mardi 7 janvier 2020

Mathieu Bock-Côté : « Le progressisme ne tolère que lui-même »

Chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro du 4 janvier 2020. À noter que, le même jour où paraissait cet article, le juge des référés ordonne la reprise de l’affichage de la campagne d’Alliance VITA par Mediatransports

La formule est désormais consacrée : la liberté d’expression ne serait pas celle de dire n’importe quoi. Reste à déterminer ce qu’est ce « n’importe quoi » et, surtout, qui peut le définir. L’espace public ne cesse de se rétrécir. Vu de l’étranger, par exemple, on ne peut que se demander quelle est la légitimité d’un organe comme le CSA, qui veille moins à l’éthique journalistique qu’à l’encadrement idéologique de la parole publique. Plusieurs de ses interventions, aussi ubuesques qu’orwelliennes, mériteraient d’être rassemblées dans une anthologie de la bêtise.

La campagne médiatique qui a révolté la mairesse de Paris, la socialiste Hidalgo
On refoule dans les marges ceux qui s’entêtent à ne pas célébrer l’esprit de l’époque. Dans une société démocratique normale, ils n’existeraient pas. On vient de le voir à nouveau avec l’étrange polémique entourant Alliance Vita, qui, dans les transports publics, faisait une campagne publicitaire anti-PMA et GPA, au nom de l’importance du père et de la mère. Cette campagne a scandalisé la Mairie de Paris. Anne Hidalgo l’a dit clairement : le point de vue exprimé par les affiches ne devrait pas être admis dans le domaine public. Il faudrait les retirer. Le progressisme est obligatoire.



La référence à la paternité et la maternité par Alliance Vita passe pour une provocation morbide. D’ailleurs, l’évolution du vocabulaire ne pousse-t-elle pas au remplacement de « père » et « mère » par « parent 1 » et « parent 2 » ? Hommes et femmes ne sont-ils pas appelés à s’effacer progressivement devant la fluidité identitaire, qui résisterait à son encadrement symbolique et juridique ? On ne naît plus homme ou femme : on se fait assigner un sexe à la naissance par un pouvoir médical encore marqué par la logique patriarcale. Chacun est appelé à s’en libérer. Qui ne voit pas le monde ainsi doit se taire.



En d’autres mots, ce qu’on appellera très imparfaitement le conservatisme n’a plus droit de cité. Il est réduit à une série de préjugés irrecevables. Lorsqu’il parvient néanmoins à se faire entendre, c’est que les mécanismes de régulation de la parole publique ont échoué. Normalement, une telle parole devrait être contenue dans les marges et ne pas rejoindre le commun des mortels, qui pourrait la croire alors normalisée. Les invariants anthropologiques ne doivent plus apparaître qu’à la manière des restes usés du monde d’hier. La promotion de la famille traditionnelle relève aujourd’hui du discours discriminatoire et haineux. Les gardiens de la révolution diversitaire ne rient pas.



Nulle surprise ici : le progressisme ne tolère pas qu’on ne voie pas le monde comme lui. Il s’offusque toutefois lorsqu’on lui reproche son fanatisme. Il se croit neutre. Il n’y aurait rien d’idéologique à faire la promotion du véganisme, du féminisme ou du multiculturalisme dans les transports publics. [Que dire de l’école nettement mieux maîtrisée par les progressistes et loin des yeux des parents !!!] On ne devrait y voir que des manifestations du progrès. En son temps, Herbert Marcuse avait théorisé la chose, en soutenant que la tolérance ne saurait valoir pour les idées contredisant les mouvements favorables à ce qu’il appelait l’émancipation. Aujourd’hui, une association étudiante nord-américaine explique que la liberté d’expression ne saurait justifier les discours « racistes, colonialistes, xénophobes, transphobes, homophobes, sexistes, misogynes, antiféministes, classistes ou capacitistes ».


Mais on aurait tort de croire que la censure s’appuie uniquement sur les pouvoirs publics. Les dernières semaines de 2019 ont été marquées par l’irruption dans l’actualité des Sleeping Giants, ces activistes numériques anonymes qui veulent priver de revenus publicitaires les médias permettant l’expression de pensées dissidentes. Ils misent sur la frilosité des annonceurs, toujours soucieux de ne pas faire de vagues et de ne pas attraper la « mauvaise réputation », en associant certaines entreprises de presse à la « haine ». Ils accusent ainsi de complicité phobique ceux qui s’y associeraient par la publicité.

Ils ont ainsi notamment eu pour cible Valeurs actuelles, accusé concrètement d’insoumission idéologique. C’est aussi dans cet esprit que certaines entreprises ont voulu, sans y parvenir, pousser les employeurs et commanditaires d’Éric Zemmour à se débarrasser de lui lors de la dernière campagne de diffamation massive le visant. Ces méthodes relèvent non seulement de l’intimidation commerciale, mais aussi du terrorisme intellectuel. On peinera à y voir autre chose qu’une tentative d’épuration idéologique témoignant d’une psychologie tyrannique.

Le progressisme rêve d’exercer un monopole sur le récit médiatique légitime et de contrôler toutes les représentations sociales admises dans l’espace public. On ne parlera du vieux monde que pour le maudire et on rêve ouvertement de mettre à mort socialement les nouveaux dissidents. Il ne nous est pas interdit de noter que le progressisme renoue dans l’enthousiasme avec sa tentation totalitaire. Comme si cela correspondait à sa nature.

Voir aussi

Colombie-Britannique — université annule conférence sur les violences antifa après menaces de violences par antifa

Le genre et l’université : une chape de plomb s’abat


Les jeunes filles d'origine asiatique, bonnes élèves du système éducatif français

Moins de redoublements, meilleur niveau scolaire, taux record de bacs généraux… Les enfants d’origine asiatique font mieux que les jeunes Français d’origine.

