mardi 27 septembre 2022

Pressions pour qu'un grand éditeur censure une étude relativisant la « crise climatique »

Une étude relativisant la gravité de la « crise climatique » a été publiée en janvier dans une revue du prestigieux groupe Springer Nature, au grand dam de certains climatologues réputés sélectionnés par l’AFP, certains allant jusqu’à demander la censure et le retrait de cette étude d’une vingtaine de pages.

L’étude intitulée Une évaluation critique des tendances des événements extrêmes en période de réchauffement climatique ne remet pas en question le réchauffement observé depuis le début de l’industrialisation. Elle est rédigée par quatre universitaires italiens. Elle passe en revue la bibliographie récente sur les séries chronologiques de certains événements météorologiques extrêmes et les indicateurs de réponse associés afin de voir si l’on peut détecter une augmentation de l’intensité ou de la fréquence de ces événements extrêmes. 

Aucun indicateur ne montre une tendance croissante claire des événements extrêmes

Pour les auteurs, les changements mondiaux les plus robustes dans les extrêmes climatiques se trouvent dans les valeurs annuelles des vagues de chaleur (nombre de jours, durée maximale et chaleur cumulée), tandis que les tendances mondiales de l’intensité des vagues de chaleur ne sont pas significatives. 

L’intensité des précipitations quotidiennes et la fréquence des précipitations extrêmes sont stationnaires pour la majeure partie des stations météorologiques. L’analyse des tendances de séries chronologiques des cyclones tropicaux montre une invariance temporelle substantielle (ça ne bouge pas vraiment) et il en va de même pour les tornades aux États-Unis (ni leur nombre ni leur intensité ne semble augmenter). Dans le même temps, l’impact du réchauffement sur la vitesse du vent de surface reste incertain. Les auteurs se sont ensuite penchés sur certains indicateurs de réponse globale aux événements météorologiques extrêmes, à savoir les catastrophes naturelles, les inondations, les sécheresses, la productivité des écosystèmes et les rendements des quatre principales cultures (maïs, riz, soja et blé). Aucun de ces indicateurs de réponse ne montre une tendance positive claire des événements extrêmes. 

Les chercheurs italiens concluent que, sur la base de données d’observation, la crise climatique que, selon de nombreuses sources, nous vivrions aujourd’hui n’est pas évidente pour l’instant. Les auteurs concluent en affirmant qu’il serait néanmoins extrêmement important de définir des stratégies d’atténuation et d’adaptation qui tiennent compte des tendances actuelles.

Rendement moyen (t/ha) pour le maïs, le riz, le soja et le blé de 1961-2019. On note le fort accroissement des rendements « malgré » la « crise climatique ». (Oui, bien sûr les techniques agricoles ont pu s’améliorer pendant cette période, mais cela tend à prouver que l’homme peut s’adapter à la « crise climatique grandissante » sans les mesures extrémistes proposées par certains militants aujourd’hui).
 

Appel à la censure

Quatre climatologues sélectionnés et interrogés par l’AFP estiment que l’étude n’aurait jamais dû être publiée, et deux d’entre eux ont demandé qu’elle soit retirée. Pour Peter Cox, professeur à l’Université d’Exeter, l’étude « n’est pas bonne sur le plan scientifique », mais il craint que le retrait « entraîne une publicité supplémentaire et puisse être présenté comme une censure ».

« La crise climatique », un non-sujet en politique italienne

L’auteur principal, Gianluca Alimonti, est un physicien d’un institut de physique nucléaire. Ses trois coauteurs sont Luigi Mariani, un météorologue agricole, et les physiciens Franco Prodi et Renato Angelo Ricci. 

Notons que la lutte contre les « changements climatiques » n’a joué quasiment aucun rôle dans la campagne électorale italienne qui y a vu le centre droit (l’extrême droite pour l’AFP/Radio-Canada) être porté au pouvoir. Les enjeux écologiques ont été les grands absents de la campagne électorale dans son ensemble, a révélé une étude menée par Greenpeace Italie et l’Observatoire de Pavie, un institut de recherche. L’environnement se retrouve loin derrière le soutien à la natalité et la lutte contre l’immigration illégale pour la chef des Frères d’Italie, Giorgia Meloni. Dans son programme, l’environnement est décrit comme « une priorité », mais n’apparaît qu’en douzième position (sur quinze), loin derrière le soutien à la natalité ou la lutte contre l’immigration illégale. Giorgia Meloni promet tout autant la relance du nucléaire — arrêté il y a 30 ans en Italie — que le forage d’hydrocarbures en mer Adriatique et le développement des ressources gazières.

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La France cherche à sauvegarder le prestige de ses écoles à l’étranger

Alors que le président de gauche français, Emmanuel Macron, souhaite y doubler le nombre d’élèves d’ici à 2030, ces établissements peinent à rivaliser avec leurs homologues anglo-saxons, espagnols et coraniques.

Si le lycée Charles-de-Gaulle, à Londres, continue de porter haut les couleurs de l’enseignement à la française, la croissance du réseau de ces établissements dans le monde marque le pas.

En manque d’enseignants et soumis à une forte concurrence, ces établissements d’excellence accueillent 390 000 élèves à travers le monde. Emmanuel Macron veut doubler les effectifs dans une « stratégie d’influence et de rayonnement » de la culture française. Un défi de taille.

Éducation En cette rentrée 2022, ils sont 566 lycées français de l’étranger à scolariser 390 000 élèves, de la maternelle au baccalauréat. Parviendront-ils, d’ici à 2030, à atteindre l’objectif de 700 000, fixé il y a quatre ans par le président Macron ? Il y va de la « stratégie d’influence et de rayonnement » de la France, a martelé le chef de l’état, en août, devant les ambassadeurs réunis en France pour la première fois depuis la crise du Covid. Choix des expatriés et des élites locales, ces lycées, qui comptent un tiers de Français et deux tiers d’étrangers, assument une mission de service public d’éducation doublée d’une mission diplomatique et de rayonnement de la culture française. Un réseau qui s’est peu développé au cours des quinze dernières années et subit de plein fouet la concurrence étrangère.

« Dans les 24 pays où je me suis rendu depuis janvier, je constate que la problématique commune à tous tient au recrutement des enseignants, constate Damien Regnard, sénateur (LR) sénateur représentant des Français établis hors de France. Compte tenu de la crise des vocations en France, les académies ne veulent plus laisser partir leurs profs », résume-t-il. Piloté par le Quai d’Orsay à travers l’agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) — l’un de ses plus gros budgets —, le réseau des lycées français compte 9 000 à 10 000 personnels titulaires de l’éducation nationale détachés, expatriés ou résidents.

En parallèle, le gros des troupes est alimenté par 25 000 enseignants recrutés localement, qu’ils soient français ou étrangers. « Il est plus simple de recruter en droit local à Singapour qu’à Kinshasa ! », résume le sénateur Regnard, évoquant des établissements qui « n’hésitent pas à aller recruter les enseignants partout où la main-d’œuvre est disponible ». À l’arrivée, une multitude de statuts, avec, à la clé, des salaires qui varient du simple au double. « L’enjeu, aujourd’hui, est de former ces personnels locaux, à travers nos instituts régionaux de formation, créés début 2022 », explique de son côté le diplomate Olivier Brochet, directeur de L’AEFE. De Dakar à Buenos Aires, en passant par Munich ou Hanoï, ces instituts seront donc chargés de former l’immense majorité des professeurs des lycées français de l’étranger. À gauche, le sénateur (PS) des Français de l’étranger Yan Chantrel dénonce un « dumping social ». « Les non-titulaires de demain vont remplacer les titulaires d’aujourd’hui, alors même que les familles françaises et les élites locales réclament une formation française », explique-t-il. De fait, si l’on entend parler un français parfait dans la cour de récréation du lycée de Londres, c’est plutôt l’espagnol qui résonne en Amérique latine. Et si certains pays s’en tiennent rigoureusement aux programmes de l’éducation nationale française, d’autres s’écartent parfois des principes laïcs et républicains. « L’offre éducative se dégrade, affirme Yan Chantrel, tandis que les frais de scolarité ne cessent d’augmenter pour construire de nouveaux locaux. » De 6 000 euros annuels en moyenne, ces frais varient de 2 000 euros l’année au lycée de Tananarive à 33 000 dollars pour celui de New York, fondé en 1935.

