mercredi 9 avril 2008

Quatre cents formateurs du Monopole contre les parents mécontents

Selon M. Martin Pelchat du Soleil de Québec :
« Une coalition de parents en croisade [sic] contre le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse prépare un recours judiciaire en Cour supérieure pour contraindre les écoles d’en exempter les enfants qui en font la demande ».
Bref, ils espèrent pouvoir imiter les parents qui étaient rébarbatifs aux cours de religion et qui parvenaient à en faire exempter leurs enfants.

M. Pelchat continue :
« Pour lancer cette bataille, la Coalition, qui dit ne pas regrouper que des parents catholiques, mais aussi des orthodoxes et des protestants, affirme n’avoir besoin que d’une cause type.»
Petite remarque sur le professionnalisme indolent des journalistes québécois : pourquoi M. Pelchat ne vérifie-t-il pas simplement si la Coalition regroupe bien des parents autres que catholiques plutôt que d’ajouter ce « qui dit » dubitatif ? Ceci ne doit pas être très compliqué puisque certains orateurs aux conférences de cette coalition annoncent la couleur : voir ici. À la décharge de M. Pelchat, il faut ajouter qu'il s'occupe également de la rubrique automobile et technique au Soleil.

M. Pelchat de poursuivre :
Elle est sur le point de l’identifier puisque deux commissions scolaires de Montérégie viennent de rejeter des demandes d’exemption. La Coalition a d’ailleurs expédié par huissier à l’une d’elles une requête en mandamusafin de la forcer à répondre plus vite. Ces refus seront contestés en appel devant le Conseil des commissaires, et s’ils sont maintenus, la Coalition passera aux tribunaux. »

Parmi les motifs qu’elle invoque pour réclamer des exemptions, la Coalition soutient que le contenu du cours est susceptible de « causer des préjudices graves » à l’enfant, qu’il « brime les libertés fondamentales de religion et de conscience » et qu‘il peut « perturber l’enfant en l’exposant trop jeune à des convictions et croyances différentes de celles privilégiées par ses parents ». Le nouveau cours, qui remplacera les cours d’enseignement religieux et moral, fera place à plusieurs cultures religieuses.

Me Côté espère que la démarche de la Coalition aura les mêmes conséquences que la bataille des parents athées contre l’enseignement religieux, à la fin des années 70. « Les étudiants des parents athées réclamaient une exemption qui leur était accordée. Il y en avait tellement qui le demandaient que le juge s’est permis de dire : la solution n’est pas juridique, elle doit être politique. Alors, il a renvoyé les politiciens faire leurs devoirs et c’est là qu’on a accouché du régime de libre choix. »
Notons que même le Mouvement laïque du Québec se dit profondément opposé au cours imposé d’en haut par le Monopole de l’Éducation (MELS).

Concepteur du programme inquiet
L’offensive de la Coalition inquiète un des concepteurs du nouveau cours, Georges Leroux, qui appelle la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à s’impliquer publiquement.

Elle l’a déjà fait de façon mémorable en déclarant que les enfants sont plus malins que leurs parents : « Nos enfants sont intelligents, ils comprennent souvent plus que nous. »
« Pour d’abord informer la population que ce cours n’est pas, comme le présente la Coalition, une infraction à la liberté de conscience et de religion. »

Mantra mille fois répété par les partisans de ce cours qu'ils veulent imposer.

Comme si la mise sur un même pied d’égalité, par des professeurs qui profitent de leur position d’influence, de toutes les religions et même de l’athéisme proclamés d’une égale légitimité ne pourrait pas saper ou contredire les convictions que les parents veulent transmettre à leurs enfants. Ce relativisme imposé contrevient bien évidemment à la liberté de choix de religion ou de conviction des parents pour leurs enfants.

