jeudi 10 mars 2016

Augmentation du nombre d'immigrants par le PLQ, les réactions fusent

Scène de rue bilingue à Montréal
Nous avons déjà cité le démographe Guillaume Maurois sur le peu d’effets (au mieux) de la hausse du nombre d’immigrants de 50 000 à 60 000 par an sur la population active au Québec.

Voici deux autres réactions sur cette hausse annoncée par le Parti libéral du Québec. D’abord, la lettre ouverte de Tania Longpré, enseignante en francisation des immigrants depuis 2007 dans diverses écoles. Ensuite, la réaction plus politique du chroniqueur Mathieu Bock-Côté.


Cher Philippe Couillard,

Aujourd’hui, vous avez dit que le Québec devait accueillir 10 000 immigrants de plus.

Vous êtes même allé jusqu’à dire au chef de la deuxième opposition officielle qu’il « soufflait sur les braises de l’intolérance » en s’inquiétant de la possible hausse des seuils d’immigration, qui passeraient à 60 000 par année.

Taxer quelqu’un d’intolérant est d’ailleurs l’attaque la plus facile dans ce type de dossier, lorsque nous ne pouvons pas répondre par un argument solide aux inquiétudes des autres.

Je suis triste de constater que, pour vous, réfléchir au sujet de l’amélioration de l’intégration des immigrants, c’est d’être intolérant. Je pense que pour solidifier votre position, vous êtes prêt à tomber rapidement dans de douteux amalgames alors que les questionnements de monsieur Legault sont légitimes.

Brian Myles écrivait ce matin dans Le Devoir qu’il y avait des « fissures dans l’édifice de l’intégration ».

Il se trompe. En fait, c’est plutôt des crevasses et des trous béants, par contre, vous ne semblez pas considérer le colmatage de ceux-ci avant de hausser les seuils d’immigration. La réalité, c’est que l’intégration de nos immigrants est comparable à l’état de nos routes au printemps : catastrophique et pleine de nids-de-poule.

Lorsqu’on travaille sur le terrain, en immigration, on se rend compte que la réalité, c’est que votre gouvernement — comme tous ceux qui l’ont précédé — abandonne les nouveaux arrivants en déléguant les responsabilités liées à leurs intégrations à des organismes, en se préoccupant très peu de leur sort. L’important, c’est de séduire les gens avant qu’ils ne soient ici, afin d’atteindre les seuils que nous nous fixons. S’occuper d’eux une fois arrivés ? Bof !

Avant de hausser les seuils, pourquoi ne pas s’occuper de réduire l’attente dans le cas des équivalences d’études ? De faire en sorte que les employeurs soient plus flexibles avec les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore de « sacro-sainte expérience de travail québécoise ? »

Vous prévoyez probablement faire ça après ? Pourtant, ça fait des années que des immigrants qui sont déjà ici attendent !

Je me pose plusieurs autres questions sur la hausse des seuils migratoires.

Par exemple, investirez-vous enfin dans la régionalisation de l’immigration ? Réaliserez-vous que le Québec a besoin de travailleurs aussi en région, n’en déplaise à vos amis du Conseil du patronat ?

De plus, que diriez-vous à mes étudiants immigrants qui doivent s’absenter des cours de francisation pour aller chercher de l’aide alimentaire ? À ceux qui reçoivent honteusement du chômage alors qu’ils étaient professionnels dans leur pays ? Que diriez-vous aux 27 % d’immigrants francophones qui sont sur le chômage à Montréal ?

Que diriez-vous à ces médecins syriens qui n’arrivent pas à trouver du travail dans leur domaine ?

C’est le genre de question que je me pose, me taxerez-vous d’intolérante, Monsieur Couillard ?

Tania Longpré


Pour ce carnet, il vaut mieux accueillir 25 000 immigrants par année, plutôt que 60.000, mais bien les choisir pour éviter qu'ils soient au chômage et y mettre les moyens pour bien ce faire en leur fournissant d’excellents services de francisation et d’intégration si nécessaire. Pour une population de 65 millions, la France accueille environ 200 000 immigrants légaux par année. Cela revient à peu près, proportionnellement, à 25 000 immigrants pour le Québec.

La chronique de Mathieu Bock-Côté :

60 000 immigrants?

Rien n’arrête le gouvernement libéral, surtout pas la décence.

Il envisage en ce moment une hausse des seuils d’immigration de 50 000 à 60 000 par année. Philippe Couillard a même été plus loin: nous n’aurions pas le choix.

Aussi bien dire qu’il a perdu tout sens de la mesure. Le Québec accueille déjà plus d’immigrants qu’il n’est capable d’en intégrer. La machine à intégrer est brisée. Tout simplement.

À Montréal, ce sont moins les immigrants qui s’intègrent aux Québécois francophones que ces derniers qui s’intègrent à un nouveau peuple montréalais bilingue et multiculturel. François Legault l’a bien noté: la hausse de l’immigration serait dangereuse pour le français à Montréal.

