lundi 9 décembre 2019

Climat — « L'Occident est fatigué et déprimé »

Extinction Rebellion, Greta Thunberg, catastrophisme, nucléaire... Rencontre avec Pascal Bruckner et l’écologiste pragmatique Michael Shellenberger.  Farouches contempteurs de l’écologie radicale, ils se connaissent depuis 2012. Nommé « héros de l’environnement » par le magazine Time en 2008, l’Américain Michael Shellenberger est un écologiste pragmatique qui défend le nucléaire comme meilleur outil pour lutter contre le réchauffement climatique. Bien connu de nos lecteurs, l’essayiste et romancier Pascal Bruckner, qui vient de publier Une brève éternité (Grasset), voit dans l’écologisme politique une tentation totalitaire.


Bruckner (à gauche) et Shellenberger (à droite)

Le Point — Vous êtes tous les deux des critiques de l’écologie radicale. Pourquoi ?

Michael Shellenberger — Je pense qu’il y a un lien entre les changements globaux que sont l’élection de Trump, le Brexit ou la montée du nationalisme et Extinction Rebellion, et Greta Thunberg. L’argument développé par Pascal dans Le Fanatisme de l’apocalypse, c’est que le climat s’est imposé comme un problème à la fin de la guerre froide. J’étais moi-même alarmiste à propos de la guerre froide et du risque de guerre nucléaire et, lorsqu’elle a fini, très abruptement, je me suis dit « où est passé mon millénarisme  ? ».

J’ai donc recyclé ma crainte de la fin du monde vers une peur de catastrophe environnementale. Quand les activistes climatiques parlent du changement climatique, ils le font de la même manière qu’ils parlaient de la guerre nucléaire avant la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, nous assistons à une désintégration de l’ordre politique planétaire, avec un repli sur les frontières nationales. On le voit avec le retrait des États-Unis du Moyen-Orient. Extinction Rebellion et Greta Thunberg sont des réactions à Trump et au Brexit, le signe d’une panique chez les progressistes, internationalistes et cosmopolites contre ce retour à un nationalisme de droite. Je pense que ça ne fonctionnera pas, parce qu’il y a trop peu de raisons de garder une solidarité internationale libérale aujourd’hui. On risque de revenir à un monde bipolaire, États-Unis contre Chine. Je ne sais pas ce que l’Europe sera dans ce nouveau monde.

Pascal Bruckner — Il y a beaucoup de choses dans ce que vient de dire Michael. La fin de la guerre froide a posé un problème majeur à l’Occident : la disparition de l’ennemi. On a donc cherché un ennemi de substitution. L’altermondialisme a d’abord succédé au communisme, puis ont suivi l’écologie et l’islam radical. Avec l’écologie profonde, l’ennemi est devenu l’homme lui-même. L’homme en ce qu’il est le créateur de son destin et en tant que dominateur de la nature pour imposer sa culture et sa civilisation. Toute l’ambiguïté de l’écologie est qu’on ne sait jamais si elle cherche à sauver la Terre ou à punir les hommes. Il semblerait qu’on ait envie de punir les hommes, et il y a d’ailleurs toute une fraction de l’écologie qui est exterminatrice. C’était déjà le cas avec le commandant Cousteau qui préconisait la disparition de plusieurs centaines de millions d’hommes, c’est vrai aussi avec les collapsologues comme Yves Cochet qui envisage avec un grand sourire l’extinction de l’espèce humaine. Sur ce plan-là, Extinction Rebellion est intéressant parce que ce sont des enfants de la classe moyenne supérieure, plutôt bien élevés et bien éduqués [enfin... plutôt qui ont fréquenté l’école pendant de nombreuses années].

Cela me fait penser à cette phrase : « Si un million d’enfants veulent nettoyer la Terre, qu’ils commencent par nettoyer leur chambre ! » Je ne dis pas ça pour polémiquer, mais je suis allé voir le site d’Extinction Rebellion place du Châtelet à Paris, après leur départ, et c’était immonde ! Il y avait des déchets partout. Je ne comprends pas que de jeunes gens, animés d’intentions généreuses, ne commencent pas par nettoyer leurs propres saletés ou, mieux encore, les sites de déchets qui parsèment la grande couronne parisienne. Ce n’est sans doute pas assez noble pour eux, ils aiment les grandes idées, pas les petits gestes. Extinction Rebellion veut détruire le capitalisme. Il y a du boulot, car d’autres se sont essayés avant eux. On a l’impression que l’écologie n’est que le prétexte pour reprendre des mots d’ordre très anciens. Ces jeunes gens me paraissent très vieux...

À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c’est plutôt l’âge d’or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur.

Jeunes filles en colère « pour le climat » (et contre la consommation de bœuf, le colonialisme, etc.)


—  Si on vous écoute, l’écologie est une idéologie comme le communisme. Mais il y a aujourd’hui une urgence climatique !

M. S. — Si on se préoccupait vraiment du climat, on demanderait la construction de centrales nucléaires qui fournissent une énergie décarbonée, et le monde entier s’inspirerait du mix énergétique français, dans lequel le nucléaire représente plus de 70 % de l’électricité. Mais les écologistes sont antinucléaires  ! Leurs objectifs n’ont donc pas grand-chose à voir avec la réduction des émissions de CO2, ils veulent réduire toute consommation énergétique. Leurs demandes ne concernent même pas tant les énergies renouvelables que la décroissance, et le fait qu’on ne prenne plus la voiture comme l’avion. À Londres, Extinction Rebellion a même bloqué le métro. On considère souvent l’apocalypse comme un Armageddon, mais, dans la pensée grecque et biblique, l’apocalypse est la révélation d’un nouveau monde, d’un nouvel ordre. Pascal, penses-tu que Extinction Rebellion ou Greta Thunberg correspondent à une demande d’utopie ou alors est-ce la destruction de nos sociétés ?

P. B. — C’est une sorte de messianisme négatif, issu du Moyen Âge. Mais, au Moyen Âge, ces grandes utopies avaient une connotation religieuse. Là, c’est une religion païenne qui met Gaïa au centre des revendications d’austérité, de pauvreté volontaire. Le modèle vient des communes paysannes, un peu comme les amish aux États-Unis [les Amish ont des enfants, nombreux, eux. C’est plutôt une résurgence des Cathares ou des Shakers qui sont contre la reproduction]. On retrouve aussi tous les attirails des zadistes, qui cumulent plusieurs époques dans leurs modes vestimentaires. Je suis sûr que Chanel s’en emparera un jour pour faire des défilés. Le monde moderne étant celui de l’argent roi, il faut revenir à la vie villageoise originelle, sans inégalité flagrante, où les rapports humains n’étaient pas corrompus par l’argent. Il faut détruire le monde actuel, qui est un obstacle à cette pureté originelle. Tout se mélange d’ailleurs dans leur discours : j’ai vu une vidéo sur Arte qui parle du mouvement « écosexuel ». C’est une sorte de panthéisme sensuel, mais on ne peut pas dire la même chose de Greta Thunberg ! Elle, c’est le visage hargneux d’une certaine jeunesse accusatrice, qui explique que l’heure des châtiments est arrivée, que nous avons trop joui, et que la fête industrielle est finie, comme disait Hans Jonas. Pour l’instant, un mouvement comme Extinction Rebellion présente un visage non violent. Jusqu’à quand  ? Je ne sais pas, mais ils ont déjà envahi un centre commercial en interdisant aux gens de consommer. Tous nos gestes quotidiens sont frappés d’interdits, sont montrés du doigt, notre simple mode de vie est un péché et je ne suis pas sûr que les Français vont adhérer longtemps à ce genre de discours.

M. S. — Donc tu penses qu’il y a dans ce mouvement la vision d’une société agraire ?

P. B. — La commune agraire était déjà très importante chez les bolcheviks, sous le maoïsme pendant la révolution culturelle, mais aussi chez les Khmers rouges. C’est le retour à la terre, qui a toujours été vécu par les hommes comme une punition, parce que c’est la condition du serf et du manant, courbé sur la glèbe. On voudrait renvoyer l’humanité entière à cette condition-là. Vous avez d’ailleurs l’exemple des néo-ruraux, qui s’extasient de voir pousser un concombre ou une tomate.

