lundi 24 février 2025

Argentine, faible inflation, budget excédentaire et forte augmentation des revenus d'énergie fossile non conventionnelle

Depuis son entrée en fonction en décembre 2023, M. Milei a réduit les dépenses publiques d’environ 30 % en termes réels, en licenciant plus de 30 000 fonctionnaires, en réduisant les subventions à l’énergie et aux transports, en suspendant les projets de travaux publics et en gelant les salaires et les retraites de l’État. L’effet sur l’inflation a été dramatique.

Selon le président argentin Javier Milei : « L’inflation en janvier était de 2,2 %, soit la plus faible depuis 2020. Sans les effets de la pandémie, c’est la plus faible depuis 2018. » L’inflation des biens était de 1,5 % et l’inflation du panier alimentaire de base était de 0,9 %, ce qui signifie que l’Argentine connaît une déflation en dollars.

L’Argentine a également officiellement atteint son premier excédent budgétaire depuis 14 ans.

La gestion économique de M. Milei est une nette amélioration par rapport à celle de son prédécesseur. Sous le précédent gouvernement péroniste de gauche, le gouvernement avait conquis les électeurs en accumulant d’énormes déficits budgétaires. Pour couvrir la facture, la banque centrale avait imprimé de la monnaie, ce qui avait entraîné une inflation vertigineuse et un peso quasiment sans valeur. Les contrôles des prix sur les denrées alimentaires et le logement avaient entraîné des pénuries. M. Milei a mis fin à ces distorsions et le prix des logements a baissé grâce à une offre plus importante. Bien que sa thérapie de choc ait entraîné des souffrances à court terme, les conditions macroéconomiques se stabilisent désormais. Non seulement l’inflation est en baisse, les budgets sont passés de déficits à excédents, mais l’économie a renoué avec la croissance au troisième trimestre 2024. La bourse du pays est en plein essor et les indicateurs de risque pays s’effondrent.


Les « experts » en économie nous prévenaient cependant il y a un peu plus d’un an de la catastrophe que serait Milei. Cris d’effroi que l’on retrouvait tant dans la presse de gauche bien pensante (The Guardian) qui citait Piketty et 100 autres économistes que dans la presse patrimoniale censément de droite (The Economist).



L’Argentine dispose d’un potentiel économique considérable, et il semble que le président soit déterminé à exploiter ces atouts pour stimuler la croissance. C’est ainsi qu’il mise sur la hausse de production des énergies fossiles non conventionnelles.

L’Argentine détient les quatrièmes réserves mondiales de pétrole de schiste et plus de gaz de schiste que n’importe quel autre pays, à l’exception de la Chine. En 2024, l’Argentine a exporté plus d’énergie qu’elle n’en a importé, pour la première fois depuis 14 ans.

Cette année, l’Argentine devrait dépasser la Colombie, qui a produit près de 800 000 barils par jour (b/j) l’automne dernier, en tant que troisième producteur de pétrole brut d’Amérique du Sud. Seuls le Venezuela, qui produit près de 1 million de b/j, et le Brésil, qui produit plus de 3 millions de b/j, pomperont davantage. Javier Milei, le président de l’Argentine, qualifie le gisement de Vaca Muerta dans la province de Neuquén de « panacée » et souhaite que les exportateurs d’énergie du pays prospèrent. S’ils y parviennent, ils pourraient alimenter les efforts qu’il déploie pour mettre fin à des décennies de déclin économique.

Le secteur du schiste argentin a été confronté à des difficultés considérables. Les foreurs se pâment devant la géologie de Vaca Muerta, la comparant aux formations les plus riches des États-Unis. Mais comme l’explique Vinicius Moraes de Wood Mackenzie, une société de conseil en énergie, « l’Argentine est une bête différente ». Le contrôle des prix du pétrole, les taxes à l’exportation et les restrictions sur les capitaux y ont longtemps rendu les affaires difficiles. Ces politiques, ainsi que le vieillissement des puits conventionnels, ont entraîné une baisse de la production de pétrole au cours des années 2000. En 2012, la décision de Cristina Fernández de Kirchner, alors présidente de l’Argentine, de nationaliser YPF — une société énergétique détenue par Repsol, une entreprise espagnole — a ébranlé la confiance des investisseurs.

Néanmoins, suffisamment d’argent a été injecté en Argentine pour favoriser l’essor de l’industrie du schiste. Miguel Galuccio, qui a dirigé YPF de 2012 à 2016, a persuadé des entreprises étrangères, dont Chevron, une major pétrolière, d’investir dans des coentreprises. Cela peut s’expliquer en partie par les caractéristiques des forages de schiste. Comme le souligne Francisco Monaldi, de l’université Rice au Texas, la production de schiste a des coûts initiaux faibles (comparés, par exemple, à la mise en place d’une grande exploitation au large des côtes), mais elle nécessite des investissements soutenus pour forer de nouveaux puits et maintenir la production à un niveau élevé. Nationaliser un projet de schiste n’a guère de sens pour un gouvernement à court d’argent. « C’est comme exproprier une entreprise de construction automobile », explique M. Monaldi. « C’est génial au début, mais le lendemain, il faut trouver un moyen de continuer à fabriquer des voitures. »

C’est pourquoi les investisseurs pourtant soucieux du risque étaient prêts à investir progressivement. Au cours de la dernière décennie, la production de pétrole de schiste est passée d’environ 20 000 b/j à près de 450 000 b/j. La production de gaz est également montée en flèche.

