mardi 15 novembre 2016

Éric Lanthier : « L’école québécoise doit demeurer diversifiée et compétitive »

Par Éric Lanthier, ex-membre du Comité protestant du conseil supérieur de l’éducation

Le rapport du Conseil supérieur de l’éducation intitulé : Remettre le cap sur l’équité dénigre la diversité scolaire actuelle. En voulant freiner la diversité des profils, l’école verra un nivellement s’accentuer vers le bas.

Pour rendre les élèves plus instruits, plus cultivés et plus curieux, on doit leur donner le goût d’apprendre. Or, en intégrant tout le monde dans une même classe, on démotive l’ensemble des élèves et on finit par décourager l’enseignant. Ce n’est pas en intégrant tous les élèves d’un même quartier dans une même classe qu’on va rendre l’école plus stimulante. Loin de là! C’est en décloisonnant les structures et en donnant à chaque école une vocation particulière que les besoins réels de la clientèle scolaire québécoise seront comblés.

La source du problème

Le problème de l’école publique n’est pas la compétition que lui apporte l’école privée et le fait qu’elle écrème les meilleurs éléments. Non, c’est le fait qu’on n’a pas mis sur pied des écoles adaptées aux élèves en difficulté d’apprentissage. Au contraire, on veut les intégrer dans les classes ordinaires. Résultat: les élèves doués ne sont pas stimulés, les élèves réguliers ne voient pas la nécessité de faire des efforts et les élèves en difficulté tirent tout le jus des enseignants.

Le panorama global

En vérité, le Ministère de l’Éducation et le Conseil supérieur ont perdu de vue le panorama global, ce qu’on appelle communément en latin du Québec: «le big picture». Si le gouvernement se lançait dans la formation de programmes et d’enseignants spécialisés dans une vision spécifique pour les élèves en difficulté, on verrait de meilleurs résultats. Ce n’est pas que les ressources sont inexistantes. Non, ce qu’il manque c’est une vision reliée à une philosophie décentralisée de l’éducation.

Une intégration judicieuse

En voulant intégrer les élèves en difficulté dans les classes ordinaires et en forçant les écoles pour élèves doués à intégrer ces élèves, on est en train de pelleter le problème par en avant. Ce qu’il faut, ce sont des écoles qui adaptent leur enseignement à ce type de clientèle afin de les intégrer dans la société avec ce qu’ils ont comme potentiel. En ce moment, on tente de les intégrer avec ce qu’ils n’ont pas. Lorsqu’ils seront dans un environnement stimulant, certains d’entre eux finiront par s’intégrer dans d’autres types de programmes. Ce qu’il faut, c’est de les placer dans un milieu qui les amènera à aimer l’école. Pour cela, ils ont besoin d’un environnement qui correspond à leurs habiletés.

Enjeu idéologique


La preuve que l’enjeu est idéologique, c’est que les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sont deux ministères distincts. Si les deux étaient sous le même chapeau, ce ministère fusionné pourrait attribuer des budgets spéciaux pour la recherche dans la pédagogie avancée à l’égard des élèves en difficulté d’apprentissage et mettre sur pied des écoles qui se spécialisent auprès de cette clientèle. Il y aurait également des budgets pour libérer des enseignants spécialisés afin qu’ils puissent parfaire leurs connaissances et leurs compétences. Ce ministère donnerait des bourses spéciales aux stagiaires qui se lanceraient dans un programme spécialisé.

Des écoles compétitives


Ces moyens existent à la pièce, mais ils ne font pas partie d’une vision qui est reliée à des écoles à vocation particulière pour les élèves en difficulté. Il est donc temps de changer l’approche et de travailler vers une meilleure équité envers les élèves doués, les élèves réguliers et les élèves en difficulté d’apprentissage ou «hors normes». Ce n’est pas en mettant tout le monde dans la même classe qu’on créera de l'initiative, de la vitalité et le goût d’apprendre. Ce dont nous avons besoin c’est une école stimulante et compétitive. Les écoles compétitives ont une vocation spécifique : innover pour offrir ce qu’il y a de mieux pour sa clientèle : qu’elle soit pour élèves doués, réguliers ou «hors norme».

