lundi 15 juin 2009

Taking away choice is the problem

Letter sent to the Gazette of Montreal:
Government witness Georges Leroux, a designer of Quebec's Ethics and Religious Culture program stated that "we (i.e., Quebec) did not want to produce robots," implying that this is what the old program did and therefore the need for change. Ironically, many free thinkers with sound moral and ethical values such as he ( I hope) are a product of that which he believes needs to be changed.

Parents had a choice between religious or ethics instruction for their children. Within each program there was room for learning the beliefs of other religions but without negating one's own. Taking away that choice is where the problem lies.

The new program has its merits, but when it's forced upon someone, it does the same thing that the old program is being falsely accused of having done: indoctrination. This time, though, it's the state doing it: indoctrinating students that all religions are the same and that the principles found in his/her religion on abstinence, fidelity, abortion, etc. are all up for discussion.

Nick Furfaro

Laval

Les deux révolutions françaises : 1789 et 1793

Supplément au cours d'histoire.

Philippe Némo est professeur au Groupe École supérieure de commerce de Paris, où il enseigne l'histoire des idées politiques et sociales. Dans son livre Les Deux Républiques françaises, Némo analyse de l'histoire de France depuis la révolution montrant que deux courants se sont constamment opposés et succédés: un courant libéral et démocratique s'inspirant des principes de liberté individuelle de 1789; un courant radical, socialiste voire révolutionnaire qui s'inspire des principes totalitaires de 1793.

Selon Philippe Némo, « La gauche jacobine n'a jamais été démocrate. Elle est à l'origine de tous les retards de la France. »

« La seule période de notre histoire où l'école publique ait été laïque, c'est les trente ans où elle a été dirigée par des chrétiens » (entre 1871 et 1902) à 47 min 40 sec.

Georges Leroux – le pluraliste messianique (2 sur 2)

Suite de Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2)

L’interrogatoire du professeur émérite Georges Leroux par le procureur du ministère de l’Éducation a commencé par un passage en revue des différents griefs formulés par la demanderesse, à savoir Mme Lavallée.

Premier grief – vision polythéiste

15 h 38

Le premier grief tient au fait que le programme « impose à l’élève une vision polythéiste du phénomène religieux ».

Le professeur avait manifestement prévu cette question avec « son » avocat. Il a donc procédé à un long exposé de 6 minutes sur la généalogie du polythéisme et le monothéisme, citant au passage le « remarquable » anthropologue et critique de l’histoire des religions Jan Assmann qui, à l'instar de Freud, ferait remonter le monothéisme judaïque au monothéisme égyptien du pharaon Akhénaton.

15 h 45

Puis s’en est suivi une longue discussion sur la « définition du phénomène religieux », à savoir, pour le professeur Leroux, l’analyse de la diversité des religions, de l’extériorité, de leur spécificité, de leur histoire. Une étude des religions vue de l’extérieur, pas leur dimension vécue.

M. Leroux a conclu en disant que le programme ECR ne peut pas être polythéiste, une religion peut l’être, mais par définition un programme ne peut pas l’être et donc la phrase « impose à l’élève une vision polythéiste du phénomène religieux » n’a pas de sens. M. Leroux termine cette longue introduction en affirmant que « le programme ne promeut pas une religion particulière, il ne promeut pas plus le polythéisme que le monothéisme, pas plus que l’athéisme, pas plus qu’autre chose. Il ne promeut aucune conviction religieuse. Le programme présente les religions sur le plan culturel ».

M. Leroux faisait-il semblant de ne pas comprendre le grief ? Il ne s’agit pas de se demander si les universitaires ne doivent pas se pencher sur la diversité des religions quand ils étudient « le phénomène religieux », mais de se demander si l’exposition à de multiples religions toutes considérées comme d’égales valeurs, toutes traitées au mieux de la même façon, ne peut pas être considérée comme une représentation polythéiste. Le cours ECR proposerait donc un type de panthéon où ces Dieux sont équivalents, chacun pouvant choisir le sien, plusieurs ou aucun. C'était là le sens du « impose à l’élève une vision polythéiste du phénomène religieux ».

Notons et nous le remarquerons tout au long du témoignage de M. Leroux qu’il discourt des religions de façon détachée, à la façon de l’universitaire qu’il est, d’un entomologiste qui dissèque celles-ci patiemment. C’est normal à l’université. Mais c’est précisément un des griefs que l’on peut faire au programme quand il s’adresse à de jeunes enfants du primaire que les parents veulent former dans une certaine conviction religieuse ou philosophique et qui voient dans ce détachement, cette mise sur un même pied d’égalité de toutes les croyances, un obstacle évident à la transmission de leurs convictions.

Notons enfin que jamais le professeur Leroux ne répondra précisément aux deux autres experts, David Mascré et Guy Durand, qui avaient témoigné auparavant pour affirmer que le premier grief était justifié.

Second grief adressé au programme – le relativisme

15 h 50 — Me Boucher amène Georges Leroux à critiquer la conception de sens commun proposée par Guy Durand pour décrire le relativisme : « tout se vaut ». «  Est-ce qu’il est suffisant d’un poids de vue philosophique de démontrer le relativisme en utilisant le sens commun [de ce mot] ? ». La réponse est téléphonée.

Bien évidemment que non. L’expertise écrite de Georges Leroux porte principalement sur ce sujet.

« Assez content de ce que j’ai écrit »

Georges Leroux, il le dira d’ailleurs à plusieurs est très content de son expertise. La modestie n’est pas le moindre défaut de ce grand philosophe chenu : « je suis assez content de ce que j’ai écrit, je ne le cache pas ».

Plutôt que de reproduire le verbatim de M. Leroux, nous reproduisons ici la longue expertise écrite de M. Leroux.

Relevons cependant ce passage de l’expertise de M. Leroux qui nous paraît une grossière généralisation digne d’un traité d’athéisme militant de bas étage :
« Alors que la période prémoderne se caractérisait par la recherche de l'hégémonie religieuse et par le prosélytisme qui conduisit l'Europe aux guerres les plus meurtrières de son histoire, la période moderne se caractérise par la sécularisation, la tolérance et le respect mutuel dans l'aire occidentale. » (p. 26)
M. Leroux feint-il d’ignorer que les guerres les plus meurtrières de l’histoire furent précisément celles de la « modernité » : massacres de Vendée, Terreur révolutionnaire, massacres communistes, staliniens, fascistes et nazis ? La modernité n’est pas seulement liée à la tolérance, on pourrait tout aussi bien dire que c’est le règne de l’affirmation de l’État, État plus centralisateur et qui ne tolère pas de remise en question de son monopole et tout d’abord de son monopole éducatif. Il le tolère d’autant moins que cet État se prend à croire qu’il représente des valeurs universelles bonnes pour tous les hommes. Comment alors tolérer que des personnes « rétrogrades » refusent ses lumières, empêchent ainsi le progrès et l’avènement du bonheur de tous les autres hommes ? On reconnaît là la logique qui permet de disposer brutalement des empêcheurs de progresser en rond.

Devant le conflit des morales, créer une science rationnelle des morales
16 h 02

Georges Leroux – Pour contrebalancer ce relativisme nietzschéen, il va se produire un phénomène dont [sic] nous vivons encore aujourd’hui, nous philosophes. C’est l’apparition de l’éthique. C’est-à-dire le grand œuvre de Kant c’est de nous dire que, devant le conflit des morales, Sittlichkeit [« bonnes mœurs »], eh bien nous devons absolument créer une science rationnelle de la morale.

