jeudi 5 février 2015

« La lutte contre l’intégrisme passe par le retrait du cours ECR »

Pour le militant athée Daniel Baril, la lutte contre l’intégrisme passe par le retrait du cours ECR. Nous reproduisons ci-dessous sa chronique récente sur le sujet. Nous ne partageons évidemment pas complètement son analyse.

C’est ainsi que le volet « éthique » du cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR) nous apparaît tout aussi condamnable que le volet « religion ». C’est en effet une école du conformisme politiquement correct moderne qui institue souvent le consensus moderne comme étalon du juste et du bon. Nous ne sommes pas convaincus non plus qu’il est judicieux pour l’État de lutter contre tous les propos haineux, puisque la question se pose immédiatement de savoir qui déterminera ce qu’est un propos haineux alors que toute critique aujourd’hui se transforme aujourd’hui en phobie (islamophobie, transphobie, homophobie, xénophobie, etc.) Se rappeler que le simple rappel de versets condamnant l’homosexualité expose au Canada leurs auteurs à des poursuites judiciaires et que même le rappel de faits véridiques (des statistiques médicales en la matière) n’est plus protégé par la Cour suprême du Canada.
« Lorsqu’il a annoncé un “peut-être-éventuel-possible-futur” comité visant à contrer l’intégrisme religieux (devenu depuis “radicalisme” tout court), Philippe Couillard a dit vouloir agir en amont des gestes de violence afin de les prévenir. Il n’a toutefois pas dit jusqu’où il voulait aller “en amont”.

Le communiqué de novembre dernier nous dit que le mandat de ce comité sera de “prévenir l’exclusion et de cibler les propos et les gestes haineux, ainsi que les comportements discriminatoires envers les religions pouvant mener à la radicalisation”.

La lutte contre tout geste ou propos haineux est en soit [sic] un objectif à soutenir. Mais on comprend de cette phrase que, pour les conseillers du Premier ministre, ce sont les préjugés envers les religions qui conduisent à l’exclusion et par la suite à la radicalisation des exclus. L’idée que les religions pourraient elles-mêmes susciter des préjugés ou encore un rejet légitime ne semble pas leur avoir effleuré l’esprit ni celui de Philippe Couillard.

En France, après la tuerie à Charlie Hebdo, la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a elle aussi déclaré vouloir agir en amont du radicalisme. Elle a annoncé un plan d’intervention en 11 mesures visant la transmission, à l’école, des valeurs républicaines : laïcité, citoyenneté, culture de l’engagement, mixité sociale, culture de la raison et du jugement, maîtrise du français, lutte contre les inégalités, le repli identitaire, les théories du complot, les velléités communautaristes et le relativisme généralisé. Tous ces éléments font partie du plan. L’école “ne tolère aucune remise en cause des valeurs de la République”, a insisté la ministre. [Note du carnet : on a cependant la désagréable impression que ces valeurs de République sont celles de la frange la plus “progressiste” du Parti socialiste dont Najat Belkacem pour qui la “théorie du genre” est une priorité.]

Voilà ce que l’on aurait aimé entendre de Philippe Couillard : formation à la laïcité et à la citoyenneté, lutte au repli identitaire et au relativisme culturel. Bref l’affirmation forte des valeurs humanistes communes et universelles, plutôt que de cibler, à mots couverts, la critique des religions ou la pseudo islamophobie.

Le relativisme social du cours ECR
Sur le plan des valeurs citoyennes communes, l’école québécoise est aux antipodes de l’école républicaine française, notamment en raison de la présence du cours Éthique et culture religieuse (ECR). Si le volet éthique de ce cours ne pose pas de problème, il n’en va pas de même du volet culture religieuse qui est une véritable opération de formatage cérébral destiné à nourrir un insatiable besoin de religion. Sous couvert de donner de l’information sur les religions, on procède en fait à la promotion de la pensée religieuse et à la survalorisation de l’appartenance religieuse. L’enfant qui n’en a pas est rapidement incité à s’en trouver une dans le buffet de religions toutes aussi belles et désirables les unes que les autres pour combler ce qui doit sans doute être un profond vide existentiel.

Ce cours, qui n’a été demandé par aucune minorité religieuse, est un compromis négocié avec le lobby catholique afin de maintenir de l’enseignement religieux à l’école. La situation est en fait pire qu’auparavant puisque sous le régime confessionnel les parents pouvaient choisir entre un cours de religion et un cours de formation morale. Ce choix n’est plus possible. Alors que nous avons lutté pendant 20 ans contre la confessionnalité scolaire, le combat est à refaire pour obtenir le retrait de ce cours.