On devine que cela n’empêche pas le Parti libéral de dormir, qui rêve d’une province bilingue et multiculturelle, parfaitement compatible avec le Canada de Justin Trudeau, qu’on nous vend comme un Disneyland cosmopolite.

Multiculturalisme

Cette hausse massive de l’immigration s’explique d’abord politiquement. Le vote francophone s’est historiquement détourné du Parti libéral. Le Parti libéral préfère alors miser sur une immigration massive pour augmenter son électorat. C’est une stratégie efficace. Il a ainsi à peu près rayé de la carte le PQ de Montréal et de Laval.

Le Parti libéral cadenasse aussi démographiquement l’avenir constitutionnel du Québec. Car quoi qu’en disent les analystes qui portent des lunettes roses, les immigrants, massivement, sont fédéralistes. Ce n’est pas sur le point de changer.

Et ce n’est pas parce que les souverainistes ne sont pas assez ouverts, mais simplement, parce qu’ils arrivent au Canada, et que ce pays anglophone a une plus grande force d’attraction que le petit Québec francophone qui doute lui-même de son identité.

Apparemment, l’immigration massive serait nécessaire à notre prospérité. Mais c’est loin d’être une évidence.

En fait, les faits suggèrent le contraire. Le gouvernement s’appuie sur le discours du patronat qui y voit une main-d’œuvre nécessaire à l’économie québécoise.

Mais pour le patronat, les peuples n’existent pas. À la grandeur de la planète, les idéologues néolibéraux ne voient que des populations interchangeables qu’ils peuvent déplacer à loisir pour s’offrir selon les besoins du moment une main-d’œuvre à bon marché.

Déracinement

On déracinera alors les êtres humains pour les traiter comme de simples ressources humaines. Cette vision a joué un grand rôle dans la mutation démographique et politique de l’Europe, aujourd’hui minée par les tensions interethniques.

À travers cela, le poids des francophones diminue au Québec. Et ceux qui s’en inquiètent se font systématiquement culpabiliser. On les accuse de xénophobie, de racisme. En matière d’immigration, on ne tolère qu’une réponse: toujours plus!

Il devrait y avoir un front commun des nationalistes pour transformer notre politique d’immigration en profondeur. Le PQ comme la CAQ, en la matière, ont le même intérêt: réduire significativement les seuils d’immigration.

Devant l’arrogance du gouvernement libéral, ils devraient en parler franchement et calmement, en expliquant pourquoi l’immigration massive est contradictoire avec les intérêts vitaux du peuple québécois.




France — Professeur interrogé par la gendarmerie pour ses opinions politiques sur la Russie

Pascal Geneste, professeur d’histoire en langue bretonne, a découvert à son retour de vacances que certains de ses élèves avaient été interrogés par la gendarmerie. Une plainte émanant des parents d’une élève a, en effet, attiré l’attention des autorités sur le contenu des cours de M. Geneste.

Lui-même est la cible d’une information judiciaire. En cause : sa présentation de la Russie comme chef de file de la lutte contre Daech, mais aussi ses opinions nationalistes et ce que les parents ont interprété comme des propos « islamophobes ».



La scène se passe en France patrie de la Liberté. Le 17 février dernier, six élèves du collège Sainte-Anne d’Auray, en Bretagne, ont été convoqués par la gendarmerie pour subir un interrogatoire sur les cours dispensés par leur professeur d’histoire.

Les enquêteurs voulaient savoir ce qu’avait déclaré l’enseignant « au sujet de la Russie et de Vladimir Poutine » durant les cours d’histoire dispensés en langue bretonne par ce dernier.

« Dans une introduction à la géopolitique, j’ai voulu, conformément au programme scolaire, montrer ce qu’était la Russie aujourd’hui. J’ai parlé de la chute du communisme jusqu’à l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. J’ai replacé le combat de Vladimir Poutine dans le contexte de sa lutte contre l’islamisme et notamment contre Daech, en montrant que Vladimir Poutine était un des précurseurs de cette lutte, un des initiateurs d’une grande coalition contre l’État islamique », explique Pascal Geneste, dans un entretien accordé à l’agence de presse russe Spoutnik.

« Je ne fais aucun commentaire, je me base sur les faits », souligne-t-il.

Le professeur fait remarquer que ses cours se sont déroulés après les attentats du 13 novembre, qui ont traumatisé toute la France et notamment ses élèves.

Il dit les avoir prévenus à chaque fois contre les dangers de la radicalisation islamique. Le professeur souligne que c’est ainsi qu’il remplit son rôle de pédagogue, qui est de protéger les enfants, de protéger les libertés européennes.


« J’ai voulu démontrer aussi que notre proposition d’alliance avec la Russie ne date pas d’hier, qu’elle est même antérieure à la période communiste. J’ai voulu montrer que c’est une alliance d’avenir, qu’elle est raisonnable et claire », précise-t-il.

