mardi 7 novembre 2017

Comment le sens des mots viendrait aux nourrissons

Chez les nourrissons, le sommeil joue un rôle crucial dans la formation du langage révèle une étude menée à l’Institut Max Planck des sciences du cerveau et de la cognition à Leipzig en Allemagne.

« L’objectif de cette étude intéressante était de déterminer comment le sommeil permet à un mot associé à une image de devenir un élément plus général du langage chez le nourrisson », note Philippe Peigneux (ci-contre), neuropsychologue à l’université libre de Bruxelles (ULB). Comment, par exemple, le mot chien en vient à désigner une catégorie bien précise d’animaux et pas seulement l’image d’un dalmatien ou d’un teckel. Pour vérifier ce nouvel apprentissage, les bébés ne parlant pas, l’équipe s’est servie d’un signal particulier qui apparaît sur l’électroencéphalogramme (EEG) lorsqu’un mot appris concorde avec l’image présentée et marque l’apprentissage de cette relation. Le mot chien prononcé devant l’image d’un canari ne donnera pas le même signal que devant celle d’un dalmatien.

À 3 mois, le bébé ne paraît pas encore capable d’associer un mot à une même catégorie d’objets qui lui sont présentés, son système nerveux ne faisant que le lien du mot à l’image donnée. Chez une centaine de bébés âgés de 6 mois, les chercheurs dirigés par Manuela Friedrich ont découvert une capacité temporaire à associer un mot à une catégorie si les enfants pouvaient faire une sieste juste après leur apprentissage. Et plus surprenant encore, quand la sieste dépassait 45 minutes, cette association était liée à la présence sur leur EEG de fuseaux de sommeil, connus pour être impliqués dans la consolidation en mémoire.

La phase du sommeil

Depuis 2010, on sait que la mémorisation des nouveaux mots chez l’adulte s’effectue au cours du sommeil à onde lente et qu’elle se caractérise par l’apparition de trains d’ondes plus rapides, les fuseaux, décelés par EEG dans la zone du cortex frontal associée au sens du mot. L’apparition du même type de fuseaux chez les bébés de l’expérience dont la sieste était prolongée suggère qu’ils mémorisent déjà des éléments généraux déduits au cours de leur apprentissage. « Des mois avant de pouvoir parler, dans des conditions expérimentales bien précises, les bébés de 6 mois apparaissent donc capables de créer des catégories sémantiques, souligne Philippe Peigneux. Cette préparation peut expliquer pourquoi vers l’âge de 18 mois, la capacité à utiliser les mots explose chez l’enfant : celui-ci a enfin acquis un répertoire de mots généraux qui va lui permettre d’organiser progressivement sa pensée et son vocabulaire. »

Savoir que les bébés comprennent beaucoup de choses avant de maîtriser la parole ne surprendra aucun parent, mais c’est en grande partie durant leur sommeil que les bases du langage et de cette compréhension se construisent. Une fois le langage parlé maîtrisé, le sommeil apparaît moins indispensable à l’apprentissage du vocabulaire général et des idées, même s’il reste nécessaire à leur mémorisation à long terme. Cela peut expliquer pourquoi au réveil des idées nouvelles ou plus claires peuvent nous venir à l’esprit, et le fait qu’il est peut-être préférable, pour consolider tout apprentissage, d’éviter de passer du temps devant des écrans juste avant d’aller se coucher.

QS et le PQ s'uniraient contre la « ségrégation scolaire »

Appuyé par le Parti québécois et Québec solidaire, le « Mouvement l’école ensemble » souhaite mettre un terme à ce qu’il appelle la « ségrégation scolaire » qui limite, selon lui, les perspectives d’avenir des enfants moins doués à l’école ou issus de familles moins nanties. Le mouvement prône la mixité sociale entre les murs des écoles publiques québécoises.

Selon un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement au Québec, 41 % des élèves du secondaire fréquentent l’école privée (21 %) ou un programme particulier (20 %) qui sélectionne les élèves les plus performants du secteur public.

Le porte-parole du Mouvement l’école ensemble souhaite profiter de la prochaine campagne électorale, qui aura lieu dans quelque 18 mois, pour forcer les candidats à la députation à s’engager  sur ce dossier.

Le collectif de parents, dont les médias comme Radio-Canada relaient les demandes avec bienveillance,  estime que le système scolaire québécois serait le plus inéquitable de tous au Canada et propose trois mesures afin de « remettre l’école publique sur les rails » :
  • L’abolition immédiate du financement gouvernemental de l’école privée ;
  • La fin de la sélection des élèves qui fréquentent l’école publique ;
  • La consolidation de l’aide aux élèves en difficultés en ajoutant une offre d’enseignement enrichi pour les élèves les plus performants.

L'intérêt des parents et des élèves au centre des préoccupations ?

La priorité de ce mouvement de parents ne semble à nos yeux pas être d’améliorer l’instruction des élèves, de limiter les coûts de l’enseignement pour une qualité améliorée, mais de sauver « l’école publique » en privant les parents de choix et de s'assurer que plus d'écoles soient gérées par le gouvernement.

Ni ce mouvement L'École ensemble, ni aucun parti politique d’ailleurs, ne semble vouloir promouvoir le chèque-éducation qui permettrait aux enfants doués issus de familles pauvres de fréquenter l’école de leur choix, y compris privée. Pour ce carnet, cela semble la meilleure manière d’assurer l’accès à une éducation exigeante aux enfants méritants dont les parents n’ont pas les moyens financiers de les inscrire dans une école de leur choix.

