vendredi 30 décembre 2011

L'Osservatore romano se penche sur la « laïcité à la française »

L'Osservatore romano, dans son édition datée du 28 décembre, publie un éditorial (en italien) de Mgr Jean-Louis Bruguès. Jean-Louis Bruguès, né le 22 novembre 1943 à Bagnères-de-Bigorre, est un religieux dominicain français, évêque émérite d'Angers et actuel secrétaire de la Congrégation pour l'éducation catholique depuis 2008.

« Les Français aiment à croire que le monde entier a les yeux fixés sur eux. Leur histoire, leur caractère, leur culture ont leurs racines dans la conviction d'avoir reçu une sorte de mission de lumière auprès de l'humanité, évoquant pêle-mêle l'élégance de leur style, la magnificence de leurs monuments, les prodiges de leur technique et la mise à jour d'une théorie des droits humains perçue comme universelle.

Ils sont convaincus qu'ils ont développé, souvent au prix de larmes et de sang, mais aussi avec des initiatives d'une générosité incontestable, un art de vivre ensemble, une philosophie sociale que les autres nations devraient admirer, pour ne pas dire copier. La laïcité ferait partie de cette richesse que les Français voudraient partager avec le plus grand nombre possible.

Ayant dû participer à des rencontres européennes et internationales sur le thème de l'éducation, j'ai pu constater que les délégations françaises promeuvent à chaque occasion la nécessité de faire de la laïcité, comme nous l'entendons ici, un principe constitutif de la mission éducative universelle.

Seront-elles finalement entendues ?

Est-il vrai que la conception française de la laïcité est enviée par d'autres pays et qu'elle finira par s'imposer demain ?

La laïcité occupe une place centrale dans l'équilibre des institutions et, par conséquent, dans la vie politique du pays.

Lors des célébrations pour le centenaire de la loi de 1905, le Premier ministre d'alors a écrit quelque chose que je crois très juste : « La laïcité est un élément structurel de la société française. Cela ne signifie pas, bien sûr, que la religion doive être exclue. La laïcité est la grammaire avec laquelle les religions doivent conjuguer les valeurs républicaines. Elle nous appelle tous à faire nôtres, clairement, le rôle et les valeurs de l'identité républicaine de la France » (Jean-Pierre Raffarin).

Et il ajoutait un peu plus loin que la loi du 9 décembre 1905 représentait un fondement du pacte social.

La philosophie générale du texte est condensée dans ses deux premiers articles, mais il est bon de rappeler « en passant » [en français dans le texte] que c'est l'article 4, face à la décision sur l'attribution des biens de l'Église, qui suscita la controverse la plus animée.

Relisons ces articles.

Article 1 — « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-dessous dans l'intérêt de l'ordre public ».

Article 2 — « La République ne reconnaît, ne rétribue ni ne subventionne aucun culte ».

Ainsi, la philosophie de la loi fait référence à trois mots clés : liberté de conscience, liberté du culte, séparation de l'Église et l'État.

En ce qui concerne la liberté de conscience, le chrétien est en quelque sorte chez lui. En effet, la liberté de conscience est née avec la Bible. Ses fondements théologiques ont été exprimés, pour la première fois dans l'histoire, par saint Paul. On a souvent écrit qu'après saint Paul, la doctrine de la conscience n'a pas accompli de progrès significatifs.

Heureusement, cette liberté n'est pas une île. Au cours du siècle passé, et encore de nos jours, elle a fini par s'imposer, au moins intellectuellement, sinon dans la pratique, dans les cultures qui ont germé sur la mémoire chrétienne. En revanche, les autres religions sont moins sensibles à cette question, quand elles ne l'ignorent pas : pensons en général à ce qui se passe en Asie.

Quant à la liberté de culte, ce concept est en bon accord avec la tradition libérale qui a été développée patiemment tout au long du XIXe siècle et qui caractérise l'évolution de la mentalité occidentale.

La France a tenu un rôle majeur dans ce processus. Les rédacteurs de la loi expliquent bien que l'Église catholique — parce qu'à l'époque, cette question ne concerne que cette dernière — jouit de la pleine liberté de s'organiser, de vivre, de se développer selon ses propres règles et ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l'ordre public. De fait, au moment des célébrations du centenaire, les catholiques ont en très grande majorité reconnu que cette loi avait finalement concédé à leur Église une liberté qu'elle n'avait pas connu ni sous le régime précédent du Concordat, ni avant lui. Le philosophe Alain ne renonça pas à le regretter : « L'État, en cessant de payer le prêtre, a perdu le droit de lui imposer un uniforme ».

Aujourd'hui, de nombreux nuages s'accumulent sur la liberté de culte dans les sociétés dites postchrétienne.

En effet, à partir du moment où le « politiquement correct » fait de la philosophie des droits de l'homme une sorte de substitut à la religion, devant éliminer toutes les formes de distinction entre les personnes, dénoncées comme des discriminations, l'opposition avec le catholicisme devient inévitable. La France, cependant, adopte des positions plus modérées que celles des pays anglo-saxons, bien que, pour des raisons inexpliquées, le ministère de l'Éducation vient de rendre pratiquement obligatoire l'enseignement de la « théorie du genre ».

Sous la pression de groupes de plus en plus influents, l'Église australienne pourrait encourir des sanctions légales pour refuser d'enregistrer les mariages entre personnes du même sexe, tandis que l'application que la loi anglaise sur la discrimination pourrait conduire purement et simplement à rendre la Bible illégale. Quant à la BBC, toujours par souci d'égalité sociale entre les religions, elle a tout simplement décidé de ne plus faire référence à Jésus-Christ dans le calcul des millénaires : l'expression « après le Christ » est remplacée par « nouvelle ère ».

Enfin, la séparation de l'Église et l'État. Le mot «séparation» en lui-même n'apparaît pas dans le texte de la loi, mais il en résume bien la philosophie.

Comme l'a expliqué l'ancien président du conseil, Henri Brisson (1835-1912) , « La séparation n'est plus une théorie, c'est un fait ; elle vit, elle avance, on la voit. Et le monde regarde attentivement la France qui accomplit ce grand acte. Heureux les jeunes ! Ils verront le développement de la lutte que nous menons; car elle n'est pas un commencement, mais une fin ».

