mercredi 13 mars 2019

L'intellectuel de gauche : cet évangéliste, ce prêtre sans Dieu

L’essai magistral de l’intellectuel britannique conservateur Roger Scruton consacré aux principaux penseurs modernes de gauche — de Jean-Paul Sartre à Alain Badiou en passant par Habermas et Hobsbawm —, est enfin traduit et publié en français sous le titre « L’Erreur et l’Orgueil » (Éditions de L’Artilleur). À cette occasion, Roger Scruton s’est entretenu avec Eugénie Bastié du Figaro. Qu’est-ce que la droite ? Pourquoi la plupart des intellectuels sont-ils de gauche ? Le clivage droite-gauche est-il encore pertinent à l’heure des populismes ?

– Votre livre sur les penseurs de ce que vous appelez la « nouvelle gauche » vient d’être traduit en français. À l’heure de la montée des populismes, le clivage entre droite et gauche est-il toujours pertinent ?

Roger SCRUTON. — Le clivage droite-gauche n’a jamais été très précis. Mais je crois qu’il existe pourtant des différences profondes d’opinions et d’attachements. L’homme de droite moyen (comme moi) a le sentiment d’appartenir à quelque chose dont il a hérité : une nation, une religion, des coutumes, une famille. C’est une sphère d’amour. La gauche correspond à un type différent de caractère. Elle ne voit pas son identité en termes d’attachements hérités, mais en termes d’expériences qui augmentent la liberté et confèrent un droit égal à tous. La politique de gauche est une politique ayant un but, là où le conservatisme est une politique de tradition, de compromis et d’indécision établie. [Note du carnet : plutôt que de l’indécision nous dirions « de prudence et de scepticisme face à la nouveauté. »] Dans les années 1960, la gauche héritière du marxisme proposait, sous la forme d’un bloc historique, une relation étroite entre la figure de l’intellectuel et le peuple. Les intellectuels de gauche devaient guider le prolétariat dans une confrontation collective contre la « bourgeoisie ». C’était le mythe fondateur de la culture intellectuelle française d’après-guerre, dont Sartre, Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty furent les éminents représentants. Ce mythe a été détruit lorsque les intellectuels ont découvert que la classe ouvrière ne les aimait pas. Les gens ordinaires ont été capables d’améliorer leur situation indépendamment des idées de ces intellectuels, grâce à l’État-providence et la croissance économique, et devenaient des petits patrons et des petits propriétaires. Dès qu’ils le pouvaient, les membres de la classe ouvrière ont fui leur classe, leurs emplois en usines vers les petites entreprises et une existence indépendante. Résultat : la bourgeoisie et la classe ouvrière ont été réunies par les mêmes intérêts. Horrifiés par cette évolution, les intellectuels de gauche ont inventé un nouveau mot, « populisme », pour décrire le fait que le peuple se soit détourné d’eux. « Populisme » sert à désigner ce que veut le peuple, sans l’aide des intellectuels de gauche pour le définir.

– À quoi est due l’asymétrie morale qui règne dans le champ intellectuel entre droite et gauche ? Pourquoi la majorité des intellectuels sont-ils, depuis l’après-guerre, de gauche ?

Roger SCRUTON. — C’est une question très profonde, qui m’a troublé toute ma vie : pourquoi les intellectuels sont de gauche alors que la gauche s’est si souvent trompée, et qu’à chaque fois qu’elle a pris le pouvoir, ça s’est mal terminé ? Qu’est-ce qui est donc si attirant ? Depuis la Révolution française règne l’idée que l’égalité est la position par défaut de l’humanité, sa position naturelle, que la société vient corrompre. S’il n’y a pas de Dieu, pas de vision religieuse globale, c’est à cette position naturelle qu’il faut chercher à revenir. Dans toute communauté, il y a des gens qui souhaitent diriger et conduire le peuple. Dans les communautés traditionnelles, ils le conduisaient vers une forme de transcendance. Mais depuis la Révolution française, l’intellectuel moderne est un prêtre sans Dieu qui veut guider le peuple vers son salut, l’égalité.

– Comment expliquez-vous l’aveuglement des intellectuels de gauche vis-à-vis du communisme ?

Roger SCRUTON. — Si vous rentrez dans cet état d’esprit, vous devenez un évangéliste, la personne qui guide le peuple vers son salut, à travers vous-même car le salut du monde passe par le salut du moi — le moi est très important comme objet d’adoration, surtout chez Sartre et son fameux « pour-soi ». Les horreurs deviennent des erreurs, des problèmes d’acteurs et de circonstances, qui ne remettent pas en question les idées. En 1989, tout le monde pensait que le moment de la vérité était enfin advenu et que nous allions enfin admettre la vérité de la condition humaine, par exemple le fait que la société reposait sur la liberté d’association et donc sur des marchés, et que la propriété privée était nécessaire. Mais la gauche a réinventé un nouveau langage, notamment via la déconstruction.

– Votre livre donne une place considérable aux intellectuels français. Pourquoi la France a-t-elle produit tant d’intellectuels de gauche ? Est-ce que l’Angleterre est plus immunisée contre le marxisme et ses avatars ?

Roger SCRUTON. — Il y a deux aspects. D’abord, je crois, la place particulière qu’occupe la culture littéraire en France. Les Français prennent les livres très au sérieux. Les philosophes, les penseurs, les écrivains sont bien plus respectés en France qu’ailleurs. Beaucoup d’intellectuels français ont une grande réputation dans le monde anglophone, tandis que nos intellectuels sont des créatures poussiéreuses vivant dans des ruines ou des bibliothèques. Mais cela rejoint une question plus large, celle de la transformation de la France pendant la Révolution française. Nous n’avons jamais, en Angleterre, été engagés dans une purification de masse, et nous sommes toujours un pays aristocratique malgré les réformes. Nous faisons des ajustements à mesure que le monde change, mais nous n’avons pas connu la ferveur révolutionnaire. Le socialisme a pris chez nous une forme nationale, britannique, d’une redistribution des biens et des avantages aux plus pauvres, plutôt qu’un renversement général de l’ordre moral antérieur, comme le fut la machine à non-sens des années 1960, avec Althusser, Lacan et Deleuze. Tout est plus extrême chez vous. La gauche moderne tend à vouloir mettre au jour des mécanismes de domination à l’œuvre dans la société et déceler des logiques de pouvoir derrière chaque institution. D’où vient cette obsession du pouvoir ? Dans toute relation, il y a une forme de pouvoir. Le pouvoir ne peut jamais être distribué également. Nous parlons vous et moi dans le cadre d’une interview, et il y a entre nous une forme d’asymétrie. Mais ce n’est pas l’important. Pensons à l’amour. C’est sans doute la chose la plus importante sur Terre, la manière dont nous nous sauvons, ce pour quoi nos vies valent la peine. Mais l’amour est un pouvoir : le pouvoir de l’aimé sur l’amant et vice versa. Nous négocions en permanence pour que ce pouvoir ne nous oppresse pas. Il le peut, il y a des relations abusives, mais réduire ces relations à un pouvoir, c’est perdre de vue les choses qui comptent vraiment. Pourtant, dans un certain état d’esprit contemporain, entamé par Foucault, le pouvoir devient la seule chose importante. Pour Foucault, chaque institution est réductible au pouvoir qu’elle exerce. Foucault dit que la réalité de la famille, c’est le pouvoir, exercé par les parents sur les enfants, par le mari sur la femme, et que l’on peut tout déduire de cela. Mais la vérité de la famille réside autre part : le pouvoir est la structure, mais l’amour en est l’essence. Il y a une inversion systématique de l’essentiel et de l’accidentel. Cette poursuite du pouvoir tourne à la paranoïa, voire au complotisme, lorsqu’on voit derrière toute institution, de la famille à la prison en passant par l’asile, la marque d’une domination de la bourgeoisie. Toute norme devient une forme de pouvoir qu’il faut déconstruire. La diffusion de l’hégélianisme, notamment après guerre dans les universités françaises par Kojève, a donné une obsession pour le « négatif » qui se tient dans le cœur de toute chose qu’il faut mettre en branle pour accélérer la transformation du monde. C’est l’idée de Méphistophélès dans Faust, du négatif comme moteur de l’histoire. C’est pourquoi je dis qu’il y a quelque chose de méphistophélique dans la gauche intellectuelle française. « Je suis l’esprit qui toujours nie. » Les intellectuels français se définissent toujours contre l’ordre bourgeois.

