lundi 25 novembre 2019

Bras de fer sur les commissions scolaires et la centralisation des pouvoirs

Une partie de bras de fer oppose les partis de l’opposition et le gouvernement Legault, qui souhaite adopter le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires avant la pause du temps des Fêtes. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEÉS), Jean-François Roberge, a toujours espoir de faire adopter le projet de loi 40 d’ici la fin de l’année « si les partis de l’opposition collaborent », a indiqué son cabinet au Devoir.

Ceux-ci répliquent qu’il est impossible d’entériner aussi rapidement ce projet hors de l’ordinaire, envers lequel ils ont d’importantes réserves, qui viendrait bouleverser l’équilibre des forces dans la gouvernance scolaire. La réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, qui avait mené à l’abolition des régies régionales de la santé, avait nécessité près de cinq mois de travaux parlementaires avant son adoption, indique-t-on à Québec. Le projet de loi 40 est aussi important, mais les auditions en commission parlementaire n’ont commencé que le 4 novembre dernier. Il est hors de question que les partis « bâclent leur travail », souligne la députée libérale Marwah Rizqy. « Une réforme de cette ampleur ne peut fonctionner avec une approche bulldozer. Le ministre doit avoir l’appui des gens qui l’appliqueront sur le terrain », ajoute sa collègue péquiste Véronique Hivon. La députée solidaire Christine Labrie a aussi invité le ministre à tenir compte des critiques envers le projet de loi, mercredi à l’Assemblée nationale.

Avant même le début de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire, de nouvelles voix s’élèvent pour critiquer cette réforme phare du gouvernement Legault. « On espère que le ministre Roberge va retravailler son projet de loi, qui cache des modifications beaucoup plus importantes qu’un simple changement de nom des commissions scolaires », dit Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), marqué à gauche.

Dans une fiche technique qui sera rendue publique jeudi, l’IRIS fait valoir que le projet de loi centraliserait des pouvoirs entre les mains des bureaucrates et du ministre de l’Éducation sans renforcer la capacité d’agir des parents contrairement à ce que prétend le gouvernement.

 Le ministre Roberge cherche aussi à réduire au silence un palier intermédiaire de gouvernance — les commissaires (trop mal) élus — qui ne se gêne pas pour critiquer les décisions du gouvernement.

L’IRIS partage le constat émis la semaine dernière par Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l’Institut sur la gouvernance : le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés d’« experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) proposeront la répartition des ressources entre les établissements, les orientations pédagogiques et la priorisation des budgets. Les parents auront beau détenir 8 des 16 sièges sur le conseil d’administration des centres de services (qui remplaceront les commissions scolaires), ils n’auront pas de réels pouvoirs, estime l’IRIS. Surtout qu’ils devront siéger bénévolement à la fois sur le conseil des centres de services et sur un conseil d’établissement. « Ça représente beaucoup d’heures de bénévolat pour des parents de jeunes enfants qui ont déjà des horaires bien remplis », dit Ève-Lyne Couturier.

Concurrence et choix (limité)

L’IRIS estime aussi que le projet de loi « accentuera la mise en concurrence des écoles » — ce qui est pourtant en soi une très bonne chose —, car il simplifiera l’inscription d’élèves sur un autre territoire que celui de leur centre de services scolaires. « Les parents pourront magasiner leur école sur l’ensemble du territoire du Québec, dit la chercheuse. On transforme les écoles en petites PME qui devront avoir un département de marketing pour aller chercher davantage de clientèle. Les écoles sont financées en fonction du nombre d’élèves. Si moins de parents choisissent leur école de quartier, elle aura moins de ressources. On ne voit pas trop le problème, si ce n’est que les écoles n’auront toujours pas plus de liberté pédagogique, de recrutement ou de publicité...

 Résultat : on peut prévoir que les écoles à projet particulier qui sélectionnent leurs élèves (arts-études, sports-études, programme international) se multiplieront encore, ce qui nuira à la mixité scolaire. On ne comprend pas très bien ce que mixité scolaire signifie ici : parle-t-on de mixité sociale, ethnique ? Mais les bons élèves des quartiers aux mauvaises écoles pourront, au contraire, s’inscrire plus facilement à l’école de leur choix sur l’ensemble du territoire !

Les élèves les plus vulnérables sont tirés vers le haut par les élèves les plus forts, tandis que ceux-ci ne souffrent pas de la présence d’élèves en difficulté, prétend l’IRIS. Pour que cela soit vrai et que tout le monde suive, il faut que le programme soit nivelé par le bas, les bons élèves ne sont pas pénalisés parce que le programme est sous-dimensionné pour eux : ils n’apprennent pas grand-chose.

