lundi 3 décembre 2018

Italie : appui des ministres de l'Éducation et de l'Intérieur aux crèches de Noël et aux crucifix dans les écoles

Le ministère italien de l’Éducation italien a autorisé l’installation de crucifix et la réintégration de crèches de Noël dans les écoles du pays.

« Le crucifix est pour moi le symbole de notre histoire, de notre culture et de nos traditions », a déclaré le ministre de l’Éducation, Marco Bussetti, devant la Fédération des écoles catholiques. « Je ne vois pas comment cela peut être offensant, cela peut au contraire aider les écoliers à réfléchir à notre histoire. » Il a ajouté « Le crucifix et la crèche sont des symboles de nos valeurs, de notre culture et de nos traditions, expression de notre identité. Je ne vois pas comment cela peut poser problème à l’école. Ceux qui pensent que pour pratiquer l’inclusion il faut les cacher font fausse route ».

Après qu’une école de Terni, au nord-est de Rome, a annulé la crèche vivante traditionnelle sous le prétexte de respecter les enfants d’autres cultures, le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini a qualifié la mesure d’« IDIOTIE ».

« Il ne s’agit pas seulement de religion », a déclaré Salvini sur Facebook, « mais de l’histoire, des racines, de la culture. Vive nos traditions. Je ne lâche pas ! » a-t-il ajouté.


Samedi dernier, Salvini s’est exclamé au sujet d’un autre incident du même type quand une école avait interdit le mot offensant de « Jésus » qu’il ne voyait pas comment le mot « Jésus » dans un Noël pouvait offenser quiconque pour conclure par « exceptionnelle écolière [qui s’est rebellée], lamentables institutrices. »


Dans ce dernier incident, les institutrices d’une école primaire du Nord de l’Italie avaient demandé aux élèves d’omettre le nom de Jésus dans le cantique de Noël afin de ne pas offenser la sensibilité de leurs camarades non catholiques. Mais une écolière se rebella, recueillit les signatures de ses camarades et obtint à la fin que la chanson soit chantée dans sa version originale lors du Récital de Noël. Le fait s’est produit dans une école élémentaire de la Riviera del Brenta, à la frontière entre les provinces de Venise et de Padoue. La fille a 10 ans et est en 5e année.

Sources : Corriere de la Sera, Il Gazzettino (de Padoue), Facebook de Salvini


Pacte de Marrakech : subventionner les médias selon leur attitude vis-à-vis de l’immigration ?

Le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » doit être signé à l’occasion de la conférence de Marrakech, les 10 et 11 décembre, sous l’égide de l’ONU. Mais la liste des désistements s’allonge de jour en jour. Contrairement à de nombreux pays européens, au Canada cette future signature ne fait pas débat dans les grands médias.

Selon l’AFP, le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, doit signer le Pacte mondial pour les migrations en décembre lors d’un sommet à Marrakech au Maroc. Le premier ministre Justin Trudeau a réitéré, à la Chambre des communes, le 21 novembre dernier, que le [gouvernement du] Canada ne se retirera pas du pacte, se disant convaincu « qu’il faut accroître l’immigration et accepter plus de "réfugiés" de partout au monde »...

L’AFP qui se veut rassurante caractérise ainsi le Pacte migratoire : il s’agit d’« un accord non contraignant qui vise à réguler les flux migratoires entre les nations de l’ONU et ne peut légalement rien imposer à ses signataires ».

Comme pour désamorcer toute contestation l’AFP et les grands médias insistent sur le « non contraignant ». Mais pourquoi signer un pacte si ce n’est pour l’utiliser afin d’interpréter des décisions ultérieures du gouvernement en s’y référant ? On peut également imaginer qu’à l’occasion de certains contentieux, devant des juridictions internationales ou nationales, des avocats utilisent ce pacte comme instrument de référence pour essayer d’orienter l’interprétation à donner à des décisions.

Le point 17 du Pacte à l’égard du débat public est inquiétant et il pourrait bien servir de justification à une immixtion grandissante de l’État dans ce débat public.

Le pacte de Marrakech prône ainsi « l’élimination de toutes les formes de discrimination, dont le racisme, la xénophobie et l’intolérance, à l’endroit des migrants et de leur famille », et s’attache à « promouvoir une information indépendante, objective et de qualité, y compris sur Internet, notamment en sensibilisant les professionnels des médias aux questions de migrations ». Indépendante grâce à une sensibilisation gouvernementale ?

Ce point encourage également la lutte contre les discriminations à l’égard des migrants « en cessant d’allouer des fonds publics ou d’apporter un soutien matériel aux médias qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie et le racisme », tout en garantissant — un peu hypocritement — « le plein respect de la liberté de la presse ». Or, au Canada, le Premier Ministre Trudeau a déjà montré qu’il fait peu de différence entre la critique de l’immigration — irrégulière de surcroît ! — et la xénophobie... Se rappeler Justin Trudeau sermonnant une Beauceronne lui demandant quand le fédéral paierait les frais toujours non remboursés au début novembre 2018 liés à l’immigration « irrégulière » invitée par Trudeau (« vos immigrants ») : « Cette intolérance par rapport aux immigrants n’a pas sa place au Canada. Cette intolérance par rapport à la diversité vous n’avez pas votre place ici ! [...] Votre intolérance n’a pas sa place ici. »





Le gouvernement pourrait donc se voir justifier de couper les subventions aux médias critiques en matière d’immigration et n’aider que ceux qui y sont activement favorables. Rappelons que les médias sont extrêmement dépendants du bon vouloir gouvernemental en la matière : Radio-Canada ne vit quasiment que de subventions de l’État alors que la presse privée traditionnelle, fortement concurrencée notamment par Radio-Canada, périclite et se voyait récemment offrir un ballon d’oxygène de 595 millions par l’État. Le Parti conservateur du Canada voit d’un mauvais œil l’aide annoncée aux médias, craignant que les libéraux tentent de mettre les journalistes à leur solde en pleine année électorale.


Invitation de Justin Trudeau aux candidats immigrants de la Terre entière

Ailleurs dans le monde, la grogne monte autour de la signature de ce Pacte. Le gouvernement belge pourrait au mieux ne pas signer le pacte (le parlement le ferait sans doute) ou pire tomber si le Premier ministre Michel se rend à Marrakech contre l’avis de la puissante N-VA flamande. Les États-Unis, l’Italie, la Hongrie, puis l’Australie, la République tchèque, Israël, la Pologne, l’Autriche, la Bulgarie, la Slovaquie ont fait savoir qu’ils ne signeraient pas le Pacte de Marrakech.
Campagne choc de la N-VA (droite) flamande : « le Pacte des migrations de l’ONU = le séjour illégal n’est plus punissable »