– Pourquoi les intellectuels de gauche détestent-ils tant le « bourgeois » ?

Roger SCRUTON. — Il n’y a qu’en France que le mot « bourgeois » a pris une importance quasi métaphysique. Flaubert a consacré des pages cruelles au bourgeois, et Marx a récupéré le mot pour désigner les propriétaires du profit. Tout cela a fini par démoniser, non seulement une classe sociale, mais tous les gens « normaux » qui cherchent à s’installer, se marier, fonder une famille, devenir propriétaire d’une petite maison, avec peut-être un petit jardin à cultiver. Tout ce qui est innocent et normal est devenu suspect, en particulier en France. Personne n’a riposté en montrant la beauté de la vie bourgeoise, qui accomplit une forme d’épanouissement de l’homme.

– Simone de Beauvoir écrivait : « La vérité est une, l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme. » La gauche a-t-elle un problème avec le pluralisme ?

Roger SCRUTON. — Il y a un grand paradoxe à gauche : le relativisme moral se combine avec le sectarisme. Tout est relatif, mais il est absolument vrai que tout est relatif. Et si vous n’êtes pas d’accord avec ce postulat, vous êtes en état de péché. Ainsi on peut conquérir du territoire sans se donner la peine d’argumenter. Derrière le relativisme se cache un absolutisme. En réalité, ils ne pensent pas ce qu’ils disent, ils pensent : « Tout ce que VOUS pensez est relatif. » Vous fustigez la critique trop systématique du capitalisme. Mais l’opposition à la marchandisation du monde ne doit-elle pas être un souci du conservateur ? Je suis un conservateur critique de la société de consommation, du matérialisme et de la fétichisation de la marchandise. Mais, contrairement à la gauche, je pense que cela fait partie de la nature humaine et qu’on ne peut pas le détruire, mais seulement le contrôler, lui poser des limites et l’ordonner à des fins supérieures. La grande erreur de la gauche est de croire que parce qu’on n’aime pas quelque chose, on peut la balayer d’un revers de main. On n’aime pas la propriété qui conduit à des abus : il faut donc la détruire. Ça donne le goulag. Il n’est pas possible de débarrasser les gens du désir de consommer, car c’est le désir sur lequel toute économie est fondée. Ce qu’il faut faire, c’est une distinction entre les choses qui peuvent être mises sur le marché et celles qui doivent rester en dehors. On peut vendre le fruit de son travail, mais pas ses enfants, son corps ou son sexe. Il y a quelque chose de juste dans la critique de gauche de la société de consommation : que tout ne doit pas être traité comme un bien, qu’il y a des choses qui ont une dignité intrinsèque. Beaucoup de gens de droite sont d’accord avec ça. Sauf que la gauche offre comme alternative au capitalisme une utopie qui ne vient jamais, là où la droite voit dans l’héritage des remparts naturels au marché tout-puissant. La gauche détruit par son activisme progressiste les dernières barrières qui s’opposaient encore au marché. Or, je crois que les seules ressources qui nous permettent de nous opposer au matérialisme sont d’ordre spirituel.

– Vous avez été nommé par le gouvernement britannique pour diriger une commission sur la beauté dans l’architecture anglaise. Quelle place joue la beauté dans le clivage droite-gauche ?

Roger SCRUTON. — Je pense qu’il y a, chez une certaine gauche, une hostilité à la beauté lorsqu’elle est ordinaire. S’habiller le dimanche, avoir de beaux meubles, avoir des goûts classiques, tout cela est suspect. Les monstrueux immeubles HLM qu’on a construits un peu partout au XXe siècle sont des désastres esthétiques qui produisent une grande misère sociale et morale. Le confort a supplanté la beauté, qui n’est pas quantifiable. L’uniformité dictée par l’État centralisateur cachait parfois implicitement une condamnation de l’architecture bourgeoise. On n’appelle plus « bourgeois », mais « nimby » (pas dans ma cour) les habitants qui refusent que la laideur s’installe près de chez eux, avec une nuance de mépris pour leur manque de sacrifice à l’égard de l’intérêt général. La difficulté de transformer la question de la beauté en programme politique, c’est que le jugement esthétique est difficile à expliquer de façon purement rationnelle, à encadrer par une législation objective. Il y a pourtant des consensus sur la beauté : la beauté de Paris est l’objet d’unanimité, même si celle-ci a été abîmée par une poignée d’idéologues. Prenons l’exemple du centre Beaubourg, qui a été conçu par Richard Rogers, un architecte britannique de gauche, qui voyait dans la destruction d’un antique quartier de Paris l’accomplissement du vœu de Le Corbusier. Il a fait ce morceau d’absurdité, cette machine pleine de tuyaux colorés que personne n’aime, et lui-même, fait lord par Tony Blair, vit dans une maison de style géorgien dans un quartier protégé de Londres. Une belle allégorie de l’intellectuel de gauche.



L’Erreur et l’orgueil : penseurs de la gauche moderne
par Roger Scruton
publié chez l’Artilleur
à Paris
le 6 mars 2019
Broché : 504 pages
ISBN-13 : 978-2810008414



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Le 13 mars 1682 : l’explorateur Cavelier de La Salle prend possession de la Louisiane

René-Robert Cavelier de La Salle
D’après « Histoire de la Louisiane », volume 1, par Charles Gayarré, paru en 1846 et « La Louisiane » (par Eugène Guénin) parue en 1904.