Je n’apprendrai à personne ici dans cette cour et en particulier à des juristes, si je dis que cette période est aussi celle de la Déclaration universelle des droits. Et donc quand l’éthique kantienne surgit, pour faire très court, elle est dans un mouvement parallèle avec l’apparition de l’idéologie des droits de l’homme, la Déclaration universelle, de la promotion de l’égalité et de la liberté. Nous voyons donc apparaître une nouvelle science philosophique qu’aujourd’hui nous avons pris l’habitude, suite à Kant, mais aussi aux théoriciens et aux éthiciens modernes comme John Rawls et bien d’autres, de séparer de la morale.

Le relativiste absolu

Georges Leroux – Alors, le relativisme, s’il touche les morales, il les affecte dans leur promotion de la conception de la vie bonne. Mais quelqu’un qui serait un relativiste absolu, on se comprend, ce serait quelqu’un qui dirait que non seulement les morales sont condamnées à l’individualité et ne peuvent être universalisées, mais que l’éthique elle-même, c’est-à-dire la science des principes, ne peut pas être universalisée. Alors ça aujourd’hui, c’est une variété assez rare de relativistes. Je connais très très peu de philosophes qui soutiendraient que, actuellement l’humanité, grâce au travail des juristes et des cours, et en particulier ce que nous faisons ici est un exercice extraordinaire à mes yeux, parce que précisément nous travaillons dans ce mouvement général, où s’universalisent les normes. Eh bien, les philosophes sont plutôt d’accord pour dire que la science éthique contemporaine qui est une réflexion sur les principes en voie d’universalisation qui nous permet, pas actuellement, pas parfaitement, et non pas pour toujours non plus peut-être, d’universaliser les principes qui nous permettraient donc de régler les différends des morales.

Messianisme éthique

Georges Leroux – Eh, bien, c’est le processus dans lequel nous sommes engagés : les droits de l’homme progressent. Nous avons eu, il y a quelques semaines, le Congrès de Genève sur les droits de la personne, on voit que, de congrès en congrès à Genève, la formulation des droits est de plus en plus inclusive. L’éthique donc progresse et le relativisme en éthique est un relativisme très très limité par rapport à celui qui règne en morale.

Me Boucher – Il nous manque peut-être une petite donnée. Vous parlez beaucoup de morale, vous nous avez dit qu’il existe différents groupes, différentes morales, quelle est la différence entre la morale et l’éthique ?

La morale et l’éthique selon John Rawls et Georges Leroux

Georges Leroux – C’est simple. J’emprunte la distinction au philosophe qui fait autorité aujourd’hui, il s’appelle John Rawls, dans un livre qui s’appelle Théorie de la justice. Il a écrit quinze autres livres, mais c’est son maître livre et c’est celui que tous les penseurs aujourd’hui, ou bien pour le réfuter ou bien en tout cas pour penser avec lui, adoptent et donc suivent son lexique. Les morales – alors, je vais être très précis -- ce sont des prescriptions concernant la vie bonne, c’est-à-dire si vous vous dites, par exemple, que vous préférez la solidarité et la collaboration à la compétition et à l’excellence, alors ça c’est une façon qui, dans l’éducation des enfants puisque nous y sommes, peut représenter deux morales différentes. Si vous êtes chrétien en plus et que vous dites qu’il est très très important que les enfants soient éduqués dans la charité, ça, c’est une morale. C’est-à-dire, c’est une prescription de la vie juste et bonne.

L’éthique pour arbitrer les conflits moraux

Georges Leroux – Bon. Maintenant, certaines morales entrent en conflit, certaines morales sont entièrement hétérogènes à d’autres. Ah. Il y aurait tant d’exemples à donner. Mais il vient un point où, dans les sociétés qui comme les nôtres, des sociétés pluralistes, nous nous interrogeons sur la possibilité d’arbitrer nos conflits moraux. Vous allez me dire pourquoi est-ce qu’on s’occupe de cela ? Eh, bien il y a quelque chose de nouveau dans nos sociétés, c’est que nous sommes des démocraties. Et nos conceptions de la vie morale, c’est-à-dire de la vie juste et bonne, ont une influence directe sur le législateur. Si quelqu’un dit qu’il faut payer moins d’impôts…

Me Boucher – D’accord.

Principe « universel » maximin

Georges Leroux – Vous êtes d’accord avec cela !? (rires) Eh bien, il va devoir l’argumenter. Dans Théorie de la justice, on va se demander est-ce que le libéralisme qui nous règle les droits individuels et ainsi de suite sont [sic] soutenus par un principe universel en éthique. La réponse, c’est oui. Ils sont soutenus par le principe universel [selon Leroux] des démunis, c’est ce qu’on appelle le principe « maximin » en philosophie, c’est-à-dire il faut donner [le] plus à ce qui ont [le] moins. Si vous contestez maximin, si vous contestez un principe éthique universel, ou en tout cas en voie d’universalisation dans la théorie contemporaine, alors d’abord vous n’avez plus de disposition morale, vous ne pouvez plus prescrire la vie juste et bonne. [!!!] Vous pouvez toujours le contester, il y a très peu de gens qui contestent maximin, mais cela nous engage peut-être dans une discussion qui serait trop longue…
Présentation sur John Rawls et un de ses critiques, Michael Walzer

Voir aussi, pour une critique de Rawls, Philippe Nemo dans Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporaines, PUF, Paris, 2002, pp. 1395 à 1397. Nemo considère Rawls comme plus proche de la tradition millénariste que de la tradition démocratique et libérale. Lire aussi Robert Nozick dans Anarchie, État et utopie qui critique la logique de redistribution constante réclamée par Rawls qui risque de conduire à terme à une intervention permanente de l'État.

Le principe maximim a été, entre autres, critiqué par Kenneth Arrow et John Harsanyi, Pour d’autres critiques, dont certaines communautariennes, par rapport à la Théorie de la justice de Rawls, voir Critics of A Theory of Justice.
Georges Leroux – Je reviens à votre question précise : qu’est-ce qu’une morale ? C’est une description de la vie juste et bonne que nous, dans notre langage, nous appelons substantielle, c'est-à-dire qu’il faut qu’il y ait du contenu. Faut dire à quelqu’un comment vivre. Ça c’est bien, puis ça c’est pas bien, et ainsi de suite. Et ça touche tout le domaine de l’agir humain.

L’éthique, science des principes en voie d’universalisation

18 h 09

Georges Leroux – Maintenant qu’est-ce que l’éthique ? C’est la science des principes qui gère les conceptions de la vie bonne. Et l’éthique est en voie d’universalisation, parce que les portions de la morale qui sont désormais universalisées nous n’allons pas les faire croupir dans le monde un peu difficile et conflictuel des morales en conflit.

Personne ne discute plus « Tu ne tueras point »

Georges Leroux – Personne aujourd’hui ne discute « Tu ne tueras point ».
[Hmm et l’avortement ? Et qui est ce « personne » ? Aucun Occidental progressiste ? La peine capitale existe dans de nombreux pays.]
Georges Leroux – Il y a un moment donné, on le faisait encore. Bon, Ah. Je ne sais pas si j’ai besoin de donner d’autres exemples. Il y a tellement de choses qui sont en voie d‘universalisation, que nous voyons que c’est dans le contenu de certaines morales qu’il y a des choses, là-dessus, c’est mon sujet personnel de réflexion, sur lequel j’ai beaucoup écrit, c’est la question de savoir si on peut dire – arrêtez-moi si je deviens ennuyeux – a priori, est-ce qu’il y a dans les morales certaines zones qui ne pourront jamais été universalisées ?