Rappelons-nous de ce qui disait Mme Rachida Azdouz, psychologue à l'Université de Montréal responsable de la formation pour ce cours auprès des futurs formateurs, quand elle déclare à l’antenne de Radio-Canada (le 2 septembre 2007 à partir de 13 h 51 minutes 17 secondes) :
« des parents arc-boutés sur leur pratique religieuse – on appréciera la neutralité laïque dans la description – ne sont pas disposés à permettre à leur enfant de mieux cohabiter avec les autres, car ils transmettent à leur enfant que leur croyance est la seule, l’unique et la meilleure. Et c’est là qu’intervient l’école et le rôle des intervenants scolaires c'est d'apprendre à cet enfant de composer avec des enfants qui ont d’autres croyances religieuses et dire qu’elle est tout aussi légitime que la leur ou, des enfants qui n’ont pas de croyances religieuses et que cette position-là est tout aussi légitime que la leur. »
Tout se vaut, tout est légitime...
Au cabinet de la ministre, on souligne que des séances d’information pour les parents sont prévues. « Il y a une équipe de 400 formateurs sur le territoire pour s’assurer que tous les maîtres soient formés, explique en outre l’attaché de presse Jean-Pascal Bernier. »
Bref, quatre cents formateurs payés avec les sous des contribuables pour imposer aux parents à qui on n’a rien demandé ce qu’un groupe d’experts cooptés par le Monopole parce qu’ils donnent les bonnes réponses aura décidé d’imposer à tous les jeunes québécois captifs du Ministère en matière de transmission de valeurs. Groupe coopté dont un des chefs de file est désormais inquiet et demande plus de dépenses publiques pour défendre son bébé !

À quand deux ingrédients singulièrement absents au Québec en matière d'instruction : la prudence et la liberté ?

lundi 7 avril 2008

Le Monopole de l'Éducation, sourd aux propositions d'experts et d'enseignants de français insatisfaits

L'Association québécoise des professeurs de français (AQPF) a décidé de se retirer du processus de validation des programmes, processus qu’elle juge déficient. En outre, elle estime que le Monopole de l’Éducation (MELS) ne mène pas de «véritable consultation» dans l'élaboration des programmes de français. L’organisme déclare vouloir dénoncer publiquement de la sorte une démarche « aussi précipitée que mal ficelée ».

L’Association précise dans le Devoir du 7 avril 2008 que «[n]ous sommes déçus de constater une fois de plus que les consultations menées par l'équipe ministérielle responsable des programmes de français ne sont pas conformes à la conception généralement répandue de ce que devrait être ce type d'opération », « Nous considérons que l'élaboration des programmes n'a pas été faite, comme on le prétend encore à ce jour, par des dizaines voire des centaines d'enseignants. Non, les programmes ont été rédigés par quelques enseignants et des fonctionnaires du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, soucieux de ne pas se laisser détourner de leurs objectifs et sourds aux propositions d'experts et d'enseignants insatisfaits. »

L'Association dénonce le fait qu’elle a été tout bonnement écartée du processus pour ne plus jouer que le rôle de faire-valoir et de simple sceau d'approbation, même si ces membres sont les premiers concernés quand il s’agit de mettre en œuvre lesdits programmes.

Manuels d’histoire lamentables, validation des programmes de français détournée et bâclée, entêtement dans la mise en place du « renouveau pédagogique », baisse des résultats des élèves québécois aux tests internationaux PISA et PIRLS, imposition totalitaire d’un programme relativisme exempt de culture religieuse à tous les enfants dès six ans, même dans les écoles confessionnelles , menaces sur l'instruction à domicile, persécution bureaucratique avec menaces d'intervention de la DPJ contre les écoles évangéliques et mennonites permises ailleurs au Canada ! Surdité et autoritarisme laïcisme sacralisé, loin des priorités réelles.

Et ce Monopole voudrait imposer la tolérance et l’importance du dialogue ? Qu’il pratique d’abord ce qu’il prêche aux jeunes captifs des écoles québécoises !

