnes québécoises jusqu'au milieu du XXe siècle, possédait aussi ses propres habitudes écologistes.

Selon Delâge, les colons européens comprenaient très bien qu'il ne fallait pas exterminer tous ses animaux durant une même année, au risque de mourir de faim l'année suivante. Pas question non plus de gaspiller les restes : tout était récupéré, recyclé. On salait, on congelait ou on mettait en conserve les surplus. Les restes de table servaient de nourriture aux chiens et aux chats, on n'utilisait ni emballage de plastique ni produit chimique. Les vêtements étaient faits de fibres naturelles, de lin et de laine, et lorsqu'ils étaient trop usés, ils étaient recyclés en tapis et en courtepointes. Le bois servait à construire, à chauffer et à récolter de l'eau d'érable. Aucun habitant n'aurait songé à couper à blanc le petit bois si utile près de chez lui. Presque aucun déchet ne venait donc polluer l'environnement de ces habitants. Même le contenu des latrines extérieures, les « bécosses », était parfois utilisé comme engrais.

Lequel vivait alors le plus en harmonie avec la nature : le Blanc ou l'Indien ? En fait, chacun adaptait son style de vie à ses besoins et ses croyances. Ce style de vie était marqué dans les deux cas par l'autosubsistance, où il fallait gérer habilement ses ressources pour survivre. Les choses ont changé lors du passage à une économie de marché. Pour les cultivateurs, c'est à ce moment que l'agriculture à grande échelle s'est imposée et qu'ils ont commencé à détruire la nature avec la machinerie, la surexploitation des sols et l'utilisation d'engrais chimiques.

Les Amérindiens pas toujours si écologiques que cela... 

Le jésuite Paul Le Jeune, dans la Relation de 1635, s'inquiétait déjà de la surexploitation du castor par des Amérindiens. Il relate de quelle façon les Montagnais les tuaient tous dans leurs huttes, alors qu'il leur conseille d'y laisser au moins quelques petits afin qu'ils se reproduisent.

Cette surchasse est extrêmement contradictoire avec la vision du monde des Amérindiens évoquée plus haut. Certains cherchant des raisons pour l'expliquer ont affirmé que les autochtones se sont mis à tuer les animaux parce qu'ils les tenaient responsables des maladies qui les frappaient. Cette théorie a toutefois été vivement contestée. Un historien américain comme Charles A. Bishop croit plutôt que, malgré le respect voué à la nature, il n'y avait rien dans les croyances des Amérindiens qui les empêchait de tuer beaucoup d'animaux, à condition que leurs restes soient bien traités et que la traite rapporte quelque chose de bénéfique. C'était bien le cas, puisqu'un grand nombre d'objets utiles étaient échangés contre des fourrures. Il s'agit peut-être là d'une piste d'explication de l'apparente absence de scrupules des Amérindiens à chasser le castor presque jusqu'à l'extinction complète de l'espèce.

Denys Delâge apporte également certaines nuances aux pratiques des autochtones qui paraissaient en harmonie avec la nature. Bien que la plupart d'entre eux tuaient d'abord les animaux pour survivre, ils considéraient aussi que ces animaux se donnaient et venaient s'offrir à eux. « Cela aurait paru mesquin de ne pas prendre tous les animaux offerts : on pouvait, on devait même, en certaines occasions, tuer au-delà des besoins », affirme-t-il. Des sacrifices étaient également réalisés, particulièrement de chiens. Le Père de Charlevoix écrivait dans son Journal historique en 1721 comment les chiens étaient parfois immolés ou suspendus vivants à un arbre par les pattes de derrière jusqu'à la mort lorsque les Amérindiens devaient franchir des rapides ou des passages dangereux. Des pratiques qui feraient frémir des écologistes de nos jours.

Plusieurs autres gestes pouvaient aussi avoir des conséquences assez graves pour l'environnement. Le père Louis Nicolas racontait dans son Histoire naturelle des Indes qu'il avait vu des Amérindiens couper des arbres entiers pour ramasser les noix ou accéder aux nids d'oiseaux. Les autochtones allumaient également des feux pour toutes sortes de raisons. On fertilisait les terres avec des feux, on régénérait les forêts de pins et d'épinettes ou encore on facilitait ainsi le transport. Mais les Amérindiens perdaient parfois le contrôle de ces incendies et, en plus de la pollution qu'ils provoquaient, ils détruisaient d'autres plantes et animaux qui n'étaient pas utilisés par la suite.

