jeudi 8 décembre 2016

Le cours d'éthique et de culture religieuse sera revu

Le très influent Conseil du statut de la femme (vos impôts à l’œuvre) recommande que le cours d’éthique et de culture religieuse soit complètement revu. La dimension reliée à la culture religieuse devrait être intégrée dans le programme d’histoire. L’« éducation à l’égalité » estampillée conforme au féminisme dudit Conseil, à la citoyenneté et à la sexualité devrait faire partie d’un cours d’éthique bien moderne, idéologique et laïque. À n’en pas douter, nous sommes au Québec après tout, il serait sans doute aussi obligatoire.

On apprend aussi aujourd’hui que Québec révise le cours d’éthique et de culture religieuse, offert depuis 2008 au primaire et au secondaire. Mais il ne s’engage pas à ce que les changements soient en vigueur pour la prochaine rentrée scolaire.

Ce cours, qui a remplacé l’enseignement religieux confessionnel (catholique ou protestant) et moral, fait l’objet de critiques. Dans un avis rendu public mercredi, le Conseil du statut de la femme (CSF) estime qu’il n’est pas assez féministe et qu’il « ne remet pas en question les pratiques sexistes existant au sein des religions » et soutient que « le traitement conjugué de l’éthique et de la culture religieuse peut entraîner des confusions en incitant à considérer les doctrines religieuses comme des réponses valides aux enjeux éthiques actuels ». Donc la doctrine catholique, par exemple, ne serait pour cet organisme gouvernemental pas une réponse valide aux enjeux éthiques de notre époque... Rien de moins et le tout en toute neutralité, bien sûr.

Lors de la période des questions à l’Assemblée nationale jeudi, le Parti québécois a soutenu que l’avis du CSF est « dévastateur ». Le PQ a toujours privilégié la critique féministe à la critique nationaliste du multiculturalisme. Il n’a ainsi jamais déclaré que le rapport Quérin sur le cours ECR était dévastateur, il ne l’a même pas défendu en place publique, pourtant ce rapport d’une brillante universitaire était bien étayé. Pauline Marois n’a jamais voulu revenir sur le programme ECR, peut-être trouvait-elle que c’était une étape nécessaire pour abolir le choix de cours confessionnels. Est-ce que maintenant le PQ prônerait-il l’étape suivante : la suppression de ce programme qui ose encore préconiser le respect de la spiritualité et des opinions religieuses pour le remplacer par un autre programme qui « remet en question les pratiques sexistes existant au sein des religions » et ainsi promouvoir un cours d’éthique dénué de tout élément religieux, mais qui serait résolument plus féministe et progressiste.

Notons que le programme scolaire n’est pas le seul où le PQ privilégie le féminisme au nationalisme sans doute trop conservateur. Ce fut également le cas dans le dossier démographique. Le PQ n’a pas voulu d’une politique nataliste, il lui fallait une politique « familiale » qui permette aux femmes de concilier bureau et enfant (1,6 en moyenne au Québec). Au début des années 1990, une politique des allocations à la naissance avait été mise en place. Elle s’accompagna d’une remontée de la fécondité au Québec à 1,7 enfant par femme. Elle était nettement moins coûteuse que la « politique familiale » actuelle, de l’ordre de 10 fois moins cher. Mais, voilà les allocations à la naissance avaient été vivement critiqué par des féministes comme la présidente du Conseil du statut de la femme (eh oui, déjà !) de l’époque, Claire Bonenfant, qui s’était interrogée, au sujet d’une politique avec de timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? » On supprima donc les allocations à la naissance, on construisit un réseau de garderie fortement subventionnée et contrôlée par l’État... Et, évidemment, malgré des sommes énormes consacrées à cette politique féministe de la famille, la natalité anémique n’a pas durablement augmenté au Québec, elle continue doucement à descendre malgré la part de plus en plus grande des naissances issues de l’immigration récente.

Le Conseil du statut de la femme demande le remplacement du cours d’éthique et de culture religieuse par un autre sur la citoyenneté dans les plus brefs délais. « Est-ce que le ministre reconnaît qu’il y a un problème ? Est-ce qu’il entend le corriger ? Est-ce qu’il entend agir pour s’assurer qu’en septembre prochain la situation soit réglée ? » a lancé le porte-parole du PQ en matière d’éducation, Alexandre Cloutier.

Le ministre Sébastien Proulx a répondu que le cours est « en révision ». « On va travailler pour voir comment on peut améliorer les choses », a-t-il ajouté sans donner plus de précisions. Il n’a pas voulu promettre un nouveau cours à temps pour la rentrée de l’an prochain. « Le suivi de cela sera connu au moment opportun », s’est contenté de dire son cabinet.

Modifier un tel cours peut s’avérer complexe, car il est donné du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire à l’exception de la 3e année du secondaire.

Rappelons que le ministre Proulx quand il était encore à l’ADQ avait critiqué assez mollement (et sottement) le programme ECR (voir la fin de La réforme de l’enseignement de l’histoire au secondaire reportée par le ministre Proulx [PLQ, ex-ADQ].

Voir aussi

Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l’égalité des sexes en milieu scolaire » [comprendre davantage d’idéologie, de femmes inconnues dans les manuels d’histoire, formant les futures enseignantes à la lutte contre les stéréotypes genrées alors que les garçons sont à la peine dans les écoles québécoises et que la profession d’enseignant est très massivement féminine].


Cigarette électronique : un danger important pour la santé, « surtout pour les jeunes »

Les cigarettes électroniques prisées par un nombre grandissant d’adolescents et de jeunes adultes représentent un danger majeur pour la santé publique, conclut un rapport du Médecin en chef des États-Unis (General Surgeon) présenté jeudi.

La publication de cette étude, la plus exhaustive effectuée à ce jour sur ce sujet par les autorités sanitaires fédérales, avec plus de 150 experts, intervient au moment où le vapotage atteint des proportions alarmantes parmi les jeunes.

« La consommation de cigarettes électroniques a explosé au cours des dernières années, augmentant de 900 % parmi les lycéens de 2011 à 2015 », souligne dans une préface au rapport le Médecin en chef, le Dr Vivek Murthy.

Citant des statistiques des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), le rapport indique que 16 % des élèves du secondaire supérieur « vapotaient » avec des cigarettes électroniques en 2015, contre 13,4 % l’année précédente.

« Tous les Américains doivent savoir que les cigarettes électroniques sont dangereuses pour les adolescents et les jeunes adultes », insiste-t-il.