Les croyances — aucun arbitrage rationnel

Georges Leroux – Vous savez, à notre époque, on vit quand même des choses difficiles : nous avons des conflits pro-vie et pro-choix qui ne sont soumis à aucun arbitrage rationnel respecté par les parties. Nous sommes donc là dans la croyance, donc dans la morale. Donc dans « Moi je crois que, toi tu crois que ». Il paraît, en tout cas, à ce jour, impossible d’obtenir un principe éthique pour régler des questions aussi graves. Mais là, j’ai honte de parler de cela devant Guy Durand [témoin expert pour la partie adverse] qui connaît ces principes beaucoup mieux que moi.

[…]

Le pluralisme et distinction avec le relativisme
Suit une discussion sur la différence entre le pluralisme et le relativisme selon Georges Leroux que nous écourtons. Georges Leroux décrit le pluralisme d’abord comme une description, la simple constatation de l’existence de la pluralité.
Réduction du pluralisme de fait dans nos histoires

16 h 13

Georges Leroux – Donc, nous sommes en chemin vers une réduction du pluralisme dans nos histoires – je dirais – dans les sociétés occidentales. Les autres, je préfèrerais en parler de manière séparée. Parce que là où la démocratie n’existe pas, le débat sur ce qui est pluriel évidemment n’a pas le même sens que dans les sociétés où le débat est permis.

Habermas : nos sociétés «progressent»

Georges Leroux – Alors, dans le domaine moral, nous sommes tous [!!] d’accord et cela est enseignement qui nous a été donné par le deuxième plus grand philosophe de notre siècle, du siècle passé, en questions morales, l’Allemand Jürgen Habermas qui a beaucoup écrit sur les rapports entre morale et droit. Et cet enseignement est le suivant : nous n’avons pas besoin de réduire, dans le moment même où nous vivons, la différence entre nos conceptions de la vie bonne pour continuer de croire que nous allons parvenir à un consensus rationnel. Et la preuve en est, selon Habermas, que nos sociétés dialoguent beaucoup, discutent beaucoup et progressent en particulier à cause du droit. C’est le droit qui fait le processus, on pourrait dire, de condensation des conceptions morales.

Beaucoup de philosophes sont hostiles à cela, disent les juristes ne devraient pas s’en mêler. Bon, c’est une opinion. Habermas et l’opinion majoritaire sont plutôt d’avis que le savoir juridique nous permet de recapitaliser notre savoir moral. Il parle même de savoir moral.

Évolution absolument remarquable, le pluralisme « normatif »

Georges Leroux – Alors, donc, c’est sûr que nous sommes dans ce domaine-là dans une évolution absolument remarquable et le pluralisme apparaît donc – et c’est le deuxième sens du mot pluralisme – comme un pluralisme normatif. Alors ce mot-là est intervenu à plusieurs reprises dans notre débat, le pluralisme c’est pas seulement ce qui nous permet de décrire al diversité, cela peut être aussi quelque chose qui nous permet de décrire ce que nous devrions respecter.

La diversité, condition de l’évolution morale !

Georges Leroux – C’est-à-dire l’idée que la différence et la diversité doivent être respectées en tant que facteurs d’enrichissement de notre conception morale. Si nous étions tous de la même couleur [quel rapport avec la morale ?] et tous pareils et si nous avions tous la même conception de la vie juste et bonne, d’une part, il est vraisemblable qu’il y aurait une certaine morosité, mais la conséquence la plus importante c’est qu’il n’y aurait pas d’évolution. C’est-à-dire, il n’est pas certain dit Habermas, que, dans contexte de diversité réduite, l’égalité, la justice progresseraient autant que dans un contexte de diversité, on pourrait dire, accélérée ou même dire stimulée. Je n’aurais pas dire promue.
[Et donc il faut imposer un cours unique d’ECR à tous pour stimuler la diversité… Hm.]
Cela dit. La réalité est que ce pluralisme de fait et ce pluralisme normatif n’ont rien à voir avec le relativisme. Car le relativisme consiste précisément à postuler que la Vérité ne peut pas être atteinte. D’accord ? Et qu’en conséquence, il faut y renoncer. Nous sommes tous prisonniers de nos bulles personnelles, sociales, identitaires, nationales, nous sommes dans nos tribus, dans nos familles. Où que ce soit il y a de la prison. Ah, Oh. Où que ce soit, en d’autres mots, nous sommes captés dans un univers qui rétrécit nos possibilités de comprendre et donc le relativiste dit : « Voilà, c’est la situation de l’humanité, c’est comme cela. Faut s’y habituer et les conflits, bin, faut les gérer en tenant compte de cela. »

Eh bien, le pluraliste s’accorde pas du tout avec cela, le pluraliste pense que -- le pluraliste envisage même que – la diversité étant une richesse, le débat national, le débat social, le débat familial, tout où il y a de la diversité, doit se poursuivre. Pourquoi ? Parce que la Vérité demeure un idéal à atteindre. Elle est possible. Elle doit être pensée comme possible à atteindre. Et donc, je dirai très simplement pour terminer, je l’ai dit dans mon expertise, qu’il y a une incommensurabilité entre les perspectives pluralistes et les perspectives relativistes.
Ce n’est pas parce que le cours est défendu par un pluraliste normatif qu’il ne peut être relativiste dans les faits dans le domaine des religions – d'ailleurs, Leroux semble toutes les considérer comme de simples croyances, aucune meilleure que l’autre, aucune vraie, aucune vérifiable, puisqu’il continue de chercher des universaux et la Vérité.

Quant à l'enrichissement dû à la diversité ethnique et de valeurs, tous ne pensent pas que celui-ci soit dans les faits nécessairement bénéfique. C'est le cas par exemple de Robert Putnam. Dans un article retentissant publié en juin 2007, ce sociologue et politiste en arrive à formuler un certain nombre de conclusions inattendues de la part d'un « progressiste  », et qu'on peut réduire à quatre thèses :
  1. Plus la diversité ethnique grandit, plus la confiance entre les individus s'affaiblit  ;
  2. dans les communautés les plus diversifiées, les individus ont moins confiance en leurs voisins  ;
  3. dans ces mêmes communautés, non seulement la confiance inter-ethnique est plus faible qu'ailleurs, mais la confiance intra-ethnique l'est aussi ;
  4. la diversité ethnique conduit à l'anomie et à l'isolement social.
Il va de soi que de telles conclusions, établies à partir d'une enquête conduite d'une manière exemplairement scientifique sur un échantillon d'environ 30 000 individus, ne peuvent qu'affoler les adeptes du « politiquement correct » en matière d'immigration (célébrée comme une « richesse ») et les partisans du multiculturalisme. Pour être honnête, il faut dire que Putnam qui est un « liberal » américain pense que ces difficultés liées à la diversité sont passagères et que, sur le long terme, l'immigration est une bonne chose (ou plutôt l'immigration passée, c'est-à-dire très majoritairement européenne, aux États-Unis aurait été une bonne chose).

Écouter une débat radiophique avec Robert Putnam (en anglais)



[à suivre]

dimanche 14 juin 2009

Liberté intellectuelle : menaces, coercition et intimidation à l'Université du Missouri

Tiré du carnet Poste de veille.

Exprimer des opinions non politiquement correctes demande beaucoup de courage des étudiants et des professeurs « dissidents » sur bon nombre de campus en Amérique du Nord.

L’organisation américaine FIRE (Foundation for Individual Rights in Education) agit comme chien de garde de la liberté d’expression et de la liberté de l'enseignement sur les campus américains.

Ce court documentaire porte sur le cas d’Emily Brooker, une étudiante en service social à l’Université publique du Missouri dont les droits ont été gravement bafoués. Comme l’explique Greg Lukianoff, président de FIRE, la mission de l’université est d’apprendre aux étudiants à penser par eux-mêmes et non de leur montrer quoi penser.



