dimanche 23 octobre 2022

Pourquoi la Suède est-elle devenue de droite ?

Le virage à droite de la politique suédoise a remis en question l’image du pays en tant que foyer spirituel de la gauche libérale. En effet, le succès de la coalition de droite suédoise a été tel que le New York Times a proclamé le jour des plus récentes élections législatives en Suède que « la Suède devient insupportable ». Voir image ci-dessous.


Cette nervosité qui étreint la gauche bien-pensante peut être attribuée à l’influence croissante des démocrates suédois anti-immigration. Bien qu’il ne soit pas directement au pouvoir, le soutien politique du parti à la coalition de droite signifie qu’il peut faire pression sur ses homologues plus modérés pour qu’ils modifient la politique migratoire de masse.

Freddie Sayers d’UnHerd s’est entretenu avec le journaliste indépendant Ivar Arpi pour discuter exactement de ce que signifie le mouvement de la Suède vers la droite. On parle aussi de politique dextrogyre. Commentateur bien connu en Suède, Arpi a utilisé son blogue, Rak höger ou « Tout droit à droite », pour plaider en faveur de politiques d’immigration beaucoup plus strictes dans le pays. Il soutient que la vague de réfugiés et de demandeurs d’asile qui sont entrés dans le pays en 2015 — principalement afghans ou syriens — a eu un effet déstabilisateur sur la société suédoise. Cette année, il y a eu 47 fusillades mortelles — égal au record de l’année dernière — et quelques semaines seulement avant cette élection, une fillette de 5 ans et sa mère ont été abattues dans une aire de jeux.

La population historiquement homogène de la Suède est aujourd’hui très différente de ce qu’elle était il y a 20 ou même 10 ans. Selon les statistiques de l’État, 20 % de la population et plus de 40 % des personnes de moins de 50 ans sont nés à l’étranger ou ont des parents nés à l’étranger.

Arpi est clair que les efforts d’assimilation passés en Suède ont, dans la plupart des cas, été un succès : « 50 % des médecins sont nés à l’étranger ou ont fait leurs études dans un autre pays. […] Leurs enfants vont dans des écoles suédoises, ils ont une éducation suédoise. Et ils sont entièrement intégrés. » Mais après 2015, l’intégration a échoué parce que la Suède a laissé entrer trop de réfugiés. « Nous devenons de plus en plus comme le Liban [division confessionnelle/religieuse] et le Brésil [division selon la classe sociale/raciale] », dit-il.

Certains quartiers, ou « zones vulnérables » comme les appellent les autorités suédoises, ont vu des immigrants se couper de la société suédoise au sens large, lutter pour trouver un emploi ou apprendre la langue. Selon les mots d’Arpi, « les gens sont coincés dans ces quartiers […]. Il n’y a pas de suédophones natifs dans les écoles. Ils n’ont aucun contact avec la société suédoise. Et dans ces régions, des gangs criminels ont pris le contrôle de grandes parties de la société et les gens sont captifs dans ces régions.

Pour l’électeur suédois qui a vu le taux de violence armée monter en flèche ces dernières années, la lutte contre la criminalité était un enjeu central de cette élection. Interrogé sur la violence en Suède, Arpi reconnaît “Ce n’est pas le Brésil. Ce n’est pas, tu vas dans une favela, ou tu vas à Baltimore, ce n’est pas la même chose. Mais la violence à la grenade et les bombes sont au même niveau que le Mexique. Des bombes explosent au milieu d’Uppsala. On mitraille des appartements bourgeois dans des quartiers aisés […] Nous avons des enfants qui se font tuer sur le terrain de jeu parce que les criminels en Suède sont si imprudents dans leur violence et ils ont des fusils automatiques. Et c’est nouveau.” Il rappelle qu’il ne s’agit pas simple de règlements de compte entre bandes de malfrats car des policiers se font attaquer chez eux.    

Arpi défend la possibilité de rapatrier les immigrants qui se comportent mal dans le pays d’accueil. “Tous ne sont pas des réfugiés”, rappelle-t-il. Un des projets envisagés actuellement par le nouveau gouvernement serait que “si vous commettez un crime en Suède, que vous êtes né à l’étranger et que vous n’avez pas la citoyenneté, la règle devrait être que vous  êtes expulsé du pays. […] Nous avons des politiques de rapatriement en place depuis toujours. […] Si un immigrant désire retourner dans son pays d’origine, il peut demander une aide à cet effet de la part des agences suédoises. Ce système est en place depuis longtemps. […] La somme accordée lors du rapatriement devrait fortement augmenter selon les propositions du nouveau gouvernement.  » Ari admet toutefois que ces mesures qui visent les criminels et les gens qui décident de partir n’auront pas un impact majeur et que la majorité des immigrants resteront en Suède. Ces mesures ne règleront pas la situation, la Suède devra vivre avec les conséquences de politique migratoire passée pendant des générations.

Arpi dit que l’improbabilité d’un changement radical a conduit à une sorte d’ennui national : “Il y a une profonde tristesse dans l’ensemble de la société suédoise. Les gens sont très pessimistes. Mais il espère tout de même que le nouveau gouvernement pourra proposer des solutions, malgré les tordeurs des médias : ‘Si vous demandez à la gauche, c’est en 1933, en Allemagne, et si vous demandez à la droite, nous sommes en 2022, commence enfin à relever le défi.

Les détracteurs d’Ivar Arpi lui reproche une vision trop pessimiste, trop sombre, qu’il devrait promouvoir le rapprochement, d’aller à la rencontre des habitants de ces quartiers ‘vulnérables’ pour intégrer ces personnes et retrouver une même vision commune. Pour le journaliste suédois, il s’agit là d’un point de vue naïf, d’une vision simpliste, qui assume que le contact engendre la proximité, la compréhension. ‘Parfois, plus vous rencontrez certaines personnes, moins vous les aimez’. Il ajoute ‘prenons l’exemple des nationalistes hindous et les Pakistanais [qui se sont récemment affrontés dans les rues de Leicester en Angleterre il y a un mois (vidéo)], je ne pense pas que ce soit une bonne idée qu’ils vivent côte à côte.’

