mardi 20 septembre 2016

Angleterre : retour de la sélection dès l’entrée dans le secondaire, disparue depuis 50 ans

Theresa May quand elle était élève d'une grammar school

Le 9 septembre, la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, a annoncé son plan pour bâtir une « Grande-Bretagne réellement méritocratique » qui assure la mobilité sociale « des meilleurs élèves, indépendamment de leur origine. »

Les détails présentés au Parlement trois jours plus tard, comprennent quelques ajustements mineurs, telles que l’ouverture de plus d’écoles religieuses et une plus grande implication des universités et des écoles privées dans l’enseignement prodigué par l’État.

Mais la pièce maîtresse était un grand changement de politique qui enchante certains députés au sein de son Parti conservateur et en consterne d’autres : la fin de l’éducation « générale » commune (comprehensive education) à toutes les écoles publiques et le retour à la sélection à l’entrée de meilleures écoles publiques. Les académies et les « écoles libres », des écoles autonomes introduites ces dernières années et financées notamment par le Trésor public, ne peuvent sélectionner à l’entrée les élèves qui s’y inscrivent.

Le gouvernement désire donc mettre fin à l’interdiction de fonder de nouvelles écoles publiques sélectives (appelées grammar schools) qui sélectionnent les élèves à 11 ans sur la base de leurs résultats scolaires.

À leur apogée, au début des années 1960, les écoles publiques sélectives formaient environ un quart des élèves. Puis, au milieu des années 1960, le gouvernement travailliste a forcé leur conversion en écoles publiques non sélectives. Anthony Crosland, le ministre travailliste de l’Éducation de 1965 à 1967, aurait déclaré à sa femme biographe qu’il allait « détruire toutes les foutues écoles sélectives en Angleterre ». Certaines autorités locales résistèrent. Mais il ne reste plus que 163 grammar schools en Angleterre. Elles ne forment plus que 5 % des élèves anglais. L’Écosse et le Pays de Galles n’en ont plus aucune ; alors que l’Irlande du Nord en a encore de nombreuses.

Nombre de conservateurs se réjouissent de cette mesure. Les écoles publiques sélectives sont considérées comme un ascenseur social grâce auquel les enfants pauvres intelligents peuvent grimper dans la hiérarchie sociale. Les conservateurs doivent aider les désavantagés et soutenir une vision méritocratique de la mobilité sociale, affirme Dominic Raab, un député conservateur en faveur de plus de grammar schools. Les partisans de cette mesure se rappellent avec nostalgie l’époque où les anciens élèves des écoles publiques sélectives se trouvaient à la tête d’entreprises, de la fonction publique et de la politique. Les cinq Premiers ministres de 1964 à 1997 étaient tous issus de grammar schools. C’est également le cas de Mme May alors que ces prédécesseurs avaient été éduqués dans de prestigieuses écoles privées (David Cameron à Eaton et Tony Blair à Fettes College). Aujourd'hui, près de la moitié des ministres de Theresa May sont d’anciens élèves d’écoles publiques non sélectives ; Justine Greening, la nouvelle ministre de l’Éducation en fait partie.

Theresa May justifie cette décision par l'hypocrisie du système actuel : « Depuis trop longtemps nous avons toléré un système éducatif qui empêche l’existence d’établissements sélectifs sacrifiant le potentiel de nos enfants par dogmatisme et par idéologie. La vérité est que nous avons déjà un système de sélection et que celui-ci est basé sur le prix des logements, c’est une sélection par la richesse. »

Des études démontrent que les bons élèves améliorent leurs notes en allant dans les écoles publiques sélectives (grammar schools) plutôt que dans les écoles non sélectives (comprehensive schools). Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Bristol en 2006 a révélé qu’un élève fréquentant une école publique sélective voyait ses points augmenter de 4 niveaux au GCSE, les examens passés à 16 ans en Angleterre. Il s’agit d’un coup de pouce très important, mais il aurait un coût social. Ceux qui ne parviennent pas à entrer dans une grammar school ont des notes moins bonnes qu’en l’absence de réseau d’écoles publiques sélectives. Une explication probable, selon Rebecca Allen de Education Datalab, un groupe de recherche : les écoles sélectives attirent les meilleurs enseignants. Il n’y aurait donc pas d’amélioration globale des résultats dans la population : l’amélioration des meilleurs étant compensée par le retard pris par les moins bons. Pour certains, récompenser le mérite de cette manière pourrait se défendre s’il améliorait la mobilité sociale. Mais cette séparation en écoles sélectives et non sélectives y ferait obstacle. En effet, à 11 ans, les enfants pauvres accusent déjà près de dix mois de retard en termes de scolaire sur leurs pairs selon l’Education Policy Institute, un laboratoire d’idées, ce qui signifie qu’ils sont moins susceptibles de réussir les examens d’entrée des écoles publiques sélectives.

Les partisans de la sélection à l'entrée du secondaire public soutiennent que les écoles sélectives accueillent les meilleurs enseignants parce qu’elles se trouvent dans de belles banlieues vertes et parce qu’elles sont rares, ce qui augmente la concurrence pour le peu de places disponibles. Il faudrait donc que le gouvernement May en implante davantage et dans des zones défavorisées, de déclarer Don Porter de Voix conservatrice, un groupe de pression qui soutient les grammar schools. Cela pourrait améliorer les choses bien que les parents semblent déjà prêts à laisser leurs enfants se déplacer pour fréquenter de bonnes écoles. Un quart des élèves des écoles sélectives proviennent d’une autre autorité locale (district scolaire).