Au cours de son deuxième voyage en Nouvelle-France, René-Robert Cavelier de La Salle s’embarqua sur le Mississippi le 13 février 1682, accompagné de 22 Français et d’une trentaine d’autochtones, et parvint sans incident à l’embouchure de la rivière des Arkansas, point où les explorateurs Louis Jolliet (1645-1700) et Jacques Marquette (1637-1675), découvreurs des sources du Mississippi, s’étaient arrêtés en 1673.

L’expédition comprenait notamment un autre explorateur, le chevalier de Tonti, qui en fit le récit suivant :

dimanche 10 mars 2019

Québec — Le nombre de naissances continue de baisser, forte hausse des décès

Les données sur le nombre de naissances et de décès pour 2018 ont été publiées par Statistiques Québec. Malgré une population québécoise qui continue de croître (8 390 499 au 1er juillet 2018), principalement à cause de l’immigration, et une « politique familiale » qui favorise le travail des femmes, le nombre de naissances au Québec continue de baisser, lentement il est vrai.



Il est né moins d’enfants au Québec en 2018 qu’en 1916 (83 634 naissances à l’époque) en pleine première guerre mondiale, alors que la population du Québec était quatre fois moindre (environ 2,2 millions). Il y a 60 ans quasiment deux fois plus d’enfants naissaient (144 459 en 1959) alors que la population du Québec était d’environ 5 millions d’habitants, soit 40 % plus petite...

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vendredi 8 mars 2019

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

On apprenait en ce vendredi 8 mars que, d'une part, la basilique de Saint-Denis, la basilique des rois de France, a été saccagée, et que, d'autre part, la stèle marquant l’emplacement de l’ancienne synagogue de Strasbourg au Halles a été heurtée accidentellement et non vandalisée.

Nouvel acte de vandalisme dans une église française. Et pas des moindres puisqu’il s’agit cette fois de la basilique des rois de France, à Saint-Denis. Une enquête a été ouverte par la police, mercredi 7 mars, rapporte Le Figaro. Les faits remontent à la nuit du 2 au 3 mars dernier. D’après Le Parisien, « l’auteur des actes de vandalisme aurait profité des travaux et aurait grimpé par une terrasse de la basilique ». Il aurait brisé des vitraux « pour percer une brèche d’un mètre de haut et il aurait atterri au niveau du triforium, une coursive ». C’est l’organiste qui aurait découvert, le dimanche matin, les dégradations. En s’installant devant son instrument classé monument historique, au moment de la messe, il a constaté que les deux portes du buffet étaient également gravement endommagées, tout comme le moteur.




Le Figaro informe également que la stèle marquant l’emplacement de l’ancienne synagogue de Strasbourg au Halles a donc été heurtée accidentellement, lors d’une marche arrière, par un automobiliste qui sortait d’une boîte de nuit. Le maire de la ville, Roland Ries, son premier adjoint et le préfet s’étaient rendus sur place. « Il s'agit à l'évidence d'un nouvel acte antisémite, cette fois en plein cœur de Strasbourg », avait dit Roland Ries. Cet « acte de vandalisme » a « tous les signes de l’antisémitisme », avait estimé le premier adjoint. Même le président du Parlement européen, Antonio Tajani, y était allé de son couplet : « Je condamne la dégradation de la stèle de l’ancienne synagogue de Strasbourg, détruite par les nazis en 1940. Les responsables devront être sanctionnés sévèrement. Je le redis, il faut agir vite et fortement pour stopper la recrudescence de l’antisémitisme. »



Billet du 20 février

La secrétaire d'État française Schiappa, a comparé la Manif pour Tous (organisation opposée au « mariage » LGBTQ2SAI+) aux terroristes islamistes. Cet amalgame a suscité la colère d’Alain Finkelkraut : « C’est ignoble ! Ils auraient voulu que mes agresseurs soient La Manif Pour Tous (...) La gauche bien-pensante rêve de mettre [La Manif Pour Tous] dans un même bloc que ceux qui sont contre les juifs ». L’académicien, d’origine juive, a été insulté par des manifestants islamistes radicaux samedi dernier. Il a rappelé que l’on oublie qu’il y a une augmentation des profanations des églises et « personne n’en parle ».




Ajoutons les menaces écrites sur les portails d’écoles catholiques...


« La seule église qui illumine est celle qui brûle. » Inscrit la nuit du 18 au 19 février sur le portail de l’école Saint-Vincent à Sète.

Au sujet de l’antisémitisme, Éric Zemmour, juif lui-même, a déclaré :
Ceux qui [...] organisent [la manifestation « officielle » contre l’antisémitisme] sont responsables de deux manières : ne pas endiguer l’immigration de masse qui en est le terreau, et nous avoir expliqué que l’islam est une religion de paix et d’amour.







Neuf lieux de culte ont été visés ces derniers jours. La Conférence épiscopale reste discrète pour éviter la surenchère.

L’Église catholique fait face en France à une vague d’actes malveillants. Pas moins de neuf églises ont été visées entre le 28 janvier et le 10 février. Sur cette seule période, quatre ont subi des actes de « profanation », cinq des actes de « vandalisme ». Selon les chiffres 2017 du ministère de l’Intérieur, l’Église catholique et les Églises chrétiennes détiennent le record d’atteintes aux lieux de culte : 878 sur les 978 actes recensés. Soit une moyenne de deux par jour.

L’Église préfère toutefois s’en tenir à une relative discrétion sur ce sujet. « On veut éviter les effets de surenchère », explique un conseiller d’évêque. La Conférence épiscopale ne s’est d’ailleurs pas prononcée officiellement ces jours-ci. Son porte-parole, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, s’est contenté d’émettre ce message Twitter : « Des églises incendiées, saccagées, profanées. Nous ne pourrons jamais nous habituer à ce que ces lieux de paix soient la proie de violences, à ce que nous avons de plus beau et de plus...



Dernières profanations en date, donc, le 9 février à Notre-Dame de Dijon. Mais aussi le 3 février à Lusignan, près de Poitiers et à Talmont, en Vendée, le même jour. Dans ces deux cas, les calices contenant les hosties — dont certaines ont été répandues — ont disparu. Très spectaculaire fut la profanation du 5 février dans l’église Notre-Dame-des-Enfants à Nîmes. Christiane Roux, membre du conseil pastoral de cette paroisse, confie : “Le tabernacle avait été forcé, les hosties consacrées éparpillées, brisées. Une croix avait été tracée avec des excréments sur le mur et des hosties étaient collées dessus. Des excréments avaient été déposés sur les enfants de la statue de la Vierge. Croyants ou non, les habitants du quartier sont choqués. Pour les catholiques, c’est un sacrilège, puisque c’est une atteinte à l’eucharistie, cœur de notre foi, mais aussi à la liberté de conscience. Je réagirais de la même façon pour une synagogue, une mosquée ou un temple.”

À Dijon, les hosties consacrées ont été également jetées sur le maître-autel et quelques dégâts matériels ont été causés. Une “messe de réparation”, avec une liturgie spéciale, notamment le lavement de “purification” de l’autel, présidée par l’archevêque Mgr Roland Minnerath, a vu grande affluence, samedi soir. Le même rituel est prévu à Nîmes le 13 février.

