vendredi 26 septembre 2025

Québec — Le fossé se creuse entre les écoles publiques et privées

L’épreuve ministérielle d’écriture a été réussie à 66,7 % dans les écoles secondaires publiques du Québec contre 85,5 % dans les écoles dites privées en 2025.

Le taux de réussite des élèves de 5e secondaire à l’examen d’écriture du ministère a baisée de 0,2 % dans le réseau public, stagnant sous les 70 % encore une fois en 2025. Dans les écoles privées (en réalité soumise à de très nombreuses contraintes imposées par l'État), en revanche, il a grimpé à 85,5 %, si bien que l’écart entre les deux réseaux tutoie les 20 points de pourcentage.

Le contraste avec le réseau privé est flagrant. Dans ces établissements, pour le même examen, ce sont 85,5 % des élèves qui ont obtenu la note de passage. Résultat : le fossé se creuse encore davantage entre les réseaux dans cette matière, la différence se chiffrant à 18,8 points de pourcentage comparativement à 16,9 en 2024.

Le décalage entre les aptitudes d’écriture des élèves des deux réseaux n’a jamais été aussi prononcé. À titre comparatif, en 2019, il se chiffrait à 12 points de pourcentage. Mais depuis 2022, la tendance à la hausse est ininterrompue.


Le ministère de l’Éducation n’a pas fourni de précisions sur les conditions d’administration de ces épreuves – notamment sur le fait que les élèves qui fréquentent des établissements privés sont plus nombreux que ceux du réseau public à rédiger leurs textes sur des ordinateurs – en réponse à nos questions, jeudi.

Le taux de réussite à l’examen d’écriture du 5e secondaire avait enregistré une importante dégringolade dans le réseau public en 2024, à l’issue d’une année marquée par une grève, qui avait privé des élèves d’un mois d’école – même si les contenus avaient été allégés pour tenir compte des conséquences de l’arrêt de travail.

Dans les deux types d’établissements, les filles continuent de faire meilleure figure que les garçons, comme c’est invariablement le cas depuis 2015. Au public, leur taux de réussite est de 72,2 % (les garçons, 60,6 %), tandis qu’au privé, 89,5 % des filles décrochent la note de passage (81,3 % du côté des garçons). Les garçons réussissent mieux que les filles en Applications technologiques et scientifiques. 

Des chiffres moins bons en mathématiques

On note aussi une légère diminution du taux de réussite des élèves de 4e secondaire qui fréquentent les écoles publiques québécoises à l’examen de mathématiques. En 2025, le taux de réussite dans cette matière s’établit à 75 %, une diminution de 1,7 point de pourcentage par rapport à l’année précédente.

Dans le réseau privé, 91,3 % des élèves de secondaire quatre ont réussi cette même épreuve ministérielle, une légère hausse de 0,7 point de pourcentage. 

Science et histoire : hausses remarquables

Là où la tendance s’est inversée à la hausse, tant au public qu’au privé, c’est du côté des examens de science et technologie et d’histoire du Québec et du Canada. Le taux de réussite des élèves de quatrième secondaire a enregistré de nettes progressions dans ces deux matières.

Et pas qu’un peu.

L’épreuve ministérielle de science et technologie a été réussie à 83,2 % dans les écoles publiques, et à 96,6 % dans les établissements privés. Les bonds par rapport aux taux enregistrés en 2024 sont, respectivement, de 13 et de 5,8 points de pourcentage.

L’examen d’histoire administré aux élèves du même niveau a lui aussi été mieux réussi en 2025 qu’en 2024. Au public, 80,3 % ont obtenu la note de passage (comparativement à 74,9 % l’année d’avant), alors qu’au privé, l’épreuve a été réussie à 95,4 % (par rapport à 92 % l’année précédente).

« L’épreuve en science a été élaborée selon les mêmes processus de validation [qu’à l’habitude], a noté dans Esther Chouinard, au ministère de l’Éducation. Les fluctuations observées sur plusieurs années à cette épreuve montrent que les taux de réussite peuvent varier entre 65,4 % et 83,9 % (de 2015 à 2024). »

Il en va de même pour l’examen d’histoire, a-t-elle spécifié : « Au cours des trois dernières années, les fluctuations observées à cette épreuve montrent que les taux de réussite ont varié de quelques points de pourcentage : 80,4 (2023), 78,6 % (2024) et 83,5 % (2025) ».

Dans les deux matières, les taux de réussite avaient reculé de façon marquée en 2024.

Le ministère de l’Éducation a publié les données sur le tableau de bord sans en faire officiellement l’annonce, mercredi en milieu d’après-midi. Certaines statistiques étaient erronées, aussi le ministère de l’Éducation a-t-il corrigé le tir et effectué la mise à jour qui se trouvait sur le site tôt jeudi matin.« On doit poursuivre le travail » en français, dit la ministre LeBel

Invitée à réagir aux résultats des épreuves ministérielles de l’an dernier, la nouvelle ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a affirmé y voir « des outils précieux pour évaluer la situation actuelle », lesquels auront « très certainement un impact » sur ce qu’elle jugera « prioritaire dans [son] présent mandat ».

Au sujet des résultats en français, elle a eu ces mots : « Des actions concrètes ont déjà été entreprises pour augmenter le taux de réussite : le programme de français a été révisé et il est actuellement à l’essai dans plusieurs écoles. On y met l’accent sur la lecture et l’écriture de façon quotidienne. »

Et « on doit poursuivre le travail en ce sens », a conclu la ministre LeBel, en poste depuis le 10 septembre.

Le nouveau programme d’enseignement du français au primaire et au secondaire est actuellement à l’essai dans une cinquantaine d’écoles. Il sera implanté dans l’ensemble des établissements de la province dès l’an prochain. Cette mise en œuvre à large échelle a été critiquée par des syndicats de l’enseignement.


jeudi 25 septembre 2025

Apparition et diffusion des yeux bleus : une longue histoire européenne

On les dit mystérieux, séduisants, parfois glacials : les yeux bleus sont depuis longtemps chargés d’imaginaire. Mais d’où viennent-ils vraiment ? Une vaste étude génétique, portant sur plus de 4 000 génomes anciens et publiée récemment dans Molecular Biology and Evolution, révèle que cette couleur si caractéristique a une histoire bien plus ancienne et surprenante qu’on ne le croyait.

