dimanche 29 mai 2022

L'économiste Pierre Fortin critique la politique d'immigration actuelle

Transcription

— Est-ce que l’immigration est l’une des grandes solutions à la pénurie de main-d’œuvre dont on parle ? Bon et puis, est-ce que l’immigration est l’une des grandes solutions à la pénurie de main-d’œuvre dont on parle ? La politique d’immigration au Canada est en tout cas dommageable pour l’ensemble du pays et pour le Québec notamment, selon l’économiste Pierre Fortin. Dans le cadre d’une étude préparée pour le ministère de l’Immigration du Québec, Pierre Fortin affirme que le Québec devrait avoir le contrôle total, entier de son immigration. On le rejoint ce soir. Pierre Fortin est professeur émérite au département des sciences économiques de l’ESG UQAM. Pierre Fortin, bonsoir.

— Bonsoir.

— Vous posez un regard quand même sévère dans l’étude sur l’approche, sur la gestion de l’immigration du gouvernement fédéral. Est-ce qu’Ottawa se trompe, selon vous, sur toute la ligne présentement en misant sur l’immigration pour assurer la croissance, et la prospérité du pays ?

— Oui, on pense qu’avec 450 000 et éventuellement 500 000 immigrants nouveaux par année, on va réussir à faire un Canada qui, premièrement, va être de beaucoup plus grande taille, qui va être plus riche, qui va être plus puissant dans le monde. Et cette espèce de grande fierté d’être Canadien qui pourrait être améliorée avec le temps et l’objectif final, c’est sur le plan démographique, on veut être 100 millions de Canadiens à l’année 2100 alors qu’on est présentement 38 millions.

— Et donc, on présente ça comme étant une solution quand même, une solution économique, une solution à la pénurie de main-d’œuvre. Est-ce que ça en est une ?

— Oui, il y a trois choses qui sont recherchées. 

  • Premièrement, que beaucoup plus d’immigration aiderait à résoudre des problèmes de pénurie de main-d’œuvre. 
  • Deuxièmement, que ça réduirait le vieillissement de la population parce que les immigrants, en moyenne, sont d’âge un peu plus jeune que la moyenne de la population. 
  • Et puis, troisièmement, que le niveau de vie progresserait plus rapidement. La croissance du PIB par habitant serait plus élevée. 

Alors quand on passe en revue la littérature scientifique sur ces trois points-là, on se rend compte qu’aucun de ces… aucune de ces trois affirmations-là ne trouve un appui de la part des recherches existantes. 

Premièrement, le PIB par habitant, le revenu par habitant et relativement insensible à l’immigration. Prenez juste, par exemple, la croissance économique dans la région de Québec, la région métropolitaine de Québec, c’est la plus élevée au Canada depuis 20 ans. Or, à Québec, il n’y a à Québec presque aucun immigrant qui arrive. Seulement 7 % de la population immigrante. Alors que, à Vancouver, par exemple, à l’inverse, on a 45 % de la population qui est d’origine immigrante, la croissance économique par habitant, la croissance, le niveau de vie est plus faible qu’à Québec. Donc ça ne veut pas dire que l’immigration est négative pour la croissance économique, mais ça veut dire qu’elle ne pousse pas dans la direction d’une croissance économique par habitant, du niveau de vie qui soit plus rapide. 

— Mais quand on a 1 million de postes vacants. C’est ce dont on parle ce soir, il y a 1 million de postes vacants. C’est un nombre record. Ça prend des bras pour les combler [pourvoir], ces postes vacants. Les immigrants ne représentent pas la première solution ?

— Non. Le taux de postes vacants au Québec est inférieur au taux de postes vacants aux États-Unis et est inférieur au taux de postes vacants à Colombie-Britannique, par exemple. Oui, on a un taux de postes vacants qui est relativement élevé au Québec. C’est la première génération de gens d’affaires qui font face à ce problème-là. Parce qu’autrefois, le taux de chômage au Québec était toujours dans les deux chiffres. On avait des 10, des 12 % de chômage. Alors il n’y avait jamais de manque de main — d’œuvre. Il y en avait toujours de disponibles, qui était en chômage et qui était prête à entrer au travail. Mais maintenant, il faut changer notre point de vue. L’économie du Québec, ce n’est pas une économie qui traîne en arrière. C’est une économie qui est très dynamique et en fait, quand on regarde les villes au Canada, c’est les villes du Québec et les villes de la Colombie-Britannique qui sont les plus dynamiques sur le plan économique. Et donc, quand le chômage est bas, le taux de postes vacants est forcément plus élevé. Nous, c’est la première génération qu’on a ça. Nos gens d’affaires sont en état de choc à cause de ça et ils doivent évidemment utiliser bien d’autres moyens que seulement l’immigration. Ça prendrait à mon avis un pacte économique entre les gens d’affaires et le gouvernement du Québec pour déterminer, bon, oui, on fait venir des immigrants, on s’assure que la composition de l’immigration est bien adaptée aux besoins réels. On cherche tous les moyens de réduire le temps d’attente, d’améliorer l’adéquation entre les gens qui viennent et les besoins de nos entreprises, on fait tout ça, mais on ne peut pas penser réussir ça si on fait passer le taux d’immigration, par exemple, de 50 000 par année à 100 000 par année. 

— OK. 

— Ça va être le chaos social, je veux dire… Puis là, l’opinion de la majorité des Québécois de leurs entreprises va devenir très négative. Aussi, on est plus sensibles au risque social qu’il y ait de monter l’attitude de la population interne contre l’immigration.  Au Québec, à l’heure actuelle, nos gens sont plus favorables à l’immigration que dans le reste du Canada. On est plus favorable à l’immigration au Québec…

— Et il ne faut pas que ça change.

— … que dans le reste du Canada. Mais si on pousse trop fort, il y a danger, avec trop d’immigrants, et ça, c’est le grave danger qui menace le reste du Canada.

— OK. 

— Le danger que ça attise la xénophobie et éventuellement le racisme et qu’on recule finalement à 20 000 ou 10 000 immigrants par année plutôt que de rester plus haut.

— Absolument. Merci beaucoup pour cette analyse avec nous ce soir.


Les économies avancées d'Asie ont désormais des indices de fécondité inférieurs à ceux du Japon

La liste des choses pour lesquelles le Japon jouit d’une réputation mondiale comprend une cuisine délicieuse, une technologie de pointe, une offre excédentaire de bars karaoké et un nombre insuffisant de bébés. En 1990, le Japon a atteint un indice de fécondité record pour l’année précédente — le fameux « choc de 1,57 ». Soit 1,57 enfant par femme. Pendant des années, l’archipel nippon a été considéré comme un précurseur du vieillissement et de la contraction des sociétés riches.