La réincarnation, une croyance religieuse amérindienne antiécolo

Comme l'expliquait l'anthropologue Shepard Krech dans le Washington Post du 29 août 1999 (traduit dans le Courrier international du 20 avril 2000), s'il est vrai que l’Europe a fait exploser la demande en castors, en bisons et en cerfs, « dans la plupart des cas, les Indiens y ont répondu avec enthousiasme, contents d’échanger des peaux de peu de valeur pour eux contre des couteaux, des vêtements ou des fusils. » Dès que naissait un marché pour la fourrure dans une région, le nombre des castors y chutait rapidement, à cause de la chasse intensive. Plus tard, dans les postes de traite, les Européens ont tenté d’introduire des mesures de conservation, notamment en refusant les peaux des animaux trop jeunes.

Shepard Krech affirme également que les Indiens tuaient fréquemment plus d’animaux qu’ils ne pouvaient en manger. Cela paraîtra paradoxal à tous les élèves québécois, car n’était-ce pas contraire à leurs croyances apprises diligemment en classe d'ECR et d'histoire ? Il faut savoir, explique l'anthropologue américain, que les Amérindiens entretenaient avec les bêtes une relation très intime : ils leur prêtaient des sentiments, une pensée humaine. Ainsi, les Indiens des Plaines croyaient qu’il ne fallait pas laisser s’échapper un bison après la chasse — il avertirait les autres de ne plus s’aventurer dans les parages. Ils s’assuraient donc de tuer toutes les bêtes prises au piège, au risque de gaspiller la viande. La plupart croyaient également en la réincarnation. Ces indiens pensaient que les animaux tués renaissaient la saison suivante et qu’en conséquence plus ils en tuaient, plus il en revenait. La disparition de l’espèce était à leurs yeux impensable.

Récupération idéologique de l'Indien

Anne Garrait-Bourrier, professeur à l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, commente la récupération politique des Amérindiens par le mouvement écologiste :
Bien des penseurs indiens sont outragés de cette récupération politique qui ramène leurs ancêtres à des clichés et qui ne tient pas compte de deux éléments essentiels : l'anachronisme et l'ignorance.

Ignorance de la culture indienne tout d'abord, et anachronisme consistant à la propulser dans le monde moderne sans la comprendre, et à des fins utilitaires.



L'anthropologue américain Shepard Krech III a, à cet égard, écrit un ouvrage magistral en 1999, The Ecological Indian : Myth and History [accessible ici en PDF], où, enfin, les pendules sont remises à l'heure. En présentant très clairement ce que sont les mythes naturalistes fondateurs de la culture indienne, et en soulignant qu'ils ne sont que des mythes accompagnés de rituels, Krech annule et détruit l'image — si pratique — de l'Indien écologiste engagé. Il part pour cela de l'une des toutes premières campagnes publicitaires écologistes de la compagnie américaine Keep America Beautiful Inc. (Gardez l'Amérique belle), en 1971, montrant sur d'immenses affiches, un visage d'Indien avec dans le regard une larme et en gros titre : Pollution: it's a crying shame (La pollution : c'est honteux à pleurer).

Immédiatement touchée par cette vision inhabituelle, l'Amérique, prompte à s'émouvoir dès lors qu'on lui parle d'elle et de son devenir, fit de ce Crying Indian (Indien en larmes) une icône.

L'acteur cherokee [né de deux parents siciliens...] Iron Eyes Cody [né Espera Oscar de Corti] qui avait posé pour l'affiche, n'avait rien d'un porte-parole écologiste... mais son visage buriné et le message véhiculé étaient, eux, des plus parlants.

Il s'agit là d'un cas flagrant de manipulation de l'opinion publique par l'image et par une mémoire collective stéréotypée.

Cela permit le démarrage du mouvement écologiste américain, celui-ci utilisant le visage de ce même acteur à plusieurs reprises, sans se soucier de la réaction des Amérindiens eux-mêmes.

L'Indien [Nouvel] Âge n'existe pas. Il y a d'une part le citoyen amérindien qui tente de vivre en harmonie avec sa culture traditionnelle et les exigences de sa société, et, d'autre part, les écologistes qui cherchent à faire passer leur message socio-politique. Entre les deux se trouvent les Américains qui aimeraient sans doute croire que l'Indien mythique existe toujours, qu'il n'a pas été détruit par le progrès et qu'il a le pouvoir de les sauver d’eux-mêmes.


