vendredi 3 février 2017

Pays-Bas — Une femme « euthanasiée contre sa volonté »

Aux Pays-Bas, un médecin sera jugé pour avoir réalisé une « euthanasie à l’encontre de la volonté de la patiente ». Bien que cette affaire soit « choquante », le Comité régional d’examen a estimé que « le médecin avait agi de bonne foi ». Il demande à la Cour de ne pas le condamner, mais de clarifier les faits et de « confirmer qu’un médecin agissant de bonne foi ne peut être poursuivi s’il “euthanasie” une personne atteinte de démence ». Le Comité n’exclut pas d’avoir affaire à d’autres cas de ce genre à l’avenir.

La patiente était âgée de plus de 80 ans et souffrait de démence. Placée dans une maison de soins par son mari, elle y montrait des signes de « peur et de colère ». Le médecin a estimé qu’« elle souffrait intolérablement », mais « qu’elle n’était plus en mesure d’exprimer son souhait d’euthanasie ». Il reconnait qu’elle a tout de même répété à plusieurs reprises dans les jours précédant sa « mise à mort » : « Je ne veux pas mourir ». À son insu, il a versé un sédatif dans son café puis commencé les injections létales. La patiente a réagi et « lutté désespérément pour ne pas être tué » ; le médecin a alors « demandé aux parents de la patiente de la tenir pour achever son geste ».

Cette affaire est révélée alors que la loi sur l’euthanasie est en passe d’être de nouveau étendue dans ce pays, pour « autoriser l’euthanasie de toutes les personnes de plus de 75 ans ».

Sources:
Volkskrant. Peter de Graaf (26/1/2017)
The Daily Mail, Giulia Crouch (28/1/2017)

vendredi 27 janvier 2017

Le Québec tolérant à l'œuvre : Mathieu Bock-Côté entarté (m. à j. vidéo)





Après la tournée des radios à Québec pour la promotion de son dernier livre, Mathieu Bock-Côté présent à la libraire de la rue Cartier pour présenter ce dernier essai, a été attaqué et entarté par un jeune homme en béquille portant un bonnet noir. La Vie agricole venue écouter l’un de ses chroniqueurs était présente.



L’homme a paradoxalement crié « fasciste », puis a lancé une tarte comme geste de protestation au discours du célèbre auteur. L’homme a été retenu par les nombreux auditeurs jusqu’à l’arrivée de la police attendue lorsque nous avons quitté les lieux pour écrire ces lignes.

Mathieu Bock-Côté très professionnel après s’être changé a repris le cours de sa conférence


Source : La Vie agricole



Message de Mathieu Bock-Coté sur Facebook

Chers amis, alors l'information circulant très rapidement aujourd'hui, ce n'est pas un secret, j'ai été entarté ce soir dans le cadre d'une causerie que je donnais à la librairie du Quartier, à Québec. Je ne ferai pas semblant de trouver ça drôle : ce ne l'est pas. Je me permets aussi d'ajouter qu'il faut être un petit barbare pour troubler ainsi un événement public ... dans une librairie.

Je me permets quand même de remercier les gens qui s'étaient déplacés pour la soirée et qui sont restés pour la suite de la conférence, le temps qu'on reprenne nos esprits. Malgré tout, c'était un bel événement ! Je remercie aussi les gens de la librairie qui ont été remarquables - quelle belle librairie, d'ailleurs, je vous suggère d'y faire un tour !


Liens vers les entretiens donnés à la radio lors de cette tournée :

À l’émission de Richard Martineau pour parler du livre Le Nouveau Régime.

Entretien à Énergie

Passage à l’émission Duhaime et Drainville à propos de son livre Le Nouveau Régime.

Le plus récent livre de Mathieu Bock-Côté : Le Nouveau Régime (présentation de l’éditeur)

« La démocratie se mondialise, l’identité se diversifie, les mœurs traditionnelles se dissolvent, les sociétés occidentales font pénitence de leurs fautes passées, les minorités sexuelles et culturelles accèdent enfin à la reconnaissance publique et les droits de l’homme refondent intimement et profondément le pacte politique occidental. De gauche, du centre ou de droite, nous communions dans une même célébration de notre époque lumineuse. »

Cette époque, celle du « dépassement » des vieilles contraintes et des préjugés hérités du passé, le discours commun et la propagande des puissants veulent nous la présenter comme l’aboutissement normal de la démocratie moderne, dont les promesses, enfin, seraient sur le point de se réaliser pleinement. Or ce n’est pas du tout ce que pense Mathieu Bock-Côté. Pour lui, le monde qui se met en place depuis un quart de siècle au Québec comme dans l’ensemble de l’Occident, loin de prolonger ou d’accomplir l’histoire qui l’a précédé, marque au contraire une rupture radicale, sinon une « trahison », c’est-à-dire l’abandon pur et simple de ce qui a guidé jusqu’ici nos façons d’être, de penser, de vivre en société, par l’instauration de ce qu’il appelle un nouveau régime, fondé sur une vision entièrement nouvelle de l’homme et de la cité, celle d’un homme coupé de toutes racines, de toute appartenance, soucieux uniquement de son bonheur et de ses droits d’individu, celle d’une cité qui cesse de se voir et d’agir comme communauté politique et culturelle pour n’être plus qu’un rassemblement de consommateurs semblables à tous les consommateurs de la planète.

De ce nouveau régime, Mathieu Bock-Côté propose donc, dans la vingtaine d’essais réunis ici, à la fois un tableau et une critique, en abordant certaines de ses manifestations et certains de ses mythes les plus actuels, de la théorie dite du genre à la prétendue « fin des idéologies », du suicide assisté conçu comme un droit de l’homme à la célébration du « multiculturalisme ».