YPF, ainsi que des foreurs locaux comme Vista Energy (que M. Galuccio dirige aujourd’hui), ont stimulé la croissance la plus récente. « Lorsque nous avons dit que Vaca Muerta pourrait doubler sa production en cinq ans, les gens pensaient que nous étions fous », déclare Daniel Dreizzen, ancien secrétaire à la planification énergétique. La plupart des analystes estiment aujourd’hui que Vaca Muerta peut produire plus de 1 million de barils par jour d’ici à 2030.

Le brusque hausse a transformé Neuquén. Depuis 1918, Vaca Muerta a fait l’objet de quelques forages conventionnels. Mais au milieu des années 2000, la production était en baisse. Le schiste a donné une seconde chance aux anciens pétroliers de Neuquén et continue d’attirer de nouveaux travailleurs dans la ville chaque semaine. Gustavo Medele, ministre de l’Énergie de la province de Neuquén, affirme qu’un chauffeur de camion peut y gagner l’équivalent de 3 000 dollars par mois (soit environ le double du salaire mensuel moyen national).

La province de Neuquén
en rouge

Cet essor pourrait transformer l’économie argentine. Selon les estimations, l’exploitation du schiste pourrait contribuer à créer entre un quart et un demi-million d’emplois d’ici le début des années 2030. L’augmentation de l’excédent commercial du pays permettrait de reconstituer ses maigres réserves de devises étrangères, ce qui l’aiderait à rembourser ses dettes. Aleph Energy, une société de conseil, estime que les exportations d’hydrocarbures pourraient rapporter plus de 30 milliards de dollars à l’Argentine chaque année à partir de 2030. Cela contribuerait grandement à accroître l’excédent commercial total de l’Argentine. Les exportations d’énergie ont contribué à le porter à 19 milliards de dollars en 2024, le chiffre le plus élevé depuis des années.

Les réformes de M. Milei ont déjà facilité les affaires. Depuis l’année dernière, les entreprises ne sont plus obligées de réserver un certain niveau d’approvisionnement aux raffineurs locaux avant de pouvoir exporter. Le gouvernement a également cessé d’intervenir sur le marché pétrolier, laissant le prix du pétrole vendu localement se rapprocher de celui du Brent, la référence mondiale. La filière du schiste souhaite ardemment la fin du contrôle des capitaux en Argentine, ce qui faciliterait l’importation d’équipements et attirerait davantage d’investissements étrangers. Mais la suppression de ces contrôles est une tâche plus lente.

Les liquidités étrangères aideront les exportateurs argentins à s’attaquer à leur problème le plus urgent : le manque d’infrastructures. L’excédent énergétique de l’année dernière a été obtenu en livrant du gaz au Chili, en faisant fonctionner les oléoducs à plein régime et en envoyant les derniers barils de Vaca Muerta par camion. Un oléoduc supplémentaire, dont l’ouverture est prévue prochainement, permettra d’augmenter la capacité d’exportation vers Puerto Rosales, une ville située sur la côte. Les exportateurs augmentent également leurs livraisons de gaz au Brésil, en utilisant d’anciens gazoducs passant par la Bolivie. Mais les marchés des pays voisins restent modestes par rapport à ceux de l’Asie et de l’Europe.

C’est pourquoi l’Argentine se tourne vers des horizons plus lointains afin d’accroître ses exportations de manière significative. Plusieurs projets sont en cours, soutenus par des allègements fiscaux et d’autres mesures incitatives que M. Milei a prévues pour les grands investissements d’infrastructure. YPF, avec d’autres entreprises, construit un oléoduc pour transporter 550 000 b/j jusqu’à Punta Colorada, où un port en eau profonde accueillera de plus gros pétroliers.

L’entreprise souhaite également expédier du gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Asie, où la demande devrait continuer à croître au moins jusqu’aux années 2040. Le coût des infrastructures nécessaires est immense, puisqu’il s’élève à quelque 50 milliards de dollars. Mais YPF, qui a signé un accord de développement avec Shell, une major britannico-néerlandaise, est déterminée. Horacio Marín, son patron, a fait le tour de l’Asie à la recherche de commandes ; le 21 janvier, trois sociétés indiennes se sont déclarées intéressées par des livraisons.

Deux éléments pourraient faire dérailler les progrès de l’Argentine, prévient M. Dreizzen. Premièrement, la prochaine vague de production de pétrole et de gaz aux États-Unis pourrait faire baisser les prix, ce qui rendrait les projets GNL moins rentables et laisserait aux producteurs argentins peu de marge de manœuvre pour faire face à la concurrence. Deuxièmement, si le pays devait connaître une nouvelle crise économique, les investisseurs étrangers pourraient paniquer. L’expansion de l’infrastructure d’exportation du pays deviendrait alors une tâche encore plus difficile. Il ne sera pas facile de tirer tout le parti possible de Vaca Muerta. Mais ce gisement est d’ores et déjà en train de transformer le pays.

Sources : The Economist, Javier Milei, The Guardian

dimanche 23 février 2025

23 au 24 février 1525, Pavie. Un désastre français.