Voici un extrait d’une lettre reçue à l’Association humaniste du Québec :
“Je suis pris au dépourvu face au cours de ECR que ma fille de 6 ans doit maintenant suivre à l’école. […]

Nous avons reçu des instructions de son professeur de 1ère année. Je n’avais jamais abordé ces sujets (rituel, baptême) avec une telle précision. […] Que toutes ces religions voient leurs rituels couverts avec cette sorte de détail, tout en minimisant/ignorant/réduisant le rôle ou la contribution des non-croyants qui n’ont pas de tels rituels me dégoute profondément.

Ce qui me gêne particulièrement c’est que j’ai l’impression que je dois faire une contre-éducation par rapport à tout cela. Ou en remettre pour corriger le tir. Je ne suis pas satisfait de ce qui est montré ici. Ils doivent décrire, dessiner ces rituels. Et je suppose que ce n’est que le début. C’est pris complètement dans un contexte épuré, où j’assume qu’il n’est mentionné nulle part le rôle des religions dans les inconvénients, les inégalités, les mensonges, les atrocités et les injustices qui ont flagellé tout le monde depuis l’aube des temps. Jusqu’à récemment – on parlait de ce qu’on parlait et c’est tout.

Maintenant, il faudrait que j’enseigne pour combler tous les ‘oublis’ de ce cours, ou pour débarrasser la poutine du portrait ?? Je ne suis pas historien ou philosophe ! Je n’ai pas la formation ou le temps de contrer tout ce qui se dit dans ce cours pour apporter un correctif.”

“Contexte épuré” est très peu dire. Le philosophe relativiste Georges Leroux, l’un des artisans et des principaux défenseurs de ce cours, a répété sur plusieurs tribunes que “un programme de culture religieuse doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse”.

Il faut lire le désarrois [sic] de cet enseignant d’ECR (Secousses islamiques) qui ne peut à la fois répondre correctement aux questions des élèves concernant la violence du religieux [M. Baril déforme : la violence de religieux] tout en demeurant dans les limites du programme qui lui commande de respecter l’opinion des élèves, de ne pas donner la sienne et… de former l’esprit critique ! Cet enseignant cherche la quadrature du cercle alors que la posture pédagogique appropriée est de laisser les religions assumer leurs contradictions.

Ce cours, produit de l’esprit confus de philosophes et de sociologues postmodernistes, fait l’apologie du relativisme culturel et religieux au lieu de mette [sic] l’emphase [l’accent] sur l’éducation citoyenne, les valeurs communes et la raison comme on veut le réaffirmer en France.

Construite la pensée critique pour déconstruire la pensée magique

Il est impossible de reprendre ici toutes les critiques qui ont fusé de toutes parts contre ce cours, mais en voici quelques-unes : Marie-Michelle Poisson et Normand Baillargeon en ont chacun à leur façon démoli les fondements philosophiques ; Joëlle Quérin en a fait ressortir les fondements multiculturalistes ; j’ai exposé ailleurs sept bonnes raisons pour s’opposer à ce cours.
La lutte contre l’intégrisme et le radicalisme religieux en fournit une huitième. Pour contrer l’intégrisme, il faut déconstruire la pensée religieuse qui postule être fondée sur une vérité révélée. Or le cours ECR ne fait que glorifier cette pensée magique sans la soumettre à l’analyse critique. Le programme a beau affirmer sur papier que :

“lorsqu’une opinion émise porte atteinte à la dignité de la personne ou que des actions proposées compromettent le bien commun, l’enseignant intervient en se référant aux deux finalités du programme [...] [dont les] repères comprennent les règles de base de la sociabilité et de la vie en commun ainsi que les principes et valeurs inscrits dans la Charte des droits et libertés de la personne”

Cela est complètement sans effet devant des croyances professant que la religion est au-dessus des lois civiles et des libertés de la personne et qui défont, en privé, les vœux pieux d’un cours conçu sur l’idée que tout-le-monde-il-est-beau-toute-le-monde-il est-gentil.

Daniel Baril est anthropologue de formation (M. Sc. anthropologie biologique) et militant laïciste de longue date (Mouvement laïque québécois, Intellectuels pour la laïcité, etc.)

Voir aussi

Le programme ECR en Cour suprême du Canada, relation de l’audience

Conformisme et soumission au groupe en classe (expérience d’Asch)

Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2)

Prof. Jean Laberge — Le programme ECR est vicié dans sa conception même, il doit être abandonné

Complément au cours d’ECR — le bouddhisme militariste

ECR en Cour suprême — Mémoire du Regroupement chrétien pour le droit parental en éducation

mercredi 4 février 2015

« Explorer la différence » à l'école primaire : s'habiller dans les habits de l'autre sexe

L’école Félix-Leclerc demandait à ses élèves
de s’habiller comme l’autre sexe
Une journée spéciale où les enfants étaient invités à porter des vêtements du sexe opposé a été annulée devant les plaintes de parents dans une école primaire de Saint-Constant sur la Rive-Sud.