Cette citation mérite notre attention. Elle confirme la conviction mentionnée plus haut, qui voudrait que le monde ait les yeux fixés sur les Français, prêt à les imiter. Elle insiste sur le fait que la question de la séparation va devenir une priorité dans les sociétés modernes. En ce sens, en effet, la France a joué un rôle d'avant-garde. Nous avons affaire ici à une sorte de loi sociologique : une société qui se sécularise est toujours une société qui commence par demander la séparation des autorités. En fait, tous les États modernes d'Europe et d'Amérique — mais peut-être n'en sera-t-il pas ainsi dans les pays où l'islam est la religion dominante — ont fini par reconnaître la nécessité d'une telle séparation par rapport aux Églises, même si elle n'est pas vécue de la même manière dans chacun d'eux.

Alors que les dirigeants américains continuent de prêter serment sur la Bible et d'échanger des billets de banque portant l'inscription « In God We Trust », alors que la télévision italienne insère quelque nouvelle sur l'Église catholique dans chacun de ses journaux quotidiens, que le chef de l'État britannique est toujours le chef de l'Église nationale et qu'une bonne vingtaine d'évêques sont toujours membres de la Chambre des Lords, qu'un concordat régit les relations entre l'Église catholique et les Länder allemands, que les nouvelles démocraties d'Europe de l'Est restituent à l'Église une partie des biens confisqués par les régimes communistes et leur demandent de remplir ce que nous devrions appeler un service public dans les écoles et les hôpitaux, les Français sont en train de développer, ces derniers temps, une logique de privatisation des croyances religieuses qui, en tant que telle, a peu à voir avec la laïcité prévue par la loi.

L'Église n'a aucune difficulté à accepter cette séparation.

L'encyclique Deus caritas est , publiée en décembre 2005, rappelle:
« La distinction entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu (cf. Mt 22, 21), à savoir la distinction entre État et Église ou, comme le dit le Concile Vatican II, l’autonomie des réalités terrestres, appartient à la structure fondamentale du christianisme. L’État ne peut imposer la religion, mais il doit en garantir la liberté, ainsi que la paix entre les fidèles des différentes religions. De son côté, l’Église comme expression sociale de la foi chrétienne a son indépendance et, en se fondant sur sa foi, elle vit sa forme communautaire, que l’État doit respecter. Les deux sphères sont distinctes, mais toujours en relation de réciprocité » (n ° 28).
La citation d'Henri Brisson révèle, cependant, que cette même séparation peut être ressentie de différentes manières, et même agressive. C'était la conviction de base de la plupart des rédacteurs de la loi de 1905 : la séparation inaugurait, à leurs yeux, une ère nouvelle dans laquelle les religions finiraient par s'épuiser jusqu'à former des restes sociaux de peu d'importance. Cette croyance remontait, en fait, au siècle des Lumières, pour lequel l'avènement de la modernité entraînerait nécessairement un déclin des religions, une « sortie de scène des religions », comme l'aurait dit Marcel Gauchet (1946-), les confinant dans l'espace de la vie privée et de la conscience individuelle.

Après avoir prétendu contrôler les habitudes et les esprits pendant un millénaire et demi, le christianisme serait devenu une simple question de vie personnelle.
Mais la réalité nous dit tout autre chose. »

Traduction Benoît et moi





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lundi 26 décembre 2011

Allemagne — Islam à l'école pour qu'il ne soit pas qu'enseigné à la mosquée

On se rappellera qu'au Québec on a supprimé les cours de religion de l'école afin de « compléter la laïcisation de l'école publique québécoise », car la religion n'aurait rien à faire à l'école, mais doit être enseignée à la maison ou à l'église.

En Allemagne, c'est l'argument inverse qui est utilisé : le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (RNW) (ci-contre en vert foncé) introduit, comme premier État fédéré allemand, l’enseignement religieux islamique généralisé. Une loi a été adoptée, mercredi soir, par une large majorité du parlement du Land à Düsseldorf.

La coalition au pouvoir du parti social-démocrate (SPD) et des Verts, ainsi que l’Union chrétienne-démocrate (CDU-Opposition) ont voté en deuxième lecture, pour que l’enseignement religieux des 320 000 élèves musulmans de Rhénanie-du-Nord–Westphalie soit une matière obligatoire, à partir de la prochaine année scolaire en 2012. Le parti libéral-démocrate (FDP) s’est abstenu et die Linke (la gauche plus radicale que le SPD) a voté contre la loi.

Selon le ministre de l'Éducation Lohrmann Sylvia (Verts), l'introduction de l'enseignement religieux confessionnel islamique est un signe important d'une plus grande intégration et participation des musulmans à la société allemande. Des responsables ont souligné que les cours seront donnés en allemand et ne sont offerts que par des enseignants spécialement formés. Les partisans de cette initiative soutiennent que l'offre de cours agréés dans environ 130 écoles publiques par des professeurs dûment formés devrait participer à l'épanouissement d'une version plus modérée de l'islam chez les jeunes immigrés en Allemagne. Par manque de personnel, le cours confessionnel musulman ne pourra être offert dans toutes les écoles.

Contrairement à l'ancien programme d'« Études islamiques » enseigné à titre expérimental, le nouveau programme confessionnel islamique ne cherche pas uniquement à transmettre des connaissances, mais met bien la transmission de la foi islamique à l'honneur. C'est, en quelque sorte, la contrepartie à l'instruction religieuse protestante ou catholique.

L’introduction de l’enseignement religieux islamique a échoué jusqu’à présent, parce que les organisations musulmanes ne répondaient pas aux critères d’une communauté religieuse, elles n'étaient pas organisées sous la forme d'une organisation coordinatrice et qu'elles ne tiennent pas à jour une liste de membres. En effet, seuls les Länder sont compétents pour décider de l'introduction de cours de religion et examiner si une organisation remplit les conditions pour être reconnue comme communauté religieuse (selon l'article 7, paragraphe 3 de la Loi fondamentale).

Constitutionnellement, il n’est pas légal d’introduire l’enseignement religieux sans le concours des communautés religieuses concernées.