« Tout usage du tabac, y compris les cigarettes électroniques, est un danger pour la santé, surtout pour les jeunes », ajoute ce responsable sanitaire estimant que « ce rapport procure aux parents et enseignants les faits sur la manière dont ces produits peuvent être nocifs pour la santé des jeunes ».

Le rapport pointe que la nicotine, qui crée une forte dépendance à tout âge, a des effets durables particulièrement toxiques sur le cerveau en développement des jeunes.

Bien que les cigarettes électroniques soient moins nocives que les cigarettes traditionnelles chargées en goudrons, les auteurs de cette dernière étude ont également déterminé que les aérosols produits par le vapotage peuvent exposer passivement les autres à des substances chimiques potentiellement dangereuses.

Ces experts ont aussi noté que le vapotage était « fortement lié à l’usage d’autres produits du tabac chez les adolescents et jeunes adultes ».

Contenus sexuels

Le rapport du Médecin en chef critique également les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques, qui pèse 3,5 milliards de dollars, et insiste pour une stricte règlementation.

Ces campagnes visent surtout la jeunesse et reprennent les tactiques médiatiques utilisées il y a plusieurs décennies par les groupes de tabac pour encourager le public à fumer, déplore le document, citant notamment l’utilisation d’une gamme de saveurs populaires chez les jeunes.

« Ces sociétés font la promotion de leurs cigarettes électroniques avec des spots publicitaires à la télévision et à la radio qui utilisent des vedettes et des contenus sexuels pour rendre leurs produits séduisants », a de son côté critiqué dans un message accompagnant le rapport, le directeur des CDC, le Dr Tom Frieden.

Toutefois, les dangers de la consommation des cigarettes électroniques sont controversés, certains experts jugeant que les inquiétudes sur le risque que le vapotage ne conduise à fumer des cigarettes traditionnelles ne sont pas vraiment fondées.

Michael Siegel, un expert professeur à la faculté de santé publique de l’Université de Boston, décrit le rapport du Médecin général, dans une note publiée sur son site, estimant que « le vapotage n’est pas une forme d’utilisation du tabac » puisqu’il n’y a pas de combustion.

Il pointe aussi le fait que malgré l’explosion du vapotage parmi les jeunes, le nombre de fumeurs de cigarettes classiques est à un niveau historiquement bas aux États-Unis et est même passé sous les 40 millions pour la première fois depuis le début des statistiques il y a 50 ans.

Selon le Dr Siegel, le succès du vapotage, bien qu’il doive être contrôlé chez les plus jeunes, contribue à éliminer la culture du tabagisme, ce qui est une bonne chose.

Depuis mai, l’Agence des médicaments et des produits alimentaires (FDA) réglemente le marché des cigarettes électroniques. Ces règlementations comprennent surtout une interdiction de vente aux moins de 18 ans et forcent les fabricants à divulguer leurs ingrédients. Ils doivent également soumettre leurs produits à l’approbation des autorités fédérales.

Comment fonctionne une cigarette électronique


Le principe de la cigarette électronique est l’inhalation de vapeur aromatisée obtenue grâce à une réaction chimique. La cigarette électronique toujours selon le même principe : un « atomiseur », envoie de la vapeur dans une « cartouche » grâce à une réaction provoquée par un système électronique alimenté par une « batterie ». Par pression de l’utilisateur sur un bouton, une résistance entourant la mèche se met à chauffer, mélangeant la vapeur dégagée à l’air.



mercredi 7 décembre 2016

Brève : tout semble indiquer que la natalité au Québec baissera encore légèrement en 2016

D’après les statistiques préliminaires de l’Institut de la statistique du Québec, il est une nouvelle fois né un peu moins d’enfants au Québec pendant les 9 premiers mois de 2016 par rapport aux sept années précédentes. Ceci alors que la population du Québec a continuellement crû et qu’il y a en 2016 environ un demi-million de personnes de plus au Québec par rapport à 2009.

Tout semble donc indiquer que la natalité au Québec en 2016 connaîtra, à moins d'une sursaut tardif, une nouvelle légère baisse ou restera au mieux stationnaire. Si la tendance se maintient, le taux de natalité devrait être de 10,4 naissances pour mille habitants (10,4 ‰) en 2016 alors qu’il était de 10,5 ‰ l’année passée et encore de 11,3 % en 2009. Il ne s’agit bien sûr que de prédictions, on en saura plus au mois d'avril quand les chiffres complets de 2016 seront publiés, mais le lent déclin démographique du Québec semble bien se confirmer malgré les énormes sommes d’argent investies dans ce que le gouvernement nomme sa politique familiale.



Source : Institut de la statistique du Québec



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Québec — « Le désastre de l'euthanasie »

Lettre ouverte de Nicholas Newman, chirurgien à Montréal et 35 autres médecins :

Contrairement à ce qu’on peut laisser entendre, la vaste majorité des médecins s’y oppose toujours.

Au début du mois de novembre, les médecins d’un hôpital de Montréal ont reçu une lettre de la Direction des services professionnels, dans laquelle on leur faisait part du « besoin de médecins supplémentaires pour l’aide médicale à mourir ».

Déjà, le ton amical de la lettre pour solliciter « l’aide » des médecins réfractaires à l’euthanasie tranchait nettement avec le discours politique des derniers mois. Cependant, le timbre suppliant de la lettre a surtout dévoilé l’inexactitude de nombreuses idées reçues en démontrant avec clarté le désastre causé par l’euthanasie au Québec.

Tout d’abord, la direction avoue, dans sa lettre, qu’il n’y a que « quelques médecins ayant donné leur accord de participation à ce processus », alors que l’idée populaire attribue le refus de participer à un groupe minoritaire seulement. Nous pouvons donc conclure que, dans les faits, la réalité est exactement à l’opposé de ce préjugé : la vaste majorité des médecins s’oppose toujours à toute participation à l’euthanasie.

Incidemment, quand il a été question de « mater les médecins réfractaires », nous savons désormais qu’il s’agissait là d’une menace faite à la majorité des médecins…

Ensuite, nous voyons apparaître dans la lettre les conséquences d’une année d’euthanasie au Québec, alors que le discours politique nous assure encore que tout va « très, très, très bien ». Pendant cette première année, l’accent a été mis essentiellement sur l’accessibilité à cette mesure exceptionnelle pour des cas exceptionnels.

Or, le résultat (prévisible) d’une telle approche nous place maintenant devant un déferlement croissant d’euthanasies — utilisées « de plus en plus régulièrement dans nos milieux » pour reprendre les mots de la lettre. Paradoxalement, la solution envisagée par la direction pour remédier à ce comportement irresponsable impliquerait la participation des médecins « réfractaires ».