À la suite à ce cours, le professeur Pascal Geneste a été dénoncé par les parents d’une élève, qui ont déposé plainte à la gendarmerie, l’accusant de propos scandaleux et islamophobes.

« Ces parents sont un peu influencés par la propagande qu’on nous sert à la télévision française. Cela fait longtemps que la télé française n’est plus libre », déplore le professeur.

« Nous sommes en état d’urgence et au lieu de combattre les islamistes, on préfère combattre les ennemis des islamistes », poursuit-il.

Pascal Geneste rappelle qu’il fait partie des nombreuses personnes ayant été sanctionnées pour avoir essayé de faire comprendre aux élèves que « ce qui nous menaçait, c’est l’islamisation en France ».


Alors que la France est un État garantissant la liberté d’expression, M. Geneste a été interrogé sur ses positions politiques. Le procureur de la République de Lorient a décidé d’ouvrir une information judiciaire. Pascal Geneste a été entendu par un officier de gendarmerie, dont le comportement était « très courtois ».

« On m’a posé des questions pour savoir si j’étais de droite ou de gauche. Il m’a été reproché d’avoir mis sur mon site une chanson que reprennent parfois les Jeunesses du Front national. Le FN n’est pas interdit en France, c’est même le premier parti de France », s’indigne M. Geneste.

« On m’a posé une question aussi pour savoir si j’étais un nationaliste français. Si aimer son pays, aimer la France, aimer la Bretagne, si aimer l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est être nationaliste, oui, j’accepte le mot “nationaliste”. Pour moi, ce mot veut dire “aimer les siens avant les autres”, et non “détester les autres”. Donc, moi, je veux protéger les miens », conclut Pascal Geneste.

Source

Démographie : le PLQ veut plus d'électeurs immigrants, quel impact sur le nombre de travailleurs ?

De Guillaume Marois, docteur en démographie, chercheur postdoctoral auprès de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal à la suite de l’annonce un peu surréaliste du gouvernement Couillard de vouloir augmenter le nombre d’immigrants au Québec pour le porter à 60 000 :

Ainsi, selon le PLQ, il serait impératif de hausser de 10 000 les seuils d’immigration, car « la taille de la population en âge de travailler connaîtrait un recul marqué entre 2016 et 2031 ». D’abord, pour mettre les choses en perspectives, je présente graphiquement ce que représente réellement ce qui est nommé « recul marqué ». Il s’agit en fait de la très légère ondulation autour des 5 M que l’on voit entre 2011 et 2031. En poursuivant la projection quelques années de plus, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une tendance qui se poursuivra, puisqu’une augmentation est prévue par la suite. Le déclin n’en est pas un structurel, mais plutôt ponctuel.

Il n'y a pas de recul marqué de la population en âge de travailler et le petit recul n'est que ponctuel

Cela dit, il est incontestable qu’une hausse l’immigration entrainera également une hausse de la population en âge de travailler. Cependant, il est bien important de comprendre que cet indicateur n’est pas tellement déterminant des conséquences du vieillissement de la population.

 Le vieillissement est d’abord un phénomène lié à la structure par âge et non aux effectifs. Après tout, peu importe le scénario, la taille de la population en âge de travailler demeura supérieure à tout ce que le Québec a connu jusqu’aux années 2000. C’est donc la proportion de la population en âge de travailler qui compte et non les effectifs. Or, sur ce dernier indicateur, l’immigration n’a à peu près aucun effet, puisque sur plusieurs années, elle augmente à peu près d’un niveau similaire tous les groupes d’âge. La différence entre 50 000 et 60 000 immigrants ne change à peu près rien. Pour les besoins, j’ai fait les calculs : la proportion de 20-64 ans passerait de 62,7 % en 2011 à 54,0 % en 2031 pour un scénario à 50 000 immigrants contre 54,2 % pour un scénario à 60 000 immigrants. Un coup d’épée dans l’eau.

La différence de +10 000 immigrants/an sur la population en âge de travailler est de 0,2 %

Par ailleurs, qui dit en âge de travail ne dit pas nécessairement actif et encore moins en emploi. Or, les conséquences du vieillissement se situent à ce niveau : plus de dépenses pour payer les soins de santé et les pensions de retraite des personnes âgées et moins de personnes pour assumer ces coûts.