Un conseil consultatif composé de quatre représentants issus chacun d'une association islamique et de quatre autres représentants issus du gouvernement du Land a été constitué. Ce conseil doit élaborer un programme d’enseignement d'ici 2019, date à laquelle le parlement devra se pencher à nouveau sur cette disposition.

Les Länder n'ont pas le droit de fixer le contenu des cours, mais ont besoin d'un interlocuteur, comme la conférence épiscopale allemande, l'Église protestante de l'Allemagne ou le Conseil central des juifs d'Allemagne. Même s'il existe plusieurs associations musulmanes, elles s'occupent avant tout des aspects culturels et donc de la gestion des salles de prière et des mosquées. Elles ne souhaitent en général pas représenter l'ensemble des musulmans car cela va à l'encontre de leurs traditions. De plus, les différences confessionnelles et ethniques rendent difficile la tâche d'organiser un cours de religion islamique unique.

L'avenir démontrera si ce conseil très hétérogène parviendra à s'entendre sur un programme d'enseignement commun. Selon le Rheinische Post, il ne faut pas sous-estimer les difficultés d'entente qui sont probablement plus grandes que s'il fallait que des représentants catholiques, des luthériens, des membres de « l'église d'en bas » et des lefebvristes de la FSSPX aient à établir un programme confessionnel « chrétien » commun.





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dimanche 25 décembre 2011

Pour le Conseil du statut de la femme, seuls les croyants doivent faire des concessions

Dans son dernier ouvrage La Culture religieuse n’est pas la foi (Identité du Québec et laïcité), le théologien, juriste et éthicien, Guy Durand, s’interroge sur le sens à donner au mot laïcité et comment réconcilier celle-ci avec la culture française et chrétienne de l’immense majorité des Québécois. Guy Durand n’est pas ce qu’on peut appeler un conservateur religieux de droite, bien au contraire si l’on peut dire, et nous trouvons ses écrits peu polémiques.

Nous avons déjà présenté la recension de Jean Laberge, professeur de philosophie au cégep du Vieux-Montréal, sur cet ouvrage paru plus tôt en 2011.

On a également déjà parlé ici du rapport du Conseil du statut de la femme qui demandait, notamment, l'abrogation du volet religieux  du cours d’éthique et de culture religieuse.

Nous reproduisons ici la critique de Guy Durand de ce document qui abordait également la place de la femme et le sens de la laïcité à donner selon ses auteurs.

« Depuis sa fondation en 1973, le Conseil du statut de la femme (CSF) s’est prononcé plusieurs fois sur la laïcité. Son dernier Avis, substantiel et très fouillé, porte explicitement sur le sujet. Abordé sous l’angle de l’égalité homme-femme, il analyse l’ensemble des éléments du débat. L’Avis s’inscrit en faux contre le concept de « laïcité ouverte », ouverte, explique-t-il, aux atteintes à l’égalité des femmes (p. 11), au multiculturalisme, à la confusion entre le religieux et le politique, à l’instrumentalisation de la foi, à la montée de la droite religieuse et à l’intégrisme (p. 63, etc.) Il prend parti résolument en faveur d’une laïcité véritable, « simple », fondée sur trois éléments majeurs : la liberté de conscience, l’égalité entre citoyens et citoyennes, la séparation de l’Église et de l’État (p. 57).

Carte avec texte : À l'occasion des Fêtes. À l'occasion du temps des fêtes, l'équipe du Conseil du statut de la femme vous souhaite joie et bonheur avec vos familles et amis. Meilleurs voeux.
On ne souhaite surtout pas un « Joyeux Noël ! » au CSF !
Ce choix appelle plusieurs actions : l’inscription de la laïcité dans la charte québécoise des droits; une loi interdisant le port des signes religieux « nettement visibles » par tous les employés de l’État; l’élimination de la prière et le retrait des signes et symboles religieux des institutions de l’État (sous réserve de leur caractère patrimonial); le retrait du volet culture religieuse du cours ECR; l’élimination des subventions aux écoles privées; la fin des privilèges fiscaux accordés aux communautés religieuses. [Note du carnet : ce sont les mesures préconisées par le Mouvement laïque québécois (MLQ).] Au terme, il demande au gouvernement d’organiser un débat public sur le sujet – débat qui n’a pas encore eu lieu, écrit-on – au sein d’une commission parlementaire paritaire. L’aménagement de la société ne doit pas être laissé aux tribunaux, mais résulter d’un choix collectif. [Note du carnet : par l’entremise de partis souvent nettement plus à gauche et laïciste sur la question de l’école que la population, voir le cas du cours ECR et plusieurs sondages à cet effet.]

Le premier chapitre porte sur l’infériorité de la femme dans les trois religions monothéistes, situation qui a entériné et conforté l’inégalité présente dans les cultures primitives. Quoiqu’appuyé sur plusieurs auteurs, le texte manque de nuances et présente une charge globale contre les religions, ce qui ne correspond pas à l’interprétation d’autres chercheurs. Dommage, par exemple, que la référence à Jésus (faite au chapitre 2) n’ait pas son parallèle ici, à côté ou à l’encontre de Saint Paul. Caricature aussi l’affirmation que « les religions sont absolues, totalitaires, entières » (p. 47) : c’est porter bien peu d’attention à la vie multiforme des communautés chrétiennes. Enfin, contrairement, à ce que dit le texte, le christianisme n’enseigne pas que l’athée brûlera en enfer (pp. 47, 72), s’il est sincère dans sa croyance.

Le deuxième chapitre passe en revue toutes les étapes ayant marqué la marche du Québec vers une laïcité de fait. Ici encore, la charge est lourde (quoique souvent hélas juste) et le point de vue unilatéral. L’expression « grande noirceur » (p. 29) est de plus en plus contestée par de récents historiens et sociologues, tant féminins que masculins. La « montée de l’influence de l’Église » dans le Canada-Est à partir de 1840 n’est pas vraiment due à l’échec des rébellions de 1837 et 1838 (p. 29) : il s’agit d’un phénomène dont les causes sont multiples, entre autres la reconnaissance du catholicisme en Angleterre en 1829 et l’apparition de l’ultramontanisme en France.