(Nous dire si la vidéo devrait être sous-titrée)


Dès sa première année à l'université du Missouri, un des projets en service social imposait à Emily d'avoir une relation homosexuelle et de faire un rapport sur cette expérience.

Plus tard, Emily a été menacée d’expulsion par l’Université du Missouri après avoir refusé (en raison de ses opinions personnelles) d’envoyer une lettre sous sa signature à la législature de l’État du Missouri en faveur de l’adoption par les couples homosexuels. Pour FIRE, que vous soyez ou non d'accord avec les vues d’Emily sur l'homoparentalité n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est la protection du droit fondamental des étudiants d’exprimer des opinions différentes de celles de leurs professeurs, et la promotion d’une culture de diversité intellectuelle sur les campus.

La violation des droits d’Emily a donné lieu à une poursuite judiciaire fédérale que l’Université a réglée hors cour. En outre, un rapport officiel mené par d'autres universitaires a conclu qu’une culture toxique sévissait à l’école de service social. De nombreux étudiants et professeurs ont déclaré avoir peur d'exprimer des opinions différentes de celles de l'instructeur ou d'un collègue. Des étudiants et des professeurs ont décrit le comportement de certains professeurs comme étant de l’intimidation. L'université a pris des mesures correctrices en réponse au rapport : quatre professeurs agrégés ont été mutés et quatre professeurs non agrégés ont été renvoyés.

samedi 13 juin 2009

Dernier jour du procès Loyola contre le Monopole de l'Éducation

Plaidoirie des avocats de Loyola

Les avocats de Loyola ont fait valoir que le collège qu'ils représentent respectait le contenu du programme d'éthique et de culture religieuse (ECR), tant au niveau des sujets étudiés que dans la poursuite des deux finalités déclarées du programme, à savoir « la poursuite du bien commun » et « la reconnaissance de l'autre ». En outre, la pratique du dialogue était inhérente à un tel programme et était au cœur même de toute la philosophie éducative de Loyola.

Enfin, toutes les compétences du programme étaient également respectées à savoir la compréhension du phénomène religieux et la réflexion sur des questions éthiques. Loyola va plus loin et étudie plusieurs systèmes de référence lors de son étude de l'éthique et approfondit l'étude des phénomènes religieux par rapport au programme officiel en abordant également les fondements de ceux-ci...

Mais là, catastrophe, Loyola n'est pas assez superficiel pour le ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS) et le contenu du cours pourrait permettre à l'élève de développer une opinion informée et un véritable respect à l'égard de la religion... Et cela n'est pas permis par le ministère. On nie donc ce qui fait une éducation catholique de qualité.

Me Phillips a rappelé que l'expert Douglas Farrow recommandait que le programme de Loyola soit donné en lieu et place du programme ÉCR, afin de se conformer aux exigences de l'Église en matière d'éducation catholique et de pouvoir réaliser son propre projet éducatif catholique.

Me Phillips a également rappelé les conclusions de l'expert philosophe Gérard Lévesque où il affirmait que le programme ECR a choisi une approche réductrice des religions, abandonne le jeune à lui-même dans la réflexion éthique et morale et entrave la transmission de la foi.

Doit-on être identique pour être équivalent ?

Puis il a remis en cause la décision de la ministre Courchesne de ne pas reconnaitre l'équivalence du programme de Loyola, à la demande de l'école elle-même, dans des lettres datant de mai à octobre 2008. (Voir la correspondance ici.)

Au sujet du refus de la ministre d'accorder l'équivalence au programme de Loyola par rapport à celui d'ECR, le juge s'est demandé à haute voix quel sens donner au qualificatif « équivalent ». La loi permet qu'une école privée donne un programme ECR équivalent à celui enseigné dans les écoles publiques, peut-il être équivalent tout en étant différent ou doit-il être identique ?

L'équivalence avait été refusée pour deux motifs principaux : la perspective confessionnelle catholique adoptée par le collège et le volet dialogue, avec toutes les consignes d'ECR de simple réflexivité et de neutralité, que le MELS a jugé absent.

Le juge s'est alors demandé si les critères de M. Pettigrew pour juger de l'équivalence du programme de Loyola étaient corrects; le « test était-il erroné ? » s'est-il demandé. Puis, le juge s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles la ministre n'a pas jugé bon de rencontrer l'école Loyola pour poursuivre le dialogue au sujet de cette équivalence afin d'« agir de manière équitable » (« The duty to act fairly »). À savoir, effectuer des rencontres comme dans le dossier des écoles juives orthodoxes, mais il n'a été fait aucune mention à celles-ci devant le tribunal.

Le juge Dugré a enfin demandé s'il était possible de juger de l'équivalence d'un programme sans tenir compte des droits fondamentaux protégés par les Chartes comme la liberté de religion.

Me Phillips a dit que le refus d'équivalence de la ministre constitue une entrave à la liberté de religion pour l'école Loyola comme pour les parents et les jeunes qui la fréquentent.

Où l'on parle de l'éducation à maison

Me Boucher n'a pas hésité à affirmer que les enfants instruits à la maison étaient aussi assujettis au programme ECR.

Or, rien n'est moins sûr, d'une part parce que l'article 15.4 de la Loi sur l'instruction publique ne parle que d'équivalence par rapport au régime pédagogique et celle-ci n'est nulle part définie, mais qu'elle est laissée à l'appréciation des commissions scolaires.
« 15. Est dispensé de l'obligation de fréquenter une école l'enfant qui :

[...]

4° reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école. »
D'autre part, nous savons de source sûre qu'une association regroupant des parents qui instruisent leurs enfants à la maison a été reçue par le ministère de l'Éducation et qu'on a déclaré verbalement à ses représentants que le cours d'ECR ne s'appliquait pas aux parents éducateurs à la maison. Mais, comme cette association est très anti-ECR, il s'agissait peut-être simplement de diviser les opposants au programme ECR par une promesse orale qui n'engage guère le ministère.

Rappelons que les écoles évangéliques et mennonite bénéficient aussi d'une application très lâche du concept d'équivalence dans l'enseignement du programme d'ECR. Divide ut regnes.

Crainte de la diversité, la paille et la poutre

Me Phillips a dit que les opposants au programme ECR étaient souvent accusés dans les médias de « craindre la diversité » alors que de toute évidence c'était le gouvernement qui craignait la diversité au niveau de la mise en œuvre des programmes scolaires.

Puis il a cité la loi 95 et le programme ÉCR pour montrer que l'intention de déconfessionnaliser tout le système éducatif y transparaissait clairement, et que cette intention elle-même constituait une violation des droits fondamentaux parmi lesquels la liberté de religion et d'enseigner la religion dans une école privée catholique.

Plaidoirie des procureurs du Monopole de l'Éducation

C'est la jeune Lucie Jobin qui a plaidé pour défendre le ministère de l'Éducation. On ne l'avait guère entendue auparavant. Me Boucher se contentant d'appuyer à certains moments la plaidoirie de sa collègue.

C'est ainsi que Me Boucher a réitéré que, selon le MELS, si le juge venait à accepter la demande du collège privé catholique Loyola cela reviendrait à rendre obligatoire un programme confessionnel (à savoir le cours ECR donné dans une optique catholique) ce qui serait illégal.

Nous cherchons toujours à comprendre exactement en quoi rendre obligatoire un cours religieux dans une école religieuse privée pourrait être illégal. Après tout, personne n'est obligé d'envoyer ses enfants à une école privée.

Monopole impénitent

La ligne de force de la plaidoirie de Me Jobin était que la ministre jouit de larges pouvoirs et d'une entière discrétion pour approuver ou non des adaptations du régime pédagogique québécois même dans les écoles privées. Ce monopole en matière d'enseignement au Québec était clamé avec une bonne conscience désarmante.