Ainsi, abolir à petit feu les programmes internationaux et les écoles privées équivaudrait à demander aux joueurs de la LNH de s’inscrire dorénavant dans la ligue du beau-frère. La ligue du beau-frère peut être captivante pour le hockeyeur moyen, mais elle est très démotivante pour les athlètes de niveau supérieur. Il doit y avoir une sagesse derrière le fait qu’on sépare les athlètes paralympiques des athlètes olympiques…

Québec — Les écoles dites privées veulent plus de souplesse

Pour éviter que des jeunes s’ennuient sur les bancs d’école, la fédération qui regroupe les établissements dits privés (ils sont en réalité peu indépendants comme cette demande le prouve encore) réclame davantage de flexibilité afin qu’il soit plus facile de terminer son secondaire en quatre ans.


Selon Nancy Brousseau, directrice générale de la Fédération des établissements d’enseignement privés, le modèle « taille unique » n’est pas la bonne solution. « Ce n’est pas vrai que tout le monde fonctionne bien avec les mêmes règles », lance-t-elle.

Dans son mémoire rédigé dans le cadre des consultations sur la réussite éducative, la Fédération en arrive à ce constat en se basant notamment sur les résultats d’une enquête réalisée auprès de ses élèves en 2010 qui démontre que les jeunes ne se reconnaissent plus dans le modèle de l’école traditionnelle. Les jeunes étaient beaucoup plus critiques et démotivés par rapport à l’école qu’ils ne l’étaient dix ans auparavant.

Pour raviver la flamme, les écoles privées considèrent qu’elles doivent s’adapter davantage à leurs besoins, en « personnalisant » autant que possible l’enseignement.

Afin de motiver les élèves doués à rester sur les bancs d’école, il devrait être plus facile de suivre des parcours accélérés, leur permettant de compléter leur secondaire en quatre ans, affirme Mme Brousseau : « Ça se fait déjà, mais ce sont vraiment des cas d’exception. Ça pourrait devenir une pratique plus courante. »

Il vaut mieux s’adapter aux élèves plutôt que de les perdre, ajoute-t-elle, préoccupée par l’augmentation du nombre de jeunes qui sont scolarisés à la maison.

Vacances d’été moins longues ?

Une plus grande souplesse dans le réseau scolaire pourrait par ailleurs permettre de revoir la durée des vacances d’été, bien trop longues sur le plan scolaire, ajoute la directrice de la Fédération : « Neuf semaines en été, c’est complètement contre-productif. Y a-t-il moyen de repenser le calendrier scolaire autrement ? »

Plusieurs études démontrent que pendant ces longues semaines les élèves oublient plusieurs notions qu’ils doivent réviser ou réapprendre en début d’année scolaire.

Selon la Fédération, il faut non seulement revoir la façon d’organiser l’école, mais aussi les matières à enseigner et la façon de le faire, afin de mieux adapter l’école au XXIe siècle.

Les images de classes avec des pupitres placés « en rang d’oignons » devraient appartenir au passé pour laisser plus de place au travail d’équipe et aux échanges. Les notions de citoyenneté numérique devraient aussi être enseignées en classe, précise Mme Brousseau.

« Il faut former les jeunes pour le monde dans lequel ils vont évoluer, pas pour ce que nous, nous avons connu », lance-t-elle.

Ce carnet est bien évidemment pour plus de souplesse, mais cela ne devrait pas dire qu’il faudrait que toutes les écoles doivent adopter toutes les idées de Mme Brousseau.

La CAQ a adopté une résolution lors de son congrès national qui s’est déroulé la fin de semaine dernière dont l’objectif est de « permettre aux écoles qui le voudraient de répartir différemment les congés durant l’année pour éviter d’avoir une trop longue période de congés l’été ».

lundi 14 novembre 2016

Euthanasie au Québec : des médecins objectent et pas uniquement pour des raisons religieuses

Au Québec, les résultats d’une première étude qualitative réalisée dans deux unités de soins palliatifs entre janvier et août 2016, montre que « bien des zones grises subsistent dans la manière de traiter les demandes d’aide à mourir ».