Mastodonte

« Si l’on ne recrutait que des titulaires de l’éducation nationale, on fermerait la moitié du réseau ! C’est un peu comme si l’on demandait à ce que tout le monde soit fonctionnaire en France », tempère de son côté la sénatrice (majorité présidentielle) Samantha Cazebonne, qui défend le principe de réalité. Avec une subvention étatique pour ces établissements qui oscille entre 300 et 400 millions annuels une vingtaine d’années, il faut selon elle « cibler les crédits vers la formation des enseignants » et se mettre enfin « autour de la table » pour un « diagnostic d’ampleur » du réseau. Un mastodonte piloté par un diplomate, où cohabitent des établissements directement gérés par L’AEFE (qui recrute les personnels), des lycées conventionnés (où les personnels d’encadrement sont mis à disposition par l’agence) et des établissements partenaires. Un système soumis à des homologations délivrées par l’éducation nationale. Une série de rigidités dans un système pourtant bel et bien privé, puisque ces lycées sont financés par les familles, à hauteur de 60 à 100 % selon les statuts. « Le temps joue contre nous. Quand une école française se crée, on compte dans le même temps 50 écoles anglo-saxonnes, autant de chinoises et de turques », ajoute Samantha Cazebonne.

Si aucun lycée français n’a fermé dans le monde en raison de la pandémie — les enseignements étant passés en distanciel, pour des frais de scolarité inchangés —, la croissance du réseau reste timide. En progression de 2,2 % l’an dernier, les effectifs ont augmenté, en cette rentrée, de 2,6 %. « Nous comptons 566 lycées français, contre 495 en 2018, avant le Covid. L’immense majorité de ces nouveaux établissements ouvrent sur les niveaux maternelle et élémentaire. Ce sont des graines plantées pour l’avenir. En parallèle, nous poursuivons le développement du réseau existant », explique Olivier Brochet. Le Maghreb est aujourd’hui la plus forte zone de croissance (21,5 % des élèves, devant l’Europe à 20,8 %), tiré par le Maroc qui, d’ici à 2030, sera le premier pays d’implantation du réseau, devant le Liban. Suivent, en termes de dynamisme, l’Afrique subsaharienne, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire, et le Moyen-Orient, où les Émirats arabes ouvriront d’ici trois ans un huitième établissement.

Opérateurs privés

En Chine, la gestion de la crise sanitaire a fait chuter les effectifs à Shanghaï (-26 %) et à Hongkong, qui a aussi connu la répression. « Des avions entiers arrivent à Singapour, où les prix flambent », lâche le sénateur Pour Olivier Cadic, sénateur (UDI), le réseau souffre d’inertie. « Cela fait des années que l’on reste sur des ordres de croissance de 3 %. Le réseau vit sur lui-même. Il y a trente ans, au moment de sa création, L’AEFE comptait déjà 499 établissements, explique-t-il. Dans le même temps, l’enseignement anglo-saxon scolarise, lui, 5 millions d’élèves. » Et attire les expatriés français. « Deux tiers des Français nés en Amérique latine ne parlent pas français. Ils sont 50 % aux États-Unis et en Australie », poursuit Olivier Cadic, qui milite pour la définition d’un « véritable modèle français, alternatif au modèle anglo-saxon. Sinon, dans 20 ans, le réseau des lycées français sera confidentiel. » Selon lui, il faut aussi différentes gammes d’établissements et de prix pour être capable de rivaliser avec la concurrence internationale, « mais aussi avec les écoles coraniques gratuites qui se développent à Dakar ou à Madagascar », ajoute-t-il.

« C’est très bien de vouloir doubler, conclut Damien Regnard. Mais nous sommes, pour beaucoup, sur des effets d’annonces. Et ce n’est pas une spécialité de la macronie », ajoute-t-il, évoquant « une grosse machine, qui continue de gérer, de Paris, des situations au Togo, à Bogota ou à Chicago de Paris ». Il plaide pour des partenariats avec des opérateurs privés, sur le modèle d’Odyssey, un groupe scolaire fondé en 2017, soutenu par la famille Mulliez et dirigé par Luc Chatel, ancien ministre de l’Éducation. Un groupe privé qui compte désormais 14 établissements, à Bucarest, à Bruxelles ou à Bangkok et a signé en 2021 un accord-cadre avec L’AEFE. Une première qui va dans le sens des ambitions du président Macron. Mais qui est largement dénoncé par la gauche et les syndicats enseignants.

Source : Le Figaro

lundi 26 septembre 2022

L' « extrême droite » a-t-elle gagné en Italie comme le prétendent Radio-Canada et l'AFP ?

Radio-Canada reprend la dépêche de l'AFP et titre sans hésitation : 


 

Ce n'est pas du tout l'avis d'Alexandre del Valle, docteur en histoire contemporaine, géopolitologue, chercheur-associé au CPFA et au Centre Français de Recherche sur le Renseignement, auteur de « La Mondialisation Dangereuse » aux éditions de L’Artilleur.

 

Sur CNews, on parle de la presse de gauche prise d'effroi et de la diabolisation de la Meloni.

 L'avis de Frédéric Le Moal, docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr, auteur de nombreux ouvrages remarqués. Frédéric Le Moal a notamment publié «Victor-emmanuel III. Un roi face à Mussolini » (Perrin, 2014), traduit en italien, « Histoire du fascisme » (Perrin, 2018), prix Ernest-lemonon de l’académie des sciences morales et politiques, et « Pie XII. Un pape pour la France. Enquête sur le conclave de 1939 » (Éditions du Cerf, 2019). Son nouveau livre, « Les Hommes de Mussolini » (Perrin, 364 p., 24 €), paraît le 29 septembre. Il est interrogé par le Figaro.

LE FIGARO. — L’adjectif « post-fasciste » est employé par de nombreux médias pour qualifier Giorgia Meloni. Que vous inspire cette appellation ?.

Frédéric LE MOAL. - Un certain scepticisme, je dois l’avouer, car elle est de nature à jeter de la confusion dans le débat politique, voire à imprimer une marque infamante à Giorgia Meloni. En effet, cette expression permet de l’enchaîner au fascisme malgré l’évidence politique qui saute aux yeux. Certes, le parcours politique de Giorgia Meloni la rattache au fantôme du fascisme. D’abord par ses déclarations de jeunesse en faveur de Mussolini, dont ses adversaires, dans le monde politique et médiatique, font un usage immodéré. Les mêmes, notons-le, que l’on trouve beaucoup moins vigilants quand il s’agit du passé trotskiste ou maoïste de certaines personnalités. Ensuite par l’évolution politique de son parti, issu d’une scission d’Alliance nationale, elle-même héritière du MSI, qui, lui, se revendiquait sans ambiguïté du fascisme de la République de Salo, un fascisme radical, républicain, socialiste et jacobin. Or cette mutation incessante à force de dédiabolisation et d’épuration des éléments radicaux interdit de rattacher le «melonisme» au fascisme. Elle n’est pas post-fasciste mais conservatrice, souverainiste et patriote..