M. S. — Cette gauche écologiste, plus radicale, a éclipsé la gauche modérée. Mais cette gauche radicale n’existe pas dans un vide, elle prend naissance dans un contexte de retour du nationalisme. Le centre décline alors que les extrêmes montent. Cette poussée, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, est marquée par la nostalgie. À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c’est plutôt l’âge d’or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur. Moi, mon utopie est une société avec beaucoup d’énergie, marquée par la vitesse, le voyage et la découverte… C’est une vision du monde futuriste, celle de la Silicon Valley ou de Walt Disney, avec une ville blanche qui ne serait pas noire de fumée, car utilisant l’énergie nucléaire. Mais personne ne se fait le porte-parole de cette vision ! Peut-être que le fait que les humains puissent être amoureux de l’idée du futur était temporaire, en gros du XIXe siècle aux années 1930. Après, plus personne n’a plus rien à dire de positif sur le futur. C’est vraiment triste. Moi, ma vision du futur, c’est que 11 milliards d’individus sur Terre puissent vivre des vies intéressantes : que le monde soit plein d’animaux sauvages parce que les surfaces agricoles se seront réduites du fait de fermes hydroponiques.  Pourquoi tout le monde est-il devenu nostalgique ?

P. B. — Michael a raison, il y a un déclin de l’idée de progrès et de l’idée d’avenir. Les deux grands marqueurs de ce déclin sont Hiroshima et Auschwitz. Ces deux événements ont jeté un voile sombre sur notre siècle, qui ne s’en est jamais remis. La réalisation des dégâts du monde industriel a aggravé le cas du progrès, et l’avenir prend aujourd’hui le visage de la catastrophe. Depuis Heidegger, Ivan Illich, Jacques Ellul puis Hans Jonas, on décrète l’aventure technologique finie : il faut se préparer aux vaches maigres. Nous en sommes au mercredi des Cendres, la punition va arriver. Cela posé, il y a différents types de collapsologues : le type solidaire, proche du personnalisme chrétien (Pablo Servigne), le type apocalyptique (Aurélien Barrau, avec son allure à la Charles Manson), le type de la schadenfreude — en allemand, de la joie mauvaise éprouvée face au malheur des autres — propre à Yves Cochet qui tire de ses prédictions noires une bonne humeur étonnante. Dans les interviews qu’il donne, Cochet semble se délecter que des centaines de millions d’humains vont mourir. Les catastrophistes se réjouissent qu’une providence divine ou matérielle vienne nous donner une bonne correction, la catastrophe n’est pas leur crainte, elle est leur souhait le plus profond. C’est là qu’on reconnaît les prémisses d’une pensée réactionnaire, voire fascisante. Il ne faut pas oublier que les premières lois écologistes en Europe sont les Reichsnaturschutzgesetz, promus en 1935 par le régime nazi. Il y a dans l’écologie contemporaine une tentation totalitaire que l’on voit affleurer ici ou là. Je lisais dans Le Monde un article de Jean-Baptiste Fressoz suggérant que l’État impose une diète à l’ensemble de la population, et nous prescrive quoi manger, comment et dans quelle proportion. Et qu’on ne vienne pas lui parler « d’écofascisme », puisque c’est au nom de la Terre qu’il faisait cette requête. Je suis tombé des nues en voyant cet article, et étonné que personne n’y réponde. Les futurs commissaires politiques du climat affûtent leurs armes.


— En France, on considère parfois Pascal Bruckner comme un réactionnaire, alors qu’il défend l’idée de progrès. Comment expliquer ce paradoxe ?

P. B. — Plus je vieillis, plus je crois au progrès ! Je dois ma survie à la médecine et à la science. Il y a 100 ans, je serais probablement mort. C’est le sujet de mon dernier livre Une brève éternité, empli de gratitude envers la modernité même s’il faut distinguer le progrès moral du progrès matériel. Je reste un moderne, mais un moderne prudent.

M. S. — Beaucoup sont incapables d’imaginer que l’optimisme ne soit pas du déni. Pour un catastrophiste, être optimiste à l’égard du futur veut dire nier le changement climatique, ce qui est faux. Ce qui me fait peur, et on l’a vu après le discours horrible de Greta Thunberg devant les Nations unies, c’est que c’est Poutine qui aujourd’hui explique que beaucoup de pays pauvres voudraient se développer. Qui sont les défenseurs de la modernité aujourd’hui ? Poutine et Xi Jinping. Les Chinois et les Russes défendent la modernité et les aspirations des pays en développement. J’ai passé du temps en Afrique, où l’on m’a dit « on préférerait que ce soient les Américains qui investissent dans notre pays, mais ce sont les Chinois ». Ce qui est préoccupant, c’est que la Russie et la Chine ne sont pas des démocraties, mais des États autoritaires. Je suis favorable à l’énergie nucléaire que développent ces pays, mais, en Chine, il semble que le gouvernement récolte les organes des opposants politiques, utilise les réseaux sociaux et la reconnaissance faciale pour créer le panoptique [une architecture carcérale qui permet aux surveillants de tout voir] que Foucault craignait tant ; et Poutine se comporte comme un dictateur. Le mariage entre une croyance dans le progrès et la démocratie libérale était peut-être un phénomène temporaire. Je pensais, naïvement, que la prospérité conduirait la Chine à se démocratiser. Quelle erreur ! Comment peut-on être optimistes quand les seuls qui croient au futur et au progrès sont des leaders de régimes autoritaires ? Il semble que l’Ouest soit bien fatigué.

P. B. — Le fait d’être l’un des premiers à avoir critiqué Greta Thunberg en parlant d’infantilisme climatique me vaut encore les insultes de toute la doxa médiatique. J’ai même entendu quelqu’un sur France Culture parler de vieux mâle blanc à la virilité défaillante. Je ne vois pas le rapport ! Soutenir Greta, ce serait donc afficher une virilité triomphante ? Je pensais faire une remarque de bon sens : dans le cas de Greta Thunberg, la messagère cache le message. C’est une création médiatico-familiale, qui accapare totalement l’attention, et on a l’impression que l’écologie a commencé il y a un an, alors qu’on en parle depuis quarante ans ! Quand on dit qu’elle est un phénomène mondial, c’est faux aussi ! Elle n’est pas connue au-delà des États-Unis, de l’Europe et de l’Australie. Ailleurs, on la regarde comme une jeune fille de la bourgeoisie suédoise légèrement indécente quand elle ose se plaindre d’un sort enviable pour des millions d’autres enfants. Si une petite fille des îles Fidji ou des Maldives s’inquiétait de la montée des eaux, on aurait approuvé, mais Greta Thunberg, c’est le phénomène de l’enfant vedette, hypernarcissique, courtisée par Arnold Schwarzenegger, Leonardo DiCaprio et toute l’industrie du spectacle. Ses solutions, décroissance et privation, sont sommaires. Je crains pour son avenir, car ce sera dur pour elle après tout cette attention médiatique.


—  Est-ce que vous deux n’êtes pas trop obsédés par Greta Thunberg ?

M. S. — Qui est obsédé ? Elle est partout ! Tout le monde veut parler d’elle. C’est tellement cynique. Les écologistes radicaux se servent de Greta Thunberg comme d’une arme et, quand quelqu’un la contredit, ils accusent les critiques d’attaquer une enfant. Al Gore était Moïse, et Greta Thunberg, c’est Jeanne d’Arc.

P. B. —  Jeanne d’Arc croisée avec Fifi Brindacier. Tous ces adultes qui la soutiennent sont frappés de jeunisme : ils veulent absolument monter dans le train de l’histoire, prêts à courtiser n’importe quelle cause pour se sentir dans le coup.

M. S. — Je trouve intéressant que Pascal, qui est un homme d’un certain âge [70 ans], écrive sur le sexe, l’amour, et se montre jeune dans sa vision du monde, alors que Greta est un esprit âgé dans le corps d’une jeune femme. C’est un peu tragique, tous ces jeunes qui décrivent leur propre mort. Il semble que la gauche avait deux impulsions. Les hippies, avec leur amour libre, évoquaient un peu Peter Pan. Aujourd’hui, la gauche radicale est constituée de jeunes qui se comportent comme des grenouilles de bénitier. La candidate qui va probablement prendre la tête des sondages est Elizabeth Warren, apocalyptique à propos du changement climatique, et antinucléaire, parce qu’évidemment il n’y aura pas d’apocalypse si on développe une énergie décarbonée. Et, sans apocalypse, comment moraliser et mobiliser ? À chaque fois qu’Elizabeth Warren parle, j’ai l’impression d’être sur le point d’être puni. Pascal, pourquoi est-ce que le dynamisme et la jeunesse sont incarnés par la Russie et la Chine, malheureusement dans des États illibéraux et autoritaires, alors que l’Occident est fatigué et déprimé ?