Dans la plupart des cas, plainte a été déposée, et les enquêtes de police sont en cours. À Lavaur, par exemple, dans le Tarn, où, le 5 février, une crèche a été brûlée et un christ a été désarticulé pour former un “dab”, ce geste issu de la danse hip-hop. Deux adolescents se sont présentés à la gendarmerie, reconnaissant les faits. Dans les Yvelines, où les 28 janvier, 1er février et 4 février, la même église de Houilles a été successivement le théâtre du bris d’une branche de la croix de l’autel, d’une statue de la Vierge et de l’endommagement du siège d’autel, un SDF connu pour être déséquilibré, selon des témoins, a été interpellé par la police, mais l’enquête n’est pas terminée. Investigation également à Maisons-Laffitte, où le tabernacle a été renversé dans l’église Saint-Nicolas, dimanche après-midi. Recherches aussi à Saint-Gilles-Croix-de — Vie et à Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée, où deux églises subissent des dégradations régulières.

Outre les évêques concernés, qui ont dit localement leur indignation, Mgr Bernad Ginoux, à Montauban, a été le seul à s’inquiéter du “peu de réactions” sur un plan national, alors que c’est une “attaque directe contre la foi catholique”. Il estime, par exemple, que “le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, aurait pu envoyer un message à la communauté catholique”. Jean-Jacques Brot, préfet des Yvelines, a toutefois publiquement “condamné avec la plus grande fermeté ces violences graves et inadmissibles”. Il explique au Figaro : “C’est extrêmement préoccupant dans le contexte actuel. Aucune surenchère de ma part, mais, dans un département aussi sensible que les Yvelines sur le plan religieux, il est important que le représentant de l’État s’exprime pour redire sa vigilance afin que tous les lieux de culte restent des lieux de paix.”


Féminisme: vivement le 9 mars !

Extrait d'une chronique d'Élizabeth Lévy, fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur :

Sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.


Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.






De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus

 [...]

[Note du carnet : aux États-Unis, en ville, les jeunes femmes gagnent en fait plus que les jeunes hommes..., voir prochain billet : Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines]

Histoire — Les origines communistes de la journée de la femme

De Philippe Bouchat, conseiller au sein du Service public fédéral (ministère) belge

Ce 8 mars, il n’aura échappé à personne que l’on fête la Journée internationale de la femme. Cette Journée s’inscrit, historiquement, dans la mouvance socialiste révolutionnaire. En effet, l’idée d’une Journée internationale a été lancée en 1910 à Copenhague lors de la 2 Conférence de l’Internationale socialiste des femmes. Le 8 mars 1913, des manifestations ont lieu en Russie. Le 8 mars 1914, le droit de vote pour les femmes est réclamé en Allemagne. La Révolution 1917, des femmes luttent en Russie contre la vie chère. Le 8 mars 1921 est décrété « journée internationale des femmes » par Lénine. La fête passe en Chine en 1924, puis dans les pays de l’Europe de l’est, satellites de l’URSS à partir de 1947.

Affiche soviétique de 1932. Traduction :
« Le 8 mars, jour de l'insurrection contre l'esclavage
 des travailleuses de cuisine.
 À bas l'oppression et la mesquinerie
 de la vie domestique ! »
[Notons que sous l'Ancien régime, les femmes chefs de famille (surtout des veuves) avaient le droit de vote. Car c'est l'unité familiale propriétaire qui votait. Au XIXe siècle, les femmes propriétaires peuvent demander le droit de vote municipal selon le principe « pas de taxation sans représentation ». Au Québec, les femmes propriétaires votent sans restriction entre 1809 et 1849, jusqu'au moment où le mot « mâle » est inséré dans la loi électorale. Ce que les Québécoises perdent, les Ontariennes le gagnent peu après; dès 1850, les femmes propriétaires, mariées ou célibataires, peuvent élire les commissaires d'école. Dès 1900, le droit de vote aux élections municipales est généralement accordé aux femmes propriétaires partout au Canada.]

… à l’occidentalisation de la Journée de la Femme.

À partir des années 50, la guerre froide sévit entre les deux blocs occidental et soviétique. Les États-Unis ne veulent pas être en reste dans le combat des femmes et en font remonter la naissance à une grève des femmes qui se déroula à New-York en 1857. Les années 60 sont celles de l’émancipation et de la libération sexuelle. Le combat des femmes traverse l'Atlantique et s’occidentalise ainsi. Cette occidentalisation est consacrée en 1977 par l’ONU qui invite les États à dédier une journée aux droits de la femme.

Des revendications sociales…

Au début, le mouvement féministe s’inscrivait ainsi dans la lutte pour les droits sociaux, économiques et politiques. Il revient à la vérité de dire que leur condition n’était pas enviable et s’assimilait peu ou prou à une forme larvée d’esclavagisme… Ce ne fut donc que justice que le droit de vote leur fut accordé, qu’elles purent travailler, quitter leur cuisine, passer le permis de conduire, entrer à l’université, choisir leur époux, etc. En ce sens, le mouvement féministe fut légitime.

… à la « liberté » sexuelle… [et à l'effondrement démographique]

À partir de 1960, on quitta progressivement les revendications sociales pour appréhender la question sexuelle. Avec l’apparition de la pilule, les femmes revendiquèrent la liberté sexuelle, c’est-à-dire, concrètement, d’avoir des relations sexuelles sans procréer automatiquement. Cette liberté sexuelle a certes permis aux femmes de gérer leur fécondité, mais a aussi facilité la voie des unions extra-conjugales. De légitime au départ et soutenu par de nombreux hommes, le combat des femmes se transforma en lutte contre la gente masculine et perdit ainsi une grande part de sa légitimité.

Le féminisme selon l'ASSÉ :  la lutte pro-LGBTQ, homo,
sociale, anti-macho, queer, etc.
On remarque les similitudes avec une campagne
gouvernementale en cours dans les médias
… jusqu’à la dictature du genre !

S’il a fallu attendre les années septante pour avoir une consécration de la Journée de la femme par l’ONU, ce n’est pas le fruit du hasard. En effet, les années 70 sont celles qui voient fleurir un peu partout dans les universités américaines des études sur le « genre ».  Appelées initialement « études sur les femmes », puis « études féministes », les études de genre ont pour objet les rapports homme-femme sous l’angle social et postulent l’inégalité de ces rapports au détriment des femmes.

Le mouvement féministe entend donc lutter contre ce qu’elle appelle la phallocratie, dénonçant le modèle familial traditionnel rejoignant ainsi les mouvements LBGT (lesbiennes, bisexuel(le)s, gays, transsexuel(le)s) dont il est l’allié objectif : la femme entend avoir une position indépendante de son rôle de mère et d’épouse, alors que les LBGT entendent voir d’autres modèles de familles être consacrés. Aujourd’hui, le genre s’impose comme déconstruction des catégories de représentation du sexe masculin et féminin et reconstruction sociale de ces catégories, niant ainsi l’altérité sexuelle. Il s’agit donc d’un mouvement constructiviste qui entend transformer l’homme (dans son acception de mâle) en androgyne où les différences homme-femme disparaissent. Telle est la grande confusion délibérément opérée par les féministes actuelles : chaque différence est une discrimination et doit être donc être gommée, fût-ce par la contrainte légale ! Il s’agit là d’une dictature à peine larvée qui est devenue en deux décennies le modèle dominant.