En Irlande du Nord, près de la moitié des enfants continuent de fréquenter les écoles publiques sélectives et on y trouve plus de diplômés avec de bons résultats que dans le reste du Royaume-Uni. En outre, une augmentation du nombre d’élèves en grammar schools en 1989 avait été suivie par une amélioration globale dans les résultats aux examens. Les partisans concluent que plus d’écoles publiques sélectives augmentent le niveau général, les adversaires affirment que si une telle proportion d’enfants bénéficie de l’effet de sélection et d’une plus grande rigueur scolaire, ces traits devraient être des caractéristiques de toutes les écoles.

Si le gouvernement va de l’avant avec cette réforme, il devra faire face à une forte opposition au Parlement. Mais les sondages suggèrent que les électeurs aiment l’idée.

Pour certains chroniqueurs comme ceux de The Economist, il se peut, toutefois, qu’une mesure moins voyante que le retour de la sélection puisse mieux augmenter les résultats dans l’ensemble des écoles. Il s'agit d'une mesure mise en place par le prédécesseur de Mme May, David Cameron. En effet, les écoles ne seront désormais plus classées en fonction de la part des élèves obtenant cinq notes C lors des examens du GCSE passés à 16 ans (ce qui les encourageait à se concentrer sur le milieu de l'échelle des compétences), mais sur le nombre d’élèves qui font aussi bien que prévu étant donné leurs résultats à l’entrée du secondaire. Cela devrait favoriser de meilleurs résultats dans toutes les écoles.

Source : The Economist, Times de Londres.

Voir aussi

Angleterre — Toutes les écoles publiques deviendront des « académies » d'ici 2020 (17 mars 2016)

Angleterre — La révolution des académies et des écoles libres


Les « écoles libres » en Grande-Bretagne : des écoles vraiment autonomes et subventionnées par l'État

« L’avenir de notre école passe par l’autonomie »

L’immigration et le Québec, Denise Bombardier

Denise Bombardier rappelle quelques réalités trop souvent tues par les idéologues.

Dans le film culte Le déclin de l’empire américain, le réalisateur Denys Arcand cite Arnold Toynbee : « La loi du nombre est incontournable. »

Nos ancêtres l’avaient compris. Sous l’impulsion du clergé, la natalité était une valeur collective. Tant qu’ils faisaient des enfants, les Québécois avaient un avenir. C’était la revanche des berceaux sur la conquête anglaise.

Plus tard, la pilule récompensait les mères de chez nous. Finis les enfants à la douzaine. [Il y avait statistiquement peu de familles avec 12 enfants en réalité : le nombre d’enfants par femme se situait en moyenne entre trois et quatre enfants dans les années 30, mais la descendance de ces familles ayant été nombreuse elle a sans doute laissé un souvenir plus important.] Les utérus québécois ont peu à peu rapetissé. Jusqu’à faire plonger les statistiques de natalité.

Depuis 2011, la fécondité a continué de baisser (malgré l’immigration) pour atteindre 1,60 en 2015, il faut 2,1 enfants/femme pour renouveler les générations.

L’immigration n’est pas notre planche de salut, au Québec. Car l’immigration, avec la loi 101, même affaiblie, n’assurera pas la pérennité de ceux qu’on appelait les Canadiens français. Si les immigrants se refusent à apprendre le français et que le gouvernement québécois laisse à chacun le droit de vivre à sa manière sans tenir compte des contraintes de l’intégration, nous disparaîtrons.


Domination de l’anglais et fausses équivalences

Le Canada anglais ne craint rien, car ses immigrants apprennent l’anglais sans protester. Sa vision du vivre ensemble envoie les nationalistes québécois dans les cordes. Car pour eux, la langue ne garantit pas seule la protection de l’identité québécoise. Des revendications religieu­ses sont aussi un obstacle à cette valeur moderne qu’est la laïcité pour nous. Ce qui pose, au-delà de la langue, un défi culturel.

Le Québec ne peut donc pas ouvrir ses frontières aux immigrants actuels s’il n’a pas les moyens matériels de les franciser et la volonté politique de faire triompher une conception de la laïcité distincte de celle du Canada anglais. Nous serons inévitablement accusés d’être xénophobes, voire islamophobes, car notre vision des rapports sociaux s’éloigne de celle du Cana­da anglais.

Faut-il répéter que cette impasse dans laquelle nous sommes, nous, Québécois francophones, est le résultat de l’échec de deux référendums ? Et que le « jamais deux sans trois » s’applique ici.

Voir aussi

La fécondité continue de chuter au Québec

(Le nombre de naissances, la ligne bleue, n'est pas une mesure très pertinente pour calculer le renouvellement des générations quand la population croît, principalement à cause de l'immigration. On a l'impression qu'on essaie de trouver une mesure consolatrice à la baisse de la fécondité malgré des investissements massifs dans les mesures de retour des femmes au travail.)


Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès [mars 2016]

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

La non-scolarisation : le documentaire Être et devenir

On connaît l’école à la maison. La non-scolarisation ou le unschooling ? Beaucoup moins. Dans son documentaire Être et devenir, la réalisatrice Clara Bellar nous fait découvrir des parents de différents pays qui ont choisi l’apprentissage autonome pour leurs enfants, une forme d’éducation qui met l’accent sur leurs centres d’intérêt et sur la liberté d’apprendre.

Installée depuis quelques années aux États-Unis avec sa famille, la Française d’origine Clara Bellar est surprise de constater à quel point ce mode de vie alternatif n’est que très peu connu au Québec.

« Ici, au Québec, la presse comme les spectateurs me disent souvent le découvrir pour la première fois. Mes enfants auraient pu arriver à l’âge de 20 ans sans que je sache que c’était un choix possible », lance la mère de deux garçons de trois et huit ans, en soulignant que personne dans son entourage n’avait opté pour un tel type d’éducation.

Être et devenir, sorti en France en 2014, est né de sa propre réflexion au sujet de l’éducation qu’elle voulait offrir à ses enfants. « À la base, c’était vraiment une quête personnelle. »

Celle qui se décrit comme une « nomade » croyait que lorsque son fils aurait l’âge d’aller à l’école, son conjoint et elle devraient absolument choisir un pays où s’installer. Jusqu’à ce qu’elle retrouve une amie qui n’envoyait pas son fils à l’école, un garçon curieux, ouvert, passionné.

« J’ai rencontré d’autres enfants et chaque fois, je retrouvais ces particularités : l’enfant était automotivé, toujours très occupé par des tas de choses qui l’intéressaient... J’ai eu envie d’en savoir plus, de rencontrer de jeunes adultes qui auraient grandi ainsi. J’ai décidé qu’un documentaire serait l’occasion de ces rencontres. »

Pendant 99 minutes, elle nous présente des familles qui ont choisi l’apprentissage autonome pour leurs enfants, des parents parlent des raisons qui ont justifié leur choix de ne pas opter pour l’école traditionnelle. Une philosophie qui pourrait aussi se traduire par « on apprend en vivant, pas besoin d’apprendre à l’école ».

La réalisatrice et actrice, également chanteuse, sera à la Maison du cinéma, mardi soir, afin de présenter le film au public à 19 h, avec qui elle échangera sur le sujet.

Dans l’ensemble du documentaire, parents et enfants racontent leur histoire et font état des bénéfices de la non-scolarisation.

dimanche 18 septembre 2016

Litteratureaudio.com : plus de 5.000 livres audio gratuits !

Voici un site à faire connaître !

Litteratureaudio.com rassemble à ce jour 5640 livres audio gratuits, des plus grands auteurs de littérature, philosophie, poésie, histoire, etc.

Ce travail est le fruit de l'association Des Livres à Lire et à Entendre qui a pour objet de faciliter l’accès de tous et en particulier des aveugles et malvoyants aux joies de la littérature. Ainsi ce sont des « donneurs de voix », au nombre de 259 exactement, qui lisent à haute voix tous ces trésors de la littérature de qualité, et en font bénéficier voyants comme malvoyants.

La qualité de lecture varie en fonction des donneurs de voix, et le même ouvrage peut être lu par plusieurs donneurs de voix, ce qui est parfois un peu déroutant. Un ouvrage pourra d'abord être lu par un homme, puis par une femme.

On trouve un peu de tout parmi les auteurs et les lectures. Vous pourrez y chercher par exemple l’intégralité du Comte de Monte Cristo (les 4 tomes, plus de 30 heures de lecture), la plupart des Jules Verne, de très nombreuses biographies et autobiographies (Flaubert, Fouché, Lamartine, etc.), des contes (Andersen, Grimm, Hoffmann, Perrault, Bergerat, Alphonse Daudet, etc.), des correspondances (Fénelon, Machiavel, Louis XVI, Rousseau, Zola, etc.), des discours (Bossuet, Briand, Cicéron, Jaurès, Robespierre, etc.), des essais (Diderot, La Bruyère, Montaigne, Proust, etc.), du fantastique (Lovecraft, Edgar Allan Poe, Maupassant, etc.), de l’histoire (Condorcet, Dostoïevski, de Gaulle, Montesquieu, Saint-Simon, Schœlcher, etc.), de l’humour (Mark Twain, Alphonse Allais, etc.), de la jeunesse, de la mythologie, des nouvelles, de la philosophie (Aristote, Bergson, Cicéron, Kierkegaard, Pascal, Platon, Schopenhauer, etc.), de la poésie (les plus grands), des policiers, de la religion (notamment la Bible), et enfin des romans.

Toute la bibliothèque de l'honnête homme se trouve sur ce site, et de nouveaux titres s'y ajoutent régulièrement.

Le succès est au rendez-vous puisque le classement des titres les plus écoutés donne en premier Les misérables de Victor Hugo avec 1 565 866 écoutes, puis suivent notamment l'Émile – La Fortune des Rougon d'Émile Zola avec 1 348 862 écoutes, Les Milles et une nuit avec 916 519 écoutes, Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne avec 880 388 écoutes, et les Fables de la Fontaine avec 665 149 écoutes.