Le Parlement allemand a voté une motion selon laquelle le Pacte ne peut pas empiéter sur le droit allemand. Mais cela ne fait pas pourtant cesser les critiques à l’encontre de la signature de ce Pacte. La décision du Bundestag pourrait, de l’avis de Frank Schorkopf (48 ans), spécialiste de droit international de Göttingen être réduite à néant par le principe de la « responsabilité commune » fixé dans le pacte. C’est ce qu’il a déclaré à l’hebdomadaire Der Spiegel. Sur la radio Deutschlandfunk, Reinhard Merkel, spécialiste du droit public à Hambourg, reproche au gouvernement fédéral « une tromperie suggestive ». Le pacte « déclenchera un certain appel d’air » et « renforcera nettement la migration venant des États pauvres vers les États riches », « venant surtout d’Afrique. […] Nous allons subir de nouvelles vagues migratoires. » L’espoir que le pacte fasse baisser la pression migratoire est naïf, a déclaré Reinhard Merkel. « L’accord aura très certainement des conséquences en droit international. On convient d’objectifs. La façon dont ces objectifs sont mis en œuvre reste l’affaire des États. Mais il est convenu qu’ils doivent être mis en œuvre, et ce de façon vraiment obligatoire sur le plan juridique. » Matthias Herdegen, spécialiste de droit international à Bonn, qui avait également au début posé sa candidature à la présidence de la CDU, déclare dans le journal Die Welt : « Ce n’est pas un pacte sur les migrations, c’est un pacte mondial pour les migrations. » D’après Herdegen, « nous nous dirigeons vers un droit à l’immigration ». « Le Haut-Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme parle d’ailleurs déjà d’un tel droit. » Enfin, comme le rapporte le Bild, Jan Henrik Klement, 43 ans, spécialiste de droit public à l’université de Mannheim, attire l’attention sur les conséquences à long terme du Pacte de l’ONU sur les migrations. Il nous déclare : « Le fait que le pacte ne soit pas juridiquement contraignant ne signifie pas qu’il restera sans effet. Si l’Allemagne veut respecter ses engagements politiques, les contenus du pacte devront se traduire dans l’action du gouvernement et de l’administration. Cela peut par exemple prendre la forme de dispositions administratives. Il y a de nombreux exemples de transposition dans le droit dur de ce que l’on appelle le “droit souple” [ou “droit mou”]. Il existe des mécanismes politiques pour la mise en œuvre du Pacte. On le voit nettement en particulier dans la mise en place prévue dans le projet d’un “Forum de contrôle des migrations internationales” de l’assemblée générale de l’ONU. »

Pour Alexandre del Valle dans Valeurs actuelles, le Pacte vise en fait à favoriser une immigration extraeuropéenne massive, tant légale qu’illégale (les deux étant confondues de façon perverse), que les pays d’accueils européens sont sommés d’accepter et d’organiser sous peine d’être qualifiés de « racistes » et « xénophobes ». Les Républicains (centre-droit) de France s’opposent à la signature du pacte migratoire de l’ONU et dénoncent un texte « néfaste » qui instaure un « droit à l’immigration ». Le député de centre-droit des Alpes-Maritimes Eric Ciotti estime ainsi que « le pacte sur les migrations de l’ONU représente la pire réponse aux crises migratoires » et que c’est un texte « néfaste » qui « instaurera un appel d’air mondial et une forme de droit international à la migration ». « Au nom de l’intérêt de l’État et de sa souveraineté, j’appelle Emmanuel Macron à refuser de signer ce pacte », conclut Eric Ciotti.

Alexandre del Valle poursuit :
Outre la mise en place de « campagnes d’information », de sites internet et de procédures d’information avant le départ et dès l’arrivée du « migrant », les États d’accueil doivent fournir à ce dernier des renseignements détaillés sur les formalités à remplir, les conditions de vie et les outils juridiques en vigueur et bien sûr garantir l’accès aux soins de santé, la justice et au marché du travail, mesures déjà en vigueur en France d’ailleurs, où la seule aide aux migrants irréguliers « mineurs non accompagnés » (souvent faux mineurs d’ailleurs), coûte déjà deux milliards par an. D’évidence, le Pacte est bel et bien un projet de facilitation massive de la « migration », ou plutôt de « l’immigration », régulière comme irrégulière. Les « campagnes plurilingues » qui « doivent » donner l’état des conditions de vie dans chaque pays d’accueil potentiel sont par ailleurs la porte ouverte au magasinage migratoire. De même, les procédures de « réunification familiale » — un « droit » du migrant et qui faciliterait son inclusion dans sa société d’accueil ! — doivent selon les rédacteurs du Pacte être simplifiées et accélérées.

À nouveau, le Pacte ne parle du « migrant » que comme entité générique dépourvue de culture, d’identité voire d’origines, comme bénéficiaire de principe de « droits » qu’il revient au pays hôte de « protéger ». Entre un Nigérian, qui peut avoir en moyenne 6 enfants et dont la culture familiale induit des liens très forts sur plusieurs générations, et le Suisse (moins de deux enfants par femme), le Pacte ne fait pas de différence. Quoique très précis sur les mesures concrètes à prendre vis-à-vis du migrant, le document est d’une abstraction confondante sur le comment du financement, l’impact sur les pays concernés, ou tout simplement les circonstances de telles mesures.

Lorsqu’il s’agit de faire « participer » le secteur privé et les employeurs à l’inclusion des migrants — notamment en permettant la formation « sur le terrain », des cours de langue ciblant l’occupation professionnelle, la reconnaissance de compétences obtenues autrement que par le diplôme — les Nations Unies semblent avoir balayé d’un revers de main la situation économique et la réalité du marché du travail de la vaste majorité de ses membres. La France compte en effet 5 649 600 demandeurs d’emploi, l’Espagne plus de dix millions. Les prérequis incombant aux jeunes européens sont de plus en plus exigeants, notamment en termes de compétences en langues étrangères (rappelons qu’à Bruxelles il est fréquent que le candidat doive connaître trois langues), pourtant, le Pacte demande que la « maîtrise de la langue » soit revue à la baisse afin de magiquement « faciliter l’emploi des migrants »...

Appel à la censure et « rééducation » de l’Occidental rempli de préjugés anti-immigration


Le Global Compact est un « tout pour l’autre » vertigineux, où les mesures éminemment concrètes à l’égard des migrants forment un contraste saisissant avec la simple « considération » accordée aux inquiétudes « légitimes » des États et communautés d’accueil. Le citoyen sera donc heureux de savoir que les Nations Unies ont constaté son « désarroi », mais le Pacte lui rappelle benoîtement que la migration est avant tout un « avantage » et, au pire, un « défi ». C’est d’ailleurs en ces termes que le Pacte déclare que l’accès à une information « objective, factuelle et claire sur les avantages et les défis de la migration » doit être fourni à tous, afin de « dissiper les discours qui génèrent une perception négative des migrants ». L’objectif n° 16 du Pacte global est de « donner les moyens aux migrants et sociétés de réaliser une inclusion et cohésion sociale complètes », et c’est à ce titre qu’il s’agit de promouvoir le reportage éthique sur le sujet des migrants. Passant sans vergogne du devoir d’objectivité à la nécessité de dissiper le négatif, le Pacte enjoint les signataires à mettre en lumière les « contributions positives » des migrants.

L’active participation des médias est requise dans cette vaste entreprise de positivisme forcené, notamment en formant et sensibilisant les professionnels des médias aux problématiques et à la terminologie liées à la migration. Ceux qui feraient montre d’intolérance, de xénophobie, de racisme et toute autre forme de discrimination à l’égard des migrants verraient leurs subsides se tarir. La même vigilance serait de mise en période électorale, ce qui laisse à penser que le Pacte Global vise à interdire l’immigration comme sujet politique ! Autorités publiques et médias seraient ainsi soumis à des mécanismes spécifiquement mis en place pour protéger le migrant — ce qui laisse à penser que pour les Nations Unies, les nationaux d’un pays sont nécessairement hostiles aux nouveaux venus, et que la culture nationale ne vaut pas la peine, elle, d’être protégée, promue, ou « mise en lumière ». Avec des activités culturelles (sport, musique, les arts, festivals culinaires, volontariat et autres événements sociaux), le Pacte entend faciliter (décidément le mot-clé de cet accord) la compréhension et l’appréciation mutuelles des cultures migrantes et celles des communautés de destination.

