samedi 23 novembre 2019

Peter Taalas, responsable du climat à l’ONU : « Arrêtez de vous inquiéter, faites des bébés ! »

Texte de Ben Johnson traduit par Benoît Perrin.

Le changement climatique est peut-être un problème, mais il ne détruira pas le monde. C’est ce qu’affirme le chef de l’agence des Nations unies consacrée au climat. Il ajoute que les jeunes gens ne doivent pas arrêter d’avoir des enfants.. Selon lui, la rhétorique alarmiste des « catastrophistes et extrémistes » selon laquelle les bébés vont détruire la planète « ressemble à l’extrémisme religieux » et « fera peser un poids supplémentaire » sur les jeunes femmes en « provoquant de l’anxiété ».

Petteri Taalas n’est pas un « négationniste climatique ». Il est secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’agence spéciale de l’ONU sur la météo et le climat, qui compte 193 états membres. Le dernier rapport de l’OMM sur le climat mondial affirme qu’il existe des preuves de l’existence de facteurs anthropiques à l’origine des émissions de carbone. Cependant, il ne met pas en lumière de « lien causal » avec les catastrophes naturelles. L’avant-propos de Taalas a été suivi de déclarations du secrétaire général de l’ONU et du président de l’Assemblée générale de l’ONU. Et Taalas a récemment appelé à une « action urgente pour le climat ».

Cela rend ses paroles apaisantes d’autant plus significatives.

Le changement climatique causé par l’homme, dit Taalas, « ne sera pas la fin du monde. Le monde devient de plus en plus difficile. Dans certaines parties du globe, les conditions de vie se détériorent, mais les gens ont survécu dans des conditions difficiles. »

La véritable menace aujourd’hui, dit-il, vient de l’extrémisme environnemental malavisé, qui exige que les hommes apportent des changements radicaux à leur vie économique — et personnelle —, sous peine de devenir complices d’un génocide.

« Alors que le scepticisme climatique est devenu moins problématique, nous sommes maintenant contestés de l’autre côté », dit Taalas. « Ce sont des rabat-joie et des extrémistes. Ils profèrent des menaces. »

À titre d’exemple de propositions extrêmes, Taalas dit que ces militants « exigent zéro émission [de carbone] d’ici 2025 ».

Et leur foi rivalise avec celle du fanatique religieux le plus convaincu, affirme Taalas au journal financier finlandais Talouselämä (qui se traduit par « vie économique ») le 6 septembre (traduction anglaise ici).

« Les rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] ont été lus de la même manière que la Bible. Vous essayez de trouver certains éléments ou sections à partir desquels vous essayez de justifier vos opinions extrêmes. Cela ressemble à l’extrémisme religieux », dit Taalas.

Cet environnement polarisé a un impact négatif sur la santé mentale des jeunes, en particulier les femmes qui veulent avoir des enfants.

« L’atmosphère créée par les médias a provoqué de l’anxiété. L’idée la plus récente est que les enfants sont une chose négative. Je m’inquiète pour les jeunes mères, qui sont déjà sous pression. Cela ajoute un poids supplémentaire sur leurs épaules. »

La personne la plus importante à poser cette question cette année a été le député Alexandria Ocasio-Cortez, qui a demandé dans une vidéo sur les médias sociaux : « Est-il acceptable d’avoir encore des enfants ? » Les écologistes avertissent que la plus grande empreinte carbone qu’une personne laissera jamais est le fait d’avoir des enfants. Le sénateur Bernie Sanders a récemment suggéré que les contribuables américains devraient financer l’avortement dans le monde entier afin de « réduire la surpopulation ». Manger de la viande réchaufferait aussi la terre à cause de ce que le Green New Deal qualifiait carrément de « vaches qui pètent ».

Taalas rejette ces préoccupations : « Si vous vous mettez à vivre comme un moine orthodoxe », célibataire et avec un régime végétalien pendant les saisons de jeûne, « le monde ne sera pas sauvé pour autant ».