— Au-delà de la filiation partisane (Fratelli d’italia étant l’héritier d’Alliance nationale, elle-même héritière du MSI, mouvement social italien, parti néofasciste), peut-on établir une filiation idéologique entre le programme de Giorgia Meloni et celui du fascisme mussolinien ?.

Giorgia Meloni est libérale en économie – et, à ce titre, hostile à l’emprise de l’État –, catholique assumée, avec une vision conservatrice de la société, et elle mène un combat identitaire avant tout défensif. Il n’y a rien de commun, dans son programme, avec le fascisme, idéologie étatiste unissant socialisme et nationalisme, totalitaire car porteuse d’un projet de révolution anthropologique dont l’objectif était d’accoucher d’un Italien nouveau, exaltant la violence et la guerre, acte fondateur d’un nouveau peuple italien dur et cruel car débarrassé des valeurs jugées amollissantes du christianisme. Il était une réponse révolutionnaire, anticommuniste et antilibérale à la crise dans laquelle se débattait l’Italie depuis la fin de la Première Guerre mondiale, et ce par la violence physique et extraparlementaire. La victoire de Fratelli d’italia constitue, elle, une réponse conservatrice, dans un cadre démocratique, à la crise d’une mondialisation destructrice des identités nationales et aux défis d’une immigration incontrôlée..

— On cite souvent ces propos de Giorgia Meloni en 1996 : « Je crois que Mussolini c’était un bon politicien. Tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’italie. » Quelle est la perception de Mussolini dans l’opinion italienne aujourd’hui ?.

—   Les avis divergent en Italie à son sujet, car le pays ne connut jamais l’entreprise mémorielle d’expiation que l’Allemagne a mise en place après 1945. Si une partie importante des Italiens sont révulsés par Mussolini, sa personne ne suscite pas une aversion universelle à l’image de celle de Hitler. 

Son corps repose dans la terre italienne de son village de Predappio (Émilie-Romagne), où se rendent des foules de curieux mais aussi des pèlerins, ne cachant pas l’admiration qu’ils éprouvent pour le Duce dont la seule erreur aurait été, selon eux, de s’allier avec le IIIe Reich. Les raisons de cette situation à bien des égards singulière? L’absence d’un Nuremberg italien, la volonté de l’élite italienne d’après-guerre de tourner la page, les fragiles mais incontestables réussites sociales et économiques du régime, la solide popularité du dictateur qui fut l’objet d’une adoration quasi religieuse de la part de plusieurs couches de la société italienne devenue au fil des années vraiment mussolinienne, à défaut d’être fasciste. Il aura fallu les lois raciales de 1938 et surtout les défaites de la guerre pour rompre le lien. 

N’oublions pas non plus que le régime, aussi violent fut-il, n’atteignit jamais le degré d’horreur du communisme et du nazisme. Cette différence d’échelle dans la cruauté permet à une partie significative des Italiens de défendre une image selon eux « nuancée » du dictateur. En fin de compte, dans une Italie affaiblie, gouvernée par un parlementarisme instable, le régime fasciste incarne, pour ces Italiens-ci, la stabilité et la puissance perdues..

— Dans votre livre Histoire du fascisme, vous faites du fascisme un mouvement révolutionnaire. Diriez-vous que le fascisme est tout autant de gauche que de droite ?

— Je vois dans le fascisme un mouvement réconciliant le socialisme dont sont issus la plupart de ses chefs et le nationalisme. L’inflexion vers la droite du mouvement des chemises noires à partir de 1921 est irréfutable mais ne doit pas faire illusion. Nationaliste, anticommuniste, darwinien, brutal, colonisateur, expansionniste : le fascisme a été tout cela, mais ces éléments ne permettent pas de le classer à droite. Le Duce lui-même l’a affirmé sans aucune ambiguïté : « Je me refuse de qualifier de droite la culture dont ma révolution a donné l’origine. La culture fasciste, qui reprend les valeurs de tout le XXe siècle italien, n’est pas de droite» (Taccuini mussoliniani, éditions Il Mulino, 1990). 

La nation et la révolution : c’est de ce mariage que naquit le fascisme. En vérité, le fascisme a opéré la réconciliation de l’idée nationale avec le projet révolutionnaire de création d’un État et d’un homme nouveaux. On retrouve donc cette tentation démiurgique de transformation de l’être humain, ce qui nous empêche de le classer à droite. La véritable frontière sépare ceux qui croient en la nature inaliénable de l’individu et ceux qui n’y croient pas et veulent donc la changer pour l’améliorer. Le fascisme se classe sans ambiguïté dans la seconde catégorie..

— Comment expliquer que le retour du fascisme obsède notre époque, qui applique ce substantif à tout mouvement de droite radicale ?

— Pour plusieurs raisons, selon moi : le maintien de l’analyse marxiste, qui voit dans tout mouvement qui lui est hostile un fascisme, la force du gauchisme culturel à l’école, à l’université et dans les médias, la puissance mobilisatrice du combat contre une idéologie effrayante, la nécessité toujours présente à gauche de disposer d’un ennemi contre lequel lutter, un ennemi d’autant plus commode qu’il a en réalité disparu et qu’il ne risque pas de mettre à sac les sièges des partis politiques et des journaux comme le faisaient les brutes en chemises noires.

En fait, la force de l’antifascisme de gauche a été d’effacer toute trace des liens de la gauche d’alors avec Mussolini, un ancien dirigeant du Parti socialiste italien, et de placer le fascisme à la droite la plus extrême, la plus conservatrice et la plus réactionnaire. Ce qu’il n’a jamais été. On fait face ici à un mélange d’inculture et de militantisme..

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mercredi 21 septembre 2022

Ignorance des étudiants du collège anglophone Dawson (Montréal)

L’humoriste Guy Nantel ne pouvait s’empêcher de réaliser un nouveau micro-trottoir sur le sujet de la langue française et de la protection de la culture québécoise en en cette période électorale. Il a interrogé des étudiants au collège Dawson à Montréal. Il a posé des questions sur la Loi 96 et l'apprentissage de la culture francophone dans les cégeps anglophones ainsi que quelques questions de culture générale (vraiment de base). Le collège Dawson passe pour un établissement de qualité...

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mardi 20 septembre 2022

France — Des propositions de loi pour restaurer la liberté d'instruire à la maison vont être déposées

L’Instruction En Famille (IEF ou « école à la maison ») est aujourd’hui sévèrement limitée (pardon « encadrée ») par la loi française et il est devenu très difficile d’obtenir l’autorisation de l’académie [la commission scolaire locale] pour la pratiquer.

Dans cette vidéo, le Centre européen pour la loi et la justice donne 6 bonnes raisons pour abroger la nouvelle loi interdisant l’école à la maison, qui est complètement injuste et inutile, et revenir au système de liberté qui existait avant.

La pétition du Centre européen pour la loi et la justice pour la liberté scolaire


Québec — Plus de 40 % des profs seront à la retraite d’ici 2030

Jusqu’à 32 000 enseignants québécois pourraient quitter leur profession d’ici huit ans. Cela représente déjà tout un casse-tête dans le réseau scolaire, risque fort d’empirer au cours des prochaines années, puisque plus de 40 % des profs permanents pourraient partir à la retraite d’ici 2030.