Ainsi, pour que ce léger gain de 0,2 % sur la population en âge de travailler se transforme en gain sur les conséquences du vieillissement de la population, une bonne intégration professionnelle des immigrants, non seulement en termes de taux d’emploi, mais aussi en revenu, est une condition sine qua non. Or, ce n’est plus à démontrer, cette condition n’est pas au rendez-vous. Autrement dit, un nombre réduit d’immigrants, mais en meilleure situation socioprofessionnelle, pourrait avoir un effet plus favorable sur les conséquences du vieillissement qu’un nombre élevé, mais en moins bonne situation. Cela dit, encore là, étant donné l’effet très limité de l’immigration sur la structure par âge, tel que vu dans le paragraphe précédent, l’effet sur les conséquences du vieillissement sera toujours faible.

mercredi 9 mars 2016

(Vidéo) La Petite histoire des femmes au Moyen-Âge

Notre époque nous présente souvent le Moyen Âge comme une période terrible pour la gente féminine. Les femmes auraient été soumises à leur mari, écartées de la sphère publique et économique, et on raconte même qu’on y considérait qu’elles n’avaient pas d’âme. Comme toujours à propos de cette période historique, les contre-vérités sont légions. Dans ce nouvel épisode de La Petit Histoire, Christopher Lannes s’intéresse à cette légende noire totalement injustifiée.





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mardi 8 mars 2016

Martin Lemay s’en prend au mythe anti-duplessiste (m-à-j débat avec Lucia Ferretti)

L’ancien député de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Martin Lemay, publie l’essai À la défense de Maurice Duplessis chez Québec Amérique, un plaidoyer pour réhabiliter l’ex-premier ministre originaire de Trois-Rivières dans l’opinion populaire.

L’auteur valorise le nationalisme, la stratégie de développement économique grâce à l’investissement privé, la prudence financière et le combat contre les idées subversives de l’ex-député de Trois-Rivières, qui a été premier ministre de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959. Il déplore qu’aujourd’hui les gens ne retiennent de Maurice Duplessis que le fait qu’il représente la prétendue Grande Noirceur, cette période de l’après-guerre au Québec qui a été suivie par la Révolution tranquille.


Débat contradictoire entre Martin Lemay et Lucia Ferretti

Pour Martin Lemay, la plupart des analyses de la vie et de l’héritage de Duplessis ont simplement repris le discours de ses détracteurs, comme Jean Lesage, Jacques Hébert, Pierre Elliot Trudeau et Gérard Pelletier. « Ses anciens opposants sont arrivés au pouvoir après son décès, dans les années 60, rappelle l’auteur. Ils avaient pour la plupart combattu Duplessis ; il n’était donc pas question pour eux de lui faire un beau portrait ! Je ne dis pas qu’il y a eu complot, mais c’est tout comme : il y a eu unanimité pour dénoncer » cet adversaire qui venait de s’éteindre. En outre, la plupart des biographes de Duplessis ont, jusqu’à récemment, eu comme sources les seuls adversaires de celui qu’on a appelé le « Chef ». Cela traçait des portraits uniquement à charge. C’est ainsi, selon M. Lemay, « que le mythe de la Grande Noirceur, le mythe d’un dictateur, d’un régime corrompu se sont propagés et se sont rendus jusqu’à nous. »


Pour Martin Lemay, tout ce qu’on a reproché à Maurice Duplessis n’est pas faux, mais les accusations sont exagérées. Ses adversaires ont créé une légende noire grâce à la « stratégie de l’hyperbole ».

À la défense de Maurice Duplessis a pour objectif avoué d’ébranler les certitudes, le mythe. L’auteur s’en prend d’ailleurs au passage à certains historiens modernes qui reprennent l’idée que l’ex-premier ministre tenait du monstre.

Quant à la connivence entre l’Église catholique et le régime Duplessis, Martin Lemay écrit que l’Église était forte parce que les gens y étaient attachés. Dans le même ordre d’idée, il soutient que Maurice Duplessis ne pouvait pas être « si pire que ça », puisque les gens l’ont réélu à plusieurs reprises après une éclipse. Éclipse de 1939 à 1944 due à son manque de « sérieux » lors de ce premier mandat. Mais, après cette déconfiture, il est revenu au pouvoir à la suite d'une analyse politique de sa défaite pour quatre mandats successifs. Les gens savaient à qui ils avaient affaire : Duplessis représentait la stabilité, le calme et le sérieux dans les affaires publiques.

L’essayiste convient que certaines critiques répandues à l’encontre de l’ancien premier ministre sont méritées. « Il aurait pu convaincre l’État d’investir plus dans l’éducation et défendre plus le fait français », dit-il, notamment en parlant du Montréal anglicisé de l’époque. Il aurait aussi pu favoriser un peu plus les entreprises québécoises. Sur l’éducation, Martin Lemay admet que le régime Duplessis a beaucoup investi dans l’éducation (lire à ce sujet Baisse relative du nombre de diplômés québécois par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur), mais que celle-ci aurait été mal organisée.

Martin Lemay affirme néanmoins que Maurice Duplessis « a construit le pont qui nous a amenés ensuite à la Révolution tranquille. »

La Grande Noirceur et les fruits de la Révolution tranquille dans un cahier d’activités ECR
 Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée (autres pages ici)

« En politique, on est toujours revanchard »

Le chroniqueur et amateur d’histoire François Roy est plutôt d’accord avec la démarche de l’auteur d’À la défense de Maurice Duplessis. Il rappelle d’ailleurs que Trois-Rivières a fait la paix avec son ex-député lors de l’événement Duplessis, en 1999, et par le biais des travaux de l’historienne de l’UQTR Lucia Ferretti.