Aucun parti ne semble non plus se demander pourquoi l’État provincial devrait gérer des écoles plutôt que de simplement garantir l’égalité des moyens — afin permettre à tous de choisir une école correspondant à leurs besoins et leurs mérites scolaires — ainsi que de s’assurer de la qualité des écoles par des inspections et la mise en place d’examens.

Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire. Car école privée ne signifie pas nécessairement école réservée aux élèves brillants, mais choix de l’école. Bien que, rappelons-le, ce choix soit limité au Québec car le programme scolaire est imposé à toutes les écoles et que celles-ci ne peuvent recruter librement leurs enseignants, même dans les écoles dites privées, même celles non subventionnées (il en existe). Les écoles hors contrat en France, notamment, sont nettement plus libres sur ces deux questions.

Un préjugé est sous-jacent à l’argumentation du « Mouvement l’école ensemble » : de mauvais élèves, turbulents ou peu studieux, s’en tireraient mieux dans des classes ou des écoles ne subissant aucune ségrégation scolaire. Tellement mieux que cela primerait sur le retard que les meilleurs élèves pourraient souffrir de cette mixité obligatoire.  Mais est-ce si sûr ? Ne vaut-il pas mieux des écoles ou des classes adaptées à ces élèves ? (Voir ci-dessous, un billet sur les effets très limités de l’écrémage vers l’école privée.)

Enfin, qu’y a-t-il de foncièrement mal à départager les enfants ? Quel parent ne désire pas éviter à ses enfants une mauvaise influence, la fréquentation de camarades peu studieux, turbulents, voire violents ? 


Les réserves du PQ, l’ouverture de QS

Bien qu’il appuie la recherche de la mixité sociale au sein de l’école québécoise, le PQ diverge toutefois d’opinion sur les moyens d’y parvenir. Le porte-parole du PQ en matière d’Éducation, Alexandre Cloutier, a rappelé que son parti veut revoir le financement du système scolaire — tant privé que public — sans pour autant cesser le financement public de l’école privée.

« Il y a des écoles publiques plus coûteuses que l’école privée. Il y a des projets spécifiques qui sont encore moins accessibles dans les écoles publiques que dans les écoles privées. »

« Nous sommes d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de l’œuvre, l’ensemble du financement, qu’il doit y avoir un débat de société sur le vivre ensemble et la ségrégation scolaire, souligne M. Cloutier. On pense qu’il y a plusieurs approches possibles et on partage la volonté de s’attaquer à ce vrai problème. »

De son côté, le porte-parole de QS en matière d’Éducation, Gabriel Nadeau-Dubois convient que les solutions avancées par le collectif sont contenues dans le programme de son parti, mais il se dit ouvert à la discussion notamment sur le financement public de l’école privée.

Tout en convenant que « ségrégation » était un « mot fort » qui pouvait choquer certaines personnes, le député Nadeau-Dubois estime qu’il est nécessaire d’y avoir recours pour « sonner l’alarme et pour souligner une situation qui ne peut plus durer ».

Rappelons que l’écrémage et la ségrégation existent déjà au sein même du réseau public par simple répartition spatiale des différentes classes socio-économiques. Le bassin d’élèves des écoles publiques de quartiers aisés est donc très différent de celui de quartiers pauvres. Que préconise le « Mouvement l’école ensemble » pour éviter cela ? Le busing, la mixité scolaire obligatoire au-delà des bassins géographiques scolaires traditionnels ?

Quant au manque de financement dont serait affecté l’école publique selon d’aucuns, rappelons que chaque enfant inscrit à l’école privée, permet à l’école publique de disposer de 4500 $ de plus par élève inscrit au privé (puisque cet enfant coûterait plus cher au Trésor public s’il était inscrit à l’école publique, voir lien ci-dessous) et que les dépenses du Monopole de l’Éducation québécois augmentent bien plus vite que l’inflation ou le nombre d’élèves.
Voir aussi

« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves

Effet d’écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

L’IRIS et la ségrégation scolaire...

Québec — Moins d’élèves, mais dépenses en forte hausse

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal (coûts supplémentaires en francisation et remédiation)

L’éducation aux États-Unis (le choix pour améliorer les résultats et baisser les dépenses)

Coûts des CPE [garderies] : multipliés par 11 pour atteindre à 2,4 milliards $, efficacité en question

Nombre d’élèves en difficulté a près de doubler en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an

L’école privée ferait épargner 4452 $ par élève au Trésor public québécois

Échelle des traitements des instituteurs du Québec (2015)

L’école privée profite à tous les élèves québécois

Éducation : les variables non significatives (notamment les dépenses par élève) et la variable pertinente (la qualité)

Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 (des classes de plus en plus petites, des résultats qui diminuent dans les épreuves internationales)

« Les écoles privées, c’est pour les riches »

Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?

Histoire incorrecte de l'école

Présentation de l’éditeur

La nostalgie de l’école républicaine méritocratique de Jules Ferry repose dans une large mesure sur une imposture. Seuls les faits historiques pouvaient le démontrer. Une mise en perspective est la plus efficace façon et surtout la plus honnête de se débarrasser d’illusions pédagogiques à l’origine de bien des difficultés de l’école d’aujourd’hui.

Beaucoup d’ouvrages dénoncent un état de fait, on découvre ici grâce à ce petit précis historique des données solides : il fourmille de citations et de faits pour aborder différemment les questions centrales du débat scolaire.

Un indispensable pour qui veut connaître l’histoire de l’éducation en France depuis les origines.

Biographie de l’auteur

Agrégée de lettres classiques, Docteur es lettres, ayant enseigné en classes préparatoires et dans le secondaire, Virginie Subias Konofal est responsable du pôle de culture générale de l’ILFM et membre du bureau de la Fondation pour l’école.