Voir aussi 

‘La politique d’immigration irresponsable en Suède a contribué au succès inédit des droites’

La montée de l’ethno-nationalisme dans la politique suédoise

Émeutes en Suède : l’intégration des immigrés est un échec, selon la Première ministre

Pourquoi le Danemark s’oppose désormais à l’immigration 

 
 
 
 

 

samedi 22 octobre 2022

Vers l'interdiction du russe en Ukraine ?

Le secrétaire du Conseil de la sécurité nationale et de la défense de l’Ukraine a déclaré que le pays allait interdire complètement la langue russe. « La langue russe devrait disparaître complètement de notre territoire en tant qu’élément de propagande hostile », c’est ce qu’a déclaré Alexei Danilov le 20 octobre 2022 à l’émission télévisée « Ici, le Grand Lvov ». Lvov est une ville ukrainienne proche de la Pologne, également connue sous les noms de Lviv, Léopol (en français), Lemberg (allemand) et Lwow (polonais).

Il a ajouté : « L’anglais est obligatoire, notre langue maternelle est obligatoire. Il est très dangereux d’implanter ces récits russes chez nous. C’est une erreur de penser que nous devons les comprendre, pour comprendre quelque chose. Écoutez, nous n’avons besoin de rien d’eux, qu’ils se détachent de nous […] laissez-les aller dans leurs marais et croasser dans leur langue russe […] La décision a été prise qu’il fallait commencer par la langue de communication internationale — l’anglais. Et le reste des langues (français, allemand, arabe) seront ajoutées. »

Plus de 30 % de l’Ukraine parle le russe comme langue maternelle, principalement dans les régions annexées par la Russie, à Nikolaev, Odessa, Boudjak, Kharkov et la région frontalière de Soumy et Tchernigov. Une bonne partie du reste de l’Ukraine parle un mélange d’ukrainien et de russe étant donné que ces deux idiomes forment un continuum linguistique allant de l’Ouest très ukrainien à l’Est très russe sans solution de continuité géographique nette avant les campagnes d’ukrainisation récentes qui diffuse et impose une norme occidentale de l’idiome ukrainien.

Ironiquement, Alexei (Oleksiy à l’ukrainienne) Danilov est né dans la région de Lougansk, massivement russophone, récemment rattachée à la Russie. Il fut maire de la ville de Lougansk de 1994 à 1997, puis président de l’administration de la région de Lougansk en 2005. Vétérinaire de profession, il est diplômé de l’école technique de la ferme d’État de Starobelsk, toujours dans la même région, dont l’enseignant était prodigué en russe.

Dérussification à marche forcée

Adoptée en 1996, la nouvelle Constitution de l’Ukraine a confirmé le statut d’État officiel de la langue ukrainienne et a garanti le libre développement, l’utilisation et la protection du russe et d’autres langues des minorités nationales d’Ukraine.

Malgré la Constitution, la loi sur l’éducation (qui accorde en principe aux familles ukrainiennes le droit de choisir leur langue maternelle pour l’école et les études) ainsi que la loi sur les langues (qui garantit en théorie la protection de toutes les langues en Ukraine), le gouvernement ukrainien a progressivement transformé le système scolaire qui n’était que partiellement ukrainien en un système qui l’est en très grande majorité. En 2000, la proportion d’élèves recevant un enseignement en russe était inférieure à la proportion de citoyens qui considèrent le russe comme leur langue maternelle. Lors de l’année universitaire 2002/2003 dans la région de Lougansk — où pourtant la population qui parle le russe en famille constitue une vaste majorité absolue — l’enseignement prodigué par l’Institut pédagogique régional de Lougansk fut donné en ukrainien alors que l’État décida de commencer à enseigner le russe comme langue étrangère.

En 2004, le gouvernement ukrainien a imposé des restrictions sur les programmes de télévision et de radio en langue russe. Les programmes en langue russe doivent inclure une traduction ou des sous-titres en ukrainien. Les stations de radio et de télévision locales n’ont le droit de diffuser en russe que si elles peuvent prouver qu’elles ont un public russe. Les films non russes et non ukrainiens qui étaient doublés en russe ne peuvent désormais être doublés, postsynchronisés ou sous-titrés qu’en ukrainien.

Le 20 mai 2008, le conseil municipal de Donetsk a adopté une résolution limitant l’expansion de l’enseignement en ukrainien dans la ville. Le lendemain, le procureur de la ville a déclaré la décision illégale.

Le 1er novembre 2008, le Conseil national de la radiodiffusion d’Ukraine a décidé d’interdire la diffusion des chaînes de télévision russes qui n’étaient pas adaptées à la diffusion ukrainienne. L’opérateur de télévision par câble en Ukraine, Volya, a cessé de diffuser une demi-douzaine de chaînes russes dont Первый канал (la « Première chaîne ») regardée par 5,2 millions de Russes par jour en 2020. Un certain nombre de câblo-opérateurs à Zaporojié, Odessa, Lougansk, Kharkov, les villes de Crimée et d’autres villes dans la partie sud-est de l’Ukraine ont refusé de se conformer à l’ordre du Ministère, et la société Volya a continué à diffuser la Première chaîne à Kiev.

Après le coup d’État de Maïdan, en 2014, l’Ukraine a bloqué 14 autres chaînes de télévision russes. Le 23 mai 2017, le parlement ukrainien a approuvé la loi proposée en novembre 2016 qui exige que les réseaux de télévision et de radio nationaux, régionaux, par satellite et multicanaux diffusent au moins 75 % de leur contenu (résumé chaque semaine séparément à des intervalles de temps de 7 h – 18 h et 18 h – 22 h) en ukrainien à partir du 13 octobre 2017. 50 % sont requis pour les réseaux locaux et 75 % des programmes d’information sont requis en ukrainien pour tous les réseaux. Les films et les émissions qui ne sont pas des produits de ces réseaux et qui ont été produits après 1991 doivent être diffusés exclusivement en ukrainien. Depuis le 8 novembre 2018, les radios ukrainiennes doivent diffuser au moins 35 % de chansons en ukrainien ou seulement 25 % si elles diffusent 60 % de leurs chansons dans « les langues officielles de l’Union européenne » (comprendre l’anglais, par exemple, mais pas le russe).

