vendredi 9 avril 2021

Michel Houellebecq: «Une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect»

Alors qu’une proposition de loi pour légaliser le suicide assisté sera débattue à l’Assemblée nationale française cette semaine, l’écrivain Michel Houellebecq, qui intervient très rarement dans le débat public, explique dans les colonnes du Figaro pourquoi il est farouchement opposé à ce qu’il considère comme une rupture anthropologique inédite.

Proposition numéro 1 : personne n’a envie de mourir. On préfère en général une vie amoindrie à pas de vie du tout ; parce qu’il reste de petites joies. La vie n’est-elle pas de toute façon, par définition presque, un processus d’amoindrissement ? Et y a-t-il d’autres joies que de petites joies (cela mériterait d’être creusé) ?

Proposition numéro 2 : personne n’a envie de souffrir. J’entends, de souffrir physiquement. La souffrance morale a ses charmes, on peut même en faire un matériau esthétique (et je ne m’en suis pas privé). La souffrance physique n’est rien d’autre qu’un enfer pur, dénué d’intérêt comme de sens, dont on ne peut tirer aucun enseignement. La vie a pu être sommairement (et faussement) décrite comme une recherche du plaisir ; elle est, bien plus sûrement, un évitement de la souffrance ; et à peu près tout le monde, placé devant une alternative entre une souffrance insoutenable et la mort, choisit la mort.

Proposition numéro 3, la plus importante : on peut éliminer la souffrance physique. Début du XIXe siècle : découverte de la morphine ; un grand nombre de molécules apparentées sont apparues depuis lors. Fin du XIXe siècle : redécouverte de l’hypnose ; demeure peu utilisée en France.

L’omission de ces faits peut expliquer à lui seul les sondages effarants en faveur de l’euthanasie (96 % d’opinions favorables, si je me souviens bien). 96 % des gens comprennent qu’on leur pose la question : « Préférez-vous qu’on vous aide à mourir ou passer le restant de vos jours dans des souffrances épouvantables ? », alors que 4 % connaissent réellement la morphine et l’hypnose ; le pourcentage paraît plausible.

Je résiste à l’occasion de me lancer dans un plaidoyer pour la dépénalisation des drogues (et pas seulement des drogues « douces ») ; c’est un autre sujet, sur lequel je renvoie aux observations pleines de sagesse de l’excellent Patrick Eudeline.

Les partisans de l’euthanasie se gargarisent de mots dont ils dévoient la signification à un point tel qu’ils ne devraient même plus avoir le droit de les prononcer. Dans le cas de la « compassion », le mensonge est palpable. En ce qui concerne la « dignité », c’est plus insidieux. Nous nous sommes sérieusement écartés de la définition kantienne de la dignité en substituant peu à peu l’être physique à l’être moral (en niant la notion même d’être moral ?), en substituant à la capacité proprement humaine d’agir par obéissance à l’impératif catégorique la conception, plus animale et plus plate, d’état de santé, devenu une sorte de condition de possibilité de la dignité humaine, jusqu’à représenter finalement son seul sens véritable.

Dans ce sens je n’ai guère eu l’impression, tout au long de ma vie, de manifester une dignité exceptionnelle ; et je n’ai pas l’impression que ce soit appelé à s’améliorer. Je vais finir de perdre mes cheveux et mes dents, mes poumons vont commencer à partir en lambeaux. Je vais devenir plus ou moins impotent, plus ou moins impuissant, peut-être incontinent, peut-être aveugle. Au bout d’un certain temps, un certain stade de dégradation physique une fois atteint, je finirai forcément par me dire (encore heureux si on ne me le fait pas remarquer) que je n’ai plus aucune dignité.

Bon, et alors ? Si c’est ça, la dignité, on peut très bien vivre sans ; on s’en passe. Par contre, on a tous plus ou moins besoin de se sentir nécessaires ou aimés ; à défaut estimés — voire admirés, dans mon cas c’est possible. Ça aussi, c’est vrai, on peut le perdre ; mais, là, on n’y peut pas grand-chose ; les autres jouent à cet égard un rôle tout à fait déterminant. Et je me vois très bien demander à mourir juste dans l’espoir qu’on me réponde : « Mais non mais non, reste avec nous » ; ce serait tout à fait dans mon style. Et en plus j’avoue cela sans la moindre honte. La conclusion, j’en ai peur, s’impose : je suis un être humain absolument dépourvu de toute dignité.

Un élément de baratin habituel consiste à affirmer que la France est « en retard » sur les autres pays. L’exposé des motifs de la proposition de loi qui va prochainement être déposée en faveur de l’euthanasie est à cet égard comique : cherchant les pays par rapport auxquels la France serait « en retard », ils ne trouvent que la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ; je ne suis pas franchement impressionné.

La suite de l’exposé des motifs consiste en un enfilage de citations d’Anne Bert, présentées comme « d’une force admirable », mais qui ont plutôt eu sur moi l’effet malencontreux d’éveiller le soupçon. Ainsi, quand elle affirme : « Non, l’euthanasie ne relève pas de l’eugénisme » ; il est pourtant patent que leurs partisans, du « divin » Platon aux nazis, sont exactement les mêmes. De même, lorsqu’elle poursuit : « Non, la loi belge sur l’euthanasie n’a pas encouragé les spoliations d’héritage » ; j’avoue que n’y avais pas pensé, mais maintenant qu’elle en parle…

Immédiatement après, elle lâche carrément le morceau en affirmant que l’euthanasie « n’est pas une solution d’ordre économique ». Il y a pourtant bel et bien certains arguments sordides que l’on ne rencontre que chez des « économistes », pour autant que le terme ait un sens. C’est bien Jacques Attali qui a insisté lourdement, dans un ouvrage déjà ancien, sur le prix que coûte à la collectivité le maintien en vie des très vieilles personnes ; et il n’est guère surprenant qu’Alain Minc, plus récemment, soit allé dans le même sens, Attali c’est juste Minc en plus bête (sans même parler du guignol de Closets, qui est comme le singe des deux précédents, leur Jean Saucisse).

Les catholiques résisteront de leur mieux, mais, c’est triste à dire, on s’est plus ou moins habitués à ce que les catholiques perdent à chaque fois. Les musulmans et les juifs pensent sur ce sujet, comme sur bien d’autres sujets dits « sociétaux » (vilain mot), exactement la même chose que les catholiques ; les médias s’entendent en général fort bien à le dissimuler. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions, ces confessions finiront par plier, par se soumettre au joug de la « loi républicaine » ; leurs prêtres, rabbins ou imams accompagneront les futurs euthanasiés en leur disant que là c’est pas terrible, mais que demain sera mieux, et que même si les hommes les abandonnent, Dieu va s’occuper d’eux. Admettons.

Du point de vue des lamas, la situation est sans doute encore pire. Pour tout lecteur conséquent du Bardo Thödol, l’agonie est un moment particulièrement important de la vie d’un homme, car elle lui offre une dernière chance, même dans le cas d’un karma défavorable, de se libérer du samsara, du cycle des incarnations. Toute interruption anticipée de l’agonie est donc un acte franchement criminel ; malheureusement, les bouddhistes interviennent peu dans le débat public.

Demeurent les médecins, en qui j’avais fondé peu d’espérance, sans doute parce que je les connaissais mal, mais il est indéniable que certains d’entre eux résistent, se refusent obstinément à donner la mort à leurs patients, et qu’ils resteront peut-être l’ultime barrière. Je ne sais pas d’où ça leur vient, ce courage, c’est peut-être juste le respect du serment d’Hippocrate : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ». C’est possible ; ça a dû être un moment important, dans leurs vies, la prononciation publique de ce serment. En tout cas c’est beau, ce combat, même si on a l’impression que c’est un combat « pour l’honneur ». Ce ne serait d’ailleurs pas exactement rien, l’honneur d’une civilisation ; mais c’est bien autre chose qui est en jeu, sur le plan anthropologique c’est une question de vie ou de mort. Je vais, là, devoir être très explicite : lorsqu’un pays — une société, une civilisation — en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose — un autre pays, une autre société, une autre civilisation — ait une chance d’advenir.