Finalement, la lettre nous rappelle que l’euthanasie ne sera jamais un geste banal, bien que beaucoup d’efforts soient déployés pour en faire une « procédure » socialement acceptable. En rappelant que « le groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) vous assure son support dans le processus », la direction montre bien que la véritable exception dans ce geste faussement qualifié de « soin » réside dans la gravité de son impact sur le médecin qui le pratique.

En conclusion, nous, les médecins soussignés, tenons à réaffirmer que nous ne participerons pas à ce drame social qui ne fait qu’ajouter de la souffrance à la souffrance. Nous sommes toujours d’avis que la réponse passe par des soins de qualité, par un plus large accès à des soins palliatifs et par un accompagnement humain, respectueux de la personne.

Avec le soutien des signataires suivants :

Évelyne Huglo, MD, médecin de famille, Montréal ; Richard Haber, MD, professeur associé de pédiatrie, MUHC ; Michel Brouillard, MD, médecine générale, Rouyn-Noranda ; Tommy Aumond-Beaupré, MD, médecin de famille, Montréal ; Jean-Pierre Beauchef, MD, endocrinologie, Greenfield Park ; Mark Basik, MD, chirurgie générale, Montréal ; Jacques R Rouleau, MD, CSPQ, FRCPC, FACC, cardiologue, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, Université Laval ; Mathieu Gazdovich, MD, médecin de famille, Montréal ; Liette Pilon, MD, médecin de famille, Montréal et Rive-Sud de Montréal ; Renata Sava, MD, médecin de famille, Montréal ; Simon Wing, MD, endocrinologie, Montréal ; Catherine Ferrier, MD, médecin de famille, Montréal ; Michel R. Morissette, MD, médecin retraité ; Dr Nathalie de Grandpré, MD, médecin de famille, Montréal ; Melanie Ghobril, résidente médecine familiale, Université de Montréal ; Marie Jetté-Grenier, MD à la retraite ; Guy Bouchard, MD, omnipraticien et médecine du travail, retraité ; Odile Michaud, MD, médecine familiale, Otterburn Park ; José A. Morais, MD, FRCPC, gériatrie, Montréal ; Abdallah Dallal, MD, psychiatre, Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme ; Sonia Calouche, MD, psychiatre, Saint-Eustache ; Bernard H. Doray, MD, pédiatre retraité ; Michel Masson, MD, pédiatre retraité, Québec ; Judith Trudeau, MD, rhumatologue, Lévis ; Céline Devaux, MD, hémato-oncologue, hôpital Charles-LeMoyne ; Pierrette Girard, MD, orthopédiste, clinique médicale McDermot ; Louis Martel, MD, médecin de famille, Trois-Rivières ; Ibrahim Mohamed, MD, pédiatre-néonatalogiste à l’hôpital Sainte-Justine, Montréal ; Jacques Beaudoin, MD, cardiologie, Québec ; Julien Marc-Aurèle, MD à la retraite ; Katia Khoukaz, MD, médecin de famille, Montréal ; Daniel Viens, MD, médecine interne, Drummondville ; Louis Morissette, MD, FRCP ; Rosaire Vaillancourt, MD, FRCSC, chirurgien thoracique, IUCPQ, Québec ; Suzanne Labelle, MD, médecine de famille, Laval.


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Euthanasie au Québec : des médecins objectent et pas uniquement pour des raisons religieuses

Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l'égalité des sexes en milieu scolaire »

La société d’État d'information (la SRC) publie sans aucune distance critique :

Le Conseil du statut de la femme propose 10 recommandations pour promouvoir l’égalité entre les sexes dans le milieu scolaire en intégrant par exemple davantage les femmes dans les manuels d’histoire et en formant les futurs enseignants sur les notions d’égalité.

Bref de l’idéologie féministe surannée mise en œuvre grâce à vos impôts, année après année.

Rappel de la réalité : les garçons peinent à l’école québécoise, la profession d’enseignante (ainsi que la fonction publique en générale) est massivement féminine. Voilà des pistes plus porteuses de « lutte » pour « l’égalité des sexes en milieu scolaire » : augmentons le résultat des garçons et luttons contre le stéréotype de la femme qui bénéficie d’un bon salaire avec une sécurité d’emploi de fonctionnaire : masculinisons la fonction publique et l’enseignement...


Célébration des 40 ans du Conseil du statut de la femme en 2013 (conseil très « genré »)


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Le Conseil du statut de la femme du Québec et son influence idéologique sur les manuels scolaires au Québec

Pour le Conseil du statut de la femme, seuls les croyants doivent faire des concessions

La révolution sexuelle et le féminisme, héritage des années soixante

Classement des écoles de l’Institut Fraser (2016) : les filles dominent désormais aussi en maths

L’État se féminise et se « diversifie »

Québec — Les garçons et la lecture

Comment faire réussir les garçons à l’école (donnez-leur des profs masculins par exemple)

Les garçons éduqués dans le cadre d’une famille traditionnelle ont de meilleurs résultats scolaires

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons




Conférence de Mathieu Bock-Côté sur son livre « Le multiculturalisme comme religion politique »



Courte conférence par Mathieu Bock-Côté, sociologue, enseignant et essayiste, sur son nouveau livre Le multiculturalisme comme religion politique, à l’occasion de la fête du livre organisée à Villepreux le dimanche 4 décembre 2016.

Jean-Pierre Maugendre clôt l’intervention de Mathieu Bock-Côté par un éloge et une citation latine un peu détournée (Asinus asinum fricat) quand il prévient ceux qui voudraient acheter le livre du sociologue québécois que sa table se trouve à côté de celle de Michel de Jaeghere. Ni Bock-Côté, ni le directeur de rédaction du Figaro Histoire n’est un asinus... Bien au contraire.

Nous recommandons vivement la lecture du livre Le multiculturalisme comme religion politique pour comprendre les fondements de l’idéologie qui sape la cohésion de nos sociétés. Par certains aspects M. Bock-Côté est parfois plus un philosophe des idées politiques qu’un sociologue ; ce qui est une bonne chose quand vient le temps d’analyser (avec force références) la religion politique qui domine nos sociétés occidentales.

