lundi 8 juillet 2019

Sondage : Une majorité de Canadiens veulent moins de « réfugiés »

Selon un sondage commandité par CBC, les Canadiens sont très divisés au sujet du type d’immigration qu’ils souhaitent voir privilégier. En effet, 76 % des répondants estiment que le Canada devrait en faire plus pour encourager l’immigration de main-d’œuvre qualifiée.

Le gouvernement regroupe les immigrants en trois catégories : les travailleurs économiques et les gens d’affaires qualifiés, ainsi que leurs partenaires et les personnes à leur charge ; le regroupement familial ; et les réfugiés ou les personnes admises pour des motifs humanitaires (souvent rentrés illégalement au Canada).

Par ailleurs, 57 % des répondants disent que le Canada ne devrait pas accepter davantage de réfugiés ou de gens qui se disent réfugiés (et qui sont rarement expulsés quand leurs nombreux recours ont été épuisés, moins de 900 migrants illégaux ont été expulsés depuis 2017 alors que plus de 45 000 migrants sont entrés au Canada de façon illégale en empruntant un sentier forestier entre l’État de New York et le Québec).

La police sert de porteur de bagages des immigrants illégaux arrivés en taxi au chemin Roxham (Québec). Le panneau rappelle qu’il est illégal de passer la frontière en ce lieu.


Les autres faits saillants du sondage :
  • 64 % des répondants estiment que l’immigration illégale est devenue un problème grave.
  • 56 % affirment que le fait d’accepter trop d’immigrants va changer le Canada.
  • 24 % pensent que trop d’immigrants font partie des minorités visibles.

Appui des Canadiens immigrés au parti de Justin Trudeau

À quelques mois de l’élection fédérale canadienne, un sondage réalisé pour le compte de CBC révèle les opinions politiques des électeurs de plusieurs des principaux groupes démographiques. Il appert que le gouvernement du Premier ministre Justin Trudeau pourra au moins compter sur l’appui des électeurs issus de l’immigration.

Au moins 45 % des immigrés devenus Canadiens interrogés disent qu’ils ont voté pour les libéraux en 2015 et 39 % disent qu’ils ont toujours l’intention de voter pour ce parti en 2019. C’est tout de même une baisse de six points. Mais les libéraux ont toujours une bonne longueur d’avance avec ce groupe par rapport aux conservateurs, qui n’ont gagné que trois points pour atteindre 29 % d’appuis au sein de ce groupe d’électeurs.
Source

L'Université Evergreen (États-Unis) et les dérives du progressisme militant

Evergreen et les dérives du progressisme militant sur les campus universitaires nord-américains.



Voir aussi


  1.    La protestation radicale dans les universités, un acte religieux ?
    Incidents à Middlebury College (une université huppée au Vermont) en 2017 lors de la venue de Charles Murray. Credo, psalmodies, slogans, rites, danses et rejet du rationalisme.

     

  2. Carence de crimes haineux, il faut les inventer ? 



  3. Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

     
    Avertissement — Peut gravement nuire à la santé

jeudi 4 juillet 2019

Antipopulisme et écologisme sont les deux pôles du catastrophisme contemporain

Texte de Pierre-André Taguieff (ci-contre) publié dans le Figaro du 4 juillet 2019. L’apocalyptisme est à la mode, remarque l’historien des idées* et le grand récit de l’effondrement est désormais au cœur des discours politiques. Il invite à sortir du manichéisme qui fait de l’écologie le « parti du Bien » et du populisme le « parti du Mal ».

Ce qui caractérise le moment présent, c’est le goût du catastrophisme. L’alarmisme est à la mode et l’apocalyptisme se répand à grande vitesse dans les opinions militantes. Dans le champ politique délesté de son axe gauche-droite et de ses repères rassurants, deux partis informels de la peur se partagent la gestion et l’exploitation des passions dominantes : l’antipopulisme et l’écologisme. Le catastrophisme antipopuliste est contemporain de l’alarmisme climatique, qui vire à l’apocalyptisme. Si, dans le discours élitaire, le populisme est le nom du nouveau « parti du Mal » qui a remplacé à la fois le fascisme et le communisme, non sans permettre de minorer la réelle menace islamiste, l’écologisme est le nom du nouveau « parti du Bien », qui fait des ravages chez les jeunes et pleurer les « bobos » frappés de visions de « fin du monde ».

En termes plus nuancés : au nouveau « parti du Pire » aux contours flous — « les populistes » — s’oppose désormais le « parti du Meilleur », un parti sans frontières, le parti du « vivant » et de la « diversité », nouveaux noms du sacré. L’ennemi absolu a donc deux visages : celui du « populiste » destructeur sournois de la démocratie et celui du pollueur criminel de la planète, qui tend, chez les intégristes écolo-animalistes, à se confondre avec l’espèce humaine tout entière, intrinsèquement criminalisée. Contre le diable « populiste » se dresse la grande déesse « verte » : le premier fait l’unanimité contre lui, la seconde semble séduire tout le monde. Les conversions à la gnose écologiste se multiplient, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par le centre, traditionnellement opportuniste. Comment résister à ce nouveau « savoir qui sauve » ? Il y a certes des exceptions à la règle, disons des hérétiques : des « populistes » assumés de droite ou de gauche, fiers de l’être, et des « climato-sceptiques » déclarés, assurément téméraires ou provocateurs. Mais ils sont traités comme des suspects, des irresponsables ou des ignorants, des délinquants ou des méchants. Ils sont mis à l’écart et désignés comme les ennemis de l’environnement, des animaux (animaux humains compris) et des végétaux.

Portée par la vague jeune-verte, incarnation du jeunisme sympathique en politique, la thématique alarmiste de « l’urgence climatique » est devenue l’unique fondement du nouvel impératif catégorique de la morale politique. Elle rassemble ceux qui « pensent bien » et savent ce qui est vrai. L’écologisme salvateur et rédempteur, néoreligion ou nouvelle gnose, oscille entre le statut d’une pseudo-politique et celui d’une doctrine postpolitique sur la scène du grand spectacle planétaire. Quant à l’antipopulisme, il fonctionne comme un substitut de pensée politique à l’âge de l’impolitique, celui du triomphe de la communication, des fausses nouvelles, des postures trompeuses et de l’esprit complotiste. Il donne, à tous ceux qui ont peur de perdre quelque chose, l’illusion réconfortante d’être du côté du Bien et du Vrai.

La séduction du catastrophisme tient à ce qu’il est irréfutable [en 2100 ce sera l’enfer ! Croyez ou brûlez !] et fortement mobilisateur mais aussi au fait que les politiques qu’il est susceptible d’inspirer ne sont jamais sanctionnées. Voilà qui garantit un confort intellectuel permanent aux illuminés qui jubilent d’attendre la fin du monde en dénonçant les coupables présumés du crime suprême, le crime contre « le climat » et « le vivant ». Les antipopulistes vertueux, quant à eux, trouvent leur bonheur quotidien d’accuser les assassins potentiels de « la démocratie » ou, en France, tradition oblige, de « la République ». La nouvelle union de la gauche se forge autour du grand récit d’effondrement et de rédemption offert par les écologistes, tandis que l’union de la droite et de la gauche pulvérisées se fait sur la base d’un programme antipopuliste commun. De pieux adeptes d’une néoreligion de salut d’un côté, des soldats idéologiques défendant tant bien que mal un faisceau de partis assiégés de l’autre.