La pénurie d’enseignants, qui représente déjà tout un casse-tête dans le réseau scolaire, risque fort d’empirer au cours des prochaines années, puisque plus de 40 % des profs permanents pourraient partir à la retraite d’ici 2030, a appris Le Journal.

Cette estimation a été réalisée au cours des derniers mois par Maurice Tardif, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), en collaboration avec Geneviève Sirois, qui en fait partie aussi.

Ils ont analysé les seules données disponibles au ministère de l’Éducation concernant les groupes d’âge des enseignants, qui remontent à 2015. L’âge moyen de la retraite étant d’environ 63 ans au Québec, les chercheurs en arrivent à la conclusion qu’entre 27 000 et 32 000 enseignants quitteront leur emploi d’ici 2030, ce qui représente plus de 40 % des profs permanents du réseau scolaire québécois.

« C’est immense », laisse tomber Mme Sirois.

Ce nombre ne tient même pas compte des 14 000 enseignants des écoles privées ni de l’impact de la pandémie, qui a poussé des enseignants d’expérience à quitter leur classe plus tôt que prévu.

Encore plus d’élèves (immigrés)

Alors que les nouveaux retraités de l’enseignement se compteront par milliers d’ici 2030, le nombre d’élèves continuera d’augmenter au cours de cette période. Le ministère prévoit une hausse d’environ 1 %, un chiffre qui ne tient toutefois pas compte de la création des nouvelles classes de maternelle 4 ans.

Mme Sirois souligne par ailleurs que les prévisions démographiques du ministère de l’Éducation sont « toujours » en deçà de l’augmentation réelle, puisque le nombre de nouveaux élèves issus de l’immigration est sous-estimé.

La tempête s’annonce donc parfaite et dans plusieurs centres de services, elle a déjà commencé. Selon les plus récents chiffres disponibles, 140 enseignants à temps plein manquent toujours dans les écoles québécoises, sans compter tous les autres postes à temps partiel à combler. Le nombre d’enseignants non légalement qualifiés a quant à lui plus que triplé en cinq ans.

Les récentes initiatives mises en place par le gouvernement Legault pour répondre à la pénurie semblent quant à elles donner des résultats mitigés. La Presse rapportait la semaine dernière que sur les 6000 candidatures reçues dans le cadre de la campagne de recrutement « Répondez présent », seulement 600 personnes avaient été embauchées en date du 2 septembre.

Avec la hausse du nombre d’adolescents qui franchiront les portes des écoles au cours des prochaines années, « l’urgence nationale » se fera surtout sentir au secondaire, précise de son côté Mme Sirois.

Départ à la retraite des profs d’ici 2030

Au primaire

Entre 15 000 et 18 000

Au secondaire

Entre 12 000 et 14 000

Total

Entre 27 000 et 32 000*

Nombre total d’enseignants dans le réseau scolaire

67 263* (2020-2021)

* Enseignants permanents du réseau public — de niveaux préscolaire, primaire et secondaire — ainsi que de la formation professionnelle et de la formation générale aux adultes.

Source : Maurice Tardif, données mises à jour en collaboration avec Geneviève Sirois, du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).

Quelles solutions ?

Le Journal de Québec s’est entretenu avec des experts et des acteurs du réseau de l’éducation, à la recherche de solutions à la pénurie d’enseignants.

Faciliter la présence en classe des futurs profs

Plusieurs intervenants s’entendent pour dire qu’il faut adapter la formation universitaire pour permettre aux futurs profs d’enseigner pendant leur formation. La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement réclame même qu’un étudiant puisse enseigner à temps plein dans le réseau scolaire après avoir terminé deux années de son baccalauréat, sur un total de quatre. Le futur prof devrait toutefois être encadré de la même façon que pendant ses stages, afin que les heures travaillées comptent dans sa formation. Les cours théoriques à compléter pourraient être suivis les soirs, la fin de semaine ou pendant une session d’été.

En Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord, des mesures ont déjà été mises en place pour permettre aux étudiants de compléter leur formation à temps partiel, tout en travaillant dans les écoles auprès des élèves.

Encore plus de mentorat

Au cours des dernières années, un programme de mentorat a été mis en place pour les nouveaux profs, afin qu’ils soient moins nombreux à quitter les classes lors de leurs premières années d’enseignement.

Or, les cinq millions $ qui y sont consacrés annuellement ne représentent que du « saupoudrage », déplore la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Les enseignants d’expérience qui encadrent les novices ou ceux qui ne sont pas qualifiés devraient être beaucoup plus nombreux, selon les syndicats d’enseignants.

D’ailleurs, les centres de services scolaires devraient faire preuve de plus de souplesse envers eux, affirme Mélanie Hubert, présidente de la FAE. Plusieurs profs d’expérience ont pris leur retraite après s’être fait refuser de travailler à temps partiel, déplore-t-elle.

Laissez les profs enseigner

Plusieurs enseignants aimeraient être dégagés de tâches bureaucratiques ou connexes pour avoir plus de temps pour enseigner, selon la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Des initiatives locales auraient avantage à être mises en place afin que les enseignants passent moins de temps à faire de la surveillance ou à s’occuper de différents comités, affirme sa présidente, Josée Scalabrini.

Au secondaire notamment, des périodes d’enseignement pourraient ainsi être dégagées. Reste toutefois à trouver le personnel pour combler les autres tâches.

Limiter l’immigration ?

Personne d’interrogé par le Journal de Québec ne semble suggérer la limitation de l’immigration alors que c’est une partie de l’équation (l’augmentation du nombre d’élèves).


dimanche 18 septembre 2022

Nombre de naissances par pays en 2021

   Rang  
Pays
Nombre de
naissances (2021)
1 Inde      23 113 533
2 Chine      10 881 567
3 Nigeria       7 923 294
4 Pakistan       6 374 741
5 Indonésie       4 496 383
6 République Démocratique du Congo          4 034 953
7 Éthiopie       3 895 734
8 États-Unis       3 722 822
9 Bengladesh       3 019 672
10 Brésil       2 760 958
11 Philippines       2 485 008
12 Égypte       2 465 005
13 Tanzanie       2 303 114
14 Mexique       1 882 362
15 Ouganda       1 686 795
16 Soudan       1 534 332
17 Kenya       1 468 358
18 Viêt Nam       1 462 623
19 Afghanistan       1 440 941
20 Russie       1 397 456
21 Angola       1 338 792
22 Turquie       1 244 782
23 Iran       1 204 105
24 Irak       1 192 345
25 Afrique du Sud       1 176 955
26 Mozambique       1 174 346
27 Niger       1 144 371
28 Yémen       1 008 936
29 Algérie         950 888
30 Cameroun         950 546
31 Côte d'Ivoire         932 943
32 Birmanie         920 395
33 Mali         912 901
34 Ghana         904 679
35 Madagascar         895 045
36 Japon         818 509
37 Ouzbékistan         802 875
38 Burkina Faso         785 817
39 Allemagne         763 168 [peu de souche]
40 Tchad         744 834
41 Somalie         743 932
42 Colombie         730 203
43 France         677 303
44 Royaume-Uni         677 219
45 Zambie         672 000
46 Malawi         653 703
47 Maroc         650 892
48 Thaïlande         644 325
49 Argentine         629 391
50 Arabie séoudite         629 339
51 Népal         609 790
52 Pérou         593 523
53 Sénégal         549 984
54 Malaisie         511 313
55 Zimbabwe         488 807
56 Bénin         475 832
57 Guinée         465 954
58 Venezuela         451 855
59 Burundi         437 599
60 Syrie         426 856
61 Kazakhstan         413 483
62 Italie         410 487
63 Rwanda         403 681
64 Canada         373 728
... ... ...
77 Haïti         269 377
... ... ...
103 Belgique         116 448
... ... ...
113 Suisse           87 086
114 Québec           84 900

En gras, quelques pays francophones.

