lundi 9 novembre 2020

Les Québécois les plus anti-Trump... Informés par des médias partiaux ?

Selon des chiffres d’un sondage fourni par Jean-François Lisée, les Québécois sont les chauds partisans de Joe Biden. M. Lisée s’en réjouit.


C’est possible. Mais que prouveraient ces chiffres ? Que les gens au Québec utilisent un filtre (TVA, SRC, La Presse, Le Journal de Montréal) pour avoir de l’« information » sur la politique américaine et que ce filtre (en français) est très biaisé unanimement en faveur de Biden ? Ou plutôt, unanimement contre Trump, car personne ne sait vraiment ce que Biden représente ?  Unanimité nettement moins perceptible dans le Canada anglais où les gens obtiennent souvent leurs informations à la source : ils regardent, écoutent et lisent les médias américains en nettement plus grand nombre.

Cette unanimité des médias québécois nous laisse d’ailleurs songeurs : quel avantage un groupe comme TVA/Journal de Montréal a-t-il à n’être qu’une pâle copie moins subventionnée de Radio-Canada ? Ce consensus qui parcourt les médias est vrai pour toute une série de sujets : la politique américaine, la défense des valeurs progressistes, mais aussi la gestion de la pandémie (peu critiquée dans tous les médias subventionnés).

C’est très différent de ce que l’on observe dans d’autres pays. Ce consensus est-il dû à l’étroitesse du marché québécois ? Tous les journalistes québécois se connaissent, beaucoup savent que leur poste est précaire et que leur prochain employeur pourrait leur reprocher de ne pas suivre le mouvement.  Nous attendons qu’un seul média québécois produise une tribune comme celle-ci (tirée du Figaro). Nous n’avons rien lu de positif sur Trump dans les médias québécois.

Christopher Caldwell: “Le Bilan de Trump a été, à bien des égards, impressionnant”.

Christopher Caldwell est éditeur à la Claremont Review of Books (Los Angeles), contributeur d’opinion au « New York Times » et auteur d’« Une révolution sous nos yeux » (L’Artilleur) et « The Age of Entitlement: America Since the Sixties ». Il est membre du comité de rédaction de la revue « Commentaire ». L’essayiste et journaliste américain affirme que sans la crise du coronavirus Donald Trump aurait probablement été réélu. Il attribue les bons scores du président sortant à ses résultats économiques.

LE FIGARO. — Alors que beaucoup prédisaient une victoire facile pour Joe Biden, l’élection a été très serrée. Qu’est-ce que ce décalage révèle ?

Christopher CALDWELL. — Évidemment un échec des journalistes et des sondeurs. Considéré, à juste titre, comme une faute professionnelle. Mais cela reflète aussi un problème plus profond. Avec la mondialisation, les citoyens occidentaux ont cédé une grande partie de leur pouvoir de décision démocratique à des experts : banquiers centraux, concepteurs d’algorithmes de moteurs de recherche, épidémiologistes… mais aussi sondeurs et journalistes. Donald Trump, comme d’autres populistes, ne fait pas confiance aux motivations de ces experts. Il se méfie de leur expertise même. Il dit qu’ils ne servent pas le pays, mais l’exploitent. Un échec comme celui des sondeurs de mardi semble confirmer le point de vue de Trump.

— Quelles sont les sources de la popularité de Donald Trump dans une partie de l’Amérique ?

Il ne s’agit pas juste d’une partie de l’Amérique ! Trump a remporté 85 % des comtés des États-Unis en 2016 et fera probablement un score aussi bon cette année. Pourquoi ? L’explication est analogue à celle que fait en France votre Christophe Guilluy, qui voit une fracture entre ces lieux qui participent à l’économie mondiale et ces quartiers périphériques qui n’y participent pas. Les démocrates représentent les élites financières et technologiques des villes mondialisées, et ceux qui en dépendent, surtout les minorités raciales et sexuelles qui bénéficient de leur hégémonie sur l’appareil judiciaire des droits de l’homme. Trump représente le reste. Cela aboutit à une division du pays à 50-50.

— Que retiendra-t-on du mandat de Donald Trump ? Quel est son bilan en termes de politique intérieure et extérieure ?

Une loi de réduction d’impôt mise à part, Trump n’a adopté aucune loi digne d’être mentionnée — aucune. Ce n’est pas une faute qui lui est propre. C’est le résultat d’un effondrement des institutions américaines. Le plan baroque de réforme des soins de santé de Barack Obama et la réforme de l’éducation de George W. Bush, bâclés l’un et l’autre, sont les seules lois importantes de ce siècle. Mais la législation n’est pas le seul moyen de changer un pays, et le bilan de Trump a été, à bien des égards, impressionnant. Il a été élu pour mettre fin aux interventions dites « humanitaires » et il l’a fait. Il a annulé l’« accord » de Barack Obama qui aurait donné à l’Iran une voie vers les armes nucléaires. Trump a, de surcroît, renforcé la position d’Israël au Moyen-Orient. Son insistance pour que les pays européens participent davantage aux coûts de leur propre défense a été grossière et peut-être impopulaire parmi les alliés. Mais comme la plupart des citoyens européens le savent, il a raison. De nombreux Américains admirent l’économie d’exportation allemande, mais ils ne souhaitent pas la subventionner. Et il a complètement changé la façon dont les Américains des deux parties pensent leur dépendance aux produits chinois bon marché. C’est en réalité une victoire pour la nuance : le commerce est bon, mais pas en tout temps et en tout lieu. Lorsqu’un pays industriel supposé avancé est incapable de fabriquer des masques chirurgicaux, des lingettes pour les mains et de l’ibuprofène pendant une pandémie, c’est qu’il a poussé la mondialisation trop loin. Mais la plus grande réussite de Trump concerne l’économie. D’autres présidents ont permis une croissance économique régulière. Mais pendant les trois premières années de la présidence Trump, une part disproportionnée des gains est allée aux travailleurs à faible revenu. Il a apporté une croissance salariale de près de 5 % pour les travailleurs du quart le plus bas des revenus. Il s’agissait du premier nivellement soutenu des revenus et des richesses depuis le siècle dernier. C’est pourquoi les électeurs des régions oubliées du pays ont voté pour Trump en 2016. C’est pourquoi un nombre surprenant de jeunes Latinos et de Noirs s’est tourné vers sa candidature cette année. Pourquoi les politiques économiques de Trump ont-elles eu des effets aussi égalitaires ? Ce n’est toujours pas très clair. Peut-être ses restrictions à l’immigration ont-elles réduit la concurrence salariale pour les pauvres américains. Quelle qu’en soit la raison, les futurs présidents souhaiteront l’étudier. Le coronavirus a tout inversé, mais les électeurs s’en sont souvenus et une majorité d’entre eux approuvent sa politique économique, même maintenant.

— S’il n’y avait pas eu la crise du coronavirus, aurions-nous assisté à une vague trumpiste ?

Trump aurait probablement été réélu facilement, car le point central de la campagne aurait été l’économie, pas les manifestations raciales et les émeutes urbaines du début de l’été. Malheureusement pour lui, le Wisconsin, un État crucial qu’il a remporté en 2016 et perdu en 2020, a été dévasté à la fois par le virus et les émeutes des jours précédant les élections. Une véritable « vague » Trump aurait été peu probable. Mais il faut néanmoins souligner que les républicains ont réussi une bien meilleure performance qu’attendue aux élections législatives de cette semaine.

— L’Amérique sort de cette élection plus divisée que jamais. Comment réconcilier les deux Amériques ?

Ce qui est le plus inquiétant, ce n’est pas que les deux Amériques soient divisées sur ce que le pays devrait faire, c’est l’état normal des affaires dans une démocratie. C’est que les deux parties ne puissent plus s’entendre sur ce que le pays devrait être.

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dimanche 8 novembre 2020

Nouvelle politique woke des Guides (Girl Scouts) de Californie du Nord

Les guides/éclaireuses de Californie du Nord ont officiellement adopté la philosophie woke dans leur nouvelle politique destinée aux bénévoles.


Les cheffes de troupes devront affirmer que nous vivons dans une société systémiquement raciste ou risqueront d'être renvoyés. Quiconque s'identifie comme une «fille» peut participer (les hommes trans qui se disent femmes aussi) L'utilisation des pronoms choisis par les jeunes éclaireuses devra être respecté. Leur politique ici. Extraits traduits ci-dessous.

Code de culture des Guides de la Californie du Nord pour l'équité et l'appartenance Chez GSNorCal, nous faisons partie d'un mouvement visant à renforcer l'équité, l'inclusion, la diversité et l'appartenance. Nous travaillons pour mettre fin à toutes les formes d'oppression, à commencer par le racisme.

SE DÉCOUVRIR dans un monde raciste et injuste

  • Je comprends que notre monde a été construit sur le racisme structurel.
  • Je reconnais qu'il existe des intersections entre le racisme et toutes les formes d'oppression.
  • Je reconnais que les Blancs bénéficient de privilèges non mérités basés sur la couleur de la peau.
  • J'honore l'héritage des combattants de la liberté qui m'ont précédé.
  • J'apprends des termes clés pour m'autonomiser en tant qu'étudiant en justice sociale.