Voir aussi

L'utilité de la glorification des Premières Nations




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jeudi 20 mai 2010

Formateur de formateurs en ECR : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles au début de l'implantation

Louis-Charles Lavoie, formateur de formateurs et d’enseignants en ECR. La formation à la culture religieuse : une œuvre commune et un défi pour tous.

M. Lavoie se sert de la grille d’analyse de Pierre Collerette sur l’implantation d’un changement pour structurer sa présentation. Résumé par Jean Morse-Chevrier, selon les notes prises lors du colloque de l'ACFAS tenu la semaine passée sur le cours d'éthique et de culture religieuse.

Réceptivité et résistances

L’implantation d’un changement comprend plusieurs étapes : l’analyse préliminaire, l’analyse stratégique de l’organisation, le bilan de disposition au changement, la préparation au changement, la gestion du changement.
Les stades du changement comprennent : la décristallisation, la transition et la recristallisation

Il y a des déclencheurs du changement : l’attrait de satisfactions ou de gratifications, l’insatisfaction ressentie dans la situation existante ou appréhendée. Deux sources d’information ont permis de recueillir des données sur le bilan de disposition au changement : un questionnaire rempli par les enseignants avec des questions sur leur réceptivité ; des travaux sur leur réceptivité.

Bilan de disposition au changement :

Parmi l’attrait de satisfactions, nommons : le renouvellement de l’enseignement, le rehaussement de la qualité de l’enseignement (en secondaire surtout, par l’inscription à des cours universitaires), un intérêt accru prévu chez les élèves pour un nouveau programme.

Certains manques d’attrait se manifestèrent :
  1. ECR perçu comme un changement imposé sur lequel ils n’ont pas été consultés; on les obligeait à se former.

  2. Sentiments d’incompétence : au primaire les enseignants étaient « affolés » à avoir à enseigner les religions, disant qu’ils ne connaissaient même pas le christianisme ; au secondaire, on craint l’approche par compétence, l’évaluation des trois compétences parfois de 200 à 300 élèves qui s’avère un vrai défi.

  3. Nouvelle posture professionnelle (impartialité). Résistance particulièrement dans les milieux ruraux où les enseignants disent qu’il n’y a pas d’autres traditions dans notre milieu et que les enfants connaissent tous mes croyances.

  4. L’obligation d’enseigner la religion à l’école, même culturelle.

  5. L’anticipation d’une surcharge de travail, avoir à refaire les situations d’apprentissage et d’évaluation (SAÉ).

  6. Perception d’un environnement hostile à l’implantation du programme. Dans le contexte où les parents vont en cour, ils se demandent si le programme va durer.

  7. L’insatisfaction ressentie dans la situation existante ou appréhendée : au primaire, beaucoup d’enseignants s’étaient retirés de l’enseignement religieux.

Pression des leaders du milieu : La présence des directeurs d’école ou des conseillers pédagogiques aux sessions de formation permettait de faire la formation. Autrement, les enseignants contestaient ou allaient même jusqu’à faire des corrections pendant la formation. Lorsque les conseillers pédagogiques se sont retirés, les enseignants cessaient de venir aux sessions. Les groupes de parents étaient plutôt défavorables.

Le bilan du début de l'implantation : Il y avait peu de déclencheurs pour le changement. La réceptivité était plutôt faible. En conséquence, il y avait de nombreuses objections formulées à propos du programme, par ex. « Lorsque la porte sera fermée, je ferai ce que je veux. » Il y avait de l’évitement et de la contre-dépendance : les enseignants réclamaient de l’aide, mais faisaient obstacle. Des formateurs d’enseignants en ont fait des épuisements professionnels et se sont retirés.

[Note du carnet : ces propos rejoignent ceux de Simon Poulin qui a également fait de la formation en ECR, pour sa part pendant trois ans.]

N.B. M. Lavoie doit terminer là sa présentation faute de temps, mais déclare que, selon lui, avec le temps le bilan s’est beaucoup amélioré.

Voir aussi autres communications à l'AFCAS :

Résumé des communications de Mirieille Estivalèzes, Micheline Milot, Solange Lefebvre, Louis-Charles Gagnon-Tessier et Pierre Bosset.

Georges Leroux L’État doit viser à destabiliser les systèmes absolutistes de croyance.




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« Le monde y savent pus écrire »

Du blogue du Québécois libre.