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« Extirper l'hérésie et le blasphème » ?

La SAAQ interdit à des employés de dire « Monsieur » ou « Madame », À la suite d’une plainte d’un transgenre sur près de 22 millions de transactions par an



jeudi 26 janvier 2017

France — Articles qui obligent à obtenir autorisation pour ouvrir une école sont censurés

Le Conseil constitutionnel français avait été saisi par plus de soixante sénateurs et plus de soixante députés de la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté.

« Le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur l’article 39, figurant au sein du titre Ier de la loi, qui habilitait le Gouvernement à prendre par ordonnance les mesures nécessaires pour remplacer, dans le code de l’éducation, les régimes de déclaration d’ouverture préalable des établissements privés d’enseignement scolaire par un régime d’autorisation.

Le Conseil constitutionnel a jugé que, eu égard à l’atteinte susceptible d’être portée à la liberté de l’enseignement par la mise en place d’un régime d’autorisation administrative, le législateur, en confiant au Gouvernement sans autre indication le soin de préciser “les motifs pour lesquels les autorités compétentes peuvent refuser d’autoriser l’ouverture” de tels établissements, a insuffisamment précisé les finalités des mesures susceptibles d’être prises par voie d’ordonnance.

Le Conseil a ainsi censuré l’insuffisante précision de l’habilitation donnée au Gouvernement. Il n’a pas pris position sur le principe de la substitution d’un régime d’autorisation à un régime de déclaration préalable. »

L’article 31 sur l’instruction à domicile a été jugé sans lien avec le projet de loi et censuré également. Cet article prévoyait qu’en cas de refus répété de contrôle des connaissances des enfants par l’État cet enfant devait être inscrit dans les quinze jours dans un établissement d’enseignement public ou privé.

Au Québec, les écoles doivent demander un permis préalable (mesure censurée en France) et ne bénéficient pas du régime actuel français de simple déclaration d’ouverture (avec inspection postérieure) et de libertés pédagogiques, de sélection du personnel enseignant et l’établissement des frais scolaires.

Communiqué de la Fondation pour l’école à ce sujet

Dans sa décision n° 2016-745 DC du 26 janvier 2017 sur la Loi relative à l’égalité et à la citoyenneté, le Conseil constitutionnel — saisi par plus de soixante sénateurs et plus de soixante députés — s’est prononcé sur l’article 39, qui habilitait le Gouvernement à prendre par ordonnance les mesures nécessaires pour remplacer, dans le code de l’éducation, le régime de déclaration d’ouverture préalable des établissements privés d’enseignement scolaire par un régime d’autorisation.

« Le Conseil constitutionnel a jugé que, eu égard à l’atteinte susceptible d’être portée à la liberté de l’enseignement par la mise en place d’un régime d’autorisation administrative, le législateur, en confiant au Gouvernement sans autre indication le soin de préciser “les motifs pour lesquels les autorités compétentes peuvent refuser d’autoriser l’ouverture” de tels établissements, a insuffisamment précisé les finalités des mesures susceptibles d’être prises par voie d’ordonnance. » (extrait du communiqué du Conseil constitutionnel du 26/01/2017)

La Fondation pour l’école se réjouit de cette décision du Conseil constitutionnel, qui empêche que le Ministre Mme Najat Vallaud-Belkacem ne mette à exécution son projet de rendre plus difficiles les créations d’écoles libres.
C’est une bonne nouvelle pour l’avenir de ces dernières en France, qui connaissent une croissance de 12 % par an, et plus largement pour la liberté de penser et d’entreprendre dans notre pays en matière d’éducation.
La vitalité des entrepreneurs de l’éducation est une chance pour le paysage éducatif français : elle apporte de l’aération au système éducatif dans son ensemble. La censure de l’article concernant l’école à la maison va aussi dans le sens du nécessaire respect des libertés éducatives des familles.

Une belle victoire pour la Liberté scolaire : nous nous réjouissons que notre travail d’information ait pu porter ses fruits, puisque la saisine du Conseil constitutionnel sur ce dossier s’est effectuée à la demande de parlementaires des deux Assemblées.

Espérons que le Conseil d’État censurera, dans un même ordre d’idées, le décret qui tend à réduire à la portion congrue la liberté de programmes des écoles hors contrat. Mais il faudra attendre de longs mois avant de connaître sa décision, ce recours n’étant pas en référé. Nous espérons vivement que le prochain gouvernement abrogera ce décret malheureux pour assurer sans attendre un plein respect de la liberté pédagogique des écoles indépendantes.

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Les règles imposées à l’école (dite) privée du Québec

mercredi 25 janvier 2017

France — Plus de neuf parents sur dix veulent une autre école

Selon un sondage BVA, les Français estiment que l’école doit s’adapter à chaque enfant afin de transmettre les fondamentaux et de réduire les inégalités.

Un constat sans ambiguïté. À lire le sondage BVA, on mesure le haut degré d’insatisfaction des familles française à l’égard de l’école. Plus de 9 parents d’élèves sur dix — public et privé confondus — voudraient la voir réformée : dans certains domaines pour 52 % d’entre eux, en profondeur pour 44 %.


S’ils aspirent au changement, c’est qu’en dépit des réformes successives, l’école, selon eux, n’est pas à la hauteur des enjeux. Ainsi, à peine 56 % des sondés considèrent qu’elle permet à tous les élèves de maîtriser les « fondamentaux » (lire, écrire, compter), alors que cette tâche est identifiée comme sa mission première (2).