Qui peut être une éclaireuse?

Notre programme de guide s'adresse à toutes les jeunes qui s'identifie comme filles, y compris les filles cisgenres et transgenres. Chaque enfant et chaque famille est responsable de la manière dont il s'identifie et son identité de genre peut changer avec le temps. Par exemple, si une fille qui a déjà été Guide commence à s'identifier comme non conforme au genre, créative de genre ou non binaire, elle continuera d'être accueillie chez les Guides.

Remarquez les pronoms de genre

Parce que les jeunes, les bénévoles et le personnel des Guides expriment leur identité de genre de différentes manières, vous remarquerez que nous utilisons une variété de pronoms de genre tout au long de cette politique, y compris elle/sa, il/lui et eux/leur [pour parler d'une seule personne afin de ne pas choisir le sexe].

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Chasser la religion et la remplacer par la spiritualité (notamment Scouts du Canada)

France — Ces parents qui veulent continuer l'école à la maison

Pour lutter contre les dérives observées dans certaines familles sous emprise de l’islamisme, le gouvernement Macron souhaite interdire l’enseignement hors de l’école. Ce qui inquiète les tenants de l’enseignement à domicile.

Le chemin de l’école est court chez les Stevenson. Des chambres des enfants aux deux pièces dédiées à l’apprentissage, il n’y a que quelques mètres. Deux salles de classe à la maison où chacun y trouve son pupitre, sa trousse et ses cahiers. L’une d’elles accueille les collégiens tandis que l’autre est occupée par les plus jeunes. « Sinon, le chahut des uns peut gêner les autres », explique Kildine, mère courageuse de cette tribu de huit enfants, dont elle assure la scolarité à la maison depuis quatre ans. Huit enfants donc (2, 4, 6, 7, 9, 10, 12 et 16 ans) vivent dans cette grande maison à la campagne, à environ une heure de Bordeaux. Elle et son mari ont fait le choix de l’école à la maison pour les plus grands d’abord, qui avaient des difficultés dans le système scolaire classique, mais aussi pour ceux qui, plus en avance, ne pouvaient pas aller à leur rythme. Enfin, le trajet jusqu’à l’école (une heure quarante par jour en voiture) et les devoirs du soir, interminables, ont ni de les convaincre. Quand on lui demande si ses enfants n’ont pas de problèmes de socialisation, elle rit : « Nos enfants sont les plus socialisés du quartier, voire de la région », plaisante-t-elle. « Ils sont intégrés dans les clubs sportifs et engagés dans le scoutisme… Ils ont des amitiés fortes. Nous considérons qu’il est important de s’ouvrir à d’autres mondes. » Et d’ajouter : « Je les découvre aussi. Je les ai toute la journée et je les éveille intellectuellement, ce qui me permet d’avoir une relation privilégiée avec eux. »

 Le 2 octobre, l’annonce d’Emmanuel Macron sur l’arrêt de l’école à la maison dans le cadre du projet de loi sur le séparatisme, l’a autant surprise qu’énervée. « On nous retire une liberté fondamentale », tonne Kildine qui n’en comprend pas les raisons. Le mécontentement gronde aussi dans les familles, réunies dans les groupes Facebook comme l’IEF (groupe international francophone pour l’école à la maison), fort de ses 16 000 membres. Même stupéfaction au sein de l’association Les Enfants d’abord, où la présidente Gwenaëlle Spenlé, est choquée par « cette atteinte aux libertés fondamentales » qu’elle juge injustifiée, elle qui a élevé ses 5 enfants à la maison.

« L’instruction à domicile sera désormais strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. C’est une nécessité », a déclaré le chef de l’État, qui a expliqué qu’il visait les familles qui choisissaient cette option pour des raisons religieuses. « Il y a suffisamment d’écoles sous contrat et hors contrat pour apporter une réponse qui soit conforme à ces aspirations », a tranché le président. Depuis, le projet de loi publié par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a confirmé ces positions, qui seront présentées au Conseil des ministres le 9 décembre prochain. Si elle est votée, cette loi mettra fin à près de cent quarante ans de liberté d’instruire en famille, instituée par la loi Jules Ferry de 1882. Un tsunami pour les 50 000 enfants concernés, même s’ils représentent une goutte d’eau, face aux 8,3 millions d’enfants scolarisés de 3 à 16 ans. Pour Édouard Gerey, directeur général de l’enseignement scolaire, cette décision est justifiée d’abord par la hausse inquiétante des effectifs ces dernières années. « Pendant longtemps, c’était un phénomène marginal, depuis dix ans l’augmentation est forte et constante. Ils n’étaient que 13-14 000 en 2007, 37 000 en 2018-2019, puis 50 000 en 20 192 020 », constate-t-il, même si leur nombre a mécaniquement augmenté suite à l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans en 2019. Il relève, sans généraliser, des béances dans l’éducation de certains enfants. « Par le biais des rapports d’inspection, nous constatons une socialisation insuffisante, les enfants vivent en système fermé, écrivent peu, des pans entiers des disciplines ne sont pas enseignés, notamment l’éducation au développement durable, aux médias, à la culture, à la connaissance des institutions. » Et de poursuivre : « Beaucoup ont des lacunes dans la transmission des démarches scientifiques, la chronologie en histoire, des connaissances en physique-chimie, en SVT (sciences de la vie et de la Terre NDLR), en technologie. Il leur manque souvent des bases pour poursuivre leur scolarité. Faire le choix de l’école à la maison limite leur horizon. » Il assure toutefois que « les familles itinérantes, les sportifs de haut niveau, les enfants malades ou qui souffrent de phobie scolaire suite à un harcèlement, pourront poursuivre leur instruction à domicile ». Le lien invoqué avec l’islamisme radical par les autorités ne convainc guère ces parents très engagés dans leur démarche de liberté d’enseignement.

DES CONTRÔLES FRÉQUENTS

Une réponse qui ne satisfait pas Kildine. « Les familles qui font l’école à la maison sont les familles les plus contrôlées de France. Nos enfants qui étaient à l’école avant ne voyaient jamais autant d’inspecteurs, proteste-t-elle. La mairie peut envoyer un assistant social chez nous an de vérifier l’état psychologique de nos enfants. L’État a tous les moyens pour contrôler et il le fait avec sérieux. » En effet, les parents doivent le déclarer au maire, qui mène une enquête la première année, puis tous les deux ans, et à l’IA-Dasen qui charge des inspecteurs de mener une enquête une fois par an afin de vérifier le niveau scolaire et la sécurité de l’enfant. Quant au lien avec l’islamisme radical invoqué par les autorités, il ne convainc guère ces parents très engagés dans leur démarche de liberté d’enseignement. Le ministère de l’Éducation nationale l’a reconnu en octobre 2020 dans un vade-mecum sur l’instruction en famille : « Les cas d’enfants exposés à un risque de radicalisation et repérés à l’occasion du contrôle de l’instruction au domicile familial sont exceptionnels », peut-on y lire.

Philippe Bongrand, maître de conférences à CY Cergy Paris Université et auteur d’un dossier de la Revue française de pédagogie consacré à l’instruction en famille, confirme : « Une part significative de ces parents aspire, en fait, à les scolariser. Ils font ce choix en raison du “niveau” de l’école de secteur, les “mauvaises fréquentations”, ou l’incapacité de l’établissement à répondre aux besoins éducatifs spécifiques de leur enfant. Ces familles déscolarisent ponctuellement, en attendant de trouver une meilleure solution. » Et de poursuivre : « Dans un département urbain où nous avons étudié la situation de l’intégralité des enfants instruits hors école, le sociologue Dominique Glasman et moi avons constaté que 50 % étaient déscolarisés une année ou moins. On peut se demander si l’accroissement des chiffres n’aurait pas à voir avec ce type de recours, ponctuel et loin d’être “idéologique”, à l’instruction en famille. » Le confinement du printemps pourrait aussi avoir encouragé certaines familles à sauter le pas. C’est le cas de Laurence, thérapeute, qui vit en Ariège avec son mari architecte. Depuis le mois de septembre, elle a décidé avec son mari Laurent de scolariser son fils à domicile. Victor, âgé de 12 ans, avait été inscrit à La Prairie, une école alternative à Toulouse. Mais après leur déménagement, un essai dans le collège « normal » du secteur, les a fait réfléchir. « Avant, j’étais content d’aller à l’école. Dans le collège d’à côté, j’avais la boule au ventre dès que je me réveillais à l’idée d’aller là-bas », explique Victor. Son mal-être et le port du masque obligatoire ont fait basculer la famille dans l’instruction à domicile. Avec le Cned, et beaucoup de patience, Laurence, qui ne se définit pas comme une pasionaria de l’instruction en famille, « coache » au mieux son fils, en attendant de trouver une solution.