Cette religion politique mise en œuvre par l’école (cours d’ECR, d’histoire et même de français) et les tribunaux (voir ici pour la fonction de prêtres des juges) est renforcée par une immigration très importante et différente de celles du passé qui renforce cette idéologie. En effet, non seulement l’idéologie de nos sociétés a-t-elle changé, mais la nature de l’immigration a, elle aussi, en grande partie changé. Elle est de moins en moins occidentale et chrétienne. Dans le cas de l’islam, elle ne veut souvent pas s’intégrer (considérant sa religion et sa civilisation supérieures), elle ne s’est d’ailleurs jamais vraiment intégrée, même lorsque l’idéologie dominante était celle de l’intégration. Comme nous l’avait confié un jour un commerçant clairvoyant : « Avant les choses étaient simples au Québec, il y avait les Anglais et les Français... »

Le multiculturalisme et ses succédanés, l’interculturalisme et pluralisme normatif, doivent être combattus, notamment pour des raisons philosophiques : à quel Autre particulier (et non abstrait) faut-il s’ouvrir et pourquoi ? En quoi le multiculturalisme assure-t-il plus le vivre-ensemble que l’assimilation pure et simple ? Comment peut-on dire que toutes les cultures, civilisations ou religions se valent tout en affirmant qu’une culture bigarrée et métissée (issue de l’immigration) serait supérieure à la culture trop pure de la majorité  ?

Mais il n’est pas certain que la fin du multiculturalisme sera suffisante pour que le Québec intègre culturellement et politiquement les immigrés. Pour que leur vote aux élections se distribue comme celui des francophones de souche, par exemple. Se débarrasser du multiculturalisme est sans doute une condition nécessaire, mais non suffisante au moins à Montréal et à notre époque de la mondialisation du travail et des médias. Les immigrants non francophones de naissance seront toujours plus intéressés (voire fascinés) par l’anglais, langue continentale ou même impériale, que par le français.

Hier encore, Radio Canada tentait de nous convaincre de la réussite de l’intégration des réfugiés syriens en allant à Granby, dans une ville très majoritairement francophone donc plus susceptible d’intégrer au fait français. Voir « Le parrainage des réfugiés syriens, un véritable succès d’intégration ». L’accueil des réfugiés est généreux (donc coûteux), mais le résultat de cette famille que la société d’État veut exemplaire est peu probant : après un an, aucun des parents ne peut s’exprimer en français au-delà de petites formules de politesse. L’ainé des quatre enfants (bientôt cinq enfants) parle très mal français (il ne se souvient pas du mot « guerre » par exemple), mais l’on voit un des enfants collé à la télé et à un poste anglophone...

Combien de jeunes réfugiés syriens à Winnipeg regardent la télé francophone et parlent aussi mal l’anglais que ceux-ci parlent mal français à Granby ?

Même avec l’abandon de la doctrine du multiculturalisme, l’assimilation complète sera difficile à mettre en œuvre sur l’île de Montréal où les francophones de naissance sont devenus minoritaires et où leur taux de fécondité est désastreux (1,1 enfant/femme francophone sur l’île de Montréal, 2,6 enfants/femme pour les arabophones !) Dans ces circonstances, quelle est la majorité dans de nombreuses écoles de Montréal ? Plus les petits Québécois de souche... Il n’est même pas impossible que les rares jeunes « pures laines » adoptent des comportements ou des conceptions partagées avec leurs congénères issus de l’immigration. Se pourrait-il que ces petits francophones minoritaires développent une plus grande tolérance au bilinguisme, un moindre intérêt à la souveraineté, un relativisme grandissant envers leur histoire en tant que peuple québécois ? Nous ne connaissons pas de sociologues qui s’intéressent à l’influence de cette mixité scolaire où les jeunes Québécois de souche ne sont plus massivement majoritaires. Quel impact cette position de minoritaires à Montréal a-t-elle sur les conceptions linguistiques, historiques et politiques de ces jeunes pures laines ? Un sujet à creuser pour expliquer, en partie, la désaffection de la jeunesse québécoise « de plus en plus bigarrée » envers l’indépendance et la lutte pour le français comme seule langue commune ?

Dans ces conditions, il nous semble qu’il faut non seulement mettre un terme à la religion politique qu’est le multiculturalisme, mais qu’il faut aussi mettre en place une politique nataliste pour augmenter la natalité propre au Québec (elle ne fait que diminuer depuis 7 ans après un bref et timide redressement) et diminuer de manière très importante l’immigration afin de mieux la sélectionner et mieux pouvoir l’intégrer en consacrant notamment plus d’argent à la francisation.


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« Le multiculturalisme tue toute identité commune enracinée dans une histoire » (m-à-j entretien)

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PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question

Après notre article sur les tests TIMSS (TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise), Le Devoir souligne un problème similaire de faible participation (et donc de représentativité) des écoles québécoises aux tests PISA.
Le boycottage d’un test international en sciences, en mathématiques et en lecture par un groupe d’écoles publiques soulève des questions sur les résultats enviables des élèves du Québec par rapport à ceux de 72 pays.

Le Canada et le Québec se classent dans le peloton de tête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui a évalué en 2015 les compétences de dizaines de milliers d’élèves âgés de 15 ans partout dans le monde.

Les élèves canadiens restent parmi les meilleurs de la planète en sciences (7e rang mondial), en lecture (2e rang, ex aequo avec Hong Kong) et en mathématiques (10e rang). Les élèves du Québec suivent la tendance et font généralement mieux ou aussi bien que la moyenne canadienne, indiquent les résultats du PISA 2015, rendus publics mardi.

Le rapport, publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), soulève cependant des questions sur les résultats du Québec : à peine 51,7 % des écoles québécoises invitées à prendre part au PISA ont participé au test, ce qui est nettement moins que le taux de réponse de 85 % considéré comme la norme par l’OCDE.
 [Pour les tests TIMSS, le taux de participation global au Québec s’élevait à 58 %.]

Les données du Québec sont teintées par ce que le PISA décrit comme un « biais de non-réponse ». Ce biais concerne le pourcentage d’écoles anglophones, le pourcentage d’écoles publiques et la taille des écoles figurant dans l’échantillon, indique le rapport.

« À la lumière de l’analyse du biais de non-réponse, le consortium international du PISA a jugé que les données du Canada étaient globalement de qualité acceptable et pouvaient être incluses dans leur intégralité dans les ensembles de données du PISA, sans aucune restriction », indique le rapport.