Entretien avec l’auteur par Monde et Vie (9 novembre 2017)

Quelle est l’origine de la Révolution pédagogique que nous vivons aujourd’hui ?

La grande question c’est : l’École est-elle un lieu de liberté et de libération ou un lieu de recentrement sur une communauté au nom d’une citoyenneté ? Ce dilemme apparaît dans toute sa force avec la Révolution française, à travers l’idée de nation. Au nom de la nation, chaque humain est pris comme membre d’un immense engrenage dont il doit être une pièce calibrée. L’enfant apparaît comme devant vivre au service de la société dans laquelle il reçoit une éducation pour devenir qui agriculteur, qui boulanger ou artificier, selon les besoins collectifs.

On trouve déjà cela chez certains penseurs des Lumières, comme Voltaire, par exemple, qui refusait que l’on donne une éducation à ses paysans, parce qu’ils n’ont besoin que de savoir cultiver la terre. Nous avons une lettre de Voltaire à Darnilaville, qui est très significative en ce sens : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être ». La science qu’il pourrait acquérir le ferait sortir de sa condition et l’empêcherait de produire ce qu’il doit produire. La logique de Voltaire est celle du profit : « Si vous faisiez valoir une terre et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis »...

Mais n’y a-t-il pas un élan vers la science durant la Révolution française ?

Il y a chez un Condorcet une vision moins utilitariste, mais c’est un courant très minoritaire. Condorcet estimait qu’il fallait donner à tous un savoir spéculatif très élevé, dans une sorte d’éducation permanente. Il a fait de cette conviction cinq traités sur l’éducation, mais cela ne débouche sur rien, sa perspective était utopiste. Les Lakanal, les Le Pelletier de Saint Fargeau, les Daunou [voir les liens ci-dessous] qui rédigent des projets de loi sur l’éducation, au nom de la Révolution sont beaucoup plus utilitaires. L’école pour eux doit être le miroir de la société républicaine en devenir. Il n’y a pas chez eux cette idée que chaque individu doit recevoir un savoir académique complet.

Cette idée que chaque individu doit être instruit existait-elle avant le siècle des Lumières ?

Évidemment. Au XVIIe siècle, c’est l’objectif des jésuites aussi bien que des jansénistes, de donner à chaque individu ce qui est nécessaire à son salut. L’École alors n’est pas un objectif en soi. C’est un outil pour la réalisation spirituelle des individus. Chez les frères des Écoles chrétiennes aussi, c’est frappant : l’enfant est le véritable but de l’éducation et saint Jean-Baptiste de La Salle insiste beaucoup sur la relation interpersonnelle entre maîtres et élèves, sur l’idée aussi que les maîtres sont au service des enfants.

Votre vision n’est-elle pas trop binaire : le méchant État et la gentille Église...

Les choses sont évidemment plus compliquées que cela : au XIXe siècle, on perd le souci de l’individu qui était au cœur de la liberté pédagogique des jansénistes par exemple.

Pour l’État, l’École doit être au service de la société. Mais, à ce moment-là, l’Église va en quelque sorte entériner cette vision utilitaire, à son propre profit, en considérant l’École comme un bon outil pour rechristianiser la société après ce qui a été pour elle le drame de la Révolution française. L’École devient alors le lieu par excellence de la politisation de la société.

Contre cette politisation, le problème de l’École, c’est celui de la liberté d’enseignement ?

La liberté des parents, qui permettait d’instruire les enfants d’une façon qui respecte leur milieu ou leur culture d’origine, n’est plus prise en compte. L’État prenant le monopole de l’École, prétend savoir mieux que les individus eux-mêmes en quoi consiste leur liberté. Il n’y a plus qu’une version, unitaire et uniforme, de ce qui doit être enseigné... C’est le début d’un processus de déclin de l’École, qui se renforce au fur et à mesure que s’affirme cette volonté d’uniformisation.

L’École aujourd’hui ne va pas mal. Elle fait ce qu’elle avait prévu de faire depuis le début du XXe siècle.

Vous voulez dire qu’il n’y a plus de liberté pédagogique ?

À l’époque des jansénistes, le commentaire de texte était un travail qui permettait à l’élève d’indiquer son interprétation personnelle des textes. Aujourd’hui, il n’y a plus d’interprétation personnelle. On demande aux élèves d’appliquer des grilles d’interprétations déjà fabriquées, dans des itinéraires entièrement balisés. Ce qui compte n’est pas tant ce qu’ils ont à dire que la manière dont ils disent ce qui doit être dit sur un texte.

Avant on mettait l’accent sur l’obéissance physique, pour favoriser la liberté de la pensée. Aujourd’hui, on laisse pleine liberté à l’élève au plan physique, sur son habillement voire sur son attitude ; mais on bride sa façon de penser de sorte qu’il n’a le droit de répéter que « les bonnes idées » et qu’ils ne doit pas se poser certaines questions en dehors de ce champ.


Histoire incorrecte de l’école,
De l’ancien régime à aujourd’hui
par Virginie Subias Konofal
Parue le 4 octobre 2017
aux éditions du Rocher
à Monaco
168 pages
ISBN : 978-2268094939

Voir aussi :

« Les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents »

Condorcet : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit (il est surtout devenu monopole gouvernemental laïc...)


« Il ne revient pas à l’école de changer les mentalités »

Le Devoir de Montréal : « L’école n’est pas au service des parents. »

Voltaire, cet inconnu, ce mythe, ce sectaire

Le côté sombre des Lumières

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire »

ECR — Nos enfants n’appartiennent pas à l’État

Marie Geiss-Galimard : « Pour les Allemands, les enfants sont la propriété de l’État »

Le cours ECR « pour former des citoyens complets » (les parents privés du cours étant incomplets ?)