Formons le vœu qu’un jour un parti politique sera suffisamment sage pour comprendre qu’il faut introduire une dose de liberté dans les programmes, dans les pédagogies et dans l’autonomie des écoles au Québec. Cette mise à mort du Monopole étatiste permettra de mieux protéger la diversité des opinions et de créer une concurrence qui permettra enfin aux parents de choisir des écoles vraiment différentes, libres et mieux adaptées à leurs enfants et à leurs convictions.

jeudi 3 avril 2008

Sherbrooke — Le cours d’éthique et culture religieuse et ses conséquences

CONFÉRENCE

Cours d’éthique et culture religieuse et ses CONSÉQUENCES

DATE : mercredi le 16 avril 2008 à 19 heures

LIEU : CÉGEP DE SHERBROOKE

375, rue du Cégep au pavillon 2

ENTRÉE GRATUITE

Programme de la soirée
  1. M. Gary Gordon Caldwell, sociologue, écrivain et protestant;
  2. Me Jean-Yves Côté, avocat et co-concepteur du formulaire d’exemption;
  3. Dre Jean Morse-Chevrier, psychologue et présidente de l’Association des Parents Catholiques du Québec;
  4. Mme Claudette Lavallée, psycho-éducatrice retraitée et membre de la CLÉ.
Dès septembre 2008, le gouvernement du Québec SUPPRIMERA l’option entre l’enseignement moral et religieux et IMPOSERA dans toutes les écoles primaires et secondaires, tant publiques que privées, ce cours qui abordera le christianisme, le judaïsme, l’islamisme, le bouddhisme, l’hindouisme, les nouveaux mouvements religieux, etc.

Parents de toutes convictions, c’est à vous de décider
pour vos enfants.

Ce n’est pas à l’État de décider pour vous !

Ce sont vos enfants qui sont en cause.

mardi 1 avril 2008

Résignation molle et confusion alambiquée des évêques catholiques du Québec

Louis O'Neil, professeur émérite à la faculté de théologie de l'Université Laval, a envoyé une lettre très intéressante au Devoir au sujet de la réaction si résignée et si molle des évêques catholiques du Québec face à la volonté du MELS d'imposer son cours de morale et de culture religieuse à tous les enfants dès six ans.

Résignation et confusion d'autant plus étonnantes que le Vatican s'est déjà prononcé sur les écoles « où toutes les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair, comme si, pour ce qui regarde Dieu et les choses divines, il importait peu d'avoir ou non de saines doctrines, d’adopter la vérité ou l’erreur ». Il faut les fuir.

Relevons ici quelques extraits de la lettre du professeur O'Neil[1] :
Dans le dossier sur la place de l’enseignement religieux en milieu scolaire les évêques du Québec donnent l’impression de naviguer dans la brume.

[...]

Résignation et collaboration

En 1997, ceux qui ont assumé la charge de guides spirituels de l’Église du Québec ont laissé tomber un droit inscrit dans la Constitution de 1867, confirmé en 1982 et dûment inséré dans la Charte canadienne des droits et libertés (art.29) ; un droit qui garantissait la confessionnalité des établissements scolaires. En 2005, ils ont approuvé le projet de loi 95 qui supprimait l’enseignement religieux à l’école et ont placé leurs espoirs dans le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse, croyant y déceler des « orientations prometteuses ». Ils veulent s’en tenir désormais à une collaboration critique et vigilante avec le pouvoir politique, se permettant à l’occasion d’exprimer leur opinion sur certains aspects du nouveau programme, par exemple la difficile pratique de la neutralité ou encore le manque de préparation des enseignants. Pour le reste, ils s’en remettent au bon vouloir de la ministre de l’Éducation et de sa ténébreuse bureaucratie qui ne cesse de concocter réforme sur réforme.

Ça fait de la peine aux évêques

Les évêques reconnaissent que les parents ont le droit de revendiquer pour leurs enfants un enseignement religieux à l’école et regrettent que ce droit n’ait pas été respecté. Mais ils n’ont pas l’intention de se battre pour qu’il le soit.

[...]

Puisque le pouvoir politique a décidé de le supprimer, ils se contentent de dire que ça leur fait de la peine. Ils aimeraient néanmoins que la ministre de l’Éducation accorde un traitement de faveur aux établissements privés en permettant à ceux-ci d’insérer dans l’horaire des périodes d’enseignement religieux. Quant aux jeunes qui fréquentent le réseau public, ils les abandonnent à leur sort. Pour ceux-là, pas de chance d’avoir accès à un cours de culture chrétienne.