Taalas mérite d’être entendu, à une époque où l’expression de « changement climatique » ne peut être prononcée sans le mot « catastrophique » : « S’adapter au changement climatique sera peut-être moins douloureux que d’adopter des solutions pour le prévenir. »

Comme je l’ai noté lorsque le prince Harry et Meghan Markle ont annoncé qu’ils prévoyaient d’avoir « maximum » deux enfants, le rapport largement cité (et probablement peu lu) du GIEC estime le coût de la réparation de la planète si les politiques ne font absolument rien :

Le GIEC a constaté que si les gouvernements du monde entier ne font rien pour réduire les émissions de CO2, ce qu’elle appelle « le scénario de référence sans politique », cela entraînera « une perte du produit intérieur brut (PIB) mondial de 2,6 % » d’ici 2100.

Comparez cela, momentanément, au coût d’un effondrement de la population. Le FMI a constaté que dans les pays les plus développés comme le Royaume-Uni, la seule hausse des dépenses de santé publique « entre 2015 et 2050 équivaudrait à 57 % du PIB actuel, et la valeur actuelle nette de l’augmentation entre 2050 et 2100 atteindrait 163 % du PIB. »

Si la population diminue, le seul coût pour les systèmes de protection sociale dépasse largement le coût de l’adaptation. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les propositions qui élimineraient des emplois et des possibilités en interdisant des industries utiles ou en redistribuant la richesse ne feront qu’aggraver la situation. Les 93 000 milliards de dollars du Green New Deal ne méritent peut-être pas d’être dépensés.

Le regret de toute une vie de ces femmes qui n’auront jamais les enfants qu’elles auraient voulu, n’est pas anodin.

Nous devons être bien conscients que ni les géants de l’entreprise que la gauche écologiste condamne, ni l’élite politique qu’elle valorise, ne supporteront le pire des changements économiques à venir. Souvent, ils n’adoptent pas non plus les changements de mode de vie qu’ils ont proposés. Ted Turner, ardent promoteur de la réduction de la population, a lui-même cinq enfants et élève des bisons. Les riches et les puissants auront toujours suffisamment de ressources pour faire face aux conséquences. Les pauvres et les classes moyennes du monde entier n’ont pas les moyens de se procurer de la viande ou de voyager, sont privés de possibilités d’emploi et leurs impôts augmentent de façon astronomique. Ce sont eux qui seront les plus durement touchés.

Nous devons décider sagement quand, comment et si nous voulons nous adapter. Nous devons analyser la contribution de l’homme au changement climatique, identifier les pays qui en sont les principaux responsables et peser le coût de l’imposition de solutions souvent draconiennes par rapport au coût réel de l’adaptation à un environnement légèrement plus chaud. Et nous devons le faire en sachant que nous sauvons la planète dans un seul but : la transmettre à la génération suivante.

En ce qui concerne le changement climatique, il ne suffit pas d’agir. En tant que chrétiens, nous devons au monde notre prudence.

Québec — Pénurie de main d'œuvre ou pléthore de petits boulots mal payés à pourvoir ?

Entretien de Mathieu Bock-Côté avec Jacques Houle (lire son Disparaître) sur l’idée selon laquelle il faut encore augmenter les seuils d’immigration légale pour palier la « pénurie de main d’œuvre ».

MBC. Jacques Houle, vous êtes l’auteur de Disparaître, un ouvrage consacré à la question de l’immigration au Québec. Le principal argument avancé par ceux qui veulent conserver des seuils d’immigration très élevés, et même, les augmenter, est que le Québec connaîtrait une pénurie de main-d’œuvre. Est-ce vraiment le cas ? Que penser de ce discours ?

