samedi 26 septembre 2015

Québec — Le terme « nègre » va être banni des noms de lieux

Les noms de onze lieux comportants les mots « nègre » et « nigger » vont être renommés pour éviter de porter « atteinte à la dignité des membres de la communauté noire ».

Ils ne pourront plus aller se baigner dans le Lac du Nègre en Outaouais, ni dans la rivière du même nom près de Drummondville. Ils ne pourront d’ailleurs plus grimper la colline Rocher Nigger, à Saint-Armand en Montérégie. Vendredi, la Commission de la toponymie du Québec a annoncé la « désofficialisation » des onze noms de lieux contenant les mots « nègre » en français ou « nigger » en anglais.

Selon la Commission, « Certains de ces noms de lieux, consacrés par l’usage, témoignent d’événements historiques, écrit la commission dans un communiqué. Cependant, même si les mots “nigger” et “nègre” sont d’usage ancien, ils peuvent porter atteinte à la dignité des membres de la communauté noire. En effet, le premier a une connotation fortement injurieuse. Quant au second, il a acquis, au fil du temps, une charge péjorative. » Qu’en pensent les chantres africains et antillais de la négritude ?

Comme nous l’indique une source qui nous a fourni une copie d’un courriel envoyé le 17 juin par la Commission de la toponymie : « des représentants de la communauté noire du Québec nous ont demandé de ne pas les retirer de la nomenclature géographique du Québec. » Il semble que la demande d’interdiction du mot « nègre » émane d’associations (notamment Impératif français) et de personnes (notamment un avocat activiste « caucasien » d’origine américaine) qui ne représentent pas les Noirs.

Denys Arcand avait déjà abordé ce sujet dans L’Âge des Ténèbres quand il prévoyait que « nègre » serait décrété un « non-mot ».


mercredi 23 septembre 2015

Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises


Une nouvelle étude, parue le 21 septembre 2015, indique que le système de garderies « universel » du Québec a des effets négatifs sur les enfants.

L’étude longitudinale a été effectuée par trois universitaires chevronnés : Michael Baker (Université de Toronto), Jonathan Gruber (Massachusetts Institute of Technology), Kevin Milligan (Université de Colombie-Britannique). Elle utilise quatre ensembles différents de données fiables, y compris des données de Statistique Canada. Leurs conclusions corroborent celles d’une recherche précédente qui tendait à démontrer que le système de garderies universel pourrait être néfaste pour le développement affectif des enfants.

Voici les cinq points essentiels à retenir de cette nouvelle étude :

1. Augmentation des comportements négatifs

Les enfants qui participent au programme de garderies du Québec étaient « en moins bonne santé, moins satisfaits de la vie et connaissaient un taux de criminalité plus important plus tard dans la vie. » Les auteurs écrivent que « L’impact négatif du programme de Québec sur les résultats non cognitifs des jeunes enfants semble perdurer et augmenter alors qu’ils atteignent l’âge scolaire. » (p. 21)

Qu’est-ce que les chercheurs entendent par « résultats non cognitifs » ? Ils parlent du comportement. Pour l’évaluer, ils ont mesuré des traits comme l’agression, l’hyperactivité et l’anxiété.

Ces résultats confirment une étude longitudinale antérieure soumise à l’examen d’autres scientifiques.

Notons que les filles ne sont pas affectées de la manière que les garçons. « Nous avons observé un impact nettement plus important dans le domaine de l’hyperactivité et de l’agressivité pour les garçons », écrivent les auteurs. Il y a pire : « les évaluations indiquent des impacts absolus plus importants pour les garçons pour ce qui est du taux de criminalité ».

Pour les filles, écrivent les auteurs, « l’effet le plus important porte sur le comportement prosocial qui s’aggrave de 22 pour cent d’un écart-type » (p. 28) on assiste donc à une baisse de l’empathie.

« À la maison, je m’ennuie !
À la garderie, je suis content ! »

Affiche soviétique des années 30

2. Moindre santé et qualité de vie

Non seulement les comportements négatifs augmentent, mais selon les déclarations des participants à l’étude leur santé et leur qualité de vie seraient également moindres par rapport à ce que déclarent les enfants qui n’ont pas été exposés au programme. Les auteurs notent que « [d]ans l’ensemble, ces résultats indiquent fortement une baisse dans le domaine de santé et de la qualité de vie parmi les jeunes plus âgés exposés au programme de garderies du Québec. » (p. 24)

3. Aucune amélioration dans les résultats scolaires

« Globalement, il n’y a pas de preuves solides que la politique familiale du Québec a eu un impact durable sur le développement cognitif des enfants. » (p. 23)

On fait souvent croire qu’un apprentissage précoce en garderie améliore les résultats scolaires. Toutefois, même là où on a noté une légère amélioration, celle-ci s’estompe assez vite. Cela demeure également vrai pour les programmes de garderie et de maternelle à temps plein.


4. Les interventions ciblées auprès d’enfants ne peuvent pas être reproduites dans des programmes universels

Perry Preschool est une étude menée dans les années 1960 aux États-Unis. Il s’agissait d’un programme coûteux, à une petite échelle qui ciblait des enfants défavorisés et leurs mères. Cette étude indiquait que ces enfants avaient bénéficié des efforts intensifs consentis, y compris auprès des parents.