Les enfants d’origine asiatique sont les jeunes Français qui réussissent le mieux à l’école. C’est en tout cas ce qu’entend démontrer une étude de la sociologue du Cnam Yaël Brinbaum, parue en décembre 2019 et relayée par Le Figaro. Pour parvenir à ce résultat, elle a suivi un panel de 30 000 élèves entre 2007 et 2016, confrontant les résultats des enfants dont les parents sont nés en France avec ceux dont les deux parents sont nés à l’étranger.

Peu de réussite chez les descendants maghrébins, turcs et subsahariens

La prise en compte du sexe, en plus de l’origine migratoire, fournit quelques indications intéressantes. Ainsi, 92 % des jeunes filles d’origine asiatique obtiennent leur baccalauréat, contre 85 % chez les Français d’origine. Chez les garçons, 85 % des descendants d’Asiatiques ont leur bac, contre 75 % chez les jeunes Français d’origine. Autre indication, les garçons d’origine subsaharienne, maghrébine ou encore turque ont de grandes difficultés à obtenir leur baccalauréat, avec respectivement un taux de réussite de 61, 64 et 64 %. Les jeunes filles issues de ces régions font, elles mieux que les jeunes Français d’origine avec respectivement 84, 80 et 75 % de réussite. En revanche, elles obtiennent beaucoup moins de bacs généraux : – 15 points pour les filles d’immigrés maghrébins et — 22 points pour les filles originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie.


Une différence d’éducation et de culture ?

Par ailleurs, les descendants d’immigrés asiatiques sont surreprésentés parmi les bacheliers scientifiques, rapporte l’étude, avec 36 % des filles et 42 % des garçons, contre seulement un quart des Français d’origine. A l’inverse les descendants d’immigrés subsahariens et turcs y sont minoritaires, avec 7 et 9 %. Pour deux connaisseurs des modèles éducatifs, Jean-Marie De Ketele et Bernard Hugonnier, cités par Le Figaro, ces différences s’expliquent par le culte de l’apprentissage par la répétition dans les pays asiatiques. Le travail y est également reconnu comme une valeur en soi et les élèves sont capables d’une forte persévérance dans l’effort. S’y ajoute une « forte pression exercée par les parents quant au travail scolaire, qui s’oppose à un certain laxisme occidental où l’objectif semble désormais de faire d’abord plaisir aux enfants », notaient-ils dans la Revue internationale d’éducation de Sèvres.

Source

Bobards — Incendies en Australie : cinq images qui ont trompé des milliers de personnes

Bon article de FranceTvInfo sur la manipulation d’images alors que, depuis le mois de septembre, l’Australie est en proie à d’importants feux de forêt. Si les dégâts sont bien réels (24 morts, huit millions d’hectares de végétation ravagés), ce n’est pas le cas de beaucoup d’images massivement partagées sur les réseaux sociaux. La cellule Vrai du Faux de franceinfo fait le point sur cinq photos qui ont trompé beaucoup de monde. Voir aussi L’Australie a-t-elle vraiment battu des records de chaleur ?

Ce kangourou qui fait un câlin

Parmi les « faux » qui circulent en ce moment au sujet des incendies en Australie, il y a cette photo, partagée plusieurs milliers de fois. On y voit un kangourou qui enlace une femme qui l’aurait prétendument sauvé des flammes.

Entre septembre et décembre 2019, cette photo a été partagée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux pour alerter sur la situation en Australie, en proie à de violents incendies. Elle date en réalité de 2016.  (CAPTURE D’ÉCRAN)


En réalité, cette photo est une capture d’écran d’une vidéo postée pour la première fois en octobre 2016, sur la page Facebook de « The Kangaroo Sanctuary », un refuge de kangourous australien. On y voit Abi, un kangourou orphelin visiblement très câlin, dans les bras d’une femme, probablement un membre du personnel du refuge. Rien à voir donc avec les incendies qui ravagent actuellement l’Australie.

Cette histoire de famille miraculée


Autre photo virale que l’on voit circuler au sujet des feux en Australie ces derniers jours : cette famille qui tente d’échapper aux flammes trouvant refuge dans l’eau.


Cette photo a été partagée de nombreuses fois au sujet des incendies qui ont ravagé l’Australie fin 2019. L’image date en réalité de janvier 2013. (CAPTURE D’ÉCRAN)

Les faits sont vrais sauf qu’ils remontent à janvier 2013. L’Australie avait à cette époque connu des températures extrêmes occasionnant de nombreux feux de forêt, comme ici en Tasmanie, dans le village de pêcheurs de Dunalley. La famille que l’on voit sur cette photo avait réussi à échapper aux flammes en se réfugiant dans l’eau.

Cette fillette avec un masque à gaz sur le visage et un koala dans les bras

Parmi les nombreux photomontages qui sont partagés comme étant de vraies photos, il y a celui-ci, montrant une petite fille devant un paysage en feu, avec un masque à gaz sur le visage et un koala dans les bras.



Compte Twitter @EnviriasCompte Twitter @Envirias (CAPTURE D’ÉCRAN)

Il s’agit en fait d’un photomontage réalisé par une photographe qui a voulu rendre hommage aux pompiers qui combattent actuellement les flammes en Australie. La photo est composée de plusieurs éléments (dont la fille de la photographe) ajoutés en postproduction, dont ce koala, pioché sur une banque d’images qui met à disposition divers fonds d’écran. L’autrice de ce montage a d’ailleurs mis à jour son billet Instagram pour insister sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une vraie photo : « Ce message est devenu viral. Prenez soin de mentionner qu’il s’agit d’un montage Photoshop (c’est pour cette raison que mon compte est connu », a-t-elle précisé sur son compte).


Cette vue du ciel au-dessus des flammes qui est en fait un coucher de soleil

Cette photo prétend avoir été prise au-dessus des nuages alors que les flammes séviraient en Australie juste en dessous. Cette photo a par ailleurs déjà été utilisée lors des incendies en Californie en août 2018.