En 1525, François Ier était capturé par les troupes de Charles Quint à Pavie. Pour obtenir sa libération, le roi dut se parjurer.

C’était il y a cinq cents ans. Dans la nuit du 23 au 24 février 1525, alors que les troupes de François Ier assiégeaient depuis quatre mois la ville de Pavie, à 35 kilomètres au sud de Milan, une contre-attaque de l’armée de Charles Quint tournait à la déroute pour les Français. Non seulement ils étaient battus, mais le roi était fait prisonnier par Charles de Bourbon, son ancien connétable qui l’avait trahi en se mettant au service de l’empereur. À sa mère, la régente, Louis de Savoie, le monarque écrivit cette phrase poignante :  « De toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur, et la vie qui est sauve. »

Julien Guinand, maître de conférences de l’université catholique de Lyon, raconte cet affrontement qui, dans le contexte des guerres d’Italie et de la rivalité ouverte en 1521 entre le roi et l’empereur, a infléchi le cours de l’histoire (1). Le chapitre dans lequel l’auteur, s’appuyant sur les sources les plus récentes, passe au crible de la critique historique le célèbre livre que Jean Giono consacra en 1963 au « désastre de Pavie » n’est pas le moins intéressant de cet ouvrage savant. Savant, mais d’une lecture aisée.


De son côté, Jean-Marie Le Gall, professeur d’histoire moderne à l’université de Paris I Panthéon-sorbonne, publie une édition revue et augmentée du livre qu’il avait consacré, il y a dix ans, aux conséquences de la bataille de Pavie (2). Emmené en captivité à Madrid, François Ier dut signer, en janvier 1526, un traité dans lequel, en échange de sa libération, il abandonnait ses droits sur Milan et Naples et sur le duché de Bourgogne, et laissait en gage ses deux fils aînés, le dauphin François et son frère Henri (le futur Henri II), âgés de 7 et 6 ans. Cependant, aussitôt libéré, le roi rompit sa promesse en incitant la Bourgogne à refuser d’être détachée du royaume. Pourquoi ce parjure en un temps où la parole donnée était sacrée ? Jean-Marie Le Gall répond à cette question en analysant, dans une synthèse limpide, les enjeux multiples de l’antagonisme entre le roi de France et l’empereur. La guerre ayant repris, la paix de Cambrai, en 1529, sera une paix de compromis : Charles Quint renoncera à la Bourgogne et François Ier à l’italie. en 1530, les fils du roi seront relâchés. Vingt ans plus tard, Henri II poursuivra la politique de son père, mais devra, lui aussi, renoncer à toute prétention sur l’Italie.


(1) Pavie, 1525, de Julien Guinand, Perrin, 320 pp.
(2) L’Honneur perdu de François Ier. Pavie, 1525, de Jean-Marie Le Gall, Puf, 556 pp..

Source : Figaro Magazine

samedi 22 février 2025

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Texte de l'historien Pierre Vermeren paru dans Le Figaro. Pierre Vermeren est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, comme « On a cassé la République : 150 ans d’histoire de la nation »(Tallandier, 2020) et « La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire » (Tallandier, « Texto », 2020). Dès la Révolution, la période de la Terreur a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux, souligne l’historien. Une tendance que la fermeture de C8 et de NRJ12, chaînes parmi les plus regardées de la TNT, vient confirmer de façon éclatante.

Des atteintes aux libertés publiques et privées sont régulièrement commises par les pouvoirs publics français : justice zélée pour empêcher le favori de la présidentielle de concourir; enfermement général de la population à l’occasion du Covid - dont le contre-exemple suédois a démontré l’inutilité -; incarcération d’un policier pendant des mois pour un homicide commis dans l’exercice de ses fonctions dont il fut relaxé, etc. La fermeture en cours de deux chaînes de télévision parmi les plus regardées de la TNT est la dernière en date. Cette décision autoritaire est moins une innovation que la confirmation d’un fait établi aussi vieux que notre régime : les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni démocrates.

Pour la présidente de la radio d'État française, « la liberté d'expression est le cheval de Troie du néo-impérialisme américain » (article du 20 février dans Le Figaro)

La chose peut paraître contre-intuitive au pays des droits de l’homme, de la Révolution et de la République. Mais le mouvement libéral des Lumières, qui a porté ces grandes idées du XVIIIe siècle à la victoire politique, s’est fracassé sur le mur de la Terreur et la guerre civile. Omniprésente dans les têtes au XIXe siècle, cette tragédie a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux et sanguinaire. Et ce, quand bien même il ne fut que l’auxiliaire des bourreaux, et surtout leur victime. C’est une moyenne bourgeoisie ivre de sa nouvelle toute-puissance qui a peuplé le Comité de salut public et le Tribunal révolutionnaire, qui a manié la guillotine et ordonné le massacre des Vendéens.

La réaction thermidorienne a mis fin à la Grande Terreur, mais les violences n’ont pas cessé avant l’été 1795, sans évoquer la chouannerie. En 1799, le Premier consul, continuateur et sauveur de la Révolution, forge l’appareil judiciaire français toujours en vigueur. Comme enseigné depuis des générations en faculté de droit, si la France possède deux ordres de juridictions, le judiciaire et l’administratif - aberration liberticide aux yeux des Anglo-saxons -, c’est parce que Napoléon a voulu protéger l’état, ses dirigeants et ses fonctionnaires, des menées du peuple.