Le 25 septembre 2017, une nouvelle loi sur l’éducation a été signée par le président (projet approuvé par Rada le 5 septembre 2017) qui stipulait que la langue ukrainienne est la langue d’enseignement à tous les niveaux, à l’exception des matières autorisées à être enseignées en deux langues ou plus, à savoir l’anglais ou l’une des autres langues officielles de l’Union européenne (le hongrois ou le roumain, mais pas le russe donc). La loi prévoit une période transitoire de 3 ans pour entrer pleinement en vigueur. En février 2018, cette période a été prolongée jusqu’en 2023.

L’interdiction des livres russes en Ukraine est entrée en vigueur le 30 décembre 2016, lorsque le président Petro Porochenko a signé une loi qui restreignait l’importation de livres en Ukraine depuis la Russie. Selon la loi, une personne peut importer au maximum 10 livres russes sans permis. La distribution non autorisée de livres en provenance de Russie est également interdite. Les livres russes représentaient alors quelque 60 % du marché.

Le 19 juin 2022, le Parlement ukrainien a adopté une loi qui renforce ces interdictions. Il interdit toute importation de toute production de livres et d’édition en provenance de la Fédération de Russie et de la Biélorussie, ainsi que des territoires rattachés à la Russie. En outre, toutes les publications en langue russe importées de pays tiers (c’est-à-dire principalement d’autres États postsoviétiques) doivent d’abord être examinées avant d’être autorisées à la distribution et à la vente en Ukraine. Une autre stipulation est qu’à partir du 1er janvier 2023, il ne sera permis en Ukraine de publier que des livres en ukrainien, les langues des groupes ethniques « autochtones » d’Ukraine (c’est-à-dire le tatar de Crimée [installé depuis la fin du Moyen-âge en Crimée…], le karaïm [langue turcique, 80 locuteurs juifs] et le krymtchak [langue turcique, 200 locuteurs juifs]), parallèlement aux « langues officielles de l’Union européenne ». En outre, au cours de la même séance, le Parlement a adopté une loi qui interdit l’importation, la mise en scène et la diffusion de musique russe et de langue russe en Ukraine.

Voir aussi

Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe  

L’Algérie mène la chasse à la langue française (pour le remplacer par l’anglais)

Marioupol, les élèves retournent en classe [en mai] (vidéos), heureux de pouvoir étudier en russe

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien

Lettonie — Vers l’élimination de l’enseignement en russe en 2025 

Ukraine — Sites internet, réseaux sociaux, interfaces de logiciel devront être traduits en ukrainien et cette version doit être présentée en premier

Budapest bloque adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en raison des lois linguistiques de l’Ukraine (2017)  

Des élèves réfugiés ukrainiens étudieraient en anglais au Québec malgré la loi 101 (et la loi 96)

vendredi 21 octobre 2022

« Des associations étudiantes [de l'UQAM] militent donc activement pour l’anglicisation du réseau universitaire québécois »

Un texte de David Santarossa, essayiste et enseignant, paru dans la Presse.

Alors que l’année dernière le Bureau de coopération interuniversitaire rapportait une baisse des inscriptions de 8 % à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cette année on parle d’une baisse de 4,6 %. Cette tendance s’observe depuis maintenant près d’une décennie.

Ces statistiques sont en soi inquiétantes, mais elles le sont d’autant plus lorsqu’on sait que les inscriptions à l’Université Concordia suivent la courbe inverse. Cela fait d’ailleurs quelques années que l’UQAM est déclassée par Concordia sur le plan des inscriptions. [L’UQAM a la réputation d’être une université à gauche.]

L’UQAM tente de tempérer les inquiétudes en expliquant qu’en raison de la pénurie de main-d’œuvre, beaucoup d’étudiants préfèrent travailler maintenant plutôt que d’entreprendre un long parcours d’études universitaires. C’est sans doute en partie vrai, mais c’est un peu court.

 


Les administrateurs de l’UQAM ne peuvent probablement pas le dire ainsi, mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas voir dans cette baisse des inscriptions un symptôme de l’anglicisation de la grande région métropolitaine.

Il faut aussi prendre la pleine mesure de ce que représente cette désaffectation de l’UQAM, car cette université a un statut bien particulier dans le paysage québécois.

L’UQAM est la seule université française au centre-ville de Montréal, elle est reconnue pour ses programmes de communication, d’arts et de sciences humaines et elle est en ce sens une institution fondamentale au développement de la culture d’ici.

Aussi, et ce n’est pas rien, l’UQAM représente symboliquement tout le réseau de l’Université du Québec (UQ) qui est l’un des legs les plus importants de la Révolution tranquille.

Avant la création du réseau de l’Université du Québec, il y avait seulement trois universités de langue française. Les leaders politiques de l’époque cherchaient avec ce réseau à éduquer les francophones qui avaient un important retard sur les anglophones. Dans les années 1960, seulement 4 % des francophones fréquentaient l’université, alors que c’était 11 % chez les anglophones.

L’aspiration globale derrière ce réseau était donc qu’un Québec français, c’est un Québec où l’on peut étudier et créer en français pour éventuellement avoir un rôle à jouer dans sa société. L’UQAM, c’est l’université de l’époque où le Québec s’est finalement décidé à prendre son destin en main.

Il n’est donc pas exagéré de dire que l’UQAM est l’université de la démocratisation de l’éducation.

On exprime souvent cette idée en disant que l’UQAM est « l’université du peuple ». Ce cliché était vrai, et il n’y avait là rien de méprisant, au contraire.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette mission historique ? Les associations étudiantes offrent une triste réponse.

Par exemple, au mois de mars 2022, l’Association étudiante des études avancées en sociologie de l’UQAM votait à majorité pour une proposition qui « s’oppose à l’imposition de la loi 101 au collégial ».

Les chiffres sont sans équivoque, le cégep anglais mène la plupart du temps à l’université anglaise. Des associations étudiantes comme celle-ci militent donc activement pour l’anglicisation du réseau universitaire québécois. C’est McGill et Concordia qui doivent s’en réjouir.