Le confinement du printemps pourrait bien avoir encouragé certaines familles à sauter le pas

UN VÉRITABLE CHOIX DE VIE

C’est le cas aussi de la famille Charton, qui a effectué un voyage en Europe avec leurs deux enfants en auto-caravane. De retour en France, Céline et Franck, les parents, aimeraient poursuivre l’expérience, et « continuer à découvrir le monde en dehors du cadre de l’école », explique Anouk, la fille aînée. Originaire de Metz, pour Servane aussi, c’est un choix de vie pour ses 4 enfants, aujourd’hui âgés de 3 à 23 ans. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas l’aînée de réussir ses études supérieures, la jeune fille est en master anglais-japonais à l’université. « Je leur enseigne la bienveillance, l’empathie et l’ouverture sur le monde. Nous voyageons quand cela est possible financièrement et nous faisons de nombreuses sorties à la rencontre de professionnels. C’est aussi ça l’IEF : rencontrer des gens. » Mazarine, sa cadette s’insurge : « Quel cliché de dire que l’on ne voit personne quand on fait l’école à la maison ! »

LA MODE DU « NON-SCO »

L’instruction en famille n’a pas été toujours une excentricité. Elle a été dans le passé largement pratiquée dans les familles bourgeoises, tels Blaise Pascal et Mozart qui avaient été éduqués par leur père. Encore au XXe siècle, Françoise Dolto, Jean-Paul Sartre ou Jean d’Ormesson ont bénéficié d’une instruction tout ou en partie en famille, bénéficiant parfois des services de précepteurs. En Angleterre, Agatha Christie ou encore les célèbres sœurs Mitford n’ont jamais mis les pieds à l’école. Si l’instruction en famille n’a jamais vraiment disparu, la généralisation du travail des femmes dans les années 1970 l’a rendu obsolète. C’était pour mieux revenir en force, dans les années 1990, une mode venue des États-Unis cette fois, où quelque 1,8 million d’Américains sont scolarisés à la maison. Beaucoup sautent le pas en raison d’un système scolaire qu’ils jugent défaillant. Un phénomène de société aux É.-U. popularisé par l’excellent lm Captain Fantastic, qui montre un père de 6 enfants qui a bâti un paradis pour eux, et qui peu à peu doit s’ouvrir au monde.

Beaucoup de familles se décident en raison d’un système scolaire qu’elles jugent trop souvent défaillant. Mais cette mode venue des États-Unis prône aussi une forme extrême de l’école à la maison. Il s’agit du « unschooling », ou « non-sco » en français. Sur ce sujet, le documentaire de Clara Bellar, Être et devenir, fait figure de référence pour les familles « non sco ». L’auteur et conférencier André Stern en est un de ses défenseurs les plus enthousiastes. Cette fois l’école à la maison ne se fait pas par le biais de cours à distance ou de leçons, mais de façon informelle « comme un enfant apprend à marcher ou à parler ». Interviewé par Anne Coffinier, fondatrice de l’association Créer son école et de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative, dans une vidéo diffusée sur YouTube, il explique comment cette loi est une attente à nos libertés. « On enlève une écharde en coupant une jambe. Tout le monde pourrait avoir besoin de cette liberté à un moment ou un autre, comme on est content d’avoir un gilet de sauvetage en avion. Je connais des enfants atteints de phobie scolaire, qui ont souffert de harcèlement, ou un enfant très en avance que l’école à la maison a sauvé », raconte-t-il. Et de rappeler, lui qui scolarise ses deux enfants en famille, que le contrôle est très sérieux.

LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE

L’instruction en famille générerait, elle, un tempérament créatif et volontaire ? C’est ce que pense sans hésiter Anne Coffnier. Selon cette énarque, militante de la liberté pédagogique, l’instruction en famille peut concerner tout le monde à un moment ou un autre. « Moi-même, quand j’ai vécu en Écosse, j’ai recruté un enseignant à la retraite qui est venu donner des cours à mes enfants pendant un an. » Et de conclure : « L’instruction en famille est un système très réglementé, alors que ceux qui sont en dehors des clous, les enfants déscolarisés, les mineurs isolés, qui ne sont inscrits nulle part, le seront toujours. Il faut juste appliquer les règles existantes. » Et d’ajouter : « Beaucoup de familles ont l’impression de servir de boucs émissaires. »

Source : Le Figaro Magazine

Sean Connery, l'été des Indiens de l'homme occidental

Chronique d’Éric Zemmour sur la disparition la semaine dernière de Sean Connery. Rappelons que le prochain 007 sera une femme, noire. Nous ne savons pas à ce stade si elle est cisgenre, lesbienne ou en questionnement.


Il était James Bond. Pas le meilleur, le seul. Non pas qu’il fût plus beau, plus viril, plus alerte, plus sportif que ses successeurs. Son talent d’acteur n’était pas particulièrement supérieur aux autres. Mais Sean Connery, disparu la semaine dernière à l’âge de 90 ans, a eu la chance d’incarner le héros dans une époque aujourd’hui disparue. Une époque où la virilité n’était pas dénigrée, ostracisée, diabolisée, pénalisée. Une époque où un séducteur, « un homme qui aimait les femmes », n’était pas considéré comme un violeur en puissance. Une époque où la beauté des femmes n’était pas la preuve de leur aliénation au patriarcat. Une époque où l’homme occidental ne devait pas se justifier d’un « privilège blanc » dans les pays que ses ancêtres avaient façonnés.

Une époque où les nations européennes étaient différentes entre elles, mais homogènes à l’intérieur, alors qu’elles sont devenues toujours plus uniformisées par la mondialisation et toujours plus désagrégées au sein de chacune d’entre elles par l’invasion migratoire. Sean Connery incarne avec une superbe de chevalier d’antan ces Anglo-Saxons qui ont gagné les deux grandes guerres du XXe siècle. Ils n’ont pas subi les affres de la défaite ni les miasmes de l’Occupation qu’ont connus les Français et les Allemands. Ils en ont tiré un complexe de supériorité — celui-là même que Stendhal a bien décrit chez les Français au temps des victoires napoléoniennes — qui crève les écrans de ce temps-là.

James Bond est l’incarnation du culte de la science et de la technique à son firmament avant que les écologistes ne nous culpabilisent. Une synthèse des mythes occidentaux du XIXe siècle. Un mélange d’Alexandre Dumas et de Jules Verne. Il nous fait croire à la fameuse prophétie de Victor Hugo : « Le XIXe siècle est grand ; le XXe sera heureux. »

Le charme de ces films-là n’est pas cinématographique, mais anthropologique. L’homme occidental vit une période dorée et il ne sait pas que c’est son été indien. C’est le temps d’une certaine innocence. Celle des années 1950 et 1960. À la fois la liberté comme on n’en a jamais connu, le progrès économique et social, et la paix. Il ne sait pas que son monde va s’effondrer sous les coups de ces jeunes chevelus des campus américains qu’il contemple avec une pointe de mépris. Il fait la guerre bien sûr, mais les méchants qu’il combat sont de pacotille. La bombe atomique — tant dénoncée à l’époque par les compagnons de route du communisme — nous protège d’une guerre entre ce qu’on appelle alors les « deux blocs ». Sean Connery n’a pas cette pointe d’autodérision qui fait le charme de certains de ses successeurs, comme Roger Moore ; et qu’on retrouve surtout chez nos séducteurs français (Delon, Belmondo, Gabin, Ventura, Montand) ou italiens (Gassman, Mastroianni). À l’époque, on faisait le distinguo ; on hiérarchisait, on raillait. Avec le recul, on se contente de regretter. La nostalgie est un bloc.




Réaction tolérante (et en rien haineuse, nôôôn) d’un rédacteur en chef du service public français (les impôts des contribuables français à l’œuvre) :

CNN, FoxNews, Slate, The Hill et al. prétendent que les cloches ont sonné en France pour célébrer la victoire de Biden (m-à-j)

Entretemps, The Hill a discrètement retiré cette affirmation sans mentionner l'interprétation erronée. Il est toujours disponible sur Internet Archive. Le tweet a été supprimé (conservé sur Internet Archive).

 


 


FoxNews:

« Alors que des gens descendaient dans les rues des principales villes des États-Unis de Washington à San Francisco pour célébrer, les cloches des églises sonnèrent à Paris et Munich alors que des feux d’artifice explosaient à Londres et Édimbourg. »
 

De très nombreux médias ont repris cette nouvelle de la réjouissance planétaire à l'annonce par les médias que Joe Biden aurait gagné. Bel exemple de panurgisme médiatique qui s'est répandu comme une trainée de poudre un bobard. En réalité, les cloches sonnaient les vêpres. Ce que certains médias américains ont interprété comme des congratulations parisiennes le 7 novembre vers 17 h 45 n’était autre que l’heure de l’appel aux vêpres — l’office qui marque la fin de l’après-midi et le début de la soirée.

Quant aux feux d’artifice tirés au Royaume-Uni, la raison pourrait également être tout autre selon Atlantico et RT : les Britanniques célèbrent chaque 5 novembre la « Guy Fawkes Night » en souvenir de la Conspiration des poudres du 5 novembre 1605. Conspiration au cours de laquelle un groupe de catholiques a essayé de faire exploser le Parlement britannique dans lequel se trouvait le roi Jacques Ier. Célébrée chaque année par des feux d’artifice plus ou moins grands, la « Guy Fawkes Night » est également connue sous les noms de « Bonfire Night » (la nuit du feu de joie) ou de « Fireworks Night » (nuit des feux d’artifice).