La récente décision du Conseil d’état, qui trône au sommet de l’ordre administratif, est conforme à sa mission historique. Sa validation de la suppression de deux chaînes de télévision populaires était écrite : jugées populistes, donc dangereuses, par des élites unanimes, leur sort avait été instruit au Parlement, scellé par une autorité administrative et justifié par des médias publics, tous démembrements de l’état. Nul doute que le lien, pourtant direct, entre ces faits et le discours de Munich du vice-président américain Vance qui évoqua la censure en Europe - soit mentalement impossible à établir dans le cerveau de nos dirigeants.

Nul besoin de regarder ces deux chaînes aux millions de téléspectateurs - l’auteur de ces lignes ne regarde pas la télévision - pour comprendre que leur interdiction signe un réflexe de classe. Au XIXe siècle, la garde nationale, puis la troupe, étaient envoyées pour mater manifestations, grèves et révoltes populaires, parfois au prix de centaines - voire de milliers - de morts , afin de rétablir l’ordre et prévenir la subversion. La violence de masse des deux guerres mondiales a brutalement pacifié nos mœurs politiques; mais les préventions envers le peuple n’ont pas régressé. Elles ont muté.

Au XIXe siècle, la bourgeoisie était libérale sous la Restauration puis sous le second Empire. Ces régimes autoritaires et économiquement libéraux lui ont permis de s’enrichir. Pourtant, en 1914, les écarts de richesses entre les Français étaient les mêmes qu’en 1789. Grâce à la révolution industrielle, la richesse globale des Français a progressé au XIXe siècle, ainsi qu’espéré par les révolutionnaires : mais nul dirigeant ne songea à résorber les écarts de niveau de vie entre l’étroite bourgeoisie et le peuple, ces 80 % à 90 % de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. (...) Rien n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté

La bourgeoisie libérale finit par imposer la République à partir des années 1880. Sa grande affaire fut d’éduquer le peuple pour le « civiliser », l’éloigner de sa violence « atavique » et l’arracher des mains de l’église. Des choses contradictoires sortirent de cet agenda idéologique : l’éducation pour tous, qui, même assez courte, visait l’excellence ; la francisation du peuple, que paracheva l’institution militaire ; l’interdiction du vote pour les femmes pendant soixante-quinze ans, réputées trop proches des prêtres pour bien voter - ce déni de démocratie de plus en plus anachronique n’a été résorbé que par de Gaulle - ; la laïcisation méthodique de la société et du régime politique. Le demi-échec de ce long travail - mesuré au succès de l’enseignement catholique, majoritaire en 1905 -, imposa le brutal raidissement laïciste que l’on sait.

Les deux guerres mondiales imposèrent finalement dans la souffrance collective l’intégration des forces sociales et politiques tenues de concourir à la défense de la nation dans la République : catholiques, paysans, ouvriers et socialistes, droite monarchiste devenue nationale, armée et anciens combattants, femmes, puis communistes et cégétistes. Le Conseil national de la Résistance, dont le gaullisme et le pacte passé avec les communistes prolongèrent les effets jusqu’aux années a forgé le moment le plus démocratique de la vie politique et sociale française. Mais la vieille prévention contre le peuple demeurait.

L’effacement du mythe résistancialiste forgé par de Gaulle et cautionné par les communistes raviva l’ère du soupçon. Déjà, la construction européenne avait été conçue par d’étroites élites comme une machine destinée à contenir les passions nationales, voire à déconstruire les nations. Tant que de Gaulle imprima sa marque, le projet fut neutralisé. Mais, comme il l’avait prédit, la bourgeoisie libérale - qu’incarnèrent tour à tour Pompidou, Giscard d’Estaing ; puis Chirac - parvint à endiguer puis à corseter la souveraineté du peuple, au nom de l’ordo-libéralisme européen. En 1981, les bourgeois de gauche qui accèdent au pouvoir au nom du peuple, ne dérogent nullement à cette trajectoire. L’idée selon laquelle la liberté du peuple et la souveraineté nationale pouvaient conduire à Hitler – ce qui constitue un double mensonge historique, du fait que c’est l’état-major allemand, soutenu par l’industrie, qui a ouvert par la force le pouvoir à Hitler, et que le contexte des années 1930 n’est pas reproductible – conduisit les élites à s’affranchir ouvertement de la souveraineté populaire, rabaissée en populisme.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. Certes, la consultation du peuple par des élections régulières s’est poursuivie. Mais le slogan « blanc bonnet, bonnet blanc » de la IVe République s’est mué en « pensée unique », alias « cercle de la raison ». Construction européenne, État de droit, gouvernement des juges, désindustrialisation, liquidation de l’agriculture paysanne, métropolisation, mort des villes moyennes, liquidation des grands services publics, déconstruction de l’école, endettement public, déficit commercial, chômage structurel, immigration de masse, laxisme judiciaire, dénationalisation des élites, financiarisation de l’économie, écologie punitive, lutte contre la voiture succédant au tout-voiture, déculturation de la jeunesse, abaissement de la France dans le monde, etc. : rien de tout cela n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté. Or cela est advenu, sous la conduite de gens réputés pour leur extrême intelligence. Promesses et campagnes électorales se sont déconnectées des politiques publiques qui ont traversé les alternances et dénaturé les programmes annoncés.