« Cependant, il a été décidé que les résultats de la province de Québec doivent être traités avec circonspection, en raison d’un possible biais de non-réponse, et qu’une note à ce sujet devrait figurer dans toutes les analyses régionales internationales et dans le rapport pancanadien. »

Boycottage de protestation

Tout indique que les écoles publiques sont sous-représentées dans l’échantillon en raison du boycottage du test PISA par les écoles de 46 commissions scolaires. La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), qui représente 2050 directeurs et directeurs adjoints d’établissement, a confirmé au Devoir qu’elle a boycotté le PISA pour protester contre le gouvernement Couillard.
 [L’ennui c’est que le Québec est un habitué des faibles taux de participation... On l’a vu pour le TIMSS, mais c’était déjà le cas, bien avant le gouvernement Couillard, pour l’Évaluation du PPCE-13 de 2007 à laquelle seuls 64,7 % des jeunes Québécois francophones avaient participé alors qu’en Ontario 90 % des étudiants sondés avaient pris part à l’enquête.]

« Depuis 2014, les membres de la Fédération ont décidé de ne plus répondre à des enquêtes de ce type-là pour se concentrer sur la réussite des élèves », indique Michèle Demers, conseillère aux communications de la FQDE.

Les directions d’école protestent ainsi contre ce qu’elles considèrent comme une absence de marge de manœuvre dans la gestion des établissements. [Demande qui, a priori, a toute notre sympathie.]  « Depuis deux ans, on se fait dicter comment faire notre travail [par Québec] alors que les experts sont dans les écoles, dit la porte-parole. L’argent arrive dans les écoles de manière ciblée. Les équipes-écoles veulent décider comment utiliser cet argent. »

Cette surreprésentation des écoles privées dans l’échantillon québécois du PISA est « inquiétante », estime Claude Lessard, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Les écoles privées ont généralement de meilleurs résultats que les écoles publiques, car elles sélectionnent leurs élèves, qui proviennent aussi de milieux plus favorisés. [C’est un peu simpliste : ce n’est pas nécessairement la seule raison de ces meilleurs résultats, la majorité des écoles privées ne sélectionnent pas... et parmi les meilleures, si elles sélectionnent ce serait par affinité religieuse et pas nécessairement des notes scolaires...] « Il faut vraiment considérer les résultats du Québec avec circonspection », prévient Claude Lessard.

Le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), qui supervise le PISA au pays, estime que les données du Québec sont fiables malgré le faible taux de réponse de 51,7 %. Les résultats du Québec sont similaires à ceux enregistrés dans des tests comparables en 2006, 2009 et 2012, note une source au CMEC.
 [Oui, mais même en 2012 le Québec avait le plus faible taux de réponse de toutes les provinces canadiennes : 75, 6 % contre 82, 8 % pour l’Ontario par exemple. Aussi quel est l’impact du taux décrochage relativement important chez les jeunes Québécois, les tests se font à environ 15 ans et le taux de décrochage pour les moins de 16 ans est de 2,5 %. Notons que déjà en 2012, il y avait plus de non-répondants en provenance des écoles publiques que privées au Québec, c’était le plus souvent des garçons et ces non-répondants avaient eu de moins bons résultats aux examens provinciaux de français... Bref, déjà en 2012, les moins bons semblent avoir moins participé à l'enquête PISA.]

Au total, quelque 2885 élèves de 93 écoles secondaires du Québec ont participé à l’examen. Au Canada, 19 604 élèves de 726 écoles ont pris part au PISA.
Notons enfin que les tests PISA n’évaluent pas la culture générale, ni l’orthographe, ni la faculté de faire des dissertations ni des démonstrations.

Des professeurs d’université en Finlande (à une époque coqueluche des tests PISA) s’en plaignaient amèrement : « Comme le souligne le professeur George Malaty, PISA ne nécessite pas l’apprentissage des mathématiques comme structure : “Nous savons que nous n’aurions aucun succès à PISA si on demandait aux élèves une compréhension des concepts ou des relations mathématiques. Le plus difficile pour nos élèves est de faire une démonstration, ce qui est compréhensible puisqu’on n’apprend pas les mathématiques comme structure dans nos écoles [finlandaises].” Au XXe siècle, jusqu’à la fin des années 1960s, le curriculum de mathématiques comportait de l’algèbre et de la géométrie.

Puis vint la réforme des mathématiques modernes et, à partir des années quatre-vingt, le mouvement de contre-réforme. Ce dernier a conduit à une focalisation sur les seules “compétences”, notamment arithmétiques [note du carnet : compétences orientées ici vers la vie quotidienne, ce qui prépare bien à ce qu’évalue PISA], pour faire face aux critiques développées contre les mathématiques modernes. L’opposition de la transmission de compétences à celles de connaissances, à l’apprentissage des structures mathématiques, a conduit à inculquer simplement des règles pratiques aux élèves en les entraînant à les utiliser et à “donner les bonnes réponses”.

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Les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils
sont au contraire source de problèmes


Nathalie Bulle sur le modèle finlandais et les tests PISA

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Baisse relative du nombre de diplômés au Québec par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur

mardi 6 décembre 2016

Ministre Proulx : le ministère de l’Éducation créé pour s'assurer que tous aient accès à l’école

Le ministre libéral de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, commence sa lettre publiée dans Le Devoir ce 6 décembre par :
« Il y a 50 ans le ministère de l’Éducation a été créé pour assurer à toutes et à tous l’accessibilité à l’école. ».

Passons sur « l’accessibilité » bureaucratique, plutôt que simplement « l’accès ».

Mais est-ce vrai qu’il a fallu un ministère de l’Éducation pour que tous aient accès à l’école au Québec ?

Rien n’est moins sûr... Pourquoi fallait-il un ministère qui impose, notamment, un programme pédagogique unique pour que les jeunes aient accès à l’école ?

Rappelons aussi ce que Vincent Geloso, docteur en histoire économique de la London School of Economics, écrivait naguère au sujet du grand rattrapage du Québec avant la Révolution tranquille (et ce ministère de l'Éducation) :

« Cette rhétorique décrit la Révolution tranquille comme le début d’un âge d’or qui aurait permis au Québec de cesser d’être le cancre du Canada. Récemment, un chercheur [Simon Tremblay-Pepin] de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) illustrait bien cette croyance en affirmant qu’à la fin des années 1950, “le Québec était sous-éduqué, avec des taux incomparables avec les autres provinces canadiennes”, et que depuis les années 1960, l’accessibilité à l’école postsecondaire n’a cessé d’augmenter au Québec.

Selon cette perspective, les vastes progrès de la Révolution tranquille contrastent avec la période l’ayant précédée, qu’on a qualifiée de Grande Noirceur (1945-1960). Par opposition avec l’obscurantisme et le laisser-faire de la Grande Noirceur, l’État interventionniste mis en place pendant la Révolution tranquille aurait permis au Québec de rattraper son retard et d’entrer dans la modernité.