L’activité était organisée dans le but « d’explorer la différence » et devait avoir lieu le 5 février prochain, rapporte le journal local Le Reflet. Cette journée se voulait avant tout « humoristique et remplie d’autodérision », selon « les techniciennes en éducation spécialisée » qui préparaient l’activité.
Mais voilà que des parents se sont plaints à l’école pour dénoncer cette activité. Le père d’un des enfants a d’ailleurs communiqué avec l’hebdomadaire se disant « estomaqué » par cette « dérive ».

« C’est bientôt le mois de l’histoire des Noirs, est-ce qu’on va demander aux enfants de se peindre le visage pour comprendre le racisme ? », aurait-il dit à la journaliste Hélène Gingras.

La responsable des communications de la Commission scolaire des Grande-Seigneuries, Mylène Godin, a mentionné au Reflet que certains parents « n’étaient pas à l’aise avec l’activité ».

D’un autre côté, des parents se seraient opposés à l’annulation de l’activité. L’école s’est retrouvée coincée entre les deux groupes, incapable de satisfaire la volonté de tous les parents. Elle a donc annulé l’activité à peine quelques heures après avoir annoncé qu’elle était organisée.​

Selon la psychologue Cynthia d’autres « journées de changements de vêtements » ont été réussies dans d’autres écoles, car il ne s’agit pas d’un incident isolé. Les petites filles y portent alors parfois un chapeau ou une cravate, ce qui permet d’aborder la thématique souhaitée avec moins de contraintes.

Rappelons que ces activités très songées s’étendent à d’autres domaines. On a vu ainsi une école de Granby forcer des élèves à se promener avec une étiquette sur le front indiquant une orientation ou identité sexuelle (homosexuelle, transgenre, bisexuel, hétérosexuel) pour explorer le rejet que suscitent certaines de ces catégories...

Beaucoup d’activités idéologiques à l'école, mais pas de classiques et le niveau ne monte pas vraiment.




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Grande étude : la réforme pédagogique québécoise a été un échec


La réforme scolaire au secondaire est globalement un échec, selon une vaste étude commandée par le ministère de l’Éducation. Loin d’atteindre ses objectifs, le renouveau pédagogique a même fait plus de tort que de bien chez les garçons et les élèves à risque, concluent les chercheurs.

Le constat est implacable. « Dans un contexte où le renouveau pédagogique visait d’abord et avant tout à démocratiser la réussite scolaire et à diminuer le décrochage, force est de constater qu’il n’a pas produit les effets attendus », peut-on lire dans ce rapport final d’une centaine de pages mis en ligne lundi sur le site du ministère de l’Éducation.

« C’est un constat d’échec, c’est clair », lance Égide Royer, professeur spécialisé en adaptation scolaire à l’Université Laval.

La réforme scolaire est implantée dans les écoles du Québec depuis une quinzaine d’années, mais ce n’est qu’en 2007 que le ministère de l’Éducation a confié à une équipe de chercheurs de l’Université Laval le mandat de mesurer ses effets auprès des élèves du secondaire.

Ces travaux dirigés par le professeur Simon Larose ont permis de comparer une cohorte de jeunes n’ayant pas été exposés au renouveau pédagogique avec deux autres cohortes d’élèves de la réforme.

Cible manquée

Cette étude permet de conclure que la réforme a raté l’une de ses principales cibles. Les garçons, les élèves à risque et les anglophones qui ont été exposés à la réforme ont été moins nombreux à obtenir leur diplôme du secondaire que ceux qui n’ont pas connu le renouveau pédagogique, peut-on lire dans le rapport.

La réforme n’a pas non plus permis aux élèves d’obtenir de meilleures notes. En français, malgré l’ajout de 150 heures d’enseignement, la réforme n’a pas permis d’améliorer les compétences et les connaissances des élèves, conclut le rapport.

De « légères baisses » dans la réussite à l’épreuve d’écriture de cinquième secondaire, particulièrement en orthographe, ont aussi été constatées.

Le scénario est semblable en mathématiques. Malgré l’ajout de 50 heures d’enseignement, la réforme « n’a pas eu l’effet bénéfique anticipé sur les connaissances des élèves », peut-on lire. Les élèves à risque et ceux venant de milieux défavorisés ont même récolté de moins bonnes notes que ceux qui n’ont pas connu la réforme.



Vision négative

Par ailleurs, les élèves et les parents interrogés dans le cadre de cette étude ont une vision plus négative de l’école que ceux qui n’ont pas goûté au renouveau pédagogique.

Avec cette étude en main, « tu ne peux pas conseiller à personne d’appliquer cette réforme », lance M. Royer.