Si les élites politiques avaient gouverné le pays suivant les vœux du peuple souverain, ce qui constitue la promesse démocratique, la France serait-elle tombée si bas ?

Voir aussi

Censure — Les autorités françaises ferment la très populaire chaîne de télé C8

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

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vendredi 21 février 2025

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

 L'allemande Marie-Thérèse Kaiser a été condamnée à une amende de 6000 euros pour avoir republié des statistiques (non remis en doute par le tribunal) sur la répartition des violeurs en Allemagne selon leur groupe ethnique.

Marie-Thérèse Kaiser s'est appuyée sur des statistiques officielles du Bureau fédéral de la police criminelle d'Allemagne (BKA) pour appuyer son post sur les réseaux sociaux concernant les crimes commis par des immigrants, notamment les Afghans. Selon les web results fournis, notamment les articles de Wikipedia, du magazine The Critic, et d'autres sources comme InfoMigrants et le BBC, les statistiques qu'elle a citées reflétaient des données réelles sur la surreprésentation de certains groupes d'immigrants, y compris les Afghans, dans des crimes spécifiques, tels que les infractions sexuelles.

Marie-Thérèse Kaiser a violé l'article 130 du Code pénal allemand, qui interdit l'incitation à la haine, y compris les actions qui attaquent la dignité humaine d'un groupe défini par sa nationalité. Le tribunal de district de Rotenburg a jugé que son post sur les réseaux sociaux concernant les réfugiés afghans risquait d'être perçu comme une incitation à la haine, ce qui lui a valu une amende de 100 jours-amende de 60 € chacun en 2023. Le tribunal régional de Verden a confirmé ce verdict en mai 2024, réaffirmant que son post avait consciemment créé une image conduisant à la haine contre un groupe défini nationalement, prévalant sur son invocation de la liberté d'expression.



Billet du 17 février

La police d’État de Basse-Saxe, armée, a mené une descente à 6 heures du matin au domicile d’un citoyen allemand, confisquant ses appareils électroniques.

Leur crime présumé n’était pas le terrorisme ou les menaces, mais le partage d’une caricture que les autorités jugeaient offensant.

Et ce n’était pas le seul domicile perquisitionné ce matin-là.

Plus de 50 raids similaires ont eu lieu simultanément dans toute l’Allemagne.

Parce qu’il n’y a rien de mieux pour « protéger la démocratie » que des policiers à votre porte pour avoir posté des caricatures.
Une autre de ces descentes, en Franconie cette fois

Un matin, le retraité Stefan Niehoff a reçu une visite inattendue : celle de la police. Le ministre de gauche écologiste Robert Habeck en personne a porté plainte contre lui.

L’homme de 64 ans a partagé sur X un billet dans lequel le ministre est traité de « débile » (Swachkopf, littéralement tête faible). Mais ce n’est pas le seul reproche. L’affaire fait désormais des vagues jusqu’au Berlin politique.

Est-ce que c’est un tournant ? Le cas de Stefan Niehoff, retraité de Basse-Franconie et ancien sergent de l’armée allemande, fait actuellement couler beaucoup d’encre dans les médias en ligne ainsi qu’auprès des autorités judiciaires et des politiciens. Et il se pourrait bien que l’État ait dépassé les bornes dans sa « lutte contre la haine et l’incitation à la haine ». C’est en tout cas ce que l’on peut comprendre des propos tenus par la justice bavaroise et les politiciens juridiques au Bundestag à propos de cette affaire.

Niehoff avait osé retweeter un mème sur lequel le ministre fédéral de l’économie Robert Habeck (Verts) était traité de « tête de con ». Il gère un compte sur X appelé « IchBinsFeinet ».  Sa photo de profil porte le slogan « Vert ? — Non merci ! », un petit personnage y jette un tournesol dans une corbeille à papier. Tout cela est bien anodin. Mais la justice a frappé fort avec une perquisition et une enquête du procureur contre Niehoff — et doit à son tour faire face à de vives critiques.

Niehoff a partagé cette image parodique à propos de Habeck sur X. Il fait référence de manière parodique à la marque de cosmétiques capillaires Schwarzkopf Professional (Schwarzkopf = tête noire le nom des cosmétiques, Schwachkopf = tête vide, idiot avec CH).

Au petit matin du 12 novembre — il faisait frais, humide et sombre — une commissaire principale de la police judiciaire et un commissaire principal de la police judiciaire se sont assis dans leur voiture d’intervention au poste de police de Schweinfurt. Il était environ 5 h 45 lorsqu’ils ont pris la route en direction du petit village de Burgpreppach. Ils ont parcouru les 37 kilomètres à travers les collines franconiennes en une demi-heure.

jeudi 20 février 2025

Stéphane Vigneault du mouvement L’école ensemble veut forcer les écoles tirées au sort à participer à l'étude PISA

Tiré de la conférence de presse le mercredi 19 février à Québec avec Stéphane Vigneault, coordonnateur du mouvement L’école ensemble. (Sur la mission que c'est donné ce mouvement, nous sommes opposés à la nationalisation du réseau privé. Il faudrait plutôt ouvrir encore plus d'écoles vraiment privées et instaurer un chèque éducation pour en faciliter l'accès aux candidats méritants. Nous nous opposons à l'idée d'une même taille pour tous.).