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jeudi 8 avril 2021

Étude préconise plus de lecture à voix haute en classe

 
Une étude réalisée par le groupe éditorial britannique Egmont s’est penchée sur l’impact de la lecture à voix haute en classe sur les enfants. Sur une période de 5 mois, s’étalant de septembre à décembre 2018, les résultats de l’enquête démontrent les bénéfices sur le comportement des élèves et ainsi qu’une amélioration de leur niveau de compréhension et d’attention.

L’étude menée par Egmont a été réalisée auprès de 120 élèves âgés de 7 à 11 ans de l’Académie catholique Saint-Joseph, basée à Stoke-on-Trent (Angleterre), classé comme quartier défavorisé.

Parmi les élèves, 27 % sont issus de milieux défavorisés, 8 % de minorités ethniques et 13 % de famille de voyageurs, précise l’enquête. Pour certains d’entre eux, leurs parents ne savent pas lire, et l’école représente alors leur seul lieu d’accès à la lecture.

Visant à évaluer l’impact de la lecture dans l’éducation, l’étude consistait ainsi à instaurer, sur une période de cinq mois, des sessions quotidiennes de lecture à voix haute par les enseignants d’une durée de 20 minutes.

Egmont s’est également engagé à fournir les écoles en livres et magazines afin de renouveler les collections de l’établissement. 624 nouveaux livres et 1120 nouveaux magazines ont ainsi été mis à disposition des élèves et des enseignants.

Amélioration globale

Les résultats observés montrent que le temps consacré s’avérait bénéfique pour les enfants : il constituait un moment propice à leur épanouissement et permettait d’augmenter leur capacité d’attention, de concentration et de compréhension.

En outre, les enseignants interrogés ont également noté que les sessions de lecture à voix haute avaient contribué à améliorer leurs relations avec les élèves. Elles ouvraient en effet la voie à un moment de partage à même d’instaurer davantage de proximité.

Les élèves ont quant à eux fait part de leur enthousiasme d’avoir accès à de nouveaux livres et magazines, ce qui conduit Egmont à estimer que le renouvellement des livres mis à disposition constitue une source de motivation pour lire.

De fait, à la fin des cinq mois de l’enquête, le niveau de lecture des enfants s’est amélioré, les élèves ayant acquis en moyenne un niveau supérieur de lecture équivalent à 10,2 mois.

De manière plus détaillée, le rapport établit ainsi que :

  • Un garçon de 3e année âgé de 7 ans et 6 mois, avec un âge de lecture de 7 ans et 4 mois au début du projet, avait atteint un âge de lecture de 10 ans en février — soit une amélioration de 2 ans et 8 mois.
  • Une fille de 4e année âgée de 8 ans, avec un âge de lecture de 5 ans et 11 mois au début du projet, avait atteint l’âge de 8 ans en février — soit une amélioration de 2 ans et 1 mois.
  • Une fille de 5e année âgée de 9 ans et 11 mois, avec un âge de lecture de 5 ans et 11 mois au début du projet, avait atteint un âge de lecture de 7 ans et 6 mois en février — soit une amélioration de 1 an et 7 mois.
  •  Un garçon de 6e année âgé de 10 ans et 2 mois, avec un âge de lecture de 5 ans et 11 mois au début du projet, avait atteint un âge de 6 ans et 11 mois en février — soit une amélioration d’un an.

Intégrer les sessions de lecture dans le programme scolaire

Au vu de ces résultats, Egmont estime que le temps consacré à la lecture devrait faire partie intégrante du programme scolaire. Pourquoi ne pas le considérer comme un enseignement à part entière, conformément aux suggestions des enseignants eux-mêmes ? Ils furent nombreux à avoir fait part de leur difficulté à maintenir les sessions de lecture à voix haute une fois l’enquête terminée, du fait de la charge élevée du programme d’éducation nationale.

Comme en témoigne un des professeurs interrogés à la fin de l’enquête : « Il était extrêmement difficile d’adapter l’heure du conte au quotidien avec les exigences du calendrier scolaire et du programme. »

Or, « lire pour le plaisir pendant une petite quantité de temps chaque jour fait des merveilles pour la relation enseignant/élève…. C’est particulièrement vital pour tant de nos enfants qui vivent dans des foyers qui souffrent d’un manque d’alphabétisation  », renchérit l’un de ses confrères.

Aussi le rapport d’Egmont préconise-t-il de rééquilibrer l’approche pédagogique en consacrant, par exemple, moins de temps à l’apprentissage de la grammaire, jugée « trop technique » selon les dires des enseignants, et pouvant contribuer à rebuter les enfants à lire davantage.

Le groupe éditorial entend à ce titre démarcher le gouvernement britannique pour que celui-ci « modifie le programme d’études afin que l’heure de lecture fasse partie intégrante de la journée scolaire pour tous les enfants du primaire. »

L’ensemble de l’étude est consultable ici.

Trop blanc !

Extrait du nouvel essai de Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste et autres virus idéologiques qui sort la semaine prochaine en France, aux presses de la Cité.

Au début des années 2000, l’humoriste Michel Mpambara, originaire du Rwanda, lançait dans son pays d’adoption son premier spectacle, qui avait pour titre : Y a trop de blanc au Québec.

Chaque fois, il suscitait l’hilarité des spectateurs, amusés par cet homme venu d’ailleurs qui posait un regard caustique sur sa terre d’accueil. Nul n’aurait imaginé, à ce moment, que l’humoriste puisse dire cela sérieusement, et d’ailleurs, ce n’était pas le cas.

Un quart de siècle plus tard, on utilise les mêmes mots, mais désormais sans rire. C’est sur un ton inquisiteur qu’on répète la même formule dans le cadre d’un grand exercice se réclamant de la lucidité collective pour dénoncer la suprématie blanche au Québec. Ainsi, il n’est pas rare de voir des reportages des médias publics s’inquiéter du caractère « trop blanc » de la fonction publique, du monde des affaires ou du milieu du spectacle — le rap québécois serait lui aussi trop blanc, ainsi que l’univers des célébrités.

Même la littérature pour enfants serait apparemment trop blanche. Le journal La Presse affirmera : « La littérature jeunesse québécoise met en scène des héros presque tous blancs, qui s’appellent plus souvent Tremblayet Gagnon que Wong ou Khan. » Il n’était apparemment pas venu à l’esprit du quotidien qu’il est encore bien plus courant, au Québec, de s’appeler Tremblay que Wong et Gagnon que Khan.

Cette dénonciation ritualisée n’est évidemment pas exclusive au Québec. Le journaliste occidental se transforme en adepte de la comptabilité raciale et multiplie ainsi les enquêtes pour voir où en sont les institutions censées s’adapter aux exigences nouvelles de la diversité et quels efforts elles déploient pour se déblanchir. La traque à la société trop blanche est à la mode.

Ainsi, en France début 2020, on a pu entendre dire à Aïssa Maïga, au moment de la cérémonie des César : « C’est plus.fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle. » Il s’agissait, sur le mode insolent, de faire le procès d’une salle trop blanche en réinventant le délit de faciès.

« Salut, les Blancs », avait quant à lui lancé l’humoriste Fary à la 31e cérémonie des Molières avant d’ajouter : « Il faut que quelqu’un leur dise… Euh… C’est trop blanc. » Ces remarques, déjà fréquentes des deux côtés de l’Atlantique depuis plusieurs années, se sont multipliées, comme on l’a vu d’ailleurs en Écosse le 18 août 2020 lorsque le ministre Humza Yousaf a fait la liste de plusieurs figures en position d’autorité en les définissant par leur couleur de peau, pour en conclure que son pays était trop blanc et avait un problème de « racisme structurel ». Comme d’autres, il considère que le pays dans lequel ses parents se sont installés est trop blanc, et entend en finir avec cette injustice structurelle.