Il suffit de surfer un tant soit peu sur le Net (ou de feuilleter les hebdomadaires régionaux) pour se rendre compte d’une chose : les Québécois ne savent plus écrire. Rendez-vous sur Facebook pour constater l’étendue des dégâts… Comme l’éducation relève du domaine public, pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour trouver un coupable. Les monopoles ne donnent jamais rien de bien bon; celui de l’enseignement ne fait pas exception. Le pire, c’est que personne ne semble s’en offusquer.

Éducassion 101

Une enseignante de français au secondaire me raconte l'enfer où elle travaille :
«&bsp;C'est pas qu'ils font des devoirs bourrés de fautes. Ils ne les font pas, tout simplement. Avoir zéro, redoubler, ils s'en fichent. » Un élève, qu'elle avait réprimandé durement, s'est jeté tête première contre un mur, pour se blesser et pouvoir ensuite l'accuser de l'avoir frappé. « Ma crisse, m'a t'avoir ! »
Imaginez... C’est tiré d’un article du Devoir publié le 1er mai dernier. Son auteur, Jean Larose, poursuit :
Indiscipline chronique, insultes, menaces, iPod et téléphone en classe — « on le confisque, mais le lendemain ils en ont un autre ». Franche rigolade si elle leur parle de valeurs sociales, d'héritage culturel du Québec, de nécessité de maîtriser sa langue. Pire : certains parents, prévenus que leur enfant allait vers l'échec : « Je respecte son autonomie. C'est la vie qu'il a choisie. » Cette négligence criminelle (comment appeler autrement le fait de laisser un garçon de seize ans libre de rater sa vie ?) est idéologique au Québec. Tout l'encourage et la justifie.
Effectivement. Depuis que le Québec est sorti de la soi-disant « Grande noirceur », les politiciens qui se succèdent nous répètent sur toutes les tribunes que la langue est importante pour les Québécois; qu’il est impératif de la protéger; que sans une constante surveillance et une intervention soutenue de l’État (à grands coups de lois et de règlements), elle est vouée à disparaître dans la mer anglophone nord-américaine, et cetera, et cetera.


Lire la suite de « Le monde y savent pus écrire » sur le carnet du Québécois libre.




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Débat sur l'avortement : l'ainée est pro-avortement et défend l'ordre établi, la cadette pro-vie veut dialoguer

Les propos récents du cardinal Ouellet sur l'avortement sont défendus par une jeune femme de 25 ans, Mme Marilyn Paris de Grand-Mère. Elle s'est exprimée dans les colonnes du Nouvelliste, malheureusement le site de ce journal trifluvien ne reprend que des lettres pro-avortement.

Dans la première vidéo, Mme Paris expose son point de vue.



Dans la seconde, Mme Paris est opposée à une politicienne du NPD (gauche), Mme Françoise Boivin, de 25 ans son aînée.



Le plus étonnant est que c'est la cadette qui veut dialoguer et convaincre, alors que l'aînée ne veut absolument pas de dialogue et ne peut que répéter ce que la Loi dit actuellement (en fait quasiment rien, voir ci-dessous). Mme Boivin s'en tient à la défense de l'ordre établi — comme si les lois ne se changeaient pas ! — et ne veut pas discuter du fond : est-ce que l'enfant à naître est un être humain et, si oui, est-il doté du même droit qu'un enfant qui vient de naître, le droit à la vie ?

Contexte


Actuellement, les lois sur l'avortement au Canada sont parmi les moins restrictives au monde. La section du Code criminel du Canada traitant de l'avortement a été abrogée par la décision de la Cour suprême dans la cause R. c. Morgentaler (1988), établissant que les restrictions à l'avortement inscrites dans le Code allaient à l'encontre du droit de la sécurité de la personne garanti aux femmes par la Charte canadienne des droits et libertés.

Dans le cas de R. c. Morgentaler (1993), la Cour suprême a également annulé les restrictions sur l'avortement relevant des provinces. Actuellement, l'avortement sur demande est légal partout au Canada, bien que certaines provinces en restreignent la disponibilité par le biais du contingentement des services ou des ressources, notamment au Nouveau-Brunswick. L'avortement est remboursé par les contribuables au Québec.

Voir aussi Denise Bombardier : « On paie des avortements » et dans un cas d'espèce une même femme a avorté « 23 fois » aux frais du contribuable québécois.



Vancouver, ce 17 mai — Jeune partisan pro-avortement s'en prend furieusement à des manifestants pro-vie aux cris de « Pourquoi haïssez-vous les femmes ? », « Dépêchez-vous de mourir » et autres insultes et vulgarités (« f*!?ck*$ng d*uche b%g »).