Source : Nations Unies et Statistiques Québec 

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Québec — Nombre de naissances continue de baisser et les décès sont repartis à la hausse  

Le grand bouleversement démographique allemand 

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La population mondiale pourrait (peut-être) diminuer de moitié d'ici à 2100  

La population amish a augmenté de 110 % depuis 2000 

Démographie — Le trilemme de Morland : égoïsme, économie ou ethnie

 

 

 

Le piège de Thucydide

Dans « Vers la guerre », paru en français en 2019, un universitaire américain établit les risques de conflit entre la Chine et les États-Unis en fonction des situations comparables dans le passé. Passionnant. Une recension d’Éric Zemmour parue à l’époque dans le Figaro.

C’est sans doute à ce genre de choses, et de livre que l’on voit que la France n’est plus qu’une province excentrée de l’empire américain. 

Alors que la vie intellectuelle et politique parisienne s’agite autour des « années 30 » — et encore, une vision fallacieuse de cette période ! —, le cœur universitaire américain bat au rythme de Thucydide et de son célébrissime récit de la « guerre du Péloponnèse » entre Athènes et Sparte au Ve siècle avant J.-C. 

Pendant que notre président de la République, suivi d’une escouade hétéroclite d’universitaires et de saltimbanques, décerne des médailles en chocolat de résistance antifasciste et dresse des poteaux d’exécution pour une nouvelle épuration des soi-disant collabos, à Harvard, un émérite professeur fait travailler ses étudiants sur ce qu’il appelle le « piège de Thucydide » et ses nombreuses occurrences dans les cinq cents dernières années. Oui, vous avez bien lu : les cinq cents dernières années ! Comme disait Churchill : « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. » 

Ce « piège de Thucydide » désigne donc « l’inévitable bouleversement qui se produit quand une puissance ascendante menace de supplanter une puissance établie ». À l’époque, c’était Athènes qui menaçait de supplanter Sparte ; aujourd’hui, c’est bien sûr la Chine qui menace de supplanter les États-Unis. Notre universitaire, en bon pédagogue, fait l’aller-retour entre le Ve siècle avant J.-C. et le XXIe siècle, et ne peut que constater, au-delà des évidentes différences, les nombreuses similitudes entre les deux situations. « Quand Thucydide dit que la guerre était “inévitable”, il veut dire qu’à mesure qu’Athènes devenait plus puissante et Sparte plus inquiète les deux États ont pris des décisions qui rendaient difficile d’éviter la guerre. »

Alliance des puissances asiatiques avec la Chine au centre ? Le 22e sommet de l'Organisation de coopération de Shanghaï s'est tenu le 15 et 16 septembre 2022 à Samarcande (Ouzbékistan).
 
Nous, Français, connaissons fort bien ce « piège de Thucydide » qui nous a rarement réussi. Quand nous sommes la puissance dominante, au siècle de Louis XIV, les Anglais parviennent à nous supplanter ; quand nous tentons de prendre notre revanche avec Napoléon, c’est encore notre ennemi britannique qui l’emporte. Et même quand nous avons retrouvé une prééminence limitée au continent européen avec Napoléon III, c’est Bismarck qui fait l’unité allemande à notre détriment. En fait, nous nous sommes sortis deux fois à notre avantage de ce fameux piège : au XVIIe siècle, lorsque Richelieu puis Mazarin profitent de la guerre de Trente Ans pour prendre l’ascendant sur l’Empire des Habsbourg ; et lorsque, à l’issue de la terrible guerre de 1914-1918, nous parvenons à vaincre miraculeusement la puissance germanique.

Mais — francophobie persistante des élites américaines ? — notre universitaire n’évoque pas la geste victorieuse de Richelieu et de Mazarin, et occulte le sacrifice des poilus français de 1914 dans le cadre plus vaste de l’affrontement entre l’Angleterre et l’Allemagne. Il est vrai que cette lutte à mort entre Anglais et Allemands ressemble comme une sœur jumelle à celle qui a déjà débuté entre Américains et Chinois.

Les présidents Modi (Inde), Poutine (Russie) et Xi Jinping (Chine) au sommet de Samarcande de cette semaine (16 septembre 2022) à la tête d'environ 3 milliards d'habitants.

L’Angleterre, puissance impériale maritime qui fait régner sa Navy sur tous les océans, et machine industrielle sans égale pendant tout le XIXe siècle, correspond aux États-Unis du XXe siècle ; l’Allemagne, puissance continentale devenue hégémonique en Europe, est la force industrielle montante de la fin du XIXe siècle ; le « made in Germany » taille des croupières au « made in England » ; les élites anglaises se résoudront à la guerre lorsque l’empereur Guillaume II décidera d’édifier une marine capable de menacer sa rivale britannique et les côtes anglaises. Près d’un siècle plus tard, tout semble recommencer à l’identique : « L’économie chinoise représentait 10 % de l’économie américaine en 2007, 100 % en 2014, si cette tendance se confirme, elle pèsera 50 % plus lourd que celle des États-Unis en 2023 et pourrait être presque trois fois plus importante en 2040. »

Et, suivant eux aussi l’enseignement de l’inventeur de la géopolitique, Mahan, qui expliquait que la « mer » gagnait toujours sur la « terre », les Chinois édifient à marche forcée une marine capable de chasser l’US Navy de la mer de Chine et des eaux asiatiques. Le nouveau patron du Parti communiste chinois, Xi Jinping, dont un sinologue décrit « l’assurance napoléonienne », a pour objectif avoué de « retrouver la grandeur passée », ce qui signifie la première place mondiale, et non pas « en tant que membre honoraire de l’Occident ».

En 1913, le diplomate Norman Angell expliquait, dans un livre à succès, que les liens économiques entre l’Angleterre et l’Allemagne retiendraient les deux pays au bord du précipice ; de même, aujourd’hui, nos doctes libéraux nous assurent que les chaînes de valeur sont trop imbriquées entre les deux géants pour qu’il y ait un risque d’affrontement. En vérité, tout cela serait balayé s’il n’y avait une seule différence majeure entre les deux époques : l’arme nucléaire. C’est elle qui a déjà retenu Kennedy et Khrouchtchev lors de la fameuse crise des missiles de Cuba en 1962 ; et c’est toujours cette apocalypse nucléaire (« Je ne sais pas quand aura lieu la prochaine guerre mondiale, mais je sais que celle d’après se fera avec des arcs et des flèches », disait, sarcastique, Einstein) qui arrêtera même des nationalistes aussi farouches que Trump et Xi Jinping. Avec deux nuances de taille : d’abord, la sophistication des nouvelles armes, cyberattaques ou missiles antimissiles, peut entraîner une escalade inenvisageable pendant la guerre froide. Et surtout, les hiérarques chinois n’ont pas oublié que Mao leur a toujours dit que la Chine, elle, survivrait à la disparition de 300 millions de Chinois sous le feu nucléaire.

Toujours au sommet de Samarcande, de droite (au fond assis) à gauche: Erdogan (Turquie), Aliyev (Azerbaïdjan), Chehbaz Charif (Pakistan), Poutine (Russie), Loukachenko (Biélorussie) et Raïssi (Iran).