L’intégralité du sondage


Les parents d’élève du (semi — ) privé plus sévères

Les familles apparaissent d’ailleurs de plus en plus critiques au fur et à mesure que leurs enfants avancent dans leur scolarité. Signe peut-être, relève Julien Goarant, directeur clientèle chez BVA, que « les lacunes, identifiées trop tard, se font sentir pleinement à partir du collège ». Les parents de lycéens sont en tout cas seulement 42 % à penser que l’école offre à tous cette maîtrise.

Sur ce même point, les parents d’élèves du privé [il n’est pas clair si c’est uniquement ceux du privé sous contrat soumis à de nombreuses restrictions] se montrent les plus sévères : ils sont seulement 48 % (contre 58 % dans le public) à exprimer pareille opinion. « Sans doute présentent-ils des attentes plus fortes vis-à-vis de l’école. Sans doute aussi leur sentiment d’inefficacité de l’école publique explique-t-il en partie leur repli vers le privé », ajoute le sondeur.


Leur point de vue rejoint en tout cas les enseignements d’études récentes, réalisées par ou avec l’Éducation nationale, et qui attestent notamment d’une baisse de niveau en orthographe et d’une vraie faiblesse en mathématiques, matière dans laquelle nos élèves de CM1 sont bons derniers de la classe européenne.

Un manque d’adaptabilité de l’école

En France plus qu’ailleurs, ces difficultés scolaires sont souvent, comme le montre l’étude PISA conduite par l’OCDE, corrélées au niveau social des parents. Ce dont une majorité de sondés semble avoir conscience, puisque 58 % d’entre eux pensent que l’école ne permet pas de réduire les inégalités sociales. Autre jugement, encore plus sévère : les deux tiers des parents estiment que l’école ne sait pas « s’adapter à chaque enfant ».

Ce qu’ils attendent d’elle ? Un soutien renforcé dès les premières difficultés rencontrées (76 % jugent cette idée « prioritaire ») et des pédagogies adaptées à chacun (62 %). Autrement dit, alors que le quinquennat qui s’achève a été marqué par 60 000 créations de postes dans l’éducation, le recrutement d’enseignants supplémentaires (57 %) n’est pas, aux yeux des sondés, la seule ni même la principale solution.


« Ce sondage conforte nos observations : les enseignants français sont plutôt bien formés d’un point de vue académique [anglicisme], mais ont besoin d’être mieux armés pour gérer l’hétérogénéité des classes et aider les élèves en difficulté », commente Éric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE. Les sondés sont ainsi une majorité à juger « prioritaire » un renforcement de la formation des professeurs, initiale (57 %) et continue (56 %). « Parce qu’ils n’ont pas une mauvaise opinion des enseignants, les Français considèrent que c’est leur formation qui est défaillante », observe Julien Goarant.

Pour plus d’autonomie des établissements

Rejoignant là encore les recommandations de l’OCDE, les parents d’élèves se prononcent pour une plus grande autonomie des écoles. Plus de huit sur dix estiment que donner la possibilité aux chefs d’établissement de recruter leurs équipes influerait positivement sur la réussite scolaire, l’implication des enseignants ou encore la qualité de l’accompagnement des élèves. « Au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, les établissements, jouissant d’une plus grande autonomie, utilisent souvent une partie de leurs moyens pour renforcer l’accompagnement personnalisé et l’aide aux devoirs », abonde Éric Charbonnier.

Les parents sont en tout cas très nombreux (86 %, et jusqu’à 92 % dans le cas des classes sociales défavorisées) à répondre par l’affirmative lorsqu’on leur demande si les élèves devraient pouvoir, au moins jusqu’à la fin du collège, effectuer les devoirs à l’école, après les cours, avec l’aide d’un adulte compétent. Des devoirs qui, aujourd’hui, pèsent souvent sur l’ambiance familiale et renforcent les inégalités sociales, chaque enfant ne bénéficiant pas, hors de l’école, du même soutien. « Même si beaucoup sont orientés avant tout vers la réussite de leurs propres enfants, les Français attendent de l’école, très liée à la République, davantage d’égalité, via un accompagnement adapté à chacun », conclut Julien Goarant.
Source : La Croix

(1) Enquête réalisée en ligne auprès de 604 parents d’enfants scolarisés au primaire et/ou au secondaire du 4 au 9 janvier 2017.

(2) Suivent « apprendre à l’élève à apprendre, en lui faisant acquérir des méthodes de travail » et « former l’élève pour qu’il soit capable de réussir sa vie professionnelle ».

Effet de l'école québécoise sur le sentiment nationaliste des jeunes ?

Mathieu Bock-Coté se penche sur le rôle de l’école sur le déclin du sentiment nationaliste chez les jeunes Québécois. Se rappeler que le Parti québécois ne s’est notamment jamais vraiment opposé à l’implantation du programme d’éthique et de culture religieuse, et même aujourd’hui il ne s’y oppose pas par nationalisme, mais par féminisme ! Notons le chiffre cité confond les francophones et les non-francophones. Quel est donc l’impact de l’immigration ? Combien de ces jeunes sont issus de l’immigration et donc issus de familles très peu favorables à la souveraineté du Québec ?

Le sondage Léger paru lundi dans Le Devoir a de quoi effrayer les souverainistes : non seulement leur option est globalement en baisse, mais la jeune génération la rejette massivement.
77 % des jeunes de 18 à 24 ans s’opposent à l’indépendance.