Un regard rapide sur les thèmes privilégiés par la presse confirme la prédominance de cette approche. La gendarmerie, la police, les sciences de la terre, la médecine, les mathématiques, la mode, l’univers du spectacle vivant, l’Opéra, l’univers de la musique classique… seraient trop blancs. On ne se demande plus, en se rendant à un concert, si l’orchestre jouera bien, mais à quoi il ressemblera. li n’est donc plus rare, au-delà des frontières américaines, de voir des inspecteurs mandatés par le régime diversitaire tenir une comptabilité raciale stricte des organisations publiques et privées, pour en arriver à la conclusion attendue que les Blancs y sont encore trop présents et que la diversité peine à s’y faire une place. « Diversité » étant le terme codé pour dire que les Blancs sont trop nombreux dans des sociétés historiquement « blanches », même si elles ne se représentaient pas dans ces termes.

Dans le monde occidental du début des années 2020, on peut donc, très ouvertement, reprocher à quelqu’un la couleur de sa peau au nom de l’antiracisme.

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La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques (recension)

Le Québec choisit-il bien ses immigrants? «Le programme de francisation est un échec»

Extraits d’un texte de Jérôme Blanchet-Gravel.

L’immigration fait toujours débat dans la Belle Province, où l’on continue de s’inquiéter du déclin du français et de la survie de l’identité québécoise. Dans un récent ouvrage, l’enseignant Hassan Jamali propose un modèle de sélection des immigrés tenant moins compte de la langue. Une manière de rajeunir le Québec ? Sputnik l’a interrogé.

 

Élèves de l’école publique Montcalm à Saint-Michel (Montréal)

 

Le Québec n’a pas fini de débattre de l’immigration ni de ses impacts sur les plans économique, linguistique et identitaire. La seule province canadienne entièrement francophone est sensible à la survie de sa langue, perçue comme l’emblème de sa différence en Amérique du Nord.

Avec la publication de Quelle immigration pour une société distincte ? (éd. Dialogue Nord-Sud), Hassan Jamali entend contribuer au débat.

L’immigration, un sujet tabou au Québec ? En entrevue avec Sputnik, il souligne d’abord que l’immigration est un « thème sensible » au Québec, mais qu’il est plus que jamais nécessaire d’en parler :

« Les Européens ont tendance à penser que le Canada et le Québec font un bon travail en ce qui concerne l’intégration des immigrants. Cette image projetée en Europe est trop optimiste. […] Le Québec rencontre les mêmes problèmes que la France, mais ils arrivent quelques années plus tard. […] L’immigration est d’autant plus délicate à aborder que les Québécois ne veulent pas disparaître comme peuple distinct », explique l’auteur.

L’auteur, qui a travaillé à l’intégration de nombreux réfugiés, estime qu’il est primordial de freiner la progression des « ghettos scolaires » en diversifiant davantage l’origine des immigrés et en choisissant des candidats plus jeunes. [Note du carnet : Et pas en diminuant l’immigration ou en introduisant un élément culturel à la sélection ? Mais voilà: il serait tabou de préférer des francophones de tradition occidentale (culture gréco-latine et chrétienne). Nos élites permettent de sélectionner par la langue ou ici selon l’âge, mais pas par la culture pourtant ce n'est pas un facteur mineur pour assurer l'assimilation...]

Le Québec fait face à un déclin de l’usage du français en raison de l’immigration plus marqué qu’attendu

« À Montréal, il y a des écoles où les Arabes représentent presque 100 % de la clientèle. Il y a des écoles où il n’y a plus aucun Québécois de souche. Les jeunes qui ont choisi de rejoindre l’État islamique* étaient issus de ces milieux ghettoïsés. Si l’on optait pour une immigration plus jeune et plus diversifiée, les nouveaux arrivants auraient moins tendance à se regrouper en fonction de leurs origines », analyse [prétend] le concepteur de « Réussir aux Québec », un guide d’intégration pour les immigrants (Prix québécois de la citoyenneté).

Avec son nouvel ouvrage, Hassan Jamali sait qu’il ne plaira pas à tous les publics et surtout pas aux lecteurs de tendance nationaliste. Il estime que l’État québécois doit rompre avec son approche essentiellement linguistique et privilégier d’autres critères dans sa grille de sélection des immigrés.

« Je sais bien que le déclin du français préoccupe, particulièrement à Montréal, mais trop de points sont accordés à la maîtrise de cette langue. De toute façon, la francisation des immigrants adultes au Québec est un échec. Si on choisissait des immigrés jeunes et plus de célibataires, ils seraient forcés d’apprendre le français pour terminer leurs études et intégrer le marché du travail », assure notre interlocuteur.

[Pourquoi seraient-ils forcés d’apprendre le français ? Les cégeps et universités anglophones sont libres d’accès à tous, y compris les immigrants ! En outre, les jeunes célibataires sont souvent plus turbulents : ils sont moins casés, ont moins de responsabilités familiales. La délinquance n’est généralement pas le fait des immigrants avec famille, mais plutôt de jeunes sans familles, sans femme. Et les études que ces jeunes « devraient » terminer, qu’est-ce qui empêcherait le décrochage ? qui les paierait ? Les Québécois ? À ce compte, pourquoi ne pas bonifier radicalement les aides à la naissance de jeunes nés au Québec ? Pourquoi l’État ne pas valorise-t-il pas les valeurs familiales et la venue d’enfants au monde plutôt que les combats wokes à la mode et l’idée que la carrière est ce qui prime ? Priorité au Québec : Des écoles s’adaptent aux élèves « trans », Québec — Clinique de changement de sexe débordée (épidémie psychologique sociale ?)]

[…]  

Vieillissement de la population : l’actuelle immigration n’y change rien

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, la province sera d’ici à quelques années l’une des plus vieilles sociétés en Occident. L’organisme prévoit qu’une personne sur quatre sera âgée de 65 ans et plus en 2031. Un problème auquel l’actuelle immigration ne permettrait aucunement de remédier [.] [C'est globalement exact, l'immigration fait grossir la population du Canada, mais la rajeunit peu.]

[…]  

 

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Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million (Brian Mulroney appuie l’Initiative du Siècle…)

Tariq Ramadan : vos frontières n’auront raison de notre jeunesse […] vous croyez que l’on va rester là ? 

Française en PVT à Montréal : ce qui est bien c’est qu’on peut y améliorer son anglais 

Le PQ veut que les enfants de résidents temporaires étudient en français 

Québec — L’écart entre le taux de chômage des immigrants et ceux nés au Canada se creuse 

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019  

Analphabétisme — 47,8 % des Québécois et un quart des diplomés universitaires peinent à comprendre un texte complexe

La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques (recension)

Mathieu Bock-Côté, sociologue bien connu, va publier un nouvel essai à Paris le 15 avril 2021. Voici la recension de son nouvel ouvrage par Michel de Jaeghere publiée dans Le Figaro Histoire (avril-mai 2021).

IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION

Nous croyons trop souvent avoir affaire à des échappés de l’asile.

Devant les délires de la cancel culture [culture du bâillon], le boycottage vertueux de Sylviane Agacinski, l’interruption violente des représentations d’une pièce d’Eschyle, ou la justification balbutiante de réunions non mixtes, réservées aux « non-Blancs », par la présidente de l’Unef, nous avons le sentiment d’assister à de déplorables sorties de route, témoignant que la montée de l’intolérance est corrélée à celle de la bêtise. Nous sourions de l’extension illimitée du domaine de la lutte. De la multiplication des phobies traquées par les experts auto proclamés de la sociologie comme par leurs servants du monde médiatique, vigilants de la conscience morale ou professionnels de l’indignation, vérificateurs de faits du politiquement correct associant l’arrogance du bas clergé à la science confuse de Diafoirus, et prompts à recueillir les humeurs des représentants des minorités ethniques ou sexuelles avec une servilité de domestiques.