Il est méprisant de dire que les religieuses constituaient « une main-d'œuvre bon marché pour l’Église catholique » (p. 30) qui devaient administrer les écoles, les hospices, les orphelinats, les asiles et les hôpitaux. Mais ce qui est le plus trompeur dans l’ensemble du texte, c’est l’emploi du mot « l’Église », comme si tous les catholiques constituaient un bloc monolithique. Identifier l’épiscopat à un seul évêque (par exemple, Mgr Bruchési à la p. 31, ou Mgr  Ouellet en haut de la p. 44) est fort limitatif. Quant à l’apport de Marie Lacoste Gérin-Lajoie (p. 33) et de Mgr  Alphonse-Marie Parent (p. 38), il s’agit de membres de l’Église. Trois exemples d’omissions révélatrices : la Commission Parent, en 1963, a été présidée par un évêque et comprenait une religieuse et un religieux; la décriminalisation de la contraception en 1969 a été appuyée par l’Association des évêques du Canada, au nom de la distinction entre moral et légal; la modification de l’article 93 de la Constitution du Canada en 1997 pour permettre l’instauration des commissions linguistiques a été approuvée moyennant certaines garanties (qui n’ont pas été respectées) par les évêques consultés.

Les chapitres trois et quatre, centraux, portent sur la laïcité. L'Avis signale plusieurs fois (pp. 12, 45-46, 54, 57), à bon escient, qu’il n’y a pas de définition absolue de la laïcité ni de «  modèle politique parfait » (p. 45) : chaque peuple aménage ses lois en tenant compte de son histoire, de ses « valeurs collectives fondatrices » (p. 5), de son identité, de ses particularités (p. 78). Ce faisant, il [l’Avis] rejette le multiculturalisme au profit de l’interculturalisme qui inclut le respect d’une culture commune identitaire et certains droits de la majorité (pp. 81 et 84) [note du carnet : certains politiques, journalistes et sociologues maintiennent que l’interculturalisme et le multiculturalisme sont en pratique la même chose, l’interculturalisme au Québec demandant l’adhésion au français]. Mais à mon avis, plusieurs dérapages se faufilent dans l’argumentation et les applications :
  1. La définition de la laïcité est centrée sur la séparation de l’État et de la religion, sur leur « souveraineté » réciproque (p. 46). Mais, plus loin, ce sont plutôt les idées de neutralité et d’exclusion qui dominent.
  2. L’Avis se fonde sur une notion quasi absolue de l’égalité. Il cite une abondante jurisprudence en ce sens. Sauf pour la priorité à donner au français, il parle très peu des « limites raisonnables » à tout droit, y compris celui des incroyants d’être respecté de manière inconditionnelle. Et pourquoi la longue citation du juge Dickson (pp. 50-51) s’arrête-t-elle avant l’affirmation suivante : « L’égalité nécessaire pour soutenir la liberté de religion n’exige pas que toutes les religions reçoivent un traitement identique. En fait, la véritable égalité peut fort bien exiger qu’elles soient traitées différemment » ?
  3. Le christianisme fait partie de l’héritage du Québec, reconnaît l’Avis du CSF mais, contrairement à ce que pense « une partie de la population » (p. 8), il ne fait pas partie de sa culture commune, il « ne constitue plus une référence identitaire » (p. 70). Le texte parle pourtant d’affirmer ou réaffirmer les « valeurs fondatrices » (p. 3). Il évoque « le lien, parfois très fort, qui existe entre la religion [chrétienne], la culture et l’histoire » du Québec (p. 107). Il évoque les droits de la majorité (p. 81) sans que cela n’entraîne de conséquences sur les aménagements retenus. Bref, il ne distingue pas suffisamment entre culture religieuse et foi. Ce qui l’amène, comme le rapport Bouchard-Taylor, à n’accepter dans les « halls des bâtiments de l’État » que les signes chrétiens (sapins de Noël) qui « ont perdu leur sens religieux  » (p. 108).
  4. On dénonce la situation actuelle basée sur « une interprétation jurisprudentielle des droits individuels » (pp. 10, 45, 57) : accommodements d’ordre individuel, accordés par les tribunaux et non l’État. Mais l’Avis se base lui-même largement sur les jugements des tribunaux et présente une conception de la laïcité basée foncièrement sur le droit individuel à la liberté de conscience et de religion. Quelques fois, il évoque les droits de la majorité, mais cela est sans conséquence sur les applications. Il évoque le jugement récent contre les huttérites [note du carnet : obligés d’être photographiés s’ils veulent avoir un permis de conduire] pour signaler les limites à cette liberté, mais n’en accepte aucune pour les athées et les agnostiques. C’est aux croyants de faire toutes les concessions.
  5. En ce qui concerne l’école et le cours ÉCR, il propose une définition de l’éducation où toute dimension spirituelle est absente. Il demande la suppression du volet « culture religieuse » du cours d’Éthique et de culture religieuse. À titre de comparaison, la France admet la présence d’aumôneries dans les lycées où il y a un internat, avec autorisation d’offrir toutes sortes d’activités à l’intérieur de l’établissement, y compris enseignement et célébrations (signalé p. 55). En Alsace-Moselle, l’enseignement religieux confessionnel (catholique, luthérien, calviniste et juif) est obligatoire dans les écoles publiques à raison de deux heures par semaine (non signalé).
  6. L’Avis se prononce contre les subventions aux écoles privées en affirmant que l’État n’a pas à subventionner les religions. Le développement débute par l’affirmation que l’« Ontario ne subventionne pas les écoles privées confessionnelles » (p. 126), avec un renvoi au jugement de la Cour suprême du Canada en 1996 (affaire Adler). Or, en Ontario, il existe des « écoles séparées », à savoir des écoles catholiques subventionnées à 100 %, au même titre que les écoles du secteur public non confessionnel. Le jugement Adler est mal présenté. L’Avis signale (p. 55), mais ne retient pas, non plus, qu’en France, les écoles privées [note du carnet : ceux sous contrat] sont subventionnées à 80 ou 90 % : L’État paie les services comparables, mais non l’enseignement religieux, évalué à 10 % du temps.
Bref, un texte intéressant, érudit, éclairant sur l’égalité homme-femme, mais trop laïciste ou idéologique sur la laïcité. »

La Culture religieuse n’est pas la foi 
Identité Québec et laïcité,
par Guy Durand,
aux Éditions des oliviers,
à Montréal
2011, 148 pp.
ISBN 978-2-923378-21-3

Voir aussi

La Saskatchewan va financer les écoles religieuses privées





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Liberté scolaire — 1er intérêt de l'électeur catholique pratiquant français

Selon une étude dirigée par l’Ifop, l'électeur catholique pratiquant français est nettement plus sensible sur certains sujets, comme le choix de l’école libre (+23 %) — point non négociable —, l’action de la France en Europe (+17 %), la politique familiale (+12 %). Viennent ensuite des thèmes traditionnels chez les personnes qui fréquentent régulièrement les églises  : la fin de vie et l’euthanasie (+14 %), la bioéthique (+11 %), l’aide aux pays du Sud (+13 %) ou encore le mariage homosexuel (+6 %).