Les programmes universels n’ont pas les mêmes effets. Par la nature même de ces programmes, la plupart des enfants concernés ne sont pas désavantagés. Il n’y a pas d’intervention auprès de la famille. Comme le coût du programme universel constitue un obstacle, sa qualité est médiocre.

Dès 2010, Kevin Milligan, l’un des auteurs de cette étude sur les garderies du Québec, insistait sur ce point en citant le Prix Nobel d’économie James Heckman :

« [Heckman] a écrit très clairement que les bénéfices d’une intervention [ciblé] auprès des sujets à risque sont bien établis... Mais il stipule très, très, très clairement qu’il n’est pas favorable à des programmes universels. »

Un autre chercheur, le Dr Jay Belsky, a déclaré : « on est passé de la preuve établie que certaines interventions peuvent être bénéfiques, à long terme, à des déclarations selon lesquelles toutes les interventions sont bénéfiques et ne présentent aucun inconvénient. »

Selon l’étude : « l’universalité des garderies ne semble pas présenter d’avantages à court terme alors que les études sur les effets à long terme ont des conclusions contradictoires » (p. 8)


5. La recherche sur l’attachement fournit la clé, mais on l’ignore

Les docteurs Gabor Maté et Gordon Neufeld ont cosigné un ouvrage important Retrouver son rôle de parent dont le titre anglais est plus explicite : Accrochez-vous à vos enfants : Pourquoi les parents doivent être plus importants pour leurs enfants que leurs congénères.

L’ouvrage décrit à quoi ressemble un bon attachement entre parent et enfant. Pour ces auteurs, la carence d’attachement entre les parents et leurs enfants est malheureusement devenue aujourd’hui la norme.

L’attachement aux congénères (aux pairs) se produit, selon Neufeld et Maté, quand de petits enfants sont placés au sein de grands groupes d’autres petits enfants. Ceux-ci commencent alors à considérer les autres enfants, plutôt que des adultes attentionnés et mûrs, comme leurs modèles. Sans surprise, les résultats laissent fort à désirer.

L’attachement, selon le Dr Gordon Neufeld, se résume à « établir des liens émotionnels forts et riches avec ceux qui vous élèvent ». C’est un concept qui se développe organiquement au cours des premières années de la vie.

Limite inique au choix des parents pourtant plébiscité par 70 %

La politique actuelle au Québec est injuste, elle consiste à massivement subventionner les « bonnes mères » qui abandonnent leur enfant en bas âge à des tiers et à ne rien offrir aux parents « rétrogrades » qui gardent eux-mêmes leurs enfants à la maison. Des taxes élevées (pour payer ces « généreux programmes » de garderie) et moins de choix de qualité pour les parents et leurs enfants.

Pourtant, une étude d’août 2013 indiquait que, pour 70 % des Québécois, le meilleur endroit pour un enfant de moins de six ans était la maison avec un parent. Cette nouvelle étude apporte de l’eau au moulin des parents qui voudraient avoir plus de choix en matière d’éducation à la petite enfance sans devoir payer un prix exorbitant pour leur choix considéré comme rétrograde par d’aucuns.


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mardi 22 septembre 2015

Suède — Échec de l'intégration des immigrés, ce n'est pas faute de moyens ou de bons sentiments

Écolières à Malmö (sud de la Suède)
La Suède propose probablement la politique d’asile la plus accueillante et les programmes d’aide sociale les plus généreux de l’Union européenne. Un réfugié typique, Natanaël Hailé, a échappé en 2013 de peu à la noyade en Méditerranée. Mais ses compatriotes en Érythrée ne s’intéressent pas aux dangers liés à son périple.

Comme il l’a déclaré au New York Times, ils veulent en savoir plus sur « sa voiture d’occasion, les allocations du gouvernement qu’il reçoit et ses projets pour trouver du travail comme soudeur une fois qu’il aura terminé un cours de langue de deux ans. » En tant que réfugié enregistré, il reçoit une indemnité de séjour mensuelle de plus de 925 $ canadiens.

Une généreuse politique d’immigration fait partie de l’image de marque que la Suède (comme le Canada) veut projeter. À ce titre, la Suède se targue d’être une superpuissance morale. Depuis 40 ans, la plupart des immigrants en Suède sont des réfugiés et des membres de famille qui rejoignent un parent déjà installé, à tel point que les mots « immigrant » et « réfugiés » sont devenus synonymes en Suède (contrairement au Canada et au Québec).

La Suède accueille plus de réfugiés par habitant que tout autre pays européen, et les immigrants – principalement en provenance du Moyen-Orient et en Afrique – forment aujourd’hui environ 16 pour cent de la population suédoise. Les principaux partis politiques, ainsi que les médias dominants, approuvent cet état de fait. Remettre en question ce « consensus » est considéré comme xénophobe et haineux.

Alors, dans ce climat de générosité et de suppression de tout discours critique, comment se déroule l’intégration des « réfugiés » dans le pays le plus réceptif en matière d’immigration sur la planète ? Pas si bien, si l’on en croit Tino Sanandaji (le frère de Nima Sanandaji dont nous avons récemment publié une recension de son dernier livre).