La Révolution racialiste, le nouveau livre de Mathieu Bock-Côté, vient mettre fin à notre insouciance. Il nous révèle qu’il ne suffit pas d’éteindre nos télévisions non plus que de déserter les réseaux sociaux pour échapper au cirque. Les thèmes mis en circulation, depuis cinquante ans, par les tenants du décolonialisme, pourfendeurs du racisme systémique ou militants de l’indigénisme qui ont prospéré sur les campus américains ou dans les universités françaises, ne relèvent pas d’une polémique absurde. Ils forment une « idéologie toxique », un corpus doctrinal d’une cohérence redoutable.

Ils ont préparé la révolution culturelle qui est désormais à l’œuvre des deux côtés de l’Atlantique, et qui vise, par le déboulonnage des statues, l’intimidation, la censure, la mise en accusation des grands personnages de notre histoire, la délégitimation de notre héritage par une « entreprise de nettoyage éthique », à exercer sur les consciences un effet de sidération au terme duquel nous soyons paralysés par la honte, avides de trouver une échappatoire susceptible de nous faire pardonner d’être ce que nous sommes.

Mathieu Bock-Côté nous en avertit : face à la déferlante, il est vain de jeter sur notre passé un regard critique, de tenter d’y trier le bon grain de l’ivraie, de rêver de continuer l’aventure de notre civilisation en nous efforçant d’éviter les erreurs et les fautes auxquelles l’imperfection de la nature humaine a parfois condamné nos pères. C’est notre existence même qui est désormais considérée comme un crime, notre survie qui est un scandale. Telle est l’épine dorsale de la révolution racialiste qui a consisté, à l’heure même où les crimes de Hitler avaient conduit les Occidentaux à répudier le vocabulaire de la race, à le réintroduire pour en faire le principal chef d’accusation du procès mené contre nous.

L’Occidental hétérosexuel n’est pas, aux yeux de ses instigateurs, criminel par simple accident, il l’est par nature : parce qu’il est blanc et qu’il doit tout ce qu’il croit tenir de l’inventivité, du travail, de l’énergie déployés par ses ancêtres à travers les siècles à l’exploitation millénaire des minorités qui secouent aujourd’hui le joug de sa suprématie. Il ne peut donc trouver sa rédemption qu’en « tuant le vieil homme blanc » qui est en lui, par le rejet de son passé, la repentance et l’acceptation de sa disparition de l’histoire, afin qu’appuyés sur le « coup d’État démographique » qui leur a permis de s’installer en masse sur notre territoire sans plus songer, évidemment, à assimiler nos mœurs, notre langue, notre culture (l’exigence serait elle-même d’une « terrible violence symbolique »), les ressortissants du tiers-monde puissent y imposer la cohabitation de pratiques diversitaires et les substituer au monolithisme hégémonique qui fait de nous, chez nous (quand même nous avons, depuis longtemps, renoncé à les exporter outre-mer), d’insupportables colons.

Mathieu Bock-Côté avait décrypté, dans un précédent livre, les enjeux du déploiement du politiquement correct depuis sa naissance aux États-Unis. Il l’avait montré fondateur d’un nouveau régime qui fait de la diversité et du relativisme l’alpha et l’oméga de la science politique. li sait tout de l’histoire des idées au XXe siècle, de la vie académique aux États-Unis, des débats qui agitent l’intelligentsia française, des recherches qui mobilisent les facultés de sociologie. li excelle à mêler l’actualité la plus chaude aux concepts les plus pointus. Il appelle de ses vœux le regard d’un « nouveau Tocqueville » qui viendrait faire le récit de la névrose au terme de laquelle la colonisation des sciences sociales par une idéologie de remplacement, après l’échec du communisme, a permis de formater les esprits des Occidentaux pour leur faire admettre que leur rédemption passait par l’avènement d’un monde où ils seraient étrangers à eux-mêmes dans leur propre patrie, et où la dernière mission de leurs nations autrefois souveraines serait de s’abolir. Faute de trouver Tocqueville autour de lui, il a fait lui-même le voyage. Il nous en donne ici le prodigieux compte rendu. Son livre a, par sa cruauté, sa profondeur, sa précision, quelque chose de suffocant. 

Voir aussi

Trop blanc ! (extrait du livre)

 


 

 

Mathieu Bock-Côté, sociologue bien connu, va publier un nouvel essai à Paris le 15 avril 2021.

Présentation de l’éditeur

« On ne saurait segmenter une société sur une base raciale sans condamner chaque groupe à s’enfermer dans sa couleur de peau, qui devient dès lors l’ultime frontière au cœur de la vie sociale. »

La vision racialiste, qui pervertit l’idée même d’intégration et terrorise par ses exigences les médias et les acteurs de la vie intellectuelle, sociale et politique, s’est échappée de l’université américaine il y a vingt ans.

Et la voilà qui se répand au Canada, au Québec et maintenant en France. Elle déboulonne des statues, pulvérisant la notion même d’histoire, elle interdit de parler d’un sujet si vous n’êtes pas héritier d’une culture, et vous somme de vous excuser « d’être blanc », signe de culpabilité pour l’éternité. Le racialisme sépare et exclut, n’apporte pas de libertés quoi qu’en disent ses hérauts, et, plus dangereux, modélise une manière de penser le monde.

Mathieu Bock-Côté est sociologue, et chroniqueur pour la presse québécoise et française. Ses travaux portent sur le régime diversitaire, le multiculturalisme et les mutations de la démocratie. Seul lui pouvait signer un essai aussi éloquent, percutant. Sidérant même.

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Progressisme, diversité... quelle idéologie derrière Netflix ?

Si la célèbre plateforme de vidéos à la demande par abonnement se dit soucieuse de montrer le monde tel qu'il est, dans toute sa diversité, le catalogue Netflix semble pourtant particulièrement orienté.

La série Pose sur Netflix est une plongée dans le New York des années 80, elle raconte les multiples discriminations subies par des travailleuses du sexe, transsexuelles et noires essayant tant bien que mal de s'intégrer dans cette «société hétéronormative et cisgenre», dixit Konbini.

Le temps des barricades révolu, le feu de la révolte se répand désormais à coups de mots-croisillons (mots dièses/hashtags). Sur Twitter, on énonce, on dénonce, on appelle au boycott aussi. Et cette année-là, en 2018, les conservateurs américains prirent Netflix en grippe avec le mot-dièse : #boycottNetflix, une façon d'exprimer leur indignation face au virage bleu (la couleur des démocrates aux États-Unis) qu'a selon eux enclenché la marque au logo rouge, ces dernières années. Dans leur viseur : les sympathies affichées par le PDG fondateur, Reed Hastings, à l'égard du parti démocrate, des prises de position contre Donald Trump, la levée de fonds de Ted Sarandos, le directeur des contenus de l'entreprise, pour Barack Obama lors de sa deuxième campagne électorale, un juteux contrat signé avec les Obama pour développer une série de contenus autour du couple, et l'arrivée au conseil de direction d'une ancienne conseillère de l'ex-locataire de la Maison Blanche. La goutte d'eau pour la droite conservatrice. Sur les réseaux sociaux, elle interpelle les dirigeants de la plateforme de vidéos en ligne ; les tweets indignés pleuvent par dizaines de milliers dans l'espoir de voir des internautes renoncer à leur abonnement... avec le succès que l'on connaît. L'insolente réussite de Netflix se poursuit, au point que les chiffres de l'année 2020 sont si impressionnants qu'ils ne nous disent rien. Pour paraphraser l'espion OSS 117 dans le film de Michel Hazanavicius, vous voyez ce que ça fait 204 millions d'abonnés dans le monde (+37 millions en un an), 6,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires et 542 millions de dollars de bénéfice ?  [Il faut se méfier pourtant des chiffres d'audience que Netflix publie... et 2020 est une année exceptionnelle sans la concurrence des cinémas et les confinements qui ont enfermé tant de gens.]