On peut bien se dire que les résultats­­ sont un peu exagérés.

Mais la tendance est là. Nous sommes devant un épuisement de l’identité nationale.

Masochisme

Comment la jeunesse en est-elle­­ venue à rejeter la souve­raineté ?

Mon hypothèse est la suivante : la souveraineté est l’expression la plus conséquente de l’idée de nation au Québec.

Plus vous considérez le Québec­­ comme une nation à part entière, et plus vous souhaiterez qu’il s’autodétermine.

Or, la jeune génération a évolué depuis sa naissance dans un environnement idéologique et médiatique qui disqualifie la nation­­.

À l’école, on lui a présenté une vision tronquée et grossière du passé.

L’harmonie autour du tipi...
Manuel d’Éthique et de culture religieuse CEC, 3e primaire


Autant on a célébré l’Amérique amérindienne, autant on a présenté la Nouvelle-France comme une époque odieuse.

En gros, l’aventure des Européens­­ en Amérique serait fondamentalement criminelle.

La jeunesse a été éduquée dans un sentiment de culpabilité collective.

L’harmonie dans le tipi...
Manuel d’Éthique et de culture religieuse CEC, 3e primaire, p. 37

Cela fait en sorte que la jeune génération est très souvent favorable aux nationalismes amé­rindiens et très hostile au nationalisme québécois.

Elle croit ainsi défendre la justice sociale. En fait, elle chante « l’autre » pour mieux masquer son mépris d’elle-même.

On l’a aussi élevée dans un individualisme­­ extrême.

La seule bataille qui vaille, c’est celle pour l’extension infinie des droits individuels et des droits des minorités. La majorité serait raciste et xénophobe.


La Grande Noirceur (à gauche) et notre merveilleuse époque (à droite)
Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée

La jeunesse se passionne plus aisément pour les toilettes mixtes ou toutes les questions liées à l’identité sexuelle que pour l’avenir du fait français en Amérique.

[Dans les médias aujourd’hui : La SAAQ interdit à des employés de dire « Monsieur » ou « Madame », À la suite d’une plainte d’un transgenre sur près de 22 millions de transactions par an]

On lui a aussi inculqué l’idée que la mondialisation était l’horizon­­ de notre temps.

La nation serait désormais une communauté insignifiante et la souveraineté du Québec, un projet­­ dépassé.

On lui dit : votre identité est mondiale. On l’enferme dans une fausse alternative : pourquoi faire­­ un pays quand vous pouvez sauver la planète ?



Et cela sans évoquer le poids de l’immigration massive.

De même, pourquoi tenir au français quand la langue anglaise est décrétée la seule langue d’avenir. Il faut ajouter qu’on lui a inculqué un sentiment illusoire de sécurité identitaire, comme si le Canada multiculturel et massivement anglophone ne menaçait plus notre identité.

Et allons au fond des choses : fondamentalement, cette jeunesse­­ est née dans un peuple vaincu par deux défaites référendaires et psychologiquement ébranlé. Les souverainistes ont l’air de petits perdants, timorés et misérables.

La défaite défait.

Reconstruire

Elle perd ses repères québécois et en cherche ailleurs : au Canada, aux États-Unis, dans le tiers-monde ou sur la planète entière­­.

Mais elle dédaigne le Québec. Son indifférence est le symptôme d’un suicide collectif.

Que faire, alors ?

Adapter la souveraineté à cette génération à l’identité anémiée ? Non. Un peuple qui ne sait plus qu’il est un peuple ne voudra jamais l’indépendance.
Mieux vaudrait réveiller le sentiment national refoulé par la jeunesse et reconstruire celui du peuple québécois.

Cela prendra du temps.

[Note du carnet : Cela peut commencer à la maison pour autant que l’on ait une descendance... plus importante que le chiffre moyen de 1,4 enfant/femme francophone.]

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Enseignante d’ECR déguisée en curé... enfin pas dans la Voix de l’Est. Là deux de ses élèves captifs la félicitent pour son cours ECR contre l’homophobie.


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ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes

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Francisation en entreprise, Québec ampute son aide de moitié (février 2016)

« Nos ancêtres, les Amérindiens »

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Cérémonie, prière, danse sacrées dans une école laïque publique

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La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)


Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Conséquence de la crise démographique prolongée et de l’immigration constante.

1. Un recul de presque 10 % au Québec

Selon les projections du document Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec devrait passer de 79 % en 2011 à une proportion oscillant entre 69 % et 72 % en 2036.

Pendant ce temps, l’anglais continuera de progresser dans la province. La population de langue d’usage anglaise au foyer grimpera à 13 %.



2. Sous la barre des 20 % à l’échelle du Canada

À l’échelle canadienne, cette proportion devrait chuter de 21,3 % en 2011 à un taux se situant entre 17 % et 18 % en 2036.


3. Une baisse dramatique hors Québec

La précarité de la langue française à l’extérieur du Québec est aussi inquiétante : la proportion de francophones hors Québec devrait passer de 3,8 % en 2011 pour s’établir à environ 2,7 % en 2036.

Pour saisir l’importance de cette baisse, il faut la mettre en perspective : 1,1 % de la population canadienne représentait en 2013 environ 380 000 personnes.

Cette chute est attribuée, par les auteurs de l’étude, à l’accroissement de l’immigration qui deviendra le « principal moteur de croissance démographique au Canada ». Alors que les immigrants représentaient 20 % de la population canadienne en 2011, ce taux devrait se hisser à 26 %, voire 31 %, au cours des deux prochaines décennies.