M. Sanandaji (ci-contre) est lui-même un immigrant. Cet économiste kurdo-suédois est né en Iran et a déménagé en Suède à l’âge de 10 ans. Il possède un doctorat en économie de l’Université de Chicago et se spécialise dans les questions d’immigration. Le Globe and Mail de Toronto s’est entretenu avec lui la semaine passée.

« Les non-Européens s’intègrent mal », a déclaré M. Sanandaji. Quarante-huit pour cent des immigrants en âge de travailler ne travaillent pas, d’ajouter l’économiste. Même après 15 ans en Suède, leur taux d’emploi atteint à peine 60 pour cent. La Suède possède le plus grand écart dans les taux d’emplois en Europe entre autochtones et non-autochtones.

En Suède, l’égalité est vénérée, mais c’est l’inégalité qui est désormais bien ancrée dans les faits. Les statistiques des services de l’emploi suédois pour le mois d’août 2015 indiquent que 49 pour cent de tous les chômeurs et 55 pour cent des chômeurs de longue durée sont nés à l’étranger. Cinquante-huit pour cent des prestations d’aide sociale sont distribuées aux immigrants. Quarante-cinq pour cent des enfants aux notes scolaires médiocres sont des immigrants. Les revenus des immigrants (y compris ceux au chômage) sont en moyenne inférieurs de 40 pour cent à ceux des Suédois. Les revenus des immigrants qui travaillent sont inférieurs de 20 % à ceux des Suédois. La majorité des personnes accusées de meurtre, de viol ou de vol sont des immigrants de première ou de deuxième génération. « Depuis les années 1980, la Suède a connu la plus forte augmentation au chapitre de l’inégalité des revenus parmi tous les pays de l’OCDE », a déclaré M. Sanandaji.

Ce n’est pas faute de moyens. En effet, la Suède est la championne en Europe pour ce qui est des efforts consentis en matière d’immigration. Il ne semble pas que ce soit directement la faute des nouveaux venus, car le marché du travail de la Suède exige une main-d’œuvre très qualifiée et même des Suédois peu qualifiés ne trouvent pas de travail. « Quelle chance peut donc avoir une femme africaine de 40 ans ? » de demander M. Tino Sanandaji. Selon l’économiste, près de 50 pour cent des réfugiés nouvellement arrivés ne possèdent pas de diplôme d’études secondaires.

Pour M. Sanandaji, un des problèmes avec l’immigration actuelle en Suède est la qualité du capital humain. Le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de l’OECD est pour les adultes ce que le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est pour les élèves de 15 ans. Le PEICA est une évaluation internationale des compétences de base en traitement de l’information qui sont, selon l’OCDE, « requises pour participer à la vie économique et sociale des économies avancées du XXIe siècle ». Ces tests produisent probablement des mesures plus précises et plus fiables du capital humain que les diplômes officiels des pays sous-développés. Le PEICA fournit une enquête hautement détaillée qui porte sur les compétences en littératie, en numératie et en résolution de problèmes dans des environnements technologiques (RP-ET) chez les adultes âgés de 16 à 65 ans.

Les résultats sont frappants : la Suède a le plus grand écart dans les compétences entre les gens qui y sont nés et ceux nés à l’étranger parmi tous les pays participants au PEICA dans les trois sous-tests (l’illustration ci-dessous donne les résultats pour la « littératie »). Pour M. Sanandaji, c’est un fait fondamental qu’aucun économiste qui analyse cette question ne peut ignorer.

(Source : Résultats en littératie du PEICA)

Le fantasme suédois consiste à penser qu’il suffit de socialiser les enfants d’immigrants et de réfugiés correctement et ils deviendront semblables à des Suédois de souche. Mais voilà, cela ne s’est pas produit ainsi. Une bonne partie de la deuxième génération des immigrés vit dans de beaux ghettos sociaux suédois. Les tensions sociales – l’exode des blancs, recul général de la confiance – ne font qu’empirer. La ville de Malmö qui concentre une forte population immigrée, juste en face du pont vers le Danemark, est un désastre économique et social. Si la proportion de Suédois qui pensaient qu’« on peut faire confiance dans la plupart des gens » était de 70 % dans l’étude World Value Survey en 2005, ce chiffre était tombé à environ 62 % dans la dernière étude en 2014. À Malmö, la ville la plus diverse ethniquement en Suède, le niveau de confiance n'atteint que 52 %. Sur la perte de confiance globale dans les sociétés « diverses », lire Pierre-André Taguieff et Robert Putnam.