Me Jobin a voulu convaincre le juge que la ministre avait tous les documents en mains pour prendre une décision juste quant à l'évaluation de l'équivalence entre le cours proposé par Loyola et le cours ECR. Me Jobin d'ajouter qu'une équivalence ne sera jamais possible, car le ministère requiert que la posture professionnelle de l'enseignant lors du cours ECR soit « neutre », de même l’enseignement de l'éthique doit se faire de manière « neutre » (ou plus précisément non religieuse, car la posture « pluraliste normative » elle est sous-jacente à tout le programme).

Pour sa part, Loyola a une vocation catholique et veut continuer à enseigner tous ses cours dans une perspective catholique. Loyola prétend à ce droit au nom de la liberté de religion défendue dans les Chartes de droits et libertés canadienne et québécoise.

Constitutionnalité du cours ECR

La plaidoirie de Me Lucie Jobin a relevé des aspects législatifs de la jurisprudence, et divers textes (dont celui de la Commission pour les droits de la personne et de la jeunesse du Québec) affirmant la constitutionnalité et la légitimité de l'imposition d'un programme culturel comme le cours ECR. Cet avis exclut toute possibilité d'en être exempté.

Il suffisait d'exempter les 630 élèves !

Ceci n'a pas empêché Me Boucher d'intervenir pour signaler que le tribunal devait refuser la requête de Loyola, car Loyola avait moyen de remédier au problème des 630 demandes d'exemption (sur 731 élèves) en faisant appel à l'article 30 de la Loi sur l'enseignement privé (le pendant pour les écoles privées de l'article 222 de la Loi sur l'instruction publique invoqué dans l'affaire de Drummondville) :
« 30. Pour des raisons humanitaires ou pour éviter un préjudice grave à un élève, l'établissement peut, sur demande motivée des parents d'un élève ou d'un élève majeur, l'exempter de l'application d'une disposition du régime pédagogique. Dans le cas d'une exemption aux règles de sanction des études visée à l'article 460 de la Loi sur l'instruction publique (chapitre I-13.3), l'établissement doit en faire la demande au ministre. »
En d'autres mots, Me Boucher a plaidé que le directeur de Loyola, Paul Donovan, aurait pu simplement régler le problème en exemptant les 630 élèves en question, car il en a l'autorité (mais après autorisation de la ministre !) tout en offrant le cours ECR aux quelque 101 autres élèves qui n'auraient ainsi pas été « lésés » par l'absence de cours ECR.

Il faut saluer ici le culot de Me Boucher quand on se rappelle ce que sa collègue avait affirmé sur l'impossibilité d'être exempté du cours et quand on sait que la ministre Courchesne a dit publiquement que toutes les demandes d'exemption seraient d'office refusées comme sont venues le témoigner cinq journalistes lors du procès de Drummondville ! Remarquons aussi que si les parents se sentent lésés parce qu'ils n'ont pas le cours ECR dans une école privée, ils peuvent choisir une autre école privée ou bénéficier encore mieux des largesses de l'État en envoyant leurs enfants à l'école publique.

Les avocats du collège Loyola s'opposèrent à cette vision : ils s'adressaient au tribunal pour défendre la liberté de religion de l'école qui était menacée par l'imposition du cours d'ECR et non la liberté de conscience et de religion des parents.

Le juge Gérard Dugré s'est alors demandé à haute voix si accorder l'exemption au cours ECR au collège Loyola n'était pas similaire à permettre à des étudiants sikhs de porter un kirpan, un petit poignard cérémonial, à l'école comme la Cour suprême l'a permis dans un arrêt de 2006 [l'affaire Multani évoquée dans l'affaire de Drummondville].

Pas de préjudice grave possible

Me Jobin a affirmé que les conséquences dommageables de ce cours, s'il y en avait, ne pourraient être importantes, car ce cours n'est donné que pendant 70 minutes tous les neuf (9) jours. Il ne peut donc y avoir de préjudice grave... (Pourquoi cet entêtement de la part de la ministre pour un cours sans importance ?)

Outré par ces déclarations, Me Phillips a déclaré que, si le MELS allait jusqu'à interdire à un établissement comme Loyola de poursuivre sa mission éducative particulière en lui imposant un cours qui va à l'encontre de celle-ci (et on ne peut pas faire abstraction de Dieu même une minute quand on tient une école jésuite), alors oui la liberté de religion et de conscience des gens qui choisissent Loyola est plus que lésée. Me Phillips s'est ensuite demandé jusqu'où irait le Ministère de l'Éducation du Québec dans son ingérence ?

Pas de décision avant plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois

Le juge Dugré a six mois pour délibérer (sept mois si la ministre cherche à ralentir le processus pour une raison juridique trop complexe à expliquer ici), bien qu'il ait dit être conscient que l'affaire est urgente puisque la rentrée scolaire approche à grands pas.

Terminons par une appréciation personnelle sur le jeune juge chargé depuis peu de cette affaire. Ce jeune quinquagénaire semble bien maîtriser le dossier.

Il a animé le débat par des questions fréquentes. Donnons deux exemples de questions adressées aux procureurs représentant la ministre Courchesne : « En matière de religion est-ce que s'abstenir n'équivaut pas à choisir ? », est-ce que la neutralité imposée au professeur d'ECR ne s'apparente pas au comportement de Ponce Pilate qui s'en lavait les mains ?

Le juge a visiblement pris un grand intérêt à cette cause. Pendant les plaidoiries, le juge a exploré diligemment toutes les facettes des droits administratif et constitutionnels tant avec les demandeurs qu'avec les défenseurs. Il a examiné des pistes de solutions et de jugements avec les deux partis; il a même proposé aux procureurs de Loyola d'ajouter dans leur requête une disposition touchant le droit constitutionnel qui pourrait leur servir.

vendredi 12 juin 2009

Tour des blogues

Quelques liens intéressants sur le cours gouvernemental obligatoire d'éthique et de culture religieuse tirés de différents carnets.

  1. Charlemagne au marché des dieux

    Le pauvre Charlemagne en perdrait son latin dans les ambitions du nouveau programme d’Éthique et culture religieuse du gouvernement du Québec.Dès l’école primaire, l’État se donne les moyens de préparer ses futurs citoyens au dialogue et à l’ouverture envers les religions non chrétiennes. Un programme d’enseignement des rudiments du judaïsme, des sagesses autochtones,du nouvel âge,de l’hindouisme, de l’islam… sera dispensé aux écoliers sans aucune possibilité de se soustraire. Le but déclaré étant de refléter dans le programme scolaire le pluralisme religieux tel qu’il prévaut dans la société « en faisant appel au dialogue, on cherche à développer chez les élèves un esprit d’ouverture et de discernement par rapport au phénomène religieux et à leur permettre d’acquérir la capacité d’agir et d’évoluer avec intelligence et maturité dans une société marquée par la diversité des croyances ».

    [...]


    Un an après l’entrée en vigueur de ce programme atypique il continue de soulever plusieurs questionnements majeurs. Tout d’abord l’école est-elle le lieu idéal de mettre en œuvre cet effort organisé d’un dialogue avec les autres religions ?

    Un premier souci du côté de la réception : n’y a-t-il pas risque d’un relativisme pernicieux par ce nivellement des valeurs dans un jeune esprit non encore muri à ses convictions religieuses personnelles.

    Un second souci quant à la transmission : est-ce raisonnable d’attendre des maîtres qu’ils soient aussi bons à enseigner Allah que l’énergie vitale, l’avènement du royaume des Témoins de Jéhovah que la doctrine du faible reste des juifs ?