Racisme systémique, destruction du patriarcat et féminisme intersectionnel

Par-delà cette série d'événements, le contenu des productions ulcère une frange plutôt conservatrice de la population. Les séries et les films valoriseraient avec une bienveillance doucereuse les concepts en vogue au sein d'une partie de la gauche, comme le féminisme intersectionnel ou le «racisme systémique», ou s'emploieraient à «détruire le patriarcat». C'est le cas du film «Moxie», l'histoire d'une ado timide de 16 ans qui publie une revue anonyme dénonçant le sexisme dans son établissement scolaire, dont les réseaux sociaux de l'entreprise ont fait la promotion début février. Faut-il y voir le fantasme de réactionnaires zélés qui verraient du «gauchisme partout» ou alors, le monde selon Netflix est-il vraiment empreint de progressisme ? Une chose est sûre, les adeptes de fictions aux thématiques ouvertement progressistes en ont pour leur argent, et les médias ne s'y trompent pas.

Le magazine féminin belge L'Officiel a listé «six séries pour s'éduquer/lutter contre le racisme systémique», le défunt site Buzzfeed a noté «16 séries à regarder sur Netflix quand vous en avez marre du patriarcat» et Konbini a recensé «dix séries pour comprendre le racisme systémique» (actant ainsi l'idée selon laquelle il existerait un racisme inhérent à notre société) - parmi lesquelles «Pose», série qui coche toutes les cases de l'idéologie dominante au sein de l'aile gauche du parti démocrate américain. Elle se déroule dans le New York des années 1980 et raconte les multiples discriminations subies par des travailleuses du sexe, transsexuelles et noires essayant tant bien que mal de s'intégrer dans cette «société hétéronormative et cisgenre», dixit Konbini, qui en tire cette conclusion: «Pose nous dit une chose primordiale : black trans lives matter». Une fois la série visionnée, l'algorithme dirige d'ailleurs le spectateur vers d'autres productions similaires, à l'image d'un documentaire-enquête sur les «identités trans», ou la série «Dear white people». Le synopsis: Samantha White, une étudiante afro-américaine profite de son temps de parole dans une émission de radio de son campus pour s'en prendre aux comportements racistes dans son établissement où ses camarades s'adonnent au «blackface» (le fait de se grimer en noir), s'attirant ainsi la haine et la rancœur des blancs. On voudrait donner du grain à moudre aux pourfendeurs de Netflix qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

L'identité, préoccupation occidentale numéro un

Concernant les productions «original Netflix» (les productions maison), la balance entre progressisme et «anti-progressisme» est loin d'être parfaitement étalonnée, celle-ci a tendance à pencher du premier côté avec le risque pour ses dirigeants de voir le plateau mal calibré leur sauter au visage. Évidemment, ces exemples ne suffisent pas à dépeindre l'intégralité du catalogue proposé. On trouve de tout sur Netflix y compris des longs métrages accusés de faire la part belle aux idées plus traditionnelles, à condition de mettre la main dessus. «Une ode américaine», le dernier film de Ron Howard, retrace par exemple le destin des invisibles, les oubliés de l'Amérique périphérique. Pour les séries, il faut chercher du côté des fictions israéliennes, à l'image d'Homeland, qui se sont imposées dans le monde entier. La clé de leur succès: elles abordent le retour du religieux et la question de l'identité devenue lancinante dans toutes les sociétés occidentales dont Pascal Bruckner ou Alain Finkielkraut font régulièrement écho dans leurs ouvrages. En 2014, Mekimi relatait l'histoire d'une jeune femme de gauche, de Tel Aviv, présentatrice télé brillante d'une émission idiote, qui quitte cette vie face caméra pour mener une vie de juive orthodoxe avec l'homme qu'elle aime. L'année passée, en 2020, Unorthodox racontait l'émancipation et la fuite à Berlin d'une jeune Juive ultraorthodoxe américaine. Plus récemment, Les Shtisel a connu un engouement indéniable. Le speech de la troisième saison ne paye pas de mine: une grossesse cachée, un mariage blanc, et un amour contrarié. Des péripéties dignes de n'importe quel feuilleton à l'eau de rose, mais sa force repose sur le fait qu'elle évoque le quotidien du milieu juif ultraorthodoxe.

Polarisation des esprits

Doit-en conclure qu'un consommateur assidu de contenus Netflix se transformera en électeur de Benoît Hamon et collera des affiches d'Alexandria Ocasio-Cortez, l'élue démocrate au Congrès américain et icône de la gauche dans sa chambre ? Non. La raison tient en une expression: l'apprentissage automatique, une technologie d'intelligence artificielle au nom barbare qui analyse de façon très poussée le comportement de l'utilisateur. L'algorithme l'incitera à regarder telle ou telle vidéo en changeant la vignette de présentation par exemple avec une image d'une scène spécifique, et lui proposera à celui qui ne cherche pas des contenus progressistes d'autres vidéos plus proches de ses valeurs, de sa conception du monde, à la manière de Facebook et sa bulle d'algorithmes qui laisse penser qu'une majorité d'êtres humains sur la planète partagent les mêmes opinions que vous. Chacun conforte ainsi ses propres positions. Dans son livre, Jérôme Fourquet pointait très justement du doigt notre société en voie d'«archipélisation». Nous y sommes, et Netflix n'y est pas étranger.

Source : Le Figaro

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mercredi 7 avril 2021

États-Unis : « Augmentation significative de l'enseignement à la maison » à 11,1% à l'automne 2020


Le Bureau du recensement américain a rapporté à la fin du mois de mars que 11,1 % des élèves de la maternelle à la 12e année étaient désormais instruits à la maison par leurs parents, une augmentation significative par rapport à 5,4 % lorsque les fermetures d’écoles sont entrées en vigueur au printemps 2020 et aux 3,3 % des familles qui instruisaient leurs enfants à la maison avant la pandémie du coronavirus-19.

« La pandémie mondiale de COVID-19 a suscité un nouvel intérêt pour l’enseignement à domicile et l’attrait d’autres formes d’instruction scolaires a soudainement explosé », ont écrit Casey Eggleston et Jason Fields pour le Bureau du recensement, qui a recueilli des données pour une enquête « expérimentale » pour mesurer les « Impacts sociaux et économiques pendant la pandémie de coronavirus. »

« En utilisant un large échantillon représentatif au niveau national de ménages américains, l’enquête montre que le taux d’instruction à domicile est nettement plus élevé que les données nationales et offre un aperçu des changements dans les manières d’enseigner pendant la pandémie », ont noté les auteurs, expliquant que, alors que 5,4 % des foyers américains disaient faire l’école à la maison lorsque les fermetures d’écoles sont entrées en vigueur au printemps 2020, « [à l’automne], 11,1 % des ménages avec des enfants d’âge scolaire ont déclaré instruire leurs enfants à la maison (30 septembre-12 octobre). »

Le Bureau du recensement américain a clarifié la distinction entre les ménages qui « déclaraient instruire vraiment à la maison et ceux qui utilisaient plutôt un apprentissage virtuel dans une école publique ou privée ».

Les rédacteurs du Bureau ont poursuivi que, dans le contexte de la gestion de la pandémie, de plus en plus de familles américaines recherchent d’autres formes d’instruction pour leurs enfants :

Il est clair que dans une situation sans précédent, les familles recherchent des solutions qui répondront de manière fiable à leurs besoins en matière de santé et de sécurité, à leurs besoins en matière de garde d’enfants et aux besoins d’apprentissage et socio-émotionnels de leurs enfants.