Tout comme en France la protection des minorités évacue l’antisémitisme musulman (ciblant pourtant une « minorité »), l’élan humaniste et gestionnaire du Pacte Global se préoccupe du migrant dont les droits doivent être protégés des assauts que lui porterait nécessairement la communauté d’accueil. La culture du migrant doit d’ailleurs être « incluse », « acceptée », « appréciée », « mise en lumière », par les autochtones, dont la culture d’accueil est censée tout absorber, en s’adaptant au besoin jusqu’à la distorsion à « l’Autre » appelé à être considéré comme le « Même ». C’est jusque dans les soins de santé que le Pacte entend faire subir cette adaptation culturelle et économique : il s’agit en effet « d’incorporer les besoins de santé des migrants aux politiques de soins de santé nationale et locales » et ce, notamment, en réduisant les barrières de communication... y compris culturelles, en sensibilisant les fournisseurs de soins de santé aux cultures diverses. La disruption générée dans les hôpitaux occidentaux, où médecins masculins ne peuvent ausculter nombre de patientes musulmanes sans un tiers mâle présent par exemple, ne serait dans cette optique à sens unique que le fruit d’un manque d’acceptation par la culture arrivante de la culture d’accueil, et ce problème est évacué au profit d’un discours d’intégration où c’est la communauté d’accueil qui doit absolument « intégrer ».

Le texte du Pacte



Version française PDF hébergée par la Commission fédérale des migrations CFM suisse.



dimanche 2 décembre 2018

La nouvelle révolution génétique et ses répercussions

« Nous pensions que notre destin était inscrit dans les étoiles », déclara en 1989 James Watson, l’un des savants à l’origine de la découverte de l’ADN, « nous savons maintenant que, dans une large mesure, notre destin est dans nos gènes. »

Après l’achèvement du projet sur le génome humain, initialement dirigé par Watson, les espoirs de comprendre rapidement la complexité de l’humain grâce au décodage de l’ADN se sont estompés. Les caractéristiques physiques ou mentales des individus et leur vulnérabilité aux maladies s’avèrent, en effet, extrêmement complexes. Petit à petit, les prétentions mégalomaniaques et fanfaronnes avaient disparu du domaine de la génétique. Elles semblent revenir en force et promises à un rôle grandissant.

Dans « Blueprint », Robert Plomin, psychologue et généticien, explique ce nouvel enthousiasme par des avancées récentes. Il est bien placé pour le faire : il étudie depuis plus de 30 ans l’interaction entre les gènes et de l’environnement et leurs effets sur la personnalité. Mais l’enthousiasme de M. Plomin pour son sujet signifie aussi que les conséquences qu’il perçoit ne sont pas explorées de manière impartiale. « Blueprint » est fascinant. Pour ceux plus pessimistes que M. Plomin, cet avenir est alarmant.

Pendant la plus grande partie du XXe siècle, la psychologie était dominée par l’idée que la nature humaine était une page blanche sur laquelle l’éducation et l’environnement s’imprimaient. Le livre « Blueprint » commence par décrire comment M. Plomin et d’autres chercheurs ont démontré que, au contraire, les différences de comportement sont fortement influencées par la génétique.

Des études sur les enfants adoptés indiquent que, par leur disposition, ils ressemblent davantage à leurs parents génétiques qu’à leurs parents adoptifs. Même lorsqu’ils sont élevés séparément, les jumeaux identiques se ressemblent davantage que les « faux » jumeaux dizygotes (qui sont aussi différents sur le plan génétique que n’importe quel frère ou sœur).

De telles recherches montrent qu’en moyenne, l’ADN représente environ la moitié des différences psychologiques entre les individus, le reste étant dû à des facteurs environnementaux. La proportion précise varie avec la caractéristique en question. Plus récemment, des scientifiques ont passé au peigne fin le génome humain pour identifier des milliers de variations génétiques associés à des traits particuliers, allant de la taille au poids, en passant par le niveau d’instruction et le névrosisme. Les tests dont le coût est inférieur à 80 dollars canadiens peuvent, selon Plomin, mesurer la propension génétique à différents traits : être en surpoids ou aller à l’université.

M. Plomin a une mauvaise nouvelle pour ceux qui pensent que ceci laisse aux parents bienveillants ou aux enseignants une marge de manœuvre assez grande pour exercer une forte influence : ces facteurs environnementaux sont eux-mêmes fortement influencés par la génétique. C’est ainsi que ses travaux montrent que les gènes représentent environ un tiers des différences entre le nombre d’heures passées devant la télévision par les enfants. Pire encore, ce qui reste d’influence du milieu sur ces habitudes semblent être principalement attribuable à des événements imprévisibles plutôt qu’à, par exemple, être élevé dans une maison pleine de livres.

Selon M. Plomin, ces résultats signifient que « les parents ne jouent pas un rôle important dans les résultats de leurs enfants au-delà des gènes qu’ils leur lèguent ». L’ADN serait un « diseur de bonne aventure » qui « fait de nous ce que nous sommes ». Les effets environnementaux sont « importants », mais « nous ne pouvons rien y faire grand-chose ».

M. Plomin insiste sur le fait que, munis de leurs résultats de tests polygéniques, les gens peuvent prendre des mesures pour contrer ou améliorer leurs inclinations innées ; mais ils ont peu de chances d’y parvenir si leur psychologie est également déterminée en grande partie par leurs gènes comme Plomin le suggère lui-même. Il existe un scénario moins optimiste que celui de Plomin et sans doute tout aussi plausible : les carences identifiées par ces tests génétiques serviront à stigmatiser les « démunis » génétiques ou à justifier leur exclusion. C’est la pente glissante de l’eugénisme au sujet duquel M. Plomin parle fort peu.

Au lieu de cela, Plomin préconise l’utilisation de tels bilans génétiques quand vient le temps de choisir entre plusieurs candidats pour un poste. Pourtant, une personne avec de résultats génétiques élevés pour les traits associés aux compétences de codage n’est pas nécessairement un bon programmeur — elle a simplement une plus grande probabilité de l’être. Un candidat qui a démontré son aptitude à un poste (grâce à l’étude et à un effort sur lui par exemple) se sentirait à juste titre mécontent de se voir préférer un incompétent au moment des tests, mais qui serait génétiquement doué. De même, bien que les médecins puissent trouver utile de savoir qu’un patient est génétiquement prédisposé à être obèse, le meilleur moyen de déterminer son poids est de lui demander de monter sur la balance.

Les ramifications de ces connaissances génétiques pourraient devenir explosives. En effet, comme le note M. Plomin, la taille de la composante génétique d’un trait particulier — son « héritabilité » — varie selon les populations. L’héritabilité du niveau d’instruction en Norvège s’est accrue depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays ayant élargi l’accès aux soins de santé et aux écoles, atténuant ainsi les effets sur l’environnement. En d’autres termes, les étudiants à l’université sont plus sûrement issus de parents universitaires qu’il y a 60 ans. La mobilité sociale ou du moins « académique » semble donc avoir diminué.

Cette tendance semble s’être inversée en Amérique au XXIe siècle. Paradoxalement, l’héritabilité de nombreux traits augmente si les États mettent en œuvre des politiques visant à offrir à tous leurs citoyens des chances égales et des droits égaux.

On pourrait conclure que les politiques visant à réduire l’inégalité des chances permettent à nos gènes de briller à leur plein potentiel. Cette inégalité des résultats renforcée par une égalité des chances n’est pas sans rappeler le paradoxe de l’égalité des chances dans la distribution des emplois en fonction du sexe : plus le pays est féminisme et permet aux femmes de vraiment choisir leur profession, plus ces femmes se concentrent par choix dans certains emplois.

Blueprint: How DNA Makes Us Who We Are.
par Robert Plomin,
paru le 13 novembre 2018
aux presses du MIT
280 pages ;
37 $ canadiens
ISBN-13 : 978-0262039161

samedi 1 décembre 2018

Médias: la nouvelle Inquisition ?

Docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises, Ingrid Riocreux étudie dans son nouvel ouvrage le désamour généralisé envers les médias.

Enclins à orienter l’information au gré des vents qui leur conviennent, les médias colportent et imposent une vision du monde qui leur est propre, souligne Ingrid Riocreux.

À l’heure des infox et des médias alternatifs, des polémiques à deux sous et des « buzz » pilotés, « médiatiquement nous sommes entrés dans l’ère du soupçon », indique Ingrid Riocreux. Après un premier ouvrage consacré au langage propre aux médias, l’agrégée de lettres modernes et docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises analyse dans son nouvel opus comment les médias et journalistes qui colportent la suspicion sont devenus indignes de confiance.