    Ensuite qu’en est-il du droit des parents à la liberté de choisir le cours de religion de leurs enfants. La religion, après tout, ce n’est pas les sciences naturelles ou l’économie familiale. Schleirmacher disait de la religion qu’elle est l’intuition de l’univers. Il y va de convictions ultimes et de l’ameublement fondamental des intuitions les plus personnelles sur soi, sur le monde et sur autrui.

    Enfin il faudrait se garder de faire de ce nouveau cours une tentative de soumission de la tradition judéo-chrétienne à des visions du monde différentes. Depuis trois siècles au moins, le glas est sonné pour le christianisme en Occident. Il n’est un seul philosophe qui ne se soit donné comme amusement de jeunesse d’écraser l’infâme. Souvent à raison, plus souvent encore à tort, l’inconscient occidental [note du carnet : « et le conscient de Georges Leroux qui le dit explicitement dans son expertise écrite ! »] l’associe avec les guerres les plus sanglantes, les barbaries les moins qualifiables , les injustices les plus inhumaines.

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  2. Se voiler pour s'ouvrir


    Dans le cadre du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse en place dans toutes les écoles de la province, enfin sauf dans le Grand-Nord, les écoles juives orthodoxes et l'école à la maison, des élèves ont été amenés à « s'ouvrir à la diversité culturelle qui particularise la société québécoise » selon la Voix Pop. Pas plus qu'ailleurs en Occident, en réalité cela ne la caractérise en rien. C’est dans ce contexte qu’un groupe d'adolescents de IVe secondaire de l'école Honoré-Mercier a été entraîné dans un temple sikh situé sur la rue Cordner, dans l’arrondissement de La Salle.

  3. Il était une FOI : ou la fausse neutralité de l'ECR

    L'auteur F. Ouellet est l'un des pères du cours d'Éthique et culture religieuse (ECR). Il était coordonnateur et membre du Comité sur l’éducation au phénomème religieux durant l'exercice qui a mené au Rapport Proulx (1999) et qui a mené l'État québécois à opter pour l'ECR imposé à tous les élèves d'âge mineur au Québec (depuis septembre 2008). En 1999, le rapport Proulx prédisait un véritable paradis scolaire avec le type d'enseignement proposé par le comité. En 2002, Ouellet tenait un discours universitaire un peu plus inquiétant et destiné aux hautes sphères de l'éducation en France et au Québec. Un tel cours dans les États où il fallait l'implanter, devait idéalement :

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  4. Certains dessous et motivations du cours d'ECR

    L'obsession de l'État québécois et de son cours imposé par la force : Éthique et culture religieuse - ECR

    Pour les parents du Québec qui croient que le virage de la dernière décennie en matière d'enseignement d'éthique et de culture religieuse ne concerne ni leurs enfants, ni les enfants de leurs enfants, il faut savoir que l'État québécois a désormais tous les outils légaux en main pour décréter ce qui est bien et mal pour vos enfants, ce qui PEUT ou DOIT leur être transmis comme valeurs spirituelles et éthiques, et ce avec ou SANS votre consentement.

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jeudi 11 juin 2009

Troisième journée du procès de Loyola contre la ministre Michelle Courchesne

Mercredi 10 juin, témoignage de Georges Leroux, expert philosophe (voir son témoignage lors du procès à Drummondville).

Le professeur émérite Georges Leroux a réfuté les accusations d'« amalgame » au sujet des contenus religieux et éthiques, parlant plutôt de complémentarité.

Il a ensuite parlé de la nécessité de trouver un langage commun, une culture publique commune « par recoupage » des systèmes de croyances. Rappelons qu'à Drummondville, il s'était nettement plus avancé, parlant de l'éthique comme l'étude des universaux moraux et que, grâce de la confrontation des différents systèmes religieux et philosophiques, on allait pouvoir progresser dans notre connaissance de ces universaux sans jamais, bien sûr, atteindre la vérité dans le sens scientifique. Et tout cela en classe avec de jeunes élèves...

M. Leroux a tenu à préciser que l'approche adoptée envers les religions n'était pas « phénoméniste », mais pouvait plutôt être qualifiée de « phénoménologique ».

La culture que veut donner ECR consiste en une « grammaire de base » pour la compréhension des religions.

[Rappelons à ce sujet la réponse du philosophe Gérard Lévesque quand, la veille, Me Boucher avait souligné que le cours cherchait à offrir une culture religieuse commune à tous. Le philosophe Lévesque avait répondu que le cours ECR prétend traiter de culture religieuse, et il en contient certains éléments, mais il va beaucoup plus loin. Ainsi, lorsqu'on traite de Jésus comme d'un personnage inventé analogue à d'autres personnages mythiques, il s'agit bien d'un cours d'inculture. Le cours engendre l'inculture, et une attitude irrespectueuse et de dérision à l'égard des religions.]

Le professeur Leroux a admis que le programme ECR véhiculait des « normes », mais il s'agissait, selon lui, des normes de la démocratie, et des vertus de la démocratie. On rappellera ici la critique sévère apportée par des gens comme le professeur Charles-Philippe Courtois sur la conception particulière de cette démocratie arbitrée par le philosophe pluraliste — et non plus le peuple. Interrogé sur la capacité du programme, dans une situation de classe, de donner la prévalence à certaines valeurs chrétiennes, comme, par exemple, la fidélité dans le mariage, M. Leroux a dit que le programme d'ECR ne doit absolument pas faire la promotion d'aucune « morale particulière substantielle », à savoir les religions. Cette expression de « morale particulière substantielle » est revenue à plusieurs occasions dans la bouche du philosophe.

Georges Leroux a insisté pour dire qu'une école comme Loyola a toute la liberté de contredire ou corriger la neutralité du cours d'ECR dans un cours de religion, mais jamais dans le cours même d'ECR.

Me Phillips lui a demandé combien de minutes devaient séparer les cours d'ÉCR et le cours de religion, le professeur Leroux a répondu qu'il fallait laisser aux jeunes le temps de faire la réflexion voulue par le programme ÉCR...

Il s'est même exclamé par la suite dans son témoignage : « Nous avons trop souffert, trop souvent et trop longtemps, de la domination des "morales substantielles" ! »

Le programme d'ECR veut « faire prendre conscience aux jeunes de leur liberté, de leur autonomie, et leur donner des "outils" pour cette liberté. »

Le professeur s'est défendu de l'accusation selon laquelle le programme impose aux jeunes un cadre idéologique : le programme ne veut promouvoir aucun principe moral ni éthique, sauf ceux des chartes, et des lois actuelles.

Il a précisé que le gouvernement, le système d'enseignement, n'est plus mandataire des Églises, même si on a bel et bien consulté des autorités religieuses pour l'élaboration du programme ECR. Rappelons que le gouvernement n'a pas tenu compte de la préférence de ces mêmes autorités : le maintien d'un cours de religion confessionnel.

M. Leroux a cité son livre tout au cours de son témoignage, pour insister sur ce fait nouveau et innovateur : le gouvernement est le seul propriétaire de ce programme.

Les avocats de Loyola auraient aimé poursuivre le contre-interrogatoire de M. Leroux jeudi, mais celui-ci a déclaré ne pas être disponible ce jour-là à la grande déception du juge et des avocats du collège jésuite.

Programme pour jeudi le 11 juin : témoignage de Jacques Pettigrew, responsable du programme ECR au Monopole de l'Éducation, qui édulcorera, aseptisera, présentera le programme ÉCR

Voir son témoignage lors du procès ECR à Drummondville.

Vendredi 12 : les plaidoiries.