P. B. — L’Europe est affectée depuis longtemps d’un complexe de culpabilité dû à son passé colonial. Elle a occupé le monde pendant quatre siècles. Contrairement à l’Empire ottoman qui a occupé une partie du monde pendant six siècles, elle éprouve un remords profond pour l’esclavage et l’impérialisme. Cette mauvaise conscience est en train de gagner la gauche américaine. Les États-Unis s’européanisent dans le camp démocrate et tout d’un coup regardent le progrès, nos acquis sociaux et culturels comme étant des marques d’infamie. L’histoire ne va plus vers le mieux, elle va vers l’effondrement. C’est la métaphore du Titanic utilisée par tous les écologistes. Nous sommes sur le Titanic et l’iceberg est là quelque part dans la nature. Une partie de l’Occident veut mourir, je le répète depuis Le Sanglot de l’homme blanc. Cette pensée funeste ne peut qu’instiller le désespoir dans la jeunesse. Si j’avais 18 ans aujourd’hui et que j’écoutais Greta Thunberg et Extinction Rebellion, je me dirais que mes parents m’ont volé mon avenir. Et, par conséquent, je ne peux faire rien d’autre que brûler des voitures ou me retirer à la campagne en attendant la fin du monde. Mais Greta Thunberg ou ces militants ne sont que des perroquets reprenant des mots qu’on leur a instillés. Il y a une volupté narcissique à entendre nos enfants [ou ceux confiés à l’école] nous dire « vous avez détruit ce monde ». Comme le dit Michael, il faut effectivement retrouver le sens de l’histoire, aller dans les pays pauvres ou anciennement pauvres comme la Chine ou l’Inde, qui ont gardé l’espérance d’un lendemain meilleur.

M. S. — Nietzsche, dans sa Généalogie de la morale, se demande pourquoi des gens voudraient devenir ascètes et se priver de nourriture. Parce que ça vous fait vous sentir puissant, ça vous donne du pouvoir sur les autres, et le pouvoir nous donne du plaisir ! C’est, je crois, ce qui est en train de se passer aujourd’hui. C’est sain, quand vous êtes un adolescent, d’être rebelle sur une courte période. Mais toute la société semble être devenue adulescente, même les gens au pouvoir. L’espoir pour un meilleur avenir est à chercher du côté de pays comme le Rwanda [c’est une scie : le Rwanda est une dictature assez brutale (voir documentaire de la BBC interdit de diffusion à Kigali) qui trafique ses chiffres macro-économiques !].

—  La démocratie libérale serait-elle une parenthèse dans l’histoire ?

P. B. — L’esprit des peuples en Europe occidentale est fatigué et inquiet. C’est un autre débat que l’écologie, mais les citoyens ont le sentiment aujourd’hui, et c’est le sens des protestations souverainistes et des démocraties illibérales, que l’Europe n’a pas su les protéger de la mondialisation, de l’immigration, du terrorisme islamique, et que, par conséquent, il faudrait revenir à une forme nationale plus classique pour retrouver la maîtrise de son destin. L’une des sources de l’épuisement démocratique, c’est ce sentiment de dépossession. Nous ne sommes plus maîtres chez nous. Nous pouvons même dans certains quartiers devenir étrangers. Ça explique cette méfiance vis-à-vis de la démocratie libérale. C’est pour cela qu’on retrouve chez des gens une grande admiration pour les despotes comme Erdogan ou Poutine, vénérés parce qu’ils font ce qu’ils disent. Aux yeux des populistes, la démocratie se perd dans des procédures interminables du fait de l’État de droit, alors que les démocratures sont, elles, beaucoup plus directes. Tout cela explique pourquoi les vieilles démocraties que nous sommes souffrent d’une crise de conscience. L’aspiration démocratique n’est pas morte, mais elle est en crise. Des sociétés, à certains moments, n’acceptent plus la tutelle d’un régime autoritaire, comme on peut le voir à Hongkong. Il y a un aller-retour étonnant entre de vieux peuples favorisés qui veulent un tyran pour les rassurer et de jeunes populations qui souhaitent renverser la tyrannie pour goûter à la liberté.

M. S. — Du fait de l’arme nucléaire, les guerres entre États disparaissent. Les taux de mortalité sur les champs de bataille n’ont jamais été aussi bas. On se tue désormais sur les réseaux sociaux ou à travers les idées politiques (rires). Si la gauche revient au pouvoir aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, Extinction Rebellion disparaîtra. Mais, si Trump est réélu, cette guerre culturelle se poursuivra. La gauche est bien devenue violente dans les années 1960 et 1970.

P. B. — Ce qu’on expérimente en France, ce sont des incivilités, des attaques brutales, des explosions de rage sans raison, contre la police ou les représentants de l’autorité. C’est plus un symbole d’anarchie. Ce qui nous menace n’est pas le fascisme, contrairement à ce que nous disent les esprits paresseux, mais la désagrégation du tissu social. L’écologie peut être un des ingrédients de cette colère et de ces frustrations.

M. S. — Il me semble que des mouvements comme Extinction Rebellion veulent plus de chaos, là où vos Gilets jaunes sont en demande de plus d’ordre. Sont-ils la nouvelle gauche et la nouvelle droite ?

P. B. — Les Gilets jaunes sont une fraction de la moyenne bourgeoisie inférieure délaissée, vivant dans les périphéries des villes, et qui a protesté en raison de la hausse du carburant. Une taxe écologique a mis le feu aux poudres. Leur idée de génie a été de se revêtir de ce gilet jaune, qui est la tenue des travailleurs sur la route ou des ouvriers du bâtiment. Et c’est une rancœur contre les grandes villes, Paris, Lyon, Bordeaux... Même s’ils étaient peu nombreux, le mouvement s’est propagé rapidement et sa violence a été instantanée. Les Gilets jaunes ont été accueillis par la droite parce qu’ils étaient blancs, mais en fait ils ont adopté les tactiques de guérilla des banlieues en allant dans le cœur des grandes métropoles, comme Paris, dont ils ont voulu détruire les symboles : souiller l’Arc de Triomphe, brûler l’Élysée, décapiter Macron... Même s’ils [le mouvement était protéiforme et a été récupéré par la gauche, voire l’extrême gauche] se sont alliés depuis aux blacks blocs, des casseurs en chemise noire, assez proches des faisceaux mussoliniens des années 1930, les Gilets jaunes étaient au départ des anars aux cheveux blancs. Des retraités qui ont retrouvé une solidarité autour des ronds-points qui, Michael ne peut pas le savoir, sont une spécialité française (rires). Pour reprendre une expression proverbiale, les Gilets jaunes s’occupaient de la fin du mois, Extinction Rebellion de la fin du monde. Les Gilets jaunes sont proches du phénomène du Brexit ou de l’électorat de Trump : c’est la classe ouvrière blanche qui se sent abandonnée et déteste Macron, trop brillant [bof !, il a raté deux fois Normale Sup »], trop éduqué, beau parleur, cosmopolite et issu des milieux de la banque. Ils adressent un avertissement solennel aux classes supérieures qu’on aurait tort de ne pas écouter. Les écologistes devraient y réfléchir à deux fois avant de vouloir serrer la vis aux gens du peuple qui ont déjà peu de choses. Les collapsologues souhaitent casser notre niveau de vie, nous faire accepter l’idée d’une sobriété heureuse. Ce qui fait penser que l’écologie radicale n’est compatible qu’avec un régime autoritaire.

M. S. —  C’est une nouvelle guerre de classes. D’un côté, il y a les électeurs de Trump, les pro-Brexit et les Gilets jaunes ; de l’autre, Extinction Rebellion, [Radio-Canada, les médias de grands chemins] les démocrates américains et les écologistes. Macron est une exception, dans le sens où il essaye de défendre le centre dans une époque de plus en plus clivée. Aux États-Unis, Trump a maintenu sa base électorale, Boris Johnson semble réussir le Brexit, mais, en France, Marine Le Pen ne semble toujours pas pouvoir gagner...