Pour François Roy, on a beaucoup noirci le régime Duplessis, mais on aurait pu en faire autant des gouvernements Taschereau, mais on ne l’a pas fait : pourtant le régime Taschereau partageait les mêmes mœurs électorales, le même financement occulte. C’était sans doute pire puisqu’à l’époque tout allait aux grandes entreprises, aux grandes villes. « C’était le règne de la lampe à l’huile, les campagnes n’avaient pas d’électricité. C’était aussi une grande noirceur le régime Taschereau, mais il n’y a pas d’émotion ; on va analyser le régime Taschereau avec un certain détachement. »

« Martin Lemay s’attaque à un mythe, à un monstre qu’il faut démonter morceau par morceau. »
— François Roy


François Roy convient que Maurice Duplessis est un personnage de son époque. « D’autres n’ont pas été mieux : si on les sortait de leur contexte, ils pourraient aussi passer pour des monstres. »

Il rappelle entre autres que l’opinion populaire a tendance à penser que la corruption est arrivée au Québec avec Duplessis. « C’est le génie du Parti libéral d’avoir fait croire [ça] ; après Duplessis, c’était juste plus subtil. »


Présentation de l’éditeur

Si le Québec de l’ère Duplessis n’était pas le paradis, il n’était pas non plus l’enfer que l’on s’est trop souvent plu à décrire, soutient Martin Lemay. Il faut déboulonner le mythe de la Grande Noirceur trop souvent associé aux années 1930, 1940 et 1950. Aux yeux de l’auteur, Maurice Duplessis a été le plus grand premier ministre de l’histoire du Québec. Plus grand qu’Honoré Mercier, Louis-Alexandre Taschereau, Jean Lesage, Robert Bourassa et même René Lévesque. Or, la mémoire de Duplessis a été ternie, enfouie sous un amas de fabulations, déplore Martin Lemay. Voilà pourquoi il propose une autre lecture de l’histoire du Québec, un autre regard sur celui qui a si longtemps dirigé la province.

Farouche défenseur des Québécois, Maurice Duplessis a été élu premier ministre à cinq reprises, soit en 1936, puis en 1944, 1948, 1952 et 1956. Depuis, aucun chef de parti n’a pu accomplir pareil exploit. Comme les électeurs du temps n’étaient ni des idiots ni des ignorants, et comme ils l’ont élu et réélu si souvent, Duplessis devait bien posséder quelques qualités... Ce sont celles-ci que tente de retracer Martin Lemay. Sans verser dans le panégyrique, il analyse l’homme, son œuvre et son époque, dans l’espoir de le réhabiliter et de lui rendre enfin justice. Bien qu’il reconnaisse d’emblée que Maurice Duplessis n’était pas un ange, l’auteur reste néanmoins d’avis que l’œuvre de l’homme politique et sa mémoire ont été injustement traitées. En politique comme en tant d’autres domaines, une médaille a deux côtés.


Détails bibliographiques

À la défense de Maurice Duplessis
par Martin Lemay
Paru en mars 2016
Chez Québec-Amérique
à Montréal
168 pages
ISBN : 9 782 764 430 699 (2 764 430 698)

Voir aussi

L’affaire Jean XXIII et les témoins de Jéhovah du Québec sous Duplessis vu par un manuel fantaisiste d’ECR

La Grande Noirceur inventée (Texte de Denis Vaugeois, éditeur, historien et ancien ministre des Affaires culturelles, tiré de la préface qu’il signe dans l’ouvrage « Duplessis, son milieu, son époque »)

Duplessis, son milieu, son époque, sous la direction de Lucia Ferretti et Xavier Gélinas chez Septentrion

Les Québécois à la traîne économiquement depuis 150 ans, rattrapage le plus grand aurait été sous Duplessis

L’État a-t-il vraiment fait progresser l’éducation au Québec ?

Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille : déboulonner la prétendue Révolution tranquille

Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur

Grande Noirceur — Non, l’Église n’était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)

La Grande Noirceur, revue et corrigée

Le « mythe » de la Révolution tranquille

Héritage de la Révolution tranquille : lent déclin démographique du Québec ?

Révolution tranquille : Entre imaginaire et réalité économique et sociale


dimanche 6 mars 2016

La sexologue Thérèse Hargot : « La libération sexuelle a asservi les femmes »

Diplômée d’un DEA de philosophie et société à la Sorbonne puis d’une maîtrise en Sciences de la Famille et de la Sexualité, Thérèse Hargot (ci-contre) est sexologue. Elle tient un carnet et publie Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) chez Albin Michel.