Des médecins ont exprimé leur malaise quand ils sont impliqués dans les demandes d’aides à mourir. Et « même s’ils ne veulent pas être impliqués […], certains sont appelés à évaluer l’état du patient quand une demande est faite, car l’avis du médecin traitant aide à valider la demande », comme le souligne Emmanuelle Bélanger, chercheuse de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM).

Un médecin explique : « Quand la demande est survenue, j’offrais d’explorer les raisons, la détresse existentielle et spirituelle […], ce qui est une partie de mon travail. Le patient m’a en quelque sorte fait taire et ne voulait pas explorer cette avenue. Il ne voulait pas explorer ce qui le poussait à demander l’euthanasie. Nous avons été affligés par cela ».

Des médecins ont choisi l’objection de conscience. En l’absence de statistiques fiables, il est difficile d’évaluer leur nombre. L’étude montre que les motifs invoqués sont rarement religieux. « Les médecins ont plutôt la conviction que l’accès à de bons soins palliatifs pourrait remédier aux souffrances des patients qui optent pour l’aide à mourir. Plusieurs craignent qu’offrir l’aide à mourir dans leur unité mette en péril la tranquillité d’esprit des autres patients ».

Sources: Le Devoir (11/XI/2016)

jeudi 10 novembre 2016

Sondage IFOP : les Français plébiscitent l'autonomie du système éducatif

Un sondage réalisé par l’IFOP pour l’institut de recherches politiques Place de la République sur le système éducatif nous renseigne sur le désir majoritaire des Français d’une plus grande liberté scolaire, et ce quelle que soit la tendance politique :

* 78 % des Français interrogés se prononcent en faveur d’une plus grande autonomie laissée aux enseignants dans le suivi du programme et leur projet pédagogique;
* 71 % des Français interrogés sont favorables à ce que pouvoir soit donné aux chefs d’établissements de recruter leurs équipes enseignantes.


Sondage à consulter ici :
http://www.ifop.com/media/poll/3533-1-study_file.pdf

Le site de Place de la République : http://placedelarepublique.eu/

La Californie dit « oui » à l’éducation bilingue

Le 8 novembre, les Américains n’ont pas seulement élu leur nouveau président. Dans certains États, ils se sont également exprimés sur plusieurs référendums étatiques ou locaux. En Californie, parmi les 17 questions soumises au vote, on trouvait celle-ci : « Pour ou contre l’enseignement bilingue dans les écoles publiques ? »

Résultat : le « oui » à la Proposition 58 l’a emporté à 73 %, ce qui va marquer le retour des langues étrangères dans l’enseignement de base, essentiellement l’espagnol (devenue la langue maternelle de la majorité des élèves en Californie), mais aussi le français, le mandarin ou encore le russe, chaque école ayant la possibilité de créer son programme.

Depuis la Proposition 227 passée en 1998, l’enseignement bilingue était interdit dans les écoles publiques de Californie. Une étude ayant montré qu’un quart des enfants étudiant en deux langues présentait une déficience en anglais. Seule solution alors pour les parents : choisir une école privée. En réalité, certains établissements publics arrivaient à contourner la loi en proposant un programme à 51 % dans la langue de Shakespeare — la loi demandait un enseignement « essentiellement » en anglais.

Le référendum a donc mis fin à cette situation et les écoles de Californie vont à nouveau pouvoir lancer des classes d’enseignement bilingue. Les partisans de cette mesure assurent que s’exprimer dans au moins deux langues représente un « plus » incomparable dans notre société. Ses détracteurs, comme Ron Unz, multimillionnaire de la Silicon Valley soutien de la Proposition 227, pensent que certains enfants sortiront du système scolaire en maîtrisant mal l’anglais.

Fin février 2016, Ricardo Lara, sénateur démocrate de la circonscription qui comprend le port de Long Beach, au nord de Los Angeles, avait proposé de révoquer la proposition 227, en affirmant qu’elle ne s’ajustait plus à la réalité démographique et sociale de la Californie, 8e économie mondiale.
« Les entreprises cherchent des employés multilingues et tous les étudiants — anglophones et non anglophones — ont le droit d’avoir accès à ce précieux atout ». Un atout de moins en moins exploité : depuis 1998 les élèves californiens qui ont choisi un cursus multilingue sont passés de 39 % à 13 % en 2001.