(cliquer sur l'image pour l'agrandir. IA = Âge du fer, BA = âge du bronze, N = néolithique, HG = chasseur-cueilleur)

Des chasseurs-cueilleurs aux Vikings

Le premier individu porteur du gène lié aux yeux bleus connu à ce jour aurait vécu il y a environ 35 000 ans en Crimée. Mais ce n’est qu’au Mésolithique, chez les chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale, que la proportion d’yeux bleus explose : près de 60 % dans le site d’Oberkassel (Allemagne), il y a environ 9 000 ans.

Ces populations, ancêtres directs des Européens modernes, ont laissé une trace durable. Toutefois, avec l’arrivée des agriculteurs venus d’Anatolie puis des pasteurs des steppes, majoritairement aux yeux foncés, cette proportion a fortement chuté.

Il faudra attendre l’âge du Bronze et surtout le Moyen Âge pour que le bleu regagne du terrain, probablement favorisé par des facteurs de sélection encore débattus : préférence sexuelle, adaptation à la lumière du Nord ou simple hasard génétique.

La France : du brun au bleu

Et la France dans tout ça ? Un des graphiques de l’étude permet de suivre l’évolution sur plusieurs millénaires.

Néolithique (vers 6 000 ans avant notre ère) : la France « néolithique » n’affichait qu’environ 7 % d’yeux bleus, conséquence directe de l’arrivée d’agriculteurs venus du Proche-Orient.

Âge du fer (Iron Age, IA) : la proportion monte à 12 %, signe d’un léger regain.

Moyen Âge : grand bond en avant, la France médiévale atteint environ 67 % d’individus aux yeux probablement bleus, soit le résultat le plus élevé de tout l’échantillon représenté. Cela place la population française du Moyen Âge nettement au-dessus même des Vikings (55 %) ou encore des Néerlandais médiévaux (59 %). Ces chiffres confirment l’image des sociétés du Nord et de l’Ouest de l’Europe largement aux yeux bleus à cette époque. Ceci dit, l'étude ne précise pas où cet ADN a été trouvé ni le rang des personnes à qui cet ADN appartenait (des nobles du Nord de la France ?)

Les Romains et les Méditerranéens : la part du brun

Les chercheurs se sont aussi penchés sur Rome antique. Résultat : seulement 4 % de probabilité d’yeux bleus à l’époque impériale. L’Empire, cosmopolite et méditerranéen, tirait sa diversité génétique vers le brun. Mais dès le Moyen Âge, après les invasions germaniques, on retrouve autour de 21 % de porteurs aux yeux clairs. Voir également la note encadrée ci-dessous.

Et les yeux verts, c'est secondaire ?

L’auteur a défini trois catégories basées sur une règle pour classer les couleurs des yeux (bleu, marron, vert) en fonction de marqueurs génétiques et d’un score global :
  • Bleu : Les personnes ayant deux copies du gène G/G au marqueur rs12913832 et un score élevé (supérieur ou égal à un seuil appelé TH_BLUE) sur au moins 9 des 13 sites génétiques analysés.
  • Marron : Les personnes ayant deux copies du gène A/A au marqueur rs12913832 et un score faible (inférieur à un seuil appelé TH_BROWN) sur au moins 9 des 13 sites génétiques.
  • Vert : Tout ce qui se trouve dans une zone intermédiaire, généralement avec un mélange A/G au marqueur rs12913832 et un score moyen sur le panel génétique.
En d’autres termes, la catégorie « vert » regroupe les cas où les signaux génétiques sont mitigés : le panel indique une tendance vers des yeux clairs, mais le marqueur rs12913832 n’est pas dans l’état G/G (typique des yeux bleus). Le modèle logistique utilisé vise à identifier les cas « probablement bleus » de manière prudente, tandis que les modèles beta/OLS suivent le score continu du panel, qui augmente dans les groupes où la catégorie « vert » est fréquente.
 
(cliquez pour grandir, parts probables des yeux marrons, verts et bleus. 
I
A = Âge du fer, BA = âge du bronze, N = néolithique, HG = chasseur-cueilleur)

Latitude et histoire : un duo déterminant

L’étude montre un facteur central : la latitude. Plus on monte vers le Nord, plus les yeux bleus deviennent fréquents. La dérive génétique et une préférence de partenaires aux yeux bleus dans de petites communautés ont sans doute amplifié le phénomène.

Ainsi, les populations scandinaves ou germaniques atteignent rapidement 40 % à 60 % d’yeux bleus, tandis que les Balkans, l’Italie antique ou la Grèce ancienne plafonnent autour de 0 à 10 %.

Un héritage culturel


Au-delà des chiffres, cette histoire éclaire l’imaginaire collectif : le Viking aux yeux bleus n’est pas un cliché, c’est une réalité génétique. À l’inverse, le Romain impérial aux yeux sombres incarne bien le carrefour méditerranéen. Ceci changera après la chute de l'empire, voir encadré ci-dessous.
Le cas de Rome

De récents résultats d’analyse d’ADN indiquent qu’il y a eu un énorme changement dans l’ascendance des personnes qui ont vécu à Rome à l’époque impériale et que l’apport génétique provenait principalement de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient.