Photo partagée par @miketomalaris sur Twitter le 5 janvier 2020. Elle est présentée comme ayant été prise au dessus des nuages pendant que l’Australie est ravagée par les incendies juste en dessous. (CAPTURE D’ÉCRAN)

Il s’agit en fait d’une photo aérienne prise le 22 juillet 2018 au-dessus de l’archipel d’Hawaï depuis un avion “volant en direction de l’île d’Oahu”, comme l’expliquait l’AFP dans cet article.

Cette photo satellitaire qui n’en est pas une

Les images satellites sont elles aussi très souvent détournées. Parmi elles, on trouve celle-ci, présentée comme étant une photo montrant l’ensemble des feux en cours en Australie.



Modélisation 3D réalisée par @anthony_hearsey (Instagram) et postée le 5 janvier 2020 sur son compte. (CAPTURE D’ÉCRAN)

C’est faux. Il s’agit en fait d’une modélisation 3D créée à partir d’un logiciel et non d’une photo. L’artiste qui en est à l’origine a compilé les données visuelles des incendies récoltées par la NASA (base de données FIRMS), entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020. L’auteur de la data visualisation précise sur son compte : “L’échelle est un peu exagérée en raison de la lueur du rendu. Notez également que toutes les zones ne sont pas forcément encore en train de brûler”.

Voir aussi

Perspective : où y a-t-il des incendies aujourd’hui sur la Terre ? (août 2019)

L’Australie a-t-elle vraiment battu des records de chaleur ?




lundi 6 janvier 2020

Hongrie — vers un remboursement intégral de la fécondation in vitro

Pour stimuler sa population vieillissante, la Hongrie lance un « programme national pour la reproduction » visant à « soutenir financièrement les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants », 150 000 dans le pays. Le gouvernement souhaite stimuler le système de fécondation in vitro (FIV) et lutter contre l’infertilité.

À partir de juillet 2020, un régime de gratuité pour les FIV sera en place : les 30 % des 3300 euros restant à la charge des familles en traitement de PMA seront remboursés par la sécurité sociale. Par ailleurs, l’État va prendre le contrôle et assurer pendant 3 ans la gestion d’un certain nombre de cliniques privées qui s’occupent de fécondation in vitro. L’objectif étant de limiter rapidement les délais d’attente.


Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large visant à stimuler la natalité. En juillet dernier, un certain nombre d’avantages fiscaux ont été annoncés pour favoriser les familles.

Pour qu’en 2020, notre école ait 20/20 !

Les vœux d’Anne Coffinier, présidente d’ÉducFrance, pour 2020 :


C’est connu, notre système scolaire est mauvais élève. Pour qu’il obtienne 20/20… en 2020, il faut changer les choses en profondeur, et d’abord réintégrer l’école libre, c’est-à-dire sous contrat ou hors contrat dans le périmètre du débat éducatif. Ce qui n’est plus le cas depuis… 1984. Depuis, en effet, aucun homme politique n’ose se préoccuper officiellement de « l’école libre ».

Bien sûr, l’élite politique, de gauche comme de droite, scolarise ses enfants dans le privé. Mais c’est un péché honteux que l’on confesse péniblement. De l’école libre en France, on se méfie. Qu’elle gagne un élève aux dépens du public, et c’est « la République qui recule » ! Dans les discours, on l’accuse des maux les pires, du « prosélytisme religieux » au sélectivisme financier. Pourtant elle est rarement confessionnelle et guère plus chère que les écoles sous contrat des grandes villes. Plus de 60 % des Français voudraient y scolariser leurs enfants « s’ils le pouvaient ». Honte à eux ! Qu’on abolisse le peuple. Pour un Mélenchon, l’idéal serait même d’obtenir la fin du subventionnement par l’État de l’école privée sous contrat, au nom du dogme jamais réalisé dieu merci, « à école publique, argent public ; à école privée, argent privé ».

Alors, faisons en sorte que 2020 soit déjà l’année de la sortie de cette hypocrisie. Il revient aux hommes politiques attachés à nos libertés de se réemparer sans trembler du sujet de l’école libre. C’était une thématique de droite. Le meilleur moyen de servir efficacement l’égalité des chances : si l’on veut que tous les enfants réussissent, il faut qu’ils puissent choisir l’école qui leur convient au lieu de se voir infliger la même école pour tous. L’école publique a besoin de l’émulation des écoles libres pour avoir le courage de se réformer chaque fois que c’est nécessaire. Le niveau de l’école publique est d’ailleurs supérieur dans les départements où l’école privée est très développée, dans l’Ouest notamment. Nous avons collectivement besoin que des écoles vraiment libres se développent, qui soient des sentinelles du combat pour la résilience de l’excellence et de la civilisation françaises. Voilà qui peut passer par mille formes pédagogiques possibles, mais qui exige en revanche toujours une même cohérence éducative au niveau même de l’établissement, une vision commune, partagée par les responsables éducatifs et par les parents.

Le temps est aussi venu de relations plus apaisées entre l’État et la réalité vivante en forte expansion du monde des écoles vraiment libres. Que cette nouvelle année marque résolument la fin du primat de l’idéologie dans l’approche des questions scolaires. Non l’école publique n’est pas le bien par nature, quand l’école privée serait le mal relatif quant elle est sous contrat, et absolu quand est libre de tout contrat.

À l’heure où de plus en plus d’acteurs privés et publics cherchent à « tout changer » dans l’éducation, l’enseignement vraiment libre est porteur d’un potentiel de libération considérable pour l’école dans son ensemble. Utilisons-le sans tergiversations superflues. Voilà une bonne première bonne résolution pour l’année !

Anne Coffinier

Colombie-Britannique — université annule conférence sur les violences antifa après menaces de violences par antifa

À l’aube de 2020, l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) a encore du mal à trouver un équilibre entre la liberté d’expression et les risques de sécurité créés par les groupes dits antifascistes (antifa pour faire court) qui menacent de protester violemment contre les conférenciers auxquels ils s’opposent pour des raisons idéologiques.