Les velléités socialistes de « mariage » pour « tous » [bin non ! pas de polygamie, d'inceste], de la procréation médicalement assistée (PMA), de l’adoption par tous et de la gestation pour autrui (GPA) s’inscrivent dans cette mouvance historique, unissant ainsi pour le coup les socialistes et les mouvements libertaires dont l’influence au niveau international est prépondérante (voir p.ex. la consécration du concept de genre par la 4e Conférence internationale sur les femmes de Pékin de 1995). Je ne m’étendrai pas dans ces quelques lignes sur les nombreuses objections théologiques et scientifiques à la prétendue « théorie » du genre, d’autres l’ayant fait avant moi (voyez par exemple l'émission de Drieu Godefridi ici).

Résumons-nous. D’origine socialiste, la Journée des femmes (au pluriel) consacra [dans certains pays] un combat légitime pour l’octroi de droits sociaux et politiques. En s’occidentalisant, la Journée de la femme (au singulier) a in fine consacré l’alliance objective actuelle entre les mouvements féministes et LBGT[2QS], dont l’objectif avoué est de construire un tout nouveau modèle social où les rôles masculins et féminins ne se distinguent plus, se confondent, justifiant toutes les attaques contre le mâle et son rôle d’époux et de père. C’est pour cette raison que je ne célébrerai pas la Journée de la Femme de ce 8 mars, car elle consacre tout ce dont le libéral a horreur : le constructivisme et la dictature ! Célébrer la Journée de la femme ? Non merci !

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Rediffusion : Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes

La femme au temps des cathédrales

Deux fois plus de dépression chez les femmes qu'il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

L'État se féminise (60 % de femmes !) et se « diversifie »

« Guerre contre les femmes » ? Plutôt, une guerre contre les enfants





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La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

La femme a-t-elle toujours été cette perpétuelle mineure qu'elle fut, nous dit-on, à la fin du XIXe siècle ? En France, la Révolution française et le Code Napoléon ont bien marqué une régression juridique des femmes.

Mais a-t-elle toujours été écartée de la vie politique comme elle le fut notamment dans la France de Louis XIV ? S'appuyant sur son expérience de médiéviste et d'archiviste, Régine Pernoud s'est attachée à l'étude de ces question. Dans La Femme au temps des cathédrales, le lecteur découvre que le plus ancien traité d'éducation a été rédigé en France par une femme, que, au XIIIe siècle, la médecine était couramment exercée par des femmes et qu'aux temps féodaux, les filles étaient majeures à douze ans, deux ans avant les garçons...

L'historienne Régine Pernoud nous livre ici une étude systématique menée à travers une multitude d'exemples concrets, elle ne laisse échapper aucun aspect des activités féminines au cours de la période féodale et médiévale : administration des biens, métiers et commerce ; domaine de la pensée, de la littérature, de la politique même ; femmes écrivains, éducatrices, suzeraines, celles qui animèrent les cours d'amour et celles qui ont inspiré les romans de chevalerie.

Il est davantage question dans La femme au temps des cathédrales, maître ouvrage de Régine de Pernoud, des femmes de la société de cour que de celles du peuple même si celles-ci ne sont pas passées sous silence, mais ce parti pris permet d'approcher un monde prisonnier des tapisseries et des enluminures. Belle occasion de couper court à l'image de la femme cloîtrée dans l'espace familial, dans l'ombre de son mari, et de voir au contraire une épouse, une fille, sinon affranchie, du moins évoluant à l'intérieur d'un espace public, influente, instruite et rêvant déjà d'une condition de vie plus libérée.


Régine Pernoud dans une émission d'Apostrophes avec Bernard Pivot en 1980

Contemporaine de Charlemagne, Dhuoda écrivit, bien avant Rabelais et Montaigne, un manuel d'éducation, le premier du genre, et, au XIIe siècle, Héloïse, abbesse du Paraclet, enseignait à ses moniales le grec et l'hébreu. Si la politique est d'un accès quasi insurmontable (quoique...), la femme au Moyen Âge ne manque pas de talent pour se faire entendre. Historienne de Jeanne d'Arc, Régine Pernoud rappelle ces deux vers de Christine de Pisan saluant l'exploit de la Pucelle à Orléans : « L'an mil quatre cent vingt et neuf / Reprit à luire le soleil. » Hommage d'une femme à une autre femme.

Comme le faisait remarquer Robert Fossier, « En ces siècles romans où manger est l'essentiel où la maison est la cellule de la survie. Là où s'apaise la faim que tous redoutent, où l'argent perd l'essentiel de son pouvoir tentateur, comment celle qui tient les réserves et prépare la nourriture ne jouerait-elle pas le rôle essentiel ?

Régine Pernoud commence habilement son développement en plantant devant nous, comme un symbole, la magnifique cuisine de Fontevrault, merveille de technique et centre nourricier d'une immense cité monastique.

Vient ensuite le domaine de l'amour aux multiples chemins : l'attrait de la féminité tout d'abord, renforcé par les soins de beauté où l'on trouve tant d'étranges préparations. L'auteur s'attarde ensuite sur l'amour courtois et le culte de la dame

À propos du mariage. R. Pernoud étudie l'histoire de la législation canonique en la matière et fait apparaître ainsi combien l'Église eut de peine à triompher du modèle de mariage qui régnait dans les couches supérieures de la société. Ce n'est qu'au XIIe siècle que s'impose vraiment la théorie consensuelle qui, en faisant de l'échange des libres consentements l'essence du mariage, assurait — au moins en théorie — la promotion de la femme. On s'en donc débarrassé de l'autorisation des parents, promu le consentement et insisté sur la sacralité de l'institution matrimoniale. C'est un énorme progrès pour Mme Pernoud.

Dans le domaine économique, nous rencontrons les femmes en tant que productrices . Si le labeur et les semailles leur échappent (pour des raisons d'ordre symbolique et physique à la fois), toutes les autres formes d'activité, tant à la ville qu’à la campagne, leur sont accessibles, et c'est ici que la moisson de renseignements et très abondante parmi les textes et la documentation iconographique. Nous arrivons ainsi au sommet de l'échelle sociale, car c'est un fait connu — mais qu'on oublie volontiers — que du XIe au XIIIe de puissantes dames (comtesses, reines, impératrices) ont souvent exercé et parfois sans partage le pouvoir suprême ...

Le long exposé de R. Pemoud, qui prend parfois l'allure d'une description de la vie quotidienne, est sous-tendu par une thèse : c'est du XIe au XIIIe que la condition de la femme a atteint son zénith ; c'est alors qu'elles ont pu à tous les niveaux imposer leur empreinte sur la société.