Mais comme les écoles ordinaires n’accueillent que des élèves ordinaires, les élèves les plus faibles sont susceptibles de rester faibles. C’est déjà le cas dans les quartiers desservis par de mauvaises écoles, mais les élèves en sont captifs.

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Le déclin démographique des Canadiens français au Québec

Les Canadiens français ne représenteront plus que 45% de la population du Québec en 2050, selon une étude démographique du chercheur autonome Charles Gaudreault.


Entrevue de Jacques Gaudreault avec Dutrizac le 22 novembre 2019 à 7H03




L'entrevue par Benoit Dutrizac du chercheur Charles Gaudreault sur le déclin démographique des Canadiens français au Québec.


Voir aussi l'étude (en anglais) qui annonce que les Canadiens français seront minoritaires en 2040 :

The impact of immigration on local ethnic groups' demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec"







dimanche 24 novembre 2019

Médias — La bien-pensance et les bobards d'un gros média

On parle souvent de formation scolaire aux médias. Cette formation, selon certains, devrait permettre aux enfants de mieux décrypter les nouvelles auxquels ils sont soumis ; de débusquer les bobards et autres fausses nouvelles.

Dans cette optique nous présentons cette analyse du Quotidien émission de grande audience en France qui rassemble plus de 1,3 million de téléspectateurs chaque soir de la semaine en France. Céline Galipeau au Téléjournal de Radio-Canada à 22 h fait une moyenne d’écoute de 298 000 spectateurs.

Le dernier numéro de Valeurs actuelles se penche sur « La tyrannie des bien-pensants », consacré à l’émission Quotidien et illustré en couverture par une photo de son présentateur Yann Barthès. Vexé, ce dernier a décidé d’en pirater la parution en diffusant le contenu intégral sur les réseaux sociaux, la veille de sa publication. Le groupe Valmonde, éditeur de Valeurs actuelles, a décidé, face à la grave atteinte aux droits d’auteur commise par les équipes de « Quotidien », d’engager une procédure judiciaire afin de voir ces agissements sanctionnés et obtenir réparation du préjudice subi.

Cette enquête sur les dessous de Quotidien analyse ses pratiques, notamment par Ingrid Riocreux, spécialiste du langage médiatique, décrypte ses nombreux bobards et dresse un portrait de son animateur et producteur emblématique. Charlotte d’Ornellas dresse une liste, non exhaustive, des intox répandues par Le Quotidien, parmi lesquelles la pseudo contre-enquête sur le quartier du Haut du Lièvre à Nancy où a grandi Nadine Morano, devenu un quartier islamiste.

Bien évidemment, ce genre de manipulations, d’occultations, de sélectivité et de montages tendancieux n’existent pas qu’en France.



Témoin grotesque, raccourcis, arrangements avec le réel... Quelques petits mensonges de Quotidien de cette année 2019.

« Quotidien » : ces anonymes qui ont vu leur vie basculer après avoir été humiliés par l’émission

Par Ingrid Riocreux

samedi 23 novembre 2019

Peter Taalas, responsable du climat à l’ONU : « Arrêtez de vous inquiéter, faites des bébés ! »

Texte de Ben Johnson traduit par Benoît Perrin.

Le changement climatique est peut-être un problème, mais il ne détruira pas le monde. C’est ce qu’affirme le chef de l’agence des Nations unies consacrée au climat. Il ajoute que les jeunes gens ne doivent pas arrêter d’avoir des enfants.. Selon lui, la rhétorique alarmiste des « catastrophistes et extrémistes » selon laquelle les bébés vont détruire la planète « ressemble à l’extrémisme religieux » et « fera peser un poids supplémentaire » sur les jeunes femmes en « provoquant de l’anxiété ».

Petteri Taalas n’est pas un « négationniste climatique ». Il est secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’agence spéciale de l’ONU sur la météo et le climat, qui compte 193 états membres. Le dernier rapport de l’OMM sur le climat mondial affirme qu’il existe des preuves de l’existence de facteurs anthropiques à l’origine des émissions de carbone. Cependant, il ne met pas en lumière de « lien causal » avec les catastrophes naturelles. L’avant-propos de Taalas a été suivi de déclarations du secrétaire général de l’ONU et du président de l’Assemblée générale de l’ONU. Et Taalas a récemment appelé à une « action urgente pour le climat ».

Cela rend ses paroles apaisantes d’autant plus significatives.

Le changement climatique causé par l’homme, dit Taalas, « ne sera pas la fin du monde. Le monde devient de plus en plus difficile. Dans certaines parties du globe, les conditions de vie se détériorent, mais les gens ont survécu dans des conditions difficiles. »

La véritable menace aujourd’hui, dit-il, vient de l’extrémisme environnemental malavisé, qui exige que les hommes apportent des changements radicaux à leur vie économique — et personnelle —, sous peine de devenir complices d’un génocide.