Des « bulles pandémiques », très discutées (de petits groupes d’élèves se rassemblant en dehors d’une école formelle pour l’enseignement en personne) à un intérêt grandissant des parents pour les écoles virtuelles autonomes, en passant par les écoles privées et les organisations d’enseignement à domicile, les parents américains sont de plus en plus ouverts aux options qui vont au-delà de l’école publique du quartier.

Les données du Bureau du recensement font écho à celles du sondage Gallup qui, à la fin du mois d’août, a révélé une augmentation de cinq points du pourcentage de parents qui ont déclaré qu’ils instruisaient leurs enfants à la maison cette année scolaire, par rapport à cinq pour cent en 2019 et dix pour cent en 2020.

Gallup a également défini l’enseignement à domicile dans son enquête comme « non inscrit dans une école formelle, mais instruit à la maison » afin de distinguer l’enseignement à domicile des programmes d’apprentissage à distance fournis par les écoles.

En novembre, la Semaine de l’éducation a également signalé que la population des enfants instruits à la maison avait plus que doublé aux États-Unis, 58 % des directeurs d’école soulignent que l’instruction à domicile est « la principale cause qui explique la baisse des inscriptions » dans les écoles.


Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec)

Le nombre de naissances au Québec pour janvier 2021 est désormais connu : il est de 6350. Il était de 6850 en janvier 2020. La baisse est donc de 7,3 % en un an. Le Québec fait donc un peu moins bien que la Suède (-6,4 %) et un peu mieux que la Hongrie (-9,8 %).


Billet originel du 6 avril 2021

La crise sanitaire s’est traduite par une baisse de la natalité, surtout dans les pays développés.

À partir de la base de données sur la fertilité humaine des instituts de démographie de l’université de Vienne, en Autriche, et de Max-Planck en Allemagne, Tomas Sobotka et son équipe de chercheurs se sont penchés sur les derniers chiffres rendus publics par 34 pays. Ils soulignent que chez quinze membres de l’Union européenne, la natalité plonge en moyenne de 3 % en octobre, 5 % en novembre, puis de 8,1 % en décembre 2020 (les données que nous rapportons sont systématiquement indiquées par rapport à l’année précédente ou à la période correspondante un an plus tôt). Avec des chutes en janvier 2021 de 10,3 % en Russie, 23,3 % à Taïwan entre autres, « les spéculations initiales sur un éventuel baby-boom se sont largement dissipées », écrivent les auteurs de cette étude. Ils pronostiquent un effet « baby flop » en 2020, suivi d’un « baby krach » en 2021 en Europe, dans l’est de l’Asie et aux États-Unis.

Déclin démographique

Il est trop tôt pour des statistiques globales américaines, mais plusieurs études convergent sans surprise sur l’effet redoutable du SARS-CoV-2 sur la natalité. Philip Cohen, de l’université du Maryland, annonce une baisse de 3,8 % en Floride et dans l’Ohio en 2020. Il note surtout une chute de 6 % en novembre, puis de 8 % en décembre, conséquence des premiers effets sociaux de la pandémie. Les comtés où la contamination et les limitations de la mobilité ont été les plus fortes sont aussi ceux où les déclins sont les plus marqués. Le chercheur rapporte que neuf États qui disposent de bilans mensuels ont enregistré une baisse de 5 à 10 % pour les deux derniers mois de l’année.

Une analyse de la Brookings Institution, révisée en décembre, anticipe, pour sa part, 300 000 naissances en moins. Une autre, réalisée par la chaîne CBS News sur 32 États, fait apparaître en mars un déficit de 95 000 naissances, alors que 2019 avait déjà enregistré une baisse de 1 %, le chiffre le plus bas depuis trente-cinq ans.

Le Covid-19 a précipité vers le déclin démographique les pays qui avaient déjà glissé sur cette pente depuis longtemps. L’Europe méridionale en est l’illustration. Tandis que le Vieux Continent a un indice de fécondité moyen de 1,6 enfant par femme en âge d’en avoir — le seuil de renouvellement des générations se situant à 2,1 —, la Grèce ne dépassait pas 1,35 en 2018 ; l’Italie, 1,29 ; l’Espagne, 1,26. Selon les chiffres de l’Office grec des statistiques, il est né dans le pays 100 000 enfants en 2012, 90 000 en 2016, 85 605 en 2020, avec un recul de 6,5 % en novembre et en décembre 2020.

Pour l’heure, c’est l’Espagne qui détient le record : son taux de natalité plonge de 20,4 % en décembre, 20 % en janvier 2021. L’Institut national de la statistique a dénombré 24 061 nouveau-nés en janvier pour une population d’un peu plus de 47 millions d’habitants. Ce sont les chiffres les plus bas depuis 1941. Reste à savoir si les jeunes adultes, les plus victimes de la précarité et du chômage, ont décidé de remettre leur souhait de fonder une famille ou bien l’ont abandonné.

La France (et ses immigrants) reste le pays le plus fécond d’Europe en 2020

« Le Covid pourrait creuser l’écart entre les pays du nord de l’Europe et ceux du Sud, observe Gilles Pison, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ils sont les plus touchés par la pandémie, les politiques familiales de soutien y sont moins fortes et les populations moins fécondes. » La France a été l’un des premiers pays à publier des chiffres significatifs sur le décrochage des naissances. En décembre et janvier, la dégringolade est sévère avec des baisses de 7,2 %, puis 13,5 %. Cependant, son exemple laisse à penser que les taux pourraient fluctuer dans les prochains mois, explique Gilles Pison, car la courbe se redresse en février. À l’image du moral des Français qui retrouvaient une liberté de mouvement en mai. Et le pays, où 736 000 enfants ont vu le jour, reste le plus fécond d’Europe en 2020.

Manifestement, les pays moins bousculés par la pandémie le sont aussi dans leur démographie. La base de données de l’université de Vienne constate une certaine stabilité au Danemark, en Finlande et en Norvège. L’Islande, qui déplore 29 décès, compte 4 530 nouveau-nés en 2020, 100 de plus qu’en 2019. La différence n’est pas significative, note Asgeir Haraldsson, professeur de pédiatrie à l’université d’Islande. Et l’indice de fertilité — 1,75 enfant par femme — inquiète les autorités ; le gouvernement a allongé le congé parental à douze mois.

Aux Pays-Bas, le Bureau central a dénombré 168 000 naissances en 2020, soit une baisse de 1 %. Avec la hausse de la mortalité et la diminution de l’immigration, les prévisions démographiques conduisant à une population de 19 millions d’habitants en 2038 (pour 17,3 millions aujourd’hui) devront peut-être être révisées.

« Contexte général anxiogène »

Dans de nombreux pays, il va falloir attendre au moins 2022 pour avoir une vue précise, faute de statistiques. C’est le cas par exemple en Belgique, où les démographes ne se prononceront pas avant. Mais ce contretemps n’empêche pas de voir s’esquisser une probable évolution, car la tendance s’inscrit à la baisse depuis des années. « Le contexte général était déjà anxiogène avec la crise climatique, le terrorisme, les problèmes économiques, souligne Thierry Eggerickx, professeur de démographie à l’université de Louvain. La crise sanitaire n’est sans doute pas propice à une amélioration. »

En Pologne, où le nombre d’enfants par femme en âge d’en avoir ne dépasse pas 1,4 en moyenne, la natalité a encaissé un nouveau coup dur en raison de la situation économique par temps de Covid-19 et de la faiblesse des aides aux ménages. Elle est tombée à son plus bas niveau depuis la seconde guerre mondiale avec 347 000 naissances durant les douze derniers mois. Exception notable, le confinement imposé au printemps a été mis à profit en Roumanie : 15 857 enfants sont nés en décembre, 2 103 enfants de plus qu’en novembre.