« Devenir multilingues donnerait aux jeunes un outil pour le XXIe siècle et célèbrerait la diversité et le multiculturalisme de notre société » a déclaré Shelly Spiegel-Coleman, directrice de Californians Together, l’une des associations qui soutient la mesure que M. Lara voudrait soumettre à référendum en 2016.

En dix-huit ans, la réalité démographique de la Californie a beaucoup changé. Les Latinos représentent désormais 39 % de la population, ex æquo avec les « Blancs » qu’ils devraient bientôt dépasser. Ils étaient respectivement 26 % et 57 % en 1998.

L’espagnol est la langue la plus parlée après l’anglais. Les États-Unis comptent désormais 37 millions d’hispanophones. Ils étaient onze millions en 1980.

Au fur et à mesure que les Hispaniques s’intègrent, l’anglais devient leur première langue, mais contrairement aux vagues d’immigration précédentes qui renoncèrent à leurs identités pour se fondre dans le creuset américain, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir garder leur langue d’origine.


France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

Le diagnostic est implacable. Selon une étude publiée mercredi 9 novembre par le ministère de l’Éducation nationale, le niveau d’orthographe des élèves français est en chute libre. Pour démontrer son propos, l’étude s’appuie sur une dictée type d’une dizaine de lignes. Ce texte a été proposé à un échantillon d’élèves de CM2 (11 ans) à trois reprises lors des trois dernières décennies — 1987, 2007 et 2015. Constat : les années passent, la chute s’aggrave. Les écoliers ont fait en moyenne l’an passé 17,8 erreurs alors qu’ils n’en faisaient que 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987.

La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), qui pilote cette étude, a identifié que l’essentiel des difficultés provient de la non-application des règles grammaticales, comme, par exemple, l’accord entre le sujet et le verbe. Le texte, qui ne comporte que 67 mots, ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, assure pourtant le ministère. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée ».


Si les élèves issus d’un milieu social plus favorisé effectuent moins de fautes, l’orthographe des élèves de tous les milieux sociaux se détériore. Car les enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures » font en moyenne deux fois plus d’erreurs en 2015 (13,2) qu’en 2007 (6,6). De même pour les enfants d’ouvriers qui font, eux, en moyenne 19,2 erreurs en 2015 contre 17,4 en 2007.

Malgré ces résultats inquiétants, la ministre de la Rééducation nationale Najat Belkacem se veut rassurante. « Cette évaluation porte sur des enfants qui ont commencé leur école primaire en 2010, avant l’entrée en vigueur des nouveaux programmes de français en cette rentrée 2016 », a-t-elle déclaré. La dépêche d’agence ne précise pas en quoi cette réforme corrigerait la baisse observée.

Le texte de la dictée

« Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.
- Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.
- Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! À ce moment, le chien se mit à aboyer. »
Voir aussi

France — les ados sont devenus nuls en dictée

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre (nettement moins d’heures de français, inflation des disciplines, pauvreté et immigration, formation inadéquate)

mercredi 9 novembre 2016

Le cours ECR: au croisement de deux critiques

M. Bock-Côté reçoit P. Andries et D.Baril pour une émission qui se penche sur la critique du programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR). L’émission dure 56 minutes.

lundi 7 novembre 2016

Décès du théologien et sociologue québécois Jacques Grand’Maison

Le théologien et sociologue québécois Jacques Grand’Maison a trépassé. Le chanoine de 84 ans, qui luttait contre un cancer des os, est décédé le 5 novembre dans une maison de soins palliatifs, à Saint-Jérôme.

Officier de l’Ordre du Québec, professeur émérite de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, où il a enseigné de 1967 à 1997, Jacques Grand’Maison comptait à son actif 51 ouvrages. Le dernier, Ces valeurs dont on parle si peu, publié chez Carte blanche en 2015, offrait à ses lecteurs son testament spirituel.

« Ce qui est le plus précieux pour les générations qui nous suivent, ce sont nos valeurs et nos convictions les plus profondes », confiait-il à Présence l’automne dernier.

Après des études au Grand séminaire de Montréal puis à l’Université grégorienne à Rome, il obtint un doctorat de l’Université de Montréal en 1964.