4. Un Canadien sur deux sera un immigrant ou un enfant d’immigrant

Selon l’étude, « la composition linguistique et ethnoculturelle du pays se verrait modifiée » en raison de l’immigration. On prévoit qu’en 2036, près d’un Canadien sur deux sera un immigrant ou un enfant d’immigrant.




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Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès [mars 2016]


mercredi 18 janvier 2017

France — De nouvelles écoles libres en banlieue

France 3 s’est rendue dans une école de Mantes-la-Jolie (Yvelines), qui fait partie du réseau « Espérance Banlieues » et qui redonne goût au savoir à ses élèves.





Il s’agit d’une école hors contrat où les professeurs ne sont pas payés par l’Éducation nationale. Mais ici, la pédagogie est libre et l’uniforme obligatoire.

Dans cette école, élèves et professeurs se vouvoient et la discipline est omniprésente. Surtout, les classes ne dépassent jamais 15 élèves, un petit effectif qui permet un enseignement sur mesure par les professeurs. Une relation qui se tisse aussi avec les parents. Ils sont tenus au courant plusieurs fois par semaine de la scolarité de leurs enfants. L’école revendique aussi des valeurs : travail, vérité, fraternité. Trois mots qui sont répétés sans cesse aux élèves.

mardi 17 janvier 2017

Monopole de l'Éducation : priorité à l'éducation financière, pédale douce pour la nouvelle éducation à la sexualité

Pressé d’aller de l’avant avec le nouveau cours d’éducation financière, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ne sait toutefois pas encore si l’éducation à la sexualité, enseignée sous forme de projet-pilote depuis deux ans et critiquée par des parents inquiets, sera étendue à davantage d’écoles l’an prochain.

Cette nouvelle semble inquiéter Le Journal de Québec qui s’est précipité pour interroger des syndicalistes :

Pourquoi on priorise plus le cours d’éducation financière plutôt que des notions très importantes sur la vie sexuelle de nos jeunes ? Je ne sais pas, mais ça m’inquiète grandement, lance Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement. Est-ce que les problématiques reliées à la sexualité sont moins importantes que des problèmes de forfaits de cellulaire ?

Des notions très importantes sur la vie sexuelle ? Comme celles préconisées dans le programme qui demande d’explorer des valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille » ? Qu’est-ce à dire ? Depuis quand un programme obligatoire gouvernemental d’éducation à la sexualité devrait-il aller au-delà du strict aspect biologique et clinique (pour son aspect obligatoire) et inscrire l’exploration de valeurs et normes qui pourraient heurter les familles (si c’est bien ce que cette phrase veut dire dans les faits) ?


Rappelons qu'il y a déjà des cours d'éducation à la sexualité dans les écoles québécoises, il s'agit plutôt ici d'imposer le même programme (militant?) partout...

Comme le dit le site du Monopole de l’éducation du Québec :

Les enfants et les adolescents québécois reçoivent déjà de l’éducation à la sexualité à l’école. Ce qu’ils apprennent varie toutefois d’une école à l’autre.

Cette diversité étant intolérable, le site gouvernemental monopolistique affirme :

Pour offrir [sic] à tous les élèves de l’éducation à la sexualité sur chacun des sujets importants, le Ministère souhaite accorder une place plus formelle à celle-ci dans leur cheminement scolaire.

Rappelons qu’il ne s’agit pas d’offrir (comme un cadeau), mais bien d’imposer. Voir Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Depuis l’automne 2015, l’éducation à la sexualité est enseignée dans une quinzaine d’écoles de la province qui participent à un projet-pilote visant les élèves de la maternelle à la cinquième secondaire.

L’objectif du monopole de l’Éducation du Québec était d’implanter l’éducation à la sexualité dans toutes les écoles à l’automne 2017.

Or le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a indiqué au Journal qu’aucune décision n’avait été prise pour l’an prochain. « Il y a des démarches en cours pour voir comment on peut s’assurer d’avoir un meilleur contenu et plus de contenu dans les écoles. [...] Les décisions viendront, je n’ai pas encore tous les scénarios sur mon bureau », a-t-il affirmé.

Or selon des acteurs du réseau, le comité chargé de faire le suivi des projets-pilotes ne s’est pas réuni depuis plus de six mois, contrairement à ce qui était prévu au départ.

Priorités à l’éducation financière moins controversée

Le ministre semble privilégier le nouveau cours d’éducation financière, qui sera enseigné à tous les élèves de cinquième secondaire dès l’automne prochain sans avoir fait l’objet de projets-pilotes au préalable, du jamais vu depuis au moins une vingtaine d’années selon les syndicats d’enseignement qui dénoncent son empressement.

« J’ai indiqué mes intentions en décembre dernier parce que les grilles horaires vont se faire dans les prochaines semaines et on va suivre le processus », a affirmé le ministre à l’entrée du conseil des ministres, à Québec.

« Il y aura de l’économie à l’étude en septembre 2017 pour les élèves de secondaire 5 et c’est pour leur bénéfice », a-t-il tranché.

Les centrales faisaient valoir la veille que les enseignants n’avaient pas eu de formation ou de matériel pédagogique et que le ministre avait passé outre aux habituels projets-pilotes qui permettent d’évaluer un nouveau cours et d’y apporter les ajustements requis.

Elles soutenaient également que l’approche précipitée était illégale puisque la décision n’avait pas fait l’objet d’une consultation de 45 jours comme le prévoit la loi et qu’aucune modification n’avait été apportée au régime pédagogique.