Mêlant témoignages et décryptages, l’ouvrage dévoile une parole dominante qui cherche à s’imposer dans le discours médiatique au détriment de la recherche de la vérité et du pluralisme.


— Pourquoi, après un premier livre qui étudiait le langage des médias, consacrer à nouveau un ouvrage à ceux que vous appelez, citant Maupassant, les « marchands de nouvelles » ?

— Le point de départ de la Langue des médias était la démonstration de l’existence d’un sociolecte journalistique : une manière de parler propre aux journalistes. Je m’attachais à la diction, au repérage de formules récurrentes, pas toujours marquées idéologiquement, que ce soient les anglicismes ou les métaphores clichés.

Je voulais surtout insister sur le glissement qui conduit de l’absence de réflexion sur le langage à l’imprégnation idéologique. Dans ce second volume, c’est cette imprégnation idéologique qui est au cœur de mon analyse, de deux manières, puisque je montre que le discours médiatique est porté par une vision du monde qui préexiste à l’observation du réel et la modèle, et parallèlement, que cette manière de dire le monde oriente totalement notre compréhension des choses, en profondeur.

Méthodologiquement, Les Marchands de nouvelles diffère beaucoup de La Langue des médias sur trois points : j’y ai mis beaucoup de moi, alors même que je m’étais effacée le plus possible de mon premier livre.

J’ai voulu montrer l’impact de l’idéologie portée par les médias sur la vie, sur le quotidien, au travers d’anecdotes personnelles. J’ai suivi en cela l’exemple de Klemperer, précisément parce que, entre-temps, j’ai lu LTI [la langue du IIIe Reich de Victor Klemperer] et d’autres ouvrages que je cite abondamment. C’est la deuxième différence avec mon autre livre : le second est beaucoup plus nourri que le premier parce que, grâce aux conseils de lecteurs qui m’ont écrit, j’ai découvert Sternberger, Klemperer, Armand Robin, etc. Et le travail fascinant de Michel Legris (Le Monde tel qu’il est, Pion, 1976). Enfin, je reviens, dans ce nouveau livre, sur la réception du précédent : comment la Langue des médias a été accueilli et ce que cela dit de notre temps. J’ai traqué le off des journalistes, leurs confidences hors plateau, notamment sur la dégradation de leurs conditions de travail, directement en lien avec la pression idéologique qu’ils subissent et dont beaucoup se plaignent.

— Quelle est l’idéologie sous-jacente de ce discours médiatique ?

— Sans hésiter : le progressisme. C’est à la fois une croyance et un parti pris. C’est ce qui en fait pleinement une idéologie, c’est-à-dire tout à la fois une « vision du monde » et une « visée du monde » se matérialisant dans une logocratie, un langage tout-puissant. Plus exactement, on peut le définir comme un parti pris reposant sur une croyance. Le journaliste est persuadé qu’il existe un sens de l’histoire et veut travailler à son avènement, tout comme les chrétiens, qui croient à la Providence, veulent collaborer au plan de Dieu. Mais les journalistes ne reconnaîtront jamais cette posture du croyant militant qui est pourtant la leur.

— En renfort de cette imprégnation idéologique du discours, vous parlez de « pulsions totalitaires » : les journalistes sont-ils de petits dictateurs en puissance ?

— Ils ne se considèrent pas comme tels, bien sûr : ils parlent de leur « sens de la responsabilité ». Celui-ci justifie tout : troncation de propos, falsification, dissimulation, insinuation, etc. Surtout, il sous-tend une éthique du journalisme totalement pervertie, qui consiste, pour les journalistes, à anticiper en permanence la réception de leur propre discours. Cette approche de l’information est extrêmement restrictive et pesante. Un journaliste qui avait démissionné, excédé, de la rédaction d’un quotidien gratuit m’a dit les choses ainsi : « la seule ligne éditoriale, c’était de savoir si telle info allait faire le jeu du Front national ; je suis parti : je ne voulais pas travailler pour la Pravda. » Et, vous voyez : quoi de plus innocent, en apparence, qu’un gratuit distribué dans le métro ? C’est cela le problème. Comme c’est gratuit, nous sommes dans une attitude de reconnaissance et de fragilité, absolument pas dans une posture critique et méfiante. Or, il faut se méfier des médias : c’est sain. La confiance aveugle est un signe de vulnérabilité intellectuelle.

Dany Turcotte « comique » de la version québécoise de Tout le monde en parle sur la télé gouvernementale. Un lieutenant du journalisme, chargé d’orienter la réception du discours dans les émissions.

— Vous observez que « le comique devient le lieutenant du journaliste » : qu’est-ce que cela révèle ?

— Un terrible mélange des genres. Prenez France Inter : au milieu d’un discours journalistique dépourvu de tout engagement — croient-ils ! —, la nécessité s’impose tout de même de rappeler les évidences morales dont il ne faut pas se départir. Mais ne pouvant le faire de manière hautaine et magistrale, ce qui serait insupportable, on le fait avec humour.

Le comique devient donc le lieutenant du journaliste, au sens premier du terme (le lieutenant est celui qui se substitue au chef en son absence, le gradé que l’on investit de l’autorité du chef auprès des troupes), quand il s’agit de rappeler les grandes causes à la mode, les catégories de personnes dont il ne fait pas bon se moquer, celles pour qui il est inconvenant d’éprouver de la sympathie, les gentils et les méchants de la politique nationale et internationale, le sens naturel de l’histoire. Le comique de France Inter a pour mission de compléter, sinon de compenser, le discours journalistique ; donc, là encore, d ’en orienter la réception.

— Ce discours journalistique est empreint d’uniformisme...

— Je cite à ce sujet Jacques Dewitte, lequel parle d’une « forclusion de l’altérité » menaçant la démocratie sous prétexte de la défendre ; c’est fort bien vu. Il dit aussi, en faisant référence à Orwell, que les dispositions totalitaires censées aboutir à une forme d’harmonie entre les individus par leur adhésion contrainte à des valeurs imposées opèrent une bestialisation de la parole.

Pour ma part, je déplore une « zombisation » des masses. L’individu n’a plus à cœur de s’affirmer dans sa singularité, il jouit de se fondre dans la masse le plus possible, au point de renoncer à penser par lui-même et de se sentir d’autant plus vivant qu’il laisse parler à travers lui un langage prédigéré et insipide. Regardez tous ces gens qui prononcent « homophobe » ou « vivre ensemble » : on sent jusque dans le ton de leur voix le plaisir qu’ils ont à se fondre dans un prépensé idéologique comme on se love dans un canapé.

— La précarité du statut jouerait un rôle dans l’uniformité idéologique qui sévit dans la profession journalistique : de quelle manière ?

— Ce constat me vient d’une remarque que l’on m’a faite plusieurs fois : « Vous êtes bien gentille avec vos petites études de mots, mais tout ce qu’on veut, nous, c’est le renouvellement du CDD [contrat à durée déterminée] et si pour cela, il faut faire un peu de politiquement correct, eh bien, on le fait. » La déviance idéologique est alors d’autant plus dangereuse pour les journalistes que leur statut est précaire.

On leur demande de produire à la chaîne des articles sur des sujets parfois totalement stupides, du type : « Dérapage de Machin : la twittosphère s’enflamme après la réaction très polémique de Bidule ».


On est dans le commentaire du commentaire d’un propos initial généralement sans grand intérêt ou, du moins, bien moins révulsant qu’on voudrait nous le faire croire. Les journalistes guettent les dérapages des hommes politiques, des personnalités de l’industrie du spectacle, mais aussi des autres journalistes. Ce contrôle permanent des uns par les autres est très pénible. Rendez-vous compte que des journalistes m’envoient des infos en me disant : « Faites-en quelque chose, moi je ne peux pas » ! Si ce n’est pas une situation de totalitarisme, qu’est-ce que c’est ?