« Alors que le scepticisme climatique est devenu moins problématique, nous sommes maintenant contestés de l’autre côté », dit Taalas. « Ce sont des rabat-joie et des extrémistes. Ils profèrent des menaces. »

À titre d’exemple de propositions extrêmes, Taalas dit que ces militants « exigent zéro émission [de carbone] d’ici 2025 ».

Et leur foi rivalise avec celle du fanatique religieux le plus convaincu, affirme Taalas au journal financier finlandais Talouselämä (qui se traduit par « vie économique ») le 6 septembre (traduction anglaise ici).

« Les rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] ont été lus de la même manière que la Bible. Vous essayez de trouver certains éléments ou sections à partir desquels vous essayez de justifier vos opinions extrêmes. Cela ressemble à l’extrémisme religieux », dit Taalas.

Cet environnement polarisé a un impact négatif sur la santé mentale des jeunes, en particulier les femmes qui veulent avoir des enfants.

« L’atmosphère créée par les médias a provoqué de l’anxiété. L’idée la plus récente est que les enfants sont une chose négative. Je m’inquiète pour les jeunes mères, qui sont déjà sous pression. Cela ajoute un poids supplémentaire sur leurs épaules. »

La personne la plus importante à poser cette question cette année a été le député Alexandria Ocasio-Cortez, qui a demandé dans une vidéo sur les médias sociaux : « Est-il acceptable d’avoir encore des enfants ? » Les écologistes avertissent que la plus grande empreinte carbone qu’une personne laissera jamais est le fait d’avoir des enfants. Le sénateur Bernie Sanders a récemment suggéré que les contribuables américains devraient financer l’avortement dans le monde entier afin de « réduire la surpopulation ». Manger de la viande réchaufferait aussi la terre à cause de ce que le Green New Deal qualifiait carrément de « vaches qui pètent ».

Taalas rejette ces préoccupations : « Si vous vous mettez à vivre comme un moine orthodoxe », célibataire et avec un régime végétalien pendant les saisons de jeûne, « le monde ne sera pas sauvé pour autant ».

Taalas mérite d’être entendu, à une époque où l’expression de « changement climatique » ne peut être prononcée sans le mot « catastrophique » : « S’adapter au changement climatique sera peut-être moins douloureux que d’adopter des solutions pour le prévenir. »

Comme je l’ai noté lorsque le prince Harry et Meghan Markle ont annoncé qu’ils prévoyaient d’avoir « maximum » deux enfants, le rapport largement cité (et probablement peu lu) du GIEC estime le coût de la réparation de la planète si les politiques ne font absolument rien :

Le GIEC a constaté que si les gouvernements du monde entier ne font rien pour réduire les émissions de CO2, ce qu’elle appelle « le scénario de référence sans politique », cela entraînera « une perte du produit intérieur brut (PIB) mondial de 2,6 % » d’ici 2100.

Comparez cela, momentanément, au coût d’un effondrement de la population. Le FMI a constaté que dans les pays les plus développés comme le Royaume-Uni, la seule hausse des dépenses de santé publique « entre 2015 et 2050 équivaudrait à 57 % du PIB actuel, et la valeur actuelle nette de l’augmentation entre 2050 et 2100 atteindrait 163 % du PIB. »

Si la population diminue, le seul coût pour les systèmes de protection sociale dépasse largement le coût de l’adaptation. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les propositions qui élimineraient des emplois et des possibilités en interdisant des industries utiles ou en redistribuant la richesse ne feront qu’aggraver la situation. Les 93 000 milliards de dollars du Green New Deal ne méritent peut-être pas d’être dépensés.

Le regret de toute une vie de ces femmes qui n’auront jamais les enfants qu’elles auraient voulu, n’est pas anodin.

Nous devons être bien conscients que ni les géants de l’entreprise que la gauche écologiste condamne, ni l’élite politique qu’elle valorise, ne supporteront le pire des changements économiques à venir. Souvent, ils n’adoptent pas non plus les changements de mode de vie qu’ils ont proposés. Ted Turner, ardent promoteur de la réduction de la population, a lui-même cinq enfants et élève des bisons. Les riches et les puissants auront toujours suffisamment de ressources pour faire face aux conséquences. Les pauvres et les classes moyennes du monde entier n’ont pas les moyens de se procurer de la viande ou de voyager, sont privés de possibilités d’emploi et leurs impôts augmentent de façon astronomique. Ce sont eux qui seront les plus durement touchés.