Est-il vrai, toutefois, que le Québec était si en retard sur le plan éducationnel par rapport au reste du pays, avant 1960, et qu’il n’a rattrapé ce retard que grâce aux nombreuses interventions de l’État pendant la Révolution tranquille ?



L’école de la Grande Noirceur et d’aujourd’hui selon un cahier d’ECR...
Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée


Grand rattrapage

S’il est vrai que le Québec accusait un certain retard face au reste du Canada à l’aube de la Révolution tranquille, cela n’avait pas toujours été le cas. En 1901, le Québec avait en fait une légère avance sur les autres provinces canadiennes en matière d’éducation. Même si les taux d’inscription y étaient plus bas qu’ailleurs, les élèves québécois qui s’inscrivaient à l’école la fréquentaient dans une proportion plus élevée qu’ailleurs au Canada.

Ainsi, le taux effectif de fréquentation scolaire des jeunes de 5 à 19 ans à cette époque était de 41 % au Québec, contre 40 % en Ontario et 38 % dans l’ensemble du Canada.

Le Québec a toutefois commencé à perdre du terrain par la suite. Même si le taux effectif de fréquentation avait atteint 52 % au Québec en 1931, l’Ontario et le Canada dans son ensemble avaient dépassé le Québec avec des taux de 62 % et 55 %.

Ce retard grandissant du Québec se renverse complètement après 1945. À cette date, la proportion des enfants inscrits et présents à l’école au Québec était équivalente à 80 % de celle de l’Ontario et à 84 % de celle du reste du Canada. Douze ans plus tard, on voit un progrès considérable [avant la création du ministère donc] de la fréquentation scolaire au Québec : elle atteint 89 % du niveau de l’Ontario et 94 % de celui du reste du Canada. Il s’agit d’un rattrapage important entamé avant la Révolution tranquille.

Plus important encore, après 1945, lorsque les jeunes Québécois décident d’aller à l’école, ils y restent plus longtemps. C’est-à-dire que le décrochage scolaire diminuait. Pour l’année scolaire 1945-1946, seulement 28 % des jeunes qui auraient normalement dû être à l’école secondaire y étaient, contre 69 % en Ontario — un écart de 41 points de pourcentage. Pour l’année scolaire 1959-1960, cette proportion se situait à 68 %, contre 88 % en Ontario, un écart de seulement 20 points. Il s’agit d’un rattrapage remarquable.

École réelle pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

Les Québécois francophones étaient aussi de plus en plus nombreux à accéder aux études universitaires. À partir de 1955, la population étudiante totale à temps plein au Québec en pourcentage du groupe d’âge des 15 à 24 ans dépasse même le niveau observé en Ontario. Et on ne peut pas attribuer cette performance uniquement aux anglophones, puis que les universités francophones ont vu leurs inscriptions augmenter plus rapidement que les universités anglophones.

La propension des Québécois à aller plus longtemps à l’école a permis au Québec de combler une partie importante du retard éducationnel qu’il avait avec l’Ontario. En 1951, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire était équivalente à 70 % du niveau observé en Ontario.

Seulement dix ans plus tard, cette proportion avait bondi à 85 %, et ce sont principalement les femmes qui ont contribué à ce rattrapage.

La plupart des historiens prétendent que le Québec est devenu une société de plus en plus arriérée sur le plan de l’éducation durant les années d’après-guerre. Les statistiques officielles démontrent le contraire.

Somme toute, cet impressionnant rattrapage a permis à la scolarité moyenne des Québécois (mesurée en années d’éducation accomplies) de passer de 87 % à 92 % du niveau observé en Ontario, entre 1951 et 1961. Un écart existait toujours entre le niveau d’éducation des jeunes Québécois et celui des autres jeunes Canadiens, mais cet écart allait rapidement en s’amenuisant.

Ces simples faits retirent une partie importante de la crédibilité accordée à la rhétorique populaire. Comment peut-on expliquer qu’une partie considérable du rattrapage du Québec se soit produite alors que l’État intervenait moins en éducation ?

Progrès décevants depuis 1960 en comparaison au reste du Canada

Ce rattrapage s’est-il poursuivi pendant la Révolution tranquille ? Plus précisément, est-ce que le rattrapage du Québec s’est accéléré ou a-t-il décéléré ? Soyons clairs, les progrès en termes absolus qui ont été réalisés depuis 1960 sont gigantesques. Toutefois, lorsqu’on compare ces progrès avec ceux accomplis durant la même période dans le reste du Canada, ils sont moins impressionnants — voire décevants.

Au-delà de la rhétorique de la “démocratisation” de l’éducation avancée par des sociologues comme Guy Breton, les faits ne concordent pas. Les données illustrant la participation scolaire au Québec démontrent que plus de la moitié du terrain que le Québec a gagné sur l’Ontario et le reste du Canada a pris place entre 1945 et 1960.

D’une part, cela signifie que le rattrapage scolaire du Québec face au reste du Canada s’est effectué en grande partie avant que l’État ne décide de s’impliquer davantage dans le domaine de l’éducation. D’autre part, cela indique que pendant la Révolution tranquille, le Québec n’a pas fait meilleure figure relativement au reste du Canada que dans les années qu’on qualifie — à tort — de Grande Noirceur.

En fait, on observe même des signes indiquant que le rattrapage du Québec a ralenti pendant et après la Révolution tranquille. Alors qu’il affichait un taux de participation aux études universitaires des 15 à 24 ans supérieur à celui de l’Ontario à partir de 1955, ce n’est plus le cas après 1964, alors que la participation commence à tirer de l’arrière, tant par rapport à l’Ontario qu’aux autres provinces.

Entre 1951 et 1961, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire avait augmenté plus vite qu’ailleurs au Canada. En fait, cette proportion atteignait 98 % du niveau observé dans le reste du Canada en 1961 — c’est-à-dire que le Québec était virtuellement à parité avec le reste du pays.

Après 1961, les Canadiens des autres provinces sont plus nombreux que les Québécois à s’inscrire à l’université. En 1981, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire équivalait à 78 % du niveau en Ontario et à 84 % du niveau dans le reste du Canada.

Selon les données les plus récentes provenant des recensements, la situation n’a guère changé, et ce fossé demeure. Il s’agit là d’un fait important puisque le Québec était en meilleure posture relativement au reste du Canada en 1961 qu’il ne l’est aujourd’hui.

À tout cela, ajoutons qu’aujourd’hui le Québec a un taux de décrochage scolaire dans les écoles secondaires dépassant celui de toutes les autres provinces canadiennes. La situation relative du Québec sur ce plan s’est dégradée depuis les années 1990.