Les siècles suivants sont quelque peu agités. L’empire se divise en deux en 395, des maladies ravagent la population romaine et la ville est envahie à plusieurs reprises. Ces événements ont marqué les habitants de la ville, dont l’ascendance est devenue plus proche de l’Europe occidentale. Plus tard, l’avènement et le règne du Saint Empire romain germanique ont entraîné un afflux d’ancêtres d’Europe centrale et septentrionale. Mais « au cours de la période impériale, la tendance la plus marquée est un changement d’ascendance vers la Méditerranée orientale, avec très peu d’individus d’ascendance principalement ouest-européenne », notent les chercheurs. « Une des explications possibles de la prédominance du flux génétique de l’Orient vers Rome est que la densité de population était plus élevée dans l’est de la Méditerranée que dans l’ouest ». (Voir Ancient Rome : A genetic crossroads of Europe and the Mediterranean, dans Science 2019)

Comme on l’a dit plus haut ces résultats se fondent sur des échantillons restreints. C’est ainsi que l’ascendance nord-africaine en Italie n’est étayée que par l’ADN d’un seul individu précédemment signalé de la période romaine impériale (R132) (Antonio et coll., 2019). Une autre étude génétique de 2022 montre que malgré l’hétérogénéité génétique dans la Rome impériale, l’Europe a connu une stabilité des structures génétiques de ses populations depuis d’Âge du fer. Plusieurs hypothèses sont émises pour résoudre cette apparente contradiction : cette hétérogénéité n’aurait pu être qu’urbaine (les sites de fouille d’où provient l’ADN antique sont souvent dans les anciennes villes), les villes ont tendance à faire baisser la natalité (le logement y est cher, les enfants ne peuvent aider dans les travaux des champs), les maladies auraient surtout frappé ces villes densément peuplées et à l’hygiène douteuse, la population aurait été remplacée par une population locale rurale plus homogène et plus féconde, enfin le déclin économique de l’empire d’Occident aurait pu encourager le retour d’étrangers vers leur pays ou du moins l’Empire d’Orient resté plus prospère. Plus de détails dans Stable population structure in Europe since the Iron Age, despite high mobility.

Contexte génétique et méthode

Pourquoi les yeux bleus ?

La couleur des yeux, notamment les yeux bleus, dépend principalement de deux gènes voisins situés sur le chromosome 15 : OCA2 et HERC2. 

Voici comment ça marche en termes simples :

  • OCA2 : Ce gène contrôle la production de mélanine, le pigment qui donne leur couleur aux yeux, à la peau et aux cheveux. Plus de mélanine dans l'iris = yeux bruns. Moins de mélanine = yeux bleus ou verts. 
  • HERC2 : Ce gène agit comme un "interrupteur" qui régule OCA2. Il contient une zone spécifique (un SNP appelé rs12913832, situé dans une partie non codante de HERC2) qui décide si OCA2 produit beaucoup de mélanine ou pas. 

Pour avoir des yeux bruns, HERC2 doit bien activer OCA2 pour produire suffisamment de mélanine. Pour des yeux bleus, une mutation dans rs12913832 affaiblit cet interrupteur, ce qui réduit la production de mélanine par OCA2. 

Résultat : l'iris a moins de pigment, et les yeux paraissent bleus ou verts. Un schéma (non inclus ici) montrerait que ces deux gènes sont voisins sur le chromosome.

Méthode utilisée dans l'étude :

Au lieu de se baser uniquement sur le SNP rs12913832 pour deviner la couleur des yeux, l'auteur a adopté une approche plus précise : 

  1. Analyse d’un haplotype : L’auteur a examiné un ensemble de 13 SNPs (marqueurs génétiques) liés à OCA2 et HERC2, formant ce qu’on appelle le "haplotype des yeux bleus". Ces SNPs ont été pondérés (méthode DR2) pour évaluer leur influence. 
  2. Rôle clé de rs12913832 : Ce SNP est utilisé comme un "gardien". Pour qu’un individu soit considéré comme ayant probablement des yeux bleus, il doit avoir la version G/G de ce marqueur (une mutation spécifique). 
  3.  Score continu : L’auteur a créé un indice (de 0 à 1) pour classer les individus selon leur probabilité d’avoir des yeux bleus. Ensuite, il a attribué des étiquettes : probablement bleu, probablement brun, ou indéterminé (quand ce n’est pas clair). 
  4. Modélisation : L’auteur a étudié la fréquence des yeux bleus en fonction de trois facteurs :
    • Le temps : Comment cette caractéristique s’est répandue à travers l’histoire.
    • La latitude : Les yeux bleus sont plus fréquents dans certaines régions (ex. : Europe du Nord).
    • La couverture génomique : La quantité de données génétiques disponibles pour chaque individu analysé. 

Échantillon

L'étude se fonde sur une base de données : d'environ 4 133 génomes anciens (période 44 000 ans jusqu' à présent). 

Tableau : populations / cultures — proportion estimée d’individus « probablement aux yeux bleus » et taille d’échantillon
Population / culture Proportion estimée Taille de l’échantillon (n)
France — Moyen Âge ≈ 67 %  échantillon limité (non précisé dans la synthèse)
Oberkassel (chasseurs-cueilleurs ouest-européens) ≈ 58,9 %  n = 39
Pays-Bas — Moyen Âge ≈ 59 %  n modéré (valeur non précisée ici)
Vikings (Scandinavie) ≈ 55,3 %  n = 376
France — Âge du Fer ≈ 25–30 %  échantillon variable (non précisé)
Rome — Âge du Fer ≈ 22,2 %  n = 27
Rome — Moyen Âge ≈ 21,4 %  n = 28
Culture campaniforme  ≈ 13,1 %  n = 229
Yamnaya (steppe pontique-caspienne) ≈ 3,0 %  n = 169
Rome — Période impériale ≈ 4,2 %  n = 48
Remarque Les pourcentages sont des estimations issues de l'étude ; les intervalles de confiance varient beaucoup selon la taille d’échantillon (les petits n donnent des marges d’erreur larges). « Appel probablement bleu » = individu classé par l’algorithme comme « probablement-bleu » (voir définition génétique basée sur HERC2/OCA2).

mercredi 24 septembre 2025

L'indice de fécondité du Canada atteint un creux historique (1,25 enfant/femme)


Le taux de fécondité du Canada a atteint un creux historique de 1,25 enfant par femme en 2024, faisant du pays l’un des endroits où il se fait le moins d’enfants dans le monde.

Il s’agit de «son plus bas niveau à ce jour», explique Statistique Canada dans un rapport publié mercredi.