Oublié le « crime contre l’humanité ». Il n’y a plus que deux grands crimes : le crime contre « la démocratie » et le crime contre « la planète ». Le catastrophisme sécrète le manichéisme comme le foie sécrète la bile. Il enferme les esprits dans les abstractions et les formules creuses. C’est la vengeance ironique du Polemos : les doctrines de combat ont pris la couleur du Bien. Reste le piètre horizon vertuiste du « vivre ensemble », notre dernier opium pour tous, soit l’idéal confus de la coexistence paisible et heureuse du lion et de la gazelle, du loup et de l’agneau, des humains et des autres vivants — tous dotés d’une « dignité » intrinsèque —, auquel s’ajoutent les synthèses fantasmées de l’écologisme et du progressisme, ou les noces sacrées du laïcisme et du multiculturalisme au nom du « respect », vertu synthétique résiduelle. La recherche du « bien-être » de chaque vivant comme seule règle d’action. L’idéal bourgeois projeté sur tout ce qui vit, mais socialisé et étatisé. Et l’État-providence planétaire pour horizon désirable. On nous enjoint de nous engager d’urgence dans les deux bons camps, sous peine de devenir des réincarnations du « salaud » sartrien. Il est permis de trouver irrespirable l’atmosphère dégagée par l’activisme frénétique des boy-scouts au service de « la planète » et de « la démocratie ». Et aussi d’aspirer à une pause, propice à la réflexion.

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Il est une contradiction fondamentale au cœur de la démocratie : la décision du souverain pour le bien commun doit être une, alors même que le peuple, avec la diversité légitime de ses opinions, est multiple. Tel est le problème qu’entreprend de résoudre De la Souveraineté. Bertrand de Jouvenel construit sa réponse en faisant retour sur les questions fondamentales de la philosophie politique. Pourquoi et comment les hommes s’associent-ils ? Quelles sont les différentes formes possibles d’association ? Qu’est-ce qui caractérise la communauté politique au regard des autres formes d’association ? En quoi consiste l’autorité politique ? Pourquoi obéissons-nous aux lois ? Au terme de ce parcours, il montre que c’est la délibération éclairée par la raison entre les membres de la communauté démocratique, grâce notamment à leurs instances représentatives, qui permet de résoudre la contradiction.

Paru en 1955, dix ans après
Du Pouvoir, De la Souveraineté est longtemps resté indisponible en librairie. 

Journaliste avant-guerre, Bertrand de Jouvenel (1903-1987) sera après-guerre analyste politique et économique, articulant une activité d’enseignement avec la participation à différentes instances consultatives. Il sera l’un des théoriciens d’un libéralisme tempéré. Il est fondateur de la revue
Futuribles. Il a enseigné en France et dans de nombreuses universités étrangères (Oxford, Cambridge, Manchester, Yale, Chicago, Berkeley). Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont La Civilisation de puissance, Fayard, 1976 ; Les Origines de L’État moderne, Fayard, 1976.

Ci-dessous la chronique d’Éric Zemmour alors qu’un livre phare de Jouvenel, libéral conservateur classique, est réédité.






Nous sommes en 1955. Dix ans plus tôt, Bertrand de Jouvenel a publié son maître livre : Du pouvoir, qui lui a permis de prendre place parmi les grands penseurs libéraux français, héritier de Benjamin Constant ou Tocqueville, contemporain de Raymond Aron. Avec De la souveraineté, il récidive. « On écrit toujours le même livre », disait Marcel Proust. Jouvenel a seulement déplacé son curseur et entrepris d’enseigner au souverain ses devoirs, à la manière des grands textes d’antan, d’Érasme ou de Machiavel. Mais son souverain à lui n’est plus un prince, mais le peuple. Plus de soixante ans après sa parution, on n’entre pas dans l’ouvrage comme dans un moulin : on n’est plus habitué à cette pensée dense, à cette prose de haute tenue, même si elle n’a déjà plus la limpidité des maîtres des siècles passés. On voit surtout ce qui a changé en ces quelques décennies. Le peuple n’est plus ce despote démocratique que Jouvenel et les libéraux d’alors comparaient à Louis XI. Nous sommes entrés depuis lors dans des temps tocquevilliens. Au nom de « l’État de droit », le pouvoir démocratique a été vidé de sa substance par le bas (décentralisation, associations, ONG) et par le haut (pouvoir d’interprétation au nom des droits de l’homme par des juges nationaux et internationaux, organismes technocratiques, comme la Commission Européenne ou la BCE).

L’ancien despote démocratique, ce peuple qui terrorisait les bourgeois et les grands penseurs libéraux, est devenu un gueux contraint d’endosser un gilet jaune pour se faire entendre. Jouvenel, comme son maître Tocqueville, est bien le roi de l’époque. Il a gagné son combat idéologique au nom de la liberté. Mais on comprend en le lisant que sa victoire a un goût amer. Le libéralisme de Jouvenel n’est pas un individualisme. Il reprend à son compte la traditionnelle vision d’Aristote de l’homme animal social. « L’homme à l’état isolé n’est pas un fait de nature, dit Jouvenel, mais un produit de l’abstraction individuelle. Le fait naturel, c’est le groupe. » Pour notre penseur, le cœur de la politique consiste précisément dans l’agrégation et la conservation des groupes humains. Et pas dans la protection sacrée des droits de l’individu. Jouvenel voit l’homme comme un débiteur par rapport aux Anciens, et non un créancier, exigeant toujours plus de la société. Notre État moderne, transformé en seul garant des droits individuels, serait pour lui l’antithèse du politique. Un agent de désagrégation. Bertrand de Jouvenel croit avoir décelé les prémices de l’erreur d’aiguillage qu’il pressent. Les libéraux prennent pour archétype humain l’homme de Hobbes, cet être plein de passions et d’appétits, ce fameux « loup pour l’homme » qui n’est arrêté dans « sa guerre de tous contre tous » que par un pouvoir fort, voire tyrannique. Or, cette même bête furieuse de Hobbes est transformée par les penseurs des Lumières en un aimable homme des salons du XVIIIe siècle : « Il est intellectuellement inadmissible de passer des unes aux autres, nous dit Jouvenel. Cette erreur est souvent commise par des libéraux qui prennent l’homme du marché chez Hobbes et l’homme du forum chez Malebranche. Cela ne convient pas ; il y a hétérogénéité des postulats. » Bien sûr, Jouvenel n’ignore pas que de grands penseurs libéraux du passé, Locke au premier chef, ont justement tenté de répondre à son objection, en transformant l’homme de toutes les passions en un homme affublé de raison qui accepte de limiter sa liberté sans subir le joug d’un pouvoir fort. Mais il faut reconnaître que notre modernité légitime ses pires craintes : « Dans toute la mesure où le progrès développe l’hédonisme et le relativisme moral, où la liberté individuelle est conçue comme le droit d’obéir à ses appétits, la société ne peut se soutenir que par un pouvoir très fort. L’idée de liberté politique est liée à de tout autres tendances. »


Jouvenel a pressenti que son cher libéralisme, idéologie conservatrice des individus effrayés par le pouvoir despotique des majorités, allait être retourné en un agent débridé du marché qui ne connaît plus qu’un consommateur soumis à ses appétits. Un marché qui, en se mondialisant, détruit les petites patries homogènes et fermées qui sont la base des sociétés de confiance où peut s’épanouir la fleur fragile de la liberté. Nos sociétés ouvertes et multiculturelles en sont l’exact opposé. Elles exigent un contrôle social toujours plus strict, un corset à la liberté de pensée et d’expression toujours plus serré, une sorte de totalitarisme doux, pour empêcher que l’hétérogénéité culturelle ne tourne à la « guerre de tous contre tous ».

Jouvenel ose rappeler une idée qui lui paraît d’évidence, mais qui ferait de lui aujourd’hui un gibier de la 17e chambre [Note du carnet : où sont jugées les pensées criminelles] du tribunal de Paris pour « islamophobie », à savoir que les seules sociétés chrétiennes préparent le règne de la liberté, car le christianisme est une religion qui, contrairement à l’islam, « n’est pas un législateur social ».