Pour expliquer ce sombre constat, les auteurs de l’étude avancent plusieurs hypothèses. Le contenu de certains programmes a été rehaussé, ce qui aurait pu entraîner des difficultés chez les élèves.
Les professeurs pourraient avoir manqué de formation et d’accompagnement pendant cette période de transition.

Par ailleurs, les nombreux chambardements engendrés par l’implantation de cette réforme ont pu causer du stress et de la résistance, ce qui peut aussi avoir eu un impact négatif sur la qualité de l’enseignement et de l’encadrement des élèves, peut-on lire.

Faits saillants de l’évaluation de la réforme au secondaire
  • Baisse du taux de diplomation au secondaire chez les garçons, les élèves à risque et les élèves anglophones.
  • Légère baisse des résultats à l’épreuve d’écriture en cinquième secondaire, particulièrement en orthographe.
  • Baisse des résultats en mathématiques chez les élèves à risque et ceux venant de milieux défavorisés.
  • Vision plus négative de l’école selon les élèves de la réforme et les parents interrogés.

L’ABC de l’évaluation de la réforme au secondaire

Cette étude est basée sur :
  • Des questionnaires remplis par 3700 élèves et 3900 parents
  • Les résultats à l’épreuve d’écriture de français en cinquième secondaire, la moyenne et le taux de diplomation de trois cohortes d’élèves
  • L’étude s’est déroulée sur une période d’environ cinq ans

Source

Voir aussi

Études sur la réforme pédagogique : « plus de mal que de bien », portrait sombre

Polémique autour d’un examen de français au rabais

Québec — Examen de français au rabais en secondaire V ?

Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010

Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l’éducation sur du sable

Relativisme, déracinement et constructivisme, visiblement les critiques turlupinent les pères du cours ECR

mardi 3 février 2015

Les écoles québécoises manquent d'autonomie



Sur le fond, nous sommes d’accord avec l’article ci-dessous. Mais il est quand même étonnant que cette demande surgisse sur des aspects secondaires (friandises et Halloween à l’école) et non pour ce qui est de l’autonomie en matière de pédagogie, de recrutement ou de programme...

« La décision d’une commission scolaire d’interdire les friandises à l’école, même lors de jours de fête comme l’Halloween, est le «symptôme d’une maladie plus grave» qui illustre à quel point les écoles manquent d’autonomie, selon la Coalition avenir Québec (CAQ).

«C’est une belle illustration d’un système dysfonctionnel. Des parents qui siègent sur le conseil d’établissement d’une école ne peuvent même pas décider de donner des petits cœurs en bonbons à la Saint-Valentin. Ils n’ont même pas cette autonomie-là», lance Jean-François Roberge, député de la CAQ et porte-parole en matière d’éducation.
Samedi, Le Journal de Québec rapportait que la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, à Québec, avait décidé que d’ici deux ans, les élèves n’auront plus le droit de manger des friandises à l’école, et ce, sous aucun prétexte.

Présentement, les enfants peuvent déroger aux règles deux fois par année, lors d’activités spéciales organisées pour Noël ou l’Halloween, par exemple. Mais d’ici deux ans aucune exception à la politique sur les saines habitudes de vie ne sera tolérée.

Selon M. Roberge, cette décision a été prise au «mauvais endroit». C’est l’école, et non la commission scolaire, qui devrait prendre cette décision, affirme-t-il.


Un point de vue partagé en partie par la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), qui croit aussi qu’une telle décision devrait être prise dans chaque école, en consultation avec les parents. «C’est chaque milieu qui doit décider», affirme sa nouvelle présidente, Corinne Payne.

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, semble lui aussi sensible à ces préoccupations puisqu’il a déjà annoncé que le projet de loi qu’il déposera ce printemps renfermera de nouvelles mesures pour donner davantage d’autonomie aux écoles.

Quant à la décision de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, le sujet fera l’objet de discussions lors d’une prochaine rencontre des élus, a indiqué hier le président René Dion. Il est cependant trop tôt pour dire si la décision pourrait être modifiée. »





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lundi 2 février 2015

« Enseignant : un métier extrême »


Mathieu Bock-Côté sur le métier d’enseignant (moderne) :

Sa première année de travail, elle s’est fait mordre. Par une petite créature attachante comme tout, mais qui avait quelques troubles de comportement. On l’a aussi insultée. Souvent. C’est comme ça, apparemment. Je vous parle évidemment d’une enseignante, qui me parlait elle-même récemment de son boulot.

La deuxième année, elle a vite appris. Elle s’est fait respecter par ses élèves. Par quel miracle, lui ai-je demandé ? Parce qu’elle a cessé de croire à la grosse menterie de notre époque, qui veut qu’un enfant ait toujours besoin d’être cajolé, que jamais il ne doive frapper un mur, réfréner ses désirs, rencontrer l’autorité.