Céder aux sirènes du « dialogue » et des « orientations prometteuses »

Selon les évêques, une orientation prometteuse du nouveau cours, c’est de favoriser le vivre ensemble et l’ouverture aux les autres. Voilà, il est vrai, un objectif fort louable. Mais qu’est-ce donc qui empêchait le cours d’enseignement religieux en vigueur jusqu’ici, dont ils étaient responsables et qu’ils ont approuvé, de poursuivre ce même objectif ? Depuis quand faut-il passer par la neutralité et par le décorticage sociologique du phénomène religieux pour s’ouvrir aux autres ?

On aurait aimé d’autre part qu’ils nous fassent connaître plus explicitement leur opinion sur certains postulats de base qui sous-tendent le nouveau cours, par exemple : la raison pure qui scrute les croyances religieuses et a préséance sur elles ; le relativisme ; le pluralisme normatif ; la posture professionnelle ; le socio-constructivisme. Ces composantes font-elles partie des « orientations prometteuses » ? N’a-t-on pas raison de craindre que cet amalgame douteux n’alimente un vice de fond qui rend illusoires les gains espérés ? Est-il vrai qu’on doive attendre cinq ans avant d’évaluer la validité des fondements idéologiques qui ont inspiré la nouvelle construction pédagogique ?

Décourager les parents, geste peu élégant

Les parents inquiets ou mécontents pourront revendiquer le droit d’exemption que leur reconnaît la loi. Mais les évêques estiment qu’on ne doit exercer ce droit qu’avec circonspection et aimeraient plutôt qu’on fasse confiance à l’appareil bureaucratique qui a concocté le nouveau cours. Mais vu que les parents ne peuvent compter sur leurs leaders religieux pour défendre leurs droits, il est bien normal que plusieurs d’entre eux recourent à d’autres moyens à partir du moment où ils estiment que le nouvel enseignement va à l’encontre de leurs convictions. Il apparaît peu élégant, dans une telle conjoncture, de vouloir les dissuader de contester.

[...]

Unicité du laïcisme québécois

Jadis directeur du journal Le Devoir et ancien ministre de l’Éducation, Claude Ryan rappelait, lors d’une conférence prononcée le 8 juin 1999, que « le droit à un enseignement religieux confessionnel dans les écoles publiques est reconnu dans la majorité des pays d’Europe occidentale. Cet enseignement est obligatoire en Allemagne, en Finlande, en Irlande, en Norvège et en Autriche. Il est offert sur une base optionnelle dans les écoles publiques de Belgique, d’Italie, de Pologne, d’Espagne et de Hongrie ». Et il ajoutait : « À ma connaissance, ces pays ne considèrent pas que leur législation scolaire est contraire aux chartes des droits. Je ne sache pas non plus qu’ils aient été trouvés en défaut à cet égard par les tribunaux compétents. Dans la perspective d’une conception pluraliste de la liberté, il y aurait davantage lieu de s’inquiéter à mon avis d’une politique qui, au nom d’objectifs sociétaux, viserait à imposer à tout le monde un modèle unique d’école publique et à bannir la religion de cette école ou à ne l’y tolérer que sous des formes diluées ».

[1] Les intertitres sont de nous.

Roumanie – la religion est de retour à l’école

Résumé et traduction d’un article de Raluca Popescu du 3 mars 2008

Bucarest – À la suite de discussions prolongées qui ont soulevé la passion au sein de la société civile et dans le clergé orthodoxe le plus convaincu, la religion remporte une victoire en Roumanie : elle demeurera une option du programme scolaire jusqu’en 12e année. Le ministère de l'Éducation avait, à l'origine, décidé de supprimer la religion du programme scolaire du lycée, mais cette décision fut mal accueillie par les représentants de l'Église orthodoxe et par diverses associations civiles.

Mihaela Sociu, conseillère auprès du ministère de l'Éducation, de la recherche et de la jeunesse (MECT) a déclaré que les parents et les étudiants pourront décider s’ils veulent étudier la religion ou non. Elle a ajouté qu'aucun élève ne sera pénalisé s’il refuse de suivre la classe de religion et que cette matière n’entrerait pas en ligne de compte dans le calcul de la note moyenne générale. Par ailleurs, le Ministère organisera des classes de culture générale ou encore d'autres classes de remplacement.