L’optimisme forcé de notre universitaire américain ne trompe personne, et surtout pas l’auteur lui-même. Il faudrait que la Chine accepte de rentrer dans le rang de la Pax americana ou que les Américains renoncent à leur suprématie dans le Pacifique, alors même que la force de frappe industrielle des États-Unis est concentrée en Californie (les fameux GAFAM) et que le cœur de la croissance mondiale — le centre de l’économie-monde, aurait dit Braudel — est désormais en Asie. Le « piège de Thucydide » nous tend ses bras mortels. Et pour une fois, nous, Français, ne sommes pas au cœur de la bataille. L’avantage d’être devenus provinciaux. On se console comme on peut.

 

Macron en février 2022 rencontre Poutine. « Pour une fois, nous, Français, ne sommes pas au cœur de la bataille. L’avantage d’être devenus provinciaux. » Zemmour est optimiste, les provinciaux paieront la facture...

 

Vers la guerre,
par Graham Allison,
paru chez Odile Jacob,
le 20 février 2019, à Paris,
337 pp.
ISBN-10 : 273814702X
ISBN-13 : 978-2738147028


samedi 17 septembre 2022

« Le mouvement woke ne fait pas mystère de sa volonté d’endoctriner les enfants »

Phénomène de société, le mouvement woke est critiqué par de nombreux livres qui s’attachent à réfuter cette idéologie née dans les campus américains avant de traverser l’Atlantique. S’appuyant sur une documentation abondante et précise, le nouvel essai du philosophe Jean-François Braunstein se distingue cependant par sa densité et sa rigueur. Le professeur émérite de philosophie à la Sorbonne voit dans le wokisme bien plus qu’une simple vague de « folie passagère » ou un snobisme intellectuel. C’est, pour lui, un authentique fanatisme : ses adeptes, profondément intolérants, déguisent des opinions en science et se croient tenus d’endoctriner.

Extraits

« Les hommes sont enceints », « les femmes ont des pénis », « les trans femmes sont des femmes », « tous les Blancs sont racistes », « tous les Noirs sont des victimes », « la biologie est viriliste », « les mathématiques sont racistes », « Churchill est raciste », « Schœlcher est esclavagiste », etc.

 De telles proclamations surprennent par leur côté absurde. Elles constituent pourtant les énoncés de base de la pensée woke, cette pensée « éveillée » qui tend à s’imposer dans l’ensemble des sociétés occidentales. Elle se fonde sur des théories comme la « théorie du genre », la « théorie critique de la race » ou la « théorie intersectionnelle » qui sont devenues paroles d’évangile dans nos universités. Les wokes expliquent que le genre est au choix et que seule compte la conscience que l’on a d’être homme ou femme ou n’importe quoi d’autre. La race redevient un déterminant essentiel de nos existences en société : les Blancs seraient par définition racistes et les « racisés » ne pourraient l’être en aucun cas. Quant à l’intersectionnalité, elle est un « outil » pour potentialiser toutes les identités victimaires et appeler à la lutte contre le responsable de ces discriminations. Il est tout trouvé, c’est l’homme blanc occidental hétérosexuel, par définition sexiste, raciste et colonialiste, qui est le « bouc émissaire parfait ». Ceux qui n’acceptent pas ces théories wokes sont dénoncés sur les réseaux sociaux et, chaque fois que cela est possible, chassés de leur poste, à l’université ou ailleurs. Les médias et bon nombre de politiques embrassent ces théories avec enthousiasme et ce qui n’était naguère qu’une curiosité américaine est devenu, à une vitesse extraordinaire, le discours officiel de nos élites. On pourrait être tenté de se rassurer en se disant que cela ne touche que les facultés de lettres et de sciences humaines, qui en ont vu d’autres. Mais c’est aujourd’hui dans les facultés de sciences et de médecine que se poursuit l’offensive woke : les sciences dures elles-mêmes sont mises en accusation comme « racistes » et « virilistes ».


Jean-François Braunstein débat avec Mathieu Bock-Coté et Arthur de Watrigant sur le wokisme

Mais le wokisme ne se limite pas au monde de l’éducation. Comme l’a très justement noté le journaliste américain Andrew Sullivan, « nous vivons tous sur les campus maintenant ». Les élites occidentales, devenues militantes pendant leurs études, diffusent maintenant ces idées sur les réseaux sociaux, dans les médias, l’édition et les industries culturelles. Dans les grandes entreprises se développe un capitalisme woke qui met en place des politiques « diversité, équité, inclusion », c’est-à-dire des politiques de discrimination positive qui vont contre tous les principes méritocratiques. Les GAFAM, comme Netflix et les réseaux sociaux, font une promotion massive d’une pensée politiquement correcte […]. 

Avec le wokisme, nous avons ainsi proprement affaire à une nouvelle religion. Certains auteurs américains sont persuadés qu’il s’agit là de la « prochaine religion américaine » qui veut « effacer toute la mémoire historique de la civilisation », comme le christianisme devenu religion d’État au IVE siècle avait voulu effacer l’ensemble du monde gréco-romain. Le caractère très intolérant de la religion woke et son refus de s’adresser à ceux qui ne partagent pas son point de vue, son absence de transcendance, font qu’elle ressemble plus exactement, pour l’instant, à une secte à dimension politique et sociale.

Entretien de J-F. Braunstein à l'émission Idées du Figaro

Le « privilège Blanc » équivalent du péché originel

Le spécialiste de Tocqueville qu’est Joshua Mitchell a fait le rapprochement entre les wokes et le post-protestantisme. Il évoque un Great Awokening, un Grand Réveil woke, qui ferait écho aux Grands Réveils (Great Awakenings) protestants des siècles passés. Mais Mitchell insiste sur deux différences essentielles : avec la religion woke, « nous vivons au milieu d’un Réveil américain (…), mais sans Dieu et sans pardon ». Le « privilège blanc » semble alors être l’équivalent d’une sorte de péché originel. Le Blanc est coupable du fait que ses ancêtres ont opprimé, et qu’il continue d’opprimer, les Noirs et toutes les personnes de couleur. Il est responsable de quasiment tout le mal qui existe sur la terre. Mais ce privilège est en un sens plus grave que le péché originel. En effet, à la différence du péché, qui est en général le résultat d’un choix libre, le nôtre ou celui d’Adam, le privilège blanc est un fait biologique, dont il est absolument impossible de se défaire. […]

La « masculinité toxique », qui affecte tout homme en tant qu’il est du sexe masculin, doit elle aussi être condamnée. Cette « masculinité toxique » serait responsable d’une bonne part de la violence dans le monde, soit à l’égard des femmes, soit pour les hommes eux-mêmes, qui souffrent des tensions que cette masculinité entraîne à l’intérieur d’eux. La très officielle Association américaine des psychologues, L’APA, explique qu’« il a été démontré que la socialisation pour se conformer à l’idéologie de la masculinité traditionnelle limite le développement psychologique des hommes, contraint leur comportement, entache leur rôle de genre, entraîne un conflit entre les rôles de genre et influence négativement la santé mentale et physique ». Il y aurait alors peut-être une solution à essayer, si l’homme consent à « se déconstruire ». Selon un auteur français bien-pensant, tout prêt à « se démasculiniser », « il faut être capable de se défaire de l’éducation qu’on a reçue, des réflexes qu’on a acquis, de l’idéologie de genre qu’on s’est forgée, de l’atmosphère de tolérance [envers l’“idéologie de la masculinité traditionnelle”] qui nous entoure, jusqu’à renoncer à être ce que l’on a toujours été ». Mais ce n’est qu’un modeste palliatif pour tenter momentanément de pallier le « virilisme », cela ne nous en libérera pas définitivement. On pourrait pourtant aujourd’hui envisager une autre solution plus radicale, qui a un certain succès. Si on ne veut plus être un homme, pourquoi ne pas tout simplement devenir une femme ? On peut bien changer de genre et devenir transgenre, ou si l’on veut aller jusqu’au bout de la transformation, devenir transsexuel. Ce type de changement est non seulement assez largement accepté, mais il est même encouragé.