En 2023, le Canada a rejoint le club des pays avec une «fécondité ultrafaible», au même titre que le Japon, l'Italie, la Suisse ou la Finlande. La tendance s’est donc accentuée en 2024.
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Dans le jargon des démographes, la «fécondité ultrafaible» est utilisée pour parler des endroits où l’indice de fécondité est de moins de 1,30 enfant par femme.

Aucune province ni territoire, à l’exception du Nunavut (2,34), ne fait assez d’enfants pour atteindre le taux de remplacement naturel de 2,1. Le Québec avait un indice de fécondité de 1,33 enfant/femme en 2024.

Autre record : l’âge moyen de la maternité au Canada a continué de grimper et s’établit désormais à 31,8 ans. À titre de comparaison, il était de 26,7 ans en 1976.

Impact d'un indice de fécondité de 1,25 enfant/femme (Canada) ?
  • 4 grands-parents (2 couples) produisent = 2,5 parents (1,25 femmes).
  • Ces parents produisent = 1,5625 enfants.

La contraction est d’environ 37,5 % par génération (population multipliée par 0,625).

Quatre grands-parents auront donc 1,5625 petits-enfants. À long terme, la population diminue exponentiellement, divisée par ~1,6 par génération.

Que signifie en termes concrets 1,33 enfant/femme (Québec) ?

  • 4 grands-parents (2 couples) produisent 2,66 parents (1,33 femmes).
  • Ces parents produisent 1,77 enfants.

Quatre grands-parents auront donc 1,77 petits-enfants. La contraction est d’environ 33,5 % par génération (population multipliée par 0,665).

À long terme, la population diminue exponentiellement, divisée par ~1,5 par génération.


Chute libre depuis 1960

Le nouveau taux de fécondité «se situe dans le prolongement de la baisse générale amorcée en 2009», rapporte Statistique Canada.

Or, les données fédérales indiquent que le vrai changement de paradigme est survenu au début des années 1960, qui coïncide avec l’avènement de la pilule contraceptive.

Si le pic de fécondité est d’environ quatre enfants par femme au début des années 1960, il passe sous la barre du taux de remplacement à peine une décennie plus tard, en 1971.
Le cas québécois

En 2024, les provinces ont toutes affiché un creux historique, mis à part le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et la Colombie-Britannique, qui affiche néanmoins le plus faible taux au Canada (1,02).

Le Québec (1,34 enfant par femme) est en milieu de peloton, et ne se qualifierait pas dans la catégorie de la fécondité ultra-faible. Il se fait légèrement moins d’enfants en Ontario, en Colombie-Britannique, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le taux de fécondité est très légèrement plus élevé au Québec qu’en Ontario depuis 2005. 

En fait, les jeunes Québécoises sont plus en couple et ressentent moins le besoin d’attendre au mariage pour avoir leur premier enfant.

Plus faible croissance depuis... 1946


La baisse globale de la natalité s’ajoute à une baisse notable de l’immigration, un virage entamé à la fin de l’année dernière par Ottawa après une décennie de croissance majeure. Le nombre de décès dépasse d'ailleurs le nombre de naissances au Canada depuis 2022 et au Québec depuis l'an dernier.

Cela devrait être pire encore en 2025

Un second rapport publié mercredi rapportait qu’au deuxième trimestre de 2025, la croissance démographique était de 0,1 % entre le 1er avril et juillet, comparativement à 0,7 % pour la même période l’année dernière.

Si la tendance se maintient, l'indice synthétique de fécondité en 2025 devrait être de 1,24 enfant/femme au Québec et de 1,31 au Québec.

«Si l’on exclut l’année 2020 [première année de la pandémie], il s’agit du plus faible taux de croissance au cours d’un deuxième trimestre depuis que des données comparables existent [au deuxième trimestre de 1946]», rapporte l’agence fédérale.

Le changement de cap d’Ottawa sur la question des résidents temporaires est le facteur principal derrière ce ralentissement démographique. Depuis des années, la quasi-totalité de la croissance démographique du Canada était liée à l’immigration.

mardi 23 septembre 2025

La fin annoncée du « late-night » américain : quand l'« humour » se heurte à la désaffection du public

Télévision. Aux États-Unis, les émissions de divertissement de fin de soirée, autrefois un pilier de la culture télévisuelle, traversent une crise majeure. La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live! par ABC, après des propos jugés choquants sur l’assassinat de l’activiste conservateur Charlie Kirk, illustre une perte de repères qui dépasse la simple baisse d’audience.

Une suspension symbolique

La chaîne ABC, propriété de Disney, a annoncé la suspension de Jimmy Kimmel à la suite des pressions de deux groupes de médias puissants, Nexstar et Sinclair, qui possèdent un grand nombre de stations affiliées locales d’ABC (il s'agit de chaînes régionales qui rediffusent des programmes nationaux). Ces groupes ont décidé de retirer l’émission de leurs grilles. Le PDG de Disney, Bob Iger, aurait lui-même pesé dans la décision.

Jimmy Kimmel, présentateur d'un des ces émissions de fait de soirée, connu pour son ton corrosif, avait récemment censément plaisanté à propos de l’assassinat de Charlie Kirk, une figure conservatrice américaine. Il avait alors déclaré «  Nous avons atteint de nouveaux sommets ce week-end, avec le gang MAGA qui tente désespérément de présenter ce jeune qui a assassiné Charlie Kirk comme quelqu'un d'autre qu'un des leurs, et qui fait tout ce qu'il peut pour en tirer un avantage politique ». Alors que ce présumé assassin était alors un radical de gauche, pro-LGBT, avait un amant transsexuel et s'insurgeait contre la « haine » qu'aurait propagée Charlie Kirk. Voilà un humoriste déchaîné à l'imagination débordante. Ou un militant qui délire en se croyant comique. Le public semble avoir peu apprécié.