Pour Thérèse Hargot, nous croyions avoir été libérés par la révolution sexuelle. Pourtant, entre le culte de la performance imposé par l’industrie pornographique et l’anxiété distillée par une morale hygiéniste, jamais la sexualité n’a été autant normée.

— Dans votre livre Une jeunesse sexuellement libérée, vous vous interrogez sur l’impact de la libération sexuelle sur notre rapport au sexe. Qu’est-ce qui a changé, fondamentalement ?

Thérèse Hargot — Fondamentalement, rien. Si la norme a changé, notre rapport à la norme lui est le même : nous restons dans un rapport de devoir. Nous sommes simplement passés du devoir de procréer à celui de jouir. Du « il ne faut pas avoir de relations sexuelles avant le mariage » à « il faut avoir des relations sexuelles le plus tôt possible ». Autrefois, la norme était donnée par une institution, principalement religieuse, aujourd’hui, elle est donnée par l’industrie pornographique. La pornographie est le nouveau vecteur des normes en matière de vie sexuelle.
Enfin, alors qu’autrefois les normes étaient extérieures, et explicites, aujourd’hui elles sont intériorisées et implicites. Nous n’avons plus besoin d’une institution qui nous dise ce que nous devons faire, nous l’avons très bien intégré par nous-mêmes. On ne nous dit plus explicitement quand est-ce que nous devons avoir un enfant, mais nous avons toutes très bien intégré le « bon moment » pour être mères : surtout pas trop tôt, et lorsque les conditions financières sont confortables. C’est presque pire : comme nous nous croyons libérés, nous n’avons plus conscience d’être soumis à des normes.




— Quels sont les nouveaux critères de cette normativité sexuelle ?

— La nouveauté, ce sont les notions de performance et de réussite, qui se sont introduites au cœur de la sexualité. Que ce soit pour la jouissance, mais aussi dans notre rapport à la maternité : il faut être une bonne mère, réussir son bébé, son couple. Et qui dit performance, efficacité, dit angoisse de ne pas y arriver. Cette angoisse crée des dysfonctions sexuelles (perte d’érection, etc..). Nous avons un rapport très angoissé à la sexualité, car nous sommes sommés de la réussir.

— Cela touche-t-il autant les hommes que les femmes ?

— Les deux, mais de manière différente. On reste dans les stéréotypes : l’homme doit être performant dans sa réussite sexuelle, et la femme dans les canons esthétiques.

La norme semble aussi passer par un discours hygiéniste, qui a remplacé les morales d’antan…

Le sida, les MST, les grossesses non désirées : nous avons grandi, nous, petits enfants de la révolution sexuelle, dans l’idée que la sexualité était un danger. À la fois on nous dit que nous sommes libres et en même temps que nous sommes en danger. On parle de « safe-sex » de sexe propre, on a remplacé la morale par l’hygiène. Culture du risque et illusion de liberté, tel est le cocktail libéral qui règne désormais, aussi, dans la sexualité. Ce discours hygiéniste est très anxiogène, et inefficace : de nombreuses MST sont toujours transmises.

— Vous êtes sexologue au collège. Qu’est-ce qui vous frappe le plus chez les adolescents que vous fréquentez ?

— La chose la plus marquante, c’est l’impact de la pornographie sur leur manière de concevoir la sexualité. Avec le développement des technologies et d’internet, la pornographie est rendu extrêmement accessible, et individualisée. Dès le plus jeune âge, elle conditionne leur curiosité sexuelle : à 13 ans, des jeunes filles me demandent ce que je pense des plans à trois. Plus largement, au-delà des sites internet pornographiques, on peut parler d’une « culture porno », présente dans les clips, les émissions de téléréalité, la musique, la publicité, etc. [...]


— « Être libre sexuellement au XXIe siècle, c’est donc avoir le droit de faire des fellations à 12 ans ». La libération sexuelle s’est-elle retournée contre la femme ?

— Tout à fait. La promesse « mon corps m’appartient » s’est transformée en « mon corps est disponible » : disponible pour la pulsion sexuelle masculine qui n’est en rien entravée. La contraception, l’avortement, la « maîtrise » de la procréation ne pèsent que sur la femme. La libération sexuelle n’a modifié que le corps de la femme, pas celui de l’homme. Censément pour la libérer. Le féminisme égalitariste, qui traque les machos, veut imposer un respect désincarné des femmes dans l’espace public. Mais c’est dans l’intimité et notamment l’intimité sexuelle que vont se rejouer les rapports de violence. Dans la sphère publique, on affiche un respect des femmes, dans le privé, on regarde des films pornos où les femmes sont traitées comme des objets. En instaurant la guerre des sexes, où les femmes se sont mises en concurrence directe avec les hommes, le féminisme a déstabilisé les hommes, qui rejouent la domination dans l’intimité sexuelle. Le succès de la pornographie, qui représente souvent des actes violents à l’égard des femmes, du porno vindicatif, et de Cinquante nuances de Grey, roman sadomasochiste, sont là pour en témoigner.