— En matière de contrôle, nous sommes entrés dans l’ère des fake news (infox) : que cela vous inspire-t-il ?

— D’abord, la notion de « fake news » est inutile : erreur, mensonge, diffamation. Nous avons des mots variés, précis... et français ! pour désigner les informations fausses. Mais surtout, elle nous enferme dans une dialectique du vrai et du faux qui est trompeuse. On peut dire quelque chose de parfaitement vrai, mais d’une manière telle que l’on oriente insidieusement la compréhension du monde chez celui qui reçoit l’information.

C’est cela que font en permanence les médias d’autorité et qui, par conséquent, doit nous préoccuper...

— Croire que les gens qui se désintéressent des médias, ne lisent pas la presse, n’écoutent pas la télévision ou la radio ne sont pas manipulés par les médias est, selon vous, une erreur. Pourquoi ?

— La force d’une idéologie est qu’elle s’insinue dans le langage quotidien. J’ai pu dire que les journalistes étaient des perroquets. Mais nous aussi, qui écoutons les médias, nous sommes des perroquets, qui nous chargeons d’imprégner les autres. Les médias nous disent à quoi penser et quoi en penser ; ils nous donnent aussi les mots pour décrire le réel. Ce lexique façonne la langue commune bien au-delà de ceux qui suivent l’actualité à travers les médias.

— Vous dénoncez des mots qui se sont imposés par le biais des médias. Lequel vous semble le plus parlant ?

— « Dérapage », évidemment ! Il exprime à lui seul la position inquisitoriale des journalistes, avec cette espèce de bienveillance qui vous laisse la possibilité de « rétropédaler », de redire votre pleine adhésion au dogme et de faire dûment pénitence. Ce mot ne veut rien dire, puisqu’il désigne n’importe quoi : un propos de Zemmour, un geste grivois de Laurent Baffie, un coup de pied en plein visage lancé par Patrice Evra... Tout cela, ce sont des dérapages !

Résultat : le mot « dérapage » désigne aussi bien d’authentiques délits que des propos condamnables au point de vue de la morale médiatique uniquement.

Le dérapage est un verdict propre aux médias qui veut dire « pas bien » et vous enveloppe, quelle que soit votre faute ou présumée faute, d’un halo de puanteur.

— Comment se prémunir du biais journalistique sans tomber dans le complotisme ?

— Devant les films d’horreur, il y a deux types de spectateurs : celui qui croit que tout est vrai et qui se cache les yeux ; et celui qui trouve cela effrayant, mais écarquille les yeux pour mieux voir les trucages. Il faut être le second. Comme disait Karl Kraus : « Ne pas lire un autre journal, mais lire le même journal, autrement. »

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker de Valeurs actuelles

Les Marchands de nouvelles,
d’Ingrid Riocreux,
paru le 24 octobre 2018
chez L’Artilleur,
à Paris
 528 pages,
22 euros.
ISBN-13 : 978-2810008469

Québec — et si on parlait du contenu de l'éducation ?

Billet de Mathieu Bock-Côté sur le plan de M. Legault en éducation (principalement ouvrir 220 nouvelles classes en maternelle et dépenser plus d’argent).

Plusieurs commentateurs ont noté l’importance accordée par François Legault à l’éducation dans son discours inaugural. Il parle même de redressement national.

École

Mais pour être à la hauteur de la mission qu’il se donne, le Premier ministre devra se référer à une définition exigeante de l’éducation. Il ne devra pas seulement parler d’argent, même s’il s’agit d’une question essentielle, mais préciser sa vision de l’éducation et sa philosophie. Il s’agira, en d’autres mots, de répondre à une question essentielle : qu’est-ce qu’une bonne éducation ?

Cette question en ouvre une autre : que souhaitons-nous transmettre avec l’école québécoise ?

On parle ici de la mission de l’école. Quoi qu’en pensent certains esprits à courte vue, elle ne doit pas se penser seulement, ni même d’abord, en fonction des besoins du marché du travail, mais transmettre une culture s’alimentant à notre riche patrimoine de civilisation. Pour l’instant, elle ne le fait pas.

Il y a 99 chances sur 100 qu’une jeune personne sortant du secondaire connaisse peu et mal l’histoire du Québec et celle de la civilisation occidentale. Il en ira de même pour la littérature française. Et plus tristement encore, il est bien possible que cette jeune personne maîtrise très approximativement la langue française.

Dans un même esprit, l’école devra prendre ses distances avec les théoriciens fous du ministère et des facultés de sciences de l’éducation qui ont contribué progressivement à sa décomposition.

Culture

Il faudrait rompre avec une pédagogie qui sacrifie les connaissances et sacralise la technologie.

Il faudrait restaurer la discipline en classe et cesser d’imposer aux enseignants des élèves avec des problèmes d’apprentissage ou de comportement qui rendent la vie en classe impossible.

Il faudrait aussi délivrer les enseignants de la paperasse pédagogico-bureaucratique comme les plans d’intervention et autres machins qui alourdissent leur vie.

En fait, il faudra beaucoup de choses ! Plus le gouvernement en sera conscient, mieux il gouvernera.

mercredi 28 novembre 2018

Humour — L'inclusivité est-il/elle un·e progrès ?


Québec — 220 nouvelles classes de maternelle d'ici septembre 2019 ? De qualité ? À quel coût ?

Le ministre du Monopole de l'Éducation, Jean-François Roberge, veut ouvrir 220 nouvelles classes de préscolaire 4 ans en septembre 2019. Les commissions scolaires de la région de Montréal lui rétorquent que c’est mission impossible à cause du manque de personnel et de locaux.

Le dépistage précoce des élèves à risque de difficultés ou d’adaptation peut contribuer à leur réussite éducative (en apprenant par exemple plus tôt le français aux enfants allophones) et pourrait réduire le décrochage scolaire.

Toutefois, le ministre doit considérer les difficultés signalées par les commissions scolaires et comment y remédier. S’il prévoit recourir à des enseignants moins qualifiés pour contrer la pénurie du personnel, il n’améliorera pas la situation auprès des ces élèves « vulnérables. À défaut, la création de ces classes n'améliorera sans doute rien et ne fera qu’augmenter les coûts pour les contribuables. Augmentation des coûts qui semble la seule certitude dans le domaine de l'Éducation au Québec.

Voir aussi

Qualité des professeurs plutôt que la taille des classes

Extrait :
Francesco Avvisati va plus loin en affirmant que « les classes à taille réduite dégradent le niveau moyen d’expérience, car elles amènent à embaucher plus de contractuels pour faire face au besoin plus important d’enseignants ».

La majorité des Québécois d'accord pour réduire l'immigration de 20 %

Les deux tiers des répondants sont d’accord à la fois avec le projet de réduire à 40 000 personnes (-20 %) le seuil d’immigration annuel de la province et avec l'affirmation que celle-ci n'est tout simplement pas en mesure d'intégrer convenablement tous ceux qui viennent s'y installer.


« Espaces sûrs » : des étudiants qui ne supportent plus la contradiction

De plus en plus d’étudiants, aux États-Unis, refusent l’étude de certains sujets, la lecture de certains auteurs. Ils les jugent « offensants ».


J’ai déjà abordé à plusieurs reprises le phénomène très inquiétant qui s’est répandu dans les universités d’Amérique du Nord, ces dernières années. Paradoxalement, au nom de la lutte contre les inégalités, contre les discriminations, un climat d’intolérance autrefois inimaginable s’est répandu sur les campus. Par de multiples procédures, comme les « trigger warning » [difficile à traduire, quelque chose comme « avertissement de vexation »] ou la constitution de « safe spaces » (espaces sûrs), certains étudiants exigent de ne pas être exposés à des idées qu’ils risqueraient de ne pas approuver. Ils les jugent « offensantes ».