Journaliste — Et puis qu'est-ce que vous répondez à François Legault, en Chambre, aujourd'hui, qui brandissait les chiffres de PISA, l'étude PISA?

M. Vigneault (Stéphane) — Je pense qu'il faut qu'il soit très prudent avec les chiffres de PISA parce que l'échantillon du Québec n'est... est... très probablement, n'est pas valide. Et il y a un taux de participation des écoles et des élèves du Québec à PISA qui est très faible, un des plus faibles au monde. Si le Québec était un pays, il ne serait... il serait sorti de PISA parce que notre taux de participation est trop faible. Ce qu'on pense qui arrive, c'est que les écoles publiques ordinaires sont très nombreuses, si elles sont choisies dans l'échantillon, à dire : Non, nous, on n'a pas le temps de faire ça, l'examen PISA. Et donc ça fait qu'il y a une surreprésentation d'écoles publiques sélectives. Et la même chose, après, on demande aussi aux élèves, et ça, les autres pays ne le font pas. On dit aux élèves... bien, à leurs parents : Est-ce que vous voulez que votre enfant fasse l'examen? Et là il y a beaucoup d'élèves... de parents qui disent : Non, il y a déjà des difficultés, donc j'aime mieux qu'il ne le fasse pas. Donc, notre échantillon est très faible, très peu de participation. Donc, moi, je serais très prudent avec ces données-là. Puis j'aimerais ça, en fait, je mettrais même le ministre Drainville au défi, obliger les écoles choisies dans l'échantillon à faire l'examen, obliger les élèves à faire l'examen, et là on va avoir l'heure juste, et c'est à peu près certain que notre cote descendrait beaucoup dans l'examen PISA.

mardi 18 février 2025

Enseigner la médecine en anglais au Québec ou comment payer deux fois plus cher pour un médecin

La pénurie de médecins au Québec est un problème sérieux dont la solution semble toujours nous échapper. Selon Yves Dugré, ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, il manquerait 1000 médecins spécialistes au Québec. On observe le même scénario chez les omnipraticiens, où la pénurie est évaluée entre 800 et 1000 à travers le Québec.
 
La formation d’un médecin peut être grossièrement divisée en deux phases. La première, le diplôme de doctorat en médecine (le MD) est commune à tous les médecins. Des quotas stricts sont imposés aux universités quant au nombre d’étudiants québécois, canadiens et étrangers qui peuvent être admis annuellement dans chacune des facultés. Le tableau 2 montre la répartition des places d’études dans les facultés de médecine du Québec

La deuxième phase, qu’on peut considérer comme la spécialisation du médecin, «le post-MD», est d’une durée variable et peut avoir lieu dans une université autre que celle qui a décerné le diplôme MD. La proportion de places d’études pour les résidents hors-Québec n’est pas réglementée au post-MD.
 
Donc, dès l’obtention de leur doctorat (le MD), certains étudiants iront poursuivre leurs études ailleurs qu’au Québec. 
 

Rappelons que McGill forme ses étudiants en anglais et que la proportion d’étudiants étrangers au MD est relativement faible (sous la barre des 15%) et que, par conséquent, l’exode mcgillois après le MD est largement imputable aux étudiants québécois.  

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Départs après la formation post-MD

Une fois leur spécialisation complétée, les nouveaux médecins doivent décider de leur lieu de pratique. Ont-ils plus tendance à s’installer au Québec à la fin de leur spécialisation? 

Alors que le taux d’exode des universités de langue française oscille entre 5 et 15%, celui de McGill avoisine encore les 50%. Lorsqu’on compare le taux d’exode après 2 et 5 ans, on constate que les médecins qui quittent, principalement pour l’Ontario et les États-Unis, ont peu tendance à revenir pratiquer au Québec.

 
En chiffres absolus, on voit que 550 étudiants de l’université McGill ont quitté le Québec sur dix ans, ce qui représente plus de 63% de tous les départs. Une seule université (celle qui forme des médecins en anglais) est donc responsable de près des deux tiers de l’exode des médecins au Québec.
 
La formation d’un médecin coûte au bas mot plus de 150 000$ aux contribuables québécois. Pourtant, loin d’y voir un problème, le doyen de la faculté de médecine de McGill, M. Abraham Fuks, se félicitait récemment du fait que McGill était en mesure de former des étudiants francophones exceptionnels qui désiraient faire carrière aux États-Unis et ainsi faciliter leur transition.
 
 Cette tendance à l’exode des diplômés en médecine de McGill est aussi présente dans des domaines connexes; des programmes de formation en physique médicale ont été créés au CHUQ (Hôtel-Dieu de Québec) et au CHUM (Université de Montréal). La raison invoquée? Une pénurie actuelle et future de spécialistes diplômés en physique médicale capables d’œuvrer en milieu hospitalier. Les physiciens médicaux, pour la plupart, travaillent dans les centres de radio-oncologie à calculer les doses de radiation nécessaires pour traiter les tumeurs cancéreuses. Le taux de rétention de diplômés du programme de McGill ne dépassant pas les 30%, le gouvernement du Québec a été forcé de créer au CHUQ et au CHUM des programmes en langue française pour fournir les hôpitaux en personnel qualifié.