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mercredi 19 mai 2010

Réactions à la suite des propos de Mgr Ouellet sur l'avortement

Le cardinal Marc Ouellet, archevêque catholique de Québec et primat du Canada, a fait quelques déclarations récemment où il rappelait la doctrine catholique sur l'avortement. (Voir son billet paru dans le Soleil.) Rien de bien neuf.


Campagne Québec Vie — Allocution du Cardinal Ouellet — dimanche 16 mai 2010


Rien de neuf donc... Et pourtant. Les réactions à la suite de ce rappel furent très vives, souvent dogmatiques et peu tolérantes, ce qui est paradoxal de la part de gens qui accusent Mgr Ouellet de dogmatisme, de sectarisme et autres gentillesses.

Désir de mort et allusion mesquine


La palme de la déclaration outrancière revient sans doute au chroniqueur Patrick Lagacé de La Presse de Montréal : « Le cardinal Ouellet va mourir, un jour. J'espère qu'il mourra d'une longue et pénible maladie. [...] Oui, le paragraphe que je viens d'écrire est vicieux. Mais Marc Ouellet est un extrémiste. Et dans le débat, tous les coups sont permis avec les extrémistes religieux. La prochaine fois, j'évoque le silence de l'extrémiste de Québec face à son frère pédophile. » Jolie prétérition qui laisse planer le doute sur l'affaire exacte. Paul Ouellet n'est pas prêtre et l'affaire impliquait deux jeunes filles. Petit mot allemand pour M. Lagacé : Sippenschuld.

L'avortement — un geste de « santé reproductive »


Pour Mme Françoise David (communiqué de Québec solidaire, le 17 mai), toujours mesurée, « les fondamentalistes chrétiens dans notre pays représentent un danger immédiat et grandissant pour les femmes québécoises, canadiennes et dans d'autres pays. » Rien que cela. « Les femmes québécoises ont obtenu de décider elles-mêmes de leur comportement en matière de santé reproductive… » Voilà qu'avorter est un geste de « santé » « reproductive ».

Parler au nom de toutes les femmes et bien des hommes...


Viennent ensuite toutes les associations, subventionnées, les politiciens et politiciennes libérales et péquistes (il n'y a pas de différences véritables sur les sujets de société) qui prétendent parler au nom de toutes les femmes en incluant de manière variable les hommes. Étrange discours sexiste, alors que, d'une part, de nombreuses femmes réprouvent l'avortement, et que, d'autre part, de nombreux hommes progressistes sont tout autant pro-avortement que les femmes progressistes.

Mme Parent (!) de la Fédération du Québec pour le planning des naissances a déclaré « Le respect de la vie passe aussi par le respect de la vie des femmes et de leurs droits reproductifs » Leur quoi ? Et les « droits reproductifs » des pères alors ? Et le droit de vivre des enfants à naître ?

L'avortement un respect de la vie... Il fallait oser. On comprend bien l'idée : il existe une infime partie aujourd'hui des grossesses qui peuvent mettre en danger la mère, tous les avortements sont « donc » permis pour respecter la vie des mères. C'est toujours le même truc : prendre un cas limite et en déduire un nouveau « droit » pour toutes les situations, plutôt qu'une exception, une dispense.

La présidente de la CSN, Claudette Charbonneau, s'est également dite inquiète ainsi que le chef du PQ, Mme Pauline Marois, enfin, elle est « outraged » dans la Gazette qui la cite.

La ministre de la Condition féminine du Québec, Christine Saint-Pierre, a déclaré que « Jamais on n'acceptera, nous les femmes, puis bien des hommes au Québec, de revenir aux broches à tricoter, jamais. » Toutes les femmes, bien des hommes. Broches à tricoter, comme si devant l'absence de loi sur l'avortement au Canada, il n'y avait que cette alternative : les aiguilles à tricoter ou l'avortement à tout moment, sous n'importe quel prétexte et remboursé par le contribuable.

Les démocrates pour qui « le débat est clos »


La ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, déclarait lundi par ailleurs : « L’Église devrait plutôt chercher à panser les plaies des victimes des prêtres pédophiles, plutôt que d’essayer d’ouvrir un débat qui est réglé ».