Une grande partie de l’Asie l’a maintenant rattrapé ou dépassé. Le taux de fécondité du Japon était de 1,3 enfant par femme en 2020, la dernière année pour laquelle des chiffres comparables sont disponibles, cela le place à égalité avec la Chine continentale, selon le Population Research Bureau, une agence américaine. Le taux de natalité de la Chine est probablement déjà tombé sous celui du Japon : il y a eu 10,6 millions de naissances chinoises l’année dernière, contre 12 millions en 2020, soit une baisse de 11 % alors que le nombre de naissances n’a baissé que de 3 % au Japon.

La fécondité japonaise est très basse par rapport à presque toutes les sociétés de l’histoire humaine. Pourtant, il est maintenant plus élevé que celui de n’importe quelle économie prospère de l’Extrême-Orient (l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud-Est). L’indice de fécondité de natalité à Hong Kong, Macao, Singapour, la Corée du Sud et Taïwan se situait entre 0,8 et 1,1 en 2020 (voir graphique ci-dessus). Il ne s’agit pas non plus d’un accident temporaire causé par la pandémie : la natalité du Japon était également supérieure à tous ces pays en 2019.

Ces pays asiatiques riches et qui boudent les naissances ont trois choses en commun. Premièrement, leur peuple a peu d’enfants hors mariage. Seuls 2 % environ des naissances au Japon et en Corée du Sud sont le fait de mères célibataires, les niveaux les plus bas de l’OCDE, un club de pays riches. Dans les pays occidentaux riches, ce chiffre se situe généralement entre 30 % et 60 %.  Ce taux de naissances hors mariage est de 62,4 % au Québec en 2019 avec un indice de fécondité d’environ 1,5 enfant/femme. En Chine, les rares femmes qui tombent enceintes hors mariage se voient souvent refuser des prestations. La baisse des naissances dans la région a suivi de près une baisse des mariages.

Un deuxième facteur commun est la scolarité coûteuse. Les cours particuliers onéreux et d’autres formes « d’éducation parallèle » qui vident le porte-monnaie, comme on appelle ces extras, sont courants en Asie de l’Est. La raison la plus fréquemment citée par les couples japonais pour avoir moins d’enfants est le coût de leur instruction et leur coût de la vie pour les élever. Lucy Crehan, chercheuse en éducation, affirme que ces problèmes pourraient être encore pires dans d’autres parties de l’Asie. Les élèves japonais ne sont confrontés à leurs premiers examens cruciaux qu’à l’âge de 15 ans. En revanche, les enfants de Chang-haï et de Singapour doivent passer ces tests dès l’école primaire, ce qui accroît la pression parentale et alourdit les frais de scolarité de la famille.

Pourtant, c’est le troisième facteur qui pourrait expliquer pourquoi le Japon surpasse ses riches homologues asiatiques. Une vague de recherches ces dernières années suggère que les prix élevés de l’immobilier poussent les jeunes couples à retarder la venue d’enfants. Un article a révélé qu’une augmentation de 10 000 $ des prix des maisons aux États-Unis entraînait une augmentation de 5 % de l’indice de fécondité chez les propriétaires, mais une diminution de 2,4 % chez les locataires. Dans une grande partie de l’Asie de l’Est et en particulier dans la Chine urbaine, l’achat d’une maison est une tâche ardue pour les jeunes. La Corée du Sud, dont le taux de fécondité de 0,8 est le plus bas de la région, a en conséquence un ratio prix de l’immobilier/revenu (le nombre d’années de revenu nécessaire pour acheter une maison) de 16,6, le plus élevé de l’OCDE après la Nouvelle-Zélande. Le ratio japonais de 7,5 est parmi les plus bas. 

Rappelons que le Canada se classe parmi les pays où le prix des logements par rapport aux revenus est le plus haut.

Le problème des prix élevés de l’immobilier qui empêchent les jeunes familles de s’installer n’est pas propre à l’Asie. Mais le marché immobilier japonais est différent. Contrairement à la plupart des pays riches, il a des règles d’urbanisme qui facilitent relativement la construction de plus de maisons. Le parc de logements à Tokyo a constamment augmenté plus rapidement que la population de la ville (qui continue également d’augmenter). De plus, les maisons japonaises ne sont pas construites pour durer, elles sont donc démolies et remplacées régulièrement. Le fisc japonais considère que les maisons japonaises en bois se déprécient pour atteindre une valeur de zéro après 22 ans. Cela signifie que le marché secondaire de l’immobilier résidentiel est plus limité et incite les propriétaires fonciers à démolir les vieux bâtiments et à en construire de plus grands.

Les économistes se demandent dans quelle mesure le logement relativement abordable du Japon est dû à ces politiques d’offre et de construction ou dans quelle mesure ces logements abordables sont dus à la lenteur de la croissance économique du pays. Mais la facilité de construction est susceptible de juguler l’augmentation des prix.

Source : The Economist

Voir aussi 

Corée du Sud : la surchauffe éducative, l'implosion démographique  

Corée du Sud — les garderies en anglais sont du gaspillage et néfastes au développement de votre enfant

 

samedi 28 mai 2022

Modèles informatiques et prise de décision, il ne s'agit pas uniquement de science mais de valeurs

Fermer les églises, mais laisser les casinos ouverts au Nevada pendant la pandémie : il ne s’agissait pas de science même si des modèles informatiques ont informé la décision. Étrangement, les décisions fondées sur les modèles informatiques lors de la pandémie n’avaient guère d’impacts négatifs sur les gens qui ressemblaient aux modélisateurs (la classe des « ordinateurs portables »). Subjectivité et incomplétude dans le choix des paramètres de ces modèles.

La prise de décisions ne relève pas de la science, mais des gens. Ce principe s’applique même lors de l’élaboration de modèles informatiques. Dans ce court métrage, le professeur Eric Winsberg, reconnu pour avoir intégré l’étude de la simulation informatique dans la philosophie des sciences, résume son point de vue sur les modèles de la COVID-19, y compris leur importance et leur influence sur la société.