— Vous critiquez une « morale du consentement » qui fait de tout acte sexuel un acte libre pourvu qu’il soit « voulu »…

— Avec nos yeux d’adultes, nous avons parfois tendance à regarder de façon attendrie la libération sexuelle des plus jeunes, émerveillés par leur absence de tabous. En réalité, ils subissent d’énormes pressions, ils ne sont pas du tout libres. La morale du consentement est au départ quelque chose de très juste : il s’agit de dire qu’on est libre lorsqu’on est d’accord. Mais on a étendu ce principe aux enfants, leur demandant de se comporter comme des adultes, capables de dire oui ou non. Or les enfants ne sont pas capables de dire non. On a tendance à oublier dans notre société la notion de majorité sexuelle. Elle est très importante. En dessous d’un certain âge, on estime qu’il y a une immaturité affective qui ne rend pas capable de dire « non ». Il n’y a pas de consentement. Il faut vraiment protéger l’enfance.

— À contre-courant, vous prônez la contraception naturelle, et critiquez la pilule. Pourquoi ?

— Je critique moins la pilule que le discours féministe et médical qui entoure la contraception. On en a fait un emblème du féminisme, un emblème de la cause des femmes. Quand on voit les effets sur leur santé, leur sexualité, il y a de quoi douter ! Ce sont elles qui vont modifier leurs corps, et jamais l’homme. C’est complètement inégalitaire. C’est dans cette perspective que les méthodes naturelles m’intéressent, car elles sont les seules à impliquer équitablement l’homme et la femme. Elles sont basées sur la connaissance qu’ont les femmes de leurs corps, sur la confiance que l’homme doit avoir dans la femme, sur le respect du rythme et de la réalité féminines. Je trouve cela beaucoup plus féministe en effet que de distribuer un médicament à des femmes en parfaite santé ! En faisant de la contraception une seule affaire de femme, on a déresponsabilisé l’homme.

— Vous parlez de la question de l’homosexualité, qui taraude les adolescents….

— « Être homosexuel », c’est d’abord un combat politique. Au nom de la défense de droits, on a réuni sous un même drapeau arc-en-ciel des réalités diverses qui n’ont rien à voir. Chaque personne qui dit « être homosexuelle » a un vécu différent, qui s’inscrit dans une histoire différente. C’est une question de désirs, de fantasmes, mais en rien une « identité » à part entière. Il ne faut pas poser la question en termes d’être, mais en termes d’avoir. La question obsède désormais les adolescents, sommés de choisir leur sexualité. L’affichage du « coming out » interroge beaucoup les adolescents qui se demandent « comment fait-il pour savoir s’il est homosexuel, comment savoir si je le suis ? » L’homosexualité fait peur, car les jeunes gens se disent « si je le suis, je ne pourrais jamais revenir en arrière ». Définir les gens comme « homosexuels », c’est créer de l’homophobie. La sexualité n’est pas une identité. Ma vie sexuelle ne détermine pas qui je suis.

— Que faire selon vous pour aider la jeunesse à s’épanouir sexuellement ? Est-ce un but en soi ? Les cours d’éducation sexuelle sont-ils vraiment indispensables ?

— Il ne faut pas apprendre aux adolescents à s’épanouir sexuellement. Il faut apprendre aux jeunes à devenir des hommes et des femmes, les aider à épanouir leur personnalité. La sexualité est secondaire par rapport à la personnalité. Plutôt de parler de capotes, de contraception et d’avortement aux enfants, il faut les aider à se construire, à développer une estime de soi. Il faut créer des hommes et des femmes qui puissent être capables d’être en relation les uns avec les autres. Il ne faut pas des cours d’éducation sexuelle, mais des cours de philosophie !

Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)
de Thérèse Hargot
paru le 3 février 2016
aux éditions Albin Michel
à Paris
224 pages
ISBN-10: 2226320121
ISBN-13: 978-2226320124

Source

samedi 5 mars 2016

France — Les écoles indépendantes (vidéo)

Trois écoles en France sont mises à l’honneur dans cette vidéo : l’école Saint-Dominique, l’école Sainte-Anne et une maternelle Montessori. Leur point commun ? Elles sont toutes les trois indépendantes !


mercredi 2 mars 2016

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès

En 2015, 86 800 enfants sont nés au Québec. C’est le plus bas chiffre (prévisionnel) depuis 2007 alors que le nombre de naissances était de 84 453.

Entretemps, la population du Québec a crû principalement à cause de l’immigration ; le taux de natalité — calculé par rapport à 1000 habitants — a donc diminué davantage que le nombre absolu de naissances pour cette même période. Le taux de natalité en 2015 devrait donc être de 10,5 ‰ alors qu’il était encore de 10,7 ‰ en 2014. Il était encore de 14 naissances pour 1000 habitants en 1990 et de 27,5 ‰ (27,5 naissances pour 1000 habitants) en 1960.