Nous devons décider sagement quand, comment et si nous voulons nous adapter. Nous devons analyser la contribution de l’homme au changement climatique, identifier les pays qui en sont les principaux responsables et peser le coût de l’imposition de solutions souvent draconiennes par rapport au coût réel de l’adaptation à un environnement légèrement plus chaud. Et nous devons le faire en sachant que nous sauvons la planète dans un seul but : la transmettre à la génération suivante.

En ce qui concerne le changement climatique, il ne suffit pas d’agir. En tant que chrétiens, nous devons au monde notre prudence.

Québec — Pénurie de main d'œuvre ou pléthore de petits boulots mal payés à pourvoir ?

Entretien de Mathieu Bock-Côté avec Jacques Houle (lire son Disparaître) sur l’idée selon laquelle il faut encore augmenter les seuils d’immigration légale pour palier la « pénurie de main d’œuvre ».

MBC. Jacques Houle, vous êtes l’auteur de Disparaître, un ouvrage consacré à la question de l’immigration au Québec. Le principal argument avancé par ceux qui veulent conserver des seuils d’immigration très élevés, et même, les augmenter, est que le Québec connaîtrait une pénurie de main-d’œuvre. Est-ce vraiment le cas ? Que penser de ce discours ?

JH. Brandir la menace imaginaire de pénurie de main-d’œuvre pour justifier le maintien de seuils d’immigration élevés dépassant notre capacité maximale d’intégration (30 000) relève de la manipulation. En fait, la littérature économique indique clairement que le monde fait face non pas à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, mais bien à une pénurie d’emplois de qualité. En effet, selon une étude de la Banque mondiale, l’économie mondiale aura besoin de 600 millions d’emplois de qualité d’ici 2030 ! Le Québec n’échappe pas à cette tendance lourde comme le démontre l’expérience souvent amère des 80 000 à 85 000 jeunes québécois et québécoises qui arrivent sur le marché du travail chaque année et qui sont souvent obligés d’accepter des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. Selon l’Institut de la Statistique du Québec, près du tiers des travailleurs québécois sont surdiplômés pour les emplois qu’ils occupent. Chez les diplômés de niveaux collégial et universitaire, le taux de surdiplômation en emploi atteint 40 %.

Ce que ne disent pas ceux qui rabâchent avec la régularité d’un métronome la fable de la pénurie de main-d’œuvre, c’est que l’expression pénurie de main-d’œuvre sert à masquer les difficultés de recrutement systématique causées par des salaires trop bas, du temps partiel fréquent ou des horaires atypiques. D’ailleurs, plus de 60 % des pénuries de main-d’œuvre ont comme point commun de payer des salaires inférieurs à 15 $ de l’heure. Les trois professions en pénurie au Québec sont : serveurs et serveuses, vendeurs et vendeuses, caissiers et caissières auxquelles il faut ajouter pour faire bonne mesure, les manœuvres de tout genre. Ce que ne disent pas les associations patronales comme la Chambre de commerce de Montréal, c’est que le résultat réel de leur insistance à réclamer plus d’immigrants contribue à alimenter le réservoir d’immigrants forcés à accepter les emplois précaires à bas salaires que ne veulent plus les natifs ainsi que les immigrants plus anciens.


Les milieux d’affaires seraient plus convaincants s’ils s’efforçaient de convaincre les employeurs rétrogrades à imiter Costco qui évite la pénurie d’employés en offrant de très bons salaires. Dans un article récent du Journal de Montréal (15 novembre 2019), on apprend que ce géant du commerce au détail, avec ses 8500 employés québécois, offre à un caissier avec 6 ans d’expérience, un salaire de 28,25 $ de l’heure ; son salaire annuel est donc de 55 087 $.

Ce qui confirme le bien-fondé de ma thèse : il n’y a pas au Québec de pénuries de main-d’œuvre, mais uniquement des postes vacants de façon persistante en raison de salaires trop bas et d’autres conditions de travail non compétitives. La solution n’est donc pas plus d’immigrants, mais de meilleures conditions de travail, dont un salaire décent pour les quelque 825 000 salariés québécois qui gagnent moins de 15 $ de l’heure. [Note du carnet : Et une plus grande automatisation des emplois rébarbatifs ou répétitifs, mais cela nécessite des investissements qui ne seront consentis que lorsque les employeurs sauront que la solution de facilité — l’immigration massive d’employés corvéables mal payés — ne leur sera plus possible.]

MBC. Quels sont les principaux corporatismes présents dans le débat sur l’immigration ? Que répondre par exemple au lobby des cégeps et des universités qui s’oppose lui aussi à toute baisse des seuils ? Comment expliquer le positionnement des syndicats en faveur de seuils d’immigration aussi élevés ?