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

vendredi 16 septembre 2016

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse »

Sociologue (Ph.D.) spécialisée sur les questions liées à l’éducation et professeur au cégep de Saint-Jérôme, Joëlle Quérin a réfléchi en profondeur au cours ECR. Il y a quelques années, en 2008 [2009], elle publiait pour l’Institut de recherche sur le Québec une étude majeure qui avait eu un grand écho à propos du cours ECR, où elle explicitait et révélait ses finalités politiques (transparence totale, comme on dit, j’étais et je suis encore associé à l’IRQ). En fait, elle expliquait quels objectifs politiques sert ce cours, en montrant comment il proposait d’instrumentaliser l’école pour faire la promotion du multiculturalisme. Elle revient sur la question dans un chapitre du livre La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Léméac, 2016). Je lui ai posé quelques questions à propos de ce cours.


Q. — Dans le livre La face cachée du cours ECR, vous revenez sur la question des orientations politiques du cours ECR dans un texte très fouillé où vous montrez comment le cours n’est pas exempt d’une volonté d’endoctrinement. Pourriez-vous nous en dire plus sur ces objectifs politiques ?

Joëlle Quérin — Dès la première fois où il a été question de remplacer l’enseignement religieux confessionnel par un cours d’éthique et culture religieuse, dans le rapport Proulx (1999), l’objectif était clairement annoncé : il s’agissait d’apprendre aux enfants comment se comporter en présence de la diversité religieuse. Cet objectif a été réitéré plusieurs fois dans des rapports émanant du Ministère de l’éducation tout au long des années 2000, et surtout à l’approche de l’implantation du cours en 2008. On était alors en pleine crise des accommodements raisonnables, et les appels se faisaient de plus en plus nombreux de la part d’acteurs institutionnels, tels que le Comité sur les affaires religieuses du Ministère de l’éducation et la Commission Bouchard-Taylor, pour mettre en place ce cours au plus vite. On espérait que celui-ci permettrait à terme de calmer la grogne populaire autour des accommodements, en apprenant aux enfants à accepter toutes les pratiques religieuses qui les entourent. Le professeur de philosophie Georges Leroux parlait du cours ÉCR comme d’une « thérapie » collective devant « inculquer le respect absolu de toute position religieuse », notamment le port du kirpan à l’école. C’est effectivement ce que prescrit le programme ministériel d’ÉCR, qu’on pourrait renommer Accommodement 101 : un endoctrinement multiculturaliste qui s’échelonne du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire.

Q. — Plusieurs croient que le cours ECR a néanmoins la vertu de transmettre une solide culture religieuse aux jeunes générations, dans un monde où la religion joue un rôle de plus en plus grand. Est-ce le cas ? Autrement dit, s’agit-il d’un cours d’histoire des religions, ou de culture religieuse?

— Absolument pas. Le titre du cours est extrêmement trompeur à cet égard. On peut comprendre les parents d’avoir d’abord été séduits par un tel cours qui, en apparence, devait offrir à leurs enfants une solide culture religieuse essentielle à la compréhension du monde d’aujourd’hui.

Le programme d’ÉCR l’énonce pourtant très clairement : le volet culture religieuse du cours ne porte pas sur l’histoire des doctrines et des religions. D’ailleurs, le volet éthique du cours non plus ne vise pas à enseigner les doctrines philosophiques. Assimilées à un enseignement « encyclopédique » et ennuyeux, ces connaissances sont explicitement rejetées par les concepteurs du programme, qui les jugent inutiles à l’atteinte des objectifs du cours. Dans le programme, l’accent est mis sur les « attitudes » et les « comportements » que les enfants doivent adopter à l’égard de la diversité religieuse, et non sur la transmission de connaissances.

Q. — Certains répondent : très bien, ECR cause problème, mais par quoi devons-nous le remplacer? Je me permets de reformuler la question : imaginons qu’on parvienne à abolir ECR. Faut-il le remplacer par quelque chose, ou devons-nous simplement redistribuer le temps qui lui est consacré à autre chose ?

— Plusieurs solutions de rechange sont proposées par divers collaborateurs de La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

Pour ma part, je suis ouverte à plusieurs possibilités, mais j’aurais tendance à faire une distinction entre les niveaux primaire et secondaire.

Au primaire, les périodes accordées au cours ÉCR pourraient simplement être redistribuées parmi les matières de bases, comme le français et les mathématiques, mais aussi l’éducation physique, dont les enfants ont grandement besoin. D’ailleurs, certains enseignants le font déjà, lorsqu’ils doivent rattraper du retard dans certaines matières ou lorsqu’ils sont mal à l’aise avec le cours ÉCR.

Voir aussi

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier (vidéo)

Joëlle Quérin explique son étude sur le cours ECR à RDI (vidéo)

Joëlle Quérin sur VTélé (Mario Dumont) au sujet du cours ECR (vidéo)

Livre sur le cours ECR : Au-delà des apparences (Guy Durand)

Livre Regards sur le cours ECR : La Religion sans confession

Le Devoir (Louis Cornellier) : « L'école n'est pas au service des parents. »


Storiavoce, webradio consacrée à l'histoire

Une nouvelle venue dans le paysage des webradios : Storiavoce a vu le jour le 6 septembre dernier.