Né à de Saint-Jérôme le 18 décembre 1931, il est resté attaché toute sa vie à cette région. Dans les années 1970, devant ses engagements sociaux et sa popularité, certains souhaitaient qu’il se lance en politique, ce qu’il a toujours refusé. Des années plus tard, ses recherches sur les profils socioreligieux dans la région des Basses-Laurentides marquèrent durablement les esprits.

Au cours de sa carrière, ses travaux et réflexions ont abordé divers enjeux, dont le sacré, le jugement, l’éducation, l’évangélisation, les relations intergénérationnelles et le vivre-ensemble. En plus de ses recherches souvent menées sur le terrain et de son travail en paroisse, il a collaboré avec divers médias, dont La Presse et Le Devoir.

Ces dernières années, des ouvrages comme Quand le jugement fout le camp (Fides, 1999), Pour un nouvel humanisme (Fides, 2007) et Société laïque et christianisme (Novalis, 2010) ont confirmé son statut d’essayiste soucieux de la place du christianisme dans un Québec en pleine évolution.

L’historien Éric Bédard le qualifie d’intellectuel engagé, de conscience, de prêtre pas comme les autres, d’homme libre. Il recommande de lire Quand le jugement fout le camp (Fidès, 1999). Une invitation à nous méfier des modes du jour et des nouveaux impératifs moraux... Cette nouvelle morale nous somme de tout accepter au nom d’une conception molle de la tolérance qui ne serait que le nouveau visage de l’indifférence et du désengagement... « Il est beaucoup plus difficile d’être libre que soumis » écrivait Grand'Maison : « La liberté est un poids tellement lourd à porter qu’on se dépêche de se livrer à de nouvelles servitudes »...

Mathieu Bock-Côté qui a bien connu Jacques Grand'Maison dans le cadre des travaux du Pont entre les générations, alors que le jeune sociologue était dans la jeune vingtaine, déclare : « Grand'Maison, c'était un homme à la fois éclairé et généreux, et comme on dirait aujourd'hui, d'une grande qualité humaine. Il nous manquera. »

N’hésitant pas à critiquer la société actuelle, il était parfois accusé de présenter une vision trop pessimiste de ce qu’est devenue la société québécoise.

Voir aussi

Version électronique (légale!) de Quand le jugement fout le camp (Essai sur la déculturation)


dimanche 6 novembre 2016

Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) est de loin la plus importante du Québec. Elle regroupe plus de 112 000 élèves, dont plus de 70 000 au secteur des jeunes, répartis dans 191 établissements scolaires : 127 établissements de l’ordre d’enseignement du primaire, 34 établissements de l’ordre d’enseignement secondaire, 5 établissements combinant les ordres primaire et secondaire. La CSDM offre également des services à près de 4 250 élèves au secteur de l’accueil, soit des élèves nouvellement arrivés au pays. La Commission scolaire English-Montréal (CSEM) est, quant à elle, la plus grande des neuf commissions scolaires anglophones du Québec regroupant plus de 35 000 élèves dans les secteurs jeunes et adultes, elle compte 40 écoles primaires, 17 écoles secondaires et 11 écoles « innovatrices ».

Or voilà qu’aucune école de ces commissions scolaires « riches de leurs diversités » ne fait partie des écoles pilotes pour le nouveau programme d’éducation à la sexualité selon la page d’information du Ministère de l’Éducation du Québec. Aucune école privée de l’île de Montréal ne fait partie de ces écoles privées selon cette même liste. La carte ci-dessous situe ces écoles sur la carte du Québec, elles sont marquées d’un point bleu.



Seules trois écoles sont dans la région de Montréal (marquées d’un point bleu) :


Or, sur 863 007 élèves inscrits dans les écoles de la maternelle, du primaire et du secondaire du réseau public québécois pendant l’année scolaire 2014-2015, 143 414 l'étaient dans la seule région administrative de Montréal (06) correspondant à 5 commissions scolaires, 38 574 dans la région administrative de Laval (13) et 152 242 dans la région administrative de la Montérégie (16). Ces trois seules régions regroupent donc près de 40 % des élèves du Québec alors que seuls 18 % des écoles pilotes s’y trouvent.