Pour assurer un programme de culture religieuse de qualité

Texte transmis au Devoir par le témoin expert Gérard Lévesque au procès de Loyola, ce texte n'a pas encore été publié.

Pour assurer un programme de culture religieuse de qualité

L’État se doit de soutenir l’enseignement confessionnel


Pour échapper au réductionnisme, au populisme, au phénoménisme, le savoir culturel d’ordre religieux doit prendre soin de transmettre le sens profond des expressions du sentiment religieux. Cela est manifeste dans le cas des faits et gestes du culte, comme la posture de prière, telle celle de l’adepte de la religion musulmane, la tenue vestimentaire du sikh et les coutumes alimentaires de la religion juive ou hindoue. Toutefois, il pourrait sembler qu’un soin aussi attentif ne soit pas requis dans le cas où l’on rapporte un récit ou texte sacré puisqu’il peut sembler que l’expression écrite du religieux est en elle-même suffisamment porteuse de sens. En d’autres mots, on pourrait penser, comme le croit le programme Éthique et culture religieuse (ÉCR), que le sens des textes sacrés tombe sous le sens.

Mythes et récits énigmatiques

Or tel n’est pas le cas. Qui, en effet, peut prétendre connaître le sens véritable des mythes et légendes dont le programme ÉCR fait un abondant usage, dans un contexte superficiel et trompeur, dont la légende amérindienne de Glouskap, né de la poussière sur la main de Tabal-dak, l’être créateur, et qui enseigna par subterfuges aux humains l’art de chasser et pêcher ? Qui peut prétendre détenir le sens originel de récits aussi ésotériques qui relèvent, nous dit le dictionnaire, de cette « connaissance qui se transmet par tradition orale » et, de plus, « à des adeptes initiés » et « dont le sens est caché et réservé à des adeptes qualifiés » (Le Nouveau Petit Robert, 2009, au mot ésotérique) ? Quant à la religion musulmane, qui peut avoir la certitude de saisir la véritable teneur de textes aussi fondamentaux que le Coran, alors que les spécialistes de cette religion ne s’entendent pas eux-mêmes entre eux sur l’interprétation qu’il faut en faire, comme le montre Sami Aoun dans L’Islam entre tradition et modernité ? Ne pensons qu’au voile islamique, à son sens et à l’obligation ou non de le porter.

Qui oserait affirmer qu’on peut, sans longues études approfondies, arriver à comprendre le sens d’un livre aussi ancien et fondamental que la Genèse et pouvoir éclairer aisément ses révélations centrales, mais énigmatiques, dont celle qui déclare que nos premiers parents « virent qu’ils étaient nus » à la suite d’une faute originelle qui impliquerait les humains de tous les temps ? Qui pourrait anticiper toutes les questions dont ce texte sacré est porteur et prétendre avoir fait le tour des questions qui s’imposent à la recherche théologique dont la récente problématique du créationnisme ? Même au sujet d’une prière en apparence aussi simple que le Notre Père, prière pourtant souvent récitée par le chrétien pratiquant, qui pourrait avoir sans étude une connaissance distincte de ses demandes ? Qui pourrait par exemple donner le sens de cette étonnante sixième demande « Ne nous soumets pas à la tentation », comme si Dieu lui-même nous exposait à faire le mal ?
[Note du carnet : Plusieurs exégètes pensent d'ailleurs que la phrase est mal traduite en français. Jusque dans les années 1970, la traduction catholique (non officielle) en était « ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Les orthodoxes francophones se sont prononcés en 2005 pour l'emploi de la formule « Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve ».]
Quel chrétien peut prétendre ne pas avoir à approfondir sa foi grâce aux exposés de la richesse profonde de ces récits pourtant fort simples que sont les Paraboles, dont celles-là mêmes que nous croyons les plus connues, tel le Fils prodigue alors qu’une interprétation de premier niveau nous en cache le sens profond, comme le montre éloquemment Frédéric Marlière ?

Qui peut prétendre ne pas avoir à s’interroger sur les sens du message de Jésus annonçant, il y a plus de deux milles ans, rien de moins que l’imminence du Royaume de Dieu en affirmant que « le règne de Dieu est tout proche » (Marc, 1, 14-20) ? Les textes sacrés de quelque religion que ce soit abondent en passages qui prêtent flanc à l’incrédulité et même à la dérision et qui n’y échappent que grâce à la difficile saisie de leur sens profond.

Ces exemples devraient suffire pour prendre conscience que la formation confessionnelle approfondie est nécessaire, non seulement pour procéder à un choix éclairé des textes représentatifs, mais nécessaire à leur compréhension. Et donc, là même où il pourrait sembler qu’un authentique savoir culturel religieux est facilement accessible grâce aux textes sacrés, il ressort que même ce savoir est entre les mains des adeptes et spécialistes autorisés de la religion concernée. Et ces docteurs en leur matière ont la tâche de toujours approfondir davantage les textes et récits de leur confession religieuse. Bref, ici encore, nous sommes forcés de reconnaître que, tout comme au niveau des gestes du culte et des préceptes de la morale religieuse, le fait de manifester la compréhension du phénomène religieux par ses expressions écrites, comme le programme ÉCR dit vouloir le faire, n’est possible qu’en dépendance avec un cadre autorisé de doctrine et de recherche confessionnelles. Seule la connaissance éclairée de sa foi peut permettre au croyant de donner à d’autres un accès culturel et respectueux à sa religion et éviter d’en présenter des simulacres.

Nécessité de l’enseignement confessionnel

En matière religieuse, le savoir culturel est donc tributaire du savoir confessionnel. Cette dépendance fait qu’on n’est pas ici en présence de raisons de convenance, de quelque chose de simplement souhaitable ou facultatif, mais face à une exigence qui découle de la nature des réalités en cause et qui s’impose à nous. Nous ne sommes pas en matière arbitraire, laquelle se définit comme étant ce « qui dépend de la seule volonté, du libre choix… qui ne tient pas compte de la réalité, des exigences de la science ». (Le Nouveau Petit Robert, 2009 ).

Or, comme en tout savoir, français, histoire ou mathématique, en matière religieuse, pour avoir des spécialistes autorisés et des chercheurs avisés, comme le sont les théologiens, les rabbins et les imams, il faut les former. Ce sont d’eux que des enseignants compétents et leurs manuels peuvent tirer la validité de leurs connaissances. Comme dans les autres disciplines, cette formation religieuse est d’abord reçue de façon embryonnaire dans la famille et doit être complétée par l’école pendant de nombreuses années subséquentes, jusqu’à l’université. Il n’y a là rien de bien étrange. Ce n’est rien d’autre que le processus normal de formation. Les véritables spécialistes de confession religieuse le sont devenus grâce à ce long parcours. Cette formation particulière, formation doctrinale, ne peut être transmise par la famille, ni par l’enseignement catéchétique dispensé par la communauté de croyants. Même religieux, ce savoir ne tombe pas du ciel !

Le système scolaire a donc comme responsabilité de dispenser l’enseignement confessionnel pour contribuer à assurer l’acquisition de la formation doctrinale que requiert son intention de transmettre un savoir culturel religieux authentique. Nous sommes ici en présence d’une nécessité telle que, si ce qui est nécessaire ne s’impose pas de façon absolue ou en toute circonstance, cela s’impose néanmoins de façon conditionnelle, en ce sens que si l’on veut une chose, il est nécessaire de faire telle autre chose. Ainsi, il n’est pas absolument nécessaire de vivre, mais si l’on veut vivre, il faut manger. Et, davantage en rapport avec notre sujet, si l’on veut enseigner, il faut apprendre, quel que soit le savoir que l’on veut transmettre, qu’il soit religieux ou profane. De même, il n’est pas de nécessité absolue que l’école transmette une culture religieuse authentique et respectueuse de diverses croyances. Mais si l’on veut que l’école le fasse, il est tout à fait impérieux qu’elle contribue à l’apprentissage du savoir confessionnel qui est nécessairement requis à cette transmission. Il ne peut être que contraire aux lumières de la raison, et donc déraisonnable, que l’on supprime l’enseignement confessionnel scolaire pour que l’école transmette, comme veut le faire le programme ministériel ÉCR, une culture religieuse visant à « manifester la compréhension du phénomène religieux » !