Retrouvez-la sur http://storiavoce.com/

Les quatre grandes périodes (antique, médiévale, moderne, contemporaine), illustrées par des conférences de qualité.

Exemple d'émission : L’armée romaine dans la tourmente

Spécialiste d’Histoire militaire à l’époque romaine, Yann Le Bohec a publié un ouvrage sur les causes de la crise du IIIe siècle intitulé L’Armée romaine dans la tourmente (Éditions du Rocher, 2009). Longtemps occulté par la vision marxiste de l’Histoire, le domaine militaire est ici réhabilité et le domaine militaire est ici réhabilité et donne des clés d’explications incontournables dans la compréhension de l’époque romaine, de ses forces et de ses faiblesses, de ses crises et de ses renaissances.



Critique de l'ouvrage par Didier Paineau

L'Armée romaine dans la tourmente, un maître-livre sur une période clé
Ecrivains et auteurs : Yann Le Bohec
Thèmes : Histoire Essai

Yann Le Bohec est professeur d’histoire romaine à la Sorbonne. Il est spécialisé dans l’histoire militaire. Nous ne dirons jamais assez qu’il ne s’agit pas de relations d’exploits guerriers, mais de guerre dans son ensemble, qui va de la taille d’une épée à la plus fine analyse stratégique. Outre l’ouvrage présenté ici, le lecteur séduit, pourra toujours commander au Rocher, ce que le professeur y a fait paraître sur César ou les guerres puniques. Le professeur Le Bohec sait allier la clarté et la profondeur. La rigueur de sa problématique, la simplicité directe de son style et la franchise modeste de ses propositions, sont un enchantement. Il est à rebours de tant d’universitaires qui manient la langue de bois et semblent confondre profondeur et confusion.

La Paix Romaine

L’empire romain, né avec Auguste au début de notre ère, connaît une remarquable stabilité, épicée par les frasques réelles ou supposées de ses dirigeants. La situation bascule après la dynastie des Sévères (193-235). L’empire est attaqué au nord et à l’est, il est en proie à des désordres intérieurs majeurs (entre 235 et 268, seize empereurs se succèdent, quatorze finissent assassinés et on compte une quarantaine d’usurpateurs, nom communément donné aux vaincus!) et s’enfonce dans la crise économique et financière, la crise sociale et morale. Si de nombreux érudits se sont accordés à donner une origine militaire à cette crise, le mépris dans lequel est souvent tenu l’histoire militaire a laissé cette question dans l’ombre. Yann Le Bohec vient combler cette lacune.

Après avoir décrit les piliers de la Paix Romaine sous les Antonins, l’auteur explique la puissance de l’armée romaine, seule armée permanente au monde avec celle de la Chine. A 18 ans, les jeunes romains passaient devant le conseil de révision. On prenait les meilleurs, les esclaves étaient exclus et les pérégrins ne pouvaient entrer que dans les unités auxiliaires (ainsi que les citoyens recalés à l’entrée dans la légion). Si l’on était retenu, c’était parti pour vingt-cinq ans de service ! L’armée était très disciplinée, convenablement payée et disposait de tous les services nécessaires. En 193 on compte trente légions de 5000 hommes et autant d’auxiliaires répartis dans tout l’empire. C’est de l’infanterie lourde. La stratégie de l’empire romain n’est pas comparable aux stratégies de nos états aujourd’hui. Les états antiques n’ont pas nos moyens d’étude ni de contrôle, ni les statistiques, ni les sciences économiques n’existent… La stratégie romaine est donc globalement défensive, n’excluant pas les guerres préventives, sans doute depuis le désastre du Teutobourg en l’an 9 (voir sur le site l’article sur le livre du même auteur). Le limes qui protège l’empire est une expression assez anachronique et ne doit pas être vu comme une gigantesque barrière. Il est plus empirique, s’adaptant à la géographie, mur ici, fortin là pour contrôler une oasis et empoisonner les puits en cas d’urgence… Il n’est surtout pas un dogme ! L’armée est fière d’être romaine, elle repousse ses ennemis sans difficulté, elle « romanise » l’empire.


Les ennemis de Rome, de plus en plus forts

Yann Le Bohec innove en étudiant les ennemis de l’empire. Il commence par les Germains, et, en effet quelle évolution depuis le règne d’Auguste ! Elle tient en deux éléments principaux. Les Germains ont constitué des confédérations plus stables que les agrégats de peuples occasionnels de la période précédente : les Francs et les Alamans, bientôt complétés par de nouveaux venus, les Goths. Leur armement et leur tactique (phalange, attaque en « museau de porc » c'est-à-dire en triangle) viennent au secours d’une frénésie ancienne et redoutée.

Les Iraniens, eux aussi, ont évolué. Ils ont appris de leurs ennemis romains, sans doute par des transfuges comme nous le dit Hérodien… Ils se dotent d’une infanterie lourde ( ?) au sein d’une armée permanente sous la dynastie des Sassanides. La société est soudée autour d’une religion unique et forte, le zoroastrisme. Les tactiques s’améliorent, notamment la poliorcétique (technique de siège).