Des audiences en chute libre


Au-delà de la polémique, cette suspension survient dans un contexte de déclin accéléré du late-night. D’après le site spécialisé LateNighter, Jimmy Kimmel Live! a perdu près de 80 % de son public depuis 2015, année où l’émission a été déplacée à 23 h 35. Les données de Nielsen — l’équivalent américain de Médiamétrie — montrent que la part de marché de l’émission chez les 18-49 ans, la cible privilégiée des annonceurs, est passée de 0,68 en 2013-2014 à seulement 0,16 en 2024-2025. L'audience totale de ces émissions est 3 à 4 fois plus grande que celle des seuls 18-49 ans.

Pour comparaison, The Late Show de Stephen Colbert plafonne à 0,18 et The Tonight Show de Seth Meyers à 0,13. Autrement dit, moins d’un téléspectateur sur mille de la tranche d’âge reine regarde encore ces programmes. Que font les autres ? Beaucoup consomment de la diffusion en ligne (Netflix, YouTube, TikTok), ou se détournent tout simplement d’un humour jugé prévisible et trop politique.


Des pertes colossales


Selon le média américain Puck, des sources internes à CBS estiment que The Late Show with Stephen Colbert perdait déjà plus de 40 millions de dollars par an. Autrement dit, même l’émission la plus regardée de la tranche horaire s’est transformée en gouffre financier. Ces chiffres laissent penser que les difficultés ne sont pas isolées, mais généralisées à tout le secteur du late-night.

Immigration, la sécurité routière et les routes misent en danger par les camionneurs illégaux

« La sécurité du public va en diminuant » : des camionneurs dénoncent l'embauche de chauffeurs illégaux, qui constituent selon eux une menace pour la sécurité routière. Le surpoids de leur véhicule défonce également (un peu plus) les routes du Québec.

dimanche 21 septembre 2025

Lien croissant entre mariage, fécondité et appartenance politique


Les femmes conservatrices nées entre 1975 et 1979, qui ont fini d'avoir des enfants, ont une descendance totale de 2,1 enfants, ce qui correspond exactement au taux de remplacement. Les femmes modérées du même groupe d'âge ont eu 1,8 enfant, alors que les femmes progressistes n'en ont eu que 1,5. Les écarts sont moins importants entre les conservatrices nées entre 1985 et 1989, qui ont un taux de fécondité final de 2,1, tandis que les modérées ont un taux de 1,9 et les libérales de 1,7. Les femmes conservatrices nées entre 1995 et 1999 n'ont eu jusqu'à présent que 0,7 enfant, soit le même nombre que les modérées. Les libérales de la même cohorte ont jusqu'à présent une moyenne de 0,4 enfant. Il ne faut pas exagérer les différences entre les femmes conservatrices et libérales. Les taux de natalité sont plus faibles pour tous les groupes par rapport à la fécondité avant 1975. Les taux de mariage sont également plus faibles pour tous les groupes. Cependant, les différences sont suffisamment importantes pour que les partis finissent par séduire des électorats manifestement différents.

Télé publique — Hommage funèbre à Charlie Kirk assassiné rappellerait les manifestations nazies

Réaction de Mathieu Bock-Côté à la diabolisation entourant Charlie Kirk, la fabrique du mensonge. 

Réaction de Pascal Praud et de ses invités à cette émission.

 

Note : Jimmy Kimmel, le « censuré », mentionné dans l'extrait ci-dessus est de retour sur les ondes, mais certains réseaux affiliés importants disent ne pas vouloir le diffuser et remplaceront l'émission de Kimmel par une autre émission (de nouvelles notamment).


Billet du 22 septembre

Pour une experte de Franklin Roosevelt, Judith Perrignon, à la télévision publique française France 5, l’hommage funèbre à Charlie Kirk assassiné rappellerait les manifestations nazies. 

La spécialiste de Franklin Roosevelt qui lance cette comparaison devrait se souvenir que les nazis américains ne sont pas les seuls à avoir rempli le Madison Square Garden. Roosevelt lui-même en 1936 le fit devant plus de 20 000 personnes. Il termina son discours de campagne avec une attaque contre les Républicains : ce « gouvernement qui n’entend rien, ne voit rien et ne fait rien », la foule se déchaîne alors. Regarder sur Getty Images.

Photographie de 1936 lors de la réunion de F. D. Roosevelt au Madison square Garden (Associated Press, image reprise par le New York Times)


La veuve de Charlie Kirk devant le stade, « Père, je pardonne ce jeune homme », assassin de mon mari.

Les nazis américains ont quand même beaucoup changé…

Pour plus de contexte, on trouvera ci-dessous les 14 premières minutes de cette émission où tout le monde semble d'accord.

Mme Perrignon reparle à la fin de cet extrait aux sujets des « propos radicals » [sic] de Charlie Kirk.

À la 5e minute, Jeanne Brun, historienne de l'art, souligne que le nom de l'association de Charlie Kirk était Turning Point qu'elle traduit par point de bascule. Pour elle, Turning Point lui évoque, dans le vocabulaire de l'Apocalypse qui est (serait) utilisé par ce courant, l'eschatos (ἔσχατος) souvent traduit par la fin (c'est exact) mais pour elle en réalité ce mot signifierait le seuil. Et donc Charlie Kirk par le nom de son association évoquait sans doute l'Apocalypse.

L’analyse de Jeanne Brun repose sur du sable. « Turning Point » signifie un tournant, virage, un moment où l’on change de cap — donc précisément l’inverse d’une apocalypse, qui est une fin sans retour. Plaquer une pseudo-érudition grecque en transformant eschatos (ἔσχατος, « dernier, ultime, fin ») en « seuil » est une erreur grossière. On aboutit à une lecture contradictoire, où un nom évoquant un redressement devient artificiellement une prophétie de catastrophe. Turning point est un expression courante aux États-Unis, banale même, sans connotation apocalyptique. Mme Brun fait de l’herméneutique de pacotille. C’est moins de l’histoire de l’art que de la surinterprétation idéologique.

(Ci-dessous la définition du dictionnaire de référence du grec ancien, le Bailly:

Les études qui prouveraient que « la majorité des meurtres viennent de l'extrême droite »


Dans son édition du samedi 20 septembre, le Journal de Montréal a publié cette infographie. Elle cherche à montrer que la violence aux États-Unis serait le fait de l’extrême droite.