Au total, on recense en France, selon l’Ifop, entre 15 et 20 % de catholiques pratiquants, ce qui représente presque 6 millions d’électeurs. Un nombre loin d’être négligeable pour les candidats.



Danemark — Les chants de Noël à l'école victimes du multiculturalisme

Plusieurs écoles danoises (notamment l'école Klostervængets à Copenhague et l'école Møllevang à Aarhus) ont, sur le modèle suédois, supprimé ou édulcoré certaines traditions de Noël par égard pour les écoliers musulmans.


Une directrice d’école a ainsi supprimé deux strophes du cantique traditionnel « Et barn er født i Betlehem » (Un enfant est né à Bethléem) sur la naissance du Christ en expliquant que ceux-ci étaient trop « évangélisateurs ». Et barn er født i Betlehem est une traduction danoise du cantique latin médiéval Puer natus est in Bethlehem.

« Et barn er født i Betlehem »

Le quotidien conservateur Jyllands-Posten ne montre aucune compréhension à l’égard d’un tel comportement :
«
Le christianisme est un élément fondamental de notre identité en tant que nation, et cela comprend également les beaux psaumes de Noël.

Si même des athées convaincus peuvent les chanter avec plaisir, c’est parce qu’ils rappellent nos racines historiques et notre communauté.

Supprimer les vers d’un psaume, c’est nier que nous partageons en tant que nation une affinité historique et culturelle. Une affinité dont les musulmans et les autres immigrés ne doivent pas être protégés, mais à laquelle ils doivent au contraire être intégrés – indépendamment de la religion. Cette directrice d’école est un véritable exemple du politiquement correct, qui était là bien avant l’immigration des musulmans.

Le politiquement correct n'est pas moderne, il s'agit plutôt d'un symptôme de décadence. C'est l'expression d'une culture qui a perdu toute confiance en soi, toute fierté et ambition de réussir et donc du déclin.

 »
La source des paroles du Et barn er født i Betlehem :  le cantique Puer natus est in Bethlehem


Sources : Jyllands-Posten et Børsen




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samedi 24 décembre 2011

La Saskatchewan va financer les écoles religieuses privées

La Saskatchewan va étendre le financement public de l’éducation aux écoles indépendantes – y compris des écoles religieuses privées.

La nouvelle politique de la province qui entrera en vigueur à la prochaine rentrée scolaire offrira aux écoles indépendantes qui respectent certains critères une somme équivalant à 50 % des subventions par écolier offertes aux écoles publiques .

Le ministère de l'Éducation de la province a déclaré que pour être admissibles les écoles indépendantes ne devront employer que des professeurs certifiés ; mettre en œuvre les programmes d'études provinciaux ; être des organismes sans but lucratif, et permettre leur inspection par les fonctionnaires du ministère et se conformer aux politiques et directives du ministère.

Écoliers d'une école hutterite avec un générateur de van de Graaff
Notons que ces conditions sont globalement celles nécessaires au Québec pour avoir un simple permis d’établissement scolaire qui ne garantit en rien des subventions.

Parmi les écoles qui pourraient bénéficier de ces mesures, on retrouve deux écoles ouvertes récemment : l’Académie islamique de la Saskatchewan où près de 40 % de l’horaire est consacré aux études religieuses données en arabe, et l’école secondaire Mère Teresa de Regina qui utilise « une philosophie, des modèles et des méthodes d’enseignement jésuites ». Un autre bénéficiaire potentiel est l’École chrétienne adventiste de Saskatoon qui propose une prière quotidienne, une étude biblique et « du matériel éducatif centré sur le Christ ».

Les écoles indépendantes – essentiellement des écoles religieuses – semblent bénéficier d'un certain engouement en Saskatchewan. Selon le National Post, le nombre des écoles indépendantes dans la province dépasse vingt malgré un manque de financement public. Ce chiffre nous semble très bas : chaque colonie hutterite compte une école non subventionnée, chaque assemblée mennonite conservatrice aussi. Or, il y a plus de 50 colonies hutterites en Saskatchewan et au moins une dizaine d’assemblées mennonites conservatrices… L'Encyclopédie de la Saskatchewan parle, quant à elle, de plus de quarante écoles indépendantes. Il n'est pas clair à ce stade si ces écoles hutterites et mennonites recevront des subventions puisque, en règle générale, leurs enseignants n'ont pas de diplômes universitaires.

Tout le monde n’est pas d’accord.

Selon Justin Trottier, « l'une des figures de proue faisant avancer l'athéisme et la laïcité sur la scène canadienne » selon le site de la conférence Athées sans frontières 2010, « il s’agit d’une question nationale. On assiste à quelque chose qui semble empiéter de plus en plus sur la sphère publique au Canada ». L’Alliance laïque canadienne, dont Justin Trottier est le porte-parole, s’oppose à ce financement plus équitable.

Écolier hutterite avec ordinateur
« Pourquoi consacrer des fonds publics pour enseigner – certains diront endoctriner – à des enfants une tradition religieuse particulière ? Je suis en faveur d'un solide système scolaire public. Et toute incitation qui pousse les parents à retirer leurs enfants du système public et les mettre dans un système concurrent privent de ressources les écoles publiques », d’ajouter M. Trottier.