Un certain nombre d’universitaires commencent enfin à s’en inquiéter. C’est tout à leur honneur, car le fait de dénoncer publiquement certains agissements est dorénavant risqué et expose ses auteurs à des représailles. Ainsi Jonathan Haidt, psychologue et professeur d’éthique à l’Université de New York, n’a cessé de mettre en garde contre ces dérives depuis déjà quelques années. L’article qu’il a publié à ce sujet avec Grek Lukianoff dans la revue The Atlantic, a eu un énorme retentissement.

Haidt y déplorait notamment l’inflation sémantique subie, dans un certain milieu intellectuel, par l’adjectif « violent ». Une mode intellectuelle, disait-il, tend à dénoncer comme « violente » toute opinion qui dérange. Or, une opinion n’est pas violente. Mais, au nom de cette pseudo « violence », ont été commises de bien réelles et pas du tout virtuelles s agressions. Nombre de conférenciers invités dans des universités américaines, ont été interdits de parole par des groupes d’étudiants intolérants, au nom de leur droit de ne pas subir la « micro-agression » que constituerait cette présence sur le campus. Des personnalités telles que Ayaan Hirsi Ali, ou Christine Lagarde en ont été victimes. Des professeurs ont été agressés, comme Bret Weinstein, un professeur de biologie à l’Evergreen College de Washington. Il avait refusé de participer au « Jour d’absence » durant lequel les étudiants et professeurs blancs étaient priés de rester chez eux.



Trop maternés dans leur enfance, ils ne supportent pas la contradiction.

Dans la dernière lettre Phébé, Cécile Philippe rend compte du livre que Jonathan Haidt et Greg Lukianoff viennent de consacrer à ce sujet, sous le titre Le maternage de l’esprit américain : comment les bonnes intentions et de mauvaises idées préparent une génération à l’échec (The Coddling of the American Mind: How the Good Intentions and Bad Ideas are setting up a Generation for Failure”?)

Depuis 2013, écrivent ces auteurs, le climat sur les campus est devenu franchement délétère. Cela a coïncidé avec l’arrivée des premiers étudiants de la génération internet, nés entre 1995 et 2012. Habitués à ne communiquer, sur les réseaux sociaux, qu’avec des individus qui leur ressemblent, partagent leurs idées et leurs goûts, la différence, le dissensus, la contradiction les laissent désemparés.

En réalité, on a affaire à une génération de jeunes Américains qui ont été trop protégés sur le plan émotionnel durant leur enfance. Leurs parents, s’étant exagéré leur fragilité, les ont maternés. Ils ne supportent tout simplement pas la contradiction. En outre, on leur a trop répété qu’ils devaient se fier à leurs impressions, protéger leur susceptibilité, préserver leur authenticité. Personne ne les a prévenus que nos jugements pouvaient être biaisés par nos émotions. Au contraire, leur éducation les a habitués à considérer que leur vérité particulière devait être respectée et jamais contestée.

Par ailleurs, leur manichéisme ne fait que refléter l’ambiance politique américaine actuelle, terriblement polarisée depuis l’élection de Trump. « Leur monde est composé de bons et de méchants ». Le juste combat, c’est « nous » contre « eux ».

Enfin, il faut compter avec les bureaucraties universitaires, créées, au départ, pour lutter contre le racisme, le sexisme et les discriminations. Elles ont été parfois détournées de leur fonction et justifient leur existence en montant des sortes de procès contre des enseignants, coupables de péchés plus ou moins imaginaires, comme cela a été illustré par un certain nombre de romans récents.

Propre à l’entre-soi des universités d’élite.

Haidt a observé que cette intolérance se manifestait tout particulièrement dans les universités d’élite, celles qui préparent au doctorat. Les étudiants y vivent en circuit fermé. Ils développent un « ordre moral » spécifique. Au contraire, dans les community colleges, ces collèges communautaires, où l’on acquiert une formation professionnelle en deux ans, et où beaucoup d’étudiants payent leurs études en ayant un job à l’extérieur, les choses se présentent différemment. D’où le conseil pratique qu’il donne : renouer avec la vieille habitude de l’année sabbatique après le bac. En parcourant le vaste monde, comme le faisaient leurs prédécesseurs des années 60 et 70, les étudiants se confronteraient à d’autres mentalités, à d’autres modes de vie. Ils en reviendraient plus tolérants, davantage aptes à supporter la contradiction.

Source : France culture, 16-11-2018

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Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

Le genre et l'université : une chape de plomb s'abat

lundi 26 novembre 2018

Suicide : déclin mondial mais augmentation chez les blancs américains

ZOJ est un néologisme russe, né d’un acronyme signifiant « mode de vie sain » (Здоровый образ жизни). Il est très présent sur Instagram, où des millions de messages célèbrent des corps redevenus sains et musclés, dans les clubs de santé en plein essor des villes russes ; dans la multiplication des cafés où les jeunes sirotent des sodas et mâchouillent du muesli.

Le mot est si populaire que le groupe de rock le plus célèbre de Russie, Leningrad, en a fait une satire (voir vidéo ci-dessous, vue plus de 53 millions de fois) : « Ils disent que boire de l'alcool n’est pas dans le vent, la mode est à une sorte de zoj. Avant il était ivre, et maintenant c’est Monsieur Muscle. » La vidéo de la chanson décrit des hommes en train de mourir d’une mort atroce pendant l’exercice. Pour un groupe qui pratique le cynisme dégénéré, la zoj peut être l’objet de sarcasme, mais pour le reste de la Russie, c’est une bonne nouvelle. Cela fait partie d’une transformation sociale qui a contribué à exorciser les démons de la Russie. Alors qu’exercice et frappés aux fruits (smoothies à Paris) remplaçaient désespoir et vodka, le taux de suicide en Russie s’est effondré. Et cette tendance n’est pas propre à la Russie (voir le graphique ci-dessous).



À l’échelle mondiale, ce taux a diminué de 38 % par rapport au sommet atteint en 1994. En conséquence, plus de 4 millions de vies ont été sauvées, soit quatre fois plus de personnes que de personnes tuées au combat au cours de cette période. Le déclin a eu lieu à des époques et des rythmes différents selon les régions du monde. En Occident, ce déclin a commencé depuis longtemps : en Grande-Bretagne, par exemple, le taux de suicide chez les hommes atteignait environ 30 pour 100.000 habitants par an en 1905, il remonta au même niveau en 1934, pendant la Grande Dépression ; chez les femmes, il a culminé à 12/100.000 en 1964. Dans la plupart des pays occidentaux, il est resté stable ou a diminué au cours des deux dernières décennies.

Dans d’autres parties du monde, les taux ont baissé plus récemment. La Chine a commencé à baisser dans les années 90 et a progressivement décliné pour se stabiliser ces dernières années. Les taux de la Russie, du Japon, de la Corée du Sud et de l’Inde, toujours élevés, ont tous baissé. Les États-Unis sont la grande exception. Jusqu’au tournant du siècle, le taux a baissé de concert avec celui d’autres pays riches. Mais depuis lors, il a augmenté de 18 % à 12,8 %, soit bien au-dessus du taux actuel de 7/100.000 en Chine. Les baisses enregistrées dans ces autres grands pays dépassent toutefois de loin la hausse en Amérique.

Bien que les chiffres américains sont probablement fiables, il y a lieu de traiter certaines de ces données avec prudence. Certains pays où des religions pregnantes interdisent le suicide ont historiquement sous-déclaré le nombre de suicides ; certains le font encore. Par exemple, une étude récente menée en Iran sur les tentatives de suicide révèle un taux dix fois supérieur à celui du ministère de la Santé. Mais les tendances sont probablement globalement correctes. Les experts estiment généralement que les données s’améliorent plutôt que d’empirer, ce qui (compte tenu des sous-déclarations antérieures) aurait tendance à pousser les taux à la hausse plutôt qu’à la baisse, mais l’inverse se produit. Pourquoi ?