La générosité de la Suède coûte une fortune alors que la croissance économique stagne. Le pays dépense actuellement environ 4 milliards $ par année pour l’accueil de nouveaux réfugiés. Ce chiffre n’était encore que de 1 milliard $ il y a quelques années, selon M. Sanandaji. Et le flux de réfugiés ne diminue pas. La Suède accepte automatiquement tous les mineurs non accompagnés. « Nous avions l’habitude de prendre 500 mineurs non accompagnés par an », a-t-il ajouté. « Cette année, nous nous attendons à 12.000 mineurs non accompagnés. »

M. Sanandaji remarque que les graves problèmes liés à l’immigration en Suède apparaissent à peine dans les médias traditionnels. Les journalistes considèrent que leur mission est d’abord de lutter contre le racisme, de sorte qu’ils ne répercutent pas les mauvaises nouvelles. Malgré — ou peut-être à cause de — cette autocensure, le fossé entre les leaders d’opinion et les électeurs sur la question de l’immigration est devenu un gouffre. Selon un récent sondage d’opinion, 58 pour cent des Suédois pensent qu’il y a trop d’immigrants, note M. Sanandaji. Selon des sondages récents, 20 à 25 % des Suédois soutiennent désormais le parti anti-immigration des Démocrates de Suède.

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lundi 21 septembre 2015

Demain, vraiment tous surdoués ?

Documentaire réalisé en France et en Belgique sur les enfants à hauts potentiels. Comment les repérer ? Quelles structures existent ? Comment sont formés les professeurs ? Quelles sont les difficultés de ces familles ? Autant de questions abordées dans le reportage Demain, tous surdoués ?



Malheureusement, en Belgique et en France, seules les écoles privées — et donc vraiment libres (elles bénéficient de nettement plus de libertés qu’au Québec) — peuvent aujourd’hui accompagner les élèves à hauts potentiels, mais cela a un coût financier, et toutes les familles n’en ont pas les moyens.

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Japon — Nombre d'habitants âgés de plus de 80 ans a atteint 10 millions


Dans le cadre de la Journée nationale dédiée aux personnes âgées, les autorités japonaises ont publié des statistiques selon lesquelles les personnes âgées représentent 7,9 % de la population totale du pays.

Selon les données du ministère des Affaires intérieures et des Communications du Japon, les habitants du pays âgés de plus de 80 ans représentent 10,4 millions de personnes, soit 7,9 % de la population totale du pays.

Cette analyse statistique est publiée chaque année à l’occasion de la Journée nationale du respect des personnes âgées fêtée au Japon le troisième lundi de septembre, soit le 21 septembre cette année.

De même, les données montrent que le nombre de Japonais âgés de 80 ans et plus a atteint pour la première fois 10 millions de personnes.
Quant aux détails, 16,4 millions de personnes (12,9 % des habitants) sont âgées de 75 ans ou plus, près de 33,8 millions de personnes (un quart de la population) sont âgées de 65 ou plus dont 19,2 millions sont des femmes et 14,6 millions des hommes.

Près de 6,8 millions d’habitants âgés de plus de 65 ans au Japon ont un emploi.

De surcroit, le nombre de personnes qui ont déjà fêté leurs 100 ans représente près de 60.000 citoyens japonais.

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La non-exception scandinave : les bons côtés ont précédé l'État-providence