Voir aussi 

Le confinement aurait détruit plus d’années de vie qu’il n’en a épargné 

Covid — New York Times affirme que le CDC a grandement exagéré le risque de contamination à l’extérieur  

La gestion du Covid ruine l’apprentissage de la lecture pour 100 millions d’enfants

 
 
 
 
 
Le confinement généralisé serait-il une erreur ? (avril 2020)

 

Contesté, sourd aux critiques... «Fin de règne» solitaire pour le pape François

Gouverner l’Église catholique n’est pas une sinécure, mais diriger le Vatican est encore plus périlleux. Fin politique et fort caractère, François, 85 ans, se heurte comme jamais, en cette dixième année de pontificat, à une série d’adversités. Enquête du Figaro magazine.

Jamais le pape François n’a encore affronté une telle adversité. En cette année 2022, dixième de son pontificat, tout semble se liguer contre lui. Rome, toujours prompte à brûler ce qu’elle adore, est en émoi. Certains discernent une phase de maturité du pontificat. D’autres une « fin de règne », selon une expression courante dans la Ville éternelle. Beaucoup pensent déjà à la suite. Mais François, 85 ans, très combatif, est loin d’avoir dit son dernier mot. Un grand jubilé chrétien mondial est en vue pour 2025. Surtout il prépare sa réforme capitale : celle de la « synodalité » pour 2024.

Il espère convertir l’Église, pyramidale, centralisée et cléricalisée, en une communauté plus démocratique, décentralisée où le pouvoir sera davantage partagé avec des laïcs. Y parviendra-t-il ? Cette ambition suscite soutien et admiration chez les uns et un épais scepticisme chez ceux qui connaissent bien les arcanes d’une institution bimillénaire édifiée sur la centralisation.

Tous les pontificats connaissent cette même courbe ascendante puis descendante. Ce qui compte pour l’Église est la portée d’un pontificat. De ce point de vue, ceux de Jean-Paul II et de Benoît XVI, avec leurs qualités et leurs défauts, sont encore très vivants.


 

Haute tension au Vatican

N’ont-ils pas marqué, et pour longtemps, des générations de fidèles et de clercs ? Il en est et en sera de même pour François. Dans le milieu ecclésiastique, personne ne se risque donc à juger prématurément le cours des choses. « Les phases de crise ne sont pas forcément les pires, observe un jeune cardinal, homme de Dieu, en poste au Vatican ; elles ouvrent à des réalités de l’Église que nous ne pouvons pas voir à présent. Le Seigneur n’abandonne pas son Église. »

L’Espérance est là, surtout chez les chrétiens, mais le mot « crise » est tout de même concédé. Elle est ouverte depuis l’élection de François pour certains. Elle est plus récente pour d’autres, y compris parmi les soutiens du pape. Tous s’accordent sur le climat de haute tension qui règne au Saint-Siège et dont l’intensité ne faiblit pas, en contraste avec l’image de bonhomie véhiculée dans le monde et qui a changé l’image de l’Église. Il y a évidemment, avec François, des antagonismes puissants, liés à sa forte personnalité réputée « clivante ». Son caractère « tranchant », son style « autoritaire » sont le lot quotidien d’un Vatican où l’on entend ces qualificatifs. Il y a aussi des « colères » papales et beaucoup se disent « terrorisés ». Il y a aussi, plus objectivement, une série de dossiers difficiles qui jettent une lumière parfois crue sur le pontificat. Un observateur italien de longue date, qui a beaucoup vu et entendu dans la cité du Vatican, les synthétise d’un mot : « confusion ». Une confusion « à la latino-américaine », précise-t-il, que des « mentalités européennes » ont de plus en plus de mal à saisir.

Dans ces tourbillons domine une première question, celle de la santé du pape. Un genou l’immobilise. « Cela ne devrait pas durer », assurent ses médecins sans en être toutefois certains. L’idée d’une intervention chirurgicale a été envisagée, mais elle apparaîtrait jusque-là trop risquée. N’en pouvant plus de souffrance — le pape a fait ses premières confidences à ce sujet à la fin du mois de janvier —, François a fini par accepter des infiltrations le 3 mai. Il souffre d’une gonalgie, inflammation aiguë des ligaments au genou droit, conséquence directe de son problème structurel de sciatique à la hanche qu’il corrige à chaque pas. Il s’est dit « humilié » par cette immobilisation. Il a même longtemps refusé d’apparaître en public avec une béquille et pire, en fauteuil roulant. Mais un pas devenait un supplice. Lors de l’audience générale du 4 mai, il s’est fait encore aider en donnant le bras à ses assistants pouvant à peine mouvoir sa jambe droite. Le 5 mai, il a fini par céder et se laisser conduire en fauteuil roulant devant les caméras, ce qu’il faisait avant, mais hors champ des objectifs.

Quant aux suites de l’opération aux intestins subie le 16 juillet 2021, elles ne sont pas vraiment connues. Le Vatican bruisse des rumeurs les plus alarmantes à ce sujet, car ce fut une très lourde chirurgie, bien plus difficile que prévu. Impossible d’y voir clair, faute d’informations fiables. Le pape a objectivement assumé tous ses engagements depuis la fin de sa convalescence de l’été 2021. Dont trois voyages internationaux, Hongrie et Slovaquie, puis Chypre et Grèce, l’île de Malte, enfin, début avril. Mais les grands déplacements internationaux prévus, Soudan du Sud notamment en juillet, Canada en septembre, sont à confirmer. Quant au Liban, il vient d’être officiellement « annulé », mais jamais le Vatican ne l’avait confirmé en raison de l’instabilité politique. On ne peut donc rien déduire pour l’heure. Dans un livre de dialogue, Des pauvres au pape, du pape au monde publié au Seuil le 1er avril, François a confié : « Jusqu’à il y a trois ans, je mangeais de tout. Maintenant, malheureusement, j’ai une sérieuse complication intestinale, une diverticulite aiguë, et je dois me nourrir de riz bouilli, de pommes de terre bouillies, de poisson grillé ou de poulet. Du simple, simple, simple… »

États-Unis — Biden élimine aide fédérale aux écoles qui ne permettront pas aux transgenres d’utiliser les espaces féminins

Les écoles américaines de la maternelle à la 12e année doivent autoriser les garçons à entrer dans les zones privées des filles pour obtenir des fonds fédéraux pour les déjeuners, les petits déjeuners et les collations, a annoncé l’administration Biden ce mois-ci. Un porte-parole du ministère américain de l’Éducation a déclaré à The Federalist que les communiqués de presse de plusieurs agences de l’administration Biden qui annonçaient cette politique seront suivis d’une réglementation officielle en juin.