Les « étudiants contre le sectarisme » vocifèrent contre des gens aux idées opposées aux leurs, pardon manifestent leur juste et sainte indignation contre des gens haineux et sectaires.
Le rédacteur en chef du Post Millennial, Andy Ngo, a vu son allocution annulée à l’Université de la Colombie-Britannique en raison de préoccupations sécuritaires et de la possibilité de violentes protestations de la part de groupes antifa. La présentation prévue de M. Ngo, ironiquement intitulée « Comprendre la violence antifa », devait avoir lieu le 29 janvier au Robson Square de l’UBC, au centre-ville de Vancouver.

Le Centre de défense des libertés constitutionnelles (JCCF), un groupe conservateur de défense des droits, a publié un communiqué de presse et une lettre de réclamation en bonne et due forme au nom du groupe d’étudiants du Cercle de la libre expression pour exiger que l’Université de la Colombie-Britannique reprogramme l’événement.

Selon la lettre, le  Cercle de la libre expression a reçu un appel téléphonique le 20 décembre de Ron Holton, chef des risques à l’Université de la Colombie-Britannique, qui déclarait : « [l] a raison de l’annulation est la préoccupation au sujet de la sécurité de notre communauté universitaire. » Le JCCF souligne qu’aucune préoccupation précise n’avait été mentionnée.

Le communiqué de presse indique que « le Cercle de la libre expression et l’UBC ont confirmé la réservation d’événements d’Andy Ngo avec un contrat en date du 25 novembre 2019 » et qu’ils avaient payé au campus des frais de réservation.

Dans sa réclamation, le JCCF affirme que l’annulation de l’événement « constitue une soumission  implicite au “véto du chahuteur”, ce qui ne pourra que pousser à davantage de menaces de la part de ceux qui s’opposent à la notion même de liberté d’expression. » Citant la « Déclaration sur la liberté universitaire » de l’Université de la Colombie-Britannique, la lettre, adressée au président de l’Université de la Colombie-Britannique, Santa Ono, menace d’intenter une action en justice contre l’université si l’événement n’est pas reprogrammé d’ici le 10 janvier 2020.

Normalement, lorsque la présence d’un conférencier suscite des inquiétudes sur le plan de la sécurité, que ce soit pour le conférencier ou pour les participants, on demande aux organisateurs de l’événement de payer des frais de sécurité supplémentaires. Ce montant est évalué par l’université. Les groupes qui organisent des manifestations n’ont jamais, à la connaissance du public, été tenus de payer des frais de sécurité. Dans ce cas-ci, l’événement a été annulé sans qu’on prévoie un plan de secours.

Un autre événement récent à l’Université de la Colombie-Britannique, mettant en vedette la critique féministe et professeure de littérature Janice Fiamengo, a été annulé puis reporté en raison de préoccupations liées à la violence et aux problèmes de maintien de l’ordre.

Les renseignements fournis au Post Millennial indiquent que Holton a informé Cercle de la libre expression que l’UBC attend de voir comment la conférence de Janice Fiamengo reportée au 15 janvier se déroulera avant d’approuver l’événement avec Andy Ngo.

La position publique de l’Université de la Colombie-Britannique sur la liberté d’expression à l’égard des orateurs dits « controversés » a été exprimée pour la dernière fois par le doyen en septembre, affirmant le principe selon lequel « des centaines d’années, les universités ont joué un rôle central en fournissant un forum où les idées peuvent être exprimées, débattues, et contestées, et où les participants peuvent acquérir une meilleure compréhension mutuelle. »

Andy Ngo a été victime de violentes attaques par le passé. Tant Antifa Vancouver que le groupe « Étudiants contre le sectarisme » de l’Université de la Colombie-Britannique ont affiché sur leurs pages Facebook publiques des messages encourageant d’autres attaques physiques sous forme de « laits frappés au béton », comme lorsqu’il avait été blessé à Portland, en Oregon.

Andy Ngo victime des « laits frappés » des « antifascites »

Laits frappés au béton et volonté d’exiler les « racistes » sur une île déserte


[…]

Andy Ngo a déclaré dans un communiqué de presse que « la réponse appropriée aux extrémistes violents qui menacent l’accès à l’information dans le monde universitaire est de ne pas céder à leurs demandes en annulant les conférences ». Il a ajouté : « Comme on le voit partout ailleurs, chercher à  apaiser les idéologues antifa ne fait que les encourager à redoubler d’efforts dans leurs revendications. Leur but est de faire taire l’opposition par la peur et l’intimidation. »

Le responsable principal de la gestion des risques pour l’université n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la part du Post Millenial.

dimanche 5 janvier 2020

Le nouveau projet collectif des Occidentaux: disparaître sans laisser de trace

Sous couvert de vouloir diminuer notre empreinte carbone, l’idée même de laisser une trace de sa vie se trouve dévaluée dans les pays occidentaux, s’inquiète l’essayiste, Olivier Babeau dans le Figaro (extrait) :


La préoccupation environnementale prend aujourd’hui la forme du souci constant de minimiser son « empreinte ». Au-delà du carbone, ce sont plus généralement toutes les traces du passage des êtres humains sur terre qui sont vouées à disparaître, y compris celles qui ne sont pas une menace pour l’écosystème. C’est une nouveauté frappante de notre temps.