Tuerie dans une église du Texas, détail qui semble avoir échappé à Radio-Canada

Radio-Canada dresse un portrait du tueur de paroissiens texans :




Radio-Canada, comme les autres médias dominants, a surtout parlé d’un différend familial.

Étrangement, ces médias ne se sont pas fort intéressés aux opinions politiques ou religieuses de ce tueur. L’article de Radio-Canada ci-dessus n’en fait pas mention, par exemple.

Or, le Figaro révèle des détails supplémentaires sur les opinions religieuses du tueur
Devin Kelley était un utilisateur régulier des réseaux sociaux où il pouvait exprimer sa frustration et ses colères. Ses diatribes sur Facebook avaient pour cible la religion, l’Église, les croyants. Plusieurs de ses anciens camarades de classe ont relaté avoir pris leurs distances avec ce militant athée, au comportement hostile et aux fréquents accès de violence. La carrière militaire de Devin Kelley a été brève, sans envergure, et marquée par une fin abrupte.

Recruté en 2010 pour travailler comme logisticien dans une base de l’armée de l’air du Nouveau Mexique, État voisin du Texas, il a été traduit deux ans plus tard en cour martiale pour des violences à l’encontre de son épouse et d’un enfant, présenté selon les sources comme celui du couple ou de la femme seulement. Cette dernière a demandé le divorce la même année. Le caporal a été condamné à un an de détention, dégradé et renvoyé des rangs de l’US Air Force. En 2014, il a tenté sans succès d’obtenir en appel une révision de cette condamnation. Il semble que le militaire déchu ait ensuite déménagé, notamment dans le Colorado où son casier judiciaire mentionne des accusations de mauvais traitements envers des animaux.

Notons que Devin Kelley n’aurait jamais dû pouvoir acheter une arme à feu si les autorités gouvernementales avaient respecté la procédure à suivre : signaler les condamnations de Devin Kelley au fichier central.

Selon des informations obtenues par KPRC NBC2 à Houston auprès de la police d’El Paso, le tueur Devin Kelley se serait échappé d’un établissement psychiatrique au Nouveau Mexique en 2012.

Le rapport de police indique que les services de santé Peak Behavioral avaient informé les policiers que Kelley « représentait un danger pour lui-même et pour les autres qui avaient déjà été pris en train de piquer des armes à feu sur la base aérienne de Holloman pour mettre à exécution des menaces de mort que [Kelley] avait proférées à l’encontre de sa chaîne de commandement militaire. »


mercredi 1 novembre 2017

Québec, faiblesse en français et valorisation de l'anglais

Nous l’avons déjà mentionné, le nombre d’heures de français (et de matière donnée en français) a sensiblement diminué ces dernières années pour faire place à plus d’anglais, on apprend que pour la majorité des élèves qui décrochent en cinquième secondaire, c’est leur échec en français qui les éloigne de leur diplôme. (Voir aussi Quatre cents heures d’anglais de plus, centaine d’heures de français de moins ?)

La société d’État Radio-Canada nous apprenait le 18 septembre dernier qu’en 2016, la moitié des futurs enseignants québécois avaient échoué le « test de certification en français écrit pour l’enseignement ».

Un enseignant nommé Sylvain Dancause dont le carnet est relayé par le Journal de Montréal mentionne « l’éléphant dans la pièce » (pour employer un calque de l’anglais !), le problème évident et pourtant tabou, soit la valorisation de plus en plus grande accordée à la maîtrise de la langue anglaise et son corollaire, la valorisation de moins en plus moins grande accordée à la maîtrise de la langue française dans le système d’éducation québécois.

M. Dancause affirme tout simplement que la l’importance de plus en plus grande accordée à toujours plus d’anglais depuis le primaire pour finir par un cégep envoie un message subliminal qui résonne fort chez les jeunes et leurs parents : « l’anglais c’est full important, le français ça ne l’est pas ».

M. Dancause ne manque pas de noter que la Politique sur la réussite éducative, dévoilée par le Ministre Proulx en juin 2017, est muette comme une carpe quant à la maîtrise du français chez les élèves du secondaire.

Extraits du billet de M. Dancause :

[...]

J’ai lu la grande nouvelle de la semaine passée : « À leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier. »

[...]

[J] » ai lu à maintes reprises qu’il fallait augmenter la cote R (ingard) des étudiants admis au baccalauréat en enseignement. À ce propos, je partage en partie l’idée de Paul Journet qui affirme que « l’idée n’est pas inintéressante, mais son effet serait limité. » De mon côté, je considère que la plupart des qualités d’un excellent enseignant n’ont rien à voir avec la cote R.

Bref, tout comme Patrick Lagacé, « je refuse donc de jeter la pierre à ces enseignants : ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école... »

Néanmoins, j’ajouterais un petit quelque chose : ils sont aussi le produit d’une culture qui se fiche de sa propre langue.

Le français, qu’ossa donne ?

J’aimerais vous souligner un détail important dans toute cette histoire : ces jeunes enseignants sont passés dans nos écoles au cours des années 2000. So what?
Vous avez remarqué la modification de l’offre de service des écoles depuis une quinzaine d’années ? La multiplication des projets particuliers est effarante. Le menu offert passe par toute la gamme des sports, des arts et de la technologie.

Toutefois, le domaine qui a connu la plus grande progression est sans aucun doute celui des programmes de langues (lire ici d’anglais). Force est de constater que le francophone colonisé est un fan de la langue de Shakespeare.