Très élégant. Comme si une faute en excusait une autre, comme si l'Église catholique préconisait la pédophilie des prêtres, comme s'il n'y avait pas de très nombreuses victimes de la pédophilie des enseignants et de moniteurs sportifs par exemple. Pourquoi ne jamais en parler ? Voir pour la France et les États-Unis : « les atteintes et sévices sexuels perpétrés sur les élèves dans les écoles sont probablement 100 fois plus fréquents que ceux commis par des prêtres. »

Et puis, en quoi le débat est-il clos ? Comment cela se peut-il en démocratie ?

Dans un communiqué publié à la suite de la tempête lancée par les médias progressistes, le cardinal Ouellet rappelait également que lorsqu'il invite « à rouvrir la question de l’avortement, c’est pour offrir une protection à l’enfant dans le sein maternel. Le Canada est le seul pays au monde à maintenir un vide juridique complet à ce sujet. Quel modèle le Canada devrait choisir ? [Le cardinal Ouellet] laisse le soin aux politiciens d’étudier une solution équilibrée parmi la pléiade d’options qui existent ailleurs. Cependant, la priorité à l’heure actuelle n’est pas la criminalisation, c’est un éveil moral et une éducation des consciences face au drame de l’avortement. »

C'est mon affaire, pas de loi, mais l'État doit payer


Il y a aussi toutes ces lauréates méritantes du prix de la contradiction, toutes ces politiciennes et journalistes qui clament haut et fort que l'être qui est dans leur ventre est leur affaire, c'est leur corps (ce qui est bien sûr très discutable, c'est un être à part) et qu'elles ne veulent pas qu'on ouvre le débat, que l'État légifère, mais qui mystérieusement sont tout à fait d'accord quand il s'agit que l'État paie pour leurs avortements...

Discours religieux...de la part des pro-avortements dans les médias


Ce qui est également frappant dans l'hystérie qui a envahi tant de politiciennes et de journalistes, c'est le ton religieux qu'ils adaptent dans leur déclaration sans concession. Les détracteurs du cardinal qu’on a pu entendre dans les médias québécois avaient un discours… religieux. On était soit d’accord sur toute la ligne avec eux ou bien on était un vil infidèle impie.

Ne pas avorter « met la vie de l'enfant à naître en danger »


Au niveau des loufoques, il semble que les Raëliens (des membres de « nouveaux mouvements religieux » comme les appelle pudiquement le programme ECR) remportent le pompon. En effet : « La réponse vient tout droit du Prophète Raël. Forcer une mère, dit-il, qui ne veut pas accoucher à porter son bébé jusqu'à terme, met la santé de l'enfant en danger. » (voir commentaire de Gabriel ici et billet là). Une affaire de stress de ne pas être désiré qui affecterait l'enfant à naître, apparemment, selon le prophète...

Le sociologue des religions partial invité à répétition


Il y a enfin l'universitaire progressiste, « sociologue des religions », qui ne peut cacher son parti-pris et que Radio-Canada invite à répétition. C'est ainsi qu'hier Radio-Canada réinvitait (à nouveau) Louis Rousseau, professeur au Département de sciences des religions de l'UQAM au sujet du débat sur l'avortement qu'a relancé le cardinal Marc Ouellet. M. Rousseau est un chaud partisan du cours d'éthique et de culture religieuse.

Le professeur Rousseau ne s'est pas embarrassé d'un vernis d'objectivité dans son intervention. Il a ainsi critiqué la conception des catholiques qu'il dit conservateurs pour qui la hiérarchie guide le peuple chrétien. Il s'oppose à cette vision, car il existerait une autre Église qu'il dit « réelle » et qui réclamerait le droit de réfléchir.

Pour le professeur Rousseau, un esprit « sectaire » animerait le cardinal Ouellet et le Vatican parce qu'ils s'en tiennent à une doctrine claire et qu'ils seraient peu ouverts au dialogue, etc. Ceci alors que la représentante féministe qui le précédait au micro, Alexa Conradi, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, s'en tenait à la ligne simpliste que l'avortement ne concerne « que les femmes », alors qu'en toute logique il y a un autre être distinct en jeu... Là, pas de commentaires de la part de M. Rousseau, alors qu'on peut très bien concevoir la « ligne » de Mme Conradi comme dogmatique...

Écoutez l'émission, le passage du professeur Rousseau commence à la 18e minute).