Il semble que les ennemis de Rome connaissent en plus un essor démographique. La force de ces ennemis et leur capacité de nuisance oblige l’empire à faire face de tous côtés et encourage des ennemis secondaires à plus d’audace comme les Bretons, les Daces et les nomades d’Afrique du nord…

La crise tous azimuts

Les guerres permanentes qui s’ensuivent provoquent l’inflation et la crise économique par la hausse vertigineuse de la solde des légionnaires et l’augmentation de leur nombre. En plus, le pouvoir central ne pouvant faire face partout, des provinces font sécession et tentent de prendre leur destin en main, Palmyre avec la célèbre reine Zénobie ou la Gaule de Postumus. Après 275, les « empereurs illyriens » rétablissent la situation. Mais l’armée a changé. Elle a plus recours à des étrangers, privilégie les armes de jet, l’épée longue, la lance, utilise de la cavalerie lourde, toutes techniques empruntées aux ennemis. Elle est moins disciplinée, par exemple les soldats romains pillent leurs propres compatriotes ce qui était impensable mais la logistique aussi s’est dégradée! La crise monétaire rend la paye incertaine et sa part en nature augmente.

Le redressement

Avec Dioclétien la situation se redresse mais il semble que les Romains s’adaptent sans penser une globalité qu’ils n’ont pas les moyens d’envisager. L’armée augmente en effectif, on renonce à une conscription dont la qualité s’est dégradée par ailleurs (on ne cherche guère à entrer dans une armée qui accumule les revers). Au début de l’empire les soldats n’avaient le droit de se marier, leurs compagnes avaient donc le statut de prostituées. Malgré tout des enfants naissaient, les castris (nés au camp) et, ainsi que les provinciaux, ont pris une part croissante dans les effectifs. Les « Italiens » sont devenus peu à peu largement minoritaires.

[...]

Didier Paineau


L'Armée romaine dans la tourmente,
par Yann Le Bohec,
aux éditions du Rocher,
collection L'Art de la guerre,
paru en mars 2009,
à Monaco,
nombreuses illustrations, bibliographie, sans index hélas,
320 pages,
21 euros


Remplacer le cours d’ECR par un cours sur le patrimoine québécois

Éric Lanthier dans le Héraut de (la rue) Prince Arthur suggère d'abolir le programme ECR et de le remplacer par un cours sur le patrimoine québécois. 

Nous le trouvons trop pessimiste quand il déclare que « les Québécois ont cessé de se battre contre ce cours qui ne plaît qu’aux adeptes du multiculturalisme ». Le simple fait que de nombreuses personnes continuent de vouloir l'abolir ou l'améliorer (Louis Cornellier du Devoir qui simplifie à outrance la position des parents religieux) montre bien la persistante insatisfaction des Québécois face à ce cours controversé. Les Québécois combattent ce programme non seulement en demandant son abrogation, mais également en ne l'enseignant guère dans les écoles et en continuant de vouloir en exempter leurs enfants de manière isolée (nous avons reçu cette semaine plusieurs demandes d'aide de parents qui voudraient que leur enfant en soit exempté, ils sont convoqués par le directeur de l'école (aux ordres) et se trouvent désarmés devant le Monopole de l'Éducation au Québec).

Le cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR) ne fait pas consensus au sein des idéologues; il est contesté par les identitaires, par les croyants de foi athéiste, par les laïcistes intégristes et par les tenants du droit des parents de choisir un cours correspondant à leurs valeurs et à leurs croyances. Par l’usure des choses, les Québécois ont cessé de se battre contre ce cours qui ne plaît qu’aux adeptes du multiculturalisme.

Pour ma part, je suis un partisan du droit des parents. L’école n’appartient ni à l’État, ni à la société civile, ni aux employés qui y travaillent dans des conditions exécrables mais aux parents. L’école a toujours été l’extension du foyer. Le système scolaire est donc un outil collectif pour compléter le travail des parents et pour s’assurer que leur enfant soit équipé à vivre dans le présent siècle.

Base du nouveau programme

Au lieu d’endoctriner les élèves dans une vision du monde contraire à celle des parents, l’école devrait instruire les jeunes sur nos racines et sur notre patrimoine. Cette approche pourrait les aider à mieux comprendre notre contexte culturel.

La place d’ECR

Le cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR) devrait être enseigné uniquement à la fin du secondaire pour donner strictement aux élèves des connaissances sur le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l’islam, l’hindouisme et la spiritualité amérindienne. En ce qui concerne les autres niveaux du primaire et du secondaire, le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) [Note du carnet : il est devenu le Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, MEES, en 2015] pourrait offrir aux élèves un cours sur le patrimoine québécois. Essentiellement, ce cours serait en trois volets : le patrimoine religieux, le patrimoine colonial et le patrimoine culturel. Ainsi, il répondrait aux grandes questions suivantes :
  • Pourquoi les fêtes de Noël, de Pâques et de l’Action de grâce font-elles partie du calendrier québécois?
  • D’où vient la fête de Noël?
  • Quelle est la différence entre la Pâque juive et les Pâques chrétiennes?
  • Pourquoi les chrétiens affirment-ils que Jésus est Dieu fait homme?
  • Pourquoi Jacques Cartier plantait-il des croix en Nouvelle-France?
  • Qui furent les premiers chrétiens en Nouvelle-France?
  • Pourquoi fuyaient-ils la persécution?
  • Comment se fait-il qu’il y ait des clochers dans tous les quartiers et dans tous les villages du Québec?
  • Pourquoi des rues et des municipalités portent-elles des noms de saints?
  • Quelle est la différence entre les protestants et les catholiques?
  • Comment les cabanes à sucre sont-elles apparues?
  • Comment danse-t-on les rigodons et les «sets carrés»?
  • Quels sont les vêtements d’époque québécois?
  • Quelle est l’histoire du hockey sur glace?
  • Depuis quand les Québécois s’adonnent-ils à la chasse et à la pêche récréatives?
  • Quels sont les mets typiquement québécois?
  • Qui sont les auteurs, les acteurs et les scientifiques qui ont marqué le panorama québécois?