L’infographie qui circule — titrée « 12 meurtres politiques par an » — se présente comme une synthèse factuelle de la violence politique aux États-Unis. Un examen attentif de sa méthodologie et de ses choix de présentation révèle pourtant une série de décisions éditoriales et techniques qui biaisent profondément l’interprétation des données. En mode enquêteur : ce que montre l’image, ce qu’elle tait, et pourquoi cela importe.

1) L’exclusion des attentats du 11-septembre n’est pas neutre : elle redéfinit la hiérarchie des menaces

L’infographie indique explicitement avoir exclu les attentats du 11 septembre 2001. Ce n’est pas une simple note de bas de page : ce choix efface près de 3 000 victimes d’un seul événement, le plus meurtrier de l’histoire terroriste américaine, et modifie en profondeur la répartition des victimes entre catégories idéologiques. Des analyses qui intègrent ces morts montrent que la part du terrorisme islamiste devient écrasante par rapport aux autres catégories ; l’exclusion transforme donc l’économie même du message visuel et constitue une décision méthodologique majeure qui devrait être justifiée et expliquée — or ce n’est pas le cas ici.

L’infographie mentionne explicitement qu’elle exclut ces événements, qui ont causé près de 3 000 morts, pour se concentrer sur un total de 618 homicides idéologiques de 1975 à 2025. Cette décision arbitraire réduit artificiellement la part de l’islamisme radical dans les violences (indiquée à 23 %), alors que l’inclusion du 11 septembre porterait ce chiffre à des niveaux bien plus élevés — potentiellement plus de 80 % des victimes totales, selon des analyses comme celle du même Cato Institute cité par le Journal de Montréal.

Parts (%) — avant et après inclusion du 11-septembre
Effectifs et parts pour la période 1975–2025.
Catégorie Effectif
(excl.
11-sept.)
%
(excl.
11-sept.)
Effectif
(incl.
11-sept.)
%
(incl.
11-sept.)
Extrême droite 389 62,94 % 389 10,82 %
Islamisme radical 142 22,98 % 3 119 86,76 %
Extrême gauche 62 10,03 % 62 1,72 %
Autres/inconnu 25 4,05 % 25 0,70 %
Total 618 100,00 % 3 595 100,00 %

2) Les pourcentages affichés reposent sur des classifications peu documentées et parfois arbitraires

L’infographie attribue 63 % des homicides à « l’extrême droite », 23 % à « l’islamisme radical » et 10 % à « l’extrême gauche ». Ces chiffres semblent simples ; ils ne le sont pas. Les bases de données sur les crimes « extrémistes » diffèrent fortement selon leurs critères de classement : comment classer un homicide commis par une personne qui a tenu des propos haineux mais dont le mobile est familial ? Comment traiter une attaque collective liée à des émeutes ou à des mouvements sociaux qui ne se traduit pas par des homicides individuels ? Comment classer l’attaque d’une club homosexuel (comme à Colorado Springs, 5 tués) par une personne qui aurait tenu des propos néonazis mais se dit non-binaire (et donc partie de la coalition LGBTQ2SAI+) ? Celle d’un homme torturé par sa non-binarité ou son idéologie d’extrême droite?  Les recherches reconnues montrent que la décision de coder un acte comme « idéologique » dépend d’un faisceau de critères (motifs avérés, revendications, affiliations, preuves documentaires) et que, selon ces critères, le poids de chaque catégorie peuvent varier notablement. Sans exposition claire du protocole de classification, les pourcentages de l’infographie ne sont pas vérifiables.

Par exemple, des meurtres domestiques ou crapuleux sont parfois classés comme « extrémistes » si le meurtrier a un tatouage néonazi, même si son acte sans lien direct avec une motivation politique.

À l’inverse, les violences de l’extrême gauche, comme celles associées à des émeutes ou à des groupes antifascistes, sont souvent sous-représentées parce qu’elles ne culminent pas toujours en homicides isolés, mais en destructions massives ou en blessures collectives — pensons aux émeutes de 2020 liées au mouvement Black Lives Matter, qui ont causé des milliards de dollars de dommages sans être comptabilisées ici.

Ainsi, quand un auteur est musulman, noir ou lié à l’extrême gauche, les politiciens, les médias et certains organismes (comme l’ADL) nuancent, ergotent, finassent et hésitent à cataloguer les meurtres comme motivés idéologiquement.

Musulmans : Des attaques comme celles de San Bernardino (2015, 14 morts) ou le club gay Pulse (2016, 49 morts) par des individus revendiquant l’État islamique sont parfois cataloguées comme des loups solitaires psychologiquement instables dans les premiers rapports, surtout si le mobile est flou ou si la radicalisation semble récente. Pourtant, des enquêtes (notamment le FBI en 2016) ont montré que leurs auteurs, Syed Farook et Omar Mateen, avaient des liens avec des réseaux djihadistes en ligne. Le terme « loup solitaire » est préféré pour des raisons politiques : éviter d’alimenter l’islamophobie ou de renforcer les politiques anti-immigration, un sujet sensible aux États-Unis depuis le 11-septembre.

Noirs : Dans des cas comme la tuerie de Dallas (2016, 5 policiers tués) par Micah Xavier Johnson, motivée par la colère contre les brutalités policières (influencée par Black Lives Matter), les autorités ont hésité à parler d’idéologie, préférant évoquer une « vengeance personnelle » ou un « trouble mental ». Pourtant, Johnson avait étudié des tactiques militaires et ciblé des Blancs, ce qui suggère une intention raciale évidente. On préfère alors ne pas parler de « terrorisme » pour des raisons politiques (morales diront ceux qui pratiquent cette discrimination) : ne pas stigmatiser une communauté particulière.