Il est temps de se questionner sur la place que doit occuper la faculté de médecine de McGill au Québec. Avec une si piètre performance, devrait-on continuer de lui allouer entre 20 et 25% des quotas au diplôme MD alors que l’Université de Montréal, avec 1,5 fois plus de quotas, forme 4 fois plus de médecins qui pratiquent au Québec? Est-il normal d’investir massivement dans les hôpitaux du MUHC (McGill University Health Centre) où seront formés environ 30% des stagiaires post-MD Québécois, dont plus de la moitié quitteront le Québec? Est-il logique de construire deux méga-hôpitaux, un pour McGill et un pour Montréal, et ainsi séparer les fonds en deux parts égales? Le Québec est-il si riche qu’il doit bénévolement former des médecins pour l’Ontario et les États-Unis?
 
Source : L'Action nationale
 

samedi 15 février 2025

Le Chat — Un agent conversationnel français très félin

mIAou, place au Chat

L'une des questions les plus pressantes du sommet de l'intelligence artificielle (IA) qui s'est tenu à Paris cette semaine était la suivante : l'assistant de Mistral AI est-il un chat ou un tchat (agent conversationnel) ? Baptisé Le Chat et développé par une jeune entreprise française pour concurrencer ChatGPT, il a été lancé sous la forme d'une application pour téléphone intelligent le 6 février. Pour les anglophones, Le Chat ressemble à une version française du tchat de l'IA comme chatGPT. Pourtant, lors du colloque, le président Emmanuel Macron l'a lancé en utilisant un « ch » doux comme dans le félin français. Arthur Mensch, 32 ans, patron de Mistral, affirme que son bébé est bien à quatre pattes. Regardez bien l'icône en forme de M, dit-il : c'est aussi une tête de chat.

Quelques jours après son lancement, Le Chat est devenu l'application iOS la plus téléchargée en France. Alimenté par des puces de Cerebras, un concurrent américain de Nvidia, il est beaucoup plus rapide à utiliser que d'autres assistants d'IA, dont ChatGPT. Comme le DeepSeek chinois, il utilise des modèles à source ouverte, mais contrairement à l'assistant d'IA chinois, Le Chat ne soulève pas de questions en matière de sécurité nationale pour les Européens. Le ministère français de la défense, ainsi que Helsing, une nouvelle entreprise allemande spécialisée dans les drones d'attaque intelligents, ont signé des accords avec Mistral. « Le Chat n'existe nulle part ailleurs en Europe », affirme Verity Harding, spécialiste britannique de l'IA. « En le téléchargeant, a déclaré M. Macron, vous aidez un champion européen.

Notez que l'interface gratuite du Chat sur Internet n'est qu'en anglais même s'il peut converser en français. Il passe aussi en français quand on s'inscrit.



Comme toujours, essayer de créer des champions était un message central à Paris, même s'il a été terni par une prise de bec avec J.D. Vance, le vice-président américain, au sujet de la réglementation. Les participants au sommet avaient promis une technologie « sûre, sécurisée et digne de confiance » ; M. Vance a accusé les dirigeants mondiaux de vouloir « étrangler » l'IA. La France a tout de même annoncé un investissement privé dans l'IA de 109 milliards d'euros (113 milliards de dollars) au cours des prochaines années, principalement en provenance de l'étranger, dont une grande partie sera consacrée aux centres de données qui peuvent utiliser l'électricité nucléaire à faible teneur en carbone du pays.

Ce coup de pouce au secteur français de l'IA dépasse largement les 39 milliards de livres sterling (49 milliards de dollars) que la Grande-Bretagne déclare vouloir consacrer à l'IA. Malgré tous ses déboires politiques, M. Macron s'est montré remarquablement enjoué lorsqu'il a cajolé des patrons et des dirigeants de sociétés technologiques étrangères autour de foie gras et de champagne au palais de l'Élysée.

Le Chat a encore du pain sur la planche. Il est peu connu, même en Europe. Mistral est un nain parmi les géants américains de la technologie. Mais à Paris, il a fait parler le monde de l'IA. Demandez au Chat d'expliquer son nom avec humour et il vous répondra : « un début de conversation et un coup marketing un déclencheur de conversations et un coup de patte marketing rrron-flant ». 


Source : The Economist 

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Repenser l'école à l'heure de l'IA

15 février 1839 — Pendaison des patriotes du Bas-Canada par les Britanniques

Extrait du film 15 Février 1839 relatant la pendaison de cinq patriotes cette journée-là dont Marie Thomas Chevalier de Lorimier et Charles Hindelang. Film québécois produit par le cinéaste indépendantiste Pierre Falardeau.

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23 juillet 1840 — Sanction royale de l’Acte d’union du Haut-Canada et du Bas-Canada


Le célèbre écrivain Jules Verne a écrit un roman portant sur la rébellion des Patriotes intitulé Famille-Sans-Nom. Écrit en 1887 le livre illustre la vie d'une famille du Bas-Canada pendant la rébellion des Patriotes. Le roman est paru en édition grand format illustré chez Hetzel en 1889, en deux parties. En parlant de la période de 1837-1838, Jules Verne voulait rappeler à ses compatriotes les problèmes qu'avait la communauté française au Québec à l'époque de la sortie de son livre, en 1888. [Plus de détails]

Illustration ci-contre tirée de cet ouvrage.