Peter Cowley, directeur des études de performances scolaires à l'Institut Fraser, un groupe de réflexion conservateur, a déclaré que la question n'est pas que les écoles indépendantes soient financées à même des fonds publics, mais qu’elles ne reçoivent pas le même montant que les écoles publiques.

« Il n'y a aucune raison qu’une école privée soit défavorisée par rapport à une école gérée par le gouvernement », a-t-il ajouté. « Où sont les preuves que seule une école gouvernementale profite à des enfants ? »





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vendredi 23 décembre 2011

Noël — « La laïcité est attaquée de toutes parts »

Elisabeth Lévy, rédactrice en chef du magazine Causeur d'origine juive, célèbre langue de vipère et maîtresse en ironie, nous parle de cette laïcité qui serait attaquée de toutes parts par les célébrations de Noël.

« 
Il faut désormais parler de l'arbre de la laïcité.

[Les retardataires qui souhaitent encore Joyeux Nöel] devraient imiter la province canadienne de l'Ontario qui a invité ses employés à fêter les célébrations dites du solstice d'hiver, les vœux de Noël pouvant paraît-il heurter des sensibilités culturelles et religieuses différentes.

Cette messe de Mozart est bien louche.

...
Expulsons des librairies Chateaubriand et tous ces auteurs manifestant de coupables tendances chrétiennes [...] à la place on y installera des rappeurs ou des artistes issus de la diversité. »




L'État-providence aurait-il volé Noël ?

Nathalie Elgrably-Lévy, économiste principale à l'Institut économique de Montréal, sur la lente disparition de Noël :

J’ignore s’il s’agit du fruit de mon imagination, mais j’ai l’impression que la traditionnelle atmosphère des fêtes disparaît progressivement. J’ai la nostalgie du « bon vieux temps » où l’hyper-décoration et l’omniprésence des chants festifs égayaient les commerces, les restaurants et les rues.

Qui donc a volé Noël ? Certains incriminent le multiculturalisme, car à force de vouloir ménager les susceptibilités de l’autre, on en viendrait à s’oublier soi-même. C’est possible, mais cette explication est insuffisante.

Il suffit de consulter n’importe quel livre d’histoire pour noter que le rejet de la religion n’est pas un phénomène récent. Il remonte à la Révolution tranquille et à la naissance du « modèle québécois » fondé sur l’intervention de l’État. L’ascension de l’État-providence et la chute de l’Église se sont produites simultanément. Simple coïncidence ?

L’État-providence peut prendre plusieurs formes qui vont des plus autoritaires, comme le communisme et le socialisme, au plus « soft » comme la social-démocratie. Or, la logique collectiviste bannit la religion. Karl Marx disait d’ailleurs : « Le communisme commence là où l’athéisme commence ». Quant à Lénine, sa lutte antireligieuse est notoire. Dans les républiques soviétiques et dans les pays communistes, les hommes en soutane étaient persécutés et emprisonnés, l’enseignement de la religion était interdit, et les fidèles pratiquaient leur culte clandestinement. Pas plus tard que lundi, le gouvernement chinois a réitéré la nécessité d’être athée pour adhérer au Parti communiste.

Cette haine envers la religion n’est pas surprenante. Dans la pensée collectiviste, l’État est une entité supérieure, omnisciente et omnipotente, une sorte de déité. Dans ce type de régime, mais aussi de plus en plus au Québec, ce sont des fonctionnaires qui décident d’une multitude d’aspects du quotidien et qui tentent d’influencer nos décisions. Quel moyen de transport emprunter, quel véhicule conduire, quels pneus installer, quoi manger, combien d’enfants avoir, dans quelle école les inscrire et quoi leur enseigner, quels produits acheter, quelle musique écouter, etc. : ils veulent tout contrôler !

Autrefois, les hommes de foi dictaient les comportements au nom du salut de l’âme. Aujourd’hui, les hommes d’État veulent imposer un mode de vie au nom du bien commun et du progrès. Tant que la religion est présente, les directives de l’État passent après celles de Dieu. L’idéologie collectiviste, sous toutes ses formes, est donc incompatible avec sa grande rivale, la religion. L’athéisme devient alors nécessaire à sa survie.

Comprenons-nous bien : imposer une foi est tout aussi condamnable que de forcer l’athéisme. Dans une société réellement libre, croyants et athées peuvent vivre selon leurs convictions, car personne ne peut imposer à l’autre sa vision du monde. Mais qui dit collectivisme et État-providence dit nécessairement limitation des libertés individuelles, y compris de la liberté de religion.

Alors, si comme moi vous vous interrogez sur l’effritement de l’ambiance de Noël, dites-vous bien que notre État-nounou y est pour quelque chose. La Révolution tranquille a déclaré la guerre à la religion. Aujourd’hui, nos élus s’attaquent également aux traditions. Quel héritage le Québec laissera-t-il donc à la prochaine génération ?




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mercredi 21 décembre 2011

Diocèse de Toulon — Rétablir le rôle des parents en rendant l’accès à la liberté scolaire, privilégier la transmission du savoir

Contrairement aux grandes fonctions régaliennes, l’éducation des enfants n’est pas un domaine réservé de l’État. Les parents restent en effet les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. C’est dans ce sens que l’État ne peut imposer un enseignement contraire aux convictions religieuses ou philosophiques des parents d’élèves et doit respecter la liberté de choix d’un établissement scolaire, tout en restant garant du bon développement de l’enfant et de l’intérêt de la Nation.

L’État doit donc veiller à ce que l’éducation de l’enfant et du jeune adulte favorise sa liberté et son développement intégral, notamment par sa capacité de discernement du bien et du mal, qui est la condition sine qua non de la formation de son libre arbitre. Dans ce sens, l’Église proteste en particulier contre l’introduction dans les programmes scolaires d’enseignements contrevenant directement à ce devoir.

Pour prendre des exemples concrets, l’intromission récente à l’école de l’enseignement de la théorie du gendre [note du carnet : selon laquelle l'identité sexe serait une construction sociale], le contenu sujet à caution des cours d’éducation sexuelle ou l’introduction du pass contraceptif dans certaines régions sont autant d’atteintes graves au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs propres convictions morales. L’inscription explicite de ce droit dans le Code de l’Éducation permettrait de limiter à l’avenir les conflits.