Par ailleurs, ce cours permettrait aux enfants issus des communautés culturelles de comprendre la culture et le patrimoine québécois. Esquiver ces grandes questions ne serait qu’un mépris pour notre histoire et pour notre patrimoine. Il est temps qu’un leader politique se lève et rallie les élèves autour d’une compréhension commune des sources de notre réalité contemporaine. À défaut, ne sachant pas d’où on vient, on ne sait pas où l’on va…

mercredi 14 septembre 2016

« ECR — Il faut l'abolir »

Mathieu Bock-Côté préconise dans une chronique parue ce jour d’abolir le programme d’éthique et de culture religieuse imposé à tous les élèves du Québec (écoles privées ou publics pendant dix ans de leur scolarité), sans exception :

Pendant encore un mois, la course à la chefferie du PQ fera l’actualité. Et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, on n’y parle pas que de référendum.

Récemment, Jean-François Lisée a ainsi proposé d’abolir le cours Éthique et culture religieuse (ECR) et de le remplacer par un cours d’éducation civique.

C’est une proposition fondamentale qui n’a pas trouvé l’écho qu’elle méritait.

Qu’est-ce que le cours ECR ?


Enseignement des religions ?

À ce qu’on veut nous faire croire, c’est un cours censé instruire la jeune génération sur les différentes traditions religieuses et spirituelles qui existent dans le monde.

S’il faisait vraiment cela, il faudrait l’en féliciter. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, les religions façonnent notre monde et mieux vaut les connaître qu’ignorer leur histoire et ce qu’elles représentent.

Mais ce n’est pas ce que fait ECR. Au contraire : son objectif, c’est de présenter une vision fondamentalement positive des religions.

Il se donne une mission : faire accepter, tout accepter, au nom de la diversité. Niqab, hidjab, burqa, burkini, etc. : il est interdit de juger. Ou plutôt, il faut juger positivement ! On désamorce­­ l’esprit critique !

On ne se surprendra pas que les jeunes, aujourd’hui, adhèrent au multiculturalisme­­ : on les y endoctrine pendant tout leur passage à l’école. Ils répètent ce qu’on leur a appris en classe.

Dans Le Nouvelliste, le 8 septembre, un étudiant, Jeremy Normand, témoignait à propos de son passage dans le cours ECR. Il l’accusait de militer pour le relativisme culturel et de toujours pousser les étudiants à imaginer de nouveaux « accommodements raisonnables­­ ».

Ce n’est pas surprenant. Certains des concepteurs de ce cours l’ont déjà avoué : quand tous les Québécois auront passé par ECR, ils seront favorables à la logique des accommodements raisonnables.

On imagine la scène : l’enfant est à l’école. On lui pose une question. Par exemple, est-ce qu’une éducatrice en garderie peut porter le niqab ? Réponse. Il faut accommoder. Toujours accommoder.

Pour avoir une bonne évaluation dans ce cours, il faut faire preuve d’une bonne attitude devant la « diversité » et les religions. Ce n’est pas l’esprit­­ critique qu’on y cultive, mais l’esprit béat.

ECR ne vise pas à transmettre des connaissances, mais une idéologie et un programme politique. À défaut de convaincre les parents des bien-fondés du multiculturalisme, on décide de laver le cerveau des jeunes générations.

Propagande

Est-ce vraiment la vocation de l’école que d’être ainsi instrumenta­lisée par les promoteurs zélés d’une vision du monde militante ? Que dirait­­-on si les souverainistes décidaient à leur tour de soumettre l’école à la propagande ? On les dénoncerait vivement. Avec raison, d’ailleurs !

Brisons le tabou : toutes les pratiques religieuses ne sont pas également respectables. La burqa n’est pas respectable. Le niqab non plus. À tout le moins, nous n’avons pas à faire semblant de les respecter chez nous.

Qu’on enseigne l’histoire de l’islam, du christianisme, du bouddhisme, du judaïsme, c’est très bien. Mais qu’on l’enseigne rigoureusement, sans amour ni haine, sans préjugés positifs ou négatifs.

D’ici là, il faut urgemment abolir le cours ECR.

Voir aussi

Bock-Côté avril 2008 : « Éthique et culture religieuse — Un utopisme malfaisant »


ECR: femme en niqab, citations et étude à consulter

« Youpi, ma religion à moi !»

Après « Youpi, ma religion ! », « Ma religion de rêve »

vendredi 9 septembre 2016

Témoignage d'un étudiant du cours Éthique et culture religieuse

Comme tout étudiant du secondaire, j'ai dû suivre le cours Éthique et culture religieuse, mis en place en 2007.