P. B. — Macron a recréé à l’intérieur de La République en marche la gauche et la droite, parce que ces deux courants s’affrontent régulièrement au sein de son parti. Certains diront que c’est un jongleur, d’autres une girouette. J’ai voté pour lui et je revoterai pour lui, parce qu’il nous a prémunis de deux dangers majeurs, l’incompétente de l’extrême droite et le fada de l’extrême gauche. On l’a échappé belle, mais pour combien de temps ? Le principal problème de Macron est le régalien. C’est un séducteur, pas un chef d’État. S’il n’a pas une action ferme sur la sécurité, le terrorisme et l’islam politique, si la France continue à être balayée par des grèves à répétition, des attentats, des manifestations violentes, il risque d’être balayé en 2022. Marine Le Pen, Dieu merci, n’a pas le logiciel politique pour diriger un pays comme la France. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon, qui, lui, est discrédité et vit sous la dictature de ses humeurs. C’est ce qui nous a sauvés. Mais s’il y avait un Donald Trump en France, c’est-à-dire un individu, homme ou femme, qui brave les tabous et propose une autre voie, Macron perdrait, c’est certain.

M. S. — Vu qu’Angela Merkel est déclinante et que Boris Johnson est en train d’organiser le départ de son pays de l’Union européenne, la France devient le chef de fil de l’Europe. Vous voyez d’ailleurs Macron s’opposer à Trump, tout en dénonçant les positions de Greta Thunberg, deux figures radicales. Macron est un espoir pour un pouvoir libéral et modéré en cette période d’extrémisme.

P. B. — Macron est une chance qui ne sera peut-être jamais déployée. Au moment où Trump se retire de Syrie, où l’Amérique abandonne tous ses alliés, plus aucun peuple ne peut désormais compter sur la promesse américaine, contrairement à ce qui s’est passé avant. Il n’y a plus que la France à porter ce rêve libéral et démocratique du monde occidental. Et c’est le dernier pays dans l’Union européenne, après le départ britannique, qui a une armée. Évidemment, nous sommes des nains comparés aux États-Unis. Mais Macron a-t-il la carrure, le charisme et la persuasion pour entraîner les Européens avec lui ? Pour l’instant, il n’est pas aimé en Europe, comme l’a rappelé l’affaire Sylvie Goulard. J’adorerais que la France reprenne son rang, mais je n’en suis pas certain. Pour cela, il faut déjà qu’on remette de l’ordre chez nous, que les trains recirculent normalement, que des hordes de voyous ne viennent pas chaque semaine terroriser les centres-ville et briser le mobilier urbain. La grande politique commence dans les petits détails.

Voir aussi

Greta Thunberg : le colonialisme, le racisme et patriarcat ont causé la crise climatique

Robert Redeker : « L’école s’applique à effacer la civilisation française » (Le Sanglot du maître d’école blanc)

Peter Taalas, responsable du climat à l’ONU : « Arrêtez de vous inquiéter, faites des bébés ! »

Belgique — Connaissances scientifiques des élèves sur le climat en recul

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dimanche 8 décembre 2019

L’égalité des chances d’une inégale éducation

Jean-Philippe Delsol publie « Éloge de l’inégalité » aux éditions Manitoba. L’auteur s’insurge contre la doxa contemporaine qui voudrait que l’égalité soit la mesure de toute chose. Extraits. Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste et président de l’Iref (Institut de recherches économiques et sociales).

L’éducation est paradoxalement le domaine où il peut régner la plus grande égalité parce qu’elle est l’objet de la plus grande inégalité par nature. L’éducation est en effet le lieu même où ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas encore. Par définition, elle enseigne ce que les générations passées ont déjà appris pour éviter que le petit d’homme ait à redécouvrir tout ce que les civilisations antérieures ont déjà découvert et le progrès que cela leur a permis. Elle apprend aussi, et c’est essentiel, à porter un regard critique pour pouvoir aller plus loin. Mais pour disposer de cet esprit interrogateur et constructif encore faut-il connaître l’état du savoir porté par les générations antérieures. Il s’agit donc d’une relation nécessairement inégale dans laquelle l’autorité enseigne les acquis en même temps qu’elle ouvre à leur questionnement. C’est le rôle en effet de la bonne tradition de délivrer « tout prêt » ce que des siècles ont permis d’accumuler de bon pour les hommes, ce qui a réussi dans le passé pour le porter plus loin. Sinon, il faudrait que chaque génération recommence sans fi n et nous en serions encore à l’âge de pierre.

Mais encore faut-il recevoir et acquérir cet enseignement. Sans l’éducation, les enfants recueillis par des animaux à la naissance ou peu après, comme plus simplement ceux que des parents laissent végéter dans la solitude d’un placard, comme cela arrive malheureusement encore quelquefois, demeurent sauvages et souvent restent attardés toute leur vie s’ils ne bénéficient pas d’un retour précoce à la civilisation et à l’apprentissage de leur monde. Les enfants d’homme, à l’inverse de ceux des animaux, naissent avec une capacité d’apprentissage, mais peu d’acquis. Ainsi, parce que cette transmission est donc si nécessaire à l’homme, parce qu’elle est constitutive de son devenir, les parents doivent bien entendu en avoir, les premiers, le souci, mais la collectivité doit sans doute légitimement veiller à ce que tous les enfants bénéficient de cette instruction et faire en sorte que chacun puisse recevoir celle qui lui est la plus adaptée de telle façon que la communauté des hommes appelés à vivre ensemble soit assurée que chacun peut faire prospérer ses propres talents et qu’aucun ne perde cette chance sauf à la rejeter lui-même. L’État n’a pas pour autant particulièrement vocation et n’a aucune obligation à prendre en charge lui-même l’enseignement, mais seulement le devoir de s’assurer que tous peuvent y accéder.

La réalité est que le monopole de l’instruction, qui a peut-être eu quelques mérites au temps des hussards noirs de la République, a désormais démontré son incapacité à délivrer les bases du savoir à tous et à promouvoir les élèves les plus prometteurs. Cette difficulté qu’a rencontrée l’école publique à remplir sa mission tient au fait qu’elle a voulu garantir l’égalité de niveau de tous les enfants et que, ce faisant, elle a dû les abaisser tous à l’étiage des plus médiocres à défaut de pouvoir relever celui de ces derniers. Mais plus fondamentalement, cette attitude a découlé naturellement de la centralisation du système scolaire joint à la volonté d’imposer plus que l’égalité des chances, une égalité sans retenue ni discernement, sans considération des différences et des attentes de chacun. L’échec de l’école tient souvent à la formation même des maîtres auxquels certains apprennent désormais à ne plus enseigner pour ne pas rompre le rapport naturel d’égalité avec leurs élèves.

La liberté scolaire viendrait rétablir une saine compétition entre les établissements scolaires pour faire ressortir les méthodes qui marchent et celles qui échouent et permettre aux parents de choisir entre eux. Elle répondrait mieux aux besoins des enfants autant que des parents.

Car au-delà de l’instruction proprement dite, le but de l’école est d’apprendre aux enfants à être autonomes. Une autonomie nécessaire pour permettre à chacun d’eux, selon le mot de Pindare, de devenir ce qu’ils sont, de s’ouvrir à une culture d’interrogation sur la profondeur de leur ignorance, de gérer l’incertitude et le questionnement permanents de l’existence, d’accepter des réponses possibles là où nous aimerions tant des réponses certaines, de transcender le tragique que traverse toute vie d’homme. Et cette autonomie, c’est-à-dire l’exercice de sa liberté par l’enfant, ne peut pas être bien enseignée par des écoles et des professeurs qui ne sont pas maîtres de leurs enseignements, qui ne sont pas eux-mêmes autonomes.

C’est à ce titre que la liberté scolaire est nécessaire presque de manière anthropologique, parce que des enseignants qui n’ont pas la liberté du contenu de leur enseignement et de leurs méthodes d’enseignement ne sont pas préparés, ne sont pas construits pour enseigner l’art de la liberté et de son exercice. Il est difficile d’apprendre aux autres ce que l’on ne vit pas. Celui qui est coulé dans le moule uniforme d’un système de masse a forcément de la peine à penser et à accepter tout à la fois la singularité et la diversité, à les valoriser, à les prendre en compte, à apprendre à progresser avec l’inquiétude congénitale de l’homme sur lui-même et à en tirer parti. L’école d’État ne vit que de ses certitudes, de ses méthodes et ses programmes imposés, trop souvent enfermée dans son carcan idéologique qui l’empêche de guider les élèves dans un monde ouvert.