Pour les catholiques, la problématique de la liberté scolaire est directement liée aux difficultés rencontrées par l’Éducation nationale. Avant toute chose, il s’agit de mesurer l’importance de la chute du niveau scolaire en France, souligné par une étude récente de l’OCDE. Alors que le niveau des élites reste élevé, les classes les moins favorisées subissent clairement la baisse de qualité de l’enseignement. Et ce alors même que l’Éducation nationale représente le premier poste de dépense de l’État et que le nombre de ses fonctionnaires n’a cessé d’augmenter depuis 30 ans. [...]

Propositions :
  • Restauration de la discipline en classe avec reprise effective, dès les plus jeunes classes, de l’enseignement de la morale et de la politesse. Rangement des élèves. Sanction et punitions pour écarts mineurs. Dans cette mesure, l’enseignement de la discipline doit revenir au cœur de la formation pédagogique des enseignants.
  • Réaffirmation de la continuité pédagogique dans les programmes scolaires : à l’école primaire, retour à l’enseignement de la méthode syllabique pour la lecture ; au collège et lycée, élaboration des programmes (histoire, littérature, mathématiques, sciences physiques) autour d’un enseignement chronologique et non thématique des idées, capable de donner aux élèves les repères intellectuels et la profondeur historique nécessaires à la compréhension des enjeux de notre temps.
  • Recentrage de l’enseignement sur les fondamentaux lire-écrire-compter au primaire.
  • Réévaluation de la loi Debré, en particulier par la mise en place progressive d’un chèque scolaire permettant de rendre aux parents la liberté de choisir l’établissement de leur enfant. Buts recherchés : relèvement du niveau scolaire par la concurrence plus saine entre écoles privées et publiques ; économies budgétaires, puisque le coût moyen d’un élève en France est sensiblement plus élevé dans une école publique que dans une école privée.
  • Remise en cause des différences statutaires entre enseignants et cadres des établissements publics et privés. Alors que de fait, études, difficulté des concours et niveau d’enseignement sont les mêmes, le statut de professeur dans une école privée est injustement dévalorisé : impossibilité d’enseigner dans le secteur public (alors que l’inverse est possible), interdiction d’accès à certains postes (inspectorat ou rectorat).
  • Reconnaissance dans la loi d’une clause de conscience sur certaines directives imposées par l’Éducation nationale ou les régions pour les écoles privées sous contrat qui ne peuvent les appliquer sans renier leur identité chrétienne (pour les écoles catholiques, au sujet de l’homosexualité, de l’avortement, du Gender…). Sans reconnaissance de cette clause, nous arrivons à la limite du contrat d’association.
  • Ouverture plus large de l’école au monde de l’entreprise, par l’organisation, à partir de la classe de 3e (secondaire III-IV), de la venue d’artisans et d’entrepreneurs témoignant de la réalité de leur travail.
  • Réhabilitation des filières et des métiers manuels, par une orientation plus précoce des élèves.
  • Renforcement de la filière technologique, en privilégiant les cours pratiques aux cours académiques, comprenant la réalisation d’un stage obligatoire significatif.
  • Revalorisation des bourses réservées aux élèves méritants, sous condition de ressources.

Lire la suite : le carnet du diocèse de Toulon





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La bulle universitaire aux États-Unis va-t-elle crever ?

En juin 2010, la dette contractée par les étudiants aux États-Unis a, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, dépassé la dette associée aux cartes de crédit. En 2012, cette dette étudiante devrait dépasser le billion (français) de dollars, c'est-à-dire mille milliards de dollars. Cette dette est 11 fois plus élevée qu'il y a vingt ans.

En 2005, le président George W. Bush a décrété que la dette liée aux prêts étudiants ne pouvait être effacée en se déclarant en faillite, contrairement aux prêts de consommation ou à une hypothèque. La dette étudiante doit toujours être remboursée.

A priori, détenir un diplôme universitaire prémunirait mieux contre le chômage (voir le graphique ci-dessous). On y voit que le chômage est environ deux fois moins haut depuis la récession que chez les personnes ne possédant qu'un diplôme de l'école secondaire.

Toutefois, ces données indiquent que les diplômés universitaires ne retrouvent pas un emploi à un rythme bien supérieur aux non-universitaires (la baisse de toutes les catégories suit sensiblement la même pente). En outre, ce graphe ne précise pas la qualité des emplois de ces universitaires (beaucoup de ces diplômés sont sous-employés ou mal employés). Il ne distingue pas plus le taux de chômage selon le type de diplôme universitaire.


Selon le professeur d'économie Boyce Watkins de l'Université de Syracuse, un diplôme universitaire constitue « certainement un investissement », mais « aller à l'université ne garantit pas que vous bénéficiez d'un meilleur avenir économique ».

Comme le rappelle le professeur Richard Vedder, professeur d'économie à l'Université de l'Ohio, 45 % de ceux qui s'inscrivent à un programme de premier cycle de quatre ans, n'obtiennent pas leur licence [baccalauréat au Québec] en 6 années. « Aujourd'hui, 12 % des coursiers aux États-Unis sont des diplômés universitaires. Je ne crois pas qu'il soit absolument nécessaire d'avoir un diplôme universitaire pour livrer du courrier » d'ajouter le professeur Vedder.

Il existe un article de foi aux États-Unis, comme dans de nombreux autres pays : quoi qu'il arrive, aller à l'université et acheter une maison sont parmi les meilleurs investissements qui existent. Le prix des maisons devait toujours monter et, aujourd'hui, on doit toujours gagner plus d'argent si on va à l'université.

Le journaliste David Leonhardt du New York Times a même affirmé que

« Les travailleurs de la construction, les policiers, les plombiers, les vendeurs et les secrétaires, notamment, gagnent nettement plus d'argent quand ils sont diplômés. Pourquoi ? Parce que l'éducation permet aux gens d'accomplir des tâches plus complexes, d'obtenir des emplois auprès de sociétés qui paient mieux ou de créer leur propre entreprise. »

À l'appui de sa thèse, Leonhardt utilise des données du Center on Education and the Workforce à l'Université Georgetown. Ce qui lui permet d'affirmer qu'une personne avec un diplôme universitaire qui fait la plonge gagne 34.000 $ par an, alors que sans ce diplôme il ne gagne que 19.000 $.