Le libéralisme de Jouvenel, comme celui de son maître Tocqueville, était conservateur et national ; le libéralisme moderne est devenu mondialiste et libertaire ; les anciens révolutionnaires, jacobins ou marxistes, les ennemis jurés de nos grands penseurs libéraux, ont retourné les armes de ceux-ci contre le conservatisme national. Les contrepouvoirs imaginés par les libéraux d’antan pour contenir le despotisme démocratique, collectivités locales, associations, juges, ont été subvertis par la volonté de déconstruire les structures traditionnelles, la famille, la religion ou la nation. Au nom de la liberté, on a saccagé les fondements de la liberté. Jouvenel voit venir ce temps où ces contrepouvoirs deviendront le pouvoir, où les juges et les technocrates restaureront un pouvoir oligarchique, où la tyrannie de la majorité, tant crainte par les esprits libres depuis la Révolution française, aura tourné à la tyrannie des minorités. Ce qu’il appelle le temps des tribus. Mais il est trop tard pour arrêter le cours des choses. La victoire de Jouvenel est une victoire à la Pyrrhus. Le vainqueur est plus désespéré que le vaincu. Le monde est devenu tocquevillien pour mieux saccager les derniers reliquats du monde de Tocqueville.

« Le libéralisme de Jouvenel, comme celui de son maître Tocqueville, était conservateur et national ; le libéralisme moderne » est devenu mondialiste et libertaire

Québec — La légalisation du cannabis n'a pas entamé les bénéfices du crime organisé

Le 4 avril dernier, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal ont trouvé 800 plants de pot chez un associé de la pègre asiatique en lui rapportant ses deux chiens de type pitbull qui s’étaient sauvés, sur la rue Lajeunesse.

Le crime organisé ne s’est pas étouffé avec la légalisation du cannabis au pays et n’en subira pas d’effets nuisibles avant au moins trois ans.

C’est le constat sans lunettes roses du très crédible Service canadien de renseignements criminels (SCRC) dans un rapport récent sur l’état du marché des drogues.

Au contraire, « la pénurie actuelle de cannabis licite au Canada donne aux groupes du crime organisé un avantage concurrentiel » en attendant « que le stock légitime soit disponible », d’après le SCRC.

Le gouvernement Trudeau disait vouloir « retirer des milliards [...] des poches des criminels » en légalisant le pot à des fins récréatives, le 17 octobre dernier.

Mais près de neuf mois plus tard, le virage libéral n’a pas fait mal aux 293 bandes criminelles canadiennes qui s’enrichissent sur le marché noir de la marijuana et du haschisch.

« Il n’y a probablement eu aucune incidence mesurable sur la part du marché des groupes du crime organisé et il n’y en aura probablement pas dans un avenir rapproché », estime l’agence relevant de la Gendarmerie royale du Canada qui renseigne tous les organismes d’application des lois au pays.

Le SCRC croit « peu probable » que les grosses organisations criminelles comme les Hells Angels et la mafia en souffrent parce qu’elles tirent aussi des revenus d’autres drogues plus lucratives comme la cocaïne, l’héroïne et la méthamphétamine.

C’est « à long terme », soit « dans trois ans et plus », qu’on peut prévoir un recul du pot illégal, d’après ce rapport produit au printemps.

Le SCRC confirme une faille du système décriée par la police de Montréal : « des associés ou intermédiaires de plusieurs groupes du crime organisé [sont] détenteurs de licences » de Santé Canada pour produire du cannabis à des fins médicales.

Cela fait d’eux « les mieux placés pour profiter de toute pénurie dans le marché légitime ».

En mars dernier, Le Journal rapportait que c’était le cas de cultivateurs de marijuana associés à la pègre asiatique de Montréal.

L’avocat Maxime Guérin, du Groupe SGF – consultants en cannabis, qui conseille des entrepreneurs de l’industrie légale du pot, trouve la situation ironique.

« Il n’y a pas beaucoup plus d’efforts pour éradiquer le marché noir depuis le 17 octobre 2018, mais on encadre beaucoup les producteurs légaux. Le poids entre les deux est clairement au désavantage du marché légal », a-t-il dit.

D’après lui, le marché illicite restera « en avance » au Québec tant que la SQDC n’aura pas baissé ses prix [malgré la syndicalisation du personnel de la SQDC qui ne peut que hausser les coûts de production ?], mis fin à ses ruptures de stock et haussé son offre de produits, ainsi que leur quantité.

Ajoutons qu’il restera sans doute toujours un marché noir des produits du cannabis, même si les coûts du cannabis gouvernement baissent, puisque le produit gouvernemental est moins puissant (a un taux de THC moindre) que celui que l’on retrouve sur le marché noir.

Enfin, il faut se demander, si en légitimant le cannabis en le légalisant, l’État n’a pas banalisé le cannabis (ou même les drogues en général) et créé les conditions pour une plus grande consommation de ce produit à terme. Rappelons que la consommation de cannabis a augmenté de 10 % au Québec après sa légalisation l’automne dernier comme l’indiquait Statistique Canada en février 2019. Le 2 juillet 2019, un rapport mondial sur les drogues publié par l’Organisation des Nations unies nous apprenait que, entre 2013 et 2017, le nombre de consommateurs de cannabis au Canada avait augmenté de 40 %. Le rapport relève que cette augmentation serait imputable à une diminution de la perception du risque lié à cette drogue alors que le Parti libéral du Canada et son chef élu (en avril 2013) prônaient sa légalisation. Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, avait admis en août 2013 qu’il avait consommé à plusieurs reprises de la marijuana depuis son élection comme député, en 2008.

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Selon un document du Service canadien de renseignements criminels (SCRC), dont le Journal de Montréal a obtenu copie, le nombre de consommateurs de cocaïne est passé de 353 000 à 730 000, de 2015 à 2017. Au micro de Dan Bigras, Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et expert en toxicomanie, a abordé les différents facteurs qui pourraient expliquer cette soudaine popularité : « C’est un marché lucratif. Les groupes criminels ont intérêt à mousser cette consommation pour faire davantage d’argent, en gardant les prix relativement bas ».



John Christy : « Les modèles climatiques surchauffent »

Directeur du Earth System Science Center à l’Université d’Alabama à Huntsville (Alabama, États-Unis), le climatologue John Christy est un des pionniers de la recherche sur les bases de données climatiques. Il soutient aujourd’hui que les modèles utilisés surestiment fortement le réchauffement en cours.

Quand j’étais plus jeune, j’étais fasciné par le contraste entre le temps qu’il faisait chez nous, dans la vallée de San Joaquin, en Californie — un désert —, et le climat qui régnait sur les montagnes de la Sierra Nevada voisine, immédiatement à l’est. Je me demandais pourquoi certaines années étaient humides, d’autres sèches, pourquoi il pleuvait davantage sur les montagnes, pourquoi les niveaux d’enneigement pouvaient varier à ce point. J’ai dû être le premier étudiant de Californie à concevoir un programme destiné à prédire le temps qu’il ferait et à calculer la hauteur de neige sur les sommets. Il s’agissait de modèles statistiques vraiment basiques, écrits pour les ordinateurs très rudimentaires de la fin des années soixante, mais cela m’a familiarisé avec le codage et, de manière plus vaste, avec le travail qu’il fallait fournir pour étudier correctement ce genre de chose.

À cette époque, la science était encore une façon d’appréhender le réel, une méthode pour obtenir de l’information. On affirmait quelque chose, on avançait une hypothèse, et l'on confrontait cette hypothèse à un ensemble de données. Si ça ne fonctionnait pas, on rejetait ou l'on modifiait l’hypothèse. Elle n’était pas bonne, tout simplement. Or aujourd’hui, si une personne affirme quelque chose à propos du climat, mettons que celui-ci se détraque à cause de l’homme, et que quelqu’un comme moi, par exemple, invalide cette affirmation, au lieu d’abandonner l’hypothèse émise on constate que la personne aura tendance à soutenir, en criant de plus en plus fort, que son affirmation est exacte.