Début d’une très longue liste :

Lien vers la vidéo YouTube

 


L’ennui :


 

 

Journalistes ignares et crédules qui se bercent d’illusions dans la liesse de la victoire de Biden contre le « nazi » Trump ?

Cinéma — le marché chinois a dépassé le nord-américain, part d'Hollywood s'effondre en Chine

Les ventes de billets de cinéma en Chine pour 2020 ont grimpé à 1,988 milliard de dollars à la mi-octobre 2020, dépassant le total de 1,937 milliard de dollars en Amérique du Nord (le Canada y compris), selon les données d’Artisan Gateway. L’écart devrait encore se creuser considérablement d’ici la fin de l’année.

Les analystes prédisent depuis longtemps que le pays le plus peuplé du monde deviendrait un jour le premier marché cinématographique. Mais il s’agit d’un changement radical et historique : l’Amérique du Nord est le centre de gravité du cinéma mondial depuis la Première Guerre mondiale.

Les dizaines de milliers de cinémas en Chine sont remplis à 75 % de leur capacité, tandis que les cinéphiles n’hésitent guère à retourner dans les salles obscures.

Les recettes en Amérique du Nord ne pourraient être plus désastreuses. Les cinémas de nombreuses métropoles sont toujours fermés en raison des mesures prises par les gouvernements dans le cadre de la pandémie de Covid-19.

Au cours de la récente fête nationale longue d’une semaine, les cinémas chinois ont vendu, du 1er au 8 octobre, pour 586 millions de dollars en billets. La mégaproduction locale Mes gens, mon pays (我和我的家乡) a rapporté 19,1 millions de dollars au cours du dernier week-end, portant ses revenus totaux à 360 millions de dollars en 18 jours. La Chine a également produit le plus grand succès mondial du début 2020, une épopée se déroulant en 1937 lors de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), Les Huit Cents (八佰), avec au moins 460 millions de dollars. Le film américain ayant rapporté le plus cette année au niveau mondial est Mauvais garçons pour la vie, il avait rapporté 426,5 millions de dollars. En Amérique du Nord, où de nombreuses salles obscures sont fermés, les cinémas n’ont engrangé que 11 millions de dollars de ventes au cours de la même période d'octobre. En 2019, les recettes nord-américaines avaient totalisé 150,5 millions de dollars du 4 au 6 octobre.

  

Le film La Brigade des 800 en VF. Épique, martial et patriotique, il relate l'histoire vraie de la défense de l'entrepôt Sihang en 1937 par des troupes nationalistes chinoises encerclées par les Japonais en 1937 en face des concessions internationales. Il exagère cependant l'ampleur des combats (seuls 37 des défenseurs ne réussiront pas à passer dans la concession britannique).

Le film sur la guerre de Corée Le Sacrifice est sorti dans les salles chinoises le 23 octobre et il déjà encaissé 625 millions $ américains de recettes alors que la Chine marque le 70e anniversaire de son entrée dans le conflit dans la péninsule coréenne. Il devient donc le film qui a le plus engrangé de recettes cette année sur toute la planète. Le Sacrifice n’est que l’un des nombreux films sortis ou prêts à sortir consacrés à la guerre de Corée. Un film d’animation Salut aux héros est également sorti en salles le 23 octobre. Incidemment, le nom chinois de ce film, destiné à un public plus jeune, est 最可爱的人 qui peut se traduire par La personne la plus mignonne.

 

Bande-annonce de Sacrifice 

Beaucoup à Hollywood se demandent si les dégâts récents pourraient devenir permanents. Le 4 octobre, Cineworld, le propriétaire de Regal, la deuxième plus grande chaîne de salles de cinéma aux États-Unis, a déclaré qu’il fermait à nouveau tous ses cinémas indéfiniment.

Le récent Mulan de Disney peut servir d’étude de cas sur ce qui peut mal tourner pour un studio hollywoodien lorsqu’il conçoit une mégaproduction pour séduire le marché chinois. Le double désastre des relations publiques du film — sa vedette chinoise, Liu Yifei, vantant la répression policière du mouvement pro-démocratie à Hong Kong, et une décision profondément irréfléchie de Disney de tourner dans la province chinoise du Turkestan chinois là où des violations des droits contre la minorité musulmane sont perpétrées — a été aggravé par la décision des dirigeants de Disney de ne pas s’exprimer sur ces questions, probablement par crainte d’offenser politiquement Pékin et de nuire à leurs autres intérêts commerciaux (tels que le Shanghai Disney Resort de 5,5 milliards de dollars).

Les analystes soulignent que la réalisation d’un film sur un thème chinois qui séduit à la fois le public américain et chinois a toujours été une gageure. C’est ainsi que la coproduction La Grande Muraille en 2016 avec Matt Damon avait coûté 150 millions de dollars et n’avait rapporté que 45 millions de dollars aux États-Unis et 334 millions de dollars dans le monde.

Pire encore, les studios américains perdent peu à peu leur emprise sur les consommateurs chinois. En 2019, seuls deux films d’Hollywood apparaissaient parmi les plus rentables de l’année en Chine — la plus faible proportion en plus de 20 ans. En raison de la pandémie, 2020 s’annonce bien pire. « Comme sur de nombreux marchés internationaux, les films hollywoodiens attirent surtout le public dans les grandes villes », déclare Rance Pow, président du cabinet de conseil Artisan Gateway. « Mais une grande partie de l’expansion récente du cinéma en Chine a eu lieu dans les petites villes de 3e rang et en dessous. » Les villes de 3e rang ont une population de 3 millions à 150.000 habitants.

Pow ajoute : « La qualité croissante du cinéma chinois est également un facteur clé. Il n’est pas surprenant que le public chinois apprécie les films auxquels il peut s’identifier et dans sa propre langue. Nous nous attendons à ce que cet intérêt continue de croître. »

Certains observateurs chinois pensent que les récentes tensions politiques, combinées aux conséquences uniques de la pandémie, pourraient avoir des conséquences permanentes sur les résultats financiers d’Hollywood en Chine. Puisque les studios américains ont été contraints de retarder sine die la sortie mondiale de leurs locomotives en raison des mesures gouvernementales liées au coronavirus en Amérique du Nord, la Chine essaie de se passer des superproductions hollywoodiennes. Pendant ce temps, comme l’a démontré le premier week-end d’octobre, les studios chinois ont en réserve toute une série de mégaproductions de haute qualité qui sortiront dans les prochains mois.

Dans les médias d’information, à la télévision et dans le secteur de la technologie, le contenu étranger a toujours eu une part de marché bien plus petite que les 40 à 50 % dont jouissent traditionnellement les films hollywoodiens. À la télévision, par exemple, les émissions étrangères sont interdites aux heures de grande écoute et les régulateurs exigent des diffuseurs internet locaux qu’ils limitent la partie non chinoise de leurs catalogues à 30 % ou moins (en pratique, le contenu américain a tendance à prendre beaucoup moins). Netflix n’exploite pas son service en Chine, car Pékin interdit les plateformes de diffusion internet étrangères. Il a bien tenté de lancer une coentreprise mais son existence fut de courte durée.


Les régulateurs chinois ont accordé aux films hollywoodiens une plus grande place dans la vie publique pour des raisons structurelles héritées du passé. Au cours des 25 dernières années, le pays avait besoin des produits finançables d’Hollywood pour aider à construire sa vaste infrastructure de cinémas à travers tout le pays et l’on pensait que la contribution d’Hollywood était essentielle pour soutenir le développement des chaînes de cinéma locales. Ces dernières années, certains pensaient que Pékin hésiterait à interdire complètement les salles de cinéma chinoises aux films américains, car le public ne l’aurait pas accepté.

Mais la COVID-19 a éliminé les films hollywoodiens des écrans chinois pour au moins un certain temps et les cinémas chinois semblent très bien s’en remettre. Pour Chris Fenton, auteur du récent livre sur Hollywood et la Chine Feeding the Dragon et administrateur de l’US-Asia Institute : « Si le gouvernement commence à voir que les films chinois se portent bien, que les salles de cinéma rebondissent sans l’aide d’Hollywood et que le consommateur chinois semble oublier les films américains parce que leurs propres superproductions deviennent de plus en plus divertissantes — on peut se demander : pourquoi le gouvernement ne commencerait-il pas à sevrer le public local des films américains ? »

Sources : Hollywood reporter, Radiichina, IMDB


vendredi 6 novembre 2020

La laïcité est le cache-sexe d'enjeux démographiques, culturels et historiques

Une tribune de l’historien Guillaume Cuchet (ci-contre), spécialiste de l’histoire du catholicisme, il a notamment écrit un ouvrage remarqué : Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018). Son dernier livre Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle. Religion, culture et société en France, 1830-1880 est publié aux Éditions du Cerf.

Il ne faudrait pas que la focalisation actuelle du débat public sur la laïcité et la liberté d’expression nous fasse perdre de vue le fait que les vrais enjeux du problème sont, pour une large part, ailleurs, géopolitiques, démographiques, culturels et historiques. De quoi, au fond, la « laïcité » est-elle le nom dans cette affaire et, si l’on ose dire, le cache-sexe ?