Nima Sanandaji, un Suédois d’origine kurde, a récemment publié un ouvrage (Scandinavian Unexceptionalism : La Non-exception scandinave) qui remet en cause un certain nombre d’idées reçues sur la Suède.
  • Les pays scandinaves se sont attiré des louanges pour leurs niveaux élevés de prestations sociales et leurs résultats économiques et sociaux. Il est vrai qu’ils ont du succès quand on considère la plupart des indicateurs habituels. Cependant, selon l’ouvrage de Sanadaji, le succès de la Scandinavie aurait précédé l’apparition de l’État-providence dans les années 60. En effet, entre 1870 et 1936, la Suède a connu le taux de croissance le plus élevé dans le monde industrialisé. Cependant, entre 1936 et 2008, la Suède ne se classait plus sur le plan du taux de croissance qu’au 13e rang sur 28 pays industrialisés. De 1975 au milieu des années 1990, la Suède est passée du 4e pays au monde selon la richesse au 13e. Pour le chercheur suédois, de nombreuses analyses sur les pays scandinaves confondent corrélation et causalité. Il est clair que bon nombre des caractéristiques souhaitables de sociétés scandinaves, telles que la faible inégalité des revenus, de faibles niveaux de pauvreté et des niveaux élevés de croissance économique sont antérieures au développement de l’État-providence. Ceux-ci et d’autres indicateurs ont commencé à se détériorer après l’expansion de l’État-providence et l’augmentation des impôts pour les financer. 
  • L’ère de la troisième voie sociale-démocrate en Scandinavie, tant admirée par la gauche, n’a duré que du début des années 1970 au début des années 1990. Le taux de création d’entreprises à l’époque de la troisième voie était catastrophique. En 2004, 38 % des entreprises au plus gros chiffre d’affaires avaient été fondées comme des entreprises privées dans le pays. Parmi ces entreprises, seules deux avaient été formées après 1970. Aucune des 100 plus grandes entreprises selon nombre d’employés n’a été fondée en Suède après 1970. En outre, entre 1950 et 2000, bien que la population suédoise soit passée de 7 millions à près de 9 millions, la création nette d’emplois dans le secteur privé fut proche de zéro.
  • Jusqu’en 1960, les recettes fiscales dans les pays nordiques allaient de 25 % du PIB au Danemark à 32 % en Norvège, un taux semblable à d’autres pays développés. À l’heure actuelle, après la forte taxation de l'ère de la troisième voie sociale-démocrate et une phase de réductions des impôts ces dernières années, les pays scandinaves ont, à nouveau, des taux de fardeau fiscal et de dépenses publiques qui les placent dans la moyenne. 
  • On prend souvent la Scandinavie en exemple, car sa population aurait une espérance de vie élevée, serait en bonne santé et connaîtrait une faible mortalité infantile. L’excellence en ce domaine est à nouveau antérieure à l’expansion de l’État providence. En 1960, la Norvège avait l’espérance de vie la plus élevée de la zone OCDE, suivie par la Suède, l’Islande et le Danemark en troisième, quatrième et cinquième positions respectivement. En 2005, l’écart d’espérance de vie entre les pays scandinaves et Royaume-Uni et les États-Unis avait considérablement diminué. L’Islande, dont le secteur d’aide sociale est de taille moyenne, a dépassé au fil du temps les quatre principaux pays scandinaves en termes d’espérance de vie et de mortalité infantile.
  • Les sociétés scandinaves étaient égalitaires bien avant l’apparition de l’État-providence sociale-démocrate. L’inégalité des revenus avait diminué de façon spectaculaire au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle. En effet, la réduction des inégalités s’était produite avant l’introduction d’un vaste secteur public et d’une forte imposition fiscale.
  • Le développement des États providence scandinaves a conduit à une détérioration dans le capital social. Même si les pays nordiques sont caractérisés par une bonne santé, seuls les Pays-Bas dépensent plus en chômage pour incapacité que les pays scandinaves. Une enquête de 2001 a montré que 44 % des Scandinaves pensaient qu’il était acceptable de demander des prestations de maladie s’ils n’étaient pas contents de leur environnement de travail.
  • D’autres études ont indiqué que le nombre des absences pour cause de maladie augmente lors des événements sportifs. On est loin du mythe des Suédois luthériens industrieux. Ainsi, l’absence pour cause de maladie chez les hommes a augmenté de 41 pour cent pendant la Coupe du Monde de football 2002. Ces changements d’attitude face au travail ont fait l’objet d’une étude dans le World Value Survey. Dans l’enquête de 1981 à 1984, 82 pour cent des Suédois étaient d’accord avec l’énoncé « demander des prestations gouvernementales auxquelles vous n’êtes pas autorisé n’est jamais justifiable » ; dans l’enquête 2010-14, seuls 55 pour cent des Suédois croyaient qu’il n’était jamais justifiable de réclamer des prestations auxquelles ils n’avaient pas droit.
  • Selon l’auteur, une autre caractéristique regrettable de pays scandinaves est leur difficulté à assimiler les immigrés, très souvent des réfugiés politiques attirés par les généreux bénéfices sociaux des pays scandinaves. Le taux de chômage des immigrants ayant un faible niveau d’éducation dans les pays anglo-saxons est généralement égal ou inférieur au taux de chômage parmi les gens nés dans le pays avec un bagage éducatif similaire, alors que le taux de chômage des immigrés peu qualifiés est beaucoup plus élevé dans les pays scandinaves. Même les immigrants qualifiés éprouvent des difficultés pour trouver un emploi convenable en Scandinavie. Les immigrants très scolarisés en Finlande et la Suède ont un taux de chômage 8 pour cent plus élevé que les Finlandais et les Suédois avec un niveau de scolarité équivalent. Dans les pays anglo-saxons, les taux d’emploi entre immigrés et natifs de même scolarité sont très similaires.
  • Les descendants de migrants scandinaves aux États-Unis combinent un haut niveau de vie typique des États-Unis et la faible inégalité des pays scandinaves. Le revenu médian des descendants scandinaves est 20 pour cent plus élevé que le revenu moyen aux États-Unis. Il est vrai que taux de pauvreté dans les pays scandinaves est plus bas qu’aux États-Unis. Toutefois, le taux de pauvreté chez les descendants d’immigrants nordiques aux États-Unis aujourd’hui ne représente que la moitié du taux de pauvreté moyen des Américains. C’est le cas depuis des décennies. En fait, les Scandinaves américains ont des taux de pauvreté plus faibles que les citoyens scandinaves qui n’ont pas émigré. Pour l’auteur, ceci suggère que des normes culturelles préexistantes à l’État-providence expliquent du faible niveau de pauvreté chez les Scandinaves, plutôt que les États-providence nordiques.
  • De nombreuses analyses de pays scandinaves confondent corrélation et causalité. Selon Sanandaji, il est patent que bon nombre des caractéristiques souhaitables des sociétés scandinaves, telles que la faible inégalité de revenus, le faible taux de pauvreté et les niveaux élevés de croissance économique, sont antérieures au développement de l’État-providence. Il est également clair pour Sanandaji que des taux élevés de confiance sont également antérieurs à l’ère des fortes dépenses publiques et des impôts élevés. Tous ces indicateurs ont commencé à se détériorer après l’expansion des États-providence scandinaves et l’augmentation des impôts nécessaires pour les financer.

Le livre n’adresse pas certaines questions. En particulier, pourquoi la Suède a connu une forte baisse dans ses résultats scolaires, à tel point qu’elle a demandé à l’OCDE d’en étudier les raisons. Les résultats scolaires sont non seulement en baisse, mais les étudiants suédois démontrent un manque de motivation pour le travail dur et le nombre d’étudiants qui se présentent en retard en classe a également augmenté.