Ce qui me sauve, m’a-t-elle dit, c’est mon air de bœuf. Ah bon ? Oui. Souvent, les autres profs n’apprennent pas. Plus on les conteste, et plus ils câlinent les gamins. À force de sourires et de pitreries, peut-être sauront-elles enfin se faire aimer. C’est la pédagogie des Calinours, cette immense sottise.

Les enfants-rois

Erreur. Les petites bêtes féroces, enfants-rois à la maison, jouent souvent un parent contre l’autre, surtout lorsqu’ils sont séparés. On l’oublie, mais un gamin laissé à lui-même peut vite devenir un petit tyran. Les enfants ont besoin qu’on leur dise non. Ils ont besoin de rencontrer un adulte qui ne parle pas en bébé. C’est indispensable à la formation de leur personnalité.

Ce n’est pas que l’enseignante à qui je parlais n’aime pas ses élèves. Dieu que non. Mais elle a compris que ce n’est pas aimer un élève que de se coucher devant lui et de lui servir de tapis. L’école représente le monde adulte. Elle doit y élever l’enfant et non pas se transformer en garderie perpétuelle.

Je lui demandais si elle se sentait soutenue par sa direction. Plus ou moins, m’a-t-elle répondu. Non plus que par les parents, persuadés que leurs enfants sont des créatures absolument merveilleuses, incapables de faire quelque mal que ce soit. La vieille alliance du monde adulte entre la direction, les profs et les parents s’est rompue. L’enseignante en paie le prix.

Je ne livre pas ici un rapport scientifique. Mais d’une enseignante à l’autre, au fil des ans, j’entends les mêmes histoires, et souvent, je perçois un désespoir plus ou moins étouffé. D’ailleurs, une proportion considérable d’enseignantes décroche après cinq ans. L’école les pousse à bout.

Tâche impossible

On demande tout à l’école d’aujourd’hui. De remplacer une famille disloquée, de lutter contre les inégalités et l’intolérance, etc. C’est évidemment une tâche impossible. L’école a une mission simple : transmettre le savoir, les connaissances. Chaque fois qu’on l’encombre d’une mission supplémentaire, elle se dérègle un peu plus.

Je tire de mon échange avec cette enseignante une leçon. Vous souhaitez l’aventure pour salaire dérisoire ? Certes, il y a l’armée. Mais les guerres sont peu nombreuses, vous finirez par prendre du bide en vous encasernant. Allez enseigner. Voilà, aujourd’hui, la profession extrême. C’est là que notre société est en guerre contre la bêtise. Les enseignantes tiennent le fort malgré tout.




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jeudi 29 janvier 2015

Échelle des traitements des instituteurs du Québec


Les salaires des instituteurs (du primaire donc) au Québec se répartissent selon 17 échelons salariaux.


Notez que, même en n’indexant pas le traitement associé à chacun des échelons, le salaire des professeurs (et donc la masse salariale) peut augmenter : il suffit que les professeurs passent à un échelon supérieur.

Source

Échelles salariales : Commissions scolaires (graphique via Antagoniste)

Poésie contemporaine — Tombeau pour une touriste innocente


Tombeau pour une touriste innocente de Philippe Muray.

En musique (texte écourté) :



Dans le style emphatique de Lucchini (texte plus long)




Tombeau pour une touriste innocente

Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux façons très courtoises

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

Point de lieu à la ronde qui ne fût excursion
Rien ici ou là-bas qui ne fût évasion
Pour elle les pays étaient terres de passion
Et de révélation et de consolation

Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elles les pays n'étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir

Pour elle les nations étaient lieux d'élection
Pour elle les nations n'étaient que distraction
Pour elle les nations étaient bénédiction
D'un bout du monde à l'autre et sans distinction

Toute petite elle disait avoir été violée
Par son oncle et son père et par un autre encore
Mais elle dut attendre ses trente et un balais
Pour revoir brusquement ce souvenir éclore

Elle avait terminé son second CDD
Mais elle envisageait d'autres solutions
Elle voulait travailler dans l'animation
Pour égayer ainsi nos fêtes de fin d'année

Elle cherchait à présent et pour un prix modique
À faire partout régner la convivialité
Comme disent les conseils en publicité
Elle se qualifiait d'intervenante civique

Elle avait pris contact avec plusieurs agences
Et des professionnels de la chaude ambiance
Elle était depuis peu amie d'un vrai artiste
Musicien citoyen jongleur équilibriste

Grand organisateur de joyeuses sarabandes
Le mercredi midi et aussi le samedi
Pour la satisfaction des boutiques Godassland
Créateur d'escarpins cubistes et nabis

Elle aussi s'entraînait à des tours rigolos
En lançant dans les airs ses propres godillots
Baskets bi-matières à semelles crantées
Les messages passent mieux quand on s'est bien marré