Pourtant, Il importe de comprendre qu’une des caractéristiques principales de la méthode scientifique est que, si vous comprenez un système, alors vous pouvez prévoir son comportement.

De ce point de vue là, notre travail, à nous autres climatologues, qui est de comparer les « prédictions » des modèles climatiques avec ce que nous percevons du monde réel, nous oblige à dire que notre compréhension du changement climatique est assez pauvre.

En tout cas, cette compréhension n’est certainement pas assez solide, assez mature, pour soutenir des politiques de régulation ou de contrôle, Que certains experts persistent à refuser de voir cette fragilité est simplement stupéfiant, même si l'on peut comprendre, eu égard à la complexité du sujet, qu’i1 soit plus facile pour eux de l’ignorer et de s’en remettre à des déclarations simplistes.

Rentrons un peu dans le détail de mon propos. En 1994, mon collègue Dick McNider et moi-même avons cherché à tester les modèles climatiques qui, à l’époque, indiquaient une vitesse de réchauffement de 0,35 °C par décennie.

C’est ce que disait le modèle de James Hansen, et ce que d’autres modèles disaient aussi. Dick et moi pensions que cette valeur n’était pas probable et nous ne faisions pas non plus confiance aux ensembles de données des températures de surface, parce que la plus grande partie de la Terre n’était pas couverte et parce que les enregistrements compilés n’étalent pas homogènes (par exemple les heures d’enregistrement n’étaient pas les mêmes). Mais nous avions quinze années de données satellitaires et nous avons pensé pouvoir en faire quelque chose.

Après avoir traité la question des éruptions volcaniques et d’El Niño, qui affecte les données satellitaires, nous sommes arrivés à une estimation de la tendance du réchauffement lié à l’effet de serre de 0,09 °C par décennie, soit environ le quart de la prévision des modèles climatiques.

En 2017, Dick et moi avons voulu vérifier notre travail de 1994. Les séries temporelles étaient alors longues de trente-sept ans et demi.

Nous avons de nouveau calculé et neutralisé l’effet El Niño, j’ai développé une fonction mathématique pour simuler les éruptions des volcans El Chichón et Pinatubo qui expliquent les deux creux de la température globale et, en fin de compte, il nous reste une ligne à peu près droite qui donne une tendance de 0,095 °C par décennie, soit presque exactement la même que celle trouvée dans notre étude antérieure, il y a vingt-cinq ans — ce dont nous étions assez fiers.

La tendance au réchauffement que nous avons trouvée suggère donc que les hommes ont un impact relativement mineur sur les températures globales.

Pour le dire autrement, la réponse climatique transitoire (le réchauffement à court terme) dans la troposphère est + 1,1 °C pour un doublement de la concentration en dioxyde de carbone. Ce n’est pas bien alarmant. En revanche, si nous faisons le même calcul avec les résultats des modèles climatiques, nous obtenons + 2,31 °C, ce qui est très différent.

La réponse des modèles au dioxyde de carbone est le double de ce que nous constatons dans la réalité.

Pour prouver ce décalage d’une autre manière, nous avons décidé d’étudier la température de l’atmosphère entre 30 000 et 40 000 pieds [9144 — 12 192 mètres] sous les tropiques de 20 degrés Nord à 20 degrés Sud. Le modèle climatique en vigueur suggère en effet qu’un réchauffement important aurait déjà dû se produire à cette altitude. Presque tous les modèles montrent un tel réchauffement, mais aucun ne le montre si le forçage [définition] supplémentaire des gaz à effet de serre n’est pas inclus. Les tendances au réchauffement des 102 modèles climatiques établissent une moyenne de 0,44 °C par décennie. C’est assez rapide : sur quarante ans, cela fait presque 2 °C, bien que certains modèles aient un réchauffement plus lent et d’autres plus rapide.

Or le réchauffement du monde réel est beaucoup plus faible : il est environ un tiers de la moyenne du réchauffement des modèles.


En bas les observations (la réalité) et en haut la ligne rouge représente la moyenne des prévisions de 102 modèles climatiques. Il y a bien un petit réchauffement, mais bien moindre que celui prévu par les modèles qui servent de bases aux prophéties apocalyptiques.

Des prévisions pour 2100 qui sont déjà invalides

Quand on compare les projections des modèles et les différents ensembles de données d’observation, on constate la différence des pentes des approximations linéaires et l’évidence saute aux yeux : les modèles chauffent trop vite.

L’exception est le modèle russe qui est beaucoup moins sensible au dioxyde de carbone et qui donne donc pour la fin du siècle des projections qui sont loin d’être alarmantes. Les autres modèles sont déjà faux, et leurs prévisions pour 2100 ne sont pas fiables.

Si un ingénieur construit un avion en affirmant qu’il peut voler 600 milles, mais qu’au bout de 200 milles l’avion s’écrase, il ne dira pas : « Hé ! Je ne me suis trompé que d’un facteur trois ! » Personne ne dit ça. Un facteur trois est énorme dans un bilan énergétique ! C’est pourtant ce qu’on a avec les modèles climatiques.

Ces problèmes sont connus depuis longtemps. En 2000, j’ai participé à la rédaction d’un rapport parrainé par l’Académie nationale des sciences qui soulignait le décalage entre le réchauffement prévu par les modèles et celui du monde réel. Nous disions à l’époque : un rapprochement plus correct des changements de température des modèles et de ceux observés dépend de l’amélioration des modèles utilisés pour simuler la réponse atmosphérique aux forçages naturels et anthropiques. Comme on le voit, ce rapprochement ne s’est pas encore produit.

Le GIEC est bien conscient du problème, mais dans son cinquième rapport d’évaluation il a évité d’attirer l’attention sur ce point. Dans mes commentaires de relecture du rapport, j’ai souligné cette discordance et écrit que les affirmations du GIEC ne résisteraient pas à un examen contradictoire.

Bien entendu, le processus de relecture du GIEC n’est pas un vrai examen contradictoire, car les auteurs principaux, soigneusement sélectionnés pour que le « bon » message soit fourni, ont toujours le dernier mot.

En réponse à mes objections, le GIEC a inséré un nouveau graphique, mais l’a enfoui dans les annexes, publiées longtemps après le rapport principal. En fait il y a trois façons possibles de trancher ce problème :
  1. Les observations sont fausses et les modèles sont bons.
  2. Les forçages utilisés dans les modèles sont erronés.
  3. Les modèles sont des hypothèses invalidées.

Je prédis que l’option « modèles invalidés » ne sera pas retenue.

C’est pourtant bien ce qu’il faudrait faire.

JOHN CHRISTY

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« Sauver le climat », la nouvelle tentation autoritaire


mercredi 3 juillet 2019

Angleterre — Deux écoliers de 10 ans suspendus pour avoir demandé à être dispensés d'un cours LGBT

Croydon — Deux écoliers de 10 ans ont été renvoyés de l'école pendant une semaine après avoir demandé à son professeur la permission d’être dispensée d’un cours LGBT à l’occasion du mois de la « fierté ».

Un des écoliers, une fillette, s’est expliqué dans une vidéo (ci-dessous, en anglais) : « Quand personne n’avait entendu parler des LGBT, tout le monde savait de quel sexe ils étaient ». Elle et son camarade de classe, Farrell, ont été suspendus de l’école primaire Heavers Farmer, située à Croydon, dans le sud de Londres.