En matière d’éducation, l’État n’a pourtant ni obligation ni même vocation naturelle à construire des écoles et embaucher des enseignants, mais seulement de s’assurer que tous les enfants reçoivent une instruction correcte et de favoriser leur éducation. À cet égard, la liberté scolaire peut prendre des formes diverses, au travers du bon scolaire remis à chaque famille pour payer l’école de leur choix pour leurs enfants (comme en Suède par exemple [malheureusement le programme étatique y est imposé à ces écoles]) ou par un subventionnement objectif des écoles indépendantes (comme avec les écoles libres ou les Académies en Angleterre, ou les écoles à charte aux États-Unis, ou encore comme aux Pays-Bas). Peu importe du moment qu’elle existe. Partout les résultats sont là aussi pour démontrer que, globalement, les enfants sont les bénéficiciaires de la liberté scolaire. Simplement parce qu’elle répond à leur besoin naturel, parce que des écoles autonomes enseignent mieux l’autonomie, que des écoles libres forment mieux à la liberté.

Selon une étude de l’OCDE/PISA du 11 juin 2018, les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. L’autonomie des écoles, note cette étude, favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus flexibles et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants : conditions de travail, formation permanente, évaluation régulière, participation au projet de l’école…

Certes, quand les écoles sont autonomes, voire indépendantes, l’État doit conserver un certain contrôle de la qualité et de la sécurité de ces établissements comme il doit veiller à empêcher toute dérive sectaire [note du carnet : mais cette concession à l’État permet aussi de s’opposer à des écoles religieuses peu à la mode, voir les mennonites au Québec, il suffit que quelques médias et une ancienne ministre déforment la vérité pour que ces « sectes » perdent toute crédibilité]. Mais ainsi, l’égalité en droit de tous les parents est respectée dans le choix de l’éducation de leurs enfants en même temps que ceux-ci disposent d’une égalité de chances préférable à celle que leur offre aujourd’hui en France la sectorisation scolaire qui fait obligation aux enfants d’aller dans des collèges ou lycées affectés selon leur résidence.


ÉLOGE DE L’INÉGALITÉ
de Jean-Philippe Delsol,
aux éditions Manitoba,
206 pp.,
19,50 €.

Voir aussi

Éloge de l’inégalité : un livre qui commence bien puis tombe dans les clichés [économiques] des années 80

Québec et PISA 2018 — bons résultats en maths, baisse en sciences, immigrants à la traîne et fort taux de non-participation des écoles

Les élèves canadiens continuent d’être parmi les meilleurs du monde en mathématiques, en sciences et en lecture, selon la dernière enquête du Programme international pour le suivi des acquis (PISA 2018) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le Québec se démarque de la moyenne canadienne en mathématiques. Les résultats des filles ont surpassé ceux des garçons en lecture, alors que c’est l’inverse en mathématiques. En sciences, ils ont tous en moyenne les mêmes notes.


Bons résultats en lecture, mais baisse depuis 2000

Les élèves canadiens de quinze ans font bonne figure et se classent sixièmes au monde, derrière quatre provinces chinoises, Singapour, Macao, Hong Kong et l’Estonie. Les élèves canadiens ont, à 86 %, atteint un niveau où ils peuvent au minimum identifier l’idée principale d’un texte, trouver de l’information et avoir une réflexion sur l’objectif et la forme du texte.

Les Québécois arrivent troisièmes au Canada, derrière l’Alberta et l’Ontario, mais ex æquo avec la Colombie-Britannique. Statistiquement, les Québécois ont des résultats comparables en lecture à Macao, Hong Kong, l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, la Corée et la Pologne.



Au Canada et au Québec, ainsi que dans les pays de l’OCDE en moyenne, le rendement en lecture a diminué entre 2000 et 2018. En 2000, le score des Québécois était de 536 (3e au Canada) alors qu’en 2018 il n’était plus que de 519 (3e ex aequo).


Lire même quand on n’y est pas obligé

Une attitude positive envers la lecture est liée positivement au rendement en lecture. Les élèves ayant indiqué qu’ils aiment lire surpassent ceux qui n’aiment pas lire, comme en attestent leurs réponses aux énoncés sur les attitudes envers la lecture. Ce constat se retrouve dans tous les pays de l’OCDE et dans toutes les provinces du Canada, sauf à l’Île-du-Prince-Édouard, où les scores des élèves ne diffèrent pas de façon significative selon leurs réponses à deux des cinq énoncés sur la lecture. Au Québec, alors que le score des élèves qui disent lire quand ils n’y sont pas du tout obligés est de 558, celui qui disent ne s’y résoudre qu’absolument obligés n’est que de 481.


Les élèves étaient aussi interrogés sur le temps qu’ils consacraient à la lecture pour le plaisir. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, 44 %, au Québec ne lisent pas pour le plaisir, ce qui dépasse légèrement à la proportion mise en lumière à l’échelle des pays de l’OCDE (42 %). Cette proportion va de 37 % en Alberta et en Colombie-Britannique à 49 % à Terre-Neuve-et-Labrador. La proportion d’élèves du Canada qui consacrent une ou plusieurs heures par jour à lire pour le plaisir est aussi similaire à celle des pays de l’OCDE (16 % et 17 %, respectivement). Au Canada, la proportion d’élèves de cette catégorie va de 12 % à l’Île-du-Prince-Édouard à 18 % en Alberta.


Dans l’ensemble du Canada, les élèves qui préfèrent lire sur papier ont obtenu des scores plus élevés que ceux qui préfèrent les appareils numériques ou qui lisent dans les deux formats à une fréquence égale. Pour les 30 % d’élèves qui disent lire rarement ou ne jamais lire de livres, le rendement en lecture est significativement plus faible que celui de leurs pairs qui lisent dans les deux formats. Dans toutes les provinces, les élèves qui préfèrent lire sur papier ont obtenu de meilleurs résultats que leurs pairs qui ont dit lire rarement ou ne jamais lire de livres, ou préférer lire sur des appareils numériques. Dans la majorité des provinces, il n’y a pas d’écart statistiquement significatif dans les résultats en lecture entre les élèves qui lisent dans les deux formats à une égale fréquence et ceux qui lisent plus souvent sur papier, à l’exception du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique, où ces derniers ont obtenu un meilleur rendement en lecture.

Immigration : faibles résultats même à la seconde génération dans l’OCDE et au Québec

Le Canada arrive en deuxième position dans le monde, après l’Australie seulement, pour ce qui est de sa population née à l’étranger, en proportion de sa population globale. Selon les études, les enfants issus de familles immigrantes sont plus susceptibles d’être défavorisés en matière de scolarité. À partir de données de cycles antérieurs du PISA, du PIRLS et de la TEIMS (Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences), des études ont conclu qu’un écart de rendement existait entre les élèves immigrants et non immigrants dans les trois domaines concernés, soit la lecture, les mathématiques et les sciences, dans les pays de l’OCDE.

Au Canada, les immigrantes et immigrants sont plus susceptibles que les non-immigrantes et non-immigrants de se trouver dans des catégories de faible revenu. Notons que la comparaison du rendement moyen des élèves de la population immigrante et des élèves nés au Canada doit être traitée avec circonspection. En effet, les résultats moyens masquent parfois des écarts significatifs entre différents groupes d’élèves immigrants. Les enfants et les jeunes issus de l’immigration ne composent pas un groupe homogène. Ils varient selon l’endroit où ils ont été scolarisés auparavant, l’âge auquel ils ont été scolarisés dans l’une des deux langues officielles du Canada et s’ils parlaient déjà français ou anglais en arrivant au Canada. Comme leurs homologues nés au Canada, les enfants et les jeunes issus de l’immigration se distinguent aussi selon le niveau de scolarité de leurs parents. Bref, les enfants immigrés d’une famille d’immigrants belges francophones dont le père est ingénieur partagent peu des désavantages scolaires et linguistiques avec ceux d’une famille de réfugiés afghans.


Dans le PISA, les élèves sont classés selon trois catégories liées au statut d’immigration :
  • Les élèves non immigrants ont au moins un parent né dans le pays où l’évaluation a eu lieu, que l’enfant soit ou non né dans ce pays.
  • Les élèves immigrants de deuxième génération sont nés dans le pays où l’évaluation a eu lieu, mais leurs parents sont nés à l’étranger.
  • Les élèves immigrants de première génération sont nés à l’étranger, comme leurs parents.
Au Canada, 35 % des élèves se sont identifiés comme étant issus de l’immigration. À l’échelle provinciale, la proportion la plus élevée d’élèves issus de l’immigration se trouve en Ontario (44 %) et en Colombie-Britannique (41 %). Dans la majorité des pays et des économies ayant participé au PISA 2018, les élèves non immigrants surpassent leurs pairs immigrants de première et de deuxième génération. Cette constatation vaut pour tous les cycles précédents du PISA.