Notons aussi que les dépenses en « politique familiale » ont augmenté pendant cette même période (en réalité il s’agit principalement des mesures destinées au retour des femmes au travail puisque les femmes qui restent à la maison pour élever leurs enfants sont en pratique exclues de ces dépenses).



Le nombre de décès en 2015 atteint un nouveau record : 64 050, soit une augmentation de 1,67 % par rapport à 2014 et de 14,4 % par rapport à 2005.

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mardi 1 mars 2016

Bébé vendu aux Pays-Bas : le père biologique débouté, il restera aux plus offrants

Autre époque — Le jugement de Salomon
Fresque de Raphaël en 1518, 
Loggia de Raphaël au Vatican
Née d’une mère porteuse belge, Donna, vendue par Internet, restera aux parents les plus offrants.

Pour trancher un conflit entre deux femmes à propos d’un bébé, le roi Salomon avait laissé parler l’instinct maternel. Pour régler le sort d’une fillette de trois ans, réclamée par deux couples, le tribunal d’Utrecht a donné raison… au plus offrant. La petite Donna, née d’une mère porteuse belge qui l’avait revendue à un couple de Néerlandais, après l’avoir « promise » au Belge Bart Philtjens, son père biologique, et à sa compagne stérile, restera donc aux Pays-Bas.

« D. est un petit enfant qui a besoin de protection afin de bien se développer. Pour D., la relation la plus importante de sa vie est celle avec ceux qui l’élèvent, ses parents adoptifs. Elle n’a jamais connu d’autres parents qu’eux », a estimé le tribunal.

Les juges n’ont même pas accordé de droit de visite au père biologique… Ils ont cependant permis que les services de protection de l’enfance puissent organiser une éventuelle rencontre. Le tribunal a également ordonné que les parents adoptifs soient placés sous surveillance de ces services pour un an, précisant qu’ils avaient donné « l’impression » de ne pas être « assez conscients des exigences que l’histoire particulière de D. leur pose en tant qu’éducateurs ».

La partie adverse étudie la possibilité de contester le jugement. « Nous ne comprenons pas qu’un enlèvement d’enfant, que représente la vente de ma fille sur Internet, puisse être avalisé dans un pays européen », se lamente Bart Philtjens.

Mais, en novembre 2005 puis octobre 2007, la justice néerlandaise avait déjà estimé que Donna devait rester aux Pays-Bas : « L’enfant est bien traitée par ses parents » adoptifs, avait-elle tranché, tandis que Bart Philtjens et sa compagne n’ont « jamais connu de vie de famille » avec elle.

Cette sordide histoire commence en avril 2004 lorsque Anne Blomme, une jeune Flamande, entre en contact via Internet avec Bart Philtjens et Geertrui Praet, en mal d’enfant. Elle leur propose de porter leur bébé, contre un défraiement de 8 000 euros. En juin, Anne Blomme se retrouve enceinte, à la suite d’une insémination artificielle avec le sperme de Bart. La paternité sera ensuite établie grâce à une expertise d’ADN.

Commercialisation du corps humain

Jusqu’au septième mois, la grossesse se déroule normalement. Les échographies révèlent une petite fille, que les futurs parents choisissent d’appeler Donna. Mais, en décembre, ils reçoivent un terrible courriel : « À cause du stress, j’ai perdu l’enfant ! » En fait, n’ayant pas réussi à soutirer une somme d’argent supplémentaire à Bart et à Geertrui, la mère porteuse aurait entrepris de démarcher, sur lnternet, un couple d’homosexuels, puis des Néerlandais qui viennent de perdre un enfant… Finalement, ce sont ces derniers qui « remporteront le marché », pour 15 000 euros ! Le 26 février 2005, Anne Blomme accouche, et entame aussitôt la procédure d’adoption au bénéfice des Néerlandais, Wim et Nathalie Janssen.

Ayant appris le mensonge, Bart et Geertrui tentent immédiatement de récupérer Donna. Le couple d’homosexuels, compatissant, leur fournit toutes les preuves nécessaires. Dans un premier temps, un juge belge donne raison au père biologique, s’appuyant sur une loi réprimant le trafic d’êtres humains. Mais la cour d’appel contredira ce premier jugement, estimant qu’il appartient à la justice néerlandaise de statuer…

En France, avoir recours à une mère porteuse est interdit. En Belgique, c’est possible, mais aucune loi n’encadre le statut de la mère porteuse, ni le droit des parents « commanditaires ». La terrible histoire de Donna a néanmoins ouvert le débat : certains veulent interdire les mères porteuses, d’autres proposent de réglementer sévèrement la pratique, de façon à empêcher toute commercialisation du corps humain. Pendant ce temps aux Pays-Bas, Anne Blomme, qui a l’an dernier tenté en vain de récupérer la petite Donna, continue, semble-t-il, à proposer ses services sur Internet.

Entretemps, l'indignation croît du côté pro-avortement


Source : Le Figaro