Dans cette région d’Europe, la situation est assez contrastée. La baisse des naissances se poursuit en Bulgarie et en Slovénie sans accélération particulière. La chute est nette, en revanche, en janvier en Serbie — 8,5 % — et en Hongrie — 9,4 %. Dans ce dernier pays, où ce sujet constitue déjà une préoccupation politique majeure, la courbe est cependant repartie à la hausse en février, la baisse atteint donc 3,4 % pour les deux premiers mois de l’année. Le retour au pays de nombreux citoyens d’Europe de l’Est, que semble avoir favorisé la crise sanitaire, produira peut-être un effet de rattrapage sur l’évolution démographique.

Le décalage dans le temps pose question désormais

Le quasi-confinement de l’Allemagne jusqu’à début mai n’a pas eu d’effet tangible sur les taux de natalité mensuels, restés dans leur fourchette habituelle, selon l’office fédéral des statistiques Destatis. Environ 182 000 naissances ont été enregistrées entre décembre 2020 et février, soit 0,8 % de plus. Cependant, toujours durant ces trois mois-là, une coupure distingue les Länder de l’ancienne RDA où la natalité faiblit de 3,8 %, tandis qu’elle augmente de 1,7 % dans ceux de l’Ouest.

Officiellement, le Royaume-Uni ne dispose pas de données globales, mais des études et des indices laissent présager moins de bébés. Ainsi, à partir des données médicales de 80 hôpitaux publics d’Angleterre et du pays de Galles, la chaîne de télé Sky News a repéré que le nombre d’échographies à douze semaines avait baissé de 4 % en 2020, alors que les services de maternité étaient restés ouverts pendant la pandémie. Dans cette partie du territoire britannique, le taux de fécondité de 1,6 serait au plus bas depuis 2001 — avant l’apport de la vague d’immigration en provenance d’Europe de l’Est —, selon une étude publiée en mars par le Centre for Population Change de l’université de Southampton. Ses auteurs estiment qu’il pourrait atteindre 1,45 d’ici à 2023 si la pandémie se prolonge et si la crise économique rend plus difficile la création d’un foyer familial.

Mais n’y a-t-il pas un risque de faire peser sur le Covid-19 plus de conséquences qu’il n’en a déjà ? Le Canada a connu une croissance démographique de 0,4 % en 2020, la plus faible depuis la Première Guerre mondiale, tandis qu’elle est en baisse de 3 % au Québec. Mais ce phénomène est à relier à la chute importante du nombre d’immigrants admis dans le pays depuis le début de la crise sanitaire. « Ça nous semble l’hypothèse la plus probable, car 33 % des bébés nés au Québec viennent de couples comptant un immigrant », assure Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Quant au Covid-19, « cela prendra plusieurs années pour mesurer son effet réel sur le taux de fertilité et voir si ces naissances seront reportées à 2022 ou 2023 ou carrément annulées ». Ce décalage dans le temps qu’ont souvent observé les démographes par le passé pose question désormais. Car la conception d’un premier-né intervenant chez des parents de moins en moins jeunes, le projet risque d’être compromis.

Le spleen des pays développés a atteint aussi l’Asie

L’Amérique latine est elle aussi soumise au grand bouleversement de 2020. Au Brésil, dans le chaos du coronavirus sont nés 2,6 millions d’enfants, 6,2 % de moins selon les données du Portail de la transparence des notaires. Dans les Caraïbes, le Covid-19 a vidé les maternités : moins 4,2 % de naissances à Cuba, recul de 3,3 % à Trinité-et-Tobago, alors que cette riche République pétrolière a été plutôt épargnée par le virus. Sur l’île de Porto Rico, c’est un effondrement inédit : – 12,4 %. « La pandémie a aggravé un problème qui existait déjà », analysait, dès octobre 2020, José Carabello, démographe à l’université de Porto Rico.

Le spleen des pays développés soumis aux difficultés économiques, confinés, isolés, privés d’occasions de se rencontrer s’agissant des jeunes générations, empêtrées dans le casse-tête de la scolarité à la maison, a atteint aussi l’Asie. Au Japon, qui se trouve sur une trajectoire déclinante depuis les années 1970, le nombre de naissances a atteint 872 683 en 2020, en recul de 25 917, un niveau jamais vu depuis le début de l’enregistrement de cette statistique en 1899. La tendance pourrait s’accentuer, car le nombre de grossesses a diminué.

Dans les pays où les mariages précèdent le premier-né, 2021 ne s’annonce donc pas sous les meilleurs auspices. C’est le cas au Japon, où les unions sont en baisse de 12,7 % et en Corée du Sud aussi. La natalité y a chuté de 10 % en 2020. Moins de noces, plus de morts : « Le déclin naturel de la population pourrait s’accélérer », prévient Kim Su-yeong, de Statistiques Corée.

Malgré la fin de la politique de l’enfant unique, la Chine connaît, elle aussi, les affres du déclin démographique. Selon le ministère de la Sécurité publique, « seulement » dix millions de naissances y ont été enregistrées en 2020. Le bilan réel s’élève plus probablement autour de 12,5 millions, alors qu’il était encore de 15,23 millions en 2018. Les chiffres devraient être rendus publics en avril.

Source : Le Monde

Voir aussi

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Radiographie des Français

 

Passé historique blanc : San Francisco débaptise 44 écoles (m-à-j : projet suspendu)

Le Conseil scolaire de la ville de San Francisco a voté à l’unanimité ce mardi la suspension du projet consistant à renommer un tiers de ses écoles publiques, y compris celles portant les noms des présidents George Washington et Abraham Lincoln, mettant ainsi fin à la controverse qui animait les débats depuis plusieurs mois.

En annulant le vote de janvier dernier, le conseil offre un répit à de nombreux San-Franciscains qui s’étaient déclarés outrés par ce projet de changement le nom des écoles publiques, considérant cette procédure comme irrespectueuse du processus de décision habituel.

A contrario, cette décision a bien évidemment été mal reçue par les militants qui espéraient que la ville n’honorerait plus des personnages historiques du pays qu’ils considèrent comme liés à la suprématie blanche, à la colonisation, à l’esclavage et à l’oppression.

Lorsque le conseil avait voté à la majorité absolue ces changements de nom en janvier, Jeremiah Jeffries, enseignant et chef du comité de changement de nom, ravi, déclarait : « Nous poursuivons sans vergogne la suprématie blanche ». Certains étudiants et familles du quartier se sont réjouis du fait que de nouveaux noms mettent en valeur des héros communautaires plus modernes.

« Nous reconnaissons que nous devons ralentir. Et nous devons être davantage à l’écoute de la communauté. Nous travaillons avec des enseignants pour impliquer et éduquer nos communautés scolaires sur tout processus de changement de nom d’établissement », indique Gabriela López, présidente du Conseil, dans un éditorial du San Francisco Chronicle.

Cette décision de suspendre le processus fait suite à l’action d’associations d’anciens élèves du secondaire et aux parties prenantes de la communauté, dirigées par l’avocat Paul Scott. Celles-ci poursuivaient le conseil scolaire afin qu’il annule le vote qu’il avait organisé pour renommer les écoles. Ces associations alléguaient que le conseil avait violé la loi Brown, qui régit la manière dont les réunions publiques doivent être menées et que le conseil avait refusé aux membres de la communauté scolaire de suivre la procédure régulière lors de la décision de changement de nom initiale.

Source : Los Angeles Times


Billet originel du 27 janvier 2021

Les présidents George Washington et Abraham Lincoln ou le missionnaire espagnol Junipero Serra ne sont plus en odeur de sainteté à San Francisco : le conseil des écoles de la ville a décidé de débaptiser quarante-quatre établissements (un tiers des 114 écoles publiques de la ville) portant le nom de personnalités selon lui associées au racisme, à l’esclavage ou à la colonisation blanche.