En règle générale, les élèves du Canada issus de l’immigration ont obtenu d’aussi bons résultats à l’évaluation en lecture que les élèves non immigrants. Cependant, si nous examinons les différents groupes, les élèves immigrants de première génération, au Canada, sont surpassés par leurs pairs non immigrants et immigrants de deuxième génération. Les écarts les plus notables s’observent au Québec, où les élèves non immigrants surpassent leurs pairs immigrants de première et de deuxième génération, comme c’est le cas généralement dans les pays de l’OCDE, mais pas dans l’ensemble du Canada hors Québec.

Résultats en lecture selon le statut d’immigrant

Comme l’illustre le graphique ci-dessous, le rendement en lecture des élèves qui parlent une autre langue que le français ou l’anglais à la maison est inférieur à celui des élèves qui parlent l’une des deux langues officielles. Les élèves qui parlent français à la maison ont obtenu de meilleurs résultats que les élèves qui parlent une autre langue que le français ou l’anglais au Québec et en Saskatchewan, mais de moins bons résultats à Terre-Neuve-et-Labrador, au Nouveau-Brunswick et en Ontario.


Très bons résultats en mathématiques

Résultats en mathématiques
Au Canada, les élèves du Québec ont obtenu un rendement supérieur à la moyenne du Canada en mathématiques et égal à la moyenne en sciences, comme le montre le tableau 3.6. En Alberta, le rendement des élèves est supérieur à la moyenne du Canada en sciences, et égal à la moyenne du Canada en mathématiques. Les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse ont obtenu un rendement inférieur à la moyenne du Canada en mathématiques et égal à la moyenne du Canada en sciences. Les élèves du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de la Saskatchewan affichent pour leur part un rendement inférieur à la moyenne du Canada dans les deux domaines secondaires.

Dans les pays de l’OCDE, en mathématiques, les garçons ont obtenu en moyenne cinq points de plus que les filles à l’évaluation du PISA 2018. Dans l’ensemble du Canada, les garçons ont aussi obtenu cinq points de plus en moyenne que les filles. Au Québec les garçons ont 7 points de plus (536) en mathématiques que les filles (529). Les garçons québécois les plus performants (niveaux 5 et 6) en mathématiques sont plus nombreux (23,2 %) que les filles les plus performantes (19 %). Seuls 15,3 % des élèves au Canada atteignent ce niveau.

Baisse en sciences

Les élèves du Québec ont obtenu un rendement égal à la moyenne canadienne en sciences. Au Québec les filles ont 3 points de plus (523) en sciences que les garçons (520), ce qui n’est pas statistiquement significatif.

Résultats en sciences

Les résultats en sciences ont baissé au Québec et au Canada entre 2015 et 2018. En sciences, dans les pays de l’OCDE, le rendement moyen est également demeuré généralement stable de 2015 à 2018, bien que des variations aient été observées dans certains des 64 pays ayant participé aux deux cycles. Le rendement en sciences a augmenté de façon statistiquement significative dans six pays, il a diminué dans 20 pays et n’a pas connu de variation statistiquement significative dans les autres pays. Dans l’ensemble du Canada, le rendement en sciences a connu une baisse statistiquement significative entre 2015 (528) et 2018 (518) alors que le Québec a également connu une baisse statistiquement significative entre 2015 (537) et 2018 (522).



Limites des tests PISA

Il existe des raisons d’être sceptique quant aux classements PISA et à la manière dont ils sont utilisés pour comparer les résultats des élèves ou pour identifier les meilleures pratiques ou solutions aux problèmes en éducation.

Tout d’abord, le PISA ne mesure ni les objectifs finaux ni les programmes d’étude d’un pays donné. Tous les pays ont leur propre cursus, raison pour laquelle le PISA s’attèle plutôt à évaluer l’aptitude des étudiants à résoudre des problèmes. Concrètement : les élèves doivent résoudre des problèmes orientés vers la vie quotidienne qui peuvent être résolus de diverses manières, par exemple avec ou sans règle de trois, sans que cela ne soit précisé. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un test de connaissances.

Les tests PISA sont relativement simples : aucune démonstration mathématique, aucune dissertation, aucune rédaction structurée faisant appel à des connaissances « encyclopédiques ». C’est ainsi, qu’alors que la Finlande caracolait en tête des tests PISA, les professeurs d’université finlandais se plaignaient que les jeunes diplômés de l’école secondaire débarquaient à l’université avec des connaissances insuffisantes. Comme le soulignait le professeur George Malaty, PISA ne nécessite pas l’apprentissage des mathématiques comme structure : « Nous savons que nous n’aurions aucun succès à PISA si on demandait aux élèves une compréhension des concepts ou des relations mathématiques. Le plus difficile pour nos élèves est de faire une démonstration, ce qui est compréhensible puisqu’on n’apprend pas les mathématiques comme structure dans nos écoles [finlandaises]. » La Finlande met l’accent sur les seules « compétences », notamment arithmétiques, des compétences orientées ici vers la vie quotidienne, ce qui prépare bien à ce qu’évalue justement PISA. Celui a conduit à inculquer simplement des règles pratiques aux élèves en les entraînant à les utiliser et à « donner les bonnes réponses » au genre de tests administrés par PISA.

En outre, les enquêtes PISA établissent avant tout des corrélations, mais pas des liens de causalité irréfutables.

PISA fait également l’impasse sur des éléments essentiels d’une bonne éducation : la compréhension de l’histoire, de la politique, la culture générale, le caractère, la créativité, le sens du beau, le talent sportif ou encore les aptitudes à la communication.

Enfin, on essaie de déterminer à l’aide des enquêtes PISA les politiques scolaires qui seraient à l’origine de l’amélioration ou de la baisse des résultats. Et cela souvent sans considérer des facteurs sociétaux externes à l’école et aux politiques scolaires qui évoluent également : une crise économique, l’immigration en hausse, des habitudes de lecture à l’extérieur de l’école, etc.

Faible taux de réponse des écoles québécoises

À l’échelle du Canada, 1073 écoles ont été sélectionnées pour participer au PISA 2018, et 782 de ces écoles sélectionnées initialement y ont effectivement participé. Plutôt que de calculer le taux de participation des écoles en divisant le nombre d’écoles participantes par le nombre total d’écoles, le taux de réponse des écoles a été pondéré en fonction du nombre d’élèves de 15 ans inscrits dans chaque école. À l’échelle provinciale, les taux de réponse des écoles après remplacement se situaient entre 80 % au Québec et près de 100 % à Terre-Neuve-et-Labrador. Le taux de réponse des écoles pour l’ensemble du Canada était de 89 %. De nombreuses écoles québécoises sélectionnées ne participent pas aux tests PISA. S’agit-il d’écoles faibles ? Le rapport ne l’indique pas.

Taux de réponse des écoles au Canada — PISA 2018



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samedi 7 décembre 2019

Les conséquences statistiques de la Révolution sexuelle ?





L'auteur de la première vidéo précise : « J'ai été un peu rapide à conclure sur la causalité. En la matière, certaines études affirment qu'il y a causalité, mais ça ne fait pas consensus... Par honnêteté intellectuelle, je me dois de le signaler. » Il ajoute quelques autres remarques dans cette seconde vidéo.




vendredi 6 décembre 2019

Saint-Nicolas — agression contre le Père Fouettard devant des enfants à Bruxelles

Nous sommes mercredi 27 novembre dernier. Ce jour-là, comme le rapporte Ilico, un magasin situé à Uccle (commune chic de Bruxelles) organise une animation de Saint Nicolas en présence du grand saint et du Père Fouettard.

Saint Nicolas (à droite) et son acolyte, le Père Fouettard


Si dans un premier temps il n’y avait que des parents et enfants, ils ont vite été rejoints par des fauteurs de troubles. « Un jeune filmait Saint Nicolas et père fouettard, en souriant. Puis, il a pianoté sur son cellulaire. Il a sûrement envoyé les images sur un groupe. Et dans le quart d’heure qui suit, 7, 8 personnes ont rappliqué », raconte un témoin à nos confrères.