Le professeur Rousseau, sociologue des religions, affirme ensuite (24:50) que
« l'avortement ne fait pas partie de ce qu'aux cours des premiers siècles on estime les causes d'excommunication, ce n'est pas un péché mortel. »
M. Rousseau dévoile déjà ici son jeu qui consistera à faire croire — à l'aide d'omissions savantes — que la condamnation de l'avortement est le fait de quelques intégristes tardifs isolés de l'« Église réelle ».

Or, il est certain que l'avortement a toujours été considéré — à de très rares exceptions près — comme un péché chez les chrétiens.

Tertullien (en 220) condamne ainsi très explicitement l'avortement :
« Le fœtus est donc un homme dans le sein maternel aussitôt qu'il est complètement formé. La loi de Moïse, en effet, punit par le talion, quiconque est coupable d'avortement, puisque le principe qui fait l'homme existe, puisqu'il peut déjà vivre et mourir, puisqu'il est déjà soumis aux vicissitudes humaines, quoique vivant encore dans sa mère, il participe à tout ce qu'éprouve sa mère. » (De anima, XXXVII)
De nombreux apologistes chrétiens des premiers siècles moins connus que Tertullien, comme Athénagoras, défendent la même position : les chrétiens ne tuent pas, « pas même les fœtus dans le ventre des mères ».

Saint-Jérôme dans sa lettre à Eustochium en 384 disait déjà :
« Plusieurs, quand elles s’aperçoivent qu’elles ont conçu dans le crime, songent aux poisons qui font avorter. Souvent elles en meurent aussi du même coup. Alors, coupables d’un triple crime, elles sont traînées aux enfers : suicidées, adultères du Christ, parricides[1] d’un enfant non encore né.

Ce sont celles-là qui ont coutume de dire : « tout est pur pour les purs ! » (Tite 1, 15) ma conscience me suffit.
 »
S'appuyant notamment sur Tertullien, dès le concile d'Elvire en 305 ou 306, l'Église catholique sanctionne l’avortement par l'excommunication, quel que soit le stade de développement du fœtus (canon 63) : « Si une femme a conçu dans l'état d'adultère et qu'elle avorte ensuite, elle ne peut plus communier, même au seuil de la mort, car elle a pêché deux fois. »

Le concile d'Ancyre en 314 (canon 21) fait de même. La liste ensuite est longue.

Le professeur Rousseau n'hésite pas ensuite à dire que
« Or l'avortement a toujours été pratiqué autant dans les sociétés du premier siècle du christianisme qu'aujourd'hui »...
Comme si cela prouvait que l'Église ne le condamnait pas, même à l'époque ! Mais on comprend que M. Rousseau veut faire croire que les chrétiens se désintéressaient et ne condamnaient pas l'avortement à l'époque. C'est faux comme on l'a vu.

Le présentateur demande ensuite « Même Thomas d'Aquin pouvait se poser les questions que l'on se pose aujourd'hui ? »

Le sociologue des religions répond alors doctement :
« Pour Thomas d'Aquin, il n'est pas question d'imaginer que, dans les premières semaines, il s'agit là d'un être humain autonome. L'Église aujourd'hui rejoint une espèce de vision biologique à la limite non humaine, que dès les quatre premières cellules on a affaire à une personne dotée de capacités d'autonomie, non. On a un vivant qui va devenir un humain, mais qui pendant longtemps ne l'est pas encore. »
Il s'agit ici d'un plaidoyer personnel, loin d'un exposé objectif. Il faudrait d'abord définir ce qu'autonomie veut dire ici, car il y a ambiguïté pour l'homme contemporain.

On peut aussi dire que le nouveau-né n'est pas autonome dans le sens de « qui ne dépend de personne », car il est totalement démuni à sa naissance. Peut-on le tuer parce que non autonome ? Mais, si on parle d'autonomie dans le sens de « distinction », le fœtus est bien un être autonome (différent, distinct) de sa mère dès sa conception.

Le professeur Rousseau veut donner l'impression que le point de vue de Thomas d'Aquin est fondamentalement différent de celui des catholiques aujourd'hui.

S'il y a bien une différence, c'est au niveau de ce qu'on nomme l'animation de l'embryon au Moyen Âge. Le moment quand l'embryon ou le fœtus devient humain, a une âme. Pendant tout le Moyen Âge, l'Église a suivi les théories des anciens Grecs qui pensaient qu’il y avait une animation tardive de l’embryon. Aristote que suit saint Thomas d'Aquin pensait qu’il fallait 40 jours pour que le fœtus masculin soit animé (80 pour le féminin !) Il est vrai que l'Église distinguait en conséquence deux fautes de gravité inégale : « l’avortement homicide » et « l’avortement contraception » en cas d’élimination de l’embryon avant son « animation » (avant qu’il ne soit humain).