« Je vais suivre, bien sûr, la procédure réglementaire, a répliqué M. Proulx. Il y aura le dépôt du règlement et la consultation nécessaire pour modifier le régime pédagogique, mais j’ai aussi dit que l’ensemble du matériel et de la formation pour les enseignants sera disponible pour que tout soit prêt pour l’automne 2017. »

M. Proulx a ajouté que certaines consultations avaient déjà eu lieu dans le milieu et que la décision ne rencontrait que des réactions positives, si l’on se fie à ses propos.

« Il y a eu des consultations cet automne. Le ministère a rencontré différents groupes, notamment des enseignants, des directeurs d’école, des gens du milieu. (...) Ç’a été salué par tous comme une bonne nouvelle. Il ne faut pas trouver des problèmes là où il n’y en a pas », a déclaré le ministre.

Il a fait valoir que tout le monde reconnaît la nécessité d’offrir une telle formation, à commencer par les étudiants eux-mêmes.


De leur côté, les chercheuses responsables d’une vaste enquête démontrant que la violence sexuelle sur les campus est bien répandue insistent, le plus sérieusement du monde, sur l’importance de l’éducation à la sexualité dès la maternelle. « Ces apprentissages obligatoires sont essentiels », tranche Manon Bergeron, professeur de sexologie à l’UQAM... La violence sexuelle sur les campus due à un manque d’éducation à la sexualité à la maternelle ? Et l’on prend ces gens au sérieux ?


Le ministre Proulx a indiqué qu’il est plus complexe d’étendre l’éducation à la sexualité à toutes les écoles, puisque les projets-pilotes s’étendent de la maternelle à la fin du secondaire alors que le nouveau cours d’éducation financière s’adresse uniquement aux élèves de cinquième secondaire.

Voir aussi

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

L’éducation à la sexualité imposée à la maternelle

Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

L'Église catholique — pour qui sonne le glas ? (M-à-j)

Dans son dernier livre, Laurent Dandrieu, un journaliste de Valeurs actuelles, porte un regard critique sur le discours de l’église (et notamment du pape François) concernant l’immigration. Un travail nécessaire et courageux.



Laurent Dandrieu : « L'Église confond charité et politique [gouvernementale] migratoire... »


Recension d’Éric Zemmour dans Le Figaro

On la sentait monter. La vague, au début timide et retenue, de plus en plus haute, déterminée, exaspérée. La vague des catholiques français et européens qui ne se reconnaissent plus dans le discours de l’Église sur l’immigration. Une vague d’incompréhension et de colère, de désarroi et de fureur. Une vague qu’un livre vient révéler et approfondir. Laurent Dandrieu est journaliste à Valeurs actuelles. Il « fait le boulot », comme aurait dit Nicolas Sarkozy. À force de citations, d’extraits d’interviews, il éclaire d’une lumière crue, voire cruelle, l’éminente responsabilité dans ce divorce des déclarations à l’emporte-pièce du pape François, mélange étonnant et détonant de provocations et d’à-peu-près, d’habiletés de jésuite et de séductions médiatiques, « for­mules choc et gestes spectaculaires qui tirent vers l’émotionnel ».

La démonstration est un brin décousue, au style souvent relâché, mais efficace. Notre auteur va cependant plus loin. Il plonge dans les textes oubliés et négligés du Vatican, encycliques ou discours, et ré­vèle que François n’a rien inventé, mais seulement grossi et simplifié pour les mé­dias une vulgate universaliste et immigra­tionniste qui court de pape en pape, re­monte à Pie XII, devenue « parole d’Évangile » depuis Vatican II. Une idéolo­gie qui s’appuie sur la fameuse parabole du bon Samaritain, mais qui la dépasse am­plement, pour devenir un authentique providentialisme de la migration, où « l’Autre » est paré de toutes les vertus quasi messianiques, où les migrations « attestent et perfectionnent l’unité de la fa­mille humaine », et où les sociétés multi­culturelles occidentales sont la « préfigu­ration anticipée de la cité sans frontières de Dieu ». On retrouve alors l’Église aux côtés d’une extrême gauche internationaliste, qui a tué Dieu, mais communie elle aussi dans un culte vibrant et souvent fanatique d’un migrant venu du Sud qui a remplacé dans son Empyrée laïque le prolétaire de jadis. Curieux rapprochement qui se ren­force encore du soutien, tapi dans l’ombre, mais redoutablement efficace, du capita­lisme, qui a lui aussi besoin d’un universa­lisme pseudo-humaniste pour légitimer la nouvelle organisation économique mon­diale. Cette triple alliance des puissants de l’époque a un ennemi commun : les vieilles nations et les peuples européens qu’il s’agit de culpabiliser, marginaliser, voire faire disparaître à petit feu.


Nous sommes gâtés : les lunettes roses et la culture du déni de la réalité, en politique aussi

On comprend que le catholique Dan­drieu et de nombreux catholiques français et européens soient interloqués. Et se ré­voltent contre une Église qui refuse d’ôter ses lunettes roses alors même que la plu­part des migrants sont musulmans, mu­sulmans « modérés », bien sûr, selon la doxa dominante, mais modérément mu­sulmans, et qu’elle continue à baigner dans une « culture de la rencontre » iréni­que et à sens unique, « un dialogue de sa­lon, faussement consensuel » (père Fran­çois Jourdan), ne voulant voir dans l’islam et le christianisme que deux sensibilités d’une même foi, quand elle ne met pas dans le même sac, comme le fait le pape François, la « violence catholique et violence islamique », les zèles prosélytes chrétien et islamique, alors même pourtant que l’un, par la plume de saint Matthieu, répand la parole de Jésus : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant ce que je vous ai prescrit », tandis que Mahomet s’avère plus expéditif à l’égard des infidèles : « Et tuez-les où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés. »

Laurent Dandrieu n’est pas Lénine, mais il pose quand même la question fatidique : que faire ?