« Mais maintenant, tout le monde est désorienté », a poursuivi la jeune fille de 10 ans, « et ils disent qu’ils sont bisexuels et trans, car ils sont désorientés. »

« Avant cela, ils étaient complètement sûrs de qui ils étaient, mais ce n’est plus le cas », a-t-elle ajouté.

Idéologie qui désoriente et trouble les enfants

« Cela concerne vraiment d’autres enfants », a expliqué Kaysey, « car à présent, ils perdent confiance en eux-mêmes et se regardent eux-mêmes en se demandant : “Pourquoi suis-je cette personne ? Pourquoi ne puis-je pas être quelqu’un d’autre ? ” »

« Avant tout cela, les gens savaient qui ils étaient », a déclaré Kaysey. « Les écoliers doivent maintenant choisir leur sexe à l’âge de quatre ans. »

Directrice de l’école signalée aux autorités scolaires

Susan Papas, la directrice de l’école primaire Heavers Farmer, située à Croydon, dans le sud de Londres, qui a renvoyé les enfants de l’école pendant cinq jours pour des propos censément anti-LGBT, a été signalée aux autorités locales pour un acte illégal.

Christian Concern, un groupe de pression chrétien, relate l’incident qui a conduit à la suspension des deux écoliers :

Le 20 juin, Farrell, jeune camarade de classe de Kaysey assis à côté d’elle, a demandé à son enseignant de cinquième année : « Monsieur, s’il vous plaît, puis-je ne pas prendre part à cette leçon ? » alors que l’enseignant distribuait du matériel LGBT à colorier. L’enseignant lui a refusé cette absence en lui disant que la leçon LGBT faisait partie du programme.

Après la classe, le professeur principal aurait accusé Farrell d’utiliser un « langage homophobe » pour avoir prétendu « les LGBT, ça craint, les LGBT c’est con », ce que l’enfant nie.

Farrell, qui était assis avec l’élève Kasey, a déclaré qu’il est chrétien et a déclaré à un « enseignant visiteur » qu’il n’avait pas « accepté les LGBT » à cause de sa religion.

L’enseignant a demandé aux deux enfants : « Voulez-vous qu’ils meurent ? » « Nous avons dit non, » de répondre Farrell. Mais s’ils retournaient dans leur pays, ils seraient punis pour leur homosexualité, a déclaré Farrell au professeur.

Le professeur a demandé à Farrell d’où il venait. Farrell a déclaré qu’il avait un héritage « africain jamaïcain » et qu’il était « chrétien et catholique, donc ils n’acceptent pas les LGBT »

Plus tard, selon Kaysey, la directrice Mme Papas a crié aux deux enfants devant la classe. En dehors de la classe, Mme Papas aurait dit aux deux écoliers : « Comment osez-vous ? Vous êtes une déception pour l’école ».

Papas a ensuite placé les enfants dans différentes pièces et a demandé à Kaysey : « Comment osez-vous dire que vous voulez tuer des LGBT ? » Kaysey a répondu : « Je n’ai pas parler de tuer. » Papas lui a alors crié : « Si, tu l’as fait, ne mens pas ! »

Kaysey, une chrétienne pentecôtiste, dit qu’elle a été en retenue pendant cinq heures, de 10 heures à 15 heures.

La version de l’incident de Kaysey et de Farrell, qui diffère grandement de ce que leur enseignant et la directrice de leur école ont allégué, a été corroborée par leurs camarades de classe.

Méthodes draconiennes pour imposer la normalisation LGBT à des enfants

« Voilà pourquoi les parents commencent à comprendre les dangers de l’imposition de la nouvelle idéologie sexuelle qui interdit toute dissidence, même aux enfants innocents de dix ans », a déclaré Andrea Williams, directrice du Christian Legal Centre, qui aide les deux écoliers et leurs familles dans ce dossier.

« Cet incident souligne à nouveau à quel point le programme LGBT peut être agressif et intolérant », a poursuivi Williams. « Une idéologie qui doit recourir à une tactique aussi dure pour forcer les enfants de dix ans à accepter quelque chose qu’ils ne font pas instinctivement, ne fait que souligner à quel point cette idéologie peut bouleverser les enfants. »

« Nous voyons ici les bases fragiles de tout cet ordre du jour sexuel imposé à nos enfants, il est incapable de relever le défi posé par des enfants innocents de 10 ans », a déclaré Williams.

« Quand les intimidateurs savent que la chose juste n’est pas de leur côté, ils ont recours à la contrainte et à l’intimidation. C’est exactement ce qui se passe à l’école primaire Heavers Farm », a ajouté Williams.

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Écoles hors contrat (libres) : un réel engouement, mais les parents doivent être prudents


Les établissements scolaires publics et privés sous contrat ont clos depuis plusieurs mois leurs inscriptions pour septembre. Reste une solution de dernière minute, cet été, pour les parents d’enfants à profils particuliers, en mal-être ou refusés partout : le hors contrat. Renvoyés par leurs écoles ou collèges en raison de leur comportement ou de leurs résultats, ils sont assez volontiers acceptés par ces structures.
Seule condition : être prêt à payer des sommes conséquentes puisque, dans le hors contrat, les salaires des enseignants ne sont pas pris en charge par l’État. « Le hors contrat, c’est un choix pédagogique, mais aussi, pour certains élèves, le choix de la dernière chance. Cela peut être une main tendue dans un cas de harcèlement ou de phobie scolaire. Ces établissements accueillent quand les autres se défaussent face à la difficulté », explique Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école, qui accompagne le développement du hors contrat, en plein essor depuis cinq ans même s’il n’accueille encore que 0,5 % des élèves. [Note du carnet : normal, l’État fausse le marché avec ses écoles gratuites ce qui empêche beaucoup de parents de choisir]

S’il apparaît comme une planche de salut pour certains parents, permettant de « sauver » scolairement des enfants peu adaptés au système classique, il peut aussi comporter des zones d’ombre que certaines familles apprennent parfois à leurs dépens. Entre la plaquette de présentation qui vend du rêve aux parents et la réalité, le hiatus peut être très important. « C’est la porte ouverte à toutes les escroqueries possibles en matière éducative », juge, cinglant, un parent qui a expérimenté l’école de Tersac à Meilhansur-Garonne, dans le Lot-et-Garonne, inspirée du modèle anglo-saxon. Lorsqu’il y envoie, il y a cinq ans, son fils de 11 ans, « aux résultats moyens », il pense que Tersac, avec ses méthodes de travail strictes et sa volonté « d’excellence » affichées, va « le mettre sur des rails ». Derrière des « cours de savoir-vivre fumeux », le père réalise surtout que son fils « n’est pas du tout cadré ».

Il s’avère que les cours sont dispensés par plusieurs personnes non formées dans la discipline enseignée. Comme ces professeurs de mathématiques titulaires d’un simple diplôme de marketing ou de biologie et « payés au SMIC [salaire minimal] malgré l’investissement financier des parents qui monte jusqu’à 20 000 euros par an », souligne Laurent Dumont. [Note du carnet, comme des reportages de France 2 l’ont indiqué cela se passe aussi dans le public, des journalistes aux connaissances très limitées et sans diplôme dans la discipline se sont ainsi fait embaucher comme profs de maths...



Dans « Envoyé spécial », une plongée édifiante dans les failles du système de recrutement de l’Éducation nationale. En à peine quinze jours, un journaliste du magazine a été engagé comme enseignant… dans le secteur PUBLIC sans aucune qualification.