Or comprendre, comme nous le dit le dictionnaire Multi de la langue française, ce n’est pas apprendre de façon quelconque ou simplement acquérir la connaissance de quelque chose, c’est connaître avec une certaine profondeur, c’est saisir le sens de quelque chose, et non pas n’en voir que les apparences. Quiconque fait une analyse sérieuse du programme ÉCR et ses manuels constate que les cas abondent où les expressions du religieux ne découlent pas d’un savoir confessionnel authentique, mais sont plutôt présentées aux élèves de façon réductrice et fort trompeuse. Il en est ainsi du fait de mettre sur le même pied, sans aucune distinction, des êtres dits surnaturels comme le Christ ou Bouddha avec Glouskap et le Cerbère de la mythologie grecque, un chien à trois têtes qui garde la porte des enfers, ou encore l’Ange Gabriel avec Vénus, déesse de la mythologie romaine. Pareils programme scolaire et manuels peuvent-ils représenter un véritable savoir de culture religieuse à transmettre à nos jeunes Québécoises et Québécois ?


Gérard Lévesque
Philosophe et éthicien

« Un cours qui viole la liberté de conscience des hassidim »

Extrait d'une lettre ouverte de Pierre Anctil, professeur titulaire au département d'histoire de l'Université d'Ottawa, publiée aujourd'hui dans le Devoir :
Il en va tout autrement de l'obligation de donner un cours d'éthique et de culture religieuse dont les prémisses et les objectifs pédagogiques violent la liberté de conscience des Juifs de confession hassidique.

À n'en pas douter, cette réaction est difficile à comprendre dans un contexte occidental où il est généralement admis, depuis le Siècle des lumières, que toutes les traditions religieuses se valent et qu'un individu éclairé peut se renseigner à leur sujet sans subir de préjudice particulier. Il reste que les hassidim rejettent cette perspective rationaliste, car ils craignent qu'elle n'équivaille à un déni de leur droit à une vie religieuse en conformité avec leur interprétation du judaïsme. Compte tenu de leurs valeurs, il serait fort étonnant que les membres de ces communautés hassidiques changent d'avis sur une question semblable.

Bataille juridique

Nous vivons dans une société où l'ensemble des lois est sujet à la Charte des droits et libertés de la personne, notamment à l'article 3 qui affirme le caractère [inaliénable de la liberté de conscience et de religion]. En ce qui concerne les écoles hassidiques et les autres maisons d'enseignement animées par des valeurs religieuses précises, l'État ne devrait-il pas reconnaître la volonté des croyants de se soustraire à une approche pédagogique qui heurte leurs croyances profondes ?

Comme lorsqu'il s'agit de litiges mineurs, le ministère de l'Éducation pourrait certes imposer sa volonté dans ce cas en s'appuyant sur une interprétation stricte et littérale de ses responsabilités. Mais en agissant ainsi, l'État risque de déclencher une bataille juridique dont il pourrait fort vraisemblablement sortir perdant. Il aurait aussi à porter l'odieux d'envoyer ses agents dicter aux enfants et à leurs parents des opinions qui leur répugnent en tant que membres d'une communauté de foi.

Mission de l'État

Qui plus est, il y a fort à parier qu'à l'instar des jeunes filles voilées, une stratégie d'affrontement faite d'ordres péremptoires ne ferait que marginaliser davantage des collectivités faisant déjà l'objet de préjugés et trouvant difficilement à être entendues hors du cercle étroit de leurs membres. On peine à imaginer une manière aussi peu pédagogique d'inculquer aux Québécois une approche respectueuse de la diversité, quelles que soient l'origine, la couleur ou les croyances des citoyens concernés.

Dans cette situation, il ne fait aucun doute qu'il y a urgence pour l'État de prendre contact avec les communautés concernées afin de négocier des ententes de bon aloi et de mesurer le chemin qu'il reste à parcourir à la lumière des droits fondamentaux auxquels les Québécois tiennent tant. De plus, il serait sans doute utile de rappeler ouvertement les raisons qui motivent notre tolérance au pluralisme religieux, en particulier dans le domaine scolaire. Car l'affaire qui nous préoccupe comporte des enjeux qui vont au-delà des querelles administratives habituelles, et qui relèvent de la mission éducative de l'État au sens le plus noble.

mercredi 10 juin 2009

Richard Martineau : « pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ? »

Chronique étonnante de Richard Martineau ce matin dans le Journal de Montréal. Extraits.
« Donc, faisons comme si je croyais à Raël, à Mohamed ou à Jésus-Christ.

Eh bien, vous savez quoi ? Je serais férocement CONTRE le nouveau cours d'éthique et de culture religieuses. Je ferais tout en mon pouvoir pour forcer le ministère de l'Éducation à l'enlever du programme.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que je refuserais que l'on réduise ma religion à un simple phénomène culturel, au même titre que la bouffe, la musique ou la mode.

LE MOULIN À IMAGES

Croire à un Dieu n'est pas rien. Ce n'est pas comme croire à l'architecture romane ou à la Nouvelle cuisine. Ça oriente tout votre être — ce que vous pensez, ce que vous défendez, ce que vous faites.

On ne croit pas huit heures par jour, 10 heures par jour ou 12 heures par jour. On croit 24 heures par jour, 7 jours par semaine.

Le paradis, quand vous êtes croyant, n'est pas une «création culturelle» au même titre que le Moulin à images de Robert Lepage. C'est vrai comme les arbres que vous voyez et l'air que vous respirez.

Entendre un prof de 20 ans qui n'a aucune formation en théologie dire à mes enfants que mon Dieu n'est qu'une créature imaginaire parmi tant d'autres et que le paradis qu'il me promet à la fin de mes jours n'est qu'une création de l'esprit me choquerait...

Je trouverais ça profondément insultant. Et je dirais : « De quoi il se mêle, lui ? »
»
En France, c'est sur l'opposition des juifs qu'une réforme similaire de l'enseignement a achoppé : il était exclu pour eux que des non-juifs enseignent la Torah ou glosent sur des rituels juifs à des enfants juifs.
« 
NI CHAIR NI POISSON

C'est le problème principal du cours d'éthique et de culture religieuses : il est assis entre deux chaises.

Il ne fait plaisir ni aux croyants (qui n'aiment pas cette lecture culturelle et relativiste de la religion) ni aux non croyants (qui se demandent pourquoi on enseigne des balivernes à l'école).

C'est comme si on voulait parler de religion sans vraiment parler de religion. On dit que toutes les croyances s'équivalent... alors que lorsqu'on est vraiment croyant, c'est le contraire : on est convaincu d'être habité par une vérité immuable !

D'où la question que je ne cesse de me poser : pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ?

On pourrait tout simplement dire : « La religion appartient à la vie privée. C'est aux parents de l'enseigner à leurs enfants. »

Dans une société où les gens qui sont passés par le cégep et par l'université disent encore S'ASSIR au lieu de S'ASSEOIR, et UNE sandwich au lieu d'UN sandwich, il me semble qu'il y a des choses plus importantes à enseigner... »