Éviter des populations aux mœurs trop conservatrices ?

Se pourrait-il que le manque d’écoles de la région retenues dans le projet pilote — absence encore plus criante dans les très multiethniques CSDM et CSEM — s’explique par le profil des parents qui y envoient leurs enfants : des immigrants aux valeurs conservatrices ?

Rappelons quelques faits et témoignages :

— Jacques Tobin, enseignant de philosophie, reconnaissait dans les colonnes du Devoir que la politique, la religion et le sexe, susceptibles de se retrouver dans son contenu, sont trois thèmes qui sèment la chicane au Québec : Aborder les questions des menstruations ou de la séduction devant un auditoire plutôt multiethnique lui a valu des reproches de ses élèves qui l’ont sommé de se mêler de ses affaires. Et M. Tobin a suscité de plus vives réactions encore à la présentation du film C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée, dont il s’est servi pour parler de l’homosexualité et des valeurs du Québec dans les années 60-70-80. « Deux gars qui s’embrassent, c’était pour elles “dégueulasse” », a raconté M. Tobin, en admettant avoir reçu quelques appels téléphoniques de parents.

— Comme le reconnaissait la CBC (très favorable à un programme d’éducation à la sexualité assez similaire en Ontario) : « La plupart des parents opposés au programme [d’Éducation à sexualité] ont des racines dans des pays à l’extérieur du Canada. » 

— Enfin, l’endroit où l’on semble le moins enseigné le cours ECR (qui aborde déjà des questions de sexualité) est précisément Montréal :
une enquête de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse corrobore les échos que nous avons du milieu scolaire : près de la moitié des écoles (100/211) réduisent sensiblement le temps d’enseignement recommandé par le ministère. À Montréal, ce taux grimpe aux deux tiers. Il semble aussi que des écoles placent officiellement ce cours à l’horaire mais, dans les faits, lui substituent un autre cours.
Nancy Bouchard dans Le Devoir du 17 août 2016

Le PLQ au Québec a une base électorale fidèle parmi les immigrants. Ils sont toutefois des conservateurs sociaux. Les programmes scolaires (obligatoires pour tous, nous sommes au Québec après tout !) s’attaquent aux valeurs conservatrices et évincent le rôle des parents quand ils préconisent l’« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille »... Se pourrait-il que le PLQ n’ait inclus aucune école qui constitue la riche courtepointe multiethnique (mais conservatrice quant aux mœurs) de Montréal pour ne pas alarmer une partie de sa base électorale et la mettre simplement devant le fait accompli une fois le projet pilote couronné de succès (ne le sont-ils pas tous au Québec ?) et mis en application ?



Voir aussi

Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »


Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille » :


Lois contre « discours haineux » — Employée aborigène poursuit des étudiants pour « embarras et humiliation » (M-à-j)

Mise à jour le 6 novembre 2016

Trois ans après les incidents qui ont abouti aux poursuites intentées pour « discours haineux » contre des étudiants australiens, ceux-ci ont bénéficié d’une victoire en justice. Cette poursuite a été rejetée par la Cour fédérale.

Rappelons brièvement les faits (version plus longue ci-dessous) : un groupe d’étudiants est entré dans un laboratoire d’informatique de l’Université technique du Queensland (QUT) pour s’en voir immédiatement interdire l’usage parce qu’ils n’étaient pas aborigènes. Les étudiants reviennent à leur chambre et font quelques commentaires sarcastiques sur Facebook, tels que « Je me demande où se trouve le laboratoire d’informatique réservé aux suprématistes blancs ».