En bref, l’héritage de la Révolution tranquille a été beaucoup moins glorieux qu’on le prétend.

Paramètres de discussion

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années par des économistes qui documentent le lien entre la performance scolaire et l’autonomie des écoles — indépendamment du niveau d’enseignement ou de leur nature religieuse.

Toutes choses étant égales par ailleurs, plus les écoles sont autonomes et que les parents ont un mot à dire dans les activités de celles-ci, plus la performance scolaire et la qualité de l’éducation augmentent.

En contrepartie, les régimes où l’État centralise davantage, contrôle le programme scolaire et bureaucratise le domaine de l’éducation sont marqués par des résultats décevants au titre de la performance et de la qualité.

Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants.

Après 1960, c’est l’inverse qui se produit : l’État intervient lourdement à tous les niveaux — des portes de la garderie jusqu’à la sortie de l’université. Et les résultats sont conformes à la théorie : lors que l’État intervenait peu, un rattrapage s’observait, et quand il s’est mis à intervenir, il y a eu ralentissement.

Il convient de se demander si les progrès en éducation auraient continué au même rythme sans la bureaucratisation de l’éducation. Certes [?], il fallait circonscrire le rôle de l’Église en la matière, mais la littérature économique et les développements observés laissent croire que les progrès auraient réalistement pu être plus importants sans l’intervention accrue de l’État.
»



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mercredi 30 novembre 2016

TIMSS 2015 : le Québec s'en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise

Ce mardi la plus grande étude mondiale sur l’enseignement des mathématiques et des sciences dans le monde, le TIMSS 2015, a été publiée.

Cette étude, menée par l’IEA (acronyme anglais de l’Association internationale pour l’évaluation des performances scolaires) et conduite tous les quatre ans depuis 1995, évalue les performances des élèves en mathématiques et en sciences. TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) s’intéresse aux connaissances des élèves en maths et en sciences à un niveau scolaire donné (au Québec en 4e année du primaire à un peu plus de 10 ans et en 2e secondaire à un peu plus de 14 ans), ainsi qu’aux programmes scolaires : l’objectif premier de l’enquête est de contribuer aux recherches sur l’enseignement des maths et des sciences, en renseignant les professeurs sur les pédagogies qui fonctionnent.

Début décembre, l’OCDE publiera son enquête trisannuelle PISA qui, elle, se penchera sur l’aptitude des enfants de quinze ans à savoir utiliser leurs connaissances, dans une soixantaine de pays de l’OCDE et de partenaires. Une étude plutôt destinée à informer les décideurs nationaux et à les aider à orienter leurs politiques éducatives.

Vingt ans après sa création, 57 pays et 7 entités territoriales ont pris part à TIMSS 2015, soit quelque 600 000 élèves évalués. Le Québec a participé à cette étude. Les élèves québécois ont été évalués en 4e année du primaire à un peu plus de 10 ans et en secondaire II à un peu plus de 14 ans.

Au niveau mondial

L’Asie de l’Est, loin devant. Singapour, Hong Kong, la Corée, Taipei (Formose) et le Japon continuent d’écraser les autres pays participants en mathématiques, comme c’est le cas depuis vingt ans. L’écart avec les autres pays performants est énorme, et s’accroît avec l’âge : en 2e secondaire, l’écart entre les cinq premiers pays et les suivants est encore plus important qu’en 4e année du primaire. En sciences, les pays d’Asie de l’Est dominent toujours le classement, accompagnés de la Russie, mais de manière moins radicale. Le Québec se situe juste au-dessus de la Russie, parmi les pays les mieux classés.

De manière générale, l’étude montre que l’éducation en matière de mathématiques et de sciences progresse dans le monde dans l’enseignement primaire. Nombreux sont les pays qui ont non seulement amélioré leurs résultats, mais aussi réduit l’écart entre les bons et les mauvais élèves. L’étude montrerait également qu’une scolarisation précoce aurait des effets durables sur les résultats, au moins jusqu’en 4e année du primaire.

Le tableau ci-dessous donne le classement pour la classe de 8e année (2e secondaire) en mathématiques.

  


Avec 543 points (voir sous la barre grise ci-dessus), le Québec se place juste au-dessus de la Russie (538). Bonne nouvelle. 

Toutefois, notez le triple obèle à côté de « Quebec, Canada ». Ce signe indique que le Québec n’a pas satisfait aux lignes directrices relatives aux taux de participation de l’échantillon.



En effet, parmi les écoles québécoises choisies par les organisateurs du TIMSS, un très grand nombre d’écoles québécoises n’ont pas participé aux tests (63 %), en outre un peu moins de classes (99 %) que dans d’autres pays et un peu moins d’élèves dans ces classes (92 %) ont passé les tests. Le taux global de participation au Québec est donc très bas : 58 % alors que dans la majorité des pays il est supérieur à 90 %.

...


Voici le tableau complet des taux de participation (pondérés), on y remarque que dans certains pays qui ont d’excellents résultats (comme Singapour ou la Corée) le taux global de participation avoisine les 100 % (respectivement 97 % et 98 %) :



On est en droit de se demander si cette faible participation n’a pas un effet sur les résultats du Québec.

Notons que les résultats du Québec sont en hausse par rapport à 2011 et plus particulièrement chez les garçons. L’astérisque (*) ci-dessous indique que la différence entre les garçons (trait noir) et les filles (trait bleu) est statistiquement significative.

Notons que ces résultats contredisent (en apparence du moins) ceux de l’Institut Fraser publiés cette année et qui indiquaient, à la lumière des examens du Ministère, que les filles dominent désormais aussi en mathématiques au Québec. Se pourrait-il que ces résultats aux examens ministériels s’expliquent par un échantillonnage différent entre le TIMMS et les examens du ministère ? Par une plus grande participation à ces examens qu’aux tests du TIMSS qui ne sont pas obligatoires ? Il serait intéressant que le ministère croise les résultats des élèves qui ont participé au TIMSS avec les résultats des élèves aux examens du ministère. Est-ce que les meilleurs élèves québécois auraient participé aux tests du TIMSS en plus grande proportion qu’ils ne sont dans un échantillon aléatoire de la population scolaire québécoise ?


Voir aussi

PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question pour cause de faible participation

Classement des écoles de l’Institut Fraser : les filles dominent désormais aussi en maths

Résultats en mathématiques : le financement public des écoles privées expliquerait les succès du Québec


Université Laval a de nombreuses bourses réservées aux filles, mais en refuse une réservée aux garçons (m-à-j)

Mise à jour fin novembre 2016

Découragé par le peu de vagues qu’a fait sa situation, André Gélinas, ce donateur dont la bourse d’études réservée aux garçons a été rejetée par l’Université Laval, n’entamera pas de recours judiciaires contre l’institution et appelle les députés à réagir.