 

« Il semble que l’on fasse de la politique avec l’alimentation des enfants pauvres, ce qui est vraiment malheureux », a déclaré par téléphone John Elcesser, directeur général de l’Association d’éducation privée de l’Indiana, après avoir tenté pendant des semaines de démêler ces nouvelles exigences avec les responsables gouvernementaux au nom des écoles privées de son État. « Parce que si une école a le sentiment qu’elle ne peut pas se soumettre à cette exigence parce que c’est en conflit avec sa mission ou ses valeurs — et si aucune exemption religieuse n’est accordée — l’administration supprimera un programme qui nourrit des enfants de familles à faible revenu. »

Avant que de nombreuses écoles ne ferment leurs portes en réponse à Covid-19, le National School Lunch Program nourrissait près de 30 millions d’élèves chaque jour de l’année scolaire répartis dans environ 100 000 écoles publiques et privées et dans des établissements de soins résidentiels.

En vertu de cette nouvelle exigence, les établissements qui acceptent tout financement alimentaire fédéral, y compris les bons d’alimentation, doivent également permettre aux hommes qui prétendent être des femmes d’accéder aux espaces privés féminins, tels que les douches, les salles de bain et les zones de repos. Ces établissements doivent également suivre des protocoles tels que demander au personnel d’utiliser des pronoms inexacts pour décrire les personnes transgenres et permettre au personnel masculin de s’habiller en femme pendant les heures de travail.

Les institutions religieuses peuvent toutefois bénéficier d’une dérogation les exemptant de ces exigences, a déclaré Greg Baylor, conseiller principal de l’Alliance Defending Freedom, dans une interview lundi. Selon la loi de 1972 sur le titre IX, a-t-il ajouté, les institutions religieuses n’ont pas à remplir de documents pour être exemptées, mais elles peuvent le faire si elles le souhaitent.

Baylor a toutefois fait remarquer que le fait d’affirmer publiquement un engagement envers la réalité sexuelle en demandant une reconnaissance d’exemption aux agences fédérales pourrait attirer des campagnes de pression d’associations extrémistes. Le plan d’action du groupe militant Human Rights Campaign destiné à l’administration Biden préconise de réduire les exemptions religieuses pour de nombreuses réglementations fédérales et d’exclure les personnes et les institutions qui demandent de telles exemptions.

L’administration Biden semble suivre ce plan de près. Selon Elcesser, les responsables de ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) disent aux écoles de remplir des formulaires pour être exemptées, bien que la loi sur le titre IX stipule qu’il s’agit là d’une option et non d’une obligation. L’USDA l’a confirmé au « Federalist » mardi avec cette déclaration envoyée par courriel : « Les établissements peuvent demander une exemption religieuse en soumettant une déclaration écrite au secrétaire de l’agriculture et en identifiant les dispositions qui sont s’opposent à un principe particulier de l’établissement religieux. »

Les écoles publiques ne peuvent bénéficier d’aucune exemption. Au mieux, les parents et les contribuables peuvent exhorter les districts scolaires à ne pas se conformer à la loi pendant que les années que dureront les inévitables procès sur l’interprétation des décrets de l’administration Biden.

« L’administration Biden étend grossièrement les conclusions de l’arrêt Bostock au-delà de leur application raisonnable. Comme beaucoup de coups de force de l’administration Biden, cette imposition empiète sur les compétences des autorités locales et de l’État fédéré. En tant que principaux gardiens du fédéralisme, les procureurs généraux des États peuvent combattre de tels excès lorsqu’ils portent atteinte aux fonctions de l’État », a déclaré le procureur général de l’Indiana, Todd Rokita, un républicain, dans une déclaration au Federalist.

Même si ce règlement est finalement annulé par un moyen ou un autre, des millions d’enfants américains seront forcés de manger leurs repas scolaires avec un fond de politique sexuelle.

« C’est un grand tort que d’infliger cette interprétation du titre IX aux écoles publiques et aux écoles privées qui ne peuvent bénéficier d’exemptions », a déclaré Baylor. Dans le comté de Loudoun, en Virginie, en 2021, une jeune femme a été agressée sexuellement dans les toilettes d’une école par un jeune homme à qui les politiques transgenres du district avaient donné accès.

Des parents ont confié au Federalist que leurs filles n’utilisent plus les toilettes ou les vestiaires de leurs écoles publiques parce qu’elles ne s’y sentent pas en sécurité. De nombreux parents découvrent après coup que les districts scolaires aident leurs enfants à vivre comme le sexe opposé et le cachent à leurs parents. « Un certain pourcentage de districts scolaires veulent se faire dire par le gouvernement fédéral qu’ils doivent mettre en œuvre l’idéologie du genre », a observé M. Baylor. « Si quelqu’un se plaint, ils pourront alors dire : “Nous faisons simplement ce qu’ils nous ont dit de faire”. Accusez Joe Biden, plutôt que de vous en prendre à moi. »

Comme Biden l’avait promis pendant sa campagne, son administration impose la confusion sexuelle à autant d’institutions qu’elle le peut. Cet objectif a reçu un énorme coup de pouce après la décision de la Cour suprême de 2020 dans son arrêt Bostock c. Clayton County, une décision anticonstitutionnelle [pour le Federalist] qui fournit à cet agenda sexuel extrémiste une feuille de vigne juridique. Cette décision, rendue à 5 contre 4 par le juge Neil Gorsuch, nommé par le président Donald Trump, concernait toutefois les différences entre les sexes non pas dans l’éducation, mais dans l’emploi.

Bien que l’opinion majoritaire ait déclaré que Bostock ne s’appliquait qu’au titre VII, c’est-à-dire au droit du travail, elle a fourni le raisonnement et l’excuse pour étendre cette décision dans un autre domaine. Les communiqués de presse de l’administration Biden ignorent les limites explicites de l’arrêt [Bostock] pour l’appliquer à d’autres domaines du code fédéral, en particulier le Titre IX de l’éducation, comme beaucoup l’avaient prédit.

Non seulement l’utilisation par l’administration Biden des subventions alimentaires fédérales pour imposer une politique sexuelle est juridiquement suspecte sur le fond, mais elle l’est également sur le plan de la procédure, a déclaré M. Baylor. En effet, les communiqués de presse n’ont pas force de loi. Seuls les règlements fédéraux qui ont respecté les procédures légales appropriées le sont.