Car il aurait fallu, en un sens, s’aviser avant que l’islam ne devienne la deuxième religion du pays qu’elle pourrait un jour nous poser des problèmes de ce genre. Une enquête de l’Institut Montaigne de 2016 a montré que plus du quart des musulmans en France étaient tentés par un « islam de rupture », en particulier dans la jeunesse, comme on l’a bien vu en 2015 avec les incidents suscités dans certains établissements scolaires par la minute de silence à la mémoire des victimes de Charlie Hebdo.

Les historiens de l’avenir se demanderont peut-être comment les Européens [ainsi que les Québécois] ont pu laisser se créer chez eux, depuis les années 1950, par intérêt économique, générosité, incurie, etc., un problème qui n’existait pas au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et qui est aujourd’hui plus sensible que la question afro-américaine aux États-Unis, parce qu’il n’est pas seulement ethnique, mais aussi religieux. Le cas des prisons est exemplaire : une enquête récente de Farhad Khosrokhavar estime entre 40 et 60 % le nombre de détenus musulmans en France, contre 6 à 7 % de la population. Effarante surreprésentation, inédite par son ampleur dans l’histoire de l’immigration en France, qui donne la mesure du problème. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenus par toutes sortes d’enquêtes et de rapports depuis trente ans.

Les enjeux sont géopolitiques parce que l’islamisme est un problème mondial dont les pays musulmans sont certes les premiers à souffrir, mais que nous avons importé chez nous avec l’islam. Samuel Huntington, dans un livre qui vaut beaucoup mieux que sa réputation, Le choc des civilisations, écrivait en 1996 : « une immigration importante ne peut que produire des pays divisés entre chrétiens et musulmans », ajoutant, au vu de la répartition des zones de conflits dans le monde, qu’il y avait « du sang aux frontières de l’islam ». Il ne faut donc pas s’exagérer le poids des causalités françaises dans cette affaire. La France n’est qu’un théâtre, secondaire à l’échelle mondiale, mais le principal en Europe, de cette nouvelle « guerre mondiale » de basse intensité. La « radicalisation de l’islam » rend possible « l’islamisation de la radicalité », quelle que soit l’origine (sociale ou culturelle) de cette dernière. A contrario, le moyen de devenir un terroriste avec, disons, le « Sermon sur la montagne » de Jésus ?

L’enjeu est démographique ensuite parce que l’islam est une religion née chez nous par immigration et que celle-ci n’a pas cessé depuis les années 1950, même si elle a diversifié ses zones de départ. Elle grandit désormais aussi par conversion et surtout par croissance naturelle. Jérôme Fourquet vient de montrer que 18,5 % des enfants qui naissent chaque année dans ce pays portent désormais des prénoms de type « arabo-musulman », contre moins de 1 % en 1950. Se figure-t-on bien ce que peut signifier à moyen terme pour la société française un tel chiffre ? L’enquête Teo de l’Ined en 2008 a montré par ailleurs qu’on avait assisté en France dans les années 2000 à un « croisement des courbes de ferveur » (Michèle Tribalat) entre catholiques et musulmans. Il y a certes encore nettement plus de catholiques que de musulmans déclarés, mais si on demande aux uns et aux autres, qui attachent « beaucoup d’importance » à sa religion, il y a désormais, en chiffres absolus, plus de musulmans « fervents » que de catholiques.

L’enjeu est également culturel parce que cette immigration, en particulier maghrébine, est à l’origine d’un fort malaise identitaire qui ne s’est islamisé que dans un second temps. Le problème n’est vraiment devenu manifeste qu’au milieu des années 1990. La migration est toujours une opération compliquée : pour celui qui bouge, mais aussi pour les sociétés de départ, a fortiori si, ex-possessions coloniales, elles « avouent » ainsi avec leurs pieds qu’elles ont encore besoin de leur ancienne métropole, comme pour la société d’accueil, en particulier pour les classes populaires en son sein, qui sont en première ligne sur le front de l’intégration. Mais jusqu’à présent, la religion avait plutôt joué en faveur de cette dernière parce que la plupart des immigrés venaient de pays européens de culture catholique ultra-majoritaires (Belgique, Italie, Pologne, Espagne, Portugal). En une génération, et parfois plus vite encore, les nouveaux arrivants rejoignaient les standards philosophiques locaux. On a pu croire au départ qu’il en irait de même avec l’islam avant de s’apercevoir que le processus s’était grippé. Les choses se sont sans cesse aggravées depuis.

Le dernier enjeu est historique parce que la laïcité française, cet « universel singulier » qui ne s’est guère exporté, ne vient pas de nulle part. Elle est le produit d’une histoire singulière. Au milieu des années 1960 encore, plus de 93 % de la génération était baptisée au sein de l’Église catholique et seuls 3 % des Français d’ascendance catholique étaient complètement sortis de son aire d’influence. La laïcité française est née de cette matrice, à la fois par filiation et par réaction contre. Les deux minorités historiques, protestante et juive, ont spontanément rallié le camp de la laïcité qui les émancipait, de sorte que la gauche s’est habituée à considérer que toutes les minorités religieuses avaient vocation à rejoindre la coalition laïque. L’islam représente, en un sens, le premier vrai « test » culturel de l’universalité de principe de la laïcité française et le bilan est, pour l’heure, pour le moins mitigé.

Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de mon propos : la laïcité bien comprise est certainement une partie de la solution du problème, mais il ne faudrait pas qu’elle nous fasse perdre de vue ses fondamentaux, notamment démographiques, qui sont, à mon avis, la clé de notre avenir. La France est un vieux pays d’immigration. Elle fait don d’elle-même à ceux qui la rejoignent, de sa culture, de son histoire, de son économie, de ses services sociaux, de sa liberté. En contrepartie, elle considérait autrefois que les coûts culturels et psychologiques de l’intégration, même élevés, étaient à la charge de celui qui arrive, pas l’inverse. Le principe est un peu raide, on peut sans doute l’assouplir à la marge, mais l’abandonner est périlleux.

Source : Le Figaro

Ces parents qui veulent continuer l’école à la maison (Le Figaro)

Le point sur l’interdiction annoncée de l’instruction en famille en France. Prise de paroles des familles, des défenseurs de la liberté scolaire dont Anne Coffinier, normalienne et énarque qui a fait l’école à la maison. Mais aussi… Agatha Christie ou Pierre-Gilles de Gênes. Où l’on apprend que, d’après l’Éducation nationale, « les cas d’enfants exposés à un risque de radicalisation et repérés à l’occasion du contrôle de l’instruction au domicile familial sont exceptionnels ».

« Pour lutter contre les dérives observées dans certaines familles sous emprise de l’islamisme, le gouvernement souhaite interdire l’enseignement hors de l’école. Ce qui inquiète les tenants de l’enseignement à domicile.

Le chemin de l’école est court chez les Stevenson. Des chambres des enfants aux deux pièces dédiées à l’apprentissage, il n’y a que quelques mètres. Deux salles de classe à la maison où chacun y trouve son pupitre, sa trousse et ses cahiers. L’une d’elles accueille les collégiens tandis que l’autre est occupée par les plus jeunes. « Sinon, le chahut des uns peut gêner les autres », explique Kildine, mère courageuse de cette tribu de huit enfants, dont elle assure la scolarité à la maison depuis quatre ans.

Huit enfants donc (2, 4, 6, 7, 9, 10, 12 et 16 ans) vivent dans cette grande maison à la campagne, à environ une heure de Bordeaux. Elle et son mari ont fait le choix de l’école à la maison pour les plus grands d’abord, qui avaient des difficultés dans le système scolaire classique, mais aussi pour ceux qui, plus en avance, ne pouvaient pas aller à leur rythme. Enfin, le trajet jusqu’à l’école (une heure quarante par jour en voiture) et les devoirs du soir, interminables, ont fini de les convaincre. Quand on lui demande si ses enfants n’ont pas de problèmes de socialisation, elle rit : « Nos enfants sont les plus socialisés du quartier, voire de la région », plaisante-t-elle. « Ils sont intégrés dans les clubs sportifs et engagés dans le scoutisme… Ils ont des amitiés fortes. Nous considérons qu’il est important de s’ouvrir à d’autres mondes. » Et d’ajouter : « Je les découvre aussi. Je les ai toute la journée et je les éveille intellectuellement, ce qui me permet d’avoir une relation privilégiée avec eux. »

Le 2 octobre, l’annonce d’Emmanuel Macron sur l’arrêt de l’école à la maison dans le cadre du projet de loi sur le séparatisme, l’a autant surprise qu’énervée. « On nous retire une liberté fondamentale », tonne Kildine qui n’en comprend pas les raisons. Le mécontentement gronde aussi dans les familles, réunies dans les groupes Facebook comme l’IEF (groupe international francophone pour l’école à la maison), fort de ses 16 000 membres. Même stupéfaction au sein de l’association Les Enfants d’abord, où la présidente Gwenaëlle Spenlé, est choquée par « cette atteinte aux libertés fondamentales » qu’elle juge injustifiée, elle qui a élevé ses 5 enfants à la maison.

« L’instruction à domicile sera désormais strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. C’est une nécessité », a déclaré le chef de l’État, qui a expliqué qu’il visait les familles qui choisissaient cette option pour des raisons religieuses. « Il y a suffisamment d’écoles sous contrat et hors contrat pour apporter une réponse qui soit conforme à ces aspirations », a tranché le président. Depuis, le projet de loi publié par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a confirmé ces positions, qui seront présentées au Conseil des ministres le 9 décembre prochain.