Source H. Platelle





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Dépliant pour promouvoir l'étude du latin à l'école

L'association Arrête ton char publie un dépliant pour promouvoir l'étude du latin et de la culture antique. Il peut être distribué en classe (en France) dans les écoles en fin de sixième  (11-12 ans) pour inciter les élèves à étudier cette matière optionnelle.

Extrait du dépliant
 


Des clichés qui ont la vie dure !

« Le latin, c'est seulement pour les bons élèves. »

NON. Le latin est ouvert à tous les élèves curieux.

- En 5e (12/13 ans), les élèves commencent son apprentissage avec tous le même niveau.

« Le latin, c'est beaucoup de travail. »

NON. L'option latin demande peu de travail, elle est toujours évaluée de façon positive et constitue une aide précieuse pour les autres matières

« Le latin est une langue morte. »

NON. En France, plus de 500.000 élèves étudient encore le latin chaque année .


- On écrit encore aujourd'hui des textes et des livres en latin un peu partout dans le monde.

« Le latin cela ne sert plus à rien aujourd'hui. »


NON. Le latin a donné +80% des mots du français.
Il permet donc à la fois d'enrichir son vocabulaire et d'améliorer son orthographe.

- Il est à l'origine des langues romanes, dont l'italien, et l'espagnol, mais aussi de + 50% des mots anglais.
- Aujourd'hui, plus d'un milliard de personnes dans le monde parlent une langue issue du latin.

« En latin on ne fait qu'apprendre des tableaux de grammaire par cœur. »

NON. Le cours de latin s'appelle aujourd'hui « Langues et Cultures de l'Antiquité. » Les élèves y découvrent à parts égales la langue et la civilisation antique avec des méthodes et des thèmes motivants.

Une ouverture culturelle unique !

- On n'étudie plus aujourd'hui le latin que pour lui-même. Étudier le Latin, c'est...
 étudier l'étymologie et la formation du vocabulaire
  • revisiter la mythologie
  • découvrir l'Histoire Antique
  • comprendre les origines de l'Europe
  • s'initier à la philosophie et à la littérature
  • étudier l'Histoire des Arts
 - Les Langues Anciennes permettent aussi de...
  • faciliter l'apprentissage des autres langues
  • développer le raisonnement et l'esprit logique
  • comprendre le vocabulaire scientifique
  • travailler de façon interdisciplinaire
Découvrez le site www.arretetonchar.fr :

- Les latinistes disposent d'un site Internet très riche pour s'exercer en ligne et profiter de nombreuses ressources multimédias.

L'Antiquité est partout !
 - Littérature jeunesse, BD, mangas, cinéma, séries télé, publicité... L'Antiquité est présente partout dans la culture populaire.

- Mais l'Antiquité est également présente partout
dans ...notre quotidien :


...les noms de jours, de mois, de planètes
...de nombreux mots ou expressions directement
empruntés au latin :

agenda, lavabo, maximum, déficit, alibi, illico, memento, rebus, ad vitam aeternam, vice versa, a priori, post mortem, grosso modo, curriculum vitae, referendum, incognito...

Étudier les Langues et Cultures de l'Antiquité, c'est être capable de mieux comprendre le monde
moderne et ses symboles.



Le cours de latin : c'est quoi ?

Horaires
- Le latin, c'est 7 h d'enseignement de la 5e à la 3e

1 h par semaine en 5e, 3 h en 4e et 3e

Travail

- La plupart du travail est fait en classe.
- Il n'y a pas de contrôle surprise.
- Les latinistes utilisent régulièrement les outils numériques pour travailler et réviser.

Quels débouchés pour le latin ?
 Au lycée et au-delà

- Étudier le Latin au collège, c'est pouvoir le poursuivre au lycée et choisir, en 1ère et Terminale, le nouvel enseignement de spécialité « Littératures, Langues et Cultures de l'Antiquité ».
- Le latin est obligatoire pour l'accès à certaines grandes écoles.

Formations et métiers

- L'étude des Langues Anciennes est un réel atout dans de nombreux domaines professionnels.
éducation:
  • métiers de la culture
  • métiers du livre et du journalisme
  • métiers de la communication
  • métiers du tourisme
  • métiers liés à la santé et au social
  • métiers du droit







Les latinistes noteront que le locatif de domus est domi (à la maison, chez soi), mais qu’il ne s’applique pas ici puisqu’il y a mouvement et que l’accusatif domum s’impose donc. La phrase corrigée par le généreux et convaincant pédagogue nocturne est donc correcte : Romani ite domum.

En outre, ire se conjugue eo, is, it à l'indicatif présent et non io, is, it (à 1 min 17).



Voir aussi

Le Cercle latin de la Nouvelle-France

Oxford réorganise les études classiques pour réduire inégalités entre hommes et femmes

France — Valoriser le latin et le grec, auprès de tous

Ces prénoms qui disent l’avenir de l'Occident

Chronique d’Éric Zemmour sur les changements dans les prénoms donnés aux enfants français. À noter que le Québec donne aujourd’hui surtout des prénoms bilingues (Jacob, Jonathan) ou même anglais (William, Logan, Noah) alors qu’aucun des prénoms parmi les dix les plus donnés n’est un prénom typique français (Guillaume, Pierre, Luc, Jean, Jacques, Thierry, etc.), voir ici.

Une analyse documentée, chiffrée et précise de l’état de la société française. Un travail remarquable et hardi, qui porte un coup très rude aux partisans des dénis de réalité.

« Le prénom est un marqueur culturel. Il est partie intégrante d’un complexe sociologique, qui renvoie à des sensibilités régionales (ou nationales), à des logiques familiales, à des modèles de conduite, à des genres de vie. Par voie de conséquence, les transformations de la prénomination se présentent à nous comme un élément notable et un indicateur précis des changements vécus par une société. »

Cette phrase est de l’historien britannique John Dickinson. Elle trône en dernière page de l’introduction du nouveau livre de Jérôme Fourquet. Le directeur du département Opinion de l’Ifop s’en sert à la fois comme caution intellectuelle et bouclier médiatique. Sa découpe sociologique de la France par l’analyse des prénoms va révéler ce que dissimulent obstinément nos élites universitaires, politiques, médiatiques à un peuple de moins en moins aveugle. Fourquet s’apprête à mettre des chiffres là où d’autres avant lui ont mis des mots. Là où ceux-ci auraient dit : « La France n’est plus la France », Fourquet, ou son éditeur, le fort bien-pensant Seuil, écrit en sous-titre : « Naissance d’une nation multiple et divisée ».