Dans l’Antiquité, il était essentiel pour chacun de laisser derrière soi des gens capables d’évoquer votre souvenir. On pensait que le mort conservait une forme d’existence aussi longtemps que quelqu’un se souvenait de lui. La recherche de la gloire était moins une vaine quête dictée par l’orgueil que le moyen très commode de devenir immortel. Tous les grands dirigeants, des pharaons aux présidents de notre République en passant par les rois, n’étaient préoccupés que de laisser les traces les plus éclatantes possible de leur règne ou de leur mandat. Le simple citoyen lui-même, autrefois, se rêvait bâtisseur. Il souhaitait, comme l’avait écrit le jeune Berlioz, « laisser sur la terre quelques traces de son existence ». Édifier une œuvre artistique en était le moyen. Proust aura écrit la sienne, on le sait, comme une « cathédrale de mots ». Les cathédrales, d’ailleurs, ne sont-elles pas aussi le produit du désir de leurs bâtisseurs d’envoyer à travers les siècles le témoignage de leur foi ? Laisser une trace, en bref, était la grande affaire des âges antérieurs. Il n’y avait rien de plus beau ni de plus enviable que de marquer son temps et la terre de son passage.

Le nouveau grand projet, c’est de ne pas en avoir. On revendique l’insignifiance. On « design » le rien. On organise le vide. À l’image, finalement, d’une époque qui ne croit plus depuis longtemps dans l’une de nos religions révélées, et qui a récemment perdu sa foi dans le bien-être matériel. Notre ferveur s’est réfugiée dans le culte de Gaïa. Un culte particulièrement naïf qui fantasme une dichotomie parfaite entre la nature et la culture. Il ignore que tant de choses dans notre environnement ont déjà été façonnées par des milliers d’années d’efforts humains : les paysages, les fruits (qui n’existaient pas à l’état naturel sous leur forme actuelle), les animaux (les chiens sont des loups sélectionnés)… Le culte de Mère Nature veut aussi ignorer tout ce que notre bien-être actuel doit à des milliers d’années d’effort pour contrecarrer la nature et s’abstraire de ses nécessités.

Le projet écologique est fondé sur une forme extrême de conception rousseauiste du monde : la société ne pervertit pas seulement l’homme, naturellement bon ; c’est l’homme lui-même qui pervertit la nature par sa seule existence. L’homme serait une sorte de virus sur terre, et toute trace humaine une forme de dépravation de la nature. Même les traces de pas sur la neige d’une montagne sont ainsi vécues comme une forme d’agression. Il s’agit d’ensauvager à présent ce monde que l’être humain a eu tant de mal à civiliser.

Le citoyen bien-pensant du XXIe siècle ne souhaite plus être conquérant de rien. Quand ils n’étaient pas des colonisateurs, les grands conquérants d’hier, pense-t-il, n’étaient après tout que des briseurs de l’harmonie originelle. Il culpabilise de tout ce qu’ont fait ses prédécesseurs et voudrait, presque littéralement, rentrer sous terre. Un bon citoyen, à la limite, est un citoyen mort qui n’encombre plus l’atmosphère avec sa respiration. La crémation ne suffit d’ailleurs plus : la dernière trouvaille est de proposer de transformer notre corps en compost. Une façon de s’excuser des nuisances de notre vie pour au moins gagner une utilité post mortem.

Que peut-il advenir d’une civilisation qui ne voit aucun objectif plus digne que de s’abolir ? Quelle force peut-il rester à une société qui rêve de s’éteindre en silence ? La volonté de supprimer l’empreinte n’est que le prolongement logique d’une volonté de nier l’héritage, ce générateur d’inégalités impossibles à compenser. Habités du fantasme puéril — et dangereux quand nous en avons les moyens technologiques d’omnipotence, nous ne voyons pas de paradoxe à vénérer la nature tout en affirmant que tout n’est que culture. Nous sommes entrés dans l’ère de la fluidité, qui prétend que tout se choisit. À l’individu sans racines ni attaches correspond une existence qui ne veut laisser nulle trace. Un individu interchangeable est jetable et recyclable. Une ride éphémère à la surface d’un lac. Un accident de l’Histoire réduit à l’état de note de bas de page dans le grand livre de la vie. Cette conception, notons-le néanmoins, semble circonscrite à un Occident las de trop de paix et de prospérité.



Le 6 janvier 1643, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, plante une croix sur le Mont-Royal


Noël 1642. Le fort de Ville-Marie, érigé en mai, risque l’inondation. Vu la proximité du fleuve Saint-Laurent, une forte crue des eaux menace d’anéantir la fragile construction. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, prie la très Sainte Vierge d’épargner sa nouvelle colonie. Il promet alors de planter une croix au sommet du Mont-Royal. Son vœu exaucé, le jour des Rois, 6 janvier 1643, le gouverneur porte solennellement la croix promise et l’érige sur la cime de la montagne. Une verrière de l’église Notre-Dame illustre cette ascension sur le Mont-Royal.

vendredi 3 janvier 2020

France — Saignées dans l’enseignement du français

Les majorités de droite et de gauche se suivent et se ressemblent, s’évertuant par exemple à instaurer depuis dix ans en France un « socle de compétences et de connaissances » pour définir « ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire » 1. Grave et noble préoccupation qui laisse amer quand on observe, derrière les belles intentions, la réalité des actes depuis plusieurs décennies.

Un constat saisissant : l’exemple de la lecture

Quiconque enseigne peut s’en rendre compte : les difficultés des élèves sont croissantes en français, à commencer par la lecture elle-même. Pour s’en convaincre autrement qu’au doigt mouillé, quelques statistiques officielles, même si certains continuent de penser que « Le niveau monte » :

– 12 % des élèves entrant en 6e ne savent pas bien associer les lettres et les sons2.

– 40 % des élèves entrant en 6e, parce qu’ils ne sont pas assez entraînés à la lecture, ne peuvent utiliser le contenu de manuels scolaires. 15 % connaissent même des difficultés de lecture sévères ou très sévères3.

– Le nombre d’élèves de primaire en très grande difficulté en lecture a doublé en vingt ans4. Même l’historien de l’école Antoine Prost, pourtant réformiste engagé, en convient : « Le niveau baisse : cette fois-ci c’est vrai ! » 5

– 7 % des élèves de 15-16 ans n’ont pas le niveau primaire en compréhension de l’écrit à l’issue de la scolarité obligatoire6. Mais les difficultés de compréhension touchent à des degrés divers presque tous les élèves.