L’anglais intensif a fait son apparition au primaire. Au secondaire, il y a une panoplie de programmes que j’appellerais « variation sur un même thème » : anglais plus, anglais enrichi, EESL, etc. Sachez que certains programmes au secondaire offrent aux élèves des cours d’anglais à raison du tiers de leur horaire.
Vous croyez cela suffisant ? Non. « Une majorité de Québécois, même chez les francophones, est favorable à un assouplissement de la loi 101 pour faciliter l’accès aux écoles anglaises au primaire et au secondaire. »

Je sais, l’anglais, c’est full important. Par contre, comme société, vous voyez le message subliminal envoyé à nos enfants ? [kcuf el siaçnarf] Vous voyez le déséquilibre quant à l’importance accordée à l’enseignement de notre langue seconde par rapport à notre langue maternelle ?

Vous avez vu des publicités d’écoles qui font l’apologie de leur super programme de français enrichi ? Est-ce qu’on vous a déjà fait la promesse (comme argument de vente) que votre enfant découvrira les grands auteurs francophones ? Vous connaissez une école qui insiste sur l’importance de la production littéraire dans l’offre de ses cours ?

J’entends votre silence.

Je ne veux surtout pas en rajouter, mais « alors que le nombre de cégépiens faibles en français ne cesse d’augmenter, la politique sur la réussite éducative reste muette sur les objectifs et mesures à mettre en place pour améliorer la maîtrise du français chez les élèves du secondaire. »

Le plus sérieusement du monde, les hautes instances universitaires demandent depuis deux ans au ministère de l’Éducation de restreindre à quatre le nombre de passations à l’examen de français : « On ne veut pas que les étudiants le réussissent à l’usure. On veut qu’ils comprennent l’importance qu’on accorde à la qualité de la langue. »

Are you kidding me?

Les jeunes habitants de mon « village d’enseignants » ne sont pas différents de ceux des autres villages. Très tôt, ils assimilent le message envoyé par leur société à l’égard de leur langue maternelle.

Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française ». Eh bien, ma patrie à moi, elle est maganée et elle rêve en anglais.

L’ingénieur Pierre Cliche est revenu sur cette fascination (et culpabilisation constante) des francophones pour l’anglais au Québec (extraits) :
Dimanche dernier, à l’émission Tout le monde en parle, l’entrepreneur Mitch Gerber a mis en opposition les statistiques suivantes : alors que 80 % des Anglo-Québécois parleraient le français, seulement 40 % des Québécois francophones parleraient l’anglais. Souhaité ou non par M. Gerber, le résultat de cette boiteuse comparaison est le même : le constat que les Québécois francophones sont encore et toujours les cancres de la classe dans le domaine linguistique. Serait-ce une autre façon pernicieuse de nous asséner ce foutu « speak white » dont nous n’arriverons jamais à nous libérer, semble-t-il ?

La comparaison de M. Gerber, dont le fondement est vicié, aurait pu s’énoncer de façon tellement plus pertinente si ce dernier s’en était donné la peine ou en avait eu la volonté. Formulé autrement, voici ce que cela aurait pu donner : alors que les Franco-Ontariens (à 500 000, presque aussi nombreux que les Anglo-Québécois) et les Acadiens parlent pratiquement tous anglais, il n’y a que 80 % des Anglo-Québécois qui parlent français. Ou encore : alors que 40 % des Québécois francophones parlent anglais, moins de 10 % des anglophones hors Québec parlent le français. Ainsi énoncées, ces comparaisons donnent un portrait éminemment plus fidèle et surtout plus juste de nos compétences linguistiques qui, vues sous cet angle, se comparent très avantageusement avec la plupart des peuples.

[...]

Cela étant posé, il serait peut-être temps de cesser de nous faire croire que 100 % des Québécois francophones sont ou devraient être mus par un mystérieux attrait irrésistible pour l’apprentissage de l’anglais. Si tel était le cas, nous serions bien le seul peuple sur Terre à avoir collectivement un tel engouement qui ferait de nous, linguistiquement parlant, un peuple élu. Malheureusement, la réalité étant toute autre, efforçons-nous donc d’être tout simplement un peuple normal et heureux de l’être.

Ce constat établi, j’aimerais que l’on me dise pourquoi un Québécois francophone, au même titre qu’un Anglo-canadien, qu’un Français ou qu’un Italien, ne pourrait pas vivre une vie agréable et satisfaisante même s’il ne se sent pas tenu à apprendre une autre langue, poussé par une des nombreuses motivations qui incitent habituellement certaines gens à le faire ? Ce Québécois n’est pas pour autant moins honorable et respectable que les bilingues et trilingues qui ont fait ce choix par ambition professionnelle, par sens pratique, ou simplement par goût ou curiosité des autres langues et des autres cultures.

Bien que libéré depuis belle lurette de toute forme de colonialisme (britannique ou anglo-canadien), il est étonnant et navrant de voir à quel point les Québécois francophones souffrent toujours de ce qu’on pourrait qualifier de « colonialisme linguistique » lorsqu’il est question de l’anglais. Cette incapacité que nous avons d’en évaluer froidement sa nécessité et sa pertinence, cela, en tenant compte des goûts, aspirations et besoins de chacun est désolante et fausse le débat sur son importance et sa nécessité dans nos vies personnelles respectives. Malgré le contexte linguistique particulier du Québec, il serait tellement plus souhaitable de faire en sorte qu’il soit possible de vivre et de travailler en français au Québec, et ce, sans que ce soit un handicap pour les unilingues francophones.

Pourtant, bilingues (français, anglais) à 40 %, les Québécois francophones sont parmi les peuples les plus bilingues de la planète. Mais cela sera toujours insuffisant aux yeux des anxieux et des complexés de la langue. Malheureusement, la normalité n’est pas suffisante pour ces gens-là.





dimanche 29 octobre 2017

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

Les opposants à la liberté scolaire soutiennent que celle-ci encourage le départ des meilleurs élèves du secteur public pour se réfugier dans les écoles privées (ou aujourd’hui les écoles publiques à vocation particulière). C’est ce qu’on nomme l’écrémage. Pour ces détracteurs du libre choix, cet écrémage empirera les résultats de ceux qui restent dans les écoles publiques. Apparemment, l’amélioration des résultats de ceux qui partent est chose moins importante.

Mais quelle est l’ampleur de cet effet d’écrémage lié à une plus grande liberté scolaire ?

Trois chercheurs (Altonji de Yale, Huang de l’Université nationale de Taïwan et Taber de l’Université du Wisconsin) se sont penchés sur cette question. Ils ont développé un modèle économétrique pour étudier l’effet d’écrémage d’hypothétiques programmes de coupons (bons scolaires, « vouchers ») sur le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires et d’autres résultats des étudiants qui resteraient à l’école publique. Leurs travaux aboutissent à prévoir de faibles effets (plutôt négatifs) liés à cet écrémage et ces résultats sont constants pour une grande variété de paramètres.

Pour le chercheur Patrick Walsh, la population scolaire de chaque école publique est déjà nettement plus homogène que la population générale puisque le bassin scolaire de ces écoles est géographique et donc relativement homogène socioéconomiquement. Les écoles publiques aux mauvais résultats scolaires sont déjà homogènes et déjà écrémées. L’impact négatif d’un libre choix supplémentaire vers le privé est donc grandement exagéré. Dans ces circonstances, pour que l’écrémage aboutisse à un retard d’un semestre en mathématiques (retard mesuré lors de tests), le déficit dû à l’absence des meilleurs devrait être aussi fort que l’augmentation de la taille des classes de 8 à 20 élèves, une importance qui ne semble pas réaliste.


Les oubliés du 375e : Jeanne Mance, Chénier, de Gaulle, Dollard et de Maisonneuve passés à la trappe

Extraits d’un texte de Gilles Proulx sur les oubliés des commémorations, ou plutôt des festivités, du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Gilles Proulx est l’auteur de Nouvelle-France : Ce qu’on aurait dû vous enseigner paru aux éditions du journal en 2015.

En voyant le prestigieux nouveau parc sur le boulevard urbain Robert-Bourassa, je me suis dit : c’est beau, mais qu’y a-t-il de montréalais là-dedans ? Encore une fois, Montréal préfère ériger des monuments qui ne parlent PAS de sa personnalité ou de sa propre histoire. Encore une fois, notre ville est parvenue à oublier d’honorer ses fondateurs : Jeanne Mance et de Maisonneuve. Pour un anniversaire, c’est très ironique.



Montréal fête sa fondation en 1642, oui... mais sans la commémorer concrètement et en ignorant ses fondateurs, Jeanne Mance et Paul de Chomedey de Maisonneuve, comme si on en avait honte !

Les grandes et impressionnantes œuvres appelées Source et Dentrites, en vedette dans le nouveau parc qui remplace un tronçon désuet de l’autoroute Bonaventure (bon débarras !), je n’ai rien contre... mais ces réalisations modernes ne nous rappellent rien de typiquement montréalais. Elles seraient chez elles n’importe où dans le monde. Ce n’est pas la « modernité » ou la « diversité » ou Dieu sait quelle valeur superficielle à la mode du jour qu’il faut célébrer, c’est Montréal elle-même, notre ville... en ce qu’elle a d’unique ! La modernité et la diversité, on les célèbre tous les jours, chaque heure, chaque minute, chaque seconde ; pas besoin de confisquer le 375e pour nous les recracher au visage une millionième fois !

Oubliés, Jeanne Mance et de Maisonneuve. Ça aurait pourtant été l’endroit idéal pour les honorer par un monument prestigieux : à l’entrée du centre-ville, pour faire le lien entre 1642 et le dynamisme d’aujourd’hui. Les automobilistes et les travailleurs qui pique-niquent auraient alors vu ces deux grands obstinés qui ont relevé le défi que leurs compatriotes jugeaient « suicidaire » de bâtir une ville là où ils risquaient de se faire massacrer. Mais pour cela, il faut avoir une conscience historique, ce que nous n’avons pas. Pourtant, lorsque ce Journal a décidé de publier mon livre Nouvelle-France : l’histoire que l’on n’enseigne plus, quelque 15 000 exemplaires se sont vendus... comme quoi il y a une demande !

De Gaulle : l’autre oublié

À l’hôtel de ville, notre maire, si énergique soit-il, n’a pas eu le courage de perpétuer tangiblement l’événement marquant du discours du général de Gaulle, il y a de cela 50 ans. Une statue grandeur nature du général prononçant son discours sur le balcon serait une attraction touristique (que nous ne verrons jamais, bien sûr). Un hideux obélisque en granit appelé « Hommage à Charles de Gaulle » dans le parc Lafontaine témoigne de notre indigence culturelle et de notre impuissance à honorer... sauf l’amiral Nelson bien sûr, glorieux sur sa colonne en pleine place Jacques-Cartier où il n’y a même pas de statue honorant Jacques Cartier lui-même ! Nelson, je le déménagerais sur un îlot de gazon près de la rue Trafalgar, du nom d’une bataille qu’il a gagnée et qui l’a rendu célèbre — Pierre Bourque avait eu cette bonne idée. Sur la colonne, je placerais une belle grande statue de Cartier, pour surplomber la place.

Au moins, Denis Coderre pourrait annoncer que le balcon sera baptisé « balcon du général » ou inaugurer une plaque, mais ne nous attendons à rien de la part d’un premier magistrat qui a interdit l’utilisation de l’escalier de l’hôtel de ville à ceux qui commémoraient (en marge des célébrations officielles cautionnées) ce moment où le Québec a fait irruption sur la scène internationale après deux siècles d’invisibilité. De Gaulle voulait acquitter la « dette de Louis XV » que la France a contractée envers le Québec en l’abandonnant. Et c’est bien sûr en 1967, la plus glorieuse année pour Montréal, avec l’Expo universelle qui fracassait tous les records de popularité, que le grand Charles est venu nous reconnaître. Aussi, on oublie de « meubler » le pont du bout de l’île qui porte son nom, question de l’embellir.

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Chénier, disparu

Cela fait deux ans au moins que la statue du patriote Jean-Olivier Chénier a été retirée de son emplacement pendant la réfection du square Viger le long de la rue Saint-Denis. Déjà, des vandales avaient dérobé le « fusil » que tenait ce héros... fusil que l’on ne remplaçait pas au nom du « pacifisme »... Ce n’était que la première étape vers l’oubli. Adieu, Chénier. Combien de mes lecteurs savent qui tu es ? Voilà ce qui arrive quand on est le héros d’un peuple d’oublieux.

Dollard, le négligé

Dollard des Ormeaux est mort héroïquement pour sauver Montréal... mais la ville qui lui doit l’existence se complaît à le snober. Que voulez-vous ? Dollard était un Français. S’il avait été un Anglais, son nom serait partout ! Regardez le gagnant Amherst qui a pollué notre toponymie pendant deux siècles !

Plaques volées et oubliées

Depuis plusieurs années, je « crie dans le désert » pour dénoncer la disparition de plaques commémoratives de cuivre (volées pour le prix du métal) que personne ne remplace. Et quant à certaines plaques épargnées par les voleurs, elles sont dans un état lamentable, même en plein Montréal touristique. La plaque honorant Antoine de Lamothe-Cadillac sur le McDonald près du palais de justice a disparu. Celle rappelant l’emplacement de la Cour martiale non loin de l’actuel journal La Presse a elle aussi été dévissée. Même chose pour la plaque commémorant Lambert-Closse. Quant à celle de l’ambassadeur Joncaire, elle est usée à la corde, presque illisible. Comme si la ville se disait : « Bof ! C’est privé. Qu’ils s’arrangent avec ! »

Un Québec à l'avenir radieux : l'euthanasie pour tous ?

Un texte de Mathieu Bock-Côté qui rejoint notre analyse à la suite de la décision de la Cour suprême du Canada sur le sujet (voir Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?)

Au moment de passer la loi sur le suicide assisté, pompeusement appelée « mourir dans la dignité », ses promoteurs soutenaient fièrement que les critères pour accéder aux « soins de fin de vie » étaient rigoureux et n’allaient pas changer de sitôt. L’euthanasie demeurerait une exception. Il aura fallu très peu de temps pour que cette promesse se dissipe, comme si elle n’avait jamais été faite. Est-ce parce que les promoteurs de l’euthanasie ont menti ? Peut-être. Peut-être est-ce aussi parce que cette loi a sa propre logique et qu’une fois qu’on accepte la possibilité du suicide assisté, on en vient rapidement à le banaliser ?

Banalisation

Quoi qu’il en soit, nous y sommes. On entend désormais de plus en plus de gens en appeler à ouvrir le suicide assisté aux victimes de la maladie d’Alzheimer. Et on doit s’attendre à ce que, dans les années à venir, les catégories candidates au suicide assisté se multiplient. On pourra se faire une idée de l’avenir qui nous est réservé en consultant un dossier sur l’euthanasie aux Pays-Bas, réalisé par Alain Crevier, de l’émission Second regard, à Radio-Canada, paru vendredi dernier sur Internet. On y apprend que, dans ce pays, l’euthanasie a été banalisée à un point tel qu’il s’agit d’une « façon normale de mourir ». On peut même y bénéficier du suicide assisté dans des cas de démence ou même dans des cas graves d’alcoolisme. Le critère déterminant, nous dit Crevier, c’est la souffrance. L’euthanasie est disponible pour les enfants malades de 12 ans ou plus. Et on se demande si on peut l’étendre aux moins de 12 ans. Il en faudrait moins que cela pour qu’on se dise en plein délire. Pour reprendre les mots du philosophe Christian Saint-Germain, notre civilisation est dans la logique de « l’euthanasie proactive ». Mais rien de tout cela n’est surprenant, en fait. Car à partir du moment où nous transformons le suicide assisté en droit fondamental, on est naturellement amené à en faire le droit capital. L’homme n’est-il pas en droit, dès lors, de quitter ce monde dès qu’il le juge insupportable ? N’est-il pas maître de son destin ? Et puisque la souffrance extrême sur cette terre n’est pas exclusivement physique, puisqu’elle peut être morale, n’en viendrons-nous pas, un jour, à réclamer l’euthanasie sur demande, sans même avoir à nous justifier ? C’est même inévitable. On me répondra que cette proposition n’est pas sur la table. Rien n’interdit pourtant de penser qu’elle le sera dans une quinzaine d’années. Il était bien hasardeux de transformer le suicide en droit social financé par l’État.

Barbarie


Nous subissons une telle révolution des mentalités en ce moment que ce qui semblait inconcevable la veille peut devenir évident le lendemain. Il pourrait bien y avoir demain, au Québec, des cliniques « médicales » où la mort sera vendue comme un service parmi d’autres. On accusera ceux qui afficheront quelques réserves devant ce progrès de manquer de cœur et d’être réactionnaires. Les valeurs se renversent, les repères moraux aussi. Les médecins donnent la mort. Et nous nous croyons privilégiés.

Source : le Journal de Montréal

La Sûreté du Québec a saisi des jujubes contenant du cannabis


MONTRÉAL — À l’approche de l’Halloween, les autorités dans le nord du Québec mettent la population en garde contre des oursons en gélatine contenant du cannabis.

La Sûreté du Québec a récemment intercepté une livraison de ces jujubes recelant des drogues dans un véhicule en direction d’une des communautés cries du territoire de la Baie-James.

Le corps de police local et le conseil de la santé ont signalé dans un communiqué conjoint que ces friandises contenaient du THC, une substance que l’on retrouve dans le cannabis.

Les autorités disent ignorer la quantité de drogue dans chaque jujube, mais elles soulèvent un risque d’empoisonnement.

Un porte-parole de la Sûreté a confirmé la récente saisie, mais a précisé que l’enquête montre que les bonbons ne sont pas destinés à être distribués le soir de l’Halloween.

Le sergent Daniel Thibaudeau invite tout de même les parents à vérifier avec soin ce que reçoivent leurs enfants.

Source : La Presse canadienne

Voir aussi : La police de Laval saisit des jujubes contenant du cannabis (2015)

L'IRIS et la ségrégation scolaire...

Texte de Alexandre Moreau est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Ces derniers jours, des commentateurs ont qualifié de « ségrégation » le fait qu’un nombre grandissant d’élèves du secondaire, soit près de 40 %, fréquentent des écoles privées ou des programmes particuliers dans des écoles publiques. Certains ont même utilisé le terme « apartheid »... Ils affirment aussi que cela nuit à la réussite des élèves. Nonobstant le choix de mots douteux, et si c’était le contraire?

Quelle ségrégation?

Quelle est cette « ségrégation scolaire » qui prévaudrait au Québec, et qui en sont les auteurs? Des parents qui font des efforts supplémentaires pour aider leurs enfants à s’accomplir. Certains font le choix d’écoles publiques à programmes ou vocations particulières, tandis que d’autres privilégient l’école privée et font un sacrifice financier personnel afin d’offrir à leurs enfants ce qu’ils considèrent être la meilleure éducation possible.

Il existe pourtant de réelles injustices dans notre système scolaire, bien plus dommageables. Par exemple, au Québec, le code postal dicte généralement l’école que les enfants devront fréquenter. Les parents d’élèves désirant fréquenter une autre école peuvent tout de même faire une demande auprès de leur commission scolaire. Cela s’appelle le « libre choix », dans le jargon scolaire.

Le « libre choix » à l'école publique...

Cependant, les places en « libre choix » sont limitées, de sorte que l’acceptation n’est pas garantie. Des élèves qui fréquentent une école depuis plusieurs années peuvent même s’en voir expulsés, même lorsque les classes ont recommencé.

Les défenseurs à tout crin de l’école publique unique et uniforme devraient se demander pourquoi des parents vont jusqu’à falsifier leur adresse pour éviter l’école de leur quartier; pourquoi les places dans des programmes particuliers qui, manifestement, répondent aux besoins et aux désirs des parents et des élèves, doivent être attribuées au hasard; pourquoi, plus simplement, les commissions scolaires demeurent toujours incapables de s’ajuster aux demandes des parents, et décident pour eux de ce qui est le mieux pour leurs enfants?

Ce n’est pas moins de choix dont les parents et les élèves ont besoin, mais plus.

Pourtant, la réussite scolaire augmente

Pour justifier la fin de la « ségrégation », l’IRIS lui attribue la baisse du taux de réussite des élèves du réseau public lors des épreuves uniques du ministère, un taux qui est passé de 91,8 % à 83,6 entre 2011 et 2015.

Il y a quatre faiblesses dans l’utilisation de cette statistique. La première est qu’il s’agit d’un échantillon relativement court en durée; la seconde est que les examens du ministère portent sur des matières précises et qu’elles ne disent pas si l’élève a finalement obtenu son diplôme ou après combien de temps; la troisième est que la variation dans les taux de réussite peut s’expliquer par le fait que le contenu des examens change d’année en année; la quatrième est que ces statistiques ne tiennent pas compte de l’importante croissance du taux d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA).

D’une part, il est faux de croire que le secteur privé pratique une forme d’écrémage, laissant ainsi le secteur public avec l’ensemble des élèves en difficulté. Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves EHDAA a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire.

D’autre part, le portrait dans le réseau public n’est pas aussi sombre que les opposants aux écoles privées le laissent entendre. Le taux de diplomation et de qualification après 5 ans pour les élèves qui sont entrés au secondaire de 2001 à 2010 (et qui ont terminé entre 2006 et 2015) a augmenté de 13 % dans le secteur public, comparativement à 5 % pour le privé. Bien que le taux soit beaucoup plus élevé dans le secteur privé, cet écart suit une tendance à la baisse et l’ensemble des élèves en bénéficient, peu importe le réseau.

Il semble donc que le fait que de plus en plus de Québécois se préoccupent de l’éducation de leurs enfants et demandent des programmes particuliers est accompagné non pas par une diminution, mais par une augmentation de la réussite scolaire.

En toute logique, si ce qu’ils souhaitent est la réussite des enfants, ceux qui dénoncent la « ségrégation scolaire » devraient applaudir et réclamer davantage de programmes et d’écoles particulières qui ont pour effet de motiver les élèves et de les pousser à se surpasser.

Alexandre Moreau est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.