JH. Il est évident que les partisans les plus acharnés de l’impératif du « toujours plus d’immigrants », sont ceux-là mêmes qui en tirent les plus grands avantages. En tête de peloton, on retrouve, sans surprise, les patrons d’entreprises à la recherche de main-d’œuvre immigrée contrainte d’accepter des salaires de misère et les politiciens qui pratiquent un clientélisme électoral tous azimuts.

Mais les gagnants de l’immigration de masse se retrouvent aussi au sein de la classe moyenne supérieure qui profite d’une présence immigrante forte sans en subir la concurrence directe. Michèle Tribalat, qui fut directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques de France, nous éclaire sur le débat qui oppose les gagnants et perdants de l’immigration lorsqu’elle écrit : « Or, des intérêts de classe existent bel et bien sur la question de l’immigration puisque ce sont les salaires des moins dotés en qualifications qui sont pénalisés par l’immigration (...) alors que les employeurs et les salariés qui ont les moyens de profiter des divers services rendus par les immigrants garde d’enfants, repas, ménage notamment — sont les bénéficiaires. » (Les Yeux grands fermés)


Quant aux institutions d’enseignement supérieur, on constate qu’ils se présentent souvent dans le débat sur l’immigration comme étant au-dessus de la mêlée. Or, les cégeps et les universités ne sont pas des partis neutres dans le débat sur l’immigration comme on a pu le constater lors de la controverse autour des étudiants étrangers. Comme le rappelle avec pertinence le Premier ministre Legault, le secteur de l’enseignement supérieur veut plus d’étudiants étrangers parce qu’ils rapportent plus d’argent ! Et comme le précise Joseph Facal dans le Journal de Montréal du 19 novembre, en niant l’évidence, cela revient à « nous prendre pour des cons ». Notons par exemple qu’un étudiant en médecine de McGill paie 7 780 $ pour la première année s’il est québécois, et 45 884 $ s’il est un étudiant étranger. On repassera pour prétendre que le milieu de l’enseignement supérieur est neutre !...

Enfin, face aux syndicats, on reste perplexe face à leur prise de position en faveur d’une immigration de masse qui, de toute évidence, freine la hausse naturelle des salaires et qui pénalise par le fait même les travailleurs et les travailleuses les plus vulnérables sur le marché du travail du Québec et ce, natifs et immigrants confondus.

MBC. Est-ce que nous assistons en ce moment à un vrai débat démocratique sur l’immigration ou est-il comme hier contrôlé, limité et même étouffé ?

JH. Le débat sur l’immigration de masse est généralement faussé parce que les partisans de celle-ci monopolisent toutes les tribunes médiatiques ou autres tandis que ceux qui soulèvent des questionnements sur ses effets réels sont souvent ignorés.

J’ai personnellement subi cette censure blanche : lors de la sortie de mon essai précédent intitulé Il était une fois des usines, Hurtubise 2014, j’ai eu droit à de généreuses recensions notamment dans Le Devoir et La Presse en plus de trois entrevues à la radio de Radio-Canada à Montréal, Québec et Ottawa, mais, depuis la sortie de mon essai Disparaître ? qui traite de l’immigration, les mêmes médias ont observé un mutisme complet même si le livre a connu un succès de librairie certain !... On peut alors déduire qu’il y a des sujets tabous...


Pire encore, certains observateurs bien intentionnés qui posaient de bonnes questions au sujet des conséquences d’une immigration trop élevée, ont été qualifiés abusivement de xénophobes voire de racistes. Pour mieux comprendre ce climat chargé de peurs qui interdit un véritable débat démocratique, il est bon de recourir encore une fois à Michèle Tribalat qui nous éclaire sur le sujet quand elle fait remarquer : « Mais faire peur et empêcher tout débat sur les effets réels de l’immigration a l’énorme avantage d’éviter de dévoiler ses intérêts propres. » C’est vrai aussi pour le Québec ; en effet, l’immigration de masse profite à de puissants lobbys qui se gardent bien de divulguer les énormes avantages qu’ils en retirent et qui sont aussi particulièrement discrets sur les coûts sociaux engendrés par des immigrants travaillant au salaire minimum qui bénéficient des services publics beaucoup plus coûteux que les sommes qu’ils verseront en impôts et taxes au cours de leur vie active.

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Famille moderne anglaise : premier père homo quitte son « mari » et tombe amoureux du petit ami de sa fille

Barrie et Tony Drewitt-Barlow, le premier couple homosexuel à être devenu parents en Grande-Bretagne en 1999, a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun, tandis que Barrie est tombé amoureux du petit ami de sa fille, Saffron [le « safran » en français].