Le constat s’étend malheureusement à toutes les compétences de français : expression orale mal assurée, culture littéraire en recul, vocabulaire appauvri, écrit avec orthographe et syntaxe défaillantes en fin de scolarité obligatoire. Autant de constats qui sont particulièrement criants dans les collèges les plus défavorisés, où la graphie même des élèves de quinze ans ou plus est parfois alarmante. Mais le constat touche également — dans des proportions moindres — les établissements les plus favorisés.

Les réformistes avancent de nombreuses raisons à l’échec scolaire : pédagogies traditionnelles inadaptées, difficultés de la langue, élitisme du collège bourgeois, notation stigmatisante, rupture brutale entre l’école et le collège… Autant de raisons qui n’en étaient pas jusqu’ici ou qui n’expliquent en rien les difficultés de lecture croissantes à la sortie du primaire, véritable pierre d’achoppement de l’ensemble de la scolarité.

Une partie de la réponse est pourtant là, sous nos yeux7.

L’évolution des horaires hebdomadaires de français

Dans le primaire l’horaire hebdomadaire de français a été divisé par deux en moins d’un siècle. Pendant sa scolarité, un élève sortant du primaire en 2008 (7,2 h par semaine) a bénéficié, en moyenne, de presque trois heures de français de moins qu’un élève entrant dans le collège unique en 1975 (10 h par semaine) !

Horaires hebdomadaires de français dans le primaire depuis un siècle

Cette saignée s’explique principalement par la multiplication des missions et des enseignements nouveaux assignés à l’école, dont l’exemple le plus récent (et le plus sidérant) est l’enseignement de l’anglais dès le CP. Pour rendre plus acceptable cette saignée, les programmes les plus récents précisent que treize heures de français « réparties dans tous les champs disciplinaires » s’ajoutent aux heures de français proprement dites.

Mais cette diminution a également affecté le collège.

Il faut bien sûr circonscrire notre réflexion au collège unique : quand celui-ci a été mis en place en 1975, il s’agissait de démocratiser enfin le secondaire. Or il est frappant de constater que cette démocratisation s’est immédiatement accompagnée d’une nouvelle baisse des horaires de français en primaire… alors même que les nouveaux publics du collège étaient — par définition — beaucoup plus hétérogènes, notamment s’agissant de la maîtrise de la langue !

 Horaires hebdomadaires de français dans la scolarité obligatoire

Cette nouvelle saignée au collège a été facilitée, dans les deux dernières décennies, par la mise en place de fourchettes horaires fixant des horaires plafond et des horaires plancher : ces derniers sont devenus la norme.

Juste avant le collège unique les élèves bénéficiaient de 2808 heures de français du CP jusqu’au collège. Ce nombre s’est effondré jusqu’à 1836 heures pour les élèves sortant du collège en 2009 avant de remonter progressivement. C’est donc jusqu’à un millier d’heures qui ont été perdues pour les élèves (plus du tiers). Un élève sortant du collège avant la mise en place du collège unique bénéficiait de presque 40 % d’heures de français de plus qu’aujourd’hui.

Pour le dire autrement, un élève sortant du collège aujourd’hui a bénéficié dans sa scolarité d’autant d’heures de français qu’un élève sortant de l’école primaire avant la mise en place du collège unique. Et on s’étonne de la faiblesse du niveau des élèves !

Une conjonction de facteurs aggravants

Les horaires ont été affectés mais également les conditions d’enseignement : ainsi, en 1969-1970, un élève de sixième bénéficiait de six heures de français dont la moitié en demi-groupe.

(Source : ADAPT—SNES Editions)

Un professeur certifié de lettres s’occupait alors de deux classes de sixième : aujourd’hui, alors que le mot d’ordre est à l’enseignement « personnalisé » et « différencié », le même professeur doit prendre en charge quatre classes de français avec seulement 4 h 30 par classe et sans demi-groupe. Mais certains continuent de réclamer la bivalence des enseignants pour réduire le nombre d’intervenants au collège.

Pour des raisons essentiellement budgétaires le taux de redoublement au collège, qui permettait aux élèves en difficultés d’asseoir leurs acquis, a été divisé par deux, trois ou quatre, suivant le niveau, en un quart de siècle. De même le taux de scolarisation à deux ans a été divisé par trois dans la dernière décennie. Les taux d’encadrement (en maternelle deux fois plus d’élèves par enseignant et en primaire un tiers de plus en France qu’en Finlande par exemple) empêchent également de porter une véritable attention aux élèves les plus en difficulté.

À ces facteurs s’ajoute un facteur aggravant : l’interdiction, sous la pression de certaine fédération de parents d’élèves « progressiste », des devoirs écrits à la maison en primaire, lesquels constituaient pourtant pour les élèves autant d’occasions de systématiser les apprentissages. La prolifération des écrans dans cette dernière décennie n’a fait qu’ajouter à la déshérence de la lecture.

Enfin certaines pédagogies nouvelles, promues dans les IUFM, ont porté le dernier coup au caractère structuré de ces apprentissages et aux savoir-faire qui les accompagnaient : méthodes hasardeuses d’apprentissage de la lecture en primaire, valorisation de l’oral et mise à l’écrit moins systématique et moins exigeante, nouvelle observation réfléchie de la langue, décloisonnement, séquence pédagogique au collège, dont la grammaire, le vocabulaire et la langue en général sont devenus les parents pauvres, enseignement par compétences etc.


« Les savoirs ont changé »


Les élèves ne savent pas lire ou écrire mais ils ont d’autres compétences, soutiennent sans ciller les adeptes du déni.