Si elle est votée, cette loi mettra fin à près de cent quarante ans de liberté d’instruire en famille, instituée par la loi Jules Ferry de 1882. Un tsunami pour les 50 000 enfants concernés, même s’ils représentent une goutte d’eau, face aux 8,3 millions d’enfants scolarisés de 3 à 16 ans. Pour Édouard Geffrey, directeur général de l’enseignement scolaire, cette décision est justifiée d’abord par la hausse inquiétante des effectifs ces dernières années. « Pendant longtemps, c’était un phénomène marginal, depuis dix ans l’augmentation est forte et constante. Ils n’étaient que 13-14.000 en 2007, 37 000 en 2018-2019, puis 50 000 en 2019-2020 », constate-t-il, même si leur nombre a mécaniquement augmenté suite à l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans en 2019.

Il relève, sans généraliser, des béances dans l’éducation de certains enfants. « Par le biais des rapports d’inspection, nous constatons une socialisation insuffisante, les enfants vivent en système fermé, écrivent peu, des pans entiers des disciplines ne sont pas enseignés, notamment l’éducation au développement durable, aux médias, à la culture, à la connaissance des institutions. » Et de poursuivre : “Beaucoup ont des lacunes dans la transmission des démarches scientifiques, la chronologie en histoire, des connaissances en physique-chimie, en SVT (sciences de la vie et de la Terre NDLR), en technologie. Il leur manque souvent des bases pour poursuivre leur scolarité. Faire le choix de l’école à la maison limite leur horizon.” Il assure toutefois que « les familles itinérantes, les sportifs de haut niveau, les enfants malades ou qui souffrent de phobie scolaire suite à un harcèlement, pourront poursuivre leur instruction à domicile ».

Une réponse qui ne satisfait pas Kildine. « Les familles qui font l’école à la maison sont les familles les plus contrôlées de France. Nos enfants qui étaient à l’école avant ne voyaient jamais autant d’inspecteurs, proteste-t-elle. La mairie peut envoyer un assistant social chez nous afin de vérifier l’état psychologique de nos enfants. L’État a tous les moyens pour contrôler et il le fait avec sérieux. » En effet, les parents doivent le déclarer au maire, qui mène une enquête la première année, puis tous les deux ans, et à l’IA-Dasen qui charge des inspecteurs de mener une enquête une fois par an afin de vérifier le niveau scolaire et la sécurité de l’enfant.

Quant au lien avec l’islamisme radical invoqué par les autorités, il ne convainc guère ces parents très engagés dans leur démarche de liberté d’enseignement. Le ministère de l’Éducation nationale l’a reconnu en octobre 2020 dans un vade-mecum sur l’instruction en famille : « Les cas d’enfants exposés à un risque de radicalisation et repérés à l’occasion du contrôle de l’instruction au domicile familial sont exceptionnels », peut-on y lire.

Philippe Bongrand, maître de conférences à CY Cergy Paris Université et auteur d’un dossier de la Revue française de pédagogie consacré à l’instruction en famille, confirme : “Une part significative de ces parents aspirent, en fait, à les scolariser. Ils font ce choix en raison du « niveau » de l’école de secteur, les “mauvaises fréquentations”, ou l’incapacité de l’établissement à répondre aux besoins éducatifs spécifiques de leur enfant. Ces familles déscolarisent ponctuellement, en attendant de trouver une meilleure solution.” Et de poursuivre : “Dans un département urbain où nous avons étudié la situation de l’intégralité des enfants instruits hors école, le sociologue Dominique Glasman et moi avons constaté que 50 % étaient déscolarisés une année ou moins. On peut se demander si l’accroissement des chiffres n’aurait pas à voir avec ce type de recours, ponctuel et loin d’être « idéologique », à l’instruction en famille.”

Le confinement du printemps pourrait aussi avoir encouragé certaines familles à sauter le pas. C’est le cas de Laurence, thérapeute, qui vit en Ariège avec son mari architecte. Depuis le mois de septembre, elle a décidé avec son mari Laurent de scolariser son fils à domicile. Victor, âgé de 12 ans, avait été inscrit à La Prairie, une école alternative à Toulouse. Mais après leur déménagement, un essai dans le collège « normal » du secteur, les a fait réfléchir. « Avant, j’étais content d’aller à l’école. Dans le collège d’à côté, j’avais la boule au ventre dès que je me réveillais à l’idée d’aller là-bas », explique Victor. Son mal-être et le port du masque obligatoire ont fait basculer la famille dans l’instruction à domicile. Avec le Cned, et beaucoup de patience, Laurence, qui ne se définit pas comme une pasionaria de l’instruction en famille, « coache » au mieux son fils, en attendant de trouver une solution.

C’est le cas aussi de la famille Charton, qui a effectué un voyage en Europe avec leurs deux enfants en auto-caravane. De retour en France, Céline et Franck, les parents, aimeraient poursuivre l’expérience, et « continuer à découvrir le monde en dehors du cadre de l’école », explique Anouk, la fille aînée. Originaire de Metz, pour Servane aussi, c’est un choix de vie pour ses 4 enfants, aujourd’hui âgés de 3 à 23 ans. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas l’aînée de réussir ses études supérieures, la jeune fille est en master anglais-japonais à l’université. « Je leur enseigne la bienveillance, l’empathie et l’ouverture sur le monde. Nous voyageons quand cela est possible financièrement et nous faisons de nombreuses sorties à la rencontre de professionnels. C’est aussi ça l’IEF : rencontrer des gens. » Mazarine, sa cadette s’insurge : « Quel cliché de dire que l’on ne voit personne quand on fait l’école à la maison ! »

L’instruction en famille n’a pas été toujours une excentricité. Elle a été dans le passé largement pratiquée dans les familles bourgeoises, tels Blaise Pascal et Mozart qui avaient été éduqués par leur père. Encore au XXe siècle, Françoise Dolto, Jean-Paul Sartre ou Jean d’Ormesson ont bénéficié d’une instruction tout ou en partie en famille, bénéficiant parfois des services de précepteurs. En Angleterre, Agatha Christie ou encore les célèbres sœurs Mitford n’ont jamais mis les pieds à l’école. Si l’instruction en famille n’a jamais vraiment disparu, la généralisation du travail des femmes dans les années 1970 l’a rendue désuète.

C’était pour mieux revenir en force, dans les années 1990, une mode venue des États-Unis cette fois, où quelque 1,8 million d’Américains sont scolarisés à la maison. Beaucoup sautent le pas en raison d’un système scolaire qu’ils jugent défaillant. Un phénomène de société aux USA popularisé par l’excellent film Captain Fantastic, qui montre un père de 6 enfants qui a bâti un paradis pour eux, et qui peu à peu doit s’ouvrir au monde.

Mais cette mode venue des États-Unis prône aussi une forme plus extrême de l’école à la maison. Il s’agit du « unschooling », ou « non-sco » en français. Sur ce sujet, le documentaire de Clara Bellar, Être et devenir, fait figure de référence pour les familles « non sco ». L’auteur et conférencier André Stern en est un de ses défenseurs les plus enthousiastes. Cette fois l’école à la maison ne se fait pas par le biais de cours à distance ou de leçons, mais de façon informelle « comme un enfant apprend à marcher ou à parler ». Interviewé par Anne Coffinier, fondatrice de l’association Créer son école et de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative, dans une vidéo diffusée sur YouTube, il explique comment cette loi est une atteinte à nos libertés.

« On enlève une écharde en coupant une jambe. Tout le monde pourrait avoir besoin de cette liberté à un moment ou un autre, comme on est content d’avoir un gilet de sauvetage en avion. Je connais des enfants atteints de phobie scolaire, qui ont souffert de harcèlement, ou un enfant très en avance que l’école à la maison a sauvé », raconte-t-il. Et de rappeler, lui qui scolarise ses deux enfants en famille, que le contrôle est très sérieux.

L’instruction en famille générerait, elle, un tempérament créatif et volontaire ? C’est ce que pense sans hésiter Anne Coffinier. Selon cette énarque, militante de la liberté pédagogique, l’instruction en famille peut concerner tout le monde à un moment ou un autre. « Moi-même, quand j’ai vécu en Écosse, j’ai recruté un enseignant à la retraite qui est venu donner des cours à mes enfants pendant un an. » Et de conclure : « L’instruction en famille est un système très réglementé, alors que ceux qui sont en dehors des clous, les enfants déscolarisés, les mineurs isolés, qui ne sont inscrits nulle part, le seront toujours. Il faut juste appliquer les règles existantes. » Et d’ajouter : « Beaucoup de familles ont l’impression de servir de boucs émissaires. »

Si les enfants Stevenson ne vont pas à l’école, ils ont, comme tous les écoliers, des notes. Les élèves sont évalués une fois par mois pour chaque matière et ce, par des professeurs des écoles. Pour les plus grands, qui suivent les cours du Sacré-Cœur, un organisme d’enseignement à distance, cela revient à avoir au moins un contrôle par semaine. Une fois par an, les inspecteurs de l’Éducation nationale rendent visite à la famille. « Ils vérifient que les enfants vont bien, leur font faire des petits exercices pour vérifier leur niveau. Ils reviennent l’année d’après pour voir s’ils ont bien évolué », raconte Kildine qui organise la scolarité à domicile de sept de ses huit enfants. Si la jeune femme respecte le programme officiel, sa méthode de travail, elle, diffère : « Il y a des enfants qui sont scolaires et d’autres qui le sont moins. Je m’adapte à chacun de mes élèves », dit-elle.