Au ministère social des Instances drolatiques
Elle avait exercé à titre de stagiaire
L'emploi de boîte vocale précaire et temporaire
Elle en avait gardé un souvenir érotique

Elle avait également durant quelques semaines
Remplacé une hôtese de chez Valeurs humaines
Filiale fondamentale de Commerce équitable
Où l'on vend seulement des objets responsables

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

Tee-shirts Andrée Putman et gabardines de Storck 
Et pendentifs Garouste et pochettes d'Aristorque 
Soquettes respectueuses amulettes charitables 
Objets de toutes sortes et toujours admirables 

Étoles alternatives et broches-tolérance 
Et bracelets-vertu et tissus-complaisance 
Et blousons-gentillesse et culottes-bienveillance
Consommation-plaisir et supplément de sens

Café labellisé bio-humanisé
Petits poulets de grain ayant accès au pré
Robes du Bangladesh jus d'orange allégé
Connotation manouche complètement décalée

Sans vouloir devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

Et qu'il faut exiger sans cesse et sans ambage
La transparence totale dedans l'étiquetage
Comme dans le tourisme une pointilleuse éthique
Transformant celui-ci en poème idyllique

À ce prix seulement loin des sentiers battus
Du vieux consumérisme passif et vermoulu
Sort-on de l'archaïque rôle de consommateur
Pour s'affirmer enfin vraiment consom’acteur

Elle faisait un peu de gnose le soir venu
Lorsqu'après le travail elle se mettait toute nue
Et qu'ayant commandé des sushis sur le Net
Elle les grignotait assise sur la moquette

Ou bien elle regardait un film sur Canal-Plus
Ou bien elle repensait à ses anciens amants
Ou bien elle s'asseyait droit devant son écran
Et envoyait des mails à des tas d'inconnus

Elle disait je t'embr@sse elle disait je t'enl@ce
Elle faisait grand usage de la touche arobase
Elle s'exprimait alors avec beaucoup d'audace
Elle se trouvait alors aux frontières de l'extase

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provocants simplement émouvants

Elle aimait que les livres soient de la dynamite
Qu'ils ruinent en se jouant jusqu'au dernier des mythes
Ou bien les reconstruisent avec un certain faste
Elle aimait les auteurs vraiment iconoclastes

Elle voulait trois bébés ou même peut-être quatre
Mais elle cherchait encore l'idéal géniteur
Elle n'avait jusqu'ici connu que des farceurs
Des misogynes extrêmes ou bien d'odieux bellâtres

Des machistes ordinaires ou extraordinaires
Des sexistes-populistes très salement vulgaires
Des cyniques égoïstes des libertins folâtres
Ou bien des arnaqueurs elle la trouvait saumâtre

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliquée
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

Qui se cachent derrière leur prétendu savoir
Faute d'appréhender un monde en mutation
Qui sans doute a pour eux l'allure d'un repoussoir
Quand il offre à nos yeux tant de délectations

Comme toutes les radasses et toutes les pétasses
Comme toutes les grognasses et toutes les bécasses
Elle adorait bien sûr Marguerite Durasse
De cette vieille carcasse elle n'était jamais lasse

Elle s'appelait Praline mais détestait son nom
Elle voulait qu'on l'appelle Églantine ou Sabine
Ou bien encore Ondine ou même Victorine
Ou plutôt Proserpine elle trouvait ça mignon

Elle faisait un peu de voile et d'escalade
Elle y mettait l'ardeur qu'on mettait aux croisades
Elle se précipitait sous n'importe quelle cascade
Elle recherchait partout des buts de promenade

Chaque fois qu'elle sortait avec une copine 
Elle se maquillait avec beaucoup de soin 
Soutien-gorge pigeonnant et perruque platine
Encore un coup de blush pour rehausser son teint 

Orange fruité Fard Pastèque de chez Guerlain 
Bottines en élasthane blouson cintré zippé 
Sac pochette matelassé et bracelet clouté 
Ou alors pour l'hiver une une veste en poulain 

Ou un top manches fendues en jersey de viscose 
Jupe taille élastiquée en voile de Lurex 
Tunique vietnamienne décorée de passeroses 
Sans rien dessous bien sûr pas même un cache-sexe

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir d'un siècle commençant
Après toutes les horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

De temps en temps chez elle rue des Patibulaires 
Elle mobilisait certains colocataires 
Afin d'organiser des séances de colère 
Contre l'immobilisme et les réactionnaires 

Elle exigeait aussi une piste pour rollers
Deux ou trois restaurants à thème fédérateur
L'installation du câble et d'un Mur de l'Amour
Où l'on pourrait écrire je t'aime sans détour

Elle réclamait enfin des gestes exemplaires 
D'abord l'expulsion d'un vieux retardataire 
Puis la dénonciation du voisin buraliste 
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes 