Cette étude n’est pas sans rappeler le constat de Nathalie Bulle au sujet de la Finlande qui a de très bons résultats dans les classements scolaires internationaux : les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes. En effet, la culture finnoise connaît un caractère discipliné et un esprit collectif forts, sa pédagogie est conservatrice, le pays homogène ne connaît que peu d’immigration, contrairement à la Suède. Malgré ces faits, le modèle d’élève décrit dans PISA est très fortement orienté vers le futur alors que le succès finlandais reposerait plutôt largement sur le passé, un monde en train de disparaître, une société préindustrielle et agraire, une éthique d’obéissance peut-être la plus forte parmi les sociétés européennes.

Au sujet de l’auteur

Nima Sanandaji détient un doctorat de l’Institut royal de technologie de Stockholm. Il a publié 15 livres sur des questions politiques telles que les perspectives de carrière des femmes, l’intégration, l’esprit d’entreprise et des réformes qui encouragent l’innovation dans la prestation des services publics. Nima Sanandaji est un chercheur au Centre for Policy Studies à Londres.


mercredi 16 septembre 2015

Nombre d'élèves en difficulté a près de doublé en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an

Joanne Marcotte relève des extraits du livre TDAH ? Pour en finir avec le dopage des enfants dont nous avons déjà parlé et les commente. Extraits.

Tout cela dit, il demeure que St-Onge soulève une interrogation importante : Y a-t-il surdiagnostic du TDAH au Québec, maintenant champion canadien de la consommation de psychostimulants (ex. : Ritalin) ?

Les données sont ahurissantes :
  • En 10 ans, de 2000-2009, le nombre d’ordonnances de psychostimulants a pratiquement quadruplé.
  • De 2010-2014 (en 5 ans), la quantité de comprimés vendus en pharmacie a augmenté de 56 %.
  • Québec bat le record de consommation des psychostimulants. En 2011, Québec compte 23 % de la population, mais consomme 35 % des psychostimulants
  • Les EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation) représentent maintenant 20 % de tous les élèves, contre 12 % il y a 10 ans.

La question qui tue : Y a-t-il surdiagnostic ?

Oui, répond clairement le pédiatre Jean-François Chicoine (écoutez ici son commentaire). « Si on est rendus à 13 %, c’est sûr qu’on en traite trop. St-Onge a raison pour ce qui est de la multiplication du diagnostic », conclut-il, ce 13 % faisant référence au pourcentage d’élèves du secondaire qui ont reçu un diagnostic pour le TDAH. Plus encore, selon St-Onge,

Le Centre du TDAH de l’hôpital de Rivière-des-Prairies à Montréal retire 60 % de ces diagnostics aux enfants qui leur sont envoyés par des médecins soupçonnant l,existence d’un TDAH ou ayant posé un tel diagnostic. Le TDAH est surdiagnostiqué ou fait l’objet d’erreurs de diagnostic. Le ministre québécois de la Santé estime que les psychostimulants sont surprescrits et le Collège des médecins du Québec déclarait en février 2015 : « On est conscient qu’il y a un problème de surdiagnostic », les généralistes sont « mal outillés » pour poser des diagnostics liés aux troubles de l,apprentissage et du comportement.
– TDAH ?, p. 21.

Donnée tout à fait intéressante : 60 % des enfants qui prennent des psychostimulants sont nés en juillet, août et septembre. Explication possible ? Plusieurs cas s’expliquent par un simple manque de maturité. Les enfants sont juste trop jeunes et ont plus de difficulté à suivre le groupe. Rien à voir avec un trouble de neurotransmetteurs du cerveau… avis aux parents.

Selon l’auteur, plusieurs autres causes de type social ou environnemental peuvent être à l’origine d’un trouble d’inattention : manque de sommeil, toxines, troubles à la maison, etc.

Et puis, il y a la question des incitatifs financiers…
Les commissions scolaires se livrent à une « course » pour obtenir des diagnostics d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) et ainsi toucher plus de subventions. C’est ce qui explique en partie l’explosion du nombre de diagnostics, estime Québec.

Pour chaque EHDAA qu’elle déclare, une commission scolaire reçoit une allocation de base qui varie de 10 000 $ à un peu plus de 18 000 $, selon le handicap identifié par un « code de difficulté ». Cette allocation est de 5000 $ pour un élève régulier.

– La Presse, février 2015

[...]

Vérification faite auprès du Cabinet du ministre de l’Éducation, c’est 7,3 milliards $ (budget 2015-16) qui sont versés spécifiquement aux commissions scolaires. De ce 7,3 milliards, tenez-vous bien, c’est 2,3 milliards qui sont destinés aux élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage (EHDAA). 2,3 milliards !!! 32 % du 7,3 milliards !!!


32 % de ce qui est versé aux commissions scolaires devrait, en principe, servir à offrir des services directs aux élèves en difficulté.