Manifestement, ces associations étudiantes font peu de cas de la baisse des inscriptions dans leur établissement. Comprennent-elles que moins il y aura d’étudiants à l’UQAM, plus le budget sera limité, moins l’offre de cours sera intéressante et donc moins il sera tentant d’aller étudier dans cette université ? On ne peut pas dire que ces associations ont le sens de leurs intérêts.

Somme toute, l’UQAM semble aujourd’hui en processus de divorce avec les Québécois. S’il est vrai que les Québécois se détournent de l’UQAM comme le démontre la baisse des inscriptions, il semble tout aussi vrai que l’UQAM se détourne des Québécois. Et c’est une mauvaise nouvelle pour tout le monde.

Voir aussi   

Proportion des étudiants universités au Québec selon la langue et l'origine

UQAM aurait une mauvaise réputation, à cause de ses professeurs intolérants ? (2016)

Legault parle de garantir la liberté de débat à l’université, Martine Delvaux de l’UQAM parle de « police » gouvernementale (2021)

Doctorants de l’UQAM — « Ceuzes qui sont contributeurices sont heureuxes » (2018)

Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ? [UQAM] (2021) 

Longue confrontation lors d’un cours d’anatomie pour avoir rappelé l’importance biologique des différences sexuelles [UQAM] (2021)

Climat de violence à l’UQAM ? Commission Curzi Dumont : Menaces et vandalisme à l’UQAM : jusqu’où iront les étudiants et les syndicats ? (2013)

Les gouvernements surestiment-ils le rendement économique des diplômes universitaires ? 

La liberté d’expression à l’UQAM (2017) 

UQAM — Conséquence du boycott étudiant et de l’appui de profs ? Nouvelles inscriptions en forte baisse (2015)

Activistes font pression pour empêcher les anthropologues d’identifier les restes humains comme « masculins » ou « féminins » (2022)

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j) (2017)

Remise en doute des origines autochtones d’une militante autochtone [UQAM] (2020)

Démographie — La Corée du Sud est-elle condamnée à disparaître ?

Avec un taux de natalité en chute libre, une population qui diminue et un vieillissement accéléré, Séoul fait face à une crise sans précédent aux conséquences économiques, sociales et culturelles incalculables. Il est urgent de trouver des solutions, alerte l’hebdomadaire « Hankyoreh21 ». 

 


En 2017, 1,05 ; en 2018, 0,98 ; en 2019, 0,92 ; en 2020, 0,84 ; en 2021, 0,81. Il s’agit de l’évolution du taux de fécondité en République de Corée. D’après la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU), le taux de fécondité minimal permettant de maintenir la démographie serait de 2,1, soit deux fois plus que celui que connaît actuellement le pays. Une fois la barre de 1 franchie, le nombre annuel de naissances peut chuter de moitié en trente ans. En dessous de 1,3, le taux est considéré comme extrêmement bas, ce qui est le cas de la Corée du Sud depuis 2002.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il dure depuis longtemps et s’aggrave à une vitesse plus importante que prévu. En 2021, pour la première fois depuis la création de l’État, en 1948, la population a diminué [à environ 51 millions d’habitants aujourd’hui], diminution qui n’était attendue qu’en 2029, voire en 2032, selon une estimation de 2016. On annonce que le cap de 2030 sera catastrophique. L’Institut sur le vieillissement de la population d’Oxford a cité la Corée du Sud comme le premier pays qui disparaîtrait. Cho Young-tae, démographe et professeur de l’Université nationale de Séoul, déclare :

« Le taux de fécondité en dessous de 1 a longtemps été considéré comme improbable, à moins d’une épidémie ou d’une guerre. »

Il ajoute : « On ne perçoit pas tout de suite les répercussions de la baisse démographique sur l’économie et la société, mais quand le seuil critique est dépassé, il est très difficile d’agir, et cela pénalise gravement la qualité de vie des citoyens. Il est certain que la Corée du Sud a atteint ce seuil. »  

Une chute brutale

Aux alentours de 1960, le taux de fécondité du pays se situait aux environs de 5 ou de 6. C’était après la guerre de Corée [1950-1953] et il était « normal » pour un couple d’avoir plusieurs enfants. Ceux qui sont nés sous le fameux signe du Chien de 1958 [selon l’astrologie chinoise] sont plus d’un million et font partie de la génération des baby-boomers.

Le nombre annuel de naissances a dépassé plusieurs fois la barre du million jusqu’au début des années 1970, puis a commencé à baisser : il était, par exemple, de 860 000 en 1980 et de 650 000 en 1990. Ce dernier niveau s’est à peu près maintenu pour l’année 2000, avec 640 000 naissances, puis il a connu par la suite une chute brutale, avec 470 000 en 2010 et 270 000 en 2020. Cette tendance à la baisse risque de se poursuivre dans les années à venir, compte tenu de la diminution de la population en âge de se marier et de la mode du mariage tardif. 

La mal-nommée pyramide des âges de la Corée du Sud

 Des milliards d’euros sans effets pour relancer la natalité

Pour favoriser la procréation, le gouvernement sud-coréen aurait investi depuis vingt ans quelque 200 000 milliards de wons [environ 14,3 milliards d’euros]. Pas moins de deux mille mesures auraient été prises par les autorités centrales et locales dans ce même but. Comment expliquer que la situation ne fasse que s’aggraver malgré tous ces efforts ? « Une baisse démographique a souvent des causes multiples, économiques, sociales et culturelles. La solution n’est donc pas facile à trouver », explique Kim Chang-sun, président de l’Association coréenne de la population, de la santé et du bien-être (KoPHWA).

« Le problème le plus fondamental réside sans doute dans le fait que les jeunes générations sont moins habitées par l’espoir que par l’inquiétude quant à leur propre avenir. » [C’est possible, il est cependant plus probable que l’on a favorisé l’inculcation de valeurs antinatalistes dans la jeunesse, qu’on a trop valorisé les études longues et l’individualisme, trop insisté sur le court terme plutôt que sur le long terme, y compris l’aspect religieux, etc.]