Ce cours, supposément instauré pour favoriser l'ouverture à l'autre et le dialogue cache mal son objectif réel, soit celui de faire adhérer une génération entière aux dogmes du multiculturalisme tout en censurant le débat public.

Les enseignants chargés de ce cours prêchent un relativisme culturel excessif et révoltant. Toutes les pratiques religieuses sont mises sur un pied d'égalité et les étudiants sont sans cesse appelés à justifier des accommodements dits raisonnables.

Si un étudiant a le malheur de contester voire seulement de questionner l'indifférence de l'enseignant devant certaines pratiques religieuses rétrogrades, il est accusé de manquer d'ouverture d'esprit. En d'autres mots, il est taxé d'intolérance, de xénophobie ou de racisme.

Devant cette pression exercée par un adulte incarnant l'autorité, la plupart des étudiants cèdent et mettent de côté leur bon sens pour chanter en cœur les louanges du renoncement identitaire et de l'effacement collectif.

Bref, l'instauration de ce cours fut une erreur monumentale. Sa liquidation est une urgence capitale.

Jeremy Normand

Trois-Rivières

(publié dans Le Nouvelliste)

mardi 6 septembre 2016

« Quand on parle d’éducation au Québec, on ne parle pas d’éducation »

Lise Ravary revient sur l’éducation au Québec dans une chronique récente :

Quand on parle d’éducation au Québec, on ne parle pas d’éducation. On parle de justice sociale, de syndicalisme, de toilettes pour les élèves transgenres, de tablettes électroniques, de taux de réussite (la chose la plus facile à manipuler au monde), du cours d’ECR, etc.

Dernier ajout à cette liste : le burkini. Interdisons-le à l’école et n’en parlons plus.

Et lorsqu’on s’excite à l’Assemblée nationale, c’est pour dénoncer l’état des écoles, débattre de l’utilité des commissions scolaires ou décrier le manque de ressources pour les élèves en difficulté qui représentent 20 % de la clientèle des écoles publiques.

Il faudrait bien se demander pourquoi avant d’atteindre 50 %.

Le contenu, pas le contenant

Parfois, un enseignant courageux expose sur la place publique le désintérêt des élèves, les chicanes interethniques, la mièvrerie de certains programmes, l’irresponsabilité des parents qui sortent leurs enfants de l’école le temps d’un voyage dans le sud, l’impossibilité d’intégrer tous les élèves en difficulté ou l’indiscipline dans les classes, quand ce n’est pas carrément la violen­ce.

Mais personne en position de changer quoi que ce soit ne parle du contenu des cours. Que des contenants. Quels grands auteurs seront lus en classe cette année ? Comment parlera-t-on des conflits dans le monde, du terrorisme ? Combien se feront dire que tout est de la faute de l’Occident ?

En ECR, va-t-on leur enseigner l’importance de bien se laver avant le sexe oral comme on l’a vu dans le docu­mentaire-vérité Secondaire 5 de Guillaume Sylvestre ? (voir ci-dessous à 0 min 50 secondes, le prof en est hilare).




Comment régler le problème de l’analphabétisme qui mine le Québec, 50 ans après la Commission Parent ? Personne, à part Jean-François Lisée qui s’attaque aux « vraies affaires » dans son programme Pour une éducation de la vraie égalité des chances.

Et surtout, surtout, qui parle au nom des élèves « ordinaires » ? Ceux qui n’ont ni TDAH, ni dysphasie, ni handicap ou qui n’arrivent pas de Syrie complètement traumatisés ?

Au nom de l’élève moyen

Autour de moi, et même dans ma famil­le proche, les décrocheurs étaient des élèves moyens, ordinaires.

Pas super motivés, mais pas désintéressés non plus. Le genre d’étudiant qui reste tranquille, de crainte qu’on lui demande de faire un effort, et qui passe à la trappe quand l’enseignant est débordé par les cas lourds.

Les plus brillants, les mieux encadrés à la maison finiront toujours par s’en sortir. Les plus poqués auront toujours besoin d’une attention spéciale.

Mais ils ne seront jamais ignorés. Comme le sont les élèves moyens qui pourraient faire mieux, mais qui finissent par s’ennuyer à mourir et décrocher, du moins dans leur tête.

Le gouvernement veut réinvestir en éducation. Tant mieux. Mais quelle éducation ? Combien de temps va-t-on persister avec une réforme qui repose sur une série de mythes pédagogi­ques entretenus par les experts du ministère, mais auxquels les enseignants ne croient pas ? Va-t-on continuer à prétendre qu’il n’y a aucune différence entre les filles et les garçons ? Que des classes où le quart, voire le tiers des élèves ont des difficultés d’apprentissage ou de comportement, c’est bon pour la socialisation des élèves ordinaires ?

Sans oublier le grand tabou en éducation : le décrochage de ces parents qui s’attendent à ce que l’école élève leurs enfants à leur place.

La solution à tout cela ?


Les faibles en maths diront « cessons de financer les écoles privées », car ils n’ont toujours pas compris que d’intégrer dans le système public des dizaines de milliers d’élèves du privé, où les parents paient 40 % de la facture, coûterait plus cher à l’État.