Ce n’est pas encore le cas avec cette demande de l’administration Biden, bien que le porte-parole du ministère fédéral de l’Éducation ait déclaré que la réglementation proposée sera publiée en juin. Pourtant, même après la publication de la réglementation, les agences fédérales sont tenues d’accepter les commentaires du public pendant plusieurs mois, puis elles doivent passer plusieurs autres mois à examiner tous les commentaires et à y répondre, avant de rédiger et de publier une réglementation finale, qui peut alors être — et sera — selon Baylor — contestée devant les tribunaux.

« Lorsqu’ils font les choses d’une autre manière, par le biais d’une orientation réglementaire, d’un communiqué de presse ou d’une note de service, cela peut constituer en soi une violation de la loi sur la procédure administrative et c’est précisément ce que nous avons fait valoir dans certaines des affaires que nous avons déposées sur cette question », a déclaré M. Baylor. "...Nous pensons qu’ils prennent des raccourcis et nous le contestons devant les tribunaux. »

Il apparaît donc qu’avec cette demande, tout comme avec la prétendue obligation de vaccination de l’administration Biden, l’administration ralentit le processus juridique requis. Cela retarde les inévitables poursuites judiciaires, qui elles-mêmes prennent des années à être résolues. Ce processus imposera dans les faits des politiques sexuelles impopulaires et extrémistes de manière extra-légale, par décret et par l’intimidation. Pendant ce temps, de nombreux élus pourront se croiser les bras et prétendre que c’est aux tribunaux de résoudre ce à quoi ils peuvent mettre fin immédiatement par une action législative.

Étant donné que Biden détient la présidence pour plus de deux années supplémentaires, cela signifie que les enfants américains qui ne fréquentent pas une école chrétienne seront soumis au chaos social à l’école pendant longtemps qui s’ajoutera aux conséquences du confinement qui a déjà profondément affecté le parcours scolaire de nombreux élèves. Pour se prémunir de ce chaos social, les parents pourraient retirer leurs enfants des écoles publiques, les conseils scolaires pourraient refuser de suivre des règlements qui ne sont pas juridiquement contraignants jusqu’à ce que toutes les contestations judiciaires soient résolues, les écoles refuser le financement fédéral dont le coût social est si élevé, les législatures des États et le Congrès pourraient adopter de nouvelles lois afin de limiter ou d’annuler les désastreuses conclusions de l’arrêt Bostock.

« L’incertitude est vraiment malheureuse, et ce dont nous avons besoin, c’est de parents courageux qui font connaître leur opinion avec les administrateurs scolaires et les commissions scolaires. Nous avons besoin de parents courageux qui partagent leur point de vue avec les administrateurs scolaires et les conseils d’administration des écoles. Nous avons besoin d’administrateurs scolaires et de conseils d’administration des écoles courageux pour faire ce qui s’impose et repousser cette interprétation du titre IX, car les enfants subissent, par conséquent, de réels préjudices », a déclaré Mme Baylor.

Source : The Federalist


vendredi 27 mai 2022

La montée de l’ethno-nationalisme dans la politique suédoise

Les élections législatives du 11 septembre 2022 marqueront l’agenda politique de l’année en Suède. La consultation va clôturer une législature placée sous le signe de l’instabilité. Il y a quatre ans, le score record (17,53 % des suffrages) obtenu par la formation populiste des « Démocrates de Suède » (DS) avait abouti à l’éclatement du champ politique. Pour faire barrage aux DS, les partis d’inspiration socialiste et libérale-conservatrice se sont vus obligés de bricoler des accords à géométrie variable, qui ont exaspéré les tensions internes.

Le retrait du soutien du « Parti de gauche » (ex-communistes) a entraîné en juin 2021 la chute du gouvernement de Stefan Löfvén, suivie du retrait de la vie politique de cet ancien dirigeant syndical, qui se trouvait à la tête du SAP (le Parti ouvrier social-démocrate de Suède) depuis douze ans. Ce n’est qu’au terme de la rupture avec ses précédents alliés — les Verts et le Parti centriste — que le SAP a réussi, en novembre 2021, à mettre en place un gouvernement de minorité, sous la direction (pour la première fois dans l’histoire) d’une femme, Magdalena Andersson.

Le contexte pré-électoral est donc marqué par la fragmentation du paysage politique, traversé par des enjeux clivants : de la crise énergétique à la politique de défense (où l’adhésion à l’OTAN est désormais agitée comme une option concrète, du fait de l’intervention russe en Ukraine), jusqu’à la lutte contre les bandes organisées qui ensanglantent la chronique.

À l'origine de la motion de censure de l’été 2021, les DS ont trouvé dans les négociations pour la formation d’une nouvelle coalition l’occasion de briser l’ostracisme des autres partis à leur égard. Les libéraux-conservateurs du parti des « Modérés » les ont associés à l’élaboration d’un projet de budget de l’État, que le Parlement a entériné contre la proposition du gouvernement : possible prélude d’une coalition à venir qui, pour la première fois, inclurait l’extrême droite.

Une percée tardive

jeudi 26 mai 2022

La pente inéluctable de « l'aide médicale à mourir », l'extension du domaine de l'euthanasie ?


Le gouvernement canadien, en consultation avec des « experts », est en train de déterminer « comment l’AMA peut être fournie en toute sécurité aux personnes dont la seule condition médicale est une maladie mentale ». Dans moins d’un an, le 17 mars 2023, ces personnes deviendront admissibles à l’euthanasie, faussement appelée « aide médicale à mourir », même si le bon sens et la définition de « mourir » sont déjà morts.

Cette mesure constituerait un pas vers une position plus cohérente, car supposer que les personnes atteintes physiquement souffrent davantage et méritent davantage l’euthanasie que les personnes mentalement malades, mais valides, est un préjugé indéfendable et capacitiste.

Il n’y a jamais eu de pente glissante. Dès l’instant où nous avons décidé de nous lancer dans l’entreprise ou le jeu consistant à déterminer en quelles circonstances il est acceptable que les citoyens s’entretuent, nous avons plongé directement du haut d’une falaise.

À l’origine, le Canada exigeait que la mort d’une personne soit raisonnablement prévisible, mais si nous tuons pour soulager la souffrance, les personnes que nous tuons en priorité ne devraient-elles pas être précisément celles qui ne meurent pas et dont la souffrance est prolongée ? Quoi qu’il en soit, cette exigence a été abandonnée.