L’enfant est passé de 13 de moyenne générale à Tersac, « où les notes étaient gonflées pour faire plaisir aux parents », à « 6 de moyenne dans le public », se souvient le père. « Sa scolarité a été saccagée. Je le regretterai toute ma vie. »

Un témoignage corroboré par celui d’anciens élèves et parents qui ont créé un groupe Facebook ad hoc. Alexandre Enjolras, en terminale, énumère le roulement de ses enseignants depuis septembre : quatre professeurs d’économie, cinq professeurs de philosophie, trois professeurs d’histoire. L’école a été vendue, en mars 2018, au groupe Diderot Éducation. Le patron, Aldrick Allal, assure être en passe d’avoir « assaini la situation de cette école qui accueillait des enfants à problèmes de familles riches » et avoir « fait le ménage » parmi les enseignants et les élèves. La cession s’est toutefois faite dans la douleur. Aldrick Allal a été mis en examen en décembre dernier pour menaces de mort et exécution de travail dissimulé. Mais il entend « laver son honneur », défend-il.

Autre cas de figure classique : l’école hors contrat récente qui ferme ses portes du jour au lendemain. C’est ce qui est arrivé en 2016 à César Gimbert, inscrit à l’école Corbilo de Saint-Nazaire. Internationale, elle accueillait des enfants « surdoués ». « L’enseignement au lycée était léger, souligne-t-il. Un seul élève sur six a eu son bac. Les professeurs étaient sympathiques, mais manquaient d’expérience. » Elle a fermé à un mois du bac, sans préavis. Désaccords internes, situation financière fragile… les élèves se sont retrouvés sur le carreau.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Si la presse évoque régulièrement les ouvertures en hausse de ces structures associatives, les chiffres des fermetures sont inconnus. Anne Coffinier évoque une « dizaine de cas par an » pour 157 créations en 2018. Mais aucune n’est tenue de faire remonter l’information. Responsable de l’école alternative Les Lueurs, dans le village de Kerléau dans le Morbihan, Émilie Kieffer a dû cesser son activité en 2018, deux ans après l’ouverture. En plus de difficultés financières, elle décrit, amère, sur le site de l’école « une réalité partagée par les créateurs d’écoles hors contrat : les conflits humains incessants ». Le fait que le coût de la scolarité soit à la charge des familles « peut augmenter les attentes familiales et créer un trouble supplémentaire si l’équipe ne peut répondre aux attentes parentales ». Les incompréhensions, voire des actes vengeurs « très prégnants dans nos écoles », « mènent à la fermeture de nombreuses écoles ou, au mieux, au renouvellement de l’équipe pédagogique qui souffre d’une fréquente rotation de personnel ».

Les écoles maternelles et primaires Montessori, en plein essor, peuvent également décevoir parfois. Rien de plus simple que de créer une école labellisée Montessori, marque non protégée, après seulement quelques semaines de formation. Des paysagistes, commerciaux ou psychothérapeutes se lancent dans l’aventure de la création avec parfois, en guise d’expérience éducative, la seule éducation de leurs propres enfants. Cécile en a fait l’expérience douloureuse l’an dernier dans les Hauts-de-France. Son fils de 7 ans a été scolarisé dans une nouvelle école Montessori avec, selon elle, « une pédagogie très mal enseignée ». « Il n’y avait aucune règle, aucun cadre !, rapporte-t-elle. L’enseignante pleurait en classe, dépassée. Les enfants se frappaient devant des éducatrices, ces dernières expliquant que c’était une expérience de vie ! Nous avons vite retiré notre fils, comme quatre autres familles. » Témoignage similaire à Paris pour Nicolas, qui a laissé son fils dans une école Montessori pendant deux ans. « L’enseignante lui laissait faire ce qu’il voulait puisque le principe de cette pédagogie c’est que l’enfant doit apprendre à son rythme, raconte-t-il. Il a parfaitement appris à lire. Mais c’est tout ! Il a cumulé les lacunes et a dû redoubler son CP… »

L’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen a, quant à elle, pris ses distances, en 2018, avec le Domaine du Possible, une école de pédagogie alternative fondée près d’Arles en 2015 avec son mari, l’établissement étant soupçonné de dérives sectaires. Une enquête du Monde diplomatique, publiée l’an dernier, décrivait notamment une cérémonie initiatique appelée la « spirale de l’Avent », inspirée par l’anthroposophie, un courant de pensée ésotérique.



Vérifier le sérieux de ces écoles privées


Lors de leurs rencontres portes ouvertes, les écoles hors contrat se parent de leurs plus beaux atours. Renvoyé de son collège privé de l’Ouest parisien, le jeune Jacques a été séduit, en juin, par les fondateurs d’une école hors contrat qui devait ouvrir à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il était question d’élèves « doués », d’accueil sur mesure, de cours de cinéma… Faute d’un nombre d’inscrits suffisant, elle est restée à l’état de projet. Après une recherche sur Internet, les parents de Jacques ont découvert que les fondateurs avaient connu un échec dans une autre ville.

« Il faut tout vérifier », insiste Anne Coffinier qui conseille les écoles hors contrat. Regarder les comptes en détail, « poser sans ambages des questions franches sur les diplômes des profs » et « parler aux anciens élèves ». Depuis 2018, la loi exige que les directeurs aient au moins cinq ans d’expérience dans l’enseignement. Les professeurs doivent avoir un bac +2, « ce qui freine les créations, notamment de petites écoles Montessori », souligne Anne Coffinier.

Pour les collèges et lycées, le taux de réussite aux examens est un indice. Mais, sur ce point, aucune vérification n’est possible, ces chiffres n’étant pas publics… Enfin, les associations Montessori avec pignon sur rue recommandent aux parents de s’assurer de la présence d’éducateurs diplômés « Montessori International ».

mardi 2 juillet 2019

Interdiction de la fessée : « Nous allons vers une société d’enfants-rois ! »

Les sénateurs français ont voté mardi soir proposition de loi interdisant toute forme de violence dans l’éducation des enfants, un texte « anti-fessée ». Mais pour la philosophe Anne-Sophie Chazaud, ce texte infantilise parents et enfants, alors que la société a besoin d’une restauration de l’autorité.

Anne-Sophie Chazaud est philosophe, haute fonctionnaire et auteur d’un livre à paraître aux éditions l’artilleur consacré à la liberté d’expression.


Afin de ne pas se faire châtier par certaines organisations internationales, victime de réprimandes de la part notamment du Conseil de l’Europe ou encore du Comité des Enfants de l’ONU, la France s’est montrée bien docile et obéissante. La fessée a ainsi été formellement interdite par un vote définitif du Parlement, après l’examen d’une loi proposée par la députée du Modem Maud [centre-gauche] Petit, portée par l’ancienne ministre socialiste [gauche] Laurence Rossignol et dont la socialiste [gauche] Marie-Pierre de la Gontrie est l’heureuse rapporteuse.

La France devient ainsi le 56e pays à prohiber ces violences éducatives ordinaires, à la suite d’un mouvement de société entamé dès 1979 par la Suède.

Couverture rétrogradeCouverture politiquement correcte
et progressiste



Personne ne souhaite faire l’apologie de la violence ou de la maltraitance, face auxquelles il existe déjà tous les dispositifs juridiques nécessaires. Personne ne pense non plus que l’usage régulier, disproportionné ou arbitraire, de la violence éducative, puisse engendrer des rapports sains, équilibrés et constructifs entre des enfants et leurs parents. Mais cette intrusion du législateur dans l’intimité des rapports familiaux et des méthodes éducatives semble éminemment contestable à maints égards.

La société contemporaine, postmoderne et victimaire, se caractérise déjà par une surjudiciarisation de tous les champs relationnels. Priver les parents du droit de sanctionner, y compris par le biais d’une petite correction manuelle, ou de menacer (car le dispositif prévoit aussi l’interdiction des menaces ou des cris), est une manière non seulement de priver ceux-ci d’un levier puissant dans l’instauration d’une autorité que la société leur demande paradoxalement de restaurer (et en l’absence de laquelle on observe chaque jour d’importants dégâts), mais surtout c’est une manière fort préjudiciable de s’immiscer dans la sphère domestique, d’une façon invasive et qui sème le doute et la méfiance dans la famille. Les parents ont au contraire besoin plus que jamais d’être soutenus. Là, ils se retrouvent de facto en position d’accusés potentiels. Comme si tous étaient d’emblée des rustres issus de l’âge des cavernes, sans cœur et désireux de massacrer leurs enfants à la moindre occasion.