Continuer à découvrir le monde en dehors du cadre de l’école. C’est le vœu de cette famille des Hautes-Alpes qui a pris la route pour une année de voyage à travers le continent. Le père photographe et la mère illustratrice ont souhaité assurer la continuité pédagogique d’Anouk et de Tanguy, leurs enfants alors âgés de 11 et 8 ans. Plutôt que de passer par le Cned, trop de contraintes pour eux, les enfants ont suivi les leçons données par leurs parents, aidés par des manuels scolaires. Grâce aux visites de musées, d’expositions, Anouk a exploré l’ensemble de son programme d’histoire de sixième. Les temples grecs ou les peintures rupestres siciliennes étaient plus captivants en vrai que dans le manuel scolaire. Aujourd’hui, crise sanitaire oblige, ils sont revenus chez eux, en attendant de prendre un nouveau départ.

Servane est une pionnière. Cela fait vingt ans qu’elle et son mari scolarisent leurs enfants à domicile. Mazarine, 17 ans, et sa sœur Méryl-Lou, 23 ans, ainsi que leurs deux petits frères Monty-Melor, 10 ans, et Melvil, 3 ans, apprennent à la maison. Les méthodes de Servane sont ouvertes et éclectiques. Elle apprécie la méthode de Singapour pour les mathématiques, la méthode Alpha pour la lecture. Elle n’oublie pas non plus de partager avec sa famille des livres, des expositions, des spectacles. Sans oublier la télévision qui propose un panel de programmes éducatifs, et internet. Mazarine, la seconde, n’a jamais vu l’intérêt d’aller en classe. Elle est aujourd’hui en terminale. Méryl-Lou, l’ainée a rejoint l’Université. Elle étudie en master anglais-japonais où elle enchaîne les bons résultats.

● Agatha Christie : « On s’occupait beaucoup moins de vouloir faire comme le voisin. […] Les Victoriens regardaient leurs rejetons sans parti pris, et décidaient en fonction de leurs capacités. » (extrait d’Agatha Christie. Les Mystères d’une vie, de Marie-Hélène Baylac.)

● Jean-Paul Sartre : « Mon grand-père m’avait acheté un petit bureau personnel, fait d’un banc et d’un pupitre de bois blanc. […] Je reprenais sans ennui ma solitude : j’aimais mon mal. » (extrait des Mots.)

● Françoise Dolto : « Je n’avais pas d’amis. […] Je travaillais seule, intelligemment, et discrètement. […] C’était une vie très austère, finalement, mais très occupée, et de cette austérité je ne me rendais pas compte. » (extraits d’Enfances.)

● Jean d’Ormesson : « Je n’ai jamais été à l’école. Mon père était diplomate, je le suivais à travers le monde. J’ai appris dans les jupes de ma mère. Elle m’a appris le grec, qu’elle ne savait pas, le latin, qu’elle ne savait pas et les mathématiques qu’elle ne savait pas. » (interrogé dans « 13 h 15 », le dimanche, sur France 2, en 2010.)

● Pierre-Gilles de Gennes : « Nous avons dû souvent déménager. Notre vie était agitée. C’est sans doute aussi pourquoi ma mère préférait un système indépendant pour ma scolarité. […] De façon générale, j’avais un bon niveau dans les domaines que ma mère connaissait, en littérature et en histoire. » (cité dans Les Génies de la science, août 2009.) »


mardi 3 novembre 2020

Pornographie, dérives du féminisme, contraception : entretien avec Thérèse Hargot

Entretien vidéo avec Thérèse Hargot, sexologue et thérapeute de couple, qui vient de publier « Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? » chez Albin Michel, sur un sujet très éloigné de l’actualité tragique de notre pays ces derniers jours mais tout aussi préoccupant.

Après une mise en garde des ravages de la pornographie sur les enfants et les couples, elle dénonce au cours de notre échange les graves dérives du féminisme radical et prône un respect du corps de la femme fondé sur une véritable écologie humaine. Contraception, avortement, procréation médicalement assistée, féminisme et sa variante lesbienne : Thérèse HARGOT livre des vérités qui dérangent. 


 

Dernier livre de Thérèse Hargot : Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ?

« On ne fait (quasi) plus l’amour », confient de jeunes adultes en couple. À en croire les prévisions statistiques, ils cesseront de faire l’amour en 2030. Après tout, à quoi bon ? Il est possible d’avoir un enfant sans rapport sexuel. Est-ce utile pour avoir du plaisir ? Pour se satisfaire, il y a tant d’autres propositions !

Nous sommes à l’aube d’un bouleversement majeur. Nos sociétés se fondaient sur une relation charnelle entre deux êtres sexuellement différents, un homme et une femme, elles reposeront sur un désir individuel, un désir qui n’a pour limite que celle du progrès technologique. Si ce monde ne vous convient pas, il existe une alternative. En revanche, elle implique une rupture radicale avec le libéralisme sexuel que l’on nous vend depuis cinquante ans. Pour l’auteure, qui promet un féminisme ancré dans l’écologie, le sens de la sexualité n’est pas uniquement de faire des enfants, ni d’obtenir du plaisir, mais de créer du lien avec un autre que soi, de se dire « je t’aime ».

Thérèse Hargot, sexologue, essayiste, a publié Une jeunesse sexuellement modifiée (ou presque) en 2016.

 

Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? 
par Thérèse Hargot,
paru le 26 février 2020,
chez Albin Michel,
208 pages,
ISBN-13 : 978-2226449580

lundi 2 novembre 2020

Démystifier les mythes diversitaires sur le sexe et l'identité de genre

Barbara Kay, ancienne chroniqueuse du National Post, a fait une recension du livre La fin du genre par la doctoresse Debrah Soh. Debrah Soh est une lesbienne et très progressiste en général. Nous ne partageons pas son point de vue que l’homosexualité s’explique uniquement par la biologie ou des conditions congénitales (in utero), mais nous pensons qu’elle est une voix raisonnable et courageuse dans sa critique du mouvement trans. Elle s’oppose ainsi à certains mythes du mouvement trans, mythes qui entraînent des conséquences négatives et irréversibles auprès des enfants que l’on pousse à la transition sexuelle (stérilité, absence d’orgasme). Voir Père : ma fille de 14 ans a été détruite par des hormones de transition imposées par un tribunal. Debrah Soh prévoit que d’ici quelques années des adultes ayant « transitionnés » pendant leur enfance et mal dans leur nouveau « genre » se tourneront vers les tribunaux et leur demanderont pourquoi a-t-on permis cela ? Pourquoi mes parents, mes enseignants, les docteurs l’ont-ils permis ?


 
Debra Soh, sexologue et neuroscientifique, dédie son nouveau livre, La fin du genre : Démystifier les mythes sur le sexe et l’identité dans notre société à « tous ceux qui m’ont bloqué sur Twitter ».

La plupart des auteurs dédient leurs livres à leurs proches ou à des professeurs inspirants.

C’est un hommage approprié, car l’opposition agressive à la défense énergique de Soh de la science contre les doctrines théoriques dominantes du mouvement trans a guidé la trajectoire professionnelle de Soh depuis plusieurs années maintenant.

Comme Soh l’indique à ses lecteurs au début de son ouvrage : elle a quitté son poste de chercheuse universitaire, poste qu’elle occupait depuis onze ans, car il était clair que son domaine avait été altéré par l’activisme trans, et que sa liberté d’explorer son domaine d’étude — genre, sexe et orientation sexuelle — ne cessait de se rétrécir. Considérant « la longue et laide collaboration entre les militants transgenres et les sexologues », elle ne voyait pas de fin prévisible aux tensions. Elle a donc évolué et de se diriger vers une carrière de journaliste (Playboy, le Globe and Mail, Scientific American, Quillette et autres).

Dès la parution de son premier article, plaidant contre la transition précoce chez les enfants, le harcèlement moral a commencé et n’a jamais cessé. Mais les encouragements de la part de gens ordinaires que les dogmes et le vocabulaire déconcertent et dérangent. Voir « les gens menstrués » à place de femmes, terme qui n’a aucun sens pour eux et que beaucoup de femmes trouvent offensant (c’est certainement mon cas). Soh a écrit le livre pour eux : « pour répondre à vos questions alors qu’il est pratiquement impossible de distinguer les idées politiquement motivées de la vérité scientifique. »

Le livre est organisé autour d’une série d’idées préconçues du mouvement trans que Soh qualifie de mythes : que « le sexe biologique est une large gamme » ; que « le genre est une construction sociale » ; qu’« il y a plus de deux sexes » ; que « l’orientation sexuelle et l’identité de genre ne sont pas liées » ; et ainsi de suite.