Le nombre de mariages a également chuté de 430 000 en 1996 à 280 000 en 2016. L’an dernier, il est descendu pour la première fois en dessous de la barre de 200 000, avec 190 000 mariages. Par ailleurs, d’après les indicateurs sociaux 2020 de la Corée du Sud, publiés par Statistiques Corée, les Coréens ne ressentiraient pas autant qu’avant la nécessité d’avoir des enfants. Cette opinion concerne toutes les tranches d’âge, avec 60,6 % pour les 10-19 ans et 52,5 % pour les 20-29 ans. 

 

La pyramide des âges du Congo (RDC). En 2022, la population serait de 96 millions (le Congo indépendant n’a effectué qu’un seul et unique recensement depuis 1960, celui de 1984), fin 2023 la population devrait y attendre 100 millions et 120 millions en 2030. Certaines sources, comme le CIA Factbook, prétendent que le Congo (RDC) compte déjà plus de 108 millions d’habitants en 2022. La population du Congo belge en 1950 était de 12 millions d’habitants (avec moins de 100 000 Européens).

La politique de limitation des naissances a trop duré

Quand on considère qu’une évolution démographique est prévisible à l’intervalle d’une génération, soit environ trente ans, on peut chercher des éléments d’explication de la situation actuelle dans la politique démographique des années 1980.

Dans les années 1960, une campagne nationale alertait ouvertement : « À continuer à faire des enfants, nous resterons dans la misère. » Le taux de fécondité d’environ 6 à l’époque était un taux élevé, même pour un pays sous-développé. Souvent, une seule personne devait prendre en charge une famille nombreuse. Soucieux du développement de l’économie nationale, le gouvernement déploya une politique de limitation de naissances qu’il poursuivit dans les années 1970 et même dans les années 1980, alors que les mesures prises avaient porté leurs fruits, avec un taux de fécondité tombé à 2,1 en 1983.

Les économistes et les autorités croyaient ferme en la théorie de l’économiste britannique Thomas Malthus [1766-1834], qui avait prédit que, sans freins, la population augmenterait de façon exponentielle, tandis que les ressources ne croîtraient que de façon arithmétique. Cette politique de limitation des naissances n’a été remise en cause qu’en 2005, lorsque le taux de fécondité est tombé à 1,08.

Pénurie de main-d’œuvre et croissance vers le bas

Certains relativisent le phénomène actuel, arguant qu’il y a bien assez de Coréens sur un territoire national qui n’est pas si grand [environ 100 000 km²]. Cependant, la baisse du nombre de naissances a des répercussions sociales et économiques graves. En effet, une chute démographique entraîne la pénurie de main-d’œuvre, la réduction de la consommation et finit par tirer la croissance vers le bas.

Le système social actuel, conçu pour l’essentiel à une époque de croissance démographique, sera également perturbé. La baisse du nombre de naissances est directement liée au vieillissement de la population. La Corée du Sud n’est plus seulement une société vieillissante, c’est aussi une société de vieux. Avec la tendance actuelle, 100 personnes dans la population active soutiendront 60 personnes âgées en 2040, et 100 en 2065. L’argent va manquer pour subvenir aux besoins des aînés.

Le pays est déjà marqué par un taux de pauvreté très élevé chez les plus de 65 ans, réalisant dans ce domaine l’un des pires scores des membres de l’OCDE. Avec de moins en moins de jeunes et de plus en plus de personnes âgées, la prise en charge de celles-ci pèsera trois fois plus que la moyenne internationale d’ici cinquante ans, tel est le pronostic de Statistiques Corée.

« Il faut des mesures concrètes et cohérentes »

La décision de se marier et d’avoir des enfants appartient à chaque individu. L’incitation aussi bien que la limitation par l’État constituent une atteinte aux droits fondamentaux des citoyens. Que faire alors ? Les experts réclament tous une politique à long terme. Il faut faire évoluer la société de manière que les jeunes arrivent naturellement à penser que fonder une famille n’est pas un si mauvais choix. « Il faut mettre en place un tissu de mesures concrètes et cohérentes qui concernent les différentes étapes de la vie, de la naissance à la vieillesse », déclare M. Kim. De son côté, Cho Young-tae affirme :

« Notre avenir est directement lié au problème démographique. Il est très important d’anticiper son effet. Les baby-boomers auront quitté le marché du travail d’ici dix ans. Si on ne s’y prépare pas, on va vers une catastrophe. »

So Hyong-su, ancien vice-président de la Commission sur la baisse de la natalité et le vieillissement, propose, lui, d’« adapter le système social et économique en tenant compte de l’évolution démographique à venir, l’essentiel étant la répartition des ressources. Il faut améliorer la qualité de la vie en réduisant les inégalités sociales, la compétition et les concentrations géographiques de la population. » 

La crispation antiféministe des jeunes Sud-Coréens

Le 8 janvier dernier, Yoon Seok-youl, candidat à l’élection présidentielle [sud-coréenne du 9 mars] pour le Parti du pouvoir du peuple [opposition conservatrice], a annoncé sur sa page Facebook sa volonté de supprimer le ministère des Femmes et de la Famille. Cette proposition a fait grimper la cote de popularité de l’intéressé à un niveau jamais atteint par une autre promesse d’un candidat en campagne.

Derrière ce phénomène se cache une catégorie d’électeurs identifiée par un néologisme, celui d’« idaenam », abréviation de l’expression qui signifie les « hommes de 20 à 30 ans ». Mais le portrait qui sera dressé ici concerne plus largement les jeunes hommes jusqu’à l’âge de 35 ans environ. Les idaenam, que le slogan de M. Yoon a particulièrement enthousiasmés, sont aujourd’hui considérés comme la catégorie la plus conservatrice de la population sud-coréenne. C’est ce que montre une enquête d’opinion réalisée par le quotidien Joong Ang Ilbo à l’aide d’une panoplie de questions touchant la société, l’économie et la sécurité nationale. Les femmes de cette tranche d’âge étant nettement plus progressistes que les hommes, les 20 à 30 ans apparaissent comme le groupe où les divergences entre les deux sexes sont les plus flagrantes.