Clap de fin pour Tony et Barrie Drewitt-Barlow. Dimanche 17 novembre, le premier couple homosexuel de Grande-Bretagne à être devenu parents a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun. La raison : Barrie est tombé amoureux d’un autre homme. Et pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit de Scott Hutchison, le petit ami de leur fille Saffron, âgée de 19 ans. Après avoir vécu une idylle secrète durant huit mois, le millionnaire de 50 ans et son compagnon de 25 ans ont annoncé qu’ils comptaient se marier, recevant notamment la bénédiction de Tony.

De gauche à droite, Saffran, Barrie, Aspen et Tony.
Tony est « Dad », Barrie « Daddy » et Hutchison est l’ex-copain et le nouveau « beau-père » de Saffron.


« Je suis tombé amoureux de Scott et il en a fait de même. Je me sens stupide à mon âge d’avoir ces sentiments pour quelqu’un d’autre que Tony et qui a la moitié de mon âge. Mais quand vous savez que quelque chose va bien, c’est bien. Nous n’avons pas fait de projets précis, mais j’aimerais épouser Scott », a annoncé Barrie Drewitt-Barlow au Sun, qui assure par ailleurs qu’il ne fait pas du tout une « crise ». « Si j’en faisais une, je m’achèterais une Porsche 911", précise-t-il. Néanmoins, si l’homme d’affaires de 50 ans a déjà des projets avec Scott Hutchison, pas question pour lui de quitter Tony pour autant...

En effet, toute la petite tribu du couple vit désormais sous le même toit, dans ce que Barrie Drewitt-Barlow nomme « une structure familiale très XXIe siècle ». Ainsi, les deux ex-époux vivent dans leur hôtel particulier en Floride avec leurs cinq enfants, ainsi que Scott. « Nos enfants sont toujours dans une structure stable, plus que dans beaucoup d’autres familles. Mais maintenant, papa a un nouveau compagnon et nous sommes une famille plus heureuse que jamais », a assuré le milliardaire. Impossible donc pour Barrie et Tony Drewitt-Barlow d’effacer leur amour de longue date, tandis qu’en 1999, ils ont été le premier couple gay à avoir deux enfants nés d’une mère porteuse, les jumeaux Saffron et Aspen [le tremble, l’arbre en français, un type de peuplier].  On écrase une larme de joie devant ce tableau si moderne et si idyllique dans la presse ragotière.

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Ohio — Loi pour protéger l'expression des convictions religieuses à l'école publique

La chambre des représentants de l’Ohio (Nord-Est des États-Unis) à majorité républicaine a adopté Ohio Student Religious Liberties Act of 2019. Son contenu sera maintenant débattu au Sénat, lui aussi majoritairement républicain.

Le projet de loi :
  • oblige les écoles publiques à donner aux élèves qui souhaitent se rencontrer à des fins d’expression religieuse, le même accès à l’école que celui qui est donné aux groupes d’étudiants laïques, sans égard au contenu de l’expression religieuse ;
  • supprime une disposition actuelle de la loi qui permet à un district scolaire de limiter l’exercice ou l’expression de la religion aux périodes de déjeuner ou à d’autres périodes non pédagogiques ;
  • autorise les élèves inscrits dans les écoles publiques à s’exprimer religieusement avant, pendant et après les heures d’école de la même manière et de la même manière qu’un élève peut s’engager dans des activités ou des expressions laïques avant, pendant et après les heures d’école ;
  • interdit aux écoles publiques d’interdire à un élève de s’exprimer religieusement dans l’accomplissement de devoirs, d’œuvres d’art ou d’autres devoirs ;
  • interdit aux écoles publiques de récompenser ou de pénaliser un élève en fonction du contenu religieux des devoirs, des œuvres d’art ou d’autres devoirs de l’élève.

Aux fins de ses dispositions, le projet de loi définit l’expression religieuse comme incluant l’un des éléments suivants :
  1. Prière ;
  2. Rassemblements religieux, y compris, mais sans s’y limiter, les groupes de prière, les clubs religieux, les rassemblements « vous voir au pôle » ou d’autres rassemblements religieux ;
  3. Distribution de documents écrits ou de littérature de nature religieuse ;
  4. Toute autre activité de nature religieuse, y compris le port de vêtements symboliques (notamment un maillot avec un message religieux) ou l’expression d’un point de vue religieux, à condition que l’activité ne soit pas obscène, vulgaire, offensante ou indécente.

Il s’agit de traiter de manière l’expression religieuse à l’expression d’autres opinions, notamment politiques.


samedi 16 novembre 2019

Disney+ fait précéder ses films « culturellement datés » d'un avertissement

Dumbo, Peter Pan, Fantasia et Les Aristochats comptent parmi les œuvres précédées d’un avis.