Mais la France a toujours été une nation multiple et divisée. Elle ne cessa d’être le pays des guerres civiles et des guerres de Religion ; et Emmanuel Todd, que Fourquet apprécie à juste titre, nous a appris, en reprenant les travaux de Frédéric Le Play, que la France était le seul pays d’Europe, voire du monde, où se côtoyaient autant de modèles familiaux différents et concurrents. Alors, quoi de neuf sous le soleil ? Les prénoms, vous dis-je ! Même lorsque les Français se trucidaient au nom de Dieu ou du Roi, ou de la Liberté, ou de l’Égalité, même lorsqu’ils se partageaient entre catholiques ou protestants, blancs ou bleus, bleus ou rouges, catholiques ou laïques, gaullistes ou communistes, ils donnaient à leurs enfants les mêmes prénoms, tirés du calendrier des saints. Une loi édictée par Bonaparte, le 11 novembre an XI, les y obligeait et personne n’avait l’idée d’y contrevenir. Car le peuple français était resté, malgré toutes ces divisions, ce « peuple de race blanche, de religion chrétienne et de culture gréco-romaine » dont parle de Gaulle à Peyreffite, au début des années 1960.

C’est ce monde-là, cette France-là qui ont été détruits en quarante ans. Et c’est cette destruction — ou plutôt cette dislocation — que révèle l’analyse des prénoms. On comprend mieux les précautions matoises de Fourquet et de son éditeur !



Le basculement s’est fait en deux temps : d’abord, dans les années 1970, on abandonne le ciment catholique (la fameuse « morale de nos pères » dont parlait le pourtant anticlérical Ferry) avec les lois sur l’IVG, le divorce par consentement mutuel, puis, en 1982, la dépénalisation des relations homosexuelles entre un adulte et un mineur de 15 à 18 ans ; à la même époque, on autorise le regroupement familial des immigrés.

Le second temps a lieu dans les années 1990 : les socialistes suppriment la loi de Bonaparte sur les prénoms en 1993 ; les militants salafistes débarquent en France en même temps que la chaîne al-Jazeera ; les télés privatisées ouvrent en grand le robinet des séries américaines. Les classes populaires appellent leurs enfants Kevin et Cindy ; les immigrés musulmans continuent d’appeler les leurs Mohamed ; la bourgeoisie catholique est la dernière à respecter (paradoxe historique !) la loi de « l’usurpateur » Bonaparte ; la bourgeoisie mondialisée des métropoles envoie ses enfants dans les universités européennes ou américaines. En 2016, Marie représente 0,3 % des prénoms des enfants nés cette année-là ; les prénoms musulmans constituent 18,6 % de ces mêmes prénoms en 2016. Et ces 18,6 % font en vérité 50 % et plus dans d’innombrables quartiers, banlieues de métropoles, mais aussi villes moyennes, jusque dans des départements entiers comme la Seine–Saint-Denis, qui deviennent ce que l’écrivain algérien Boualem Sansal appelle « des républiques islamiques en herbe ». L’avenir est écrit dans ces chiffres. Chaque diaspora a sa stratégie d’« intégration » : 95 % des personnes ayant un nom arabo-musulman ont aussi un prénom arabo-musulman ; 75 % des Asiatiques nés en France ont un prénom français.



Autour de cette découpe par les prénoms, on retrouve toutes les divisions françaises qui sont autant de béances, économiques, sociales, sécuritaires, culturelles, scolaires, politiques. Tout l’intérêt du livre de Fourquet est de mettre ces bouleversements culturels en face des transformations économiques, sociologiques et surtout politiques qu’a connues le pays. La France des Kevin se tient chaud au Front national (comme une révolte patriotique contre leurs parents américanisés ?). La France des Mohamed a rejoint chez Mélenchon les jeunes diplômés précarisés et les ouvriers cégétistes ; elle va inexorablement lui imposer sa loi démographique. La France des « Erasmus » a fait la gloire de Macron, tandis que la France des retraités, la dernière génération à avoir connu la France d’avant, a sauvé Fillon de l’humiliation.
Bien sûr, tout cela doit être nuancé et Jérôme Fourquet le fait avec sérieux et professionnalisme ; mais les grandes tendances sont bien là. Elles se retrouvent dans toutes les démocraties occidentales et expliquent l’affrontement entre « populistes » et « progressistes ». Entre « somewhere » et « anywhere ». Le clivage droite-gauche est bien mort, et les partis politiques qui l’incarnaient aussi, car la sociologie française d’avant qui les sous-tendait a été engloutie. Macron, à la tête de son bloc libéral-élitaire, va rassembler tous ceux qui ont intérêt à ce que se poursuive ce que Fourquet appelle l’« archipélisation » de la France. Au nom d’un prétendu « rassemblement », il aggravera la dislocation du pays. Son destin politique est écrit dans les prénoms. Au nom du « vivre-ensemble », il bénira la séparation. Notre auteur s’oblige à un optimisme de bon aloi : « Les géographes définissent un archipel comme un ensemble d’îles relativement proches les unes des autres, la proximité se doublant le plus souvent d’une origine géologique commune. […] À l’image des îles d’un archipel, ces populations vivent à l’écart les unes des autres, tout en entretenant bien sûr des rapports entre elles. […] Elles partagent un certain nombre de références communes, ce qui ne serait plus le cas dans une société communautarisée. » D’avance, le pourtant socialiste François Hollande lui a répondu, en se confiant, quand il résidait à l’Élysée, à des journalistes : « Tout cela finira par une partition. »



L’Archipel français
Où allons-nous ?
par Jérôme Fourquet
publié au Seuil
à Paris,
le 7 mars 2019
384 pp.
ISBN-13 : 978-2021406023



Voir aussi

France — le prénom comme prédicteur de résultat et de filière au bac

Québec — Plus de 30 % des naissances issues d’au moins un parent né à l’étranger

jeudi 7 mars 2019

« Il n'y a pas d'école neutre » et « les enfants sont variés », la liberté scolaire s'impose donc par réalisme et humilité

Interventions d’Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école depuis 2008, lors d’une conférence organisée le 13 février sur le thème « À quoi sert l’école ? » à Paris.



Sujets abordés :

— construire le commun, construire le vivre-ensemble
— neutralité de l’école impossible
— le problème n’est-il pas d’abord que l’on est dans une société du vide ?
— diversité des enfants, des besoins
— l’école publique française est trop caporaliste, n’expérimente pas ou mal
— l’école publique est en réalité inégalitaire (carte scolaire)
— l’école publique (Meirieu) prétend qu’elle seule peut être le creuset et inculquer des valeurs communes, mais est-ce le cas ? Tous les terroristes récents sont passés par l’école publique.
— profils des écoles indépendantes en France (elles sont très diverses et en rien majoritairement religieuses).
— différence entre la vision anglo-saxonne (efficacité d’abord) et expérience avec les académies et les écoles libres
— les enfants appartiennent-ils à l’État, aux parents ?
— l’école comme une petite société, lieu de passage entre la famille et la grande société
— l’école ne doit pas s’opposer aux valeurs des parents


Débat en entier : vidéo 1 (30 min) et vidéo 2 (45 min)

Compte-rendu du Monde



Débat Meirieu-Coffinier : « À quoi sert l’école ? »

Le pédagogue Philippe Meirieu et la directrice générale de la Fondation pour l’école Anne Coffinier ont débattu le 13 février du rôle de l’école aujourd’hui. Verbatim.