Droitisation des jeunes hommes

Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, 47 % des électeurs de 20 à 30 ans avaient voté pour le président Moon Jae-in [Parti démocrate, actuellement au pouvoir]. Si on y ajoute les 13 % alors obtenus par Shim Sang-Jung, candidate du Parti de la justice, la gauche représentait 60 % des votes dans cette catégorie de la population, qui s’avérait ainsi la plus progressiste après celle des 30 à 40 ans (64 %). Tous âges confondus, les deux candidats de gauche obtenaient respectivement 41 % et 6 %. Certes, un sondage réalisé la veille du scrutin avait montré que le soutien des femmes de 20 à 30 ans à ces deux candidats de gauche — 56 % et 18 % — était plus important que celui des hommes — 37 % et 10 %. Mais le total de 47 % correspondait néanmoins à la moyenne nationale.

Puis, lors de l’élection du maire de Séoul, en 2021, les idaenam ont massivement voté (à 72,5 %) pour le candidat du Parti du pouvoir du peuple, Oh Se-hoon, élu avec un score de 59 %. Cette victoire des conservateurs intervenait un an après celle des progressistes aux législatives. Beaucoup d’électeurs avaient ainsi exprimé leur mécontentement à l’encontre du gouvernement.

Toujours est-il que chez les jeunes, les hommes et les femmes ont manifesté deux tendances politiques clairement distinctes. La droitisation des jeunes hommes est un fait qui se vérifie régulièrement depuis quelques années, tandis que les jeunes femmes affichent de manière relativement constante une opinion proche des progressistes.

Pour comprendre, il faut d’abord se pencher sur le phénomène générationnel. Au début des années 2000, un débat avait eu lieu autour de ce que l’on appelait « les salauds de 20 ans », à savoir les jeunes adultes accusés par leurs aînés de ne s’intéresser qu’à leur réussite personnelle et pas assez aux sujets politiques et sociaux. Les jeunes en sont alors sortis affublés d’une image négative, dont les traces sont toujours là.

Puis ces jeunes ont fait parler d’eux à l’occasion d’événements marquants. En 2018, lors des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, ils ont signé une pétition contre l’initiative intergouvernementale de former une équipe féminine de hockey sur glace qui soit commune aux deux Corées, initiative qui, d’après eux, allait porter préjudice aux sportives sud-coréennes. En 2019, lors du scandale mettant en cause le ministre de la Justice Cho Kuk et sa femme, soupçonnés de plusieurs délits destinés à procurer des avantages à leur fille dans son parcours académique, des étudiants des meilleures universités de Séoul se sont mobilisés en demandant la démission du ministre. D’autres manifestants dénonçaient l’acharnement du parquet [dont le chef n’était autre que l’actuel candidat aux présidentielles Yoon Seok-youl, alors procureur général] dans cette affaire jugée politique. En 2020, l’annonce du gouvernement d’une titularisation d’un certain nombre de contractuels employés à l’aéroport international d’Incheon a provoqué encore un tollé chez les jeunes, qui trouvaient ce traitement injuste pour les autres.

On a alors analysé ces réactions des jeunes comme résultants d’une obsession pour le respect de l’équité, synonyme dans leur esprit d’une méritocratie qui consisterait à réussir les concours grâce au travail personnel sans se demander si les chances ont été égales pour tous au départ. La discrimination positive révulse beaucoup de ces jeunes. Dans les meilleures universités de Séoul, les étudiants recrutés dans le cadre du programme d’égalité des chances subissent le mépris de leurs camarades qui les traitent de « parasites ».

Par ailleurs, depuis quelques années, on constate chez les jeunes un clivage entre les deux sexes. En février 2019, la présidence avait rendu public un rapport sur la baisse du soutien au gouvernement chez les hommes de 20 à 30 ans. Outre les tensions entre les deux sexes, d’une part, et entre les générations, d’autre part, le rapport pointait du doigt certaines mesures prises par le président, Moon Jae-in, comme celle en faveur de la parité [l’attribution de postes ou avantages à des femmes parce que femmes].

En réalité, les conflits entre les deux genres remontent au moins à mai 2016, quand une femme a été assassinée par un inconnu dans des toilettes publiques. Le crime, présenté comme un féminicide, a suscité une vague de manifestations féminines, puis des contre-manifestations de la part des hommes, ulcérés d’être assimilés à des criminels potentiels. Ces affrontements se sont reproduits en 2018 lors du mouvement #MeToo. Un nombre non négligeable de jeunes hommes ont fini par se considérer comme des « victimes ». 

Des anti-féministes crient « Arrêtez la misandrie ! » lors d’un rassemblement à Séoul. De nombreux jeunes hommes sud-coréens affirment que ce sont les hommes, et non les femmes, qui se sentent menacés et marginalisés.

De nombreuses déclarations s’en sont suivies visant à prouver combien ils sont désavantagés dans la société, à commencer par le service militaire obligatoire [d’une durée d’environ dix-huit mois] jusqu’à des détails, comme le fait que sur les 573 places disponibles dans les différentes facultés de pharmacie à Séoul, 320 se trouvaient dans les universités féminines. En bref, les jeunes hommes subiraient des injustices partout.

Force est de constater que le rapport de la présidence était prémonitoire, et que les conflits entre hommes et femmes se trouvent aujourd’hui aggravés, probablement non sans rapport avec la radicalisation des jeunes hommes. Pour autant, ceux-ci ne sont pas sexistes. Dans une étude publiée en mars 2020 par Choe Chong-suk, chercheuse du Centre de recherche sur la démocratie en Corée, les hommes de 20 à 30 ans apparaissent très sensibilisés à l’égalité des sexes, par exemple à propos de la participation des hommes à l’éducation des enfants ou encore du rôle de chef pour les femmes au travail. L’article du Joong-Ang Ilbo déjà cité précise que les jeunes, quel que soit leur genre, se montrent par ailleurs soucieux du respect des droits des minorités sexuelles.

Compétition sans fin

Les idaenam ne sont donc pas des machistes, mais plutôt des antiféministes : ils condamnent le féminisme au nom de la justice et de la méritocratie. Ils semblent avoir trouvé leur porte-parole en la personne du chef du Parti du pouvoir du peuple, Lee Jun-seok, âgé de 37 ans, probablement à l'origine du slogan "Suppression du ministère des Femmes et de la Famille", qui a suscité un engouement immédiat chez eux.