Les enfants choyés de Suède sont devenus des enfants-rois, plus capricieux

Un des livres de David Eberhard
dans sa traduction allemande :
« Les enfants au pouvoir, 
Les Excès monstrueux
d’une éducation libérale »
Au pays précurseur de cette aberration moralisatrice, la Suède, très rares sont ceux qui osent sortir du silence afin de dénoncer les effets désastreux de ce système qui pénalise les parents et l’autorité éducative. Laquelle n’est pas fondée sur une démocratie ou délibération permanente, mais sur une structure nécessairement asymétrique. Le psychiatre David Eberhard, courageux auteur de Les enfants suédois ont pris le pouvoir, souligne ainsi que les enfants choyés de Suède sont devenus des enfants-rois, plus capricieux et fréquemment incapables (ce qui était aisément anticipable avec un minimum de bon sens) de faire face aux frustrations et difficultés du destin une fois parvenus à l’âge adulte. Ajoutons que ces relations de méfiance et de défiance où la société s’immisce dans ce qui ne la regarde pas, engendrent par ailleurs des relations désastreuses qui ne sont pas sans évoquer les régimes totalitaires dans lesquels on incite les jeunes à dénoncer leurs parents. En Suède, de très nombreuses plaintes sont ainsi portées en mode intrafamilial, souvent complètement farfelues (par exemple, un homme s’est retrouvé mis en cause pour avoir giflé sa belle-fille qui lui avait craché au visage suite à un refus d’achat de DVD…), le dispositif législatif et l’incitation sociale amenant les enfants à être suspicieux contre leurs propres parents.

Plutôt que de promouvoir cette loi qui sera du reste purement injonctive et moralisante (et tel est bien le but : infantiliser et sermonner les parents, plutôt que de renforcer le discours d’autorité dont ceux-ci devraient être les premiers dépositaires) et dépourvue d’effets pénaux contraignants, simplement lue lors des mariages au titre de l’article 371-1 du Code civil concernant « l’autorité parentale relativement à la personne de l’enfant », il semblerait préférable et plus utile de renforcer les moyens effectifs des services de protection de l’enfance, lesquels sont en difficultés récurrentes et pour l’heure notoirement débordés par la prise en charge des mineurs migrants. Voici qui serait pourtant de nature à renforcer réellement la protection dont les enfants ont véritablement besoin, permettant la mise en œuvre des dispositifs déjà existants.

À titre d’exemple, cette loi prévoit qu’il sera également prohibé de laisser pleurer un bébé seul. Pourtant, si personne ne souhaite abandonner son enfant à un insondable et interminable chagrin, chacun sait que l’angoisse de la séparation peut engendrer une tristesse colérique très profonde et pourtant nécessaire : c’est ainsi que l’enfant apprend que malgré les pleurs, et après le temps nécessaire, le parent revient, n’a pas disparu définitivement. L’apprentissage de cette présence/absence est indispensable pour la construction de la psychologie de l’enfant, et céder en permanence au besoin de présence, au principe de plaisir, ne peut que nuire, à terme, à l’être en construction, quand bien même ces moments de rupture, de séparation doivent être ritualisés. Laisser pleurer seul un enfant (tout en veillant non loin) est depuis des millénaires le plus sûr moyen pour que cessent les pleurs de manière définitive et que l’enfant grandisse. Mais, dans le fond, la sortie de l’infantilisme est-elle vraiment l’objectif de cette société basée sur les « droits à » et sur l’éternelle complainte victimaire qui en est l’indispensable complément ?

L’asymétrie entre les parents et les enfants structure aussi notre rapport à l’Histoire qui nous précède

L’enjeu le plus complexe et souvent le plus douloureux de l’aventure éducative consiste à amener à l’âge adulte des êtres humains certes heureux et épanouis, mais surtout capables de résister à leurs désirs, d’accepter leurs frustrations, de les différer voire parfois d’y renoncer. Cet apprentissage contre la « pulsion de plaisir » qui caractérise l’enfant, doit se faire de manière constructive et, précisément, éducative, c’est-à-dire dotée d’un effet d’enseignement inscrit dans l’expérience et le long terme. L’apprentissage de ces accommodements avec la frustration doit se faire de manière à faire sens et non dans l’arbitraire hystérique d’une violence disproportionnée ou injustifiée.

Le désir de satisfaction, le refus d’accepter les règles, le refus d’obéissance (car l’éducation familiale est aussi le lieu où s’apprend l’obéissance, laquelle prépare à l’acceptation — éclairée — des limitations et lois propres à la vie en société), sont des réactions parfois incoercibles de l’enfant et face auxquelles une petite fessée ou une petite claque permettent le plus communément de mettre un terme. Ces petites corrections éducatives, mesurées, mais fermes, permettent aussi symboliquement de souligner l’absence de symétrie dans la relation éducative. En ce sens, elles sont également porteuses de sens. Cette asymétrie est aussi, plus profondément, ce qui garantit, mais aussi structure anthropologiquement le respect dû aux aïeux, aux ancêtres, à l’Histoire qui nous précède, au plan personnel comme au plan collectif. Comment le néo-progressisme post-moderne, ivre de démesure prométhéenne, pourrait-il s’en accommoder ?


Voir aussi

« Le système de garderie universel en Suède forme des enfants moins instruits »

Le projet de loi [Ottawa] S-206 empêcherait d’utiliser la force raisonnable pour corriger un élève ou un enfant

Sur la Suède : article en anglais du Vancouver Sun qui relate

La Suède en 1979 est devenue le premier pays à interdire toute correction physique. Depuis lors, les accusations criminelles pour mauvais traitement (violences physiques) commis par des proches contre des enfants de moins de sept ans ont augmenté de 489 % de 1981 à 1994. Il y a eu également une augmentation choquante de 519 % des agressions criminelles perpétrées par des enfants de moins de 15 ans à l’encontre d’enfants âgés de 7 à 14 ans. Plus grave encore, 46-60 pour cent des cas étudiés en vertu de cette loi suédoise se traduisent par des enfants enlevés à leurs parents. Environ 22 000 enfants suédois ont été retirés de leurs foyers en 1981, alors qu’il n’était que 1900 en Allemagne (un pays près de 6 fois plus peuplé à l’époque), 710 au Danemark, 552 en Finlande et 163 en Norvège.

Considérez le cas d’une mère et d’un père de Karlstad, en Suède, emprisonnés pendant neuf mois et condamnés à verser 25 000 couronnes (11 000 $) à trois de leurs enfants qui ont reçu une fessée. Plus destructeur que la prison et les amendes, ces quatre enfants leur ont été enlevés par l’État. Bien que la cour ait conclu que les parents « avaient une relation pleine d’amour et de bienveillance avec leurs enfants », la fessée est apparemment suffisamment sérieuse pour mériter une peine aussi extrême.

Fin de mandat socialiste en France : interdiction de la fessée (Macron est au niveau des valeurs sociétales la simple continuité des socialistes « progressistes »)

France — « Les écoles libres peuvent-elles sauver l’école rurale ? »

Selon une enquête du ministère de l’Education nationale, actualisée au 14 mai, 400 écoles doivent disparaître à la rentrée. Pour 150 d’entre elles, la décision relève de l’administration. Le chiffre, initialement de 186, a d’ailleurs été revu à la baisse. Toutes les autres, 250, résultent de fusions et de regroupements « préparés en concertation avec les élus », explique-t-on rue de Grenelle. La mesure s'explique notamment par le dédoublement des classes (classes de 12 élèves plutôt que 24) dans les banlieues immigrées.