Le patriarche Daniel a déclaré qu'une éducation privée de dimension spirituelle à l'âge de l'adolescence ne pouvait qu’être incomplète. Le patriarche Daniel a également proposé que les symboles religieux de toutes les églises doivent être étudiés dans les écoles pour que des élèves les connaissent mieux. « La religion propose les modèles valables de bonté et de sainteté dans un monde de plus en plus individualiste » a conclu Sa Béatitude. Le représentant de la religion judaïque, le rabbin Sorin Rosen Slomo, a précisé qu'il avait proposé aux représentants de l'Église orthodoxe l'introduction de l'étude de l'histoire de la religion dans les écoles. L'Église catholique a opté pour la réouverture d’écoles confessionnelles subventionnées par l’État.

Selon l’agence de presse roumaine Rador, une étude de l'ONU conclut que, dans 46 pays parmi les 70 ayant répondu à son enquête, la Constitution ou la loi garantit le droit à une éducation religieuse. Il serait intéressant de savoir si le Québec a répondu à cette enquête. Toujours selon celle-ci, un pays sur cinq interdirait l’étude de la religion à l’école. Dans 35 pays, l'éducation religieuse est permise dès l'éducation primaire. Seuls neuf pays cités dans cette étude rendent obligatoire l’étude de la religion. Dans 30 autres pays, son étude est facultative.

Un nouveau carnet consacré au programme d'Éthique et de culture religieuse

On nous informe du lancement d'un nouveau blogue consacré au programme d'Éthique et de culture religieuse. On y présente des analyses permettent de réfléchir sur la nature du programme proposé et sur la manière dont il est mis en œuvre. Dernier article en ligne : « Les consultations 2005-2007 démontrent-elles l’appui de la population pour l’ÉCR ? »

Le Mouvement laïque québécois se dit profondément en désaccord avec le nouveau programme d'Éthique et culture religieuse

Le Mouvement laïque québécois se dit profondément en désaccord avec le nouveau programme d'Éthique et culture religieuse. Invité à soumettre son avis par le Comité des affaires religieuses, il estime la composante « culture religieuse » confondante et conflictuelle.

On trouvera ici les raisons de ce désaccord. Pour le lecteur pressé, voici, en bref, les raisons de son désaccord :
  1. Le programme ÉCR ne permet pas de faire des apprentissages enracinés dans la réalité du jeune.
  2. Le programme ÉCR ne permet pas de faire des apprentissages enracinés dans la culture québécoise.
  3. Le programme ÉCR ne respecte pas la liberté de conscience et de religion des élèves.
  4. Le programme ÉCR ne respectera probablement pas la liberté de conscience et de religion des enseignantes et des enseignants.
  5. Le programme ÉCR ne favorise pas le vivre-ensemble.
  6. Le programme ÉCR ne permettra probablement pas l'ouverture à la diversité religieuse par la découverte (au primaire) et l'analyse (au secondaire) des principales caractéristiques de différentes traditions religieuses et de ce qu'elles auraient en commun.
  7. Le programme ÉCR ne permet pas de se situer de façon réfléchie au regard des religions et des nouveaux mouvements religieux.
  8. Le programme ÉCR ne permet pas du tout de prendre en compte les représentations du monde et de l'être humain qui sont d'un autre ordre que religieux (représentations séculières).
  9. Le programme ÉCR ne permet pas la reconnaissance de l'autre et le développement d'attitudes appropriées à l'égard de la diversité religieuse (respect, tolérance, ouverture au dialogue).
  10. Le programme ÉCR ne permet absolument pas la reconnaissance des personnes qui interprètent la réalité autrement qu'à travers le prisme des religions.
  11. Le programme ÉCR devrait susciter des réactions négatives chez les divers groupes religieux.
En conclusion le MLQ déclare :« Nous souhaitons que disparaisse la composante de culture religieuse des programmes du primaire et du secondaire, car cette partie de la matière risque de générer de nombreux conflits et ne correspond certainement pas au niveau de maturité des enfants et des adolescents. [...] Nous pensons que des cours d'éthique et aptitude au dialogue tout au long du primaire et du secondaire seraient suffisants pour assurer l'instruction commune des jeunes. Des cours de culture religieuse pourraient cependant être offerts comme cours à option en 4e et 5e secondaires lorsque les jeunes ont la maturité suffisante pour assumer un tel apprentissage et mener les réflexions importantes qui en découlent nécessairement. »