Le fait que les jeunes hommes ont exprimé des opinions radicalement opposées à quatre ans d’intervalle, à la présidentielle de 2017 et aux municipales de 2021, montre que leur identité politique est en fait flottante. Certes, ils ne sont pas les seuls à perdre leurs repères en cette ère dite de la « post-vérité », où les opinions politiques se radicalisent. Il n’empêche que l’enquête du JoongAng Ilbo fait craindre une intériorisation progressive des idées ultraconservatrices.


[Traductions : Courrier international]

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jeudi 20 octobre 2022

Ontario — buste de Champlain sera relégué aux « archives »

Suivant les recommandations d’un comité spécial qui a examiné l’héritage de Samuel de Champlain à l’Université Trent, en Ontario, le conseil des gouverneurs de l’Université a décidé de déplacer un buste de Champlain exposé à un de ses campus, mais il conservera le nom de Collège Champlain à cet endroit.

Le buste de Samuel de Champlain avait été donné à l’Université Trent en 2004 à l’occasion du 40e anniversaire de l’établissement.

Ces décisions découlent d’une réflexion sur les liens qu’a entretenus l’explorateur avec les peuples autochtones au début du XVIIe siècle. Samuel de Champlain a notamment sillonné la vallée de la rivière Trent et participé à des campagnes militaires en terres iroquoises [lesquels très gentils Iroquois massacraient les alliés indiens des Français].

Le dénommé « Comité Champlain » a récemment publié un rapport à la suite d’un examen « des relations de Champlain avec les Nations autochtones, de sa vision des relations entre les Autochtones et les colons ainsi que de la mesure dans laquelle les informations cartographiques et ethnographiques laissées par Champlain ont été utiles à la compréhension de l’histoire de cette époque et aux Premières Nations pour trouver des informations et pour délimiter des zones à des fins de revendications territoriales ».

Plusieurs aspects de l’héritage historique de Champlain ont été scrutés, certains en appui à son legs, d’autres neutres, mais aussi des aspects négatifs « susceptibles de susciter des sentiments de blessure ou de préjudice », peut-on lire dans le rapport du comité.

Le buste en question avait été placé aux Archives de l’Université pour la durée des travaux du comité, qui a été créé il y a près d’un an.

Cette mesure temporaire est désormais permanente, a annoncé l’établissement mercredi dans un communiqué, ce qui correspond à une des huit recommandations du comité. La sculpture était « un sujet brûlant » pour les étudiants, selon le rapport.


États-Unis — Fécondité selon la langue parlée à la maison (2021)

Données récemment tirées de l’American Community Survey 2021. Taux de fécondité selon la langue parlée à la maison aux États-Unis :

  • yidiche (yiddish) : 6,6 enfants par femme
  • allemand de Pennsylvanie (amish) : 6,2
  • somali : 5,2
  • arabe : 2,7
  • espagnol : 2,1
  • anglais : 1,7
  • hindi : 1,7
  • tagalog (philippin) : 1,7
  • japonais : 1,4
  • chinois : 1,3
  • perse : 1,2
  • coréen : 1,2
 
Note : Le Canada et le Québec ne semblent plus publier ces chiffres depuis une dizaine d’années… Voici les derniers chiffres disponibles que nous avons trouvés.

 

Et la proportion des naissances selon la langue (on voit que le poids des naissances d’anglophones est stable alors que celui des francophones baisse) :


 
Voir aussi 
 
 
 

Proportion des étudiants universités au Québec selon la langue et l'origine

Le système universitaire est devenu, depuis que les universités servent de 1re étape du processus d’immigration canadien, un des principaux vecteurs d’anglicisation du Québec.


Les universités anglophones de Montréal (massivement subventionnées par les francophones du Québec) regroupent de plus en plus d’étudiants, on  comprend pourquoi Montréal s’anglicise à une telle vitesse. Et que fait le gouvernement du Québec ? Il donne le Royal Victoria à McGill. Ce faisant, il condamne les universités françaises à la marginalisation prochaine.


Mise à jour des données d'effectif pour Concordia et l'UQAM (source BCI). Le déclassement de l'UQAM continue. Ces données sont une sorte d'indicateur avancé de l'anglicisation future de Montréal.
 



Source : Frédéric Lacroix

mercredi 19 octobre 2022

Générateurs de vidéos par intelligence artificielle : quels impacts sociaux et techniques ?

Meta (Facebook) ne se contente pas de créer des images basées sur l'intelligence artificielle (AI), mais il les extrapole pour créer de la vidéo. Le résultat que propose Make-A-Video est pour le moins très surprenant.

Pourtant, comme vous allez le voir dans cette vidéo, vous allez voir que MetaAI n'est pas le seul dans cette bataille de la génération de vidéo par l'AI.


lundi 17 octobre 2022

Pénurie de la main d'œuvre : miser sur l'automatisation

Pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre, l'entreprise Dolbec, le plus gros producteur de pommes de terre au Québec, a mis le paquet sur l'automatisation.


La piètre connaissance du français par les candidats enseignants diffère l'obtention de leur diplôme

La formation de 18 % des étudiants en enseignement est retardée en raison d’échecs en français.

Dans certaines universités, près d’un futur enseignant sur cinq doit retarder sa formation parce qu’il n’a pas réussi l’examen de français, alors que les exigences entourant ce test sont remises en question par des étudiants [bien sûr !] dans le contexte de la pénurie d’enseignants.

Depuis près de 15 ans, les aspirants enseignants doivent réussir le Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) pour obtenir leur brevet d’enseignement.

La réussite de cet examen est obligatoire avant le troisième stage qui est généralement prévu au cours de la troisième année du baccalauréat de quatre ans. En cas d’échec, l’étudiant doit reporter son stage d’au moins un an, le temps de réussir l’examen.

À l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Rimouski, 18 % des étudiants en enseignement se retrouvent dans cette situation, ce qui représente plus d’une centaine d’aspirants enseignants dans ces deux établissements pour une seule cohorte, selon des chiffres inédits obtenus par Le Journal de Québec.