Le Jour de la Fierté du patrimoine français
Quand on ouvre les portes des antiques palais
Elle se chargeait d'abord de bien vérifier
Qu'il ne manquait nulle part d'accès handicapés

Qu'il ne manquait nulle part d'entrées Spécial Grossesse
Qu'il ne manquait nulle part d'entrées Spécial Tendresse
Qu'on avait bien prévu des zones anti-détresse
Qu'il y avait partout des hôtesses-gentillesse

Faute de se faire percer plus souvent la forêt
Elle avait fait piercer les bouts de ses deux seins
Par un très beau pierceur sans nul doute canadien
Qui des règles d'hygiène avait un grand respect

Avec lui aucun risque d'avoir l'hépatite B
Elle ne voulait pas laisser son corps en friche
Comme font trop souvent tant de gens qui s'en fichent
Elle pensait que nos corps doivent être désherbés

Elle croyait à l'avenir des implants en titane 
Phéromones synthétiques pour de nouveaux organes 
Elle approuvait tous ceux qui aujourd'hui claironnent 
Des lendemains qui greffent et qui liposuccionnent 

Elle avait découvert le théâtre de rues 
Depuis ce moment-là elle ne fumait plus 
Elle pouvait à nouveau courir sans s'essouffler 
Elle n'avait plus honte maintenant de s'exhiber 

Elle attendait tout de même son cancer du poumon 
Dans dix ou quinze années sans se faire trop de mouron 
Elle préparait déjà le procès tâtillon 
Qu'elle intenterait alors aux fabricants de poison

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

Elle avait parcouru l'Inde le Japon la Chine
La Grèce l'Argentine et puis la Palestine
Mais elle refusait de se rendre en Iran
Du moins tant que les femmes y seraient mises au ban

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants 
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants 

On lui avait parlé d'un week-end découverte
Sur l'emplacement même de l'antique Atlantide
On avait évoqué une semaine à Bizerte
Un pique-nique à Beyrouth ou encore en Floride

On l'avait alléchée avec d'autres projets
Une saison en enfer un été meurtrier 
Un voyage en Hollande ou au bout de la nuit
Un séjour de trois heures en pleine Amazonie

Cinq semaines en ballon ou sur un bateau ivre
À jouir de voir partout tant de lumières exquises
Ou encore quinze jours seule sur la banquise
Avec les ours blancs pour apprendre à survivre

Une randonnée pédestre dans l'ancienne Arcadie
Un réveillon surprise en pleine France moisie
Une soirée rap dans le Bélouchistan profond
Le Mexique en traîneau un week-end à Mâcon

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n'étaient que virtuelles




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dimanche 25 janvier 2015

États-Unis : Vaste majorité d'Américains (70 %) pour plus de choix scolaire

La firme de sondage Beck Research a effectué un sondage auprès des Américains pour connaître leur opinion sur la liberté scolaire aux États-Unis. Dans son communiqué, la firme affirme que « Le sondage montre clairement un large soutien, parmi les sympathisants des deux grands partis politiques, pour un supplément de choix scolaire. Tout fonctionnaire — ou candidat potentiel aux élections présidentielles — qui ignore ces chiffres le fait à ses risques et périls ».


Cinq principaux résultats de sondage :

• 69 pour cent d’appui pour le concept de choix de l’école, y compris 45 pour cent qui appuient fortement la liberté de choix, alors que 27 pour cent s’y opposent.

• 76 pour cent de soutien des écoles à charte publique, avec seulement 20 pour cent s’y opposer.

• 54 pour cent des personnes interrogées croient que donner aux parents plus latitude dans le choix de leur école permettra d’améliorer le système d’éducation.

• 65 pour cent croient que le choix et la concurrence entre les écoles améliorent l’éducation.

• 62 pour cent croient qu’il faut améliorer de façon importante la manière dont les écoles publiques sont gérées.

Source


Voir aussi

Les Québécois veulent plus de choix scolaires, des bons d’étude et que le cours ECR soit optionnel ou aboli


Les écoles à charte monopolisent les meilleures places aux États-Unis

ECR — « Des cerveaux lavés, lavés »


Chronique de Richard Martineau de ce dimanche :

On dit – avec raison – que les écoles religieuses endoctrinent les enfants en leur enfonçant toutes sortes de sornettes dans la tête.

Mais on parle très peu des séances de lavage de cerveau qui se déroulent quotidiennement dans les écoles non confessionnelles.

Pourtant, cet endoctrinement est tout aussi pernicieux...

La religion, c’est sacré

Je parle du cours d’éthique et culture religieuse qui a remplacé l’enseignement moral dans l’ensemble des écoles de la province en 2008. [Note du carnet : S’il n’y avait que lui ! Il existe de nombreux cours à contenu idéologique comme le programme d'Univers social (histoire, éducation à la citoyenneté) et même des matières comme le français ou l’anglais peuvent servir à passer des contenus idéologiques. Pour ne pas parler des activités organisées par l’école.]

Vous avez parlé à des enfants qui ont suivi ce cours depuis sept ans ?

Ils considèrent toute critique de la religion comme une insulte et toute critique d’une religion autre que le catholicisme comme une insulte raciste.

Ils ont complètement intériorisé le credo multiculturaliste.

Pour eux, la religion, c’est sacré. On ne rigole pas avec ça.

Se moquer d’une religion, c’est comme se moquer de l’apparence physique d’une personne, de sa race, de sa culture, de son orientation sexuelle.

On se demande quelle est la meilleure façon de combattre l’endoctrinement, ces temps-ci. Comment empêcher les jeunes de tomber dans les griffes d’une secte, d’un groupe radical...

Et si on commençait par encourager le sens critique chez les jeunes ? Leur apprendre à remettre les dogmes en question ?

L’intolérance laïque

En 2009, Joëlle Quérin, sociologue et chercheuse associée à l’Institut de recherche sur le Québec, a publié une étude sur le fameux cours d’éthique et de culture religieuse.

« Après avoir suivi le cours d’éthique et de culture religieuse pendant 10 ans, les élèves n’auront pas de grandes connaissances sur les religions, mais une chose est sûre : aucun accommodement ne leur paraîtra déraisonnable ! » affirmait la jeune chercheuse.

« Le programme doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse... »

Eh bien, sept ans plus tard, nous y sommes. L’endoctrinement a eu lieu.

On se retrouve maintenant avec une génération d’enfants qui se scandalisent et crient au racisme dès que quelqu’un, quelque part, ose critiquer une religion.

La laïcité, pour eux, est une forme d’intolérance. Et le relativisme (tout s’équivaut, tout se vaut), une religion.

À quand un cours visant à enseigner la libre pensée et l’esprit critique ? [Note du carnet : toutes les formations endoctrinent sans doute un peu les élèves, en leur inculquant des valeurs qui doivent être acceptées. La question est de savoir pourquoi des fonctionnaires devraient décider de ces valeurs pour tous les parents.]

On dit que l’école sert à former de futurs citoyens.

Mais quelle sorte de citoyens voulons-nous, justement ? Des gens qui gobent passivement tout ce qu’on leur présente, qui prennent pour vérité tout ce qu’ils lisent sur internet, qui ne savent pas faire la différence entre une théorie du complot farfelue et la réalité ?

Ou des citoyens capables de discernement, de jugement, de sens critique ?




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mercredi 21 janvier 2015

Québec — Syndicat de l'école publique contre les écoles (semi-)privées


À coups de sorties médiatiques et de messages publicitaires, la très laïciste Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 32 000 enseignants syndiqués, lance une campagne systématique contre les écoles privées qui, selon le syndicat, renvoient chaque année des centaines de ses élèves vers les écoles publiques dont elles ne veulent plus, tout en étant subventionnées, toujours ce syndicat, à 70 %. « Campagne de désinformation », réplique la Fédération des établissements d’enseignement privés.

La FAE relève par exemple qu’en 2012-2013, les écoles privées avaient expulsé 458 élèves de leurs élèves. [Il y a environ 900.000 jeunes élèves au primaire et au secondaire au Québec... (ici p. 137)] « C’est comme si, bon an, mal an, l’équivalent d’une école primaire de la région de Montréal était abandonné par les écoles privées et que ses élèves étaient transférées dans le réseau des écoles publiques sans qu’on leur donne le moindre sou pour les accueillir », a dénoncé le président de la FAE, Sylvain Mallette.

Si cette campagne est une tactique syndicale pour que le gouvernement trouve des fonds pour mieux financer le secteur de l’éducation, la FAE se trompe de cible, répond Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés. Il souligne d’abord que le financement suit l’élève peu de temps après son départ vers l’école publique, quand cela se produit. Au surplus, dit M. St-Jacques, « tout élève qui quitterait l’école privée pour aller à l’école publique coûterait plus cher au gouvernement ». M. St-Jacques fait référence aux droits de scolarité payés par les parents, de même qu’au fait que les écoles privées fournissent et entretiennent elles-mêmes leurs bâtiments. Soit, il arrive que certaines écoles privées expulsent certains élèves peu performants, « ce que nous désapprouvons et ce qui se produit beaucoup moins souvent qu’il y a vingt ans », dit M. St-Jacques. Cela dit, les départs des écoles privées s’expliquent très fréquemment par un déménagement, par des divorces et par des changements dans la situation financière des parents, ajoute-t-il.

Voir aussi

Éducation : les variables non significatives et la variable pertinente

Les règles imposées à l'école privée sont responsables de la sélection pratiquée




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