L’une des principales raisons semble être l’amélioration du sort des femmes asiatiques. Dans la plupart des pays, les hommes sont plus susceptibles de se suicider que les femmes et les personnes plus âgées plus que les plus jeunes. Mais en Chine et en Inde, le taux de suicide chez les jeunes femmes a longtemps été exceptionnellement élevé. Cela a changé. Parmi les femmes chinoises dans la vingtaine, ce taux a diminué de neuf dixièmes depuis le milieu des années 90 ; ce groupe représente environ un demi-million de ces 4 millions de vies sauvées.

Selon Jing Jun, professeur à l’Université Ts'inghoua (Tsinghua) de Pékin « L’indépendance des femmes a sauvé beaucoup de femmes ». Dans une étude réalisée en 2002 sur les taux élevés de suicide parmi les jeunes femmes rurales, les deux tiers les tentatives de suicide s'expliqueraient des mariages malheureux, les deux cinquièmes déclarent avoir été battues par leur conjoint et un tiers se plaint d’un conflit avec leur belle-mère. Le professeur Jing explique : « elles se sont mariées dans les familles de leurs maris ; elles ont quitté leur ville natale ; elles déménageaient là où elles ne connaissaient personne. » De nos jours, la pénurie de femmes renforce la valeur et le pouvoir des femmes rurales : dans les villages chinois, parmi les 30 à 34 ans,  on trouve trois hommes célibataires pour chaque femme célibataire. Ajoutons que, plus globalement, les conditions économiques se sont grandement améliorées en Chine depuis quelques décennies.

Il se peut qu’il se passe quelque chose de similaire en Inde. Le taux de suicide chez les jeunes femmes a diminué plus rapidement que chez tout autre groupe depuis 1990 en Inde. En Chine comme en Inde, le taux élevé chez les jeunes femmes était inhabituel haut, mais en Russie, il était élevé chez les hommes d’âge moyen. Ils semblent avoir été les victimes de l’énorme bouleversement social survenu après l’effondrement de l’Union soviétique. Svetlana Alexievitch, une écrivaine récompensée par un prix Nobel, se distingue par son histoire ténébreuse : ses personnages continuent de se tuer eux-mêmes. Épuisé par la faim et la pauvreté, un homme s’est immolé par le feu dans son potager. Un ancien combattant vieillissant a survécu à la Seconde Guerre mondiale, avant de se jeter dans un train en 1992. Un officier qui a pris part à la tentative de coup d’État contre Mikhaïl Gorbatchev en 1991 s’est par la suite pendu au Kremlin. « Tout ce que j’ai considéré jusqu’à présent comme le sens de ma vie est en train d’être détruit », écrit-il dans une note de suicide. L’hyperinflation, la libéralisation forcenée, le dépècement de l’Empire soviétique, la chute des revenus et le chômage endémique dans les premières années de la transition ont laissé de nombreuses personnes dans la misère et le désir. La crise financière de 1998, due au non-remboursement de la dette par le gouvernement russe, a anéanti l’épargne de nombreuses familles. Depuis le début des années 2000, toutefois, les tendances se sont inversées. La Russie de Vladimir Poutine s’est redressée. Le taux de suicide en Russie se situe maintenant à 25, ce qui reste très élevé par rapport aux normes mondiales, mais il a diminué de moitié par rapport à son sommet. La baisse s’est produite de manière disproportionnée chez les hommes d’âge moyen, le groupe qui avait le plus souffert dans les années 90.


En 2016, l'espérance de vie des hommes russes est remontée à 66,5 ans.

Une des principales raisons est probablement que la société s’est rétablie après le bouleversement de l’ère postsoviétique. Selon Olga Kalachnikova, psychologue au département de psychiatrie du suicide et des crises de l’hôpital numéro 20 de la ville de Moscou, « les gens savent maintenant comment se débrouiller et se débrouiller sans l’État ». Depuis 2000, le PIB par habitant a presque doublé. Les salaires ont récupéré leurs pertes des années 1990 et plus. Le chômage est inférieur à 5 %. L’hypothèse socio-économique est renforcée par les taux de suicide relativement élevés observés chez les hommes des zones rurales, qui ont tendance à être moins aisés. Ilnour Aminov, démographe, souligne que près de 40 % de tous les suicides dans sa région d’origine de Bachkirie sont dus à des chômeurs.

Il existe des parallèles entre la montée du suicide dans la Russie postsoviétique et la « mort par désespoir » aux États-Unis identifiée par Anne Case et Sir Angus Deaton, économistes à l’Université de Princeton. Les taux de suicide chez les Blancs américains sont plus élevés et ont augmenté plus rapidement depuis 2000 que chez tout autre groupe, à l’exception des Amérindiens (voir graphique ci-dessous). La même tendance peut être observée chez les personnes d’âge moyen. Au tournant du siècle, les personnes âgées étaient beaucoup plus susceptibles de se tuer que celles âgées de 50 ans, mais ce n’est plus vrai. Les taux parmi les habitants des zones rurales sont plus élevés et ont augmenté plus rapidement que ceux des habitants des villes et des villages.


Anne Case et Angus Deaton au congrès annuel de l’association américaine d’histoire économique, en septembre 2018 à Montréal.

La Grande Récession n’est donc pas responsable de l’augmentation du nombre de « morts par désespoir » dans la population blanche aux États-Unis, précise le Prix Nobel d’économie Angus Deaton. L’« océan de souffrances » et le mal-être, auxquels certains attribuent l’élection de Donald Trump, avaient commencé à sévir bien avant la crise et continueront vraisemblablement de s’aggraver avant que les choses puissent s’améliorer.

Lauréat du prix Nobel d’économie en 2015 pour ses recherches sur la consommation et le bien-être des populations, Angus Deaton a longtemps fait parler de lui dans le grand public pour sa démonstration des spectaculaires progrès socioéconomiques accomplis par l’humanité au cours des derniers siècles aussi bien dans les sociétés riches que dans un grand nombre de pays en développement. Ses recherches avec sa consœur économiste à l’Université Princeton et conjointe dans la vie, Anne Case, les ont toutefois amenés, il y a quelques années, à remarquer un phénomène étonnant et beaucoup moins réjouissant : au lieu de continuer de reculer comme partout ailleurs, le taux de mortalité des Américains blancs s’est soudainement mis à remonter, particulièrement chez les personnes peu scolarisées âgées de 45 à 54 ans.



« Nous commencerons par être sinistres, avant d’être plus sinistres encore », a prévenu d’entrée de jeu Anne Case, au début de leur conférence au congrès annuel de l’association américaine d’histoire économique qui se tenait exceptionnellement à Montréal en septembre 2018. Par hausse du nombre de « morts par désespoir », les deux économistes entendent l’augmentation des décès par surdose, suicide et maladies dues à l’alcool. « Sous ce décompte des cadavres, il y a un océan de souffrances » physiques, comme le stress, l’obésité, les maux de dos chroniques et les maladies liées au tabagisme. Il y a aussi un mal-être qui découle de la précarité économique, l’exclusion du marché du travail, la fragilisation de la famille et la perte de liens sociaux.

Concentré chez les Américains blancs peu scolarisés, le phénomène s’observe à la grandeur des États-Unis, aussi bien dans les campagnes que dans les centres-villes, chez les hommes, mais aussi chez les femmes. Dans certains cas, la situation de ces tranches de la population s’est tellement détériorée que l’avantage dont ont historiquement bénéficié les Blancs sur les Noirs a complètement fondu et que l’espérance de vie dans une grande partie des Appalaches est inférieure à celle du Bangladesh.