Rapidement, plusieurs membres du groupe interpellent l’acolyte de Saint Nicolas : « Ils se sont approchés à 2 cm du visage du père fouettard et ils l’ont reniflé. Ils ont passé le doigt sur son visage et ils ont dit : Est-ce que c’est naturel ? Et puis, un autre est arrivé et a dit : Vous connaissez le phénomène du black face ? Vous savez qui vous êtes ? Le père fouettard a dit : Oui, je suis le père fouettard. Et l’homme a répondu : Et pourquoi vous êtes noir ? Le père fouettard a dit : Parce que je vais dans les cheminées. Des gens continuaient de filmer. La scène s’est déroulée devant des enfants. Le père fouettard a dû s’éclipser », explique le témoin.

Pour rappel, la couleur de Père Fouettard divise depuis plusieurs années. La polémique fait surtout rage aux Pays-Bas, même si elle avait franchi nos frontières il y a quelques années, au point de pousser le centre pour l’égalité des chances Unia à se positionner en 2014.

On rappellera qu’Unia avait conclu en 2014 que ni la tradition ni le personnage, même grimé en noir, ne s’apparentent à du racisme ou de la discrimination. Sauf si des propos explicitement racistes voient le jour autour du personnage lors d’une fête. Unia recommande toutefois que la Saint-Nicolas soit traitée « avec précaution », pour que le débat sur le père fouettard ne prenne pas des proportions extrêmes.

Source

jeudi 5 décembre 2019

Allemagne — les élèves issus de l'immigration ont des résultats « nettement inférieurs »

ALLEMAGNE – Classement PISA 2019 : les résultats des élèves allemands de 15 ans ont à nouveau baissé.

Les résultats PISA des écoliers allemands se sont améliorés pendant plusieurs années, voilà que leur performance est à nouveau en baisse à nouveau. (Lire aussi Après deux décennies de tests PISA pourquoi les résultats n’augmentent-ils pas plus ?) Die Zeit a interrogé deux chercheurs en éducation sur la situation allemande. Kristina Reiss est un professeur de mathématiques et doyenne de l’École d’éducation à l’Université technique de Munich. Elle dirige la partie allemande de l’étude PISA. Olaf Köller est professeur de sciences de l’éducation et directeur scientifique de l’Institut Leibnitz pour la pédagogie des sciences naturelles et des mathématiques (IPN).


Kristina Reiss — J’ai été vraiment surprise que la joie de lire diminue dans le monde entier, y compris en Allemagne. Je ne m’attendais pas à cela et ça me déprime.

Olaf Köller — J’ai été surpris de voir à quel point la performance des étudiants allemands a diminué de façon générale. Depuis le choc PISA [en 2000], les résultats s’étaient constamment améliorés, il y a trois ans, ils ont stagné, maintenant les résultats sont redevenus inconfortables.

Reiss — Je vois pas les choses de manière aussi négative. En 2000, les jeunes Allemands de 15 ans étaient inférieurs à la moyenne de l’OCDE en lecture, en mathématiques et en sciences. Ils sont de nouveau au-dessus de la moyenne dans tous les domaines. Considérant que la proportion d’étudiants issus de l’immigration a considérablement augmenté, passant de 22 % 2000 à 36 % aujourd’hui, le résultat peut être considéré comme un succès.

Die Zeit — Quel rapport entre les deux ?

Reis — Les jeunes issus de l’immigration ont plus de difficultés en raison de leur origine sociale et linguistique et obtiennent en moyenne des résultats nettement inférieurs aux élèves sans origine immigrée. Compte tenu de cette évolution démographique, il fallait s’attendre à ce que le système scolaire subisse des pressions. Je suis satisfaite des résultats.

Köller — Je vois d’autres raisons de s’alarmer. Le groupe dit à risque, c’est-à-dire les jeunes de 15 ans qui ne savent ni écrire ni calculer correctement, représente 21 % des élèves, un nombre quasiment aussi important qu’en l’an 2000. Dans certaines écoles, leur part peut atteindre 30, 40, voire 50 pour cent, selon les États fédéraux (Länder). Cela signifie qu’un élève sur deux n’a même pas les compétences de base pour un apprentissage scolaire. C’est dramatique.

Reis — Mais il ne s’agit pas d’un problème purement allemand ; nos voisins, la Suisse, les pays du Benelux et même la Finlande, l’ancien pays phare, sont également sous pression.


Die Zeit — L’effet des nombreux réfugiés est-il discernable dans ces résultats ?

Reis — Non, les réfugiés ne représentent qu’une très petite partie des immigrants. La baisse dans l’étude ne leur est pas imputable.

Köller — Le groupe le plus important correspond aux enfants des migrants éduqués et diplômés en Allemagne, ce qu’on nomme la deuxième génération. Les familles d’immigrants ont plus d’enfants que les familles allemandes de souche. Par conséquent, la proportion d’élèves issus de l’immigration augmente. Leurs résultats n’ont pas empiré, mais ils sont de plus en plus nombreux [et la moyenne baisse donc].

Reis — En outre, la proportion de familles immigrantes qui parlent allemand à la maison s’est réduite [les immigrants issus de l’Europe de l’Est et de Russie adoptaient rapidement l’allemand, cette source a fortement diminué]. Cela a également un effet négatif sur les résultats.

Die Zeit — L’espoir que les migrants s’assimilent petit à petit est-il donc déçu ?

Reis — On ne peut pas parler des migrants en général. Pour l’instant, ce groupe est incroyablement hétérogène. Dans le passé, les enfants provenaient principalement de familles d’immigrants originaires de Turquie, de Pologne et de l’ancienne Union soviétique. Ces étudiants sont toujours fortement représentés, mais d’autres pays d’origine s’y sont désormais adjoints, un mélange bigarré [sic] d’enfants originaires de Syrie, du Kosovo, de Roumanie, de Croatie et de nombreux autres pays. Autre chose à retenir : comparée aux autres pays européens, l’Allemagne est plus susceptible d’avoir des immigrés socioéconomiquement faibles. Cela a également également un impact sur les résultats.


Évolution des résultats des élèves de 15 ans allemands aux études PISA (2000-2018)


[...]

Köller — Après le choc PISA [en 2000], les gouvernements ont beaucoup pour promouvoir la lecture. Il y a aussi eu une certaine amélioration dans les leçons de mathématiques. Après cela, les États fédéraux se sont essoufflés.

Reis — Les Länder et les écoles ont toujours en tête le soutien linguistique [auprès des enfants non germanophones]. Nous nous sommes penchés sur le sujet pour la présente étude. En 2009, un peu moins de 30 % des étudiants non germanophones avaient suivi des cours de soutien de langue alors que cette proportion était de 67 % en 2018. C’est encourageant.

Köller — Formellement, c’est vrai. Cependant, les enseignants de soutien sont souvent des enseignants suppléants, en partie à cause de la pénurie d’enseignants [...]. En outre, le soutien linguistique est plutôt aléatoire dans de nombreux endroits. À ce jour, il n’existe pas de programme national et systématique de soutien linguistique. Au lieu de cela, les écoles bricolent leurs propres concepts. Ensuite, il est question de renforcer la confiance en soi des élèves ou d’encadrer les enseignants. Seule la chose la plus importante est souvent négligée : la pratique régulière de la lecture, par exemple, en lisant à haute voix. Cela peut sembler démodé à certains enseignants, mais être capable de lire couramment est la base de tout.

Die Zeit — Si on parle moins l’allemand à la maison, alors peut-être on devrait agir sur le fait que la langue est parlée uniformément à l’école. Avons-nous besoin d’obliger à parler allemand dans nos cours d’école ?

Reiss — Obliger ou interdire est de peu d’utilité, selon l’expérience. Mais pour que les enfants apprennent à lire et à écrire correctement, ils doivent avoir de nombreuses occasions de parler allemand dans la vie de tous les jours. Par exemple, en l’offrant de manière solide et à temps plein.

Die Zeit — Mais les effets sur le plan des apprentissages scolaires ont été jusqu’à présent décevants.

Köller — Parce que la journée n’est pas utilisée correctement. Ainsi si Ali et Samira — ou même Tom et Marie — ont des problèmes en classe le matin, l’enseignant doit les remettre à l’enseignant de soutien dans l’après-midi [après les heures de classe obligatoire]. Dans de nombreuses écoles ouvertes toute la journée, on ne fait que surveiller les enfants l’après-midi et ils n’apprennent rien.

Reis — Tout aussi important : la promotion systématique de la langue [allemande] doit commencer à l’école maternelle.