Extrême gauche : Des incidents comme les émeutes de Minneapolis (2020, liés à des groupes anarchistes ou antifas) ou l’attaque de Kenosha (2020, Kyle Rittenhouse visé par des militants de gauche) sont rarement qualifiés de « terrorisme idéologique », même si des manifestes ou des slogans (ex. : « ACAB »," Tous les flics sont des salauds ») indiquent une motivation politique. On parle plutôt de « troubles sociaux » ou de « déséquilibrés », surtout si les actes ne tuent pas directement. Deux civils blancs furent tués pendant ces « troubles ».

3) La comparaison internationale sans ajustement démographique est fallacieuse

La comparaison avec le Canada est un autre exemple flagrant de statistiques sélectives et trompeuses. L’infographie vante le fait que le Canada « recense beaucoup moins » de meurtres idéologiques (26 entre 2014 et 2021), contre une moyenne de 12 par an aux États-Unis. Mais elle omet complètement l’ajustement par habitant, ce qui est une faute méthodologique grave. Avec une population américaine d’environ 347 millions contre 41 millions au Canada (soit un peu moins de 9 fois plus), le taux par habitant aux États-Unis est en réalité inférieur : environ 0,039 homicide idéologique par million d’habitants par an, contre 0,085 au Canada pour la période récente (la population a crû pendant cette période nous avons donc pris une population moyenne pendant les périodes moyennes).

Des études comparatives, comme celles du Fraser Institute, montrent même que les taux de criminalité violente au Canada augmentent plus vite que aux États-Unis ces dernières années, contredisant l’image idyllique présentée ici. 

Cette omission transforme une différence absolue (logique vu la taille des pays) en une critique implicite de la société américaine, sans contexte démographique, ce qui relève de la malhonnêteté intellectuelle.

4) La dichotomie gauche/droite aux extrêmes est-elle réellement pertinente ?

L’usage de la grille gauche/droite dans la classification des violences politiques relève souvent d’un réflexe commode, mais scientifiquement fragile. Elle ne permet pas de rendre compte de la complexité des motivations et des logiques d’action.

Prenons le cas du pic de 1995 : l’attentat d’Oklahoma City (168 morts), commis par Timothy McVeigh. Celui-ci n’était pas un « conservateur social » typique, encore moins un militant républicain. Athée, hostile aux institutions religieuses, il ne défendait pas la famille traditionnelle mais se vivait comme un anarchiste radical anti-étatique, animé par une vision libertarienne de l’individu armé contre un État fédéral jugé envahissant. Classer McVeigh comme un terroriste « d’extrême droite » est donc une simplification abusive, qui gomme la nature fondamentalement anti-autoritaire de son idéologie.

Plus largement, l’histoire montre que les grands totalitarismes du XXe siècle ne se laissent pas enfermer dans le spectre classique gauche/droite. Le national-socialisme et le bolchevisme, tous deux révolutionnaires à leur manière, partagent des traits communs : culte du chef, hiérarchie militarisée, contrôle absolu de l’État, effacement des contre-pouvoirs, et volonté d’éradication de toute opposition. En URSS, après les expériences libertaires des années 1920 (divorce facile, émancipation des femmes, libéralisation sexuelle), le régime stalinien a fini par réprimer sévèrement ces libertés, abolissant même la libéralisation du divorce et criminalisant l’homosexualité — preuve que les catégories « gauche/libertaire » et « droite/conservatrice » ne sont pas stables mais évolutives.

On observe aussi que certains mouvements dits « de droite » empruntent des thèmes traditionnellement associés à la gauche. Le Rassemblement National, en France, tout en étant étiqueté comme parti « d’extrême droite », défend un État-providence renforcé, un protectionnisme économique et un discours anti-élitiste. Cette plasticité idéologique illustre à quel point le populisme contemporain dépasse le cadre binaire gauche/droite.

Dès lors, on peut légitimement s’interroger : le recours à cette dichotomie dans les bases de données et les infographies sur la violence politique ne relève-t-il pas moins d’une exigence scientifique que d’une commodité rhétorique ? En particulier lorsqu’il permet, par effet de cadrage, d’associer mécaniquement les violences anarchistes ou anti-étatiques à « la droite », ce qui contribue implicitement à diaboliser les conservateurs sociaux ou les républicains classiques, qui n’ont rien à voir avec ces mouvances.

5) Les bases de données de recherche nuancent la simple opposition droite/gauche/islamiste

Le graphique montre bien une répartition simple : la majorité des meurtres politiques viendraient de l’extrême droite (63 %), loin devant l’islamisme radical (23 %), la gauche radicale (10 %) et d’autres courants marginaux. Mais la recherche scientifique nuance fortement cette lecture.

En réalité, comparer la violence politique n’est pas aussi simple que de compter des pourcentages. Selon les travaux universitaires fondés sur plusieurs bases de données, les tendances varient selon les périodes et les contextes. Par exemple, l’extrême droite a effectivement produit beaucoup d’attaques dans certaines années, mais d’autres courants ont été plus marquants dans d’autres contextes. De plus, le « nombre » d’attentats ne dit pas tout : la gravité (le nombre de victimes par attaque), le profil des auteurs et le type de violence changent selon les idéologies et les époques.

En clair : réduire le phénomène à des parts fixes (63 %, 23 %, etc.) sans préciser la méthode utilisée est trompeur. Pour faire des comparaisons solides, il faut des données transparentes, des définitions partagées et prendre en compte à la fois la fréquence, la létalité et les circonstances des violences politiques.

6) Le choix des couleurs

L’infographie ne se contente pas de donner des chiffres : elle les met en scène. Le choix de représenter chaque silhouette comme 1 % du total renforce l’idée que l’extrême droite « remplit l’espace » (grande masse rouge vif), tandis que l’islamisme radical (vert pâle) semble marginalisé visuellement, alors que l’inclusion du 11-septembre aurait totalement inversé ce rapport. C’est un effet de cadrage graphique classique : la proportion choisie et la palette de couleurs dictent la lecture intuitive du lecteur plus que les chiffres eux-mêmes.

Le complotisme de la gauche progressiste

Cette semaine, trois affaires ont mis en lumière l’incapacité du camp dit progressiste à voir le réel et admettre ses erreurs. Au point de basculer dans la théorie du complot ?