Les trans contre les Femmes

De plus en plus, comme le note Helen Joyce (journaliste britannique, NDLR), « des hommes qui ont violé et torturé des femmes obtiennent d’être transférés dans des prisons de femmes » avec des conséquences dramatiques pour la sécurité. Le problème est que l’on préfère mettre en danger la majorité au profit d’une infime minorité de militants convaincus, qui se présentent comme des victimes éternelles. Leurs droits comme trans passent avant la sécurité des femmes emprisonnées.

De même, les compétitions sportives féminines sont de plus en plus ouvertes aux hommes trans qui se déclarent femmes, indépendamment de toute considération physiologique. Ainsi, Lia Thomas, nageuse transgenre, a remporté très facilement en mars 2022 le 500 yards nage libre des championnats universitaires féminins américains : quatre ans auparavant, Lia Thomas concourait encore dans les compétitions masculines. Comme l’a très bien montré Linda Blade, ancienne championne et entraîneuse d’athlétisme, ces revendications signifient à terme la fin des compétitions féminines. Soumises à l’activisme trans, les fédérations sportives, les unes après les autres, ouvrent les compétitions féminin es aux athlètes hommes qui s’autoidentifient comme femmes, sans aucun critère physiologique. Blade se bat contre cette tendance profondément misogyne : « Soyons également réalistes : le sport est une chasse gardée basée sur la biologie. La recommandation d’ouvrir le sport féminin à des mâles est sans doute, quelle que soit l’intention, la décision la plus misogyne jamais prise dans l’histoire du sport. » En effet, statistiquement, les athlètes masculins sont 40 % plus lourds, 15 % plus rapides, 30 % plus puissants, et 25 à 50 % plus forts que leurs homologues féminins, indépendamment de quelque intervention hormonale. L’idée que les trans hommes devenus femmes sont des femmes signe la fin du sport féminin et la revendication trans est devenue un moyen d’évincer définitivement les femmes du sport.


« Le mouvement woke est une secte »

Un antiracisme destructeur pour les noirs

Dans son dernier livre, Le Racisme woke. Comment une nouvelle religion a trahi l’Amérique noire, John Mcwhorter, professeur de linguistique à Columbia, démontre que les conséquences de ce soi-disant nouvel antiracisme sont particulièrement destructrices pour les Noirs. Mcwhorter s’en prend en particulier à un manuel de mathématiques qui souhaite « démanteler le racisme dans les cours de mathématiques » et qui fait partie du programme de « mathématiques équitables » de la fondation Gates. Ce livre se place sous la bannière d’Ibram X. Kendi et Robin Diangelo [essayistes et universitaire américains], pour expliquer que « la culture de la suprématie blanche se manifeste dans les classes de mathématiques lorsque l’accent est mis sur l’obtention de la “bonne” réponse plutôt que sur la compréhension des concepts et du raisonnement ». Le but serait de « démanteler le racisme dans l’enseignement des mathématiques » et d’engager plus généralement « le tournant sociopolitique dans tous les aspects de l’éducation, y compris les mathématiques ». Pour ce faire, plus de cours, mais « l’orchestration de discussions productives de mathématiques » où les idées viendront spontanément des élèves. On ne devrait pas attendre des enfants noirs qu’ils maîtrisent la précision des mathématiques, mais on devrait les féliciter d’en parler autour d’eux […]. 

Que périssent les mathématiques au nom de la « lutte antiraciste » ! Il ne serait pas essentiel de « faire réellement des calculs », il faudrait plutôt « savoir de quoi il s’agit avec les mathématiques ». Mcwhorter constate que « tout le document est axé sur l’idée qu’il est immoral de faire en sorte que les enfants noirs soient précis ». Exiger des étudiants qu’ils montrent leur travail ou qu’ils lèvent la main avant de parler serait raciste. Mcwhorter conclut deux choses de ce manuel. D’abord, qu’il s’agit en fait de « racisme présenté comme de l’antiracisme ». Ensuite, Mcwhorter conclut que les promoteurs de cet enseignement antiraciste n’enseignent plus une science, mais une religion. « Les humains peuvent sacrifier un enfant de 9 ans, une vierge, ou une veuve sur le bûcher en l’honneur d’un dieu, les humains peuvent sacrifier les enfants noirs en les privant de la maîtrise des mathématiques, afin de montrer qu’ils sont suffisamment éclairés pour comprendre que leur vie peut être affectée par le racisme et que, par conséquent, elle devrait être protégée de tout ce qui est un véritable défi. » Cela, « ce n’est pas de la pédagogie ; c’est prêcher ». Et, comme le dit Mcwhorter, les propositions religieuses n’ont rien à faire sur la place publique et en particulier dans les écoles.

Formater les jeunes consciences

La religion woke ne se limite pas au seul monde universitaire, elle vise maintenant l’enseignement primaire et secondaire. Dans la mesure où les wokes sont des croyants convaincus, ils sont aussi des prosélytes. Ils veulent faire triompher leurs idées et former les nouvelles générations, plus malléables. Puisqu’il n’est pas toujours facile de convaincre des adultes que l’identité sexuelle n’a rien à voir avec le corps ou que le racisme est inhérent au fait d’être blanc, les wokes vont s’efforcer d’en persuader les enfants, dès leur plus jeune âge.

Le départ à la retraite des enseignants « boomers » leur laissera bientôt le champ libre. Dans l’ensemble du monde occidental, l’enseignement primaire et secondaire accorde désormais de plus en plus de place à l’enseignement du genre et à la promotion des identités transgenres. Il s’agit de dénoncer, dès la maternelle, les « stéréotypes sexuels » et d’encourager les enfants à « explorer » ou à « déconstruire le genre ». Les enfants doivent apprendre qu’il leur revient de choisir leur genre, qui ne dépend pas nécessairement de leur corps. En France, beaucoup de projets d’établissement scolaires visent à « détricoter les stéréotypes de genre », notamment à l’occasion des « Journées du matrimoine ». Ainsi se développe le « phénomène transgenre », qui voit des adolescents et des adolescentes demander à changer de genre ou de sexe. 