Il ne prône pas la Révolution, mais la ré­volte. Une sorte de dissidence qui s’appuie d’abord sur les témoignages des chrétiens d’Orient, qui connaissent mieux que personne l’islam réel, et non l’islam fantasmé en Occi­dent : « Nos souffrances d’aujourd’hui constituent le prélude de celles que vous, Européens et chrétiens occidentaux, subirez aussi dans un proche avenir... Vous dites que tous les hommes sont égaux. L’islam ne dit pas que tous les hommes sont égaux. Vos valeurs ne sont pas les leurs. Si vous ne le comprenez pas à temps, vous deviendrez victime de l’ennemi que vous avez accueilli chez vous » (Mgr Amel Chimoum Nona, ar­chevêque chaldéen de Mossoul dans le Corriere della Sera).

Dandrieu dénonce les chimères de certains exégètes bien­veillants de la parole papale qui y voient une inspiration prophétique de celui qui compte bien convertir à la fin des fins les millions de musulmans qui déferlent sur le continent européen, comme l’Église avait christianisé les « barbares » francs ou nor­mands à la chute de l’Empire romain. Mais, pour l’instant, c’est l’islam qui convertit les jeunes Européens déchristia­nisés en mal de spiritualité et de repères.

Dandrieu évoque les erreurs politiques que le Vatican a accumulées au cours du XXe siècle, dans un mélange de fausse ha­bileté et d’ingénuité qui ressemble beau­coup à son comportement actuel vis-à-vis de l’islam, lorsqu’il rallia la République en 1892, condamna l’Action française ou abandonna les cristeros mexicains en 1926.

Dandrieu aurait pu ajouter que le Vatican n’a guère été plus lucide face au communisme stalinien dans les années 1950, comme l’a rappelé avec autorité Alain Besançon dans son dernier livre. [Problèmes religieux contemporains, éditions de Fallois, 2015.]


Enfin, et surtout, notre auteur note avec pertinence que l’Église n’a pas toujours tenu ce discours exclusivement universaliste, mais qu’elle l’a longtemps équilibré dans une dialectique subtile par un attachement aux patries, aux nations, aux cultures enracinées. « Toutes choses étant égales, les plus proches ont un droit de prio­rité », disait ainsi saint Thomas d’Aquin.

C’est le point sans doute le plus auda­cieux de cette dissidence : jouer l’Église d’hier contre l’Église d’aujourd’hui ; op­poser la tradition millénaire d’un christia­nisme européen contre un christianisme mondialisé qui ne serait plus qu’une ONG. Saine colère et utile révolte. Instinct de survie de peuples européens condamnés à mort par l’Histoire et le mépris de tous les puissants, dont l’Église.

Mais il est tard, très tard, pour l’ancien­ne et glorieuse chrétienté d’Europe. Déjà trop tard ?


Église et immigration, le grand malaise
de Laurent Dandrieu
paru le 12 janvier 2017,
aux Presses de la renaissance,
Paris
288 pp.,
ISBN-10 : 2 750 913 616,
17,90 €.
(Actuellement en rupture de stock sur Amazon. fr... n° 2 dans Livres & gt ; Religions et Spiritualités)


Entretetien dans le Figaro Vox


Le Figaro. — Vous accusez l’Église catholique, pas moins, de complicité avec ce que vous appelez le « suicide de la civilisation européenne » parce qu’elle aurait abandonné la défense des nations et de l’Europe chrétienne, ce qui profiterait à l’islam. Laurent Dandrieu, n’exagérez-vous pas le trait ?

Laurent DANDRIEU. —  Le discours de l’Église, depuis des décen­nies, me semble placer le fidèle dans un dilemme impossible : choisir entre sa fidélité à la foi, à l’Église, et sa fidélité à sa communauté naturelle qui est la nation. L’attachement à la nation a toujours été considéré par l’Église comme naturel, bénéfique et nécessaire. Ce qui conduit l’Église à reconnaî­tre, en théorie, le droit des États à réguler les flux migratoires. Mais une forme d’absolutisation de l’accueil de l’autre la conduit désormais concrètement à condamner tout ce qui tend à la protection de la nation face à l’islamisation de l’Europe et à l’immigration de masse, comme une fermeture inac­ceptable, une peur irrationnelle, une phobie à surmonter.

J’ai donc écrit ce livre pour ouvrir un débat qui me semble complètement verrouillé. Il y a en effet un double « chan­tage » sur ces questions. D’abord, un chantage à la morale évangélique : si vous vous opposez à ce que le pape François lui-même appelle « une invasion », vous prenez parti contre la morale évangélique, contre la parole du Christ « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli » ! Or les principes évangé­liques sont des chemins de sainteté, pas des règles de gouver­nance politique. Ensuite, un chantage à l’autorité pontificale : la moindre parole du pape sur n’importe quel sujet devient quasi sacrée, et diverger avec lui sur l’immigration vous conduit à être accusé de lèse-papauté. Or ces sujets ne relèvent absolument pas d’un magistère infaillible, très loin de là...

Le Figaro. — Face à l’islam, vous dénoncez précisément un discours lénifiant, le « dialoguisme » de l’Église catholique. Que voulez-vous dire ?