Par Séverin Graveleau. Publié le 4 mars 2019.
Temps de Lecture 5 min.

Leurs deux visions de l’école sont diamétralement opposées, mais ils ont accepté de les confronter autour de la question « À quoi sert l’école ? ». D’un côté, Phillippe Meirieu, professeur émérite en sciences de l’éducation, figure emblématique des pédagogues, homme de gauche convaincu du rôle central de l’école publique dans la lutte contre les inégalités. De l’autre, Anne Coffinier, énarque et directrice générale de la Fondation pour l’école qui soutient le mouvement des écoles « hors contrat », catholique revendiquée qui a longtemps dénoncé le repaire idéologique que serait devenue l’institution scolaire.

L’essor important des établissements indépendants (1 400 en 2019 selon les chiffres de la Fondation), dont le nombre augmente de 15 % par an depuis quatre ans selon le département de statistiques du ministère de l’Éducation nationale, « interroge les fondements mêmes de l’institution scolaire » selon Pascal Bouchard, journaliste du site d’information spécialisé ToutEduc qui organisait ce débat. Et ce, pour deux raisons : les écoles alternatives répondent, de fait, à des besoins auxquels l’institution scolaire ne répond pas, ou mal. Mais aussi parce que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, « a fait de l’efficacité de l’école son objectif principal, plus que ses finalités », selon Pascal Bouchard. Cette même dichotomie a opposé Anne Coffinier et Phillipe Meirieu, sur les principaux sujets abordés lors d’un débat organisé le 13 février. Verbatim.

Les besoins de l’école

Philippe Meirieu : Notre société est aujourd’hui marquée par le triomphe de l’individu, libre de ses choix, capable de décider de son propre destin, sans les contraintes et dogmes qui corsetaient notre société par le passé. Face à la montée de l’individualisme qui en découle, l’enjeu est de construire du commun et de mettre en œuvre un projet collectif. Le premier des besoins auxquels doit répondre l’école est donc de permettre aux enfants de penser par eux-mêmes, d’oser se libérer des dogmes et des carcans, des théories du complot comme des slogans publicitaires ou politiques, afin de comprendre le monde. Mais l’école doit aussi permettre la construction du commun et du collectif en favorisant la rencontre. En ne se résignant pas à voir ce commun fractionné en une multitude de petits clans incapables de collaborer.

Anne Coffinier : Il faut donc que l’école veille au vivre-ensemble. Mais il ne faut pas être obsédé par cette idée de sociabilisation, de l’école comme un creuset national. Par cette idée selon laquelle le meilleur moyen de construire du commun serait de mettre tout le monde dans le même moule, la même structure, avec le même programme et la même approche.
L’école peut-elle réellement créer du collectif alors que nous sommes profondément si différents (horizons familiaux, capitaux culturels, etc.). Ne faut-il pas mieux être réaliste ? Une approche plus humble, partant des besoins de chaque enfant, nous amène à penser qu’il faut avoir des écoles variées, précisément parce que les enfants sont variés, et que la société a besoin de cette variété, de ces différences.

L’école face à la différence


Philippe Meirieu : Il est nécessaire de prendre en compte l’altérité et la différence des enfants. C’est pour cela que mon engagement pédagogique s’est construit autour de la notion de pédagogie différenciée. Face aux différences, deux options s’offrent à nous. Soit on prend la diversité des enfants comme une richesse, et on estime que c’est au sein de l’école publique que les différences ont légitimité à devenir un outil de formation au respect de l’autre, par la rencontre et le partage. Soit on se dit que ces différences doivent s’incarner par des choix d’école, de classe ou de pédagogie. Avec le risque que cette recherche systématique d’îlots construise des homogénéités, de la clanification sociale et de l’entre-soi.

Anne Coffinier : Nous reconnaissons tous les deux qu’il y a une hétérogénéité des besoins au sein de l’école. Mais je suis sceptique sur le fait que la solution se trouve au sein de l’école publique. Car elle est une institution centralisée, corporatiste, qui a un véritable problème avec les expérimentations et la liberté des acteurs éducatifs ; une liberté à même de s’adapter aux besoins différenciés des élèves. Les enquêtes internationales montrent qu’on a de fait, en France, un vrai problème en matière de réduction des inégalités, malgré les beaux discours autour de l’égalité des chances. Philippe Meirieu estime que dans nos écoles les gens se retrouvent dans l’entre-soi pour fuir la rencontre. La réalité est que 69 % des 1 400 établissements que nous représentons sont aconfessionnels. Parmi les établissements ouverts cette année, il y a 33 % d’écoles démocratiques, 10 % d’écoles pour les publics spécifiques, 6 % d’écoles à la pédagogie explicite ou encore 12 % d’écoles bilingues, régionalistes et internationales. Il n’y a pas de logique de balkanisation.

Les rôles de la famille et de l’État dans l’éducation

Philippe Meirieu : L’école française s’est construite sur une volonté de vouloir faire primer l’égalité des chances sur l’hérédité des privilèges, la raison sur la superstition, le collectif sur l’individuel. Cela n’a pas toujours très bien fonctionné. Mais les écoles pour lesquelles milite la Fondation pour l’école sont construites autour de l’idée ancienne selon laquelle seule la famille a le droit de légiférer sur l’éducation. Pour l’essentiel, ces établissements sont contrôlés et administrés par les familles. Nous sommes en plein dans le courant familialiste, traditionnel de la droite internationale, qui estime que l’État doit se contenter des fonctions régaliennes. Je crois que l’éducation, c’est la rupture avec la famille. Pas une rupture brutale, mais, comme le disait le philosophe Alain, la capacité de découvrir qu’il y a d’autres familles que la mienne, qui pensent autrement que mes parents. A un moment donné, l’enfant a besoin de rencontrer une autre instance, moins affective, plus centrée sur la transmission de la rationalité et de la vérité.

Anne Coffinier : Le mouvement des écoles indépendantes ne correspond pas à une affirmation familialiste ni à l’idée d’une école domestique, « propriété » de la famille. Les Britanniques estiment qu’un enfant a besoin d’appréhender le commun à travers une structure qui est à sa taille. Le rôle de l’école est d’introduire à la cité l’enfant. Avant de devenir citoyen, il devient « petit » citoyen dans une école qui est une mini-cité dans laquelle il va exercer des responsabilités, contracter des valeurs, des vertus et des habitudes. L’école doit être cette « petite société » avec des règles faciles.
Le droit international et européen pose le principe selon lequel l’enfant n’appartient pas à la famille, mais dépend de ses décisions tant qu’il est mineur. Et que ce n’est qu’en cas d’empêchement ou de défaillance de la famille que l’État peut se substituer. L’idée, héritée de la Révolution française et des Lumières, selon laquelle l’enfant doit être arraché aux déterminismes familiaux, religieux ou sociaux par l’école, ne correspond pas aux attentes de la société. L’intérêt de l’enfant est que l’école lui montre d’autres horizons sans pour autant le rendre hostile et étranger à son ancrage d’origine.