Il faudrait des milliers de mots pour rendre justice au livre dans son ensemble, car il couvre un si large éventail de problèmes liés aux trans et chacun d’entre eux de main de maître. Le chapitre de Soh sur la contagion sociale de la « dysphorie de genre à apparition rapide » (DGAR) chez les adolescentes, par exemple, est superbe. Mais étant donné la limite de mots de cette chronique, une contrainte habituelle, ne me permet pas de rendre justice à tous ces chapitres.

Au lieu de cela, je me concentrerai sur ce que je trouve être le message central de Soh, transmis par sa dissection magnifiquement calme, rationnelle et guidée par la précision des contradictions inhérentes au catéchisme du mouvement trans. Pour de nombreux lecteurs qui, à la suite d’un bombardement constant, ont été à moitié persuadés d’accepter les mantras trans, l’exposé de Soh qui les réfute sera comme pluie sur une terre desséchée.

Fait : Il n’y a que deux sexes biologiques et ils ne sont pas « assignés » à la naissance. Les gamètes mâles et femelles (ovules, spermatozoïdes) déterminent notre sexe, et le sexe est binaire, « pas une gamme ou un spectre ». 

Fait : Le genre aussi, « à la fois en ce qui concerne l’identité et l’expression », est basé sur la biologie et donc binaire. « Ce n’est pas une construction sociale et il n’est pas non plus séparé de l’anatomie ou de l’orientation sexuelle. »

Les féministes classiques nous ont donné le concept de « construction sociale ». Les féministes croient que les différences entre les sexes dans les intérêts, la présentation et les comportements sont dues au patriarcat et au comportement appris. La science nous dit le contraire, dit Soh. Les cerveaux des hommes et des femmes sont manifestement différents. Maintenant, dit Soh, les féministes paient le prix de leur rhétorique, parce que — c’est un éclairage lucide — « Si le genre est censé être appris, la masculinité restera l’étalon-or et la féminité sera réduite à des aberrations de la masculinité. »

La fluidité des genres est très tendance parmi les milléniaux/millénariaux, dont beaucoup s’identifient comme transgenres, agenres, bigenres ou non binaires (ce qui peut signifier à peu près tout). « Au fur et à mesure que de plus en plus de gens adoptent ces étiquettes », observe Soh, « être non binaire est devenu un moyen de trouver une communauté, un sentiment d’appartenance et d’acceptation. »

Elle cite un rapport de Pew selon lequel un tiers des membres de la génération Z et un quart des milléniaux/millénariaux connaissent quelqu’un qui utilise des pronoms non binaires comme « ils » ou « elles » par rapport à un sixième de la génération X. (L’observation de Soh est étayée par un questionnaire récent de l’Evergreen State College, dans lequel 50 % des étudiants s’identifient comme LGBT ou « en questionnement ».)

En normalisant et banalisant le concept de fluidité de genre — c’est-à-dire en invitant les fantasques transitoires, les mentalement fragiles, les malades mentaux, voire les opportunistes et les prédateurs sexuels à rejoindre le petit cercle traditionnellement réservé aux personnes atteintes de dysphorie de genre irréversible, et donc légitimement habilitées à une transition médicalement assistée, le mouvement a radicalement augmenté les nombres ceux qui se disent trans.

Mais cette augmentation démographique artificielle s’est faite au prix d’un coût énorme pour les enfants crédules, les adolescents vulnérables en difficulté, les athlètes féminines et, en fait, toutes les femmes qui sont maintenant obligées de partager un espace intime avec des corps masculins sur la seule base d’une auto-identification de genre qu’on ne peut remettre en doute. Soh est particulièrement troublée par l’une des conséquences les plus graves de l’autopromotion sociale « sectaire » du mouvement trans, à savoir la rétrogradation sociale concomitante (qui tend vers l’effacement) des homosexuels et des lesbiennes.

« Selon la définition des activistes non binaires, tout le monde sur la planète Terre est de genre non binaire », dit Soh. Le résultat est qu’on encourage désormais dès leur enfance, des enfants mal dans leur peau, des garçons efféminés (dont un nombre deviendrait des homosexuels après la puberté) et des filles « garçons manqués » (dont certaines deviendraient des lesbiennes) vers une forme d’auto-identification trans au lieu d’être autorisés à grandir dans leur sexualité authentique et en acceptant leur nature biologique. « Je suis constamment étonné », écrit Soh avec consternation, « par le nombre d’hommes homosexuels qui défendront publiquement la transition d’enfants alors que le mouvement mène à l’élimination de jeunes homosexuels. »

Ne devrions-nous pas tous être consternés par les torts causés par ce mouvement ? Soh et ses éditeurs, Simon et Schuster, ont fait preuve de courage en défendant fermement la science et la raison au milieu d’une panique morale qui a saisi nos institutions et chassé l’objectivité aux quatre vents. Pour cela, ils méritent notre soutien matériel et moral.

The End of Gender
Debunking the Myths about Sex and Identity in Our Society
par Debra Soh
publié le 4 août 2020
aux éditions Threshold
336 pages.
ISBN-13 : 978-1982132514

 

Entretien de Debrah Soh avec Joe Rogan (en anglais), Joe Rogan est aussi très progressiste sur le plan sexuel…

Appréciations élogieuses

« Le nouveau livre [de Soh], The End of Gender, expose avec un soin exceptionnel non seulement pourquoi nous sommes entrés dans l’impasse actuelle, mais comment nous pourrions en sortir. »

—Douglas Murray, The London Times

“Tout au long, Soh souligne qu’elle sympathise avec les personnes qui luttent avec leur identité sexuelle et soutient le droit de chacun de déterminer ce qu’il pense être le mieux pour lui. Elle exprime simplement l’espoir que ces décisions cruciales puissent être fondées sur des faits scientifiques et partagés par le biais de plateformes faisant autorité, transparentes et sûres.”

– Booklist

« Le livre de la Dr Debra Soh n’est pas seulement éminemment raisonnable et magnifiquement écrit, il est courageux et vital. Enraciné dans les données, mais accessible au lecteur ordinaire, c’est un des rares que l’on peut étiqueter d’un “à lire absolument”. »

– Ben Shapiro, auteur à succès du classement du New York Times, rédacteur en chef du Daily Wire et animateur de « The Ben Shapiro Show »

« De loin ce que j’ai lu de mieux sur ce sujet. »

– Michael Shermer, PhD, Presidential Fellow à l’Université Chapman et auteur à succès du New York Times de Giving the Devil His Due

« Très très bien. Assez féministe, très libérale, très compatissante, entièrement fondée sur des preuves, tout à fait raisonnable. »

– Helen Pluckrose, rédactrice en chef d’Areo Magazine et auteure de Cynical Theories

« Une introduction facile à lire aux différents débats actuels sur le sexe, le genre et les transgenres. Soh couvre également des sujets adjacents, tels [que] l’autogynéphilie [l’amour de soi-même en tant que femme] et la recherche sur les origines de l’orientation sexuelle. »

– Ray Blanchard, PhD, professeur titulaire de psychiatrie à l’Université de Toronto et chercheur en orientation sexuelle, paraphilies et dysphories de genre

« [Une] dissection magnifiquement calme, rationnelle et guidée avec précision… son exposé sera comme pluie sur une terre desséchée. »

—Barbara Kay, The Post Millennial

“Le sexe et le genre sont toujours des sujets passionnants, et The End of Gender ne déçoit pas. Debra Soh nous a donné une explication lucide des dernières données scientifiques et politiques sur les hommes et les femmes. Et elle repousse sans crainte l’idée que la seule façon de faire progresser l’égalité, c’est d’embrouiller la biologie, le langage et le bon sens, et d’intimider quiconque ne suit pas le mouvement.”

—Steven Pinker, professeur Johnstone de psychologie, Université Harvard, et auteur de The Blank Slate and Enlightenment Now

“Plus la science universitaire occulte ses connaissances soigneusement construites sur la biologie du sexe par déférence à un ensemble de tabous politiques en mutation rapide, moins elle pourra prétendre au respect ou à l’attention du public. Il faut espérer que The End of Gneder de Debra Soh incite davantage de scientifiques à s’opposer aux mythes idéologiques autour du sexe et du genre pour défendre la vérité scientifique.”

– Heather Mac Donald, boursière Thomas W. Smith au Manhattan Institute et auteure de The Diversity Delusion.

« Le livre clairement écrit de Debra Soh guide le lecteur à travers la science et la politique de la recherche sur le sexe et le genre. Son essai est accessible, équilibré et réfléchi et fera progresser l’étude des facteurs biologiques et sociaux qui interagissent dans le développement du sexe et du genre. » 

– Professeur Simon Baron-Cohen, directeur du centre de recherche sur l’autisme de l’Université de Cambridge.

Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Transsexuelle « homme aujourd’hui » allaite en public et est « enceint » 

Programme pour enfants de Radio-Canada (CBC) traite J. K. Rowling de transphobe 

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distinguent l’homme de la femme

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)  

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

L’instinct maternel aurait une réalité biologique

Gigantesque étude : il n’existe pas de gène « gay » 

À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s’explique peu par l’homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l’agression sexuelle en bas âge, les peines d’amour et l’étiquetage prématuré de l’orientation sexuelle.