Certains accusent les personnages des chats siamois dans La Belle et le Clochard de véhiculer une représentation stéréotypée et raciste des Asiatiques...

Le catalogue de films proposé sur Disney+ comprend des classiques réalisés à une époque où la représentation à l’écran de stéréotypes ethniques, religieux, culturels ou de genre n’était pas remise en question.

Le regard sur des films réalisés au siècle dernier a parfois changé. Certaines scènes sont désormais considérées comme étant racistes ou sexistes. Ainsi, les personnages des chats siamois dans La Belle et le Clochard, sorti en 1955, sont aujourd’hui accusés par certains de véhiculer une représentation stéréotypée et raciste des Asiatiques.

Cédant à ces critiques, Disney+ a  choisi d’accompagner certains de ses films — comme Dumbo, Le Livre de la jungle, Les Aristochats ou encore Peter Pan – de la mention suivante : « Ce programme est présenté tel qu’il a été originellement créé. Il peut contenir des représentations culturelles démodées. »

Les critères utilisés par l’entreprise pour déterminer les films précédés d’un avis n’ont pas été précisés. L’avertissement n’est ainsi pas diffusé en préambule du film Aladin (1992), qui a été accusé par d’aucuns de dépeindre les personnes du Moyen-Orient de manière raciste.

La Mélodie du sud (ci-dessous), le long métrage sorti en 1946 qui se déroule dans le sud des États-Unis à l’époque de l’esclavage selon Radio-Canada (c’est inexact, l’histoire se situe après la Guerre de Sécession), ne figure pas quant à lui sur la plateforme Disney+.





Sources : Radio-Canada, The Hollywood reporter

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vendredi 15 novembre 2019

Cinéma — Comment le film « Le Roi » saccage l'histoire

Dans le film « Le Roi », sorti dernièrement sur Netflix, la vie du roi d’Angleterre Henri V nous est présentée sous des aspects bien édulcorés. On y voit un roi pacifiste, épris de paix et de justice... tout l’inverse du véritable Henri V ! Aussi, les Français y sont présentés comme des lâches ridicules, et l’histoire de la bataille d’Azincourt y est totalement fantaisiste. Faut-il s’en indigner ? Ou se contenter d’en relever les erreurs, nombreuses, avant de faire le procès du véritable coupable : le cinéma français ?







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dimanche 10 novembre 2019

Chine — Instruction à domicile en pleine croissance et pourtant mal vue par les autorités

En Occident, l’enseignement à domicile, autrefois considéré comme excentrique, a crû en popularité ces dernières décennies. En Chine, les fonctionnaires sont méfiants. Ils disent que l'école joue un rôle vital pour faire des enfants des « bâtisseurs du socialisme ». Mais de plus en plus de parents chinois se rebellent.


Une autorisation officielle est requise en Chine pour la scolarisation à domicile pendant les neuf années de la scolarité obligatoire, qui s’étend généralement de six à quinze ans. Elle est accordée uniquement dans de rares circonstances, par exemple lorsqu’un enfant souffre d’un problème de santé auquel l’école ne peut faire face.

L’enseignement à domicile reste très controversé. En 2017, pour la première fois, le ministère de l’Éducation a ouvertement attaqué cette pratique, la qualifiant de « très défavorable au développement de l’enfant tout au long de sa vie ». Il a rappelé aux parents que l’enseignement à domicile sans autorisation était interdit. En mars, le ministère a menacé les parents de « poursuites judiciaires » sans précisions s’ils ne se conformaient pas à la loi.

Ces menaces ne découragent pas certains parents. En 2017, un groupe de réflexion basé à Pékin a estimé qu’environ 56 000 enfants étaient scolarisés à la maison ou sur le point d’être retirés de l’école à cette fin. Le nombre avait presque triplé depuis 2013. De nombreux parents qui instruisent à domicile disent que ce nombre est bien supérieur. Une de ces personnes à Pékin estime qu’il pourrait y avoir « des centaines de milliers » de familles comme la sienne. Certains partagent leurs expériences d’instruction à domicile sur des groupes de discussion qui ont vu le jour au cours des dernières années sur WeChat, une application de messagerie. La plupart n’ont pas la permission faire l’école à la maison. Ils ne se donnent même pas la peine de demander l’autorisation, considérant que la réponse sera d’office non. Selon Wang Jiajia de l’Université du Jiangsu (Kiang-sou), malgré les avertissements du gouvernement, l’éducation à domicile a continué de croître au cours des deux dernières années, bien que plus lentement.