En France, une circulaire du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a repris sans précaution le langage de l’« affirmation de genre » propre aux militants trans, y compris pour les jeunes enfants : « Le seul indicateur fiable de l’identité de genre d’une personne, quel que soit son âge, est son autodétermination. » Cette circulaire préconise que toute la communauté éducative accompagne la transition sociale du jeune, en utilisant son « prénom d’usage », en ne discutant pas ses choix d’habillement et en le laissant utiliser les « espaces d’intimité » du genre qu’il se choisit. Comme l’ont noté récemment Caroline Eliacheff et Céline Masson [qui publient La Fabrique de l’enfant-transgenre aux Éditions de L’observatoire], « la transition dite sociale met l’enfant sur des rails qui le dirigent tout droit vers la transition médicale ». Cette volonté d’agir sur les très jeunes enfants se manifeste également autour de la question de la race. L’« éducation antiraciste » doit commencer le plus tôt possible puisque les enfants sont censés être racistes dès l’âge de six mois. Ibram X. Kendi a réalisé un bref livre d’images, Antiracist Baby, pour commencer cette éducation antiraciste dès le plus jeune âge. Les mêmes pratiques commencent à arriver dans les lycées et collèges français, où elles exacerbent les conflits communautaires. […]

C’est là que le mouvement woke prend ses aspects les plus inquiétants : il ne fait pas mystère de sa volonté d’endoctriner les enfants. Pour les wokes les plus militants, comme les juristes Richard Delgado et Jean Stefancic [universitaires américains considérés comme les pères de la théorie critique de la race], cette présence dans les écoles est le vrai signe de leur réussite :

« Voir la théorie critique de la race prendre son essor dans l’éducation a été une source de grande satisfaction pour nous deux. » Les années d’école, de collège et de lycée sont désormais des années d’endoctrinement continu par des enseignants qui ont eux-mêmes été convertis au wokisme à l’université. Il y a là une vraie dimension totalitaire et on ne peut que penser à la manière dont communistes et fascistes se sont efforcés d’enrégimenter les jeunes.

La religion woke
de Jean-François Braunstein
publié le 14 septembre 2022
chez Grasset
à Paris,
288 pp,
ISBN-10 : 2 246 830 311
ISBN-13 : 978-2246830313

Voir aussi 

Le wokisme : des protestants puritains athées 

Progressistes et très progressistes pensent de plus en plus que la violence est justifiée en matière politique

Derrière le paravent de l’égalité et de l’« inclusivité », les antiracistes propagent la haine de l’Occident, selon l’essayiste Douglas Murray  

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Les médias militants nourrissent-ils la méfiance envers le modèle démocratique ?

Wikipédia et les GAFAM : parti pris et désinformation sur le « grand remplacement »  

Ingrid Riocreux sur les médias, les « vérificateurs de faits », la pandémie, la censure

Article de Larry Sanger sur la partialité croissante de Wikipédia avec exemples (en anglais)

Qu’est-ce que le wokisme ? Décryptage d’un phénomène mondial (voir la période des questions à la fin)  

Le Scrabble exclut des mots pour être plus « inclusif » 

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Enseignants — Voyage au cœur de la machine à endoctriner diversitaire 

« L’écologie politique consiste en une offensive contre l’Occident »

 

 

 

 

 

mercredi 14 septembre 2022

« La politique d'immigration irresponsable en Suède a contribué au succès inédit des droites »

Bouleversement politique ce mercredi en Suède. La Première ministre suédoise Magdalena Andersson a reconnu la défaite de la gauche et la victoire du bloc droite et de l’extrême droite aux élections législatives, après un comptage quasi complet des voix. En conséquence, la dirigeante sociale-démocrate a annoncé, au cours d’une conférence de presse, sa démission, qui sera officiellement présentée jeudi.

176 pour le bloc de droite, contre 173 pour le bloc de gauche

Billet du 13 septembre

Selon les premières estimations, la droite populiste, alliée avec la droite conservatrice, devrait l’emporter d’un souffle à l’issue des élections législatives en Suède. On ne connaîtra les chiffres définitifs que mercredi. Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, analyse ce résultat. Dominique Reynié est professeur des universités à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.

LE FIGARO. — En Suède, une coalition de droite réunissant toutes les droites est sur le point remporter de peu les élections législatives.  Comment lire ce résultat dans un pays de tradition sociale-démocrate ?

Dominique REYNIÉ. — C’est indubitablement le prolongement des conséquences d’une politique irresponsable en matière d’immigration. Si la Suède est connue pour être la patrie de la social-démocratie, d’un État-providence très généreux, elle se caractérise surtout par son histoire migratoire.

De la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1990, ce pays accueillait, de façon modérée, une population immigrée venue de pays européens. Par la suite, la Suède a reçu sur son sol un nombre croissant d’immigrés, notamment issus de pays non européens, jusqu’à déstabiliser sa culture nationale. Et les gouvernements successifs, ainsi qu’une certaine classe médiatique, n’ont pas voulu considérer la réalité de ce problème.

M = droite traditionnelle, SD = droite populiste, S = sociaux-démocrates (gauche)
 
— Pourtant, la classe politique suédoise a opéré un virage à 180° sur la question migratoire ces dernières années. Cela n’a pas suffi ?

— Non, car ce problème a été ignoré pendant trop longtemps. Cette nouvelle population présente sur le territoire qui n’est pas intégrée, ou très mal intégrée fait désormais partie intégrante de la vie du pays. Ces difficultés d’intégration ne sont pas liées à un processus de ségrégation, de stigmatisation, mais elle est liée au faible niveau de diplômes de nombre d’une partie significative de personnes immigrées, principalement originaires de pays pauvres.

En 2005, au moment des émeutes dans diverses banlieues, la Suède ne comprenait pas ce qu’il se passait chez nous. Aujourd’hui, elle doit faire face à des trafics de drogue importants, une délinquance endémique et des guerres entre gangs rivaux. Plus marquants encore, les règlements de compte à coups de grenades sont devenus très courants. Ce pays a, en quelque sorte, a perdu aussi le contrôle de l’ordre public.

Conséquence : de nombreux Suédois adoptent un discours, sincère, de tolérance et louent le multiculturalisme, mais dans les faits, ils ne se mêlent pas aux immigrés extra-européens. Ils ne vivent pas ensemble, ne se marient pas entre eux. Ils vivent côte à côte et non ensemble.

 — La question migratoire est-elle la seule grille de lecture qui vaille pour comprendre le résultat de ce scrutin ?

— Non, la question migratoire et l’insécurité ne sont pas les seules explications à ce vote. La guerre en Ukraine, et la crise énergétique qui en découle, sont des éléments à prendre en compte. Toutefois, la progression des Démocrates de Suède [la droite populiste] dans les urnes est intimement liée à l’immigration. Il y a 20 ans, ce parti pesait 1,4 % des voix. Dimanche, près de 21 % des électeurs ont voté pour ce mouvement.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que, à l’instar d’autres pays européens, la droite modérée suédoise est dépassée par une droite plus radicale. Et bien qu’il faille rester prudents, une alliance entre les Démocrates de Suède et la droite modérée n’est pas à exclure.

L’évolution des Démocrates de Suède est intéressante. Ce parti, historiquement constitué de forces d’extrême droite, est entré dans un processus de normalisation depuis quelques années. Désormais, il ne souhaite plus quitter l’Union européenne, il est favorable à l’État-providence, etc. À l’image du Rassemblement national en France.



 — À l’inverse, la gauche a obtenu un résultat historique à Stockholm, alors que la droite traditionnelle y recule nettement. Dans ce pays, y a-t-il une fracture entre les centres-villes, davantage acquis aux sociaux-démocrates, et le reste de la population ?

— Effectivement. Il est tout à fait étonnant de constater que cette géographie, cette sociologie électorale se retrouve dans de nombreux pays occidentaux. On l’a vu avec le Brexit, les électeurs de Trump, les populistes autrichiens, l’Italie, les Pays-Bas dans une certaine mesure. D’ailleurs, même la Turquie n’y échappe pas. On le constate en regardant la sociologie du vote Erdoğan. Ce phénomène ne semble pas près de s’arrêter. Il est en pleine expansion.


Reportage sur la guerre des bandes en Suède (Arte, très politiquement correct)

 

Source : Le Figaro

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