Ce phénomène n’est pas uniquement attribuable à la dernière crise financière ni à la Grande Récession qui a suivi, a insisté en entrevue au Devoir Angus Deaton. « Le problème pouvait être observé au début des années 2000 et remontait probablement avant. On parle d’une accumulation de détresse qui se fait sur 30, 40, 50 ans de vie. »

Le phénomène ne peut pas non plus être uniquement attribué à la mondialisation, aux nouvelles technologies ou aux valeurs individualistes prêchées par le capitalisme, poursuit l’économiste. « Ces facteurs touchent aussi les autres pays et pourtant on n’y a pas vu de rebond du nombre de morts par désespoir. Non. C’est un mal américain principalement lié à des choix politiques. »

Les politiques sociales peuvent atténuer les effets de la récession alors que les corps sociaux intermédiaires (la famille élargie, l’église) sont en déclin rapide. Selon les recherches de David Stuckler de l’Université Bocconi de Milan, le nombre de suicides n’a pas augmenté en Suède, que ce soit durant la récession de 1991-1992 ou après 2007. M. Stuckler attribue cela en partie à l’amélioration des services de santé accessibles à tous et aux efforts du gouvernement pour ramener les gens au travail. Une étude menée dans 26 pays européens a montré que les taux de suicide étaient inversement corrélés aux dépenses consacrées aux politiques actives du marché du travail. Les observateurs japonais de suicides attribuent ce recul en partie au succès des Abenomics dans la réduction du chômage. Pour Michiko Ueda de l’Université Waseda, l’économie est la « première raison » du recul du suicide. L’alcool est également clairement lié au suicide. Au moins dans les cultures de « consommation à sec », comme la Russie, l’est du pays. L’Europe et la Scandinavie, où les gens boivent pour se saouler, mais pas dans des endroits où l’on boit bien, comme le sud et le centre de l’Europe, où l’on boit en société pendant un repas. En Russie, l’alcool et le suicide ont augmenté et diminué en même temps. La consommation d’alcool a diminué de moitié entre 2003 et 2016 ; à ce moment-là, les Russes buvaient moins par tête que les Français ou les Allemands. Alors que les Russes adoptent des modes de vie plus sains, la part du marché de la bière augmente et celle des spiritueux est en baisse.

Suicide et alcool semblent aller de pair, mais les deux pourraient être l’effet de la turbulence sociale. Les preuves antérieures à l’effondrement de l’Union soviétique suggèrent toutefois que, dans une certaine mesure du moins, l’alcool mène au suicide. En 1985, M. Gorbatchev a imposé des règles strictes à la production et à la distribution d’alcool. Les ventes de vodka ont diminué de moitié entre 1984 et 1986. Au cours de cette période, le taux de suicide chez les hommes a diminué de 41 % et le taux chez les femmes de 24 %. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, le monopole de l’État sur l’alcool a été aboli et la réglementation a été abolie. La consommation d’alcool et le suicide ont tous deux augmenté.

L’intervention de l’État est probablement en partie responsable de la récente chute du suicide. En 2006, de nouvelles règles sur la production et la distribution d’alcool ont fait monter les prix. L’analyse statistique suggère que ces restrictions ont entraîné une baisse de 9 % du nombre de suicides chez les hommes, ce qui a permis de sauver 4 000 vies par an. Une politique similaire en Slovénie en 2003 a entraîné une baisse de 10 %.

L’amélioration de la vie des personnes âgées aurait également contribué à réduire les taux de suicide. Globalement, le taux chez les personnes âgées a tendance à être plus élevé que chez les jeunes et les personnes d’âge moyen, mais il a également diminué plus rapidement dans la plupart des pays.

L’une des raisons pourrait en être que, comme le souligne Diego de Leo, ancien directeur de l’Institut australien de prévention et de recherche du suicide, les taux de pauvreté dans le monde parmi les personnes âgées (le plus souvent le groupe le plus pauvre de la société) ont diminué plus rapidement que ceux d’autres tranches d’âge. De meilleurs services de santé, utilisés par les personnes âgées plus que par les jeunes, peuvent être une autre raison. Une maladie de longue durée est un motif courant de suicide et les efforts visant à soulager la douleur des patients peuvent faire toute la différence. Le système britannique de soins palliatifs, considéré comme le meilleur au monde, contribue à expliquer une baisse remarquable du taux de suicide chez les personnes âgées.

Les soins à domicile peuvent également rendre l’espoir aux personnes âgées. Les enfants italiens sont réticents à confier leurs parents chez des personnes âgées, mais ils n’ont souvent ni le temps ni la volonté de s’occuper eux-mêmes des personnes âgées. Les prestataires de soins à domicile y ont apporté « une amélioration considérable ».

Les gens ont tendance à croire que ceux qui ont l’intention de se tuer risquent fort de finir par le faire. Une enquête réalisée par Matthew Miller de l’Université Harvard a révélé que 34 % des personnes interrogées pensaient que toutes les personnes ayant sauté du Golden Gate Bridge avaient fini par trouver un autre moyen de se suicider si un obstacle les avait arrêtées ; 40 % pensaient en outre que la plupart de ces suicidaires avaient finalement mis fin à leur vie. Mais une étude portant sur 515 personnes ayant survécu au saut de pont entre 1937 et 1971 a montré que 94 % d’entre elles étaient encore en vie lorsque l’étude a été réalisée en 1978, ce qui suggère que le suicide est souvent une impulsion éphémère plutôt qu’une intention bien établie sur le long terme.

La Grande-Bretagne dans les années 1960 illustre parfaitement ce qui peut arriver si l’accès à un moyen facile de se tuer vient à disparaître. Lorsque le pays est passé du gaz de charbon toxique — le moyen de suicide préféré alors des femmes et des hommes âgés — au gaz inoffensif de la mer du Nord, les taux de suicide parmi ces groupes se sont effondrés. À l’époque, les taux étaient en hausse chez les jeunes hommes, ce qui conforte l’idée que le changement de type de gaz a bien joué un rôle.

C’était la conséquence fortuite d’une découverte de gisements de gaz naturel, mais une politique délibérée peut également jouer un rôle dans la restriction à l’accès à des moyens de suicide. Une série d’interdictions au Sri Lanka — la plus récente en 2008-2011 concernant le paraquat (un pesticide ayant un effet herbicide) — a permis de ramener le taux de 45 au début des années 90 à 20 aujourd’hui. Lorsque la Corée du Sud a interdit le paraquat en 2011, on estime que la réduction du nombre de décès par suicide a contribué pour moitié à la baisse globale du nombre de suicides au cours des deux prochaines années. Le paraquat est maintenant interdit dans l’UE ; La Chine a dit qu’elle l’interdirait, sa distribution est restreinte en Amérique ; mais dans de nombreuses régions du monde, il reste librement disponible.

En Europe occidentale, où les pesticides ne constituent plus un risque sérieux, l’accent a été mis sur la limitation de l’accès aux pilules dangereuses. En Grande-Bretagne, par exemple, une loi a été adoptée en 1998 pour limiter le nombre d’aspirines et de paracétamol pouvant être vendu dans un seul emballage. L’année suivante, les suicides liés à l’aspirine ont diminué de 46 % et ceux au paracétamol de 22 %.

Le principal moyen de suicide en Amérique est les armes à feu. Ils représentent la moitié des suicides, et les suicides représentent plus de décès par arme à feu que les homicides. Les armes à feu sont plus efficaces que les pilules, de sorte que les personnes qui se tirent impulsivement risquent davantage de se retrouver à la morgue qu’à l’urgence. Selon Matthew Miller, de l’Université de Harvard, les niveaux de possession d’armes à feu expliquent en grande partie la variation des taux de suicide, allant de 26 sur 100 000 dans le Montana à cinq à Washington, DC pour certains, si les États-Unis abandonnaient leurs armes, le nombre de suicides dégringolerait.

Sources : Le Devoir, The Economist, statistiques du CDCP

Voir aussi

Québec — Premier pour le suicide des hommes au Canada

À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s'explique peu par l'homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l'agression sexuelle en bas âge, les peines d'amour et l'étiquetage prématuré de l'orientation sexuelle.