Actuellement, la loi précise que pour être admissible, une personne doit être atteinte d’une « affection grave et irrémédiable », qui doit être « sérieuse et incurable », et qui fait qu’elle se trouve « dans un état avancé de déclin irréversible de ses capacités » et « endure des souffrances physiques ou psychologiques qui lui sont intolérables et qui ne peuvent être soulagées dans des conditions qu’elle juge acceptables ».

Pourquoi exiger que l’on ait une condition médicale ? Pourquoi ne pas simplement tuer tous ceux qui disent vouloir être tués ?

Et qui peut dire ce qui est incurable ? Presque tout était incurable autrefois, jusqu’à ce que ça ne le soit plus.

Pourquoi faut-il être en déclin de capacité ? N’est-ce pas là aussi une attitude capacitiste et utilitaire ? Si le gouvernement se soucie de savoir qui est capable ou non, il pourrait aussi bien me supprimer maintenant.

Remarquez surtout la nature subjective de la description de la souffrance. Deux personnes peuvent souffrir exactement de la même maladie, et l’une peut être éligible à l’euthanasie et l’autre non si cette dernière est moins sensible à la douleur, même si son déclin est plus avancé.

Il n’existe aucun moyen objectif de mesurer la souffrance. Le gouvernement a deux options : tuer tous ceux qui prétendent souffrir (ce qu’il ne fait pas encore), ou tuer ceux dont il juge les affirmations de souffrance crédibles, car il ne considérerait pas que ces vies valent la peine d’être vécues.

Je n’ai pas encore rencontré de partisans de l’euthanasie qui admettent qu’ils portent ces jugements de valeur biaisés sur la vie des gens. Ils se contentent de prétendre qu’ils fournissent avec bienveillance un service indispensable à ceux qui font le choix personnel de ne pas aller plus loin (comme si ces choix étaient faits dans le vide), et évitent de réfléchir aux discriminations qu’ils opèrent.

Mettons donc cette réalité de côté, et continuons à prétendre qu’ils font ce beau métier d’exaucement des souhaits, juste pour pousser leur raisonnement jusqu’à sa conclusion naturelle et révéler le gouffre au bas de cette falaise qui défile sous nos yeux pendant que nous plongeons.

Logiquement, il n’y a aucune raison de ne pas tuer aussi les « mineurs matures » que le gouvernement juge capables de consentir à d’autres procédures de « soins de santé », y compris les traitements « d’affirmation du genre » et les opérations qui les rendent infertiles.

De plus, si nous avons soi-disant le « droit de mourir » (en réalité le droit d’être tués), et de stipuler quand et comment nous mourrons (serons tués), alors pourquoi limiter le meurtre aux professionnels de la santé ?

Nous voulons aseptiser toute l’affaire et lui conférer un air de légitimité, mais à part cela, pourquoi ne pas laisser n’importe qui vous administrer la dose mortelle ? Parce qu’il peut être maladroit, et que vous pourriez souffrir ou, Dieu nous en préserve, vivre ? Si vous pouvez consentir à être tué, ne pourriez-vous pas également consentir à ces risques ?

Peut-être pourrions-nous simplement vous autoriser à recevoir une balle dans la tête. Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas autoriser les gens à se battre en duel jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Et s’ils ne veulent pas vraiment mourir, mais qu’ils prenaient ce risque pour avoir la possibilité de tuer quelqu’un sans avoir à passer d’abord par l’école de médecine ? Cela peut être désordonné, bien sûr. Est-ce là la seule objection ? Nous pourrions désigner certains centres de duels, afin qu’il n’y ait pas de risque de ricochet ou de traumatisme pour les voisins.

Et si vous pouvez consentir à mettre fin à votre vie — le choix qui met fin à tous les choix — alors pourquoi ne pourriez-vous pas consentir à mettre fin à votre liberté par un contrat d’esclavage ? À quoi ne pourriez-vous pas consentir, vraiment ? Commencez la coupe du ruban de notre nouvelle utopie libertaire.

Bien sûr, n’importe quel non-libertaire dirait que certaines choses ne peuvent pas être consenties, ou ne devraient pas l’être, et que la liberté personnelle doit être mise en balance avec le bien commun.

Mais… attendez, attendez, attendez, depuis quand le bien commun fait-il partie de cette discussion ? Nous l’avons laissé derrière nous, en haut de la falaise, dès que nous avons commencé à chanter le mantra pro-choix, sans nous soucier de ce qui était choisi, et si c’était bien de choisir.

Si nous nous préoccupions un tant soit peu du bien commun, nous ne serions pas ici en train de réfléchir aux paramètres à mettre en place pour garantir que nous tuons les malades mentaux « en toute sécurité », parce que nous n’avons trouvé aucune bonne raison de ne pas les tuer aussi.

Alors que je n’ai cessé de mentionner le consentement, je dois préciser que la loi n’y accorde pas autant d’importance que je le fais. Une personne mourante n’a plus à donner son consentement final avant d’être tuée si elle perd la capacité de le faire et si les mots, les sons ou les gestes qu’elle fait en refusant sont interprétés comme « involontaires ».

Remarque : il est intéressant de noter que, dans le contexte du sexe, le consentement doit être « clair, enthousiaste et continu », mais pas lorsqu’il s’agit de demander à quelqu’un de vous tuer. Peut-être parce que les morts ne peuvent pas déposer de rapport de police. Ce conflit s’amplifiera si le Canada autorise les demandes anticipées d’euthanasie, ce qu’il envisage également.

J’ai dit « utopie », mais vous vous dites probablement que tout cela semble nettement dystopique et tiré par les cheveux. Alors, voici une image : Les salons funéraires sont entrés dans le racket proposent désormais l’euthanasie. Vous pouvez être à l’enterrement d’un être cher, pleurer à chaudes larmes, et le croque-mort peut s’approcher de vous, vous tendre sa carte et vous demander : « Voulez-vous être le suivant ? » Réveillez-vous. Vous êtes déjà dans la dystopie.

Une autre chose que je veux souligner : Ces problèmes ne sont pas ceux de quelqu’un d’autre. Vous n’êtes pas invulnérable. Peut-être n’avez-vous jamais voulu mourir, mais si cela vous arrive un jour, c’est précisément à ce moment-là que votre volonté sera la plus faible. C’est à ce moment-là que vous aurez besoin que votre communauté vous prête sa force, et non un tueur à gages en blouse de laboratoire (bien qu’en réalité il puisse s’agir d’un cow-boy armé, en fin de compte ─ le travail sera toujours fait).