JH. Brandir la menace imaginaire de pénurie de main-d’œuvre pour justifier le maintien de seuils d’immigration élevés dépassant notre capacité maximale d’intégration (30 000) relève de la manipulation. En fait, la littérature économique indique clairement que le monde fait face non pas à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, mais bien à une pénurie d’emplois de qualité. En effet, selon une étude de la Banque mondiale, l’économie mondiale aura besoin de 600 millions d’emplois de qualité d’ici 2030 ! Le Québec n’échappe pas à cette tendance lourde comme le démontre l’expérience souvent amère des 80 000 à 85 000 jeunes québécois et québécoises qui arrivent sur le marché du travail chaque année et qui sont souvent obligés d’accepter des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. Selon l’Institut de la Statistique du Québec, près du tiers des travailleurs québécois sont surdiplômés pour les emplois qu’ils occupent. Chez les diplômés de niveaux collégial et universitaire, le taux de surdiplômation en emploi atteint 40 %.

Ce que ne disent pas ceux qui rabâchent avec la régularité d’un métronome la fable de la pénurie de main-d’œuvre, c’est que l’expression pénurie de main-d’œuvre sert à masquer les difficultés de recrutement systématique causées par des salaires trop bas, du temps partiel fréquent ou des horaires atypiques. D’ailleurs, plus de 60 % des pénuries de main-d’œuvre ont comme point commun de payer des salaires inférieurs à 15 $ de l’heure. Les trois professions en pénurie au Québec sont : serveurs et serveuses, vendeurs et vendeuses, caissiers et caissières auxquelles il faut ajouter pour faire bonne mesure, les manœuvres de tout genre. Ce que ne disent pas les associations patronales comme la Chambre de commerce de Montréal, c’est que le résultat réel de leur insistance à réclamer plus d’immigrants contribue à alimenter le réservoir d’immigrants forcés à accepter les emplois précaires à bas salaires que ne veulent plus les natifs ainsi que les immigrants plus anciens.


Les milieux d’affaires seraient plus convaincants s’ils s’efforçaient de convaincre les employeurs rétrogrades à imiter Costco qui évite la pénurie d’employés en offrant de très bons salaires. Dans un article récent du Journal de Montréal (15 novembre 2019), on apprend que ce géant du commerce au détail, avec ses 8500 employés québécois, offre à un caissier avec 6 ans d’expérience, un salaire de 28,25 $ de l’heure ; son salaire annuel est donc de 55 087 $.

Ce qui confirme le bien-fondé de ma thèse : il n’y a pas au Québec de pénuries de main-d’œuvre, mais uniquement des postes vacants de façon persistante en raison de salaires trop bas et d’autres conditions de travail non compétitives. La solution n’est donc pas plus d’immigrants, mais de meilleures conditions de travail, dont un salaire décent pour les quelque 825 000 salariés québécois qui gagnent moins de 15 $ de l’heure. [Note du carnet : Et une plus grande automatisation des emplois rébarbatifs ou répétitifs, mais cela nécessite des investissements qui ne seront consentis que lorsque les employeurs sauront que la solution de facilité — l’immigration massive d’employés corvéables mal payés — ne leur sera plus possible.]

MBC. Quels sont les principaux corporatismes présents dans le débat sur l’immigration ? Que répondre par exemple au lobby des cégeps et des universités qui s’oppose lui aussi à toute baisse des seuils ? Comment expliquer le positionnement des syndicats en faveur de seuils d’immigration aussi élevés ?

JH. Il est évident que les partisans les plus acharnés de l’impératif du « toujours plus d’immigrants », sont ceux-là mêmes qui en tirent les plus grands avantages. En tête de peloton, on retrouve, sans surprise, les patrons d’entreprises à la recherche de main-d’œuvre immigrée contrainte d’accepter des salaires de misère et les politiciens qui pratiquent un clientélisme électoral tous azimuts.

Mais les gagnants de l’immigration de masse se retrouvent aussi au sein de la classe moyenne supérieure qui profite d’une présence immigrante forte sans en subir la concurrence directe. Michèle Tribalat, qui fut directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques de France, nous éclaire sur le débat qui oppose les gagnants et perdants de l’immigration lorsqu’elle écrit : « Or, des intérêts de classe existent bel et bien sur la question de l’immigration puