samedi 2 avril 2016

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l'« unité » ?

La statue de Rhodes avant son enlèvement
Ils sont d’abord venus pour les statues.

L’année dernière, des étudiants au Cap en Afrique du Sud ont lancé un mouvement de protestations nationales en exigeant que l’Université du Cap (UCT) enlève une statue de Cecil Rhodes, un riche aventurier et ambitieux impérialiste britannique célèbre pour son opposition aux Boers et sa volonté d’annexion de leurs républiques dans l’Empire britannique à la fin du XIXe siècle. (Voir le film allemand Le Président Kruger produit en 1941 qui en trace un portrait peu flatteur. Visible sur YouTube.) Selon The Economist, il avait comme la plupart de ses contemporains des idées racistes. (Le professeur Nigel Biggar lors d’un débat à Oxford a rejeté cette accusation.) Rhodes a légué son nom à l’ancienne Rhodésie, à des bourses universitaires très connues dans le monde anglo-saxon et à une université sud-africaine dans la province du Cap oriental.

Intimidation et enlèvement des statues

Les militants de l’Université du Cap bloquèrent des routes, jetèrent des excréments humains et profanèrent le monument aux morts de l’Université avec les mots « Niquer Rhodes ». Leur chef Chumani Maxwele — un militant au surnom de « lance-caca » (« poo-flinger ») — aurait fait irruption dans le bureau d’une professeur, frappé sur sa table et crié « il ne faut pas écouter les Blancs, on n’a pas besoin de leurs excuses, ils doivent être éliminés de l’Université du Cap et être tués ».

Dirigée par un vice-recteur (et ancien boursier Rhodes) progressiste du nom de Max Price, l’administration de l’université s’est montrée pusillanime face à cette intimidation. Une réunion du Conseil de l’Université a été interrompue par les militants du mouvement « Rhodes doit tomber ». Ils scandaient « Un colon, une balle » et sautaient sur les tables des conseillers. Intimidé, le conseil a choisi de faire enlever la statue de Rhodes.

La contestation entourant Rhodes a inspiré des manifestations similaires sur d’autres campus à travers le pays. À l’Université du KwaZulu-Natal, une statue du roi George V a été éclaboussée avec le slogan : « En finir avec le privilège blanc ». À l’université portant le nom de Rhodes, dans le Cap oriental, des manifestations ont éclaté pour que celle-ci change de nom. Ce tollé récent remet en question l’esprit d’accommodement qui aurait marqué l’ère Mandela. Au cours des 21 années qui ont suivi la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, peu de statues ont été renversées, mais de très nombreuses villes, rues et institutions ont été rebaptisées. Les écoles des Afrikaners ont également été de plus en plus anglicisées de force en même temps qu’elle devenait multiraciale.

Graffitis racistes à l’Université du Cap

Il est vrai que Mandela a prêché la concorde dans le pays. Mais, son rôle était en grande partie symbolique, car au sein du parti noir de l’ANC il ne déterminait pas l’ordre du jour et des pans entiers de l’appareil d’État, de la police, de l’armée et de l’économie étaient encore aux mains des blancs. En outre, ses soutiens occidentaux voulaient que l’Afrique du Sud serve d’exemple de société multiraciale apaisée.

Des mouvements nourris de « fierté noire »

Ces jours-ci, un mouvement nourri de rhétorique panafricaine et de fierté noire s’affirme de plus en plus. Ce mouvement est alimenté par l’augmentation du nombre d’étudiants noirs sur les campus sud-africains (mal préparés à ces études comme on le verra ci-dessous) et à un essoufflement de l’économie sud-africaine qui ne parvient pas à réduire le chômage de masse des jeunes noirs.

Le mouvement « Rhodes doit tomber » ne constitue qu’une petite minorité agressive qui intimide la majorité pacifique des étudiants. Mais cette minorité agissante parvient à faire reculer les conseils d’administration universitaires et les ministères.

L’idéologie de ce mouvement est pour le moins radicale, plusieurs militants de « Rhodes doit tomber » ont ainsi exprimé leur solidarité avec un autre meneur étudiant noir, Mcebo Dlamini. Ce dernier a déclaré plus tôt cette année qu’il « aimait » Adolf Hitler et l’admirait pour ses « compétences organisationnelles ». « Rhodes doit tomber » a publié plusieurs gazouillis sur Tweeter en solidarité avec le mot croisillon #FreeMceboDlamini.

Un pays à la xénophobie récurrente

L’insurrection contre les statues « coloniales » a coïncidé avec une vague d’agressions xénophobes en Afrique du Sud contre des commerçants immigrés originaires du Pakistan, du Bangladesh et d’autres pays africains.

Cette violence xénophobe est le fait des couches les plus pauvres de la population noire, elle cible ce que les Sud-africains appellent les amakwerekwere (les « barbares », « ceux qui parlent mal »). Elle est résolument antagoniste, en apparence, à la rhétorique panafricaine qu’adoptent les mouvements étudiants sud-africains. Mais cette contradiction n’est peut-être que superficielle : les étudiants noirs adoptent une phraséologie panafricaine quand il s’agit de s’opposer aux blancs (« non africains »), car c’est un discours respectable auprès des médias et des intellectuels occidentaux. Les pauvres des cités noires n’ont pas ces scrupules : ils s’attaquent aux étrangers africains ou asiatiques qui voleraient le boulot des pauvres sans ressentir le besoin de parer leurs actes d’une idéologie noble comme le panafricanisme.

Le Mozambicain Emmanuel Sithole fut attaqué par quatre inconnus le 18 avril 2015 à Alexandria, une cité de Johannesbourg. Ils le frappèrent avec un gourdin et le poignardèrent. Sithole mourra à l’hôpital de ses blessures. Voir le reportage de CNN au complet.
   
Recul du gouvernement sur la hausse des frais de scolarité

Six mois après l’élimination de la statue de Rhodes à l’université du Cap, l’intimidation violente n’a pas pris fin.

De nombreux manifestants ont marché sur le Parlement pour se plaindre des frais universitaires élevés. Le gouvernement de l’ANC, pourtant à court d’argent, a reculé et a annulé l’augmentation prévue des frais.

Depuis lors, les mêmes manifestants continuent de protester, ils ont détourné le mécontentement lié à la hausse des frais de scolarité et perturbent les cours, détruisent des biens, intimident leurs opposants et ont même été jusqu’à jeter des excréments là où se tenaient des examens. Des professeurs désespérés ont été forcés de tenir des examens dans des lieux secrets autour du Cap, lieux que « Rhodes doit tomber » a néanmoins réussi à débusquer, à infiltrer et à fermer.

Cecil Rhodes en Colosse de Rhodes qui voulait relier le Cap au Caire par le train et le télégraphe


L’année universitaire 2016 a commencé par de nouveaux troubles

Pendant ce temps, au Cap, après les grandes vacances de l’été austral, les étudiants noirs de l’UCT ont commencé leur nouvelle année universitaire (elle commence en janvier en Afrique du Sud) par de nouvelles protestations. Cette fois-ci, ils se plaindraient du manque de place dans les résidences universitaires accessibles aux étudiants pauvres (et donc en majorité aux noirs). Ils ont pris d’assaut le campus et se sont emparés d’œuvres d’art pour les brûler. La plupart des peintures qu’ils ont entassées sur un feu de joie étaient des portraits de figures historiques blanches. Il s’agirait, a déclaré un manifestant, de « symboles du colonisateur ».

Lancement de pierres sur des peintures de blancs au Cap

Un autre manifestant a fièrement posté des photos du feu de joie sur Twitter, où l’on voit les flammes lécher une plaque commémorative de Jan Smuts, un général éduqué en partie à Cambridge qui fut deux fois premier ministre de l’Afrique du Sud et qui participa à l’écriture du préambule de la charte fondatrice de l’ONU. Le gazouillis qui accompagne la photo proclamait : « La blancheur brûle ».

Parmi les œuvres qu’ils ont réduites en cendres se trouvait une peinture à l’huile de 1993 par un artiste antiapartheid noir, Keresemose Richard Baholo. Elle s’appelait « La torche éteinte de la liberté universitaire », un élément d’une série de tableaux qui illustrent des manifestations étudiantes tenues à l’université pendant le régime blanc de l’apartheid.


Résurgence de l’antagonisme racial, fort chômage persistant

Les protestations sont symptomatiques d’une résurgence de l’antagonisme racial en Afrique du Sud, attisé par une culture du ressentiment, le ralentissement économique et un chômage élevé persistant.

Le chômage en Afrique du Sud a ainsi atteint au premier trimestre 2015 un niveau inégalé depuis 2003, à 26,4 % de la population active en recherche d’emploi. Sur 35,8 millions de Sud-Africains en âge de travailler (15-64 ans), près de huit millions sont sans emploi dont 5,5 millions au chômage qui cherche activement à travailler (+ 9,2 % sur un an) et 2,4 millions de « découragés » — selon la terminologie statistique — ayant renoncé à chercher du travail. C’est pourquoi les agences indépendantes parlent de plus de 40 % de chômage réel avec des pointes à 80 % dans certaines régions.

Environ 17 millions de Sud-africains reçoivent des prestations sociales, cependant que plus 13 millions ne survivent que grâce au versement d’une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital. En 2014, 65 % des familles noires vivaient ainsi en dessous du seuil de pauvreté.

L’état des lieux de l’économie sud-africaine a été dressé dans le « Rapport économique sur l’Afrique » pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine. Pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud a ainsi été classée parmi les 5 pays « les moins performants » du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland, quatre pays en faillite...

Tout cela a fait dire à Julius Malema, le bouillant chef noir, « qu’en Afrique du Sud, la situation est pire que sous l’apartheid. La seule chose qui ait changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs ». À la suite de plusieurs esclandres et déclarations fracassantes, Julius Malema a été exclu en 2012 de l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de l’Apartheid. Malema a ensuite fondé un parti anticapitaliste et panafricaniste, les Economic Freedom Fighters (EFF), dont le programme politique est axé sur l’expropriation des terres et la nationalisation des mines sans compensation. Aux élections générales sud-africaines de 2014, EFF a obtenu 6,4 % des voix et est devenu le troisième parti du pays après l’ANC et la Democratic Alliance (DA), parti libéral souvent considéré comme le parti des blancs malgré ses efforts d’africanisation. [Mise à jour septembre 2016 : Aux élections municipales d’août 2016, l’EFF a rassemblé 8,3 % des voix derrière l’ANC à 55,6 % et la DA à 24,5 %.]

L’EFF de Julius Malema n’hésite pas à racialiser les conflits : « la lune de miel est finie pour les blancs en Afrique du Sud ».

En dépit de ses outrances, Julius Malema dit, en partie, vrai car économiquement et socialement, un abîme s’est en effet creusé entre, d’une part, une minorité de privilégiés noirs, les « diamants noirs », bénéficiaires des politiques contraignantes de discrimination positive et, d’autre part, des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de fréquents mouvements de revendication. N’étant pas entendus par les dirigeants, ces derniers ne voient souvent que la violence pour s’exprimer. L’Afrique du Sud est ainsi quotidiennement secouée par des mouvements sociaux de plus en plus fréquents, qui prennent régulièrement un tour quasi insurrectionnel. Les immigrés en sont les premières victimes lors d’émeutes xénophobes.

 Un président et un gouvernement soupçonné de corruption

Aux difficultés économiques du pays, au peu de progrès d’une majorité de la population noire se mêlent des scandales qui secouent le gouvernement ANC au pouvoir depuis plus de 20 ans.

Deux des frères Goupta
Une nouvelle affaire à la mi-mars a plongé le Président Jacob Zuma dans la tourmente. Un membre du gouvernement, le vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas, a révélé dans un communiqué de presse avoir été approché par une richissime et influente famille d’hommes d’affaires indiens, les Goupta, très influente dans le secteur minier, les médias, l’ingénierie ou encore l’informatique. Ceux-ci lui auraient proposé le poste de son patron, le ministre des Finances.

L’affirmation de M. Jonas, contestée par la famille Goupta, suit d’autres incidents similaires. Notamment celui de Vytjie Mentor, une ancienne députée du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, qui a affirmé sur sa page Facebook qu’elle s’était aussi fait offrir un poste ministériel par les membres de la famille Gupta.

En 2013, un énorme scandale secoue le pays lorsqu’un avion privé des Goupta transportant des invités étrangers à un mariage atterrit sur une base militaire sud-africaine. Les invités échappent au contrôle des douanes et sont convoyés sous escorte policière vers le lieu de la noce.

L’amitié qu’entretient le président sud-africain Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009, avec cette grande famille d’immigrés le plonge encore dans la tourmente après celui de sa luxueuse résidence privée rénovée aux frais des contribuables.

Au début des années 2010 éclata l’affaire qui continue à poursuivre le président. Sa résidence privée à Nkandla, dans la campagne du pays zoulou, avait été remise à neuf aux frais de l’État pour un montant de 30 millions de dollars canadiens (20 millions d’euros).

Président Zuma
Face au scandale, le ministre de la Police a expliqué qu’il s’agissait de travaux « de sécurité » : la piscine est « un réservoir d’eau en cas d’incendie », l’enclos pour bétail « une barrière pour que les vaches ne touchent pas les clôtures électriques », et l’amphithéâtre « un mur incliné de protection ».

Le jeudi 31 mars 2016, la Cour constitutionnelle a demandé au président de rembourser une partie des travaux, estimant à l’unanimité qu’il a violé la Constitution.

Un taux de réussite au secondaire qui gonfle le nombre d’étudiants mal préparés

C’est sur fond de corruption, de ralentissement économique, de xénophobie et de chômage endémique qu’il faut appréhender les troubles les plus récents dans les universités sud-africaines.

Rappelons d’abord que les Blancs, bien qu’il ne forme plus que 8 % de la population totale (leur nombre ne fait que baisser depuis la fin de l'apartheid), représentent 46,3 % des travailleurs possédant un diplôme universitaire.

Plus de deux décennies après la fin de l’apartheid, de nombreux noirs sont toujours très mal lotis, le plus souvent parce qu’ils sont mal formés et à cause de l’incapacité du gouvernement à résoudre ce problème de formation.



Le taux de réussite aux examens de fin du secondaire en Afrique du Sud (appelé la « matriculation ») n’a fait que croître ces dernières années pour passer de 46 % en 1996 à 78,2 % en 2013.

Mais pour « réussir » ces examens, un étudiant ne doit obtenir que 40 % en 3 matières — dont une doit être sa langue maternelle — et 30 % dans 3 autres matières.

En outre, les candidats à la matriculation choisissent de plus en plus des sujets faciles. C’est ainsi que si, en 2010, 263 034 lycéens avaient présenté l’examen de mathématiques, ce chiffre était descendu à 241 509 élèves en 2013. À l’inverse, le nombre d’élèves qui présentent l’examen de « culture mathématique », une matière plus facile, est passé de 280 836 en 2010 à 324 097 en 2013.

Le Forum économique mondial basé en Suisse a classé le système éducatif sud-africain en 146e positon sur 148 pays — et dernier en mathématiques et en sciences. Ce n’est pas faute d’argent. L’éducation engloutit un cinquième du budget de l’État, un des plus hauts pourcentages au monde. Les enseignants sont relativement bien payés. Mais les normes sont peu élevées et les résultats lamentables. Seuls quatre élèves sur dix qui commencent l’école obtiennent le diplôme d’études secondaires même si la note de passage n’est que de 30 %, déclare l’OCDE. À peine 12 % des élèves obtiennent des notes suffisamment élevées pour entrer à l’université. Et seuls 11 % obtiennent une note de 40 % ou plus en mathématiques, la grande majorité en provenance d’écoles privées « historiquement blanches », comme on dit en Afrique du Sud.

Malgré le faible pourcentage de diplômés du secondaire qui peuvent s’inscrire à l’université, étant donné leurs faibles notes à l’examen final du secondaire, le nombre d’étudiants dans les universités sud-africaines a fortement crû ces vingt dernières années : il est passé de 495 355 en 1994 à 1 002 110 en 2014. Les noirs représentent aujourd’hui environ 80 % des étudiants dans les universités sud-africaines.

Rappelons qu’en même temps que les universités sud-africaines « historiquement blanches » — il en existait réservées pour les noirs, les métis et même les Indo-Pakistanais sous l’apartheid — s’ouvraient à une clientèle noire, souvent mal préparée, les conditions d’admission des blancs étaient durcies dans certaines facultés. C’est ainsi que, selon le Sunday Times, pour avoir une chance réaliste d’être admis au programme de cinq ans en médecine à l’Université du Cap, un élève blanc doit avoir obtenu au moins 90 % pour cinq sujets lors des examens de fin du secondaire et au moins 80 % pour le sixième de ceux-ci. Les étudiants noirs, par contre, n'avaient besoin que de notes entre 70 % et 79 % dans six matières et au moins 50 % à l’examen national de compétence pour avoir une bonne chance d’obtenir une place. Le vice-recteur de l’université du Cap, Price, avait déclaré en 2011 que les blancs et les Indo-Pakistanais combleraient 150 des 200 places en médecine si la race n’était pas utilisée pour déterminer qui peut être admis dans la faculté de médecine du Cap. Toutefois, en raison  des politiques de discrimination en faveur des noirs, seuls 80 blancs et Indiens ont pu s’inscrire en médecine à l’UCT, alors que 80 places étaient réservées aux noirs et 40 pour des métis. La population métisse est majoritaire dans la province du Cap occidental, bassin naturel de l’UCT : 50,2 % en 2007, les Blancs y représentent 18,4 % de la population.

Mais si le nombre des étudiants admis a gonflé ces dernières années, le nombre d’étudiants qui réussissent leurs études universitaires est très bas et, plus grave encore, ce taux de réussite — qui oscille entre 15 et 20 % — diminue depuis plusieurs années. En d’autres termes, 80 à 85 % des étudiants qui s’inscrivent en première année dans une des 26 universités publiques échoueront leurs études ou les abandonneront…

L’État sud-africain alloue 9 milliards de rands (750 millions de $) par an en subventions aux étudiants, tandis que les subventions d’exploitation aux 26 universités du pays totalisent 72 milliards de rands (6 milliards de $) sur trois ans. Les 80 à 85 % d’échec représentent donc des pertes très importantes pour l’État et les contribuables (lesquels sont en grande partie blancs).

En effet, seuls treize pour cent des 53 millions sud-africains paient des impôts sur le revenu, mais 99 % des impôts payés le sont par 3,3 millions de contribuables, la majorité de ceux-ci sont des blancs, des Asiatiques (les grands bénéficiaires de la fin de l’apartheid, voir le graphique ci-dessous) et des métis.


Entretemps, 36 pour cent du budget du pays est affecté aux salaires d’une fonction publique pléthorique dont l’inefficacité a conduit à l’éclosion d’une industrie de services privés parallèles qui se substitue aux services gouvernementaux dans les secteurs de la sécurité, de la scolarité, des postes, communications et de la santé. On a donc vu apparaître en Afrique du Sud non seulement des écoles, des hôpitaux, des services de gardiennage très nombreux et des messageries privés, mais également une université privée afrikaans au sud de Prétoria (Akamedia).


Des difficultés de logement créées par les manifestations précédentes

Parmi les plaintes des manifestants en ce début de 2016, figure « la revendication invraisemblable », selon The Economist de Londres, que les Blancs auraient un accès préférentiel aux résidences universitaires. Des manifestants ont, notamment, érigé une cabane en tôle ondulée sur l’imposant terrain de l’UCT pour représenter les rudes conditions de vie dans les cités noires. Ils y ont ajouté des toilettes portables et renversé de gros cageots en plastique comme chaises.

Certains ont commencé un braai (les Sud-africains sont férus de barbecue – pendant toute l’année), grillé des saucisses et des côtelettes sur charbon de bois. Les flammes se sont propagées. Le petit groupe d’étudiants a refusé de retirer la cabane qui, selon les responsables de l’université, bloquait la circulation, puis a saccagé les environs. Ils ont brûlé une voiture, un bus et le bureau de Max Price, le vice-recteur de l’université. Le même Price qui avait acquiescé si facilement à l’enlèvement de la statue de Rhodes. « Il est tout à fait regrettable qu’un mouvement qui a commencé avec une telle promesse et qui prétend se battre pour la justice sociale ait maintenant dégénéré en un groupe qui se livre à la criminalité », a déclaré M. Price.

Manifestation à Prétoria au mois d’octobre 2015 devant les bâtiments de l’Union (siège du gouvernement) au sujet des frais d’inscriptions universitaires. Une centaine d’étudiants y furent arrêtés.

Il ne reste plus grand-chose des motifs qui avaient incité les étudiants à descendre dans la rue en octobre 2015 quand ils avaient été soutenus par une grande partie de la population alors qu’ils dénonçaient les frais de scolarité universitaires élevés qui mettent souvent l’université hors de portée pour les étudiants noirs issus de familles pauvres. La pénurie de logements à l’UCT prend en partie sa source dans le succès de ces manifestations, car le nombre d’inscriptions a augmenté grâce à des frais moins élevés et des mesures visant à réduire l’endettement des étudiants. En outre, certaines chambres dans les résidences sont toujours occupées par des étudiants dont les examens ont été reportés à cette année en raison des manifestations de l’an dernier.

Parmi les étudiants arrêtés pour les dégradations de biens à l’UCT, on en retrouve qui, de façon évidente, ne sont pas pauvres. C’est le cas du fils du chef de la direction d’Eskom, l’entreprise publique productrice d’électricité.

En janvier et en février, d’autres universités ont également été la proie de manifestations violentes, en grande partie en raison des frais d’inscription et du surpeuplement. Un meneur étudiant à l’Université Walter Sisulu (est du pays) a déclaré au Daily Sun, un tabloïd : « Nous allons tout détruire. »

Pendant ce temps à l’Université Witwatersrand à Johannesbourg (nord du pays), après une journée de protestation et l’arrestation de 14 étudiants, l’université a déployé plus de vigiles pour protéger le personnel, les étudiants et les biens de l’institution. Les étudiants arrêtés ont été accusés d’avoir occupé illégalement un bâtiment d’administration, de tentative d’incendie, de dégradation volontaire de biens et d’avoir mis le feu à un matelas dans une des bibliothèques universitaires.

On a également accusé le mouvement « Les Frais doivent baisser » d'avoir incendié un bus universitaire, mais les membres de cette organisation ont dénoncé cet incident.

Nouveaux motifs de protestations : l’existence de cours optionnels en afrikaans

Officiellement, l’Afrique du Sud a 11 langues officielles.

Cela donne l’impression d’un pays ouvert, tolérant et qui valorise la diversité. En réalité, cette multiplicité a surtout servi à imposer l’anglais à tous et à éliminer l’afrikaans, seule langue officielle à travers le pays avec l’anglais jusqu’en 1996. Jusqu'à cette époque, les langues « bantoues » étaient valorisées dans les différents États croupions réservés aux différentes ethnies noires.

Rappelons que l’afrikaans est la langue maternelle de nettement plus de personnes que l’anglais en Afrique du Sud. Et même si l’afrikaans est considéré par de nombreux noirs comme la langue de l’apartheid, cette langue est parlée par plus de métis — également victimes de l’apartheid — que de blancs.




L’éducation en langue maternelle bantoue (9 des langues officielles) est également en retrait depuis la fin de l’apartheid. Cette éducation (à l’école primaire surtout) était considérée par de nombreux noirs comme une ruse utilisée par le régime d’apartheid pour leur imposer une éducation de moindre qualité et les tenir loin des carrières et des postes valorisants. Pour les partisans de l’apartheid, par contre, l’Afrique du Sud était un assemblage d’États ethniques qui devaient rester séparés (« à part », d’où apartheid) pour assurer la survie culturelle de ces ethnies et principalement celles des Afrikaners. À l’époque du régime blanc, l’éducation en langue maternelle était une chose normale tant pour les Afrikaners que les populations noires ou anglophone.

Répartition de l’afrikaans et l’anglais comme langue maternelle des Sud-Africains blancs (bleu : afrikaans en majorité, rouge l’anglais en majorité, plus la couleur est foncée, plus la majorité est grande, le bleu foncé = 87,5 % à 100 % des familles blanches ont l’afrikaans comme langue maternelle).


Avec l’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994, une autre philosophie s’est imposée, loin d’une rhétorique tolérante valorisant la diversité : celle de la discrimination positive en faveur des Noirs et de l’« unité » y compris scolaire et linguistique autour de l’anglais. L’anglais est d’ailleurs la langue qui a connu la plus forte augmentation dans son nombre de locuteurs passant de 8,2 % de la population qui le parlaient comme première langue en 2001 à 9,6 % en 2011 alors que quasiment toutes les dix autres langues officielles ont vu leur nombre relatif de locuteurs baisser, l’afrikaans étant une des exemptions, mais pour ne progresser que de 0,2 % pendant ces dix ans.

Il y avait en 1994, une série d’universités blanches anglophones (universités du Cap, de Durban, Witwatersrand, Rhodes) et d’autres « afrikaansophones » (universités de Stellenbosch, Prétoria, de l’État libre d’Orange, de Potchefstroom, du Rand). Toutes les universités enseignant en afrikaans ont dû s’ouvrir à la diversité raciale et linguistique. Les deux choses ne sont pourtant pas la même chose : on aurait pu garder des universités multiraciales enseignant en afrikaans (c’était chose facile à Stellenbosch par exemple où la population non blanche locale parle aussi l’afrikaans comme langue maternelle). Mais l’on décida d’imposer l’anglais partout au nom de la « diversité » et de l’« ouverture ».

Les militants noirs veulent maintenant passer à l’étape suivante : éliminer l’afrikaans des anciennes universités afrikaans au nom de « l’unité », laquelle ressemble de plus en plus à l’uniformité et à la volonté d’éradiquer la langue afrikaans de la vie publique.

EuroNews n’explique pas pourquoi les étudiants blancs pourchassent un noir avec un mégaphone, mais quelqu’un a filmé les scènes que ne montre pas EuroNews, voir ci-dessous

Près de la grille, un noir muni d’un haut-parleur frappe une jeune femme blanche à plusieurs reprises de son mégaphone, une course poursuite s’en suit (Euronews ne montre que la méchante foule blanche qui poursuit un noir). Lors de heurts à l’Université de l’État libre d’Orange en février 2016.

Violences de la fin février dans les universités

À la fin février, deux cents manifestants ont affronté la police devant l’Université de Prétoria, où plusieurs étudiants ont également été arrêtés le 19 février. La police a dû tirer des salves de balles en caoutchouc alors que les militants noirs lançaient des pierres.

Le groupe exige que l’afrikaans ne soit plus utilisé comme une des langues d’instruction dans les universités. Notons qu'il n’y est obligatoire que dans l’étude de cette langue. Tous les autres cours sont offerts en anglais (et parfois aussi en afrikaans).

Selon Lungile Sonwabo, membre des combattants de la liberté économique (EFF) trop d’argent est consacré à l’afrikaans.

« Cet argent pourrait servir à des bourses et à des résidences, car ils se plaignent toujours de ne pas pouvoir accueillir plus d’étudiants. Mais il y a toujours de l’argent pour l’afrikaans. »

Ces manifestations contre l’afrikaans se sont accompagnées, comme à l’accoutumée, d’intimidations et de violences.

Un incendie déclenché par des étudiants noirs manifestant contre la possibilité d’étudier en afrikaans a touché les bâtiments d’une université dans la province du Nord-Ouest.

L’université où a eu lieu l’incendie volontaire a été fermée pendant un mois, elle n’a rouvert ses portes que le 30 mars 2016. Deux autres universités sud-africaines ont également été fermées à la suite d’incidents.

Parties du bâtiment incendié à l’Université du Nord-Ouest (NWU) au campus de Mafikeng (ancien Mafeking)


La même semaine, l’Université de Prétoria a été le théâtre de heurts entre étudiants noirs et blancs, lors d’une manifestation pour dénoncer l’enseignement optionnel en afrikaans, la langue de la minorité blanche en Afrique du Sud qui avait instauré l’apartheid.

« Les autorités de l’université rencontrent actuellement différents représentants étudiants et des responsables pour résoudre les problèmes liés à l’enseignement », a déclaré une porte-parole de l’Université de Prétoria, Anna-Retha Bouwer.

L’Université de l’État libre (d’Orange), à Bloemfontein (centre du pays), a aussi fermé ses portes après des incidents raciaux sur fond de revendications sociales lors d’un match de rugby sur le campus.


L’anglais comme véhicule de la haine des Afrikaners

Pour le professeur Danie Goosen de la Fédération des unions culturelles afrikaans (FAK), quand les étudiants désireux d’étudier en anglais ne formaient que 14 % des étudiants de l’Université de Prétoria, l’université a consenti de gros efforts pour leur permettre d’étudier dans la langue qu’ils préféraient.

Mais maintenant que, grâce à l’ouverture à de nombreux étudiants noirs, souvent mal préparés, le nombre d’étudiants préférant l’afrikaans est tombé à 30 %, le multilinguisme de l’établissement devient soudainement intolérable et un gaspillage de précieuse ressource. Ainsi, le multilinguisme a-t-il d’abord été imposé pour promouvoir la « diversité » et ensuite l’unilinguisme anglais est prôné violemment au nom de l’unité (« il faut que tous apprennent à travailler ensemble le plus tôt possible ») et de l’efficacité. Ce n’est pas sans rappeler ce qui fut fait au Canada quand on interdit au début du XXe siècle les écoles en français hors Québec : c’était aussi pour promouvoir l’unité.

Pour certains Afrikaners, l’anglais devient le véhicule d’une haine ethnique mal déguisée, il sert à éliminer l’afrikaans et la culture afrikaans.


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Les langues en Afrique du Sud depuis 1994 (écrit en 2010)

Séries de vidéos sur les manifestations et les violences, conflits ethniques sur les campus en Afrique du Sud (non sous-titrés)


Étudiants d’Afriforum (nationalistes afrikaners) à gauche contre les militants de l’EFF (parti africaniste de Julius Malema) à droite, à l’université de Prétoria

« Étudiante » d’UCT (en rouge) encourage qu’on fasse des dégâts à la voiture blanche parce que son conducteur blanc veut rouler sur la route et ne respecte pas la « révolution ».


Discrimination à la faculté vétérinaire de Prétoria (Onderstepoort), seuls 22 étudiants blancs furent admis sur les 140 acceptés, malgré d’excellentes notes (30 étudiants blancs avec 6 distinctions aux examens finaux du secondaire — mention TB — furent rejetés). La mère d’une étudiante blanche se demande pourquoi sa fille qui est née après la fin de l’apartheid devrait payer pour l’apartheid, malgré ses excellents résultats. Un autre candidat dit que les bons éléments iront étudier à l’étranger et que le pays continuera de souffrir d’un manque de vétérinaires. [Il en va de même pour les médecins et les ingénieurs.]



Violence à l’université de Prétoria (campus de Hatfield), la séquence commence avec un noir qui frappe par l’arrière d’une pierre la tête d’un étudiant blanc. Pour le représentant d’Afriforum, l’EFF est l’agresseur et ses militants ne sont pas là pour étudier.



Étudiants (noirs) exigent qu’aucun cours ne soit plus donné en afrikaans au collège d’agronomie Elsenburg à Stellenbosch. Un des « étudiants » noirs (avec une cape noire) chante « Shoot the Boer » (tuez le Boer, l’Afrikaner ou le fermier afrikaner).


Reportage de la télé d’État (SABC) sur les manifestations à l’Université de Prétoria

L'ouverture des frontières, une erreur ?

Article de Die Zeit, hebdomadaire hambourgeois qui paraît tous les jeudis à 540 000 exemplaires. C’est un journal hebdomadaire libéral d’information et d’analyse politique.

Depuis son petit bureau de l’université de Cambridge [en face de Boston], David Autor prépare la révolution mondiale. Professeur d’économie au célèbre Massachusetts Institute of Technology, il vient de publier une étude dont les résultats semblent remettre en question plus de deux cents ans d’histoire de l’économie : ériger des murs et des barrières ne serait pas forcément une mauvaise idée.

L’étude a rendu son auteur célèbre du jour au lendemain : The Economist s’en est fait l’écho[1], le New York Times également — jusque dans les sphères du pouvoir berlinois, on reconnaît aujourd’hui le potentiel explosif du document. Angela Merkel veut empêcher à toute force que la crise des migrants n’entraîne une fermeture des frontières, ce qui menacerait « les fondements de notre prospérité ». Et si les fondements de notre prospérité étaient ailleurs ?

Voilà encore quelques années, rares étaient les grands économistes qui se posaient la question. Depuis qu’Adam Smith a jeté les bases des sciences économiques modernes, au XVIIIe siècle, les représentants de la profession se veulent partisans de l’ouverture. Leur argument est le suivant : si les marchandises, le travail et les capitaux circulent sans entraves, la prospérité générale s’en trouve améliorée, car chaque pays peut alors exploiter ses points forts. En son temps déjà, Adam Smith observait qu’il était peu judicieux pour les Écossais de faire pousser du raisin dans le brouillard et le crachin quand le vin pouvait être importé d’un pays ensoleillé, comme le Portugal.

Pauvreté absolue. De fait, la mondialisation a considérablement élevé le degré de prospérité de nombreux habitants d’Amérique latine et d’Asie. Entre 1990 et 2015, la proportion de personnes vivant dans la pauvreté absolue, selon la définition de la Banque mondiale, est passée de 37 % à moins de 10 % dans le monde. En 1980, le revenu moyen par habitant des pays émergents et en développement s’établissait à 14 % de celui des pays industrialisés. Aujourd’hui, il se monte à 23 % environ. À l’échelon mondial, le fossé entre riches et pauvres ne s’est pas creusé ces dernières années ; il s’est resserré.

Mais voilà, pour David Autor, ce sont les salariés des pays industrialisés qui en paient le prix. L’économiste s’est intéressé aux répercussions de la concurrence grandissante des fournisseurs chinois à bas coût sur le niveau de vie des salariés américains. Jusqu’à présent, les experts supposaient que les travailleurs de base qui perdaient leur emploi en retrouvaient un dans une autre branche, parfois même mieux payé : des ouvriers à la chaîne devenaient ingénieurs ou agents immobiliers. C’est ce que l’on peut lire aujourd’hui dans les manuels d’économie.

Or, visiblement, c’est plutôt rare dans la pratique, soit parce que les gens ont du mal à se reconvertir, soit parce qu’il n’y a tout bonnement pas assez d’emplois créés. D’après David Autor, la montée en puissance de la Chine aurait ainsi entraîné la destruction de 2,4 millions d’emplois aux États-Unis après l’an 2000. Dans les régions frappées de plein fouet par les mutations structurelles, comme le Midwest, certains salariés ont vu leurs revenus fondre comme neige au soleil et sont restés tributaires de l’aide de l’État pendant des années.

Une équipe réunie autour de Jens Südekum, professeur d’économie à Düsseldorf, a réalisé une étude du même type pour l’Allemagne. Il en ressort que les salariés touchés par la concurrence asiatique ont généralement moins de mal que leurs homologues américains à trouver un nouveau poste — notamment parce que les industries exportatrices ont créé beaucoup d’emplois. Pourtant, tous les Allemands ne retrouvent pas rapidement un emploi bien rémunéré après un licenciement. L’ouverture des frontières s’accompagne donc d’« effets redistributifs considérables ». La mondialisation ne rend pas tout le monde riche ; elle enrichit certains et en appauvrit d’autres — dans des proportions qui surprennent la plupart des économistes.

Des revenus stagnants, peu ou prou, depuis 15 ans

D’après une étude de Branko Milanovic, [ancien] économiste à la Banque mondiale, entre 1988 et 2008, les travailleurs situés dans la moyenne supérieure [le 80 pourcentile] de l’échelle mondiale des revenus n’ont connu pour ainsi dire aucune augmentation de leurs revenus réels. Or c’est à cette catégorie qu’appartiennent la plupart des salariés des vieux pays industrialisés. Pour Branko Milanovic, cette « érosion de la classe moyenne » est l’une des causes principales du déclin des partis démocratiques traditionnels. L’ouverture des frontières a conforté les populistes qui veulent aujourd’hui les refermer.

Ce nouveau scepticisme à l’égard de la mondialisation touche même le Fonds monétaire international (FMI) — qui passe pour être le cœur idéologique du capitalisme financier. Le FMI vient ainsi de publier une étude dans laquelle il invite ses quelque 200 États membres à réduire (sous certaines conditions) les mouvements de capitaux transfrontaliers. L’organisation de Washington affirmait depuis des années que l’économie de marché acheminait le capital là où son utilisation était optimale — et elle a dû assister, impuissante, à la déstabilisation de pays entiers par les mouvements de capitaux spéculatifs.

À l’évidence, les avantages économiques de l’ouverture des frontières ont souvent été surestimés par les instances officielles. En 1988, par exemple, une équipe de chercheurs mandatée par la Commission européenne pour évaluer les bienfaits du marché commun a estimé qu’il se traduirait par 5 millions d’emplois supplémentaires et une hausse du PIB de 7 %. Les dernières études en date chiffrent les gains de croissance à environ 2 % seulement.



Pertes de croissance. En revanche, le préjudice économique induit par le rétablissement des contrôles aux frontières serait modéré en Europe. Même la fondation Bertelsmann, pourtant favorable à des frontières ouvertes, chiffre les pertes de croissance pour l’Allemagne à 77 milliards d’euros sur dix ans, du fait, notamment, de l’allongement des délais dans le transport de marchandises. Rapporté à une année, cela ne représente que 0,2 % du PIB, soit grosso modo le budget du ministère du Développement et de la Coopération économique. Pas de quoi faire couler le pays.

L’ouverture des frontières a-t-elle donc été une erreur historique qu’il convient de réparer au plus vite, comme le réclament les détracteurs de la mondialisation de droite et de gauche ? Ce n’est pas aussi simple. Même les sceptiques comme David Autor ne remettent pas en question l’idée que la liberté des marchés a enrichi la planète. Mais ils nous mettent en garde : attention à ne pas occulter les revers de ces mutations.

Comme le formule Clemens Fuest, président du Centre pour la recherche économique européenne de Mannheim, il existe un « degré optimal d’ouverture des frontières ». Au bout du compte, les États doivent peser tous les intérêts dans la gestion de leurs frontières. Ce calcul est aussi fonction de la réalité économique et sociale : de l’ampleur des inégalités que la population est capable d’endurer. Ou de la tolérance au changement d’une société. On ne pourra pérenniser l’ouverture des frontières que si l’on veille à ce que les gains de la mondialisation ne bénéficient pas qu’à une minorité.


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[1] La mondialisation peut améliorer le sort de tous. Cela ne signifie pas que cela sera le cas. (“Globalisation can make everyone better off. That does not mean it will »), 6 février 2016

vendredi 1 avril 2016

Vacances de printemps


Notons que les immigrés (dont certains sont profondément chrétiens) n'ont rien à voir avec cette histoire d'appellation des vacances... Mentionner Pâques donne plutôt de l'urticaire aux laïcistes.

jeudi 31 mars 2016

France — Des animateurs et professeurs soupçonnés de pédophilie mutés et non suspendus

La pédophilie au sein de l'école est encore un sujet tabou, mais certains parents ne veulent plus se taire. En un an, l'association "Enfance en danger" a été saisie de dix nouvelles affaires, concernant plus de 200 enfants. Une mère qui souhaite rester anonyme témoigne. En octobre dernier, son fils de sept ans, scolarisé à Courbevoie, lui a confié un lourd secret. "Il s'est confié à moi un matin au réveil. Je pensais qu'il faisait un cauchemar et en fait il identifie un animateur. Il s'est rendu compte que ce qu'il s'est passé avec cet animateur n'était pas normal puisqu'il s'est isolé avec lui, il y a eu des bisous sur la bouche, des touches kiki, des choses comme ça", explique la mère de famille.


Pédophilie dans l'Éducation nationale : les associations montent au créneau

Une vingtaine de cas recensés

Cette famille a été la première à porter plainte. L'animateur, un jeune homme de 26 ans assurait les activités périscolaires dans les écoles de Courbevoie. La brigade des mineurs a décidé d'entendre un à un les enfants et a recensé à ce jour une vingtaine de victimes. Pour l'avocate des familles, il faut aussi rechercher les auteurs du dysfonctionnement.

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mercredi 30 mars 2016

Étude française — collégiens et pratique religieuse

En février dernier, le CNRS a publié les premiers résultats de l’enquête Les adolescents et la loi. Dirigée par Sebastian Roché, Sandrine Astor et Guillaume Roux, elle s’est faite dans le cadre de la 3e édition de l’enquête internationale de victimisation et de délinquance autodéclarées. Elle cherche notamment à déterminer le rapport entre les jeunes et les institutions publiques, mais également à étudier les pratiques sociales et culturelles des adolescents, et les valeurs qui les tendent.

Pour ce faire, plus de 9 000 collégiens (de la 5e [12 ans] à la 3e [15 ans]) des Bouches-du-Rhône (sud de la France) ont été interrogés. Répartis dans 91 établissements scolaires, ils forment un échantillon extrêmement large, qui permet de mieux connaître les jeunes de la France « métissée » d’aujourd’hui.

Si cette étude aborde de nombreuses questions, allant de l’environnement familial des élèves à leurs pratiques délinquantes en passant par leur rapport à l’école, la partie 5, « Athéisme, religion et laïcité », met en lumière un véritable chiasme entre les élèves se disant musulmans et les catholiques.

Les auteurs remarquent une première grande différence entre les musulmans et les catholiques : la place que la religion a dans la vie des uns et des autres. Les musulmans sont 83 % à considérer que la religion est importante ou très importante dans leur vie quotidienne (ils sont qualifiés de musulmans affirmés), quand ce n’est le cas que de 22 % des catholiques.


Si l’on regarde dans le détail, on constate que les musulmans se sentent très largement liés aux membres de leur religion (78,7 %), beaucoup plus que les catholiques (30,3 %). De plus, les musulmans sont 90,7 % à être fiers de leur religion, ce qui n’est le cas que de 49,4 % des catholiques.


Les jeunes musulmans ont une vision rigoriste de leur religion : 84,9 % d’entre eux sont fortement ou complètement d’accord avec l’affirmation « il n’y a qu’une seule interprétation du livre sacré » ; ce n’est le cas que de 31,9 % des catholiques.


De même, 80,1 % des musulmans sont plutôt ou tout à fait d’accord avec l’affirmation selon laquelle « il faut appliquer scrupuleusement tous les principes de sa religion » ; ils ne sont rejoints que par 35,9 % des catholiques.


Cette vision rigoriste des choses a une application concrète dans le rapport des jeunes à la loi. Si une loi heurtait un principe religieux, 68,1 % des jeunes musulmans déclarent qu’ils suivraient le principe religieux, et 14,7 % qu’ils suivraient la loi. Les jeunes catholiques, eux, sont 33,9 % à privilégier le principe religieux, et 26,6 % à suivre la loi.



La religion a un rapport beaucoup plus important avec l’école et la culture chez les musulmans que chez les catholiques, quel que soit le degré de religiosité.

Prenons par exemple le rapport à la théorie de l’évolution. 71,8 % des musulmans affirmés (qui représentent 83 % des musulmans) pensent que Dieu a créé les espèces vivantes, et 6 % qu’elles sont le résultat de l’évolution. Chez les catholiques affirmés (qui représentent 22 % des catholiques), 48,2 % des jeunes interrogés pensent que Dieu a créé les espèces vivantes, 30 % qu’elles sont le résultat de l’évolution.

Il y a également une nette différence parmi ceux qui sont modérés. C’est ainsi que 39,5 % des musulmans modérés pensent que Dieu a créé les espèces vivantes, quand c’est le cas pour 14,8 % des catholiques modérés. 31 % des musulmans pensent que les espèces vivantes sont le fruit de l’évolution, contre 58,6 % des catholiques.

Les athées, eux, sont 66,3 % à penser que les espèces vivantes sont le résultat de l’évolution (et 5,7 % qu’elles ont été créées par Dieu, ce qui est quelque peu étonnant pour des gens qui se disent athées).




Les musulmans sont également beaucoup moins tolérants vis-à-vis du blasphème. 53,3 % des musulmans affirmés et 37,9 % des musulmans modérés pensent que les livres et films qui attaquent la religion devraient être interdits ; ce n’est le cas que pour 32,3 % des catholiques affirmés et 20,3 % des catholiques modérés.

Les athées sont 16,6 % à penser que les œuvres culturelles attaquant la religion devraient être interdites, et 37,1 % autorisées (soit moins que chez les catholiques modérés).


Le rapport entre hommes et femmes est également très différent pour les musulmans et les catholiques. Ainsi, 36,4 % des musulmans affirmés et 16,9 % des musulmans modérés trouveraient normal de séparer hommes et femmes à la piscine ; ce n’est le cas que pour 9,8 % des catholiques affirmés et 6,4 % des catholiques modérés. Quant aux athées, ils sont 5,3 % à trouver normale l’idée de séparer les hommes et les femmes à la piscine.



Quant au rapport aux homosexuels, 47 % des jeunes musulmans affirmés et 24,5 % des musulmans modérés considèrent que les homosexuels ne sont pas des gens comme les autres, quand ce n’est le cas que de 23,5 % des catholiques affirmés et de 16,8 % des catholiques modérés. Les athées, eux, sont 13,2 % à considérer que les homosexuels ne sont pas des gens comme les autres.



Rappelons que les musulmans sont 83 % à rentrer parmi les affirmés, quand les catholiques ne sont que 22 %…

Ces résultats sont riches d’enseignement. Ils démontrent que les jeunes musulmans ont une approche beaucoup plus rigoriste de leur religion que les jeunes catholiques. Surtout, ils montrent que le rapport aux femmes, aux homosexuels, à la tolérance religieuse ou à la science ne dépend pas tant du niveau de religiosité que de la religion en elle-même : les jeunes catholiques affirmés sont plus tolérants vis-à-vis des homosexuels que les jeunes musulmans modérés.

Cette étude pourrait indiquer que les fractures d’aujourd’hui ne se situent pas tant entre religieux conservateurs et athées progressistes, mais bien entre les diverses religions avec les musulmans d’un côté, les catholiques et les athées de l’autre. Pour d’autres, cette étude souligne des divergences culturelles (les athées et catholiques étant assez permissifs, individualistes et modernes) alors que les musulmans perpétuent une culture méditerranéenne traditionnelle.

Physique — La théorie des cordes

La théorie des Cordes : Qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?

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lundi 28 mars 2016

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique

Selon une étude australienne menée par Grant Tomkinson, les jeunes de 9 à 16 ans auraient perdu 25 % de leurs capacités cardiovasculaires. Dans un communiqué publié en février, la Fédération française de cardiologie s’était inquiétée des résultats de cette étude. « Concrètement, ils courent moins vite et moins longtemps : en 1971, un enfant courait 800 mètres en 3 min. En 2013, pour cette même distance, il lui en faut 4. Il est temps de recommencer à bouger ! » a ainsi commenté le Professeur François Carré, cardiologue au CHRU de Rennes.



Sur la chaîne de radio française Europe 1 lundi midi, le docteur Eric Saldmann a expliqué pourquoi.




« Les enfants bougent moins, font du gras, et seront des adultes malades ». Le constat dressé par le cardiologue et nutritionniste Eric Saldmann, sur Europe 1 lundi midi, est accablant, inquiétant. Il vient corroborer une étude australienne reprise par la Fédération française de cardiologie qui affirme qu’en 40 ans, les enfants ont perdu près de 25 % de leur capacité cardiovasculaire.

La sédentarité en cause. « Cette étude reflète ce qui se passe en Europe et aux États-Unis », précise le Dr Eric Saldmann. Pourquoi une telle aggravation sanitaire ? Pour le spécialiste, la sédentarité des enfants est manifestement en cause. « Ils courent moins vite, ils s’essoufflent, ils ont perdu en capacité cardiorespiratoire », complète-t-il. Les enfants « passent des heures et des heures devant des consoles à jouer à des jeux vidéo ». Mais ce n’est pas qu’à la maison que la position assise est privilégiée. À l’école, les enfants passent de nombreuses heures à travailler à leurs bureaux. « Il y a des activités physiques à l’école, mais ce n’est pas suffisant, il en faut beaucoup plus ».

Le sport, c’est aussi bon pour le cerveau. Faire davantage de sport à l’école, « c’est la clé », estime le cardiologue, prenant en exemple les pays anglo-saxons qui proposent à leurs élèves « moitié d’étude, moitié de sport ». Et les bienfaits d’un tel emploi du temps se ressentent aussi bien physiquement qu’intellectuellement. « Quand on fait beaucoup d’exercice, on a une meilleure mémoire, on est intellectuellement plus puissant », souligne le Dr Eric Saldmann. Enfants et adolescents peuvent également être moins anxieux grâce à la libération d’endorphine liée à la pratique sportive.

Se protéger des maladies. Le sport est un véritable « bouclier » contre les maladies cardiovasculaires. Mais pas que ! « Si vous faites 30 minutes d’exercice physique par jour sans vous arrêter, 1 004 molécules protectrices sont libérées », précise le spécialiste. Résultat : 40 % de chance en moins de développer un cancer ou un Alzheimer. De quoi donner envie de quitter son canapé.





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La pédagogie Montessori en quatre minutes

Connaissez-vous vraiment la pédagogie Montessori ? Cette méthode très en vogue en ce moment a été conçue par Maria Montessori. Découvrez en 4 minutes ces écoles étonnantes.



À noter que le psychiatre britannique Theodore Dalrymple s'oppose farouchement à cette philosophie, voir Enfants gâtés pourris, les dégâts du sentimentalisme. Il dit avoir vu les dégâts de cette philosophie appliquée à grande échelle parmi les couches populaires britanniques.


Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l'augmentation du nombre d'étrangers

David Rueda, professeur en sciences politiques à l’Université d’Oxford a mené une étude dans toute l’Europe sur l’acceptation des systèmes de redistribution par les différentes classes sociales en Europe.

Elle fait ressortir toute une série de conclusions intéressantes, mais dont certaines sont critiquables : partout en Europe de l’Ouest, la « solidarité » diminue en corrélation avec la proportion d’étrangers allogènes dans les différents pays. Mais que ce n’est pas chez les « pauvres » que la demande de solidarité diminue.

Certes il y a partout en Europe une forte prédilection pour la politique de redistribution. Mais il existe un rapport manifeste entre l’homogénéité d’une société et le soutien à la redistribution. Plus le pourcentage d’étrangers dans un pays est petit, plus grand est le soutien à la redistribution. Les plus grands adeptes de l’État-providence vivent dans des pays comme le Portugal qui comptent dans leur population un pourcentage relativement faible d’étrangers. C’est dans des sociétés très multiculturelles, par exemple aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, qu’on trouve le moins de soutien à la redistribution.

C’est aussi chez les « riches » que la propension à la solidarité baisse nettement dans le sillage de l’immigration de masse. Les « riches » seraient en effet, selon Rueda, favorables à la solidarité non pas par « peur de devenir pauvre », mais par « altruisme ». Il parle même du « luxe de l’altruisme » pour caractériser l’attitude de ces derniers.

Mais il y aurait un hic : les riches ne seraient disposés à la solidarité qu’envers « ceux qui leur ressemblent »… en bref les nationaux d’origine indigène, et non les étrangers récemment immigrés. La conclusion : les systèmes sociaux sont menacés de défection du fait… du « racisme des riches ».



En Allemagne le système de redistribution n’a jamais été en effet un système de « solidarité des riches avec les pauvres » basé sur « l’altruisme » en application de principes de « justice sociale ». En Allemagne comme en France, la réalité économique et comptable des systèmes sociaux consiste en un système de transfert de revenus des productifs (ce qui est loin d’être synonyme de « riches ») vers les improductifs (ce qui est loin d’être synonyme de « pauvres ») parce que l’argent se trouve principalement chez les productifs. Y compris des productifs pauvres du privé vers les riches bénéficiaires de privilèges du public. Les termes de « solidarité », de « justice sociale » ou « d’altruisme » sont des descriptions morales qui relèvent d’une pensée idéologique.

À la lumière de ce rappel, l’étude de David Rueda peut être lue d’une tout autre manière.

Ce ne sont pas les pauvres qui sont plutôt globalement favorables à l’immigration de masse, mais plutôt les véritables ayants-droit du système de redistribution. Ceci est empiriquement observable en France, où les associations militantes œuvrant en faveur des réfugiés, migrants allogènes et oubliant les indigènes, se composent en très grande partie de gens issus des secteurs publics et parapublics. Des gens peu menacés par la globalisation et la pression à la baisse des salaires qu’une forte immigration peut signifier. Pour ces militants, le système de redistribution est justifié pour des raisons idéologiques, morales et religieuses ; les aspects comptables, à savoir l’équilibre précaire des régimes sociaux ne les intéressent pas, ils nient totalement la question ou renvoient à la « nécessité morale » de faire payer davantage encore les « riches », pour des raisons de « justice sociale » et de « solidarité ». Et ils ont du temps pour militer, ce qui n’est pas du tout le cas des payeurs — qui n’ont jamais été sur le fond les « riches », mais les classes moyennes du secteur privé.

On trouverait sûrement des nuances à apporter à l’attitude des « pauvres » et notamment de ceux qui étaient déjà hier les véritables laissés-pour-compte du système de « justice sociale » et qui le sont encore plus du fait de la poussée migratoire. L’étude de Rueda ne fait en effet aucune distinction entre les privilégiés du système et les laissés-pour-compte.

Mais le fait majeur est la réticence de plus en plus grande des payeurs à continuer à financer les systèmes sociaux dans les conditions actuelles. Ils ne l’ont jamais fait par « altruisme », mais sous l’effet d’un rapport de force entre productifs et improductifs et dans un esprit d’assurer la paix sociale. De ce point de vue, les payeurs sont infiniment plus sensibles aux aspects d’équilibre comptable que les véritables ayant-droits, qui ne sont pas des riches, mais bel et bien des privilégiés surprotégés estimant que les ressources des systèmes sociaux sont infinies. Dire qu’une grande partie des migrants est peu qualifiée, inemployable à moyen voire à long terme pour de multiples raisons et qu’elle vient déséquilibrer très fortement le rapport entre les productifs et les improductifs relève du simple bon sens.

Les systèmes sociaux, qui ont été traditionnellement en équilibre en Allemagne du fait de l’excellence de son système de formation, de la souplesse de son système fiscal, et d’une économie remarquablement diversifiée, parfaitement adaptée à la demande mondiale et structurellement fondée sur les PME-PMI sont fortement menacés de déséquilibre profond par le raz-de-marée migratoire. L’immigration de masse pourrait bel et bien mettre en danger les équilibres financiers des systèmes sociaux allemands et donc leur acceptation parmi les contribuables nets… et chez les laissés-pour-compte.

Cette alliance entre, d'une part, les urbains « riches » et les bénéficiaires du système public et parapublics et, d'autre part, les immigrés peut également s’expliquer par d'autres raisons objectives dans les métropoles occidentales. Le géographe français Guilluy s'est ainsi demandé pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond : parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant pourvus de façon plus rentable en Chine. Ce dont les grandes villes occidentales ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les catégories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis à bas prix par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accommodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière.

Christophe Guilly dans Fractures françaises cite les travaux de Robert Putnam sur la perte de confiance dans les sociétés multiethniques. Dans un article retentissant publié en juin 2007, ce sociologue et politiste en arrive à formuler un certain nombre de conclusions inattendues de la part d'un « progressiste », et qu'on peut réduire à quatre thèses :
  1. Plus la diversité ethnique grandit, plus la confiance entre les individus s'affaiblit  ;
  2. dans les communautés les plus diversifiées, les individus ont moins confiance en leurs voisins  ;
  3. dans ces mêmes communautés, non seulement la confiance inter-ethnique est plus faible qu'ailleurs, mais la confiance intra-ethnique l'est aussi ;
  4. la diversité ethnique conduit à l'anomie et à l'isolement social.

Il va de soi que de telles conclusions, établies à partir d'une enquête conduite d'une manière exemplairement scientifique sur un échantillon d'environ 30 000 individus, ne peuvent qu'affoler les adeptes du « politiquement correct » en matière d'immigration (célébrée comme une nécessaire « richesse ») et les partisans du multiculturalisme. D'où sans doute l'idée qu'il faut agir au plus tôt sur les enfants en les « socialisant » correctement par des cours idéologiques comme le programme d'éthique et de culture religieuse (ECR).

Pour être honnête, il faut dire que Putnam qui est un « liberal » américain pense que ces difficultés liées à la diversité sont passagères et que, sur le long terme (mais à long terme nous serons tous morts comme disait Keynes), l'immigration est une bonne chose. Enfin, Putnam base son optimisme sur l'immigration passée, c'est-à-dire très majoritairement européenne, aux États-Unis à une époque où le nombre de bras était primordial pour coloniser un continent si vaste et si vide aurait été une bonne chose...

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dimanche 27 mars 2016

Grande-Bretagne – La lente disparition de la mention « Pâques » sur les œufs

C’est la plus importante fête chrétienne de l’année. Elle célèbre la résurrection du Christ fondamentale à la foi chrétienne. Si deux milliards de personnes commémorent celle-ci dans le monde, elle semble disparaître lentement pour ce qui est des œufs de Pâques, du moins en Grande-Bretagne.



Un nombre croissant d’œufs en chocolat sont en vente au Royaume-Uni sans aucune mention du mot « Pâques » sur le devant de l’emballage. Beaucoup de marques parmi les plus connues de Grande-Bretagne ont tranquillement laissé tomber le nom de la fête chrétienne de leurs produits pascaux, elles vendraient maintenant des produits de Pâques décrits comme de simples « œufs en chocolat » ou même « œufs ». C’est ce qu’affirment les responsables de « Real Easter Egg » (Véritable Œuf de Pâques), des chocolatiers « équitables » qui n’hésitent pas orner d’un message chrétien au lieu d’images de lapins et des poussins et versent les bénéfices à des institutions charitables.



La société « Chocolats pleins de sens », basée à Manchester, a été fondée il y a six ans dans une tentative de réintroduire sur le marché des œufs de Pâques qui mentionnent l’histoire de Pâques ainsi que calendriers de l’Avent. Mais, depuis lors, selon le fondateur de l’entreprise David Marshall, la tendance à la sécularisation n’a fait que progresser alors que, désormais, de nombreux produits ne mentionnent plus du tôt Pâques. « Il semble qu’il y ait une tendance. Beaucoup d’entreprises ne sont pas à l’aise avec l’aspect religieux de la fête de Pâques. »

David Marshall mentionne plusieurs exemples notamment le « Cadbury Easter Egg Trail Pack » (le paquet de la piste des œufs de Pâques) dont l’emballage ne porte désormais plus que la mention de « Egg Hunt Pack » (le paquet de la chasse aux œufs). L’emballage version 2016 de l’œuf de Pâques de Quality Street, produit par Nestlé, dit simplement : « Grand œuf de chocolat au lait fourré au Quality Street ». De même, l’œuf de Pâques Milkybar (Galak), également un produit Nestlé, est maintenant étiqueté d’un simple « Œuf de chocolat blanc Galak ». L’emballage des œufs vendus par les concurrents de Nestlé, Cadbury, suit un modèle similaire. « Il semble qu’il y ait une tendance », a déclaré M. Marshall. « Beaucoup d’entreprises ne sont pas à l’aise avec l’aspect religieux de la fête. » S’ils veulent rendre leur produit attrayant au plus grand nombre de personnes, il se peut qu’ils veuillent supprimer les références à la fête chrétienne parce que toute mention sera considérée comme un attachement à une tradition religieuse ».



Mais un porte-parole de Nestlé a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas eu de décision délibérée de laisser tomber le mot de Pâques sur ses œufs et que les clients font un lien « automatique » avec le festival, même si le mot n’est pas mentionné. Les « Œufs en chocolat » sont synonymes de Pâques et de l’histoire de Pâques depuis le début du siècle dernier, et l’association se fait désormais de façon automatique », a-t-il ajouté au Daily Telegraph de Londres. « Il n’y a pas eu de décision délibérée de laisser tomber le mot Pâques de nos produits et le nom est encore largement utilisé chez Nestlé. »

Cadbury n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Daily Telegraph. On apprend par ailleurs que Cadbury a déclaré que « Pâques est indiqué sur le dos de l’emballage de nos Œufs de Pâques — la plupart de nos œufs de Pâques ne mentionnent ni Pâques ni Œuf à l’avant de l’emballage parce que nous n’avons pas l’impression que nous devions le préciser.

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