À quoi sert une société si elle ne peut pas remplir sa fonction la plus élémentaire, à savoir empêcher les gens de s’entretuer ? Qu’est-ce que cela révèle de l’état de notre société qu’elle y participe au contraire activement ? Peut-on même appeler cela une société ? Vivons-nous dans un monde où l’ordre est une illusion ?

Source : The Interim, traduction CQV

Liens connexes

Euthanasie — l’envers du décor  

Mariage homosexuel, pilule, euthanasie… Un texte inédit de Benoît XVI sort en Italie

Michel Houellebecq : « Une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect »  

Canada — Demande de moratoire sur l’« aide médicale à mourir » dans les prisons  

L’anomie d’une société régie par le seul principe des droits individuels 

Luc Ferrandez : demander à être euthanasier pour « raisons environnementales »…

Débat — Le science au service de l’homme ? (Euthanasie, contraception, IA, éthique) 

Table ronde sur la crise de la foi, de la famille et de l’Église catholique

 

« Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? » par Aude Denizot

Dans son livre « Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? » Aude Denizot, dresse un bilan catastrophique du niveau des étudiants français. L’enseignante a imposé des cours d’orthographe à l’université. Après plus de 20 ans passés à corriger des copies au lycée et à l’université, Aude Denizot, professeur de droit à l’Université du Mans, a pu observer le déclin du niveau de ses étudiants en orthographe. Dans Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? (Enrick B éditions), l’enseignante passe en revue les causes de la baisse du niveau et identifie un coupable majeur : la photocopie. Elle démontre ainsi comment son usage abusif au détriment de la copie manuscrite réduit considérablement les progrès des jeunes Français. Entretien pour le Figaro étudiant.

LE FIGARO ÉTUDIANT. — Le déclin des étudiants en orthographe est-il vraiment alarmant ?

Aude DENIZOT. — J’ai commencé à enseigner à l’université en 2000. Et depuis cette époque, j’observe le niveau baisser via les 400 à 500 copies que je corrige chaque année. Je vois aujourd’hui des fautes sur des points de grammaire élémentaires que je n’aurais jamais vues au début de ma carrière. Une règle aussi basique que celle du à/a est de moins en moins maîtrisée. De même, j’observe chaque année davantage de phrases incompréhensibles ou illisibles. Nombre d’élèves n’ont plus les bases. Ces dernières années nous avons imposé des cours d’orthographe à nos étudiants de licence. Nous avons été forcés de constater que malgré un travail régulier et une très bonne volonté, une partie significative ne faisait aucun progrès notable entre la première et la dernière dictée de l’année. Autrefois, les élèves qui faisaient des fautes étaient souvent des élèves médiocres. Aujourd’hui on trouve des fautes élémentaires dans les copies de nos meilleurs élèves.

Un élève qui copie intégralement son exercice de grammaire écrit 50 mots là où celui qui remplit un texte à trous sur une photocopie n’en écrit que 12.

Aude Denizot

— Vous mettez en cause l’usage des exercices photocopiés et des fichiers à l’école primaire. Pourquoi est-ce contreproductif ?

— Les chiffres parlent d’eux-mêmes, un élève qui copie intégralement son exercice de grammaire écrit 50 mots là où celui qui remplit un texte à trous sur une photocopie n’en écrit que 12. La photocopie donne une illusion de rapidité. En réalité, l’élève ne développe pas sa capacité à écrire vite et bien. De même, la photocopie donne une illusion de propreté. L’enseignant sera toujours moins heurté par 12 mots mal calligraphiés au milieu d’une fiche que face à un paragraphe manuscrit entièrement sale. L’usage des photocopies n’est pas seulement néfaste dans les exercices de grammaire. Employé dans bien des matières pour gagner du temps, il réduit considérablement le travail passé à copier des leçons. Or ce travail de copie est fondamental pour développer des automatismes et apprendre à construire des phrases correctes.

L’élève qui ne perd aucun point pour son orthographe dans d’autres matières ne développe pas d’automatismes

Aude Denizot

— Quelles sont les autres causes du déclin du niveau en français des étudiants ?

— On a souvent renoncé à l’exigence et aux exercices difficiles par peur d’ennuyer les enfants. Or c’est en étant exigeant qu’on stimule leurs cerveaux et qu’on les fait grandir. Il est ainsi dommage que les enfants ne soient sanctionnés en orthographe qu’à l’occasion des dictées, et des cours de grammaire. L’élève qui ne perd aucun point pour son orthographe dans les autres matières et ne développe pas d’automatismes et peinera toujours davantage à écrire sans faute. Par ailleurs, nous ne pouvons qu’être inquiets devant la baisse du nombre d’heures accordées à la grammaire au primaire et dans le secondaire. L’omniprésence des écrans est une cause de la baisse générale du niveau des élèves et les correcteurs orthographiques n’incitent pas à la vigilance. Cependant les écrans n’entrent pas avant le collège dans le monde scolaire. Ils ne peuvent être rendus responsables lorsque les élèves ne maîtrisent pas les règles de base apprises en primaire.

Il faut revenir à une prise de notes manuscrite

Aude Denizot

— Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite surmonter ses difficultés en orthographe ?

— La première chose à faire est de revenir à une prise de notes manuscrite. Je conseille aussi de faire des exercices types Bled dans lesquels on recopie des phrases complètes et pas uniquement des mots-clés. Ces exercices peuvent être effectués en autocorrection, mais il est bon de s’appuyer sur une grand-mère qui dispose d’une bonne orthographe pour les reprendre. La dictée reste un excellent exercice à pratiquer sans relâche pour bien progresser. Il est également nécessaire de relire systématiquement tout ce que l’on est amené à écrire. Il faut que cela devienne une hygiène de vie d’aller traquer les fautes
dans ses copies, mais aussi dans ses courriels et jusque dans les moindres SMS. Je crois que c’est justement en s’obligeant à reprendre ses erreurs au quotidien qu’on acquiert le réflexe de les corriger dans ses copies.

Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ?
par Aude Denizot
publié aux éditions Enrick
le 17 mai 2022
ISBN-13 : 978-2356449825


« Décolonisation » : la Russie sort du processus universitaire dit « de Bologne »

C’est avec ces mots que le député et vice-président de la Douma Piotr Tolstoï a annoncé la décision des députés russes de faire sortir la Russie du système de Bologne, qui aurait fortement dégradé le niveau de l’enseignement depuis la chute de l’Union soviétique : « la décolonisation de notre système d’enseignement a commencé ». 