Laurent DANDRIEU. — Le dialogue avec tous est nécessaire si l’on veut être un chrétien conséquent et évangélisateur. Mais le « dialoguisme » est une caricature de dialogue quand il devient une fin en soi tellement importante qu’elle conduit à l’impasse sur la vérité, pour ne pas fâcher l’interlocuteur… C’est malheureusement ce qui marque le dialogue entre l’Église catholique et l’islam, qui entretient la fiction d’un « vrai visage de l’islam » qui serait pacifique, et qui n’aurait pas davantage de problèmes avec la violence que les autres religions, et notamment la catholique…

Le Figaro. — L’autre grand volet de votre ouvrage, Laurent Dandrieu, touche l’immigration. Vous parlez d’un « grand malaise » à propos de la vision de l’Église…

Laurent DANDRIEU. — Depuis que l’Église se penche réellement sur cette question de l’immigration, c’est-à-dire depuis Pie XII, un biais fausse le problème : sa vision est quasi exclusivement centrée sur les migrants. Elle ne s’intéresse que très peu, voire pas du tout, aux populations des pays d’accueil dont le droit à se protéger d’une immigration de masse et ses conséquences dangereuses pour l’identité, la sécurité et la prospérité, est minoré en vertu d’une sorte d’application aux peuples de l’option préférentielle pour les pauvres. Alors que le droit à migrer, lui, a été comme absolutisé. On est passé d’un droit de migrer quand une nécessité vitale obligeait à quitter son pays, ainsi que le définissait Pie XII, à un droit fondamental dès que l’on trouve, ailleurs, « des conditions de vie plus convenables » (Jean XXIII).

Le tout couronné par une sorte de prophétisme migratoire où les migrations sont perçues comme la préfiguration d’une humanité nouvelle, de la Jérusalem céleste… Autant dire que s’y opposer est perçu comme s’opposer à l’avènement du royaume des Cieux ! Autre tendance lourde, le discours de l’Église ne prend pas en compte le phénomène collectif de l’immigration. Il raisonne à l’échelle des familles. Or une chose est d’intégrer quelques familles, une autre des centaines de milliers de personnes. Une chose est d’intégrer des gens qui viennent de pays musulmans, une autre des gens qui viennent de nations européennes. Or l’Église fait l’impasse là-dessus. Elle parle du Migrant avec un « M » majuscule. Elle n’envisage jamais ce genre de distinctions pourtant essentielles quant aux chances de réussir une intégration.

[...]

Laurent DANDRIEU. — Si l’islamisation est un facteur de réveil du christianisme, c’est surtout parce que les gens ressentent la présence de plus en plus massive de l’islam comme une menace, non pas seulement sur leur identité chrétienne, mais aussi sur leur mode de vie à l’européenne. Dans le monde musulman, la notion de rapport de force est importante : à partir du moment où l’on devient suffisamment nombreux, il est loisible de commencer à demander l’application de règles spécifiques conformes à l’islam et à la charia. C’est déjà le cas dans certains endroits où, localement, les populations musulmanes sont majoritaires. Quand je parle du danger que fait peser l’islam sur l’Europe, ce n’est donc pas seulement du point de vue religieux. L’Europe repose sur un certain nombre de principes qui sont propres à la civilisation judéo­-chrétienne — la laïcité, l’égale dignité de tous les êtres et l’égalité homme-femme qui en découle, la liberté de la raison critique... — et qui sont fondamentalement étrangers à l’islam ou à certaines de ses tendances. C’est notre mode de vie dans son ensemble qui est en jeu.

[...]

Laurent DANDRIEU. — Mais le pape François, lui-même, qui a parlé d’« invasion » à plusieurs reprises, a reconnu qu’il s’agissait d’un phénomène d’une ampleur inouïe dans l’histoire, qui en outre vient s’ajouter à des décennies d’immigration massive que l’on a échoué à intégrer réellement...

Cette présence massive, sur notre continent, de populations immigrées dont une part croissante ne cherche plus à s’intégrer, et d’un islam de plus en plus travaillé par le radicalisme, suscite des inquiétudes légitimes chez les Européens. Il me paraît particulièrement irresponsable de traiter ces inquiétudes à la légère, en professant qu’il n’y a qu’à renforcer les politiques d’intégration et que tout se passera bien, comme le fait trop souvent l’Église du pape François, tout en prétendant vouloir évangéliser ces populations dont on méprise les inquiétudes. Il me semble que cette Église qui ne parle que d’aller vers les périphéries commet une erreur historique en tournant le dos à cette périphérie particulière que sont les populations autochtones qui se sentent dépossédées de leur identité et de leur mode de vie par l’immigration de masse. Une erreur qui, si elle n’est pas rapidement corrigée, pourrait lui être fatale.


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lundi 16 janvier 2017

France — Les écoles libres séduisent de plus en plus de parents

À la rentrée 2016, 93 nouvelles écoles alternatives ont ouvert leurs portes en France, contre 67 en 2015. Leurs méthodes pédagogiques alternatives et claires séduisent de plus en plus de parents et cela pour de nombreuses raisons. Les écoles indépendantes choisissent elles-mêmes leurs enseignants et leurs programmes. (Ceci est impossible au Québec.) Elles répondent aux réels besoins des enfants qui ne trouvent pas leur place dans les écoles classiques. Leur succès est considéré comme le fruit des limites de l’Éducation nationale.

Avec : Titiane Salleron, juriste à l’association « Créer son école ». —

C’est votre vie, du lundi 16 janvier 2017, sur BFMTV.


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