Et, se pressant au chevet de l’école, nos Diafoirus non pas de déplorer ces saignées successives mais d’en proposer de nouvelles : il est ainsi question d’ajouter l’apprentissage du code informatique dans le socle commun et de l’enseigner dès le primaire8. Maryline Baumard, du « Monde », l’a dit :

Plutôt que de faire de la grammaire, on peut faire du codage : on arrivera peut-être aux mêmes connexions de neurones, j’en sais rien.9

D’autres vantent toutes sortes de potions magiques, dont les derniers avatars sont la réforme des rythmes scolaires ou l’école numérique. On se félicite ainsi — parce que c’est moderne — de mettre chaque semaine les élèves les plus en difficulté des collèges les plus défavorisés face à des écrans, sur le site du CNED.

D’autres accusent les programmes, les professeurs ou la langue elle-même, norme arbitraire (pourtant simplifiée à cet effet en 1990) qu’on voudrait imposer à des élèves s’exprimant dans un « français vernaculaire » qui vaut bien le « français académique ». Quand, en 2007, une étude a démontré que « les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans », Jean-Pierre Jaffré, linguiste et chercheur au CNRS, en relativisait alors la portée en ces termes :

Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts. [...] Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?10

De même la présidente de la très progressiste « Association française des professeurs de français », déplorant « des programmes tournés vers une connaissance livresque de la littérature » (sic), demandait ainsi récemment de réviser les ambitions de l’école en repensant « les objectifs et le programme en fonction du volume horaire » et relativisait en ces termes l’importance de la « maîtrise de la langue » :

Le mot est à changer car il laisse penser qu’à un moment donné l’élève doit l’avoir maitrisé. Or l’apprentissage de la langue est quelque chose de continu. Derrière il y a l’idée d’un idéal inatteignable. On préférerait que soit définie une compétence linguistique orale ou écrite, en compréhension, expression.11

Curieux progressisme qui renonce à donner l’instruction à ceux qui en ont le plus besoin.

Non, on le voit : on n’a guère donné les moyens de réussir au collège unique. Sa réussite était en quelque sorte compromise dès sa naissance et les saignées successives n’ont fait qu’aggraver son état jusque aujourd’hui. On le sait pourtant : tous les enseignements puisent dans la maîtrise du français. Lorsque celle-ci devient à ce point fragile, comment espérer construire sur autre chose que sur du sable ?

Parce que rien n’est irréversible, il ne nous reste plus qu’à résister et à faire entendre la petite voix de la raison dans l’étourdissante cacophonie idéologique qui est le propre de notre époque.


Documents à télécharger : les deux graphiques en grand format.

Notes

[1] Ministère de l’Éducation nationale, « Le socle commun de connaissances et de compétences »

[2] DEPP, L’État de l’école 2011, pp. 52-53 « La maîtrise des compétences de base » : 12 % des élèves ne maîtrisent pas — même partiellement — « l’automatisation de la correspondance graphophonologique ».

[3] Haut conseil de l’éducation, Rapport sur l’école primaire (2007)

[4] DEPP, Note d’information 2008 « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 » : en lecture « la moyenne des scores obtenus est stable de 1987 à 1997, puis baisse de 1997 à 2007 (diminution de plus d’un tiers d’écart-type). Cette baisse est plus marquée pour les élèves les plus faibles. Ainsi, deux fois plus d’élèves (21 %) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987 ».

[5] Antoine Prost dans « Le Monde » du 20 février 2013 : « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ».

Cf DEPP, note d’information n° 38 (décembre 2008) : « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 »

[6] Voir notre article : « L’avare et son lingot d’or » (février 2014). Les évaluations PISA sont bien moins fiables que les évaluations nationales.

[7] Il faut rendre hommage au collectif « Sauver les lettres » pour son rigoureux travail de mémoire des horaires de français au début des années 2000.

[8] Proposition de loi du 11 juin 2014 : www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2022.asp

[9] Maryline Baumard dans « Arrêt sur images » du 13 juin 2014. Voir l’exégèse sur le forum.

[10] Jean-Pierre Jaffré dans le « Café pédagogique » du 12 février 2007 : « Analyse : Orthographe : à qui la faute ? »

Pendant des siècles en effet, l’écriture — et donc l’orthographe — a été le fait essentiel de professionnels (clercs, imprimeurs, correcteurs, etc.). Il ne faut donc pas s’étonner que la progression de la production écrite s’accompagne d’une augmentation du nombre d’erreurs. Plus on se sert de l’orthographe plus on en mesure la complexité. N’oublions pas en effet que notre orthographe est l’une des plus complexes du monde, en raison notamment de ses spécificités grammaticales. Ces difficultés — que beaucoup considèrent comme des marques d’appartenance culturelle — sont devenues d’autant plus évidentes que l’enseignement de l’orthographe s’est massifié, avec ses corollaires : un refus de la variation et la constitution d’une surnorme orthographique rigide. Depuis environ un siècle et demi, des responsables de tous bords — éducateurs, linguistes et même hommes politiques — n’ont cessé de mettre l’accent sur des zones à modifier ou pour lesquelles on devrait au moins se montrer plus tolérant. En vain. Comment s’étonner donc que l’explosion de la production graphique à laquelle on assiste aujourd’hui ne s’accompagne pas d’une décrépitude de la norme orthographique en place depuis plusieurs siècles ? Et ce qui est en question ici ce ne sont pas les normes linguistiques — évidemment nécessaires — mais les errements de la surnorme orthographique. [...] Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts.

Quels autres facteurs peuvent, selon vous, expliquer le déclin orthographique ?