Le processus de Bologne est un processus de rapprochement des systèmes d’études supérieures européens amorcé en 1998 et qui a conduit à la création en 2010 de l’espace européen de l’enseignement supérieur, constitué de 48 États. Cet espace concerne principalement les États de l’Espace économique européen ainsi que, notamment, la Turquie et la Russie.

Comme cela avait été annoncé, les élus de la Douma russe entament un processus de vérification de tous les accords internationaux signés et ratifiés par la Russie ces dernières années, et de leurs conséquences juridiques, au regard de leur conformité avec l’intérêt national.

Selon ses critiques, le processus de Bologne auquel la Russie a adhéré après l’éclatement de l’URSS aurait eu des conséquences funestes sur le niveau des élèves et des étudiants diplômés. Depuis des années, des enseignants tirent la sonnette d’alarme, depuis des années les partisans du processus de Bologne leur répondent qu’il « ne faut pas être en retard sur l’Occident ».

La dégradation de la crise ukrainienne, les sanctions occidentales et la guerre indirecte qu’elle mène à la Russie ont diminué la légitimité de ces élites occidentales à l’intérieur du pays et de briser le postulat incontestable de l’intérêt a priori de l’intégration de la Russie dans les processus mondiaux. Koudrine, figure de ces élites pro-occidentales russes a déclaré que la Russie ne doit pas se précipiter de sortir des accords internationaux.

Piotr Tolstoï a lancé depuis quelque temps le mouvement de sortie du processus de Bologne. Cette idée a été soutenue par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur et par celui de l’éducation nationale. Il citait Patrouchev, le Secrétaire du Conseil de sécurité, qui lui-même soutient la sortie de la Russie du processus de Bologne :

Les étudiants et enseignants russes sont « de fait évincés de la sphère scientifique et éducative occidentale », c’est pourquoi il est l’un des rares à avoir annoncé publiquement la nécessité d’abandonner cette innovation imposée.

Sur son canal Telegram, le président de la Douma Volodine a demandé aux gens, s’ils étaient pour ou contre la sortie de la Russie du système de Bologne. La réponse fut sans appel : sur près de 331 000 votes, 90 % sont pour la sortie du système de Bologne.

 
Hier, Tolstoï a annoncé que la Douma entamait la procédure concrète de sortie, de concert avec le Gouvernement. Et de conclure :

La décolonisation de notre éducation a commencé. Vient ensuite la modification ou la suppression de l’examen d’État unifié et la débureaucratisation du système éducatif dans son ensemble. Ça suffit.

Cette envolée n’a manifestement pas été du goût de tout le monde et l’Agence fédérale pour l’éducation de s’accrocher à son examen d’État, hérité du processus de Bologne. L’agence ne voit pas l’intérêt d’annuler cet examen après la sortie de Bologne.

Source.

mercredi 25 mai 2022

« Le virage antinationaliste d'Éric Duhaime »

Texte d'Étienne-Alexandre Beauregard, étudiant au baccalauréat [licence en Europe] en philosophie et science politique à l'Université Laval.

À son arrivée comme chef du Parti conservateur


du Québec (PCQ), Éric Duhaime (ci-contre) avait promis aux Québécois un grand virage « nationaliste et patriotique »⁠1. Il faut dire qu’il y avait du travail à faire : son prédécesseur à la tête du PCQ, Adrien Pouliot, faisait bon nombre de ses communications « en bilingue », s’opposait aux clauses scolaires de la loi 101 et à l’interdiction du port de signes religieux, et souhaitait confier les seuils d’immigration au milieu des affaires (qui recommande actuellement de les doubler)2.

Ainsi, Duhaime a remplacé l’ancien logo de son parti par une fleur de lys et a appuyé la loi 21, dans l’espoir de rejoindre l’électorat « bleu » plus conservateur, potentiellement sensible à ses positions économiques de droite. Mais comme le dit l’expression : chassez le naturel, il revient au galop !

Le fait est que les libertariens québécois ont traditionnellement été hostiles au nationalisme tel qu’il se définit depuis la Révolution tranquille et même depuis Lionel Groulx, soit l’engagement de l’État pour défendre l’identité québécoise et le fait français, minoritaire au Canada et sur le continent.

Cette doctrine ne fait pas bon ménage avec un libertarianisme intransigeant, pour qui toute contrainte étatique apparaît comme un affront aux libertés individuelles, définies de manière maximaliste.

La perte d’importance de la question de la pandémie et des mesures sanitaires dans le débat public et le retour en force de l’enjeu linguistique ont forcé Éric Duhaime à faire un choix. Il aurait pu incarner la solution de rechange à la CAQ chez les électeurs nationalistes, mais il a préféré maintenir sa ligne libertaire, dans l’espoir de séduire les anglophones qui voudraient se détourner du Parti libéral⁠3.

Nouveau chef de bataille

Ainsi, le chef du PCQ a fait de l’opposition au projet de loi 96 un nouveau cheval de bataille, jugeant que les mesures somme toute [note du carnet: très] modérées qu’il comporte sont un trop grand affront aux libertés individuelles. Il vante du même souffle le statut de Montréal comme « métropole bilingue », tout en se disant personnellement enclin à hausser les seuils d’immigration, contre l’avis de ses membres. Plus encore, il propose d’abolir les quotas de musique francophone à la radio, se montrant du même coup plus radical que le Parti libéral du Québec et laissant deviner que la « liberté de s’angliciser » prime sur la défense du fait français à ses yeux.

Au bout du compte, on se demande bien ce que le Parti « conservateur » du Québec entend conserver de l’identité québécoise. Dans l’état actuel des choses, il se place en concurrence avec le Parti libéral et Québec solidaire pour incarner l’opposition la plus radicale au nationalisme caquiste. Les élections du 3 octobre révéleront si l’alternative « rouge » au présent gouvernement « bleu » se situe davantage au centre (gauche ?) libéral, à la gauche solidaire ou à la droite libertarienne. Une chose est sûre, alors que le débat identitaire continue de diviser le Québec, la Coalition avenir Québec apparaît bien seule pour parler à la majorité de Québécois qui semble adhérer à sa vision du nationalisme.

1. Lisez L’animateur Éric Duhaime élu chef du Parti conservateur du Québec

2. Des idées pour débloquer le Québec – Comment briser le triangle de l’immobilisme, Adrien Pouliot, Accent Grave, 2014

3. Lisez « Identité, langue, immigration : Éric Duhaime veut inverser le débat »