Aucun patron sain d'esprit ne paie près du double quelqu'un qui lave la vaisselle parce qu'il est diplômé. Par contre, il existe de nombreux diplômés fraîchement émoulus de l'Université qui alignent plusieurs petits boulots juste pour s'en sortir. « De plus en plus de diplômés ont un second emploi qui ne requiert pas de diplôme  » d'écrire Hannah Seligson dans le New York Times. « Cela fait partie d'un phénomène que l'on appelle le « mal-emploi », le sous-emploi :  pour résumer beaucoup de gardiennes d'enfants, de commis, de télévendeurs et de barmans sont surqualifiés. »

Près de 2 millions de diplômés des universités étaient sous-employés l'année dernière, soit une hausse de 17 pour cent par rapport à 2007. Près de la moitié des diplômés occupent un emploi qui ne nécessite pas de diplôme. Aux États-Unis, 80 000 barmans ainsi que 317 000 serveurs et serveuses ont un diplôme universitaire. Près d'un quart de tous les commis de vente au détail ont une licence. En tout, 17 millions d'Américains diplômés occupent des emplois qui ne nécessitent pas un diplôme.

« Le salaire médian de départ pour les diplômés d'un programme universitaire de quatre ans en 2009 et en 2010 était de 27 000 $, alors qu'il était de 30 000 $ pour ceux qui ont obtenu leur diplôme de 2006 à 2008, avant la récession » de préciser Seligson. « Essayez de vivre avec 27 000 $ par année — avant impôts — dans une ville comme New York, Washington ou Chicago » ajoute-t-il.

Comme toutes les augmentations de demande rapides, la généralisation de l'éducation universitaire a été alimentée par le crédit et l'intervention de l'État qui subventionne à hauteur de 30 milliards par an (en 2008) l'éducation universitaire, alors que ce montant n'était que de 10 milliards en l'an 2000. 

La part du lion de ces 30 milliards, soit 26 milliards, est affectée à des prêts ou des garanties de prêts accordés à des étudiants. Comme plusieurs analystes (ici et ) l'ont souligné, cette mesure est, d'une part, inique (le contribuable moyen qui finance ces prêts est moins riche que la famille de l'étudiant moyen ou que cet étudiant une fois diplômé) et, d'autre part, ces subventions massives contribuent à l'inflation du prix de l'université aux États-Unis. En effet, les universités n'ont aucun intérêt à se priver de clientèle en « facturant trop cher », mais en distribuant des milliards de subventions aux étudiants le gouvernement soutient la demande et maintient les prix haut.

Tout ce crédit a augmenté le prix moyen d'une année d'université de 440 % en 25 ans, soit quatre fois plus que le taux d'inflation.  Si le prix a considérablement crû, le retour sur investissement, lui, a dramatiquement décru. En 1992, il y avait 5,1 millions de diplômés sous-employés, en 2008 ils étaient devenus 17 millions.

Non seulement le rendement est-il faible, mais la qualité du produit laisse également à désirer. Selon les auteurs de Academically adrift, Richard Arum et Josipa Roksa, 45 % des étudiants après deux ans d'université n'ont pas amélioré leurs compétences logiques, d'esprit critique ou d'écriture... Plus d'un tiers des étudiants de troisième année n'avaient pas amélioré leur compétence en écriture ou en raisonnement depuis leur inscription à l'université.

Comme nous l'avons dit ci-dessus, plus de 45 % des inscrits en première année abandonnent leurs études universitaires, souvent parce qu'ils n'ont pas les bases ou les compétences requises. Et, pourtant, un des premiers objectifs du président Obama est d'augmenter le nombre d'Américains qui s'inscrivent à l'université. Pour quoi faire ? Selon une étude, neuf mois après avoir obtenu leur diplôme, seuls 56 % des étudiants de la promotion 2010 avait un emploi, alors que 90 % des promotions 2006 et 2007 avaient un emploi au même moment.

Ne trouvant pas d'emploi, 85 % des diplômés retournent habiter chez leurs parents après l'obtention de leur diplôme alors qu'ils étaient 67 % en 2006.

Paradoxalement, alors que le marché tente de se débarrasser de ses mauvais investissements financiers et fonciers et des emplois connexes, les universités continuent de produire plus de diplômés en gestion que toute autre discipline. En 2007 et 2008, plus de 335 000 étudiants ont été diplômés en administration des affaires, 100 000 de plus que dix ans auparavant selon le Centre national pour les statistiques en éducation. Les facultés de droit créent actuellement une autre bulle spéculative, de nombreux diplômés fraîchement émoulus ne trouvent pas de travail ou font de l'intérim à 15 $ par heure.



Reportage de la télévision russe en anglais (RT) sur les dettes contractées
par des étudiants aux États-Unis


Alors que les jeunes diplômés en droit ne trouvent pas de travail, les facultés de droit continuent d'accepter de plus en plus de candidats malgré des droits d'inscription d'au moins 40 000 $ par an. Selon David Segal du New York Times, les frais de scolarité en droit ont augmenté quatre fois plus vite que les droits de scolarité pour la licence [baccalauréat] de premier cycle qui eux-mêmes ont augmenté quatre fois plus vite que le taux d'inflation aux États-Unis. « De 1989 à 2009, les droits de scolarité pour le premier cycle ont augmenté de 71 %, alors que les frais de scolarité en faculté de droit ont grimpé de 317 %. »

Comme le souligne Douglas French de l'Institut Mises, les étudiants et leurs parents investissent dans des études universitaires dans la croyance erronée que ces diplômes donneront accès à de nombreux emplois au bout de quatre, six ou sept ans. La demande pour les biens de consommation demeure forte, et c'est là que se trouvent les emplois. La demande en banquiers, en avocats et en bureaucrates s'est, en revanche, tarie.






Un regard cruel sur certains diplômés


« Tu as paumé 150 000 dollars pour un enseignement que tu aurais pu trouver pour 1,5 dollar de pénalité de retard à la bibliothèque municipale » lance Will Hunting à un étudiant en histoire d'Harvard.

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