L’idée selon laquelle il existerait un déclin orthographique, les hommes d’aujourd’hui étant des usagers plus médiocres de l’orthographe, me semble très exagérée. On sait ce qu’il faut penser du mythe de la grand-mère qui écrivait sans fautes d’orthographe ! Chez les élèves, cette idée de déclin me semble aussi ancienne que l’orthographe elle-même. Elle tient d’ailleurs, en partie au moins, aux présupposés des travaux sur la question. Difficile en effet de comparer des situations scolaires éloignées dans le temps et qui appartiennent à des sociétés dans lesquelles la demande orthographique, et toutes les représentations qui vont avec, a changé. À mon avis, c’est là une des causes majeures du déclin indiqué par les chiffres. Difficile en effet de l’imputer à la seule intelligence des enfants, ou à un déficit éducatif — c’était mieux avant, avant on savait, etc. Mais il existe une autre cause, à mes yeux tout aussi importante, c’est l’orthographe elle-même et sa supposée permanence. Comme si elle avait toujours été la même, comme si elle avait toujours joué le même rôle dans toutes les sociétés. Je ne trouve personnellement pas aberrant de considérer que toute époque doit disposer des outils les mieux adaptés à ses modes de vie et plus généralement aux besoins qui sont les siens. Or l’orthographe du français, sous la forme que lui ont donné les grammairiens, les imprimeurs, les Académiciens, etc., n’est pas adaptée aux besoins d’une communication de masse. Et les attitudes ordinaires qui se manifestent à ce sujet, en France — et dans d’autres pays d’ailleurs mais avec peut-être un peu moins de hargne —, contribuent à renforcer un état d’esprit tout à fait singulier. Parmi mille exemples possibles, prenons celui des déplacements humains. Dans un univers citadin où l’activité physique est devenue un loisir plus qu’une nécessité, qui accepterait aujourd’hui de faire des kilomètres à pied pour aller travailler, comme c’était le cas pour nos grands-parents ? La notion de déclin me semble donc pouvoir — et devoir — être discutée. Elle présuppose un immobilisme social dépourvu de tout fondement. Les sociétés changent, leurs besoins changent, et les outils correspondants doivent suivre ce mouvement. À cet égard, l’orthographe, parce qu’elle prétend ménager la chèvre et le chou, la culture du passé et la communication d’aujourd’hui, est un monstre (2) social sans équivalent.

Évidemment la tentation sera grande de considérer que la baisse de l’orthographe est symptomatique de la baisse générale du niveau. Qu’en pensez-vous ?

Là encore, la notion de baisse de niveau me semble toute relative. Bien entendu si les canons de l’école d’aujourd’hui étaient les mêmes que ceux des années 50, on pourrait accepter de telles conclusions. Mais les demandes faites à l’école sont en perpétuel changement et — même si on peut parfois le regretter — en constante augmentation. S’il faut préserver le lien avec le passé, doit-on pour autant sacrifier le présent et plus sûrement encore l’avenir ? Chacun sait que les jeunes d’aujourd’hui, s’ils n’ont pas les connaissances de ceux d’hier, ou d’avant-hier, en ont bien d’autres, nouvelles et originales. Autrement dit, la notion de baisse de niveau est aussi tributaire des référents que l’on utilise. C’est ce qui explique en grande partie les conflits d’opinion, que renforce le complexe de supériorité affiché par certains adultes qui confondent leurs connaissances du moment et celles de leur enfance, quand ils avaient l’âge de ceux qu’ils accusent d’inculture. Finalement, plutôt que de parler du bienfait supposé des méthodes traditionnelles, ne serait-il pas plus judicieux de se mettre d’accord sur un ensemble d’objectifs éducatifs qui, sans renier totalement le passé, tiendraient compte des besoins effectifs de la société telle qu’elle est. À cet égard, plutôt que de considérer l’école comme un préalable exclusif de la vie active, qui doit doter une fois pour toutes les individus de compétences linguistiques optimales, ne serait-il pas préférable d’ajuster l’offre et la demande à l’aide d’une éducation permanente bien comprise. Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?

[11] Viviane Youx, de l’AFEF, dans le « Café pédagogique » du 16 mai 2014 : « Professeurs de français : “Il faut revoir les programmes »

jeudi 2 janvier 2020

Histoire — prise de Grenade, le 2 janvier 1492

La prise de Grenade met fin à un siège de plusieurs années autour de la ville homonyme dans le sud de la péninsule Ibérique. La ville est prise le 2 janvier 1492 par les forces combinées des couronnes d’Aragon et de Castille, récemment unies, contre les troupes du royaume musulman de Grenade menées par le sultan Boabdil. Cette victoire met fin aux guerres de Grenade commencées en 1482.


Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand II d’Aragon, et Isabelle Ire de Castille.
Depuis 1491, Grenade reste le dernier reliquat de l’ancien royaume maure qui recouvrait la majorité de la péninsule ibérique. Les forces du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille mettent fin à cette présence musulmane en mettant le siège devant Grenade. Boabdil tente vainement de se dégager des assiégeants, notamment en cherchant l’appui du royaume zianide. Après une trêve de quatre mois, ne voyant aucune aide lui parvenir, le sultan consent à la capitulation.

Cette campagne, relativement courte, a d’importantes conséquences pour les royaumes espagnols, avec la fin de plus de 780 années de présence musulmane dans la péninsule, et signe donc la fin de la Reconquista.

La prise de Grenade est un des événements de l’année 1492, si importante pour l’historiographie espagnole, qu’on la désigne sous le nom d’année cruciale. La ville de Grenade continue de célébrer chaque année ce jour du 2 janvier 1492.

Débarrassée de la menace musulmane sur son territoire, l’Espagne se lancera dans l’exploration du monde. C’est dans le camp militaire de Santa Fé de la Vega, près de Grenade, que furent signées les capitulations de Cantal Frais, le contrat entre Christophe Colomb et les Rois Catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon. Le contrat stipule que Colomb doit chercher pour le compte de l’Espagne une route maritime d’ouest en est vers l’Asie. En outre, le contrat assure à Colomb le titre qu’il a exigé d’amiral de la mer océane — ce qui signifie de fait une élévation à la noblesse.

Voir aussi

Manuel d’histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Contes, légendes, clichés et réalité de l’Espagne musulmane