Par ailleurs, le taux de réussite au premier essai, qui fait régulièrement la manchette depuis des années, fluctue toujours beaucoup d’un établissement à l’autre.

Les candidats demandent des questions plus faciles

En pleine pénurie d’enseignants, des étudiants réclament des assouplissements alors que des experts s’y opposent (voir ci-dessous).

« Si on échoue au test, on ne peut pas faire notre troisième stage, mais on peut continuer à faire des remplacements dans les écoles et à avoir des contrats non supervisés. Il n’y a pas de logique là-dedans », lance Caroline Fournier, étudiante à l’Université du Québec à Rimouski.

« Avec la pénurie, il y a plein d’enseignants non qualifiés dans les écoles. Certains ont juste un secondaire 5 et nous, il faut être arrêtés pendant un an. Ça n’a pas de sens », ajoute sa camarade de classe, Justine Fournier.

Un questionnaire dit difficile

D’autres étudiants remettent aussi en question le niveau de difficulté de l’examen, qui s’attarde selon eux à des exceptions ou des règles peu courantes de la langue française. « Pour réussir, il faut vraiment être un expert de la langue française », affirme une autre étudiante, que nous appellerons Julie, puisqu’elle a refusé d’être identifiée.

Le TECFÉE comprend la rédaction d’un texte de 350 mots et des questions à choix multiples sur le code linguistique. C’est ce questionnaire qui donne le plus de fil à retordre aux étudiants.

Julie s’explique encore mal comment elle a pu y échouer cinq fois. Lorsqu’elle était au cégep, elle a été recrutée pour être tutrice au centre d’aide en français et elle a terminé son épreuve uniforme de langue avec un « A ». [Euh, parce que l’épreuve uniforme est trop facile ?]

Katya Pelletier, chargée de cours au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, s’interroge aussi sur le contenu du TECFEE.

« J’ai des étudiants qui ont réussi le test alors qu’ils ont de graves lacunes en syntaxe. À l’inverse, j’ai des étudiants qui sont excellents en français et qui n’arrivent pas à le réussir. Il y a vraiment quelque chose à revoir », affirme celle qui est aussi présidente de l’Association québécoise des professeurs de français.

Avec la « mobilisation étudiante » qui s’organise présentement à ce sujet, l’AQPF pourrait prendre position sur la question en novembre, lors de son assemblée générale annuelle, ajoute Mme Pelletier.

Ce n’est toutefois pas la pertinence d’évaluer les compétences en français des futurs profs qui pourrait être remise en question, mais plutôt la manière de le faire, précise-t-elle.

NOMBREUX FUTURS ENSEIGNANTS ÉCHOUENT EN FRANÇAIS

Taux de réussite à la première passation au Test de certification en français écrit pour l’enseignement

En baisse

  • Université du Québec à Rimouski 21 % (comparativement à 42 % en 2018)
  • Université Laval 44 % (comparativement à 63 % en 2018)

En hausse

  • Université du Québec à Chicoutimi 33 % (comparativement à 23 % en 2018)
  • Université de Montréal 74 % (comparativement à 61 % en 2018)
  • Université de Sherbrooke 51 % (comparativement à 32 % en 2018)

Plutôt stable

  • Université du Québec en Outaouais 35 % (comparé à 33 % en 2018)

PAS QUESTION DE DIMINUER LES EXIGENCES

La pénurie d’enseignants n’est pas une raison pour diminuer les exigences en français, tranchent des experts du réseau universitaire.

C’est du moins l’avis de Pascale Lefrançois, présidente du comité de suivi scientifique du TECFÉE qui est géré par le Centre d’évaluation du rendement en français écrit (CÉFRANC).

« On ne veut pas se contenter de professionnels moins compétents, même si on est en pénurie. On ne se rendrait pas service, comme société », affirme-t-elle.

Le son de cloche est le même de la part d’Isabelle Gauvin, professeure en didactique du français, qui était jusqu’à récemment directrice du Centre d’aide en français écrit et oral à l’UQAM.

Repousser la réussite obligatoire de cet examen à la fin de la formation, plutôt qu’au troisième stage, pourrait d’ailleurs représenter un piège pour certains étudiants.

Pendant la pandémie, des étudiants ont été exceptionnellement autorisés à faire leur troisième stage même s’ils n’avaient pas réussi le TECFÉE, mais « un nombre important » se retrouvent maintenant à la fin de leur formation sans diplôme ni brevet, puisqu’ils n’ont toujours pas réussi l’examen, indique Mme Gauvin.

« C’est dans l’intérêt des étudiants de régler cette question-là au plus vite », dit-elle.

Concernant le niveau de difficulté de l’examen, Mme Gauvin souligne qu’il est difficile de se prononcer sur le sujet, puisque seuls les experts consultés lors de sa conception et les étudiants ont réellement pris connaissance de l’examen. « Aucun test n’est parfait », ajoute-t-elle.

Stress et anxiété

Pour certains étudiants, il est aussi possible que le stress et l’anxiété soient responsables de leur échec, plutôt que leurs lacunes en français, ajoute-t-elle.

De son côté, Pascale Lefrançois rappelle que le contenu de cet examen a fait consensus auprès des six experts réunis au sein du comité qu’elle préside.

Cette ancienne championne d’orthographe assure que le test ne comporte pas de « règles pointues » ou « un peu marginales », contrairement à ce qu’affirment des étudiants.

(L’auteur de ce billet a eu 9/10 à froid [il faut que vous étudiiez, grrr, le « stress »…], sans avoir révisé la matière, voir les ressources proposées par le site TECFÉE)

Voir aussi

 Les futurs enseignants utilisent Facebook pour se passer les questions aux tests de français  

Reportage de Radio-Canada sur la question de cette triche avec la présidente de l’Association québécoise des professeurs de français, Suzanne Richard.

Entrevue de Mme Pascale Lefrançois, professeure agrégée au département de didactique de l’Université de Montréal, par Michel Desautels.

Québec, faiblesse en français et valorisation de l’anglais  

Enseignement au Québec — On prend « n’importe qui »