Est-ce le cas ? Est-il possible qu’encore une fois, fidèle au modèle québécois, on répartisse trop et trop mal des sommes qui devraient être mieux ciblées ? Ce 2,3 milliards, va-t-il vraiment à des services directs en assistance aux enseignants ? On en doute. Selon le ministère, « il s’avère qu’environ 40 % du temps de travail des spécialistes en adaptation scolaire servirait à des tâches administratives ».

[...]

Se peut-il également qu’on « trippe » [sic] pas mal trop « diagnostic », mais qu’on néglige l’assistance et le soutien direct aux enseignants et aux élèves ?

Une généreuse enseignante me faisait part de ce que sa classe comptait 18 élèves. De ce nombre, 8 étaient TDAH ! Quatre élèves dans son groupe requéraient des plans d’intervention individualisés. Lorsqu’un élève avait un résultat de 73 %, on le considérait « à risque ». Vraiment ? À risque à 73 % ?

Lors de l’analyse des crédits du ministère de l’Éducation, on apprend que les EHDAA constituent 28,6 % de la clientèle de la Commission scolaire de Montréal, ce qui est plus élevé que le réseau dont le taux s’élève à 25,8 %. Un élève sur quatre dans tout le réseau…

mardi 15 septembre 2015

Le numérique ne fait pas de miracles à l'école

D’après une étude de l’OCDE, équiper massivement les élèves et leurs classes d’outils numériques ne suffit pas pour obtenir une amélioration des résultats.

Les pays qui ont beaucoup investi dans le numérique n’ont pas enregistré d’amélioration notable des résultats en compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a étudié pour la première fois les compétences numériques des élèves de quinze ans, à partir des données recueillies lors de l’édition 2012 de son enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

Des pays passant peu de temps en ligne à l’école — comme la Corée, la Chine ou la Finlande — ont de très bons résultats aux tests PISA


Impact « mitigé, dans le meilleur des cas »

Malgré l’omniprésence des nouvelles technologies dans notre vie quotidienne, elles ne sont pas encore largement répandues dans l’éducation, relève l’OCDE. Lorsqu’elles sont effectivement utilisées en classe, « leur incidence sur la performance des élèves est mitigée, dans le meilleur des cas ».

« Ce n’est pas forcément parce qu’on utilise le numérique de façon intensive à l’école qu’on réussit bien aux tests numériques », explique Éric Charbonnier, analyste éducation à l’OCDE. Ces tests portent sur la compréhension de l’écrit électronique, mais aussi sur la « navigation ciblée », autrement dit la capacité à trouver la réponse à des questions en cliquant sur une succession de liens internet pertinents.



Le cas de l’Espagne

Les résultats des élèves espagnols se situent ainsi en deçà de la moyenne des pays développés, alors même « qu’ils consacrent plus de 30 minutes par jour au numérique pour les apprentissages », souligne Eric Charbonnier. A contrario, les élèves français se débrouillent mieux sur ordinateur (entre la 10e et la 14e place) que sur papier (12e à 16e), notamment les garçons, « alors que pourtant le numérique ne fait pas partie des apprentissages ».

Les plus performants en compréhension de l’écrit électronique sont les élèves de Singapour, Corée du Sud, Hong Kong, Japon, Canada, Shanghaï... Comme ils ne sont pas davantage exposés à internet à l’école que ceux du reste de l’OCDE, l’étude en déduit que « nombre des compétences essentielles pour la navigation sur internet peuvent également être enseignées et acquises à l’aide de pédagogies et d’outils analogiques traditionnels ».

« Pour réduire les inégalités dans la capacité à tirer profit des outils numériques, les pays doivent avant tout améliorer l’équité de leur système d’éducation », estime donc l’OCDE.

La qualité, pas la quantité, prévaut

Concernant la « navigation ciblée », ce sont les élèves de Singapour qui s’en sortent le mieux, devant ceux de l’Australie, la Corée du Sud, le Canada et les États-Unis. La France est au-dessus de la moyenne de l’OCDE, mais Shanghaï, connu pour ses brillants résultats scolaires, en dessous.

« Ce n’est pas la quantité de l’utilisation » du numérique « qui compte, c’est la qualité », estime Francesco Avvisati, analyste à l’OCDE. L’exemple australien montrerait que le numérique à l’école apporte quelque chose si les professeurs sont formés ou ont de l’expérience.

En revanche, « les pays qui ont donné la priorité à l’équipement ont une tendance plus négative », comme la Pologne. Pour que les nouvelles technologies soient efficaces, « il faut partir des usages », « répondre à des finalités pédagogiques », selon Francesco Avvisati.

Le gouvernement socialiste français mise sur les outils numériques en classe

On a probablement surestimé les compétences numériques des professeurs et des élèves, souligne dans le rapport Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE. « Combien d’enfants choisiraient de jouer à un jeu vidéo s’il était de la même (mauvaise) qualité que les logiciels que l’on trouve dans de nombreuses classes ? » relève-t-il aussi.

Le plan pour le numérique à l’école expérimenté en France, généralisé à la rentrée 2016, « ne fonctionnera que si les enseignants y adhèrent, s’ils y sont bien formés et si une culture de la collaboration se met en place », prévient Éric Charbonnier.