Et si, dès le début, il existait tout simplement un choix, plutôt qu'un cours obligatoire pour tous qui ne pourra que déplaire à un groupe ou l'autre. Quoi ? De la tolérance et un choix ?

samedi 29 mars 2008

France — Appel pour le rétablissement des horaires de français

En 1976,
un élève qui sortait du collège [15 ans] avait reçu 2 800 heures d'enseignement du français depuis son entrée au cours préparatoire.

En 2004,
il en a reçu 800 de moins. Il a donc perdu l'équivalent de deux années et demie. C'est comme si, au milieu de son année de cinquième, on le faisait passer en seconde.

Puisque la lutte contre l'illettrisme est une priorité, et que l'efficacité d'un apprentissage dépend aussi du temps qui lui est consacré,

Une série d'associations françaises demandent en conséquence que les horaires suivants soient adoptés :

1/ à l'école primaire
- en CP, 15 heures par semaine au lieu de 9 heures 30 ;
- en CE 1, 11 heures 30 au lieu de 9 heures 30 ;
- en CE 2, 11 heures 30 au lieu de 6 heures 30 ;
- en CM 1 et CM 2, 9 heures au lieu de 6 heures 30.

2/ au collège
- en 6e, 6 heures par semaine, dont trois dédoublées, au lieu de 5 heures ;
- en 5e, 6 heures, dont deux dédoublées, au lieu de 4 heures ;
- en 4e, 5 heures, dont une dédoublée, au lieu de 4 heures ;
- en 3e, 5 heures au lieu de 4 heures 30.

La pétition ici.

jeudi 27 mars 2008

Julius Grey : « Au lieu de «populariser» notre système d'éducation, il faut le rendre plus intéressant et surtout plus libre »

Chronique intéressante du célèbre avocat canadien Julius Grey, spécialisé dans les questions de libertés individuelles :
« [...] depuis plusieurs décennies, nous négligeons l'histoire et nous enseignons des platitudes de rectitude politique qui reflètent nos propres valeurs. Quand le premier Juif, le premier Noir, la première femme ont-ils été élus ? Quels étaient les signes d'une démocratie en voie de développement au XIXe siècle ?

Nous éliminons systématiquement tout ce qui pourrait être controversé ou blessant et nous passons à côté des questions qui pourraient enrager des parents d'aujourd'hui et donc provoquer des plaintes de leur part. [Ce n'est pas exact en ce qui a trait aux parents qui ne veulent pas entendre parler de pluralisme religieux enseigné dès six ans, ni en ce qui concerne les parents qui ne partagent pas le prêt-à-penser politiquement correct préconisé par le Monopole !]

Pourtant, la meilleure façon d'encourager la lecture est de placer le lecteur dans le monde des romans, comme il a existé. Pour cela, il faut un cours d'histoire non édulcoré, moins préoccupé par la précision des dates et plus par l'analyse.

[...]

Les défauts dans l'éducation des jeunes et le déclin de la lecture ne sont pas un phénomène particulièrement québécois. À quelques nuances près, les mêmes commentaires s'appliquent au Canada anglais, à l'Europe et aux États-Unis. Un dommage additionnel nous guette ici — le danger de l'enseignement d'un français « québécois ». Tout écart aux normes du français international aura pour effet de rendre les classiques encore moins pertinents et surtout moins compréhensibles.