Pour avoir ridiculisé le néo-ségrégationnisme de l’université, on les a traînés en justice, ou plutôt à travers un cauchemar juridique, pendant trois ans. De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit d’une victoire historique sur la police de la pensée totalitaire de la Commission australienne des droits de l’homme (le Canada n’est pas exempt de ces officines de la police de la pensée voir ci-dessous), mais voilà, il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus, car la peine n’est pas celle que n’a pas infligée le tribunal, mais le simple fait d’être traîné en justice, d’être formellement accusé et de devoir se défendre pendant des années alors que cette accusation ne coûte absolument rien à l’accusatrice représentée gratuitement par la Commission des droits de l’homme :

« [Quatre des sept accusés] choisirent de payer 5000 $ pour se débarrasser de l’affaire, terrorisés par l’idée d’être catalogués racistes. D’autres choisirent de lutter contre cette injustice manifeste, même si on les poursuivait pour des centaines de milliers de dollars. Cela gâche leur existence et même une victoire en fin de compte devant les tribunaux sera une défaite. Le processus est la punition, comme nous le rappelle sans cesse l’auteur Mark Steyn. »

Pendant des années, chaque fois qu’un éventuel employeur cherchera le nom de ces gars sur la Toile, les premiers résultats qui apparaîtront les accuseront d’être de haineux et odieux personnages emplis de haine. Jusqu’à ce que, dans les tréfonds du moteur de recherche, l’algorithme ne dévoile tardivement un bref article précisant que l’affaire a été classée sans suite par la justice. Elle n’aurait simplement jamais dû être entendue. Pour cela, il faudrait d’abord que les accusateurs paient plus de leur personne et que ces commissions des droits de l’homme voient leur voilure sévèrement réduite.




Billet original du 26 février 2016

Une employée de l’unité aborigène de l’Université technique du Queensland (nord-est du pays) a porté plainte en vertu des lois de discrimination raciale de l’Australie et demande des dommages et intérêts de 250 000 $ australiens (245 000 $ canadiens).

Cindy Prior (ci-contre), une employée de l’Université technique du Queensland (QUT), poursuit un certain nombre d’étudiants et de membres du personnel de cette université. Elle affirme qu’elle aurait subi en 2013 « insulte, embarras, humiliation et préjudice psychiatrique » à la suite des actions et des commentaires des trois membres du personnel et de cinq étudiants de l’université.

L’affaire remonte à un incident en 2013, lorsque trois étudiants ont tenté d’utiliser un laboratoire informatique de l’unité Oodgeroo réservée aux aborigènes.

Selon des documents récemment déposés au greffe de la Cour de circuit fédérale australienne, Cindy Prior a remis en cause l’identité raciale d’un des étudiants, Alex Wood. M. Wood affirme que, en compagnie de deux autres étudiants, il avait commencé à utiliser un ordinateur dans l’unité Oodgeroo quand Mme Prior lui avait « demandé agressivement » de révéler son identité raciale. Après l’avoir déclinée, selon M. Wood, l’administratrice aborigène aurait dit d’un « ton agressif et désagréable » qu’il ne pouvait rester dans ce laboratoire parce qu’il n’était pas aborigène.

Mme Prior a alors exigé que les trois étudiants quittent le laboratoire « immédiatement en raison de leur identité raciale ».

Selon le journal The Australian, elle leur a dit qu’ils étaient dans « un espace autochtone réservé aux étudiants aborigènes et du détroit de Torres » et qu’il y avait d’autres endroits où ils pourraient utiliser des ordinateurs. Elle a demandé aux étudiants de quitter les lieux, ils sont partis paisiblement.

Alex Wood s’est plaint une heure plus tard sur une page Facebook de l’université : « Viens de me faire expulser d’une salle informatique aborigène non indiquée. L’université combat la ségrégation par la ségrégation. »

À cause de ce billet, M. Wood, désormais diplômé en génie depuis décembre 2015, a été accusé en justice pour haine raciale. « Je ne parviens pas à comprendre comment cet acte relativement mineur me rend passible de poursuites criminelles pour “discours haineux” et une demande de dommages et intérêts et de plus de 250 000 $ », a-t-il déclaré dans sa déposition sous serment.

« Ma mère est veuve. Cet incident nous a causé, à elle et à moi, beaucoup de détresse et de contrariétés. Je ne suis pas une personne raciste et personne ne l’a jamais suggéré à mon sujet. Je n’ai presque pas d’économies... », d’affirmer M. Wood.

Un autre étudiant avait écrit peu après son expulsion : « Je me demande où se trouve le labo d’informatique pour suprématistes blancs. » Ce qui, à une autre époque, aurait sans doute été considéré comme de l'humour estudiantin.