Cette semaine a été marquée par différents événements venant bousculer la vision du monde du camp progressiste et remettant en cause le récit qu’il fait de notre époque. Pourtant, celui-ci a refusé à chaque fois de se soumettre au moindre examen critique, criant à la manipulation et rejetant ses responsabilités sur des figures présentées à la fois comme maléfiques et toutes puissantes. Quitte à flirter avec les théories du complot.

Commençons par l’affaire France Inter. La révélation des propos tenus par Thomas Legrand et Patrick Cohen avec des cadres du Parti socialiste a mis en lumière de manière éclatante l’instrumentalisation de l’audiovisuel public par les journalistes de gauche. Ainsi que leur hégémonie au sein d’un média financé par le contribuable. Après la suspension de Thomas Legrand, on pouvait espérer que les médias publics procéderaient enfin à leur autocritique. Au lieu de cela, le directeur éditorial de Radio France a vu derrière l’affaire la main d’un certain Vincent Bolloré. Et peu importe si le magazine L’Incorrect, qui a diffusé l’enregistrement, n’a aucun lien avec « la galaxie Bolloré ». 

Le deuxième événement, le plus tragique, a été l’assassinat de l’influenceur trumpiste Charlie Kirk en plein meeting d’une balle dans le cou. Très vite, il n’a fait guère de doute que celui-ci avait été visé mortellement pour des raisons idéologiques par un individu proche des idées de la gauche radicale. Le camp progressiste allait-il enfin prendre ses distances avec le wokisme et dénoncer la dérive politique de certaines universités américaines ? Il n’en fut rien. On tenta même une nouvelle fois de faire porter le chapeau au camp conservateur. C’est Libé qui a fait sa une avec Donald Trump l’accusant de propager la violence. C’est la journaliste Marion Van Renterghem qui soulignait sur X : « L’assassin de Charlie Kirk est le fils d’une famille Républicaine, Trumpiste, conservatrice, Blanche, chrétienne, totale Maga. » Oubliant de préciser que des messages « antifascistes » avaient été retrouvés sur les munitions de l’assassin…

Enfin, en Angleterre, le succès (plus de 100 000 manifestants, voir la vidéo du quotidien de gauche The Guardian ci-dessous) de la grande marche pour la liberté d’expression, à l’initiative de l’activiste nationaliste Tommy Robinson, a confirmé la révolte d’une partie des Européens contre l’immigration de masse et le politiquement correct. Mais pour certains observateurs, ces manifestations étaient avant tout le fruit de l’argent russe !



Bolloré, Trump, Poutine : la trinité diabolique du camp progressiste. Tous trois sont des personnages très différents : Poutine mène une guerre en Ukraine quand Trump a été élu démocratiquement tandis que Bolloré a simplement eu l’outrecuidance de bousculer l’hégémonie médiatique de la gauche. Cependant, pour une certaine bienpensance, il suffit de prononcer l’un de ces trois noms pour clore tout débat. C’est la nouvelle reductio ad Hitlerum. Tous trois se voient prêter une influence démesurée. Comme si à eux seuls, ils pouvaient configurer une réalité hostile. Faut-il vraiment voir leur ombre derrière chaque événement ? En vérité, l’obsession des progressistes pour ces trois personnages révèle que l’accusation de complotisme souvent proféré par le centre et la gauche à l’égard des partis dits populistes mérite peut-être d’être retournée. Le parti du déni a cédé la place à celui du conspirationnisme mondain.

Québec songe à réduire les prestations d’aide sociale données aux « réfugiés »

« Non, je ne ferme pas la porte », a déclaré la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action
communautaire Chantal Rouleau (ci-contre) à l’entrée du conseil des ministres mercredi.

Lorsqu’une journaliste lui a demandé si elle comptait réduire les prestations d’aide sociale des nombreux demandeurs d’asile, elle a également répondu qu’« on est en train de réfléchir et de travailler sur des façons de faire pour mieux équilibrer » les dépenses consacrées à ce poste.

En juin, le ministre de l’Immigration Jean-François Roberge brandissait cette solution, dans l’éventualité où le nouveau gouvernement Carney ne répondrait pas aux demandes du Québec de réduction de l’immigration temporaire. « Je ne peux pas l’exclure […] si Ottawa ne fait pas le travail, qu’on soit obligé de revoir le panier de services », disait le ministre en marge de l’annonce de la planification de l’immigration au Québec pour 2026-2029.

« Le statu quo n’est pas tenable ni pour les services publics ni pour les finances publiques. Je pense aux Québécois là-dedans qui disent qu’ils habitent ici, qu’ils payent des impôts et qu’ils ont de la misère à voir leur médecin, que mon fils ou ma fille est dans une classe d’enseignement modulaire, qu’il n’a pas d’enseignant légalement qualifié, que c’est pas leur plan A… On doit avoir une équité pour les Québécois », plaidait-il.

Remue-méninges

La question est restée en délibéré durant l’été. Mais à la suite d’un remue-méninges tenue au gouvernement avant le remaniement ministériel pour déterminer la feuille de route de la dernière année du mandat caquiste, elle est revenue de l’avant.

En matinée, François Legault a d’ailleurs été questionné sur la position difficile de la CAQ dans les sondages – loin derrière le Parti québécois et le Parti libéral. « On veut, avec l’équipe que j’ai nommée, poser des gestes concrets et arriver avec des résultats dans les prochains mois », a dit le premier ministre. Il a énuméré ses priorités : réduire le fardeau fiscal, donner un traitement-choc à la bureaucratie, améliorer la sécurité des Québécois et « réduire le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et Laval ». Ce sont ces gestes concrets qui vont, croit-il, changer l’image que les Québécois ont de lui et de son gouvernement.

L’automne dernier, l’idée de couper les chèques d’aides sociales des demandeurs d’asile avait pourtant été exclue par la CAQ. Une réduction du chèque d’aide sociale, « ce n’est pas quelque chose que l’on considère actuellement », a disait M. Legault.

En 2024, plus de 500 millions de dollars en aide sociale ont été versés aux demandeurs d’asile.