« C’est suite et fin. J’abandonne », lance déçu au bout du fil celui qui a été le premier directeur des études de l’ENAP.

Le Journal révélait au début du mois d’août que la Fondation de l’Université Laval avait refusé les milliers de dollars offerts en bourse par André Gélinas, invoquant que la suggestion contrevenait à la Charte québécoise des droits et libertés et que les programmes ciblés comportaient un pourcentage majoritaire d’étudiants masculins.

« Équilibrer les choses »

Outré, André Gélinas avait dénoncé cette « iniquité », plaidant qu’il existait des bourses exclusives pour les femmes. « Je voulais équilibrer les choses. Je voulais qu’il y ait au moins une bourse pour les garçons, alors qu’il y en a des dizaines au moins pour les filles », martèle-t-il.

Le dossier a tout de même cheminé depuis l’été. L’Université Laval a notamment proposé au donateur de rediriger son fonds dans des programmes où les hommes sont minoritaires, tels les soins infirmiers et l’éducation préscolaire.

« Dans les garderies ! pouffe avec mépris André Gélinas. Je n’ai pas d’affinités avec ça. En tant que donateur, il me semble que je dois avoir le droit d’exprimer un souhait. » Incapable de parvenir à une entente, l’institution a remboursé les sommes versées.

Enclencher un débat

S’il abandonne l’idée d’aller devant les tribunaux, l’octogénaire interpelle les députés de l’Assemblée nationale, les professeurs et étudiants de l’Université Laval afin d’enclencher un débat public sur cette affaire.

Il peine à comprendre pourquoi ces derniers se sont mobilisés lorsque sont survenues les agressions sexuelles sur le campus, mais qu’ils n’ont pas pris la parole par rapport à sa bourse réservée aux garçons.

M. Gélinas n’a pas semblé se formaliser sur les différences majeures qui touchent ces deux dossiers. « Je trouve que c’est aussi grave, dans un autre domaine », a-t-il plaidé.

Audio : entretien de M. Gélinas

Billet original (juin 2016) 

La Fondation de l’Université Laval a refusé les milliers de dollars d’un donateur qui souhaitait remettre une bourse d’études exclusivement à des étudiants masculins, la jugeant discriminatoire.

Celui qui a été le premier directeur des études de l’École nationale d’administration publique (ENAP), André Gélinas s’est entendu avec la Fondation de l’Université Laval en 2014 pour créer un Fonds de bourse d’études à son nom.

Les conditions d’attribution ? Être de sexe masculin et étudier à la maîtrise en affaires publiques ou en science politique, où se retrouveraient déjà majoritairement des hommes. Alors que la bourse était en voie d’être créée, la Fondation a décidé de refuser l’argent du généreux donateur.

« Quelqu’un s’est réveillé et a dit que ça le rendrait mal à l’aise », révèle M. Gélinas, qui conteste cette décision. À ses yeux, il est tout à fait normal de décerner des bourses aux étudiants masculins, puisque d’autres sommes sont adressées à la gent féminine.

« Il y a beaucoup de bourses qui sont réservées aux étudiantes, peu importe la discipline, dit-il. Je voyais qu’il y avait des bourses aux filles... pourquoi pas aux gars ? »

« Discriminatoire » ?

L’Université rejette cet argument. Elle explique qu’une bourse « dirigée exclusivement envers les hommes devient discriminatoire lorsque les programmes visés comportent déjà un pourcentage significatif et majoritaire d’étudiants masculins », écrit le porte-parole Samuel Auger.

Concernant les bourses destinées uniquement aux femmes, il explique que « l’Université s’appuie sur la Charte des droits et des libertés qui prévoit qu’il est possible de mettre en place des programmes en éducation pour corriger la situation de personnes victimes de discrimination ». Cela ne semble pas tout à fait exact, à moins de considérer que les femmes sont discriminées dans les professions de la santé, sinon pourquoi offrir des bourses réservées aux jeunes femmes qui se destinent à être infirmières (voir ci-dessous) ?


« Compte tenu des statistiques d’inscription et de diplomation colligées par l’Université, ceci n’était pas le cas dans les deux programmes de maîtrise ciblés dans le protocole de don du Fonds de bourse André-Gélinas », dit M. Auger.

Remboursement si le donateur se tait

Des pourparlers sont en cours entre les deux parties afin de procéder au remboursement des sommes versées à ce jour par André Gélinas. Ce dernier prétend que l’Université Laval s’est montrée ouverte à le dédommager à condition que cette histoire demeure confidentielle.

L’Université n’a pas commenté cette déclaration.

Quelques bourses réservées aux étudiantes (il en existait 149... aucune pour les garçons).

Bourses de la Fondation Soroptimiste du Canada. Plusieurs bourses de 7 500 $ par année. Cette bourse a pour objectif de soutenir financièrement une étudiante dont les études mèneront à exercer une carrière qui aidera à améliorer la qualité de vie des femmes... Être présentement inscrite dans un cours d’études qui mènera à une carrière surtout au service des femmes.

Bourse Carrie Derick, 1 bourse de 1 000 $ par an. Mettre en valeur la contribution des femmes à la promotion et l’avancement des sciences. Bourse offerte pourtant pour des domaines très féminisés : Sciences infirmières, Pharmacie, Médecine.

Bourses d’études de l’Association des femmes diplômées des universités — section Québec (AFDU Québec). Plusieurs bourses de montant variable chaque année. D’après la fiche, tous les baccalauréats, maîtrises ou doctorats sont admissibles pour peu qu’on soit une femme.

Les bourses Pierrette Lévesque en sciences infirmières (encore un secteur qui doit « comporter déjà un pourcentage significatif et majoritaire » d’étudiantes pourtant. Bizarre. Il s’agit d’« une bourse d’études de 2000 $ à une étudiante inscrite à temps complet pour l’année 2016-2017 à la Faculté des Sciences Infirmières de l’Université Laval dans un programme de 1er, 2e ou 3e cycle en sciences infirmières ».

La bourse Charlotte Lapointe en communication/relations publiques. Une bourse de 2000 $ par an, la Bourse du Fonds Charlotte Lapointe vise à octroyer une bourse d’études à une étudiante en communication inscrite à la Faculté des lettres et des sciences humaines. Encore un secteur pourtant très féminisé à notre connaissance.

L’Université Laval moquerait-elle de nous ?

etc.