Le président Macron s'était pourtant engagé il y a quelques mois à ne plus fermer d'écoles rurales...

« Parmi les mesures qu’Emmanuel Macron n’a pas encore dévoilées à la télévision, mais qui étaient inscrites dans le discours qu’il s’apprêtait à lire le soir où Notre-Dame-de-Paris s’est embrasée  : une annonce sur deux grands services publics. Selon l’AFP, le président de la République devrait promettre qu’il n’adviendra “aucune fermeture d’école et d’hôpital jusqu’à la fin du quinquennat”. “Sauf demande des maires”, précisait le texte que l’Agence France Presse a consulté. » (Public Sénat)

Il y a deux ans, en juillet 2017, lors de la conférence des territoires au Sénat, Emmanuel Macron s'était déjà engagé à ce que les communes rurales ne soient pas « une variable d´ajustement » et à ce qu´il n´y ait « plus aucune fermeture de classes dans les zones rurales ». Pourtant, quelques mois plus tard le gouvernement annonce entre 200 et 300 fermetures en milieu rural. La faute selon les syndicats aux dédoublements de CP et CE1 en éducation prioritaire dans les villes. Le monde rural se sent défavorisé au profit des quartiers urbains.







Alors que « la viabilité économique des écoles rurales se pose », selon Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école, « il faut inventer un autre modèle » scolaire, explique-t-elle dans une tribune au « Monde ».


Faudra-t-il organiser un grand débat national sur le devenir de l’école rurale ? Il ne suffirait en tout cas pas à épuiser la question, tant l’école à la campagne, ou de la « France périphérique », est plus que le lieu où les enfants reçoivent la connaissance. L’école, c’est le cœur battant d’un territoire, là où se nouent des liens sociaux qui rendent la vie humaine. Si aucune école ne peut désormais fermer sans l’accord exprès des édiles locaux — et c’est un progrès qu’il convient de saluer —, il n’en reste pas moins que la question de la viabilité économique des écoles rurales se pose, cruellement, en ces temps de disette budgétaire.


Chacun pressent qu’une école n’est pas un service comme un autre. C’est la composante centrale et première d’un écosystème social. Bien souvent, l’école fait office de point d’ancrage de la vie économique et culturelle locale. C’est encore le cas, quand l’école communale devient le cœur battant d’une intercommunalité et qu’elle se mue en forteresse politique à défendre et à protéger contre les velléités de regroupement de classes ou d’établissements. C’est cette fonction sociale de l’école que l’administration néglige, non par volonté de mal faire, mais parce qu’elle n’est pas sur le terrain pour mesurer l’ensemble des effets des fermetures de classes comme des fermetures d’école.

Que l’école ferme, le village meurt et le lien social se défait. Les jeunes familles déménagent et l’activité économique et culturelle suit fatalement le même chemin. Mort des territoires. Son maintien est donc une nécessité pour l’aménagement du territoire.
« Inventer un autre modèle »

Sans doute n’est-il pas possible d’avoir 36 000 écoles comme on a 36 000 communes, mais on doit voir leur implantation comme une nécessité politique pour permettre à la population qui veut vivre hors des agglomérations de le faire, pour le bien de l’ensemble de la population attachée à la vitalité de son territoire.

On ne peut donc pas aborder la question de l’école rurale principalement sous l’angle budgétaire, en « rationalisant » la carte scolaire, pudique expression pour désigner les fermetures et les regroupements d’écoles conduisant à l’explosion du temps de transport scolaire et à la création d’établissements sans âme.

Pour autant, s’il faut maintenir dans le plus de communes possible la continuité du service scolaire, l’expérience montre que c’est bien difficile que cela passe par le maintien d’une offre scolaire publique classique. Il faut inventer un autre modèle. Les écoles indépendantes peuvent-elles sauver l’école rurale ?

Les écoles rurales publiques ont été des laboratoires d’innovation depuis toujours : multiniveau, travail par groupes, pédagogie du projet tirant profit des spécificités du territoire local, centralité du maître, mobilisation des ressources numériques pour pallier l’éloignement géographique par rapport aux professeurs ou aux ressources culturelles… C’est sur cette expérience de divergence par rapport au modèle ordinaire d’école publique urbaine qu’il faut capitaliser aujourd’hui pour inventer l’école rurale de demain.

Ce processus passe notamment par la mobilisation accrue de la société civile du territoire concerné, en développant des écoles indépendantes pour assurer la continuité du service éducatif en l’adaptant au plus près des besoins du territoire.

Dans plusieurs communes, des classes, des écoles ont ouvert quand d’autres établissements fermaient. Qui n’a pas entendu parler de Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), où, confronté à la perspective d’une disparition pure et simple de l’école de la municipalité, le maire s’est largement investi dans la création d’une école indépendante ? Fondée sur la pédagogie de Maria Montessori, l’école devrait accueillir les enfants selon des tarifs différenciés, en fonction des moyens des familles. À Préchac-sur-Adour, dans le département du Gers, des parents d’élèves ont ressuscité l’école du village en lui donnant un statut associatif, payant certes, mais qui a permis d’assurer la continuité du service étendu à la population. Mieux encore : à Molières, dans le Lot, l’école n’est pas seulement indépendante, elle est aussi gratuite, après que les familles ont sauvé l’école communale d’une mort annoncée, la reprenant sous forme d’association à but non lucratif.

Ces initiatives tendent à se multiplier. Elles présentent des atouts : libres des méthodes pédagogiques [ce n’est pas le cas au Québec, où le ministre limite sévèrement la liberté pédagogique des écoles privées tout en faisant concurrence au secteur privé à prix cassé puisque l’école d’État est gratuite], elles peuvent aussi adapter les programmes scolaires et les matières enseignées pour servir un projet affirmé, alors susceptible d’attirer plus de familles. Dimension écocitoyenne, écologique ; mobilisation de bénévoles capables d’apporter leur savoir-faire et d’ouvrir l’horizon des élèves ; sollicitation d’acteurs économiques ou culturels locaux renforçant l’ancrage local de ces écoles ; recours privilégié au cyberapprentissage et au tutorat individualisé…

Mais ces écoles indépendantes se heurtent souvent au scepticisme des services de l’État, très mal à l’aise avec l’idée d’écoles issues de la société civile ou reposant sur des approches pédagogiques différentes de celles de l’Éducation nationale.

« Querelles de clocher »

Si l’État hésite encore, sur le terrain et dans les faits, l’approche idéologique qui conduit à l’opposition stérile entre école privée et école publique, a fortiori quand l’école privée est indépendante, a été purement et simplement abandonnée. C’est la capacité à maintenir une école attrayante au cœur des territoires qui compte, plus le statut public ou privé de l’école. La société civile prend toute sa place dans la lutte pour sauvegarder l’école communale, à rebours des querelles de clocher et des combats d’arrière-garde.

À La Fère, dans le département de l’Aisne, le Cours Clovis fête ses deux ans à la rentrée. Soutenu par la Fondation espérance ruralités, qu’abrite la Fondation pour l’école, cet établissement se développe solidement. Il ne prétend pas lutter contre la désertification rurale. Ce qui l’intéresse, c’est de donner une instruction solide et une ambition pour la vie à des populations scolaires qui s’interdisent trop souvent de croire en elles. Indépendant, le Cours Clovis agit en bonne intelligence avec les services de l’État, pour garantir le respect du socle commun des connaissances et l’acquisition par les élèves des savoirs nécessaires à leur bonne formation et à leur épanouissement. Tous les espoirs sont donc permis !

Anne Coffinier (Directrice générale de la Fondation pour l’école)