Les parents courent le risque pour plusieurs raisons. Dans les enquêtes de M. Wang, la raison plus commune est de loin le refus de « l’idéologie » et des « méthodes d’enseignement » des écoles publiques. Une autre est le mépris de la « culture scolaire », comme l’adulation des élèves bûcheurs qui potassent jour et nuit. Quelques-uns préfèrent l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses. L’école en Chine fait, en effet, la promotion de l’athéisme.

La plupart des parents éducateurs à la maison sont urbains et bien éduqués. Ils sont généralement parvenus à maturité au cours des années relativement libérales dans la seconde moitié des années 1990. L’enseignement à domicile en Amérique était illégal dans 30 États jusqu’aux années 1980. Aujourd’hui près de 3 % des enfants d’âge scolaire en Amérique sont scolarisés de cette façon.

L’exemple américain est la source d’inspiration de certains parents chinois. Même si des centaines de milliers d’enfants en Chine étaient scolarisés à la maison, cela représenterait moins de 1 % du nombre total d’enfants chinois âgés de six à quinze ans.

L’enseignement à domicile en Chine prend deux formes principales. La première concerne l’un des parents, généralement le père, qui quitte son travail ou travaille à temps partiel pour enseigner à sa progéniture. Su Nan, un adolescent de 17 ans de la province centrale du Shaanxi (Chensi), a quitté l’école à l’âge de dix ans. Son père, un conférencier, est devenu son enseignant à temps plein. Mais maintenant que Nan (ce n’est pas son vrai nom) est plus âgé, son père a repris son ancien travail. Nan définit son propre horaire, une combinaison d’études indépendantes, de cours en ligne et de travail bénévole. Les parents qui souhaitent que leurs enfants aillent à l’université en Chine doivent s’assurer qu’ils apprennent l’idéologie du parti. La connaissance de cette idéologie est essentielle pour réussir l’examen d’entrée. Mais Nan, comme de nombreux enfants scolarisés à la maison en Chine, vise une université en Occident.

La seconde forme, moins courante, est l’« instruction à domicile collective », telle que celle que dirige maintenant M. Yuan à Xiamen (Hiamuen). L’enseignant de ces collectifs facture souvent des frais — dans le cas de M. Yuan, environ 50 000 yuans (9300 dollars canadiens, 6300 euros) par an et par élève.

Alors comment se fait-il que les parents s’en tirent ? Il se peut que le gouvernement, tout en essayant de décourager cette pratique, ne la considère pas encore comme assez commune pour constituer une menace sérieuse à son emprise politique. Certains fonctionnaires peuvent même sympathiser avec les élèves instruits à domicile. Avant que le ministère de l’Éducation n’émette ses avertissements en 2017, les médias publics ont annoncé avec une pointe d’approbation l’augmentation du nombre d’enfants éduqués à domicile, suggérant que cela pourrait contribuer à réduire le stress des enfants.

Il est également possible que les autorités, pour le moment, aient davantage l’intention de freiner la fausse instruction à domicile dont se rendent coupables les parents qui prétendent instruire leurs enfants à la maison alors qu’ils envoient illégalement leurs enfants sur le marché du travail. Des preuves anecdotiques étayent cette hypothèse. Un parent à Shanghai (Changhaï) dont la fille préadolescente est scolarisée à la maison dit avoir reçu un appel-surprise il y a quelques mois de la part du Ministère de l’Éducation local. Le fonctionnaire a demandé au parent dans quelle école son enfant avait été inscrit. Elle a dit la vérité et n’a pas été recontactée depuis. Selon elle, plusieurs autres familles scolarisées à la maison à Shanghai (Changhaï) ont vécu la même expérience ; ce qui suggère que les responsables ferment les yeux (l’écriteau à la porte de M. Yuan indique qu’il s’attend à ce qu’ils le fassent). Wang Dong, avocat dans la ville de Kunming, dans le sud du pays, spécialisé dans le domaine de l’éducation, n’a encore entendu parler d’aucun parent poursuivi pour avoir instruit ses enfants à la maison.

Mais, alors que la Chine se crispe idéologiquement, certains parents demeurent nerveux. En juillet, le ministère de l’Éducation a exhorté les écoles à intensifier leurs efforts pour inculquer les vertus d’« amour patriotique » et de « fidélité au parti ». En août, les médias d’État ont rappelé les propos du dirigeant chinois, Xi Jinping, selon lesquels l’école doit veiller à ce que « les semences des valeurs socialistes fondamentales prennent racine et se développent » dans le cœur des enfants. Les fonctionnaires se demandent peut-être si les parents qui instruisent à domicile se plient à ces demandes idéologiques. Xu Xuejin, le fondateur d’un club en ligne pour de telles personnes, ne prend pas de risque. Il a récemment supprimé son site Web pour protéger l’identité de ses membres.

Source : The Economist