Au lieu de « populariser » notre système d'éducation, il faut le rendre plus intéressant et surtout plus libre. Avec une bonne préparation, nos jeunes liront à la fois pour le plaisir et pour le savoir. »
On ne peut qu'être d'accord avec Me Julius Grey quand il recommande plus de libertés dans le domaine scolaire, malheureusement il semble qu'à Québec, dans les couloirs du Monopole de l'éducation, on fasse la sourde oreille et l'on veuille renforcer la centralisation et le contrôle sur les écoles confessionnelles et, en général, sur les « valeurs » enseignées aux enfants quoi qu'en pensent leurs parents.

mercredi 19 mars 2008

Les manuels scolaires québécois d'histoire...

Attaque en règle dans le numéro de l'Actualité du 1er avril 2008 contre les nouveaux manuels québécois d'histoire du secondaire par Christian Rioux et Magali Favre. Selon ces deux auteurs, ces manuels proposent une vision nombriliste inféodée à l’éducation civique plutôt qu'un point de vue réellement historique.

Quelques extraits :
« Vous pensiez que la construction et la chute du mur de Berlin étaient des moments marquants du 20e siècle ? Au moins deux des six nouveaux manuels d’histoire générale destinés aux élèves du premier cycle du secondaire n’en font même pas mention.

[...]

Avant le renouveau pédagogique [la mode du socioconstructivisme récemment imposée aux écoliers québécois], l'histoire avait pour fonction de répondre à la question « D'où venons-nous ? » Elle avait pour rôle de saisir la séquence complexe des évènements qui nous avait engendrés. Dorénavant, elle a pour but essentiel d'« amener [l'élève] à développer des compétences qui l'aideront à comprendre les réalités sociales du présent à la lumière du passé ». Il ne s'agit donc plus de comprendre le passé, mais bien le présent !

La différence est de taille et les éditeurs de manuels ont saisi le message. Dans le chapitre sur la Rome antique de L'Occident en 12 événements (éditions Grand Duc), on commence par demander aux élèves de 1re secondaire de « formuler des hypothèses concernant l'influence des États-Unis sur la société québécoise et canadienne ». On ira ensuite puiser dans l'histoire de Rome quelques renseignements, souvent hors contexte, pour montrer que les États-Unis sont aussi un empire.

[...]

Il ne s'agit plus de comprendre la dynamique de l'Antiquité ou les causes de la Révolution française. Il s'agit de voir si, au supermarché de l'histoire, il n'y aurait pas quelque chose d'utile à nos débats sur le réchauffement climatique ou le mariage homosexuel.

[...]

Le manuel D'Hier à demain — supervisé par l'un des principaux concepteurs de programmes, le didacticien Christian Laville — se termine d'ailleurs sur un chapitre inédit, où l'on pose la question suivante : « Sommes-nous satisfaits de notre présent ? Serait-il mieux autrement ? Pouvons-nous le changer ?» Une première dans un manuel d'histoire ! [À n'en point douter, on nous dira que le Québec innove et est, à nouveau, à l'avant-garde de la conception de manuels scolaires...]

[...]

la méthode est celle d'un aller-retour entre le présent et le passé. Ce zappage tient plus du mauvais journalisme que de la méthode historique. Et le saucissonnage de l'histoire qui en découle peut difficilement éviter de sombrer dans le simplisme et le nombrilisme.

« Aurais-tu aimé être une femme vivant à Athènes ?» demande naïvement le manuel Regards sur les sociétés. Comme s'il y avait le moindre intérêt historique à s'interroger sur l'égalité des sexes... au Ve av. J.-C. !

[...]

Certains auteurs obsédés par le présent ne craignent pas le ridicule. Le manuel L'Occident en 12 événements pousse la prétention jusqu'à citer le renouveau pédagogique québécois parmi les expressions modernes de l'humanisme... juste à côté du préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme !

Le manuel Histoire en action (Modulo) accuse nos ancêtres du néolithique d'avoir causé la plus grande catastrophe écologique de l'humanité. « Dès le 4e millénaire av. J.-C., les populations agricoles de l'Europe de l'Ouest dévastent d'immenses forêts de chênes. [...] Jusqu'à nos jours, ce sont les plus importants dommages que le sol de cette région ait connus ! » Notez le point d'exclamation et le titre, dignes de la presse à sensation : « La forêt assassinée ».