Le même étudiant, dans sa déposition sous serment dans le cadre de la poursuite en justice, a écrit : « Je déteste toute forme de discrimination raciale. En tant qu’Australien et étudiant à l’université, j’ai été consterné d’apprendre que la ségrégation raciale était pratiquée sur le campus de mon université. »

L’université a déclaré que « QUT appuie sans réserve ses services de soutien pour assurer le succès des étudiants aborigènes et du détroit de Torres (600 sur 49 000) ; en particulier l’offre d’espaces réservés où les étudiants aborigènes et du détroit de Torres peuvent utiliser des ordinateurs, travailler avec du personnel et des tuteurs autochtones, avoir accès à du soutien pédagogique et socialiser. »

L’article 18 C de la Loi contre la discrimination raciale

Pour le journal australien Herald Sun, l’administratrice aborigène de l’université devrait immédiatement abandonner son procès contre les étudiants de l’Université technique du Queensland.

En outre, la Loi contre la discrimination raciale devrait être modifiée pour éviter à l’avenir des poursuites similaires.

L’article 18 C est rédigé de telle sorte qu’il suffit qu’une personne membre d’un groupe ethnique, racial ou autre prétende que l’action pourrait raisonnablement faire en sorte que ces personnes se sentent subjectivement insultées, intimidées ou humiliées pour que la loi puisse s’appliquer :
“the act is reasonably likely, in all the circumstances, to offend, insult, humiliate or intimidate another person or a group of people;”
« l’acte est raisonnablement susceptible, dans toutes les circonstances, d’offenser, insulter, humilier ou intimider autrui ou un groupe de personnes ; »
L’article 18 C de la loi australienne est similaire à l’article 13 (1) Loi canadienne sur les droits de la personne :
13. (1) Constitue un acte discriminatoire le fait, pour une personne ou un groupe de personnes agissant d’un commun accord, d’utiliser ou de faire utiliser un téléphone de façon répétée en recourant ou en faisant recourir aux services d’une entreprise de télécommunication relevant de la compétence du Parlement pour aborder ou faire aborder des questions susceptibles d’exposer à la haine ou au mépris des personnes appartenant à un groupe identifiable sur la base des critères énoncés à l’article 3.
L’article 13 de la loi canadienne a été abrogé en 2013 à la suite d’une longue campagne contre celui-ci par plusieurs journalistes comme Mark Steyn et Ezra Levant.

Cindy Prior utilise l’article 18C de la Loi contre la discrimination raciale acte — article controversé que l’ancien Premier ministre Tony Abbott avait promis d’abroger — pour poursuivre trois membres du personnel de la QUT et cinq étudiants. Elle dit avoir souffert « insultes, embarras, humiliation et préjudices psychiatriques ». Elle affirme également encore craindre pour sa sécurité, en raison des actions et des commentaires des personnes qu’elle incrimine.

Ce n’est pas la première fois que l’article 18C sert à réprimer la liberté d’expression. En septembre 2010, neuf aborigènes ont engagé des poursuites en justice devant la Cour fédérale australienne contre Andrew Bolt et le Herald Sun au sujet de plusieurs messages affichés sur le blogue de Bolt. Les plaignants ont poursuivi les messages intitulés « C’est tellement branché d’être noir », « blanc est le nouveau noir » et « des gars blancs dans le noir ». Les articles suggéraient qu’il était devenu à la mode pour des « gens à la peau claire » issus de divers groupes ethniques de préférer leurs origines aborigènes parce que cela leur était plus bénéfique sur le plan politique, social et pour leur carrière. Les requérants ont affirmé que ces messages violaient la Loi sur la discrimination raciale. Ils ont exigé des excuses, le paiement des dépens et une interdiction de republication des articles et des messages incriminés et « autre réparation que le tribunal estimerait apte ». Ils n’avaient pas réclamé de dommages-intérêts. Le 28 septembre 2011, Bolt a été reconnu coupable d’avoir contrevenu à l’article 18C de la Loi sur la discrimination raciale.

Voir aussi

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants des idées dérangeantes 

Québec — Menace sur la liberté d'expression : le projet de loi 59



Correctivisme politique et les tribunaux : « Extirper l'hérésie et le blasphème » ?