François Hollande a annoncé en mai qu’un milliard d’euros seraient consacrés en trois ans à ce plan, visant notamment à doter tous les collégiens d’un outil numérique d’ici 2018. Ce plan prévoit trois jours de formation pour les enseignants et le développement de ressources pédagogiques numériques.

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lundi 14 septembre 2015

Euthanasie — le Québec et son culte du consensus froissés

Texte de Mathieu Bock-Côté :

La nouvelle n’est pas passée sous silence, mais rares sont ceux qui en ont pris la pleine mesure. Dans les premiers jours de septembre, les 29 maisons de soins palliatifs ont annoncé qu’elles feraient dissidence contre la loi assurant l’aide médicale à mourir. Leur argument est simple: elles sont là pour accompagner le patient dans ses derniers jours, pour les humaniser, pas pour se consacrer à l’euthanasie. Ils entendent, à leur manière, et dans la mesure du possible, se soustraire à cette obligation et envoyer vers les hôpitaux ceux qui réclament le suicide assisté.

Gaétan Barrette (ci-contre), l’actuel ministre de la santé, et Véronique Hivon, l’inspiratrice de la loi, désormais dans l’opposition officielle, n’ont pas caché leur colère, ou du moins, leur stupéfaction. On peut résumer ainsi leur réaction: comment les maisons de soins palliatifs osent-elle se dérober au consensus québécois, élaboré au fil des ans, et consacré par la loi? On sentait bien que pour eux, la résistance des maisons de soins palliatifs était inimaginable, inconcevable et surtout, inadmissible.

La réaction des deux leaders politiques avait quelque chose d’absurde: ne se rendaient-ils pas compte que le consensus auquel ils faisaient référence se révélait finalement ... moins consensuelle qu’on ne le disait? Accuser tout un pan de la société de trahir le consensus collectif, n’est-ce pas reconnaître, finalement, qu’il n’existe pas vraiment? À bien des égards, c’est la belle histoire d’une loi adoptée dans l’harmonie généralisée qui éclate devant nous. Que s’est-il vraiment passé?

On nous a vanté un processus législatif exemplaire, conforme aux exigences les plus élevées de la démocratie. Le débat public aurait été exemplaire. Apparemment, tous reconnaissaient la nécessaire reconnaissance d’un droit de mourir dans la dignité – expression politiquement correcte traduisant le droit au suicide médicalement assisté. Apparemment, tous convenaient qu’il fallait désormais considérer comme allant de soi qu’un médecin puisse donner la mort et qu’il s’agissait d’un acte médical.

Dans ce débat, il n’y avait finalement que deux camps autorisés. D’un côté, on avait les partisans enthousiastes du droit de mourir dans la dignité. Et de l’autre, on avait ceux qui confessaient quelques réserves discrètes et gênées sans pour autant remettre en question les fondements de ce projet. Ils n’étaient pas contre. Ils étaient réservés, ou ne se sentaient pas prêts. En un mot, ils n’avaient pas une différence d’objectif, mais de rythme. Le pacte était le suivant: on respecterait les gens du deuxième camp à condition qu’ils acceptent à l’avance d’avoir perdu.

Oh, bien évidemment, on savait qu’il y avait quelques opposants résolus. Mais on les a vite déclarés marginaux et caricaturés en catholiques bornés, suppôts de l’Opus Dei. Il fallait bien les endurer parler et exprimer leur point de vue, mais fondamentalement, ils n’étaient pas les bienvenus dans le débat. On aura bien compris tout cela en commission parlementaire: c’était un grand théâtre où on faisait semblant d’écouter. Mais la décision était déjà prise et on ne permettrait à personne d’empêcher ce grand progrès de s’inscrire dans la loi.

En un mot, on a étouffé le malaise d’un grand nombre et transformé l’opposition avouée au suicide assisté en signe de fermeture d’esprit. Mais aujourd’hui, c’est la réalité qui reprend ses droits. Les désaccords censurés remontent à la surface. Et on se questionne sur l’objection de conscience ou la désobéissance civile. On découvre que le consensus était artificiel et imposé de manière autoritaire. Cela ne veut pas dire que la loi n’est pas légitime. Mais qu’on ne fasse pas semblant que la société communie dans une seule vision.
Réaction d'une artiste subventionnée québécoise
devant une pensée non consensuelle (dans son cercle)


Il y a avait quand même une certaine audace à inscrire le droit au suicide assisté parmi les droits de la personne. Mais la rhétorique des droits, dans la société occidentale contemporaine, semble plus forte que tout. C’est en se maquillant en droit qu’une revendication politique se donne un parfum d’absolu moral auquel il serait indécent de s’opposer. Il faudrait plutôt admettre que sur les questions existentielles, c’est moins la logique des droits qui doit prévaloir que la logique du politique. Personne ne devrait réclamer le monopole de la vertu.

On pourrait élargir le propos: le Québec a souvent l’habitude de se dérober aux débats nécessaires, comme s’il avait le besoin intime de se vautrer dans l’unanimité. Ce qui fait débat ailleurs est ici à peine débattu. On découvrira peut-être un jour qu’une bonne dispute intelligemment menée vaut mieux qu’un silence étouffant. La maturité politique, dans une société, ne consiste pas à abolir la diversité des opinions, mais à reconnaitre la légitimité de désaccords civilisés.

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