Cette mesure, qui a suscité une vive controverse localement, remonte à la création d’une commission chargée de réviser les noms des écoles publiques en mai 2018, avant que des statues de Christophe Colomb et des monuments confédérés ne soient mis à bas par des manifestants dans la foulée des rassemblements dénonçant le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd.

La commission en question a produit une liste de quarante-quatre établissements à rebaptiser. Parmi eux figurent des écoles aux noms des présidents Washington et Jefferson, qui possédaient tous deux des esclaves. Outre Washington et Thomas Jefferson — anciens présidents liés à l’esclavage ou à « l’oppression » — la liste comprend le naturaliste John Muir, le prêtre espagnol Junipero Serra, le patriote de la révolution américaine Paul Revere (descendant de huguenots français) et Francis Scott Key, le compositeur de l’hymne national, le « Star Spangled Banner ». Également banni, Balboa le conquistador qui découvrit le Pacifique. Doivent changer de nom la Mission High School (les missions espagnoles c’est mal) et la Presidio Middle School (les forts espagnols c’est mal). La liste complète est ici.

Lutter contre « le racisme »

Selon le San Francisco Chronicle, 6 commissaires scolaires ont voté en faveur de cette résolution contre un seul qui s’y est opposé. La majorité a noté que l’effort de changement de nom « est opportun et important, compte tenu du passé raciste du pays ». Mark Sanchez, membre du conseil d’administration de l’école, a ajouté : « C’est un message pour nos familles, nos élèves et notre communauté. Ce n’est pas seulement symbolique. C’est un message moral ». 

Liste bâclée

Des critiques ont déclaré que le Comité consultatif des noms d’écoles n’était « pas minutieux », utilisant des sites tels que Wikipédia et des sources sélectionnées de manière orientée au lieu d’« universitaires, de documents historiques ou de recherches approfondies ». Le comité n’aurait même pas su si le collège Roosevelt avait été nommé en l’honneur du 26e président (Theodore Roosevelt)… ou de son cousin le 32e (Franklin Delano Roosevelt) Lors de la réunion de mardi, le conseil scolaire a également présenté des excuses officielles aux Amérindiens pour le « vol de terres » et la « douleur et le traumatisme causés par les images racistes, les manuels scolaires racistes et les mascottes racistes ». 

Abraham Lincoln visé

Plus surprenant, Abraham Lincoln, pourtant symbole de l’abolition de l’esclavage dans le pays, est aussi visé, car il est accusé par certains d’avoir joué un rôle dans le massacre de tribus amérindiennes. La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, 87 ans, se retrouve sur la liste adoptée par six voix contre une : la commission lui reproche d’avoir fait remettre un drapeau confédéré qui faisait partie d’une vingtaine d’autres étendards flottant traditionnellement devant l’hôtel de ville et qui avait été vandalisé lorsqu’elle était maire de San Francisco, en 1986. Le drapeau sudiste est désormais devenu pour les progressistes un symbole des discriminations raciales et de ceux qui prônent la suprématie de la « race blanche ».

Critiques

La décision de rebaptiser ces écoles a provoqué de nombreuses critiques, parmi lesquelles l’actuelle maire de San Francisco, London Breed, qui est noire. En octobre dernier, London Breed avait jugé « insultant » pour les parents d’enfants privés d’écoles à cause de la pandémie que les autorités scolaires consacrent leur énergie à changer le nom des établissements plutôt que de les rouvrir. Notons cependant que London Breed ne s’oppose pas à ce que ces noms soient changés à l’avenir.

Des critiques ont souligné le coût du changement de nom, estimé à au moins 1 million de dollars et « potentiellement beaucoup plus ». Le district est déjà confronté à un déficit budgétaire de 75 millions de dollars.

Écoles publiques désertées par les blancs

À San Francisco, 40,0 % de la population totale est blanche non hispanique, selon l’estimation du recensement de 2018. Seuls 28 % des jeunes  âgés de 19 ans et moins de la ville sont blancs (les blancs sont vieux et ont peu d’enfants, voir Des grandes villes progressistes sans enfants aux États-Unis ?) On pourrait donc s’attendre à ce que les élèves blancs représentent environ 28 à 30 % du réseau scolaire public. Mais, au cours de l’année scolaire 2013-2014, seuls 12,9 % des élèves des écoles publiques de San Francisco étaient blancs.

 Données démographiques

Selon les estimations du Bureau du recensement américain de 2018, la population du comté de San Francisco était à 45,4 % blanche (40,0 % de Blancs non hispaniques et 5,4 % de Blancs hispaniques), 5,2 % de Noirs ou Afro-Américains, 34,3 % d’Asie, 8,1 % d’une autre race, 0,3 % d’Autochtones Amérindien et originaire d’Alaska, 0,2 % d’île du Pacifique et 6,5 % de deux races ou plus.

Proportion des blancs à San Francisco au cours des 80 dernières années 

201820102000199019701940
  45,4 %    48,5 %    49,7 %    53,6 %    71,4 %    95,0 %

 La population de San Francisco était de 634 536 habitants en 1940, elle est aujourd’hui de 881 549.

Voir aussi

Les nouveaux talibans à l’école californienne
 
 
 
 
  
 
  
   
 
 
 

mardi 6 avril 2021

La gestion du Covid ruine l'apprentissage de la lecture pour 100 millions d'enfants


Dans une communication récente, l’Organisation des Nations Unies chiffre à 100 millions le nombre d’enfants qui « n’atteindront pas le niveau minimum de compétence en lecture ». En 2020, ce sont 460 millions d’élèves qui auraient dû disposer des compétences de base, suivant la courbe descendante observée ces dernières années. Cependant, sur l’année passée, on assiste à une augmentation de 20 %, soit 584 millions d’enfants pour qui la fermeture d’écoles, dans le cadre de la gestion de la Covid-19, aura de lourdes conséquences. Dans certains territoires, comme en Inde, des modèles se mirent en place à travers des bibliothèques scolaires mobiles. Pas assez pour pallier véritablement la situation.

Au sein de l’ONU, la branche Éducation (UNESCO) a décidé de réunir ce 29 mars les ministres de l’Éducation du monde entier. Sous la thématique « Un an de Covid : donner la priorité à la relance de l’éducation pour éviter une catastrophe générationnelle », il s’agit de trouver des solutions aux trois problématiques dégagées :

  • rouvrir les écoles et soutenir les enseignants ;
  • atténuer les abandons et les pertes d’apprentissage ;
  •  accélérer la mutation numérique.

À ce jour, existe une série d’aides portées par la Coalition mondiale pour l’éducation, que l’UNESCO a mise en place. 400 millions d’élèves et 12 millions d’enseignants profitent, à différents niveaux, des soutiens que les 170 partenaires privés comme publics peuvent apporter. Cependant, les pays ont connu en moyenne 25 semaines de perturbations dans les enseignements, ruinant au passage quelque 20 années de progrès constatés. D’autant que si des systèmes de rattrapage existent, seul un quart des élèves en aurait bénéficié.

« Si le nombre d’apprenants touchés par les fermetures partielles ou complètes d’écoles n’a pas beaucoup changé depuis le début de la pandémie, les gouvernements prennent de plus en plus de mesures pour maintenir les écoles au moins partiellement ouvertes », signale l’UNESCO.

« Les établissements sont totalement ouverts dans environ la moitié des pays dans le monde (107 États), principalement en Afrique, en Asie et en Europe, et accueillent 400 millions d’élèves du préélémentaire au secondaire. »

Dans une trentaine de pays, les écoles sont toujours fermées, avec 165 millions d’enfants concernés, et semi-fermées dans 70 pays.

« Pour limiter les abandons et les pertes d’apprentissage, il convient de donner la priorité à l’instruction lors de la reprise. Mais on estime que 65 % des gouvernements des pays à faible revenu ont réduit le financement de l’éducation, contre 35 % dans les pays à revenu élevé. »