France — Instruction en famille : victoire en Cour d’appel de Versailles

Il aura fallu plusieurs années de persévérance à un couple franco-américain en IEF (instruction en famille) pour obtenir gain de cause. Accompagnés par notre association, notre président-avocat et la HSLDA (ligue du homeschooling aux Etats-Unis), la Cour d’appel de Versailles leur a donné raison avant-hier.

Bernard, Tracy et leur fils Emmanuel ont passé outre un refus d'instruction à la maison.

Le rectorat de Versailles dans une décision du 3 juillet 2023, suivi par le tribunal administratif de Versailles le 6 novembre 2023, avaient rejeté leur demande d’instruction en famille alors même qu’il faisait état que c’était la seule solution pour permettre à leur fils de rester bilingue, du fait de l’impossibilité pour l’enseignement public, de garantir le maintien de son bilinguisme.

Le père ayant eu des fonctions militaires importantes était également appelé à déménager très souvent et l’instruction en famille était un facteur de stabilité pour l’enfant.

L’enfant était également très précoce et diagnostiqué haut potentiel intellectuel. Les parents avaient finalement obtenu l’autorisation 2024-2025 mais ont persévéré pour demander l’annulation de la décision de refus de 2023-2024 devant la Cour administrative d’appel de Versailles.L’État ne peut contraindre à des frais de scolarité élevés

Par un arrêt rendu le 12 février 2025, la Cour administrative d’appel de Versailles a enfin reconnu que l’enfant avait bien une situation propre et a cassé le jugement de première instance validant celle du recteur d’académie et du DASEN des Yvelines.

Parmi les apports intéressants de cet arrêt, l’État ne peut, sous couvert de l’obligation scolaire, contraindre une famille à exposer des frais dans une école hors-contrat.

Les requérants auraient en effet étaient tenu de mettre leur enfant dans une école bilingue, exposant des frais de scolarité élevés, alors même que cette école était située très loin de leur domicile.

Une ouverture pour le choix d’une pédagogie alternative

Ceci pourra servir à des familles qui choisiront une pédagogie spécifique pour leur enfant, comme par exemple le choix la pédagogie Montessori, ne trouvent pas d’école publique adaptée, souhaitent donc choisir l’instruction en famille et sont confrontés à des frais très élevés des écoles hors contrat.

Le maintien du bilinguisme est donc ici considéré comme un critère pouvant justifier une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.

Ceci ne doit pas faire oublier que toutes les familles sont confrontées aujourd’hui à de grandes difficultés avec de nombreux refus selon les académies, une discrimination territoriale doublée d’un grand flou sur les refus, avec une absence de chiffres au niveau régional et local, et donc un limpide manque de transparence, motif par motif, académie par académie, département par département.

…Malgré la chute vertigineuse de ce libre choix de l’instruction

Rappelons ainsi que nous sommes passés de 72.000 enfants instruits en famille en 2021 à 35.000 enfants instruits en famille en 2025, soit une chute de 57% de ce libre choix de l’instruction, et -36% par rapport à l’année dernière, selon le ministre de l’Education nationale le 16 janvier dernier à l’Assemblée nationale, au moment de l’évaluation de la loi par la Commission des lois.

Cette victoire masque également toute la difficulté de la jurisprudence du Conseil d’État qui nécessite de démontrer la plus-value de l’instruction en famille par rapport à la scolarisation à l’école. Une difficulté de plus pour les familles, qui doivent chaque année établir un dossier de plusieurs dizaines de pages sans aucune garantie toutefois d’obtenir l’autorisation, alors que s’ouvre de nouveau, à partir du 1er mars et jusqu’au 31 mai seulement, la période d’annualisation, elle-même liberticide.

Cette situation de précarité administrative doit cesser pour le bien de tous les enfants et pour éviter des marathons judiciaires comme celui-ci, qui ne sont pas suspensifs des décisions des recteurs d’académie et sont très onéreux en frais d’avocats. Comment admettre qu’une famille puisse avoir gain de cause après trois ans de procédures ?

Par ailleurs, comme l’a tweeté hier un autre avocat spécialiste d’éducation et d’instruction en famille, Me Fouret, d’autres victoires ont été obtenues devant les tribunaux administratifs de Nancy et Melun…, sans compter les situations de désobéissance civile, qui se multiplient (*).

Nous luttons pour une juste cause, celle de nos enfants, et tôt ou tard, nous finirons par l’emporter définitivement contre cette loi inique, à rebours de toutes les conventions internationales, comme l’ONU l’a rappelé à la France.

(*) Mardi prochain 18 février 2025 à 14h, le couple leader de l’association Enfance Libre, comptant plus de 140 familles en IEF et en désobéissance civile sur le territoire national, sont convoqués pour la seconde fois au tribunal correctionnel de Foix. Ils avaient déjà été condamnés à 500€ d’amende avec sursis chacun pour ne pas avoir déposé de demande d’autorisation. 

Source : Liberté éducation