[À la lecture de ces extraits de manuels, on se demande si la seule fonction de ceux-ci n'est pas de former de futurs bobos, dont l'archétype pourrait être le fiston Glucksmann, Raphaël, lui qui ne peut concevoir que des choses aient pu être mieux dans le passé. Dans la vidéo ci-dessous, il reste sans voix et lève les yeux quand Éric Zemmour lui rétorque que les choses étaient mieux dans les années soixante — époque que le jeune Gluckmann n'a pas connue — qu'aujourd'hui.]



[...]

Les manuels sont truffés de ces jugements péremptoires. L'effet recherché est particulièrement évident dès que l'on aborde la chrétienté. Le « crois ou meurs de la chrétienté » (D'hier à demain) annonce la couleur. le Moyen Âge apparaît comme une époque particulièrement austère et noire. Au point que l'on se demande si les auteurs ont lu les grands historiens Jacques Le Goff, Georges Duby et Régine Pernoud, qui ont depuis longtemps rompu cette vision manichéenne héritée des Lumières. Pour noircir un peu le portrait, certains manuels n'hésitent pas à situer au Moyen Âge la grande chasse aux sorcières (Réalités, ERPI), alors qu'elle a été principalement le fait de la Renaissance. Ce détail risquait de contredire la sombre description des auteurs.

[...]

Ne cherchez pas, vous ne trouverez à peu près rien sur l'invasion de l'Espagne par les musulmans au VIIIe siècle. Mais on insiste lourdement sur le fait qu'ils s'en font chasser 800 ans plus tard. On passe sous silence les razzias et la pratique de l'esclavage, courantes chez les populations arabes. Toutefois, les manuels ne manquent pas une occasion de citer Les Milles et une nuits et le philosophe [musulman] du XIIe siècle Averroès. [Suspecté d’hérésie, mais le manuel n'en dit rien, il n’aura pas de postérité en terre d’Islam. On aurait pu choisir une figure plus représentative de l'islam...] Par contre, Dante, les troubadours, l'amour courtois et la renaissance carolingienne sont aux abonnés absents. Les Arabes sont en quelque sorte devenus les « bons sauvages » du Moyen âge.

[...]

Multicultarisme oblige, chaque fois qu'un auteur français est nommé, son nom doit aussitôt être suivi de celui d'un Anglais ou d'un Chinois. Avec pour résultat que la France est le plus souvent noyée dans l'Europe. On ne trouve presque pas trace de François Ier et d'Henri IV qui envoyèrent Cartier et Champlain au Canada. La célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), par laquelle François Ier amorçait la généralisation d'un état civil en français n'y figure pas.

[...]

À la fin du chapitre sur l'Antiquité [pour les 12-13 ans], L'Occident en 12 événements propose quelques références pour « approfondir » le sujet. Ni L'Iliade, ni L'Odyssée n'en font partie, contrairement à Astérix aux Jeux olympiques et à Troie, péplum de Wolfgang Peterson — dont le philosophe Luc Ferry disait récemment qu'il dénaturait complètement la compréhension que les hommes de l'Antiquité avaient de la guerre de Troie, puisque les dieux en étaient absents ! Mais comment en vouloir aux auteurs ? Parmi la vingtaine de textes littéraires cités comme « repères culturels » dans le programme officiel, on ne trouve ni les chefs-d'œuvre d'Homère, ni la Bible. Le Coran et Tintin et le Lotus bleu ont pourtant droit à cet honneur.

[...]

Losqu'on sait que la moitié des profs d'histoire du secondaire [au Québec] n'ont pas la moindre formation dans ce domaine, on comprend l'importance des manuels. Or, l'hécatombe ne semble pas terminée. La révision du cours Histoire du XXe siècle (aujourd'hui facultatif en 5e secondaire [16 ans]) augure du pire. Certes, ce cours deviendra obligatoire, mais les puissants didacticiens songent à en faire un cours centré sur l'actualité du « monde contemporain », où l'histoire sera dissoute dans les matières dites de « l'univers social » en général (géographie, économie, sociologie...). »

« Je suis un homme du passé et de l'avenir lointain. Je n'habite pas le présent, car j'ai compris la nécessité de combattre la mémoire courte. »
Pierre Legendre