Cependant, il faut dire qu’aucun scolastique n’a jamais conclu qu’avant ce nombre de jours on pouvait avorter. Bien au contraire, ils ont toujours considéré l’acte comme un péché (une faute morale) particulièrement grave.

Car l'avortement n'est pas condamné en tant que meurtre sur un être humain complètement animé, mais à cause du respect dû à l'embryon dès sa conception, que sa nature entièrement humaine soit réalisée ou non, de par son potentiel à devenir pleinement humain. Le débat sur l'animation auquel le professeur Rousseau fait allusion en parlant de Thomas d'Aquin n'a donc pas de réelle portée.

La bulle effraenantum de Sixte V en 1588 fait de tout avortement un crime méritant excommunication. Plusieurs documents par la suite rappelleront que quel que soit le moment de l'animation de l'embryon (40 jours ou dès le début), l'avortement est péché. Après de nombreuses tergiversations, l’Église en est venue à soutenir la théorie de l’animation immédiate. Pour les théologiens catholiques, c’est cette théorie qu’il faut soutenir comme étant la plus probable, en raison de la révolution scientifique opérée par les progrès de la génétique qui nous montrent que tous les caractéristiques de l’être humain sont présents dès la fécondation de l’ovule. L'Église catholique n’a donc pas changé son enseignement au sujet de la défense de la vie humaine, mais elle l’a affiné en fonction de progrès de la science.

Aline Lizotte, docteur en philosophie et théologie de l'université Laval, qui avait déjà abordé la question il y a quelques années rappelle qu'il n'y a pas de solution de continuité entre la doctrine de Saint Thomas d'Aquin et la doctrine actuelle de l'Église romaine :
[Pour Thomas d'Aquin] « Celui qui frappe une femme enceinte commet un acte illicite et s'il s'ensuit la mort de la femme ou de l'enfant, il ne peut échapper à l'accusation du crime d'homicide » (IIa-IIæ, q. 65, a. 1, ad. 2).

On dira qu'ici saint Thomas ne vise que l'« animation » du fœtus en tant que doué d'une âme rationnelle. Sur cette question, il faut préciser trois choses :
  1. Saint Thomas distingue dans l'embryon l'apparition de degrés spécifiques de vie. Pour lui, la vie de l'intelligence ne peut apparaître avant que le fœtus soit doué d'un cerveau. Qui dirait le contraire ? Mais dès qu'il y a embryon, ce dernier est un être autonome et distinct de la mère. L'Aquinate insiste bien : c'est par son propre principe vital qu'il se développe non par celui de sa mère (De Potentia, q.3, a.9).

  2. Cet être qui est dans le sein maternel, de quelle espèce est-il ? Saint Thomas ne connaît rien à l'ADN ni à la transmission génétique de l'espèce. Mais pour lui la génération d'un individu d'une espèce est le fait d'une cause univoque. Un homme engendre un homme ; un chien, un chien. Quel que soit état de développement, initial ou terminal, l'être engendré est de même espèce que ses générateurs. Cet embryon engendré d'un homme et d'une femme est donc un « être » et un « être humain ».

  3. Tout être humain, quel que soit son état de faiblesse, est « sujet de droit », car le droit ne se définit pas en vertu de la « qualité » ou de quelque autre considération relativiste, mais en vertu de « ce qui est dû ». La vie est un droit dès le moment où l'on est en présence de l'être humain… et cela est le fait de l'embryon dès son apparition.
Le témoignage engagé de Louis Rousseau, qui semble regretter que l'Église catholique affine son raisonnement à la lumière des progrès de la science, ne fut pas suivi à l'antenne de la société de radiodiffusion d'État d'aucune intervention d'un autre philosophe ou théologien spécialiste du dossier qui aurait pu corriger son exposé partiel et partial.





[1]  « parricide » (de ses parents) ou tout « meurtrier », voir le Grand Gaffiot qui cite Cicéron (assassin, meurtrier Si quis eum occiderit, parricida ne sit), Dictionary of Greek and Roman antiquities (« anyone who kills another dolo malo ») et plusieurs traductions anglaises.

Voir aussi :

Débat sur l'avortement : l'aînée est pro-avortement et défend l'ordre établi, la cadette pro-vie veut dialoguer (2 vidéos)






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