Köller — Il faut insister sur le systématique. Dans de nombreuses garderies ou écoles maternelles, le soutien linguistique n’occupe que 40 minutes par semaine pour des groupes de 20 enfants d’âges variés. C’est absurde. Les enfants qui ne parlent peu l’allemand ont besoin d’un soutien linguistique quotidien bien plus long. [...]


Source Die Zeit

mercredi 4 décembre 2019

Le syndicalisme CPE : «un des pouvoirs les plus forts au Québec»

L'État québécois a créé un nouveau pouvoir ces dernières années. Un énorme monopole qui empêche toute remise en question du réseau de garderies extrêmement coûteux et donc toute remise en question de la politique familiale québécoise qui n'a, notamment, aucun impact sur la natalité ni même sur les résultats scolaires (les résultats du Québec dans les tests internationaux n'ont pas augmenté depuis leur mise en place).

Devant ce qui semble être une réelle volonté du gouvernement Legault de mettre de l’avant les classes de maternelle quatre ans, Mario Dumont dévoile une des réelles forces derrière l’opposition «démesurée» au projet.


S’avouant d’entrée de jeu peu enthousiaste devant cette proposition de la CAQ, l’animateur se dit toutefois encore surpris des violentes critiques qu’elle suscite. «Tu as l’impression que le gouvernement veut fermer des hôpitaux», image-t-il pour décrire la réaction de partis d’opposition comme le Parti québécois (PQ) et Québec Solidaire (QS).

«Ils ne diront jamais la vérité parce qu’ils ont les mains attachées par le syndicalisme CPE. C’est un des pouvoirs les plus forts au Québec», juge Mario Dumont.


«C’est devenu une idéologie [...] On dit que la science est derrière les CPE, mais ce sont des universitaires qui ont tout misé là-dessus. Toute leur pensée et leur carrière sont basées dessus», ajoute-t-il.

«S’il y en a un qui peut parler de ça au Québec, c’est moi. J’ai voulu m’attaquer au monopole des CPE et c’est probablement une des raisons politiques pour lesquelles j’ai fini comme un gruyère plein de trous», conclut l’ex-politicien.

Entretemps, le ministre de l'Éducation est plus déterminé — diront les âmes charitables — que jamais au sujet du projet des classes de maternelle 4 ans. Il va annoncer plus de 300 nouvelles classes, dès l'an prochain. Les critiques savent que l'ancien instituteur devenu ministre ne brille pas par sa modération ou sa capacité à mettre en doute ses projets préférés. C'est pourtant le dossier le plus impopulaire de la CAQ selon un sondage Léger souligne Mario Dumont.

Actuellement, ce sont 18 000 enfants de 4 ans qui n'ont accès à aucun service éducatif. Voilà pourquoi il n’est pas question de ralentir la cadence. L'an prochain, 350 classes s'ajouteront aux 660 déjà existantes.

«En septembre 2020, 1000 classes de maternelle 4 ans. Et chacune de ces classes-là a été validée par les commissions scolaires, parce qu'il y a de la place», assure le ministre Jean-François Roberge.

Source


Le numérique à l’école: consommation ou outil de co-création?



Les écrans sont partout, et de plus en plus dans les mains des enfants. Mais sont-ils utiles ? Oui, sous certaines conditions... Margarida a l’accent chantant d’un pays ensoleillé, et est une chercheuse chevronnée, œuvrant entre Nice et Laval au Québec. Ses travaux portent sur la cocréation numérique, visant le développement des compétences du XXIe siècle…

Après deux décennies de tests PISA pourquoi les résultats n'augmentent-ils pas plus ?

Tous les trois ans, dans l’attente des résultats du PISA, les ministres de l’Éducation découvrent la tension qu’ils infligent aux enfants. Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves est un test des compétences en lecture, en mathématiques et en sciences des jeunes prodigués dans 79 pays.

Le septième et dernier lot de résultats a été publié le 3 décembre, soit près de deux décennies après le premier en 2000. Quelque 600 000 élèves âgés de 15 à 16 ans et en formation depuis au moins six ans ont passé les tests. Les pays participants comprennent les membres (en majorité riches) de l’OCDE, qui gère le programme PISA, ainsi que 42 autres pays allant de l’Albanie au Vietnam. L’OCDE ajuste chaque échantillon pour qu’il soit représentatif de la population de jeunes du pays en question afin de produire des résultats sur une échelle normalisée.

L’espoir au tournant du millénaire était que la richesse de nouvelles informations permettrait d’identifier ce qui produit un bon système scolaire, incitant les autres à suivre leur exemple et à le généraliser. Ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses se sont passées. Bien que les dépenses par élève aient augmenté de 15 % dans les pays de l’OCDE, les résultats moyens en lecture, en mathématiques et en sciences restent sensiblement les mêmes que lors des premiers tests en l’an 2000. Choisissez un pays au hasard et il est tout aussi probable que ses résultats se soient améliorés ou détériorés aux tests PISA.

Comme toujours, les résultats de cette année incluent de nombreux points positifs. Les excellents résultats de Singapour se sont encore améliorés. Même si Singapour n’est plus le pays le plus performant. C’est la Chine ou plus précisément les municipalités de Pékin et de Shanghaï (Chang-haï) ainsi que les provinces du Jiangsu (Kiang-sou) et du Zhejiang (Tché-Kiang) ; l’OCDE refusant de considérant les résultats des régions chinoises plus éloignées, car elle ne peut en garantir la véracité. Dans les régions de Chine retenues, le résultat moyen des élèves en mathématiques est de 591, contre 489 en moyenne dans les pays de l’OCDE, ce qui donne à penser que les adolescents de la région ont environ trois ans d’avance sur la moyenne de l’OCDE. Les pays de rang intermédiaire, notamment la Jordanie, la Pologne et la Turquie se sont aussi améliorés.

Mais pour chaque Singapour, il y a une Finlande, considérée autrefois comme un exemple à suivre par tous. Une partie de l’absence de progrès global est que les écoles ont moins d’influence sur les résultats que ce qu’on suppose généralement alors que la culture et la société d’un pays en ont plus, ce qui signifie que même les décideurs bien informés ont relativement peu d’influence. Comme le fait remarquer John Jerrim de l’University College de Londres : « Les pays d’Asie de l’Est continueront d’arriver en tête. »

Si une solution miracle pour améliorer l’éducation existait, elle aurait déjà été découverte. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien apprendre de PISA. Beaucoup de pays ont vu leurs résultats augmenter ou chuter sans changement culturel spectaculaire. Et, comme le suggèrent les données, une partie de l’absence d’amélioration globale, malgré l’augmentation des dépenses, est qu’au-delà d’un certain niveau (environ 60 000 $ américains par élève, cumulativement entre l’âge de six et 15 ans), il n’y a pas beaucoup de relation entre les dépenses et les résultats des tests.

Un gros problème est que beaucoup de ministres de l’éducation accordent encore trop peu d’attention aux preuves. Un autre est qu’ils doivent écouter le point de vue des enseignants, des syndicats et des parents et qu’ils ne s’y connaissent pas nécessairement. Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE, déplore le fait que de nombreux pays ont, par exemple, priorisé la réduction des classes plutôt que l’embauche et la formation d’excellents enseignants, bien que les preuves suggèrent que cela soit une mauvaise idée. Comme il le souligne, Shanghaï (Chang-haï) a privilégié la qualité de l’enseignant plutôt que la réduction de la taille de la classe. Singapour a fait de même. Et ils en récoltent les fruits.

Source : The Economist

Greta Thunberg : le colonialisme, le racisme et patriarcat ont causé la crise climatique

Greta Thunberg a cosigné une tribune. Dans ce texte, les signataires — dont Greta Thunberg est la première — reviennent sur le réchauffement climatique : « la crise climatique ne concerne pas que l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Ce texte publié dans Project Syndicate identifie trois causes qui peuvent être à l’origine du réchauffement climatique, dont le racisme et le système patriarcal entre autres.


Des jeunes filles en colère

Cette action doit être puissante et de grande envergure. Après la crise climatique, il n’y a pas que l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Les systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons tous les démanteler. Nos dirigeants politiques ne peuvent plus se dérober à leurs responsabilités.

Certains disent que la conférence de Madrid n’est pas très importante ; les grandes décisions seront prises à la COP26 à Glasgow l’année prochaine. Nous ne sommes pas d’accord. Comme le prouve la science, nous n’avons pas un seul jour à perdre.


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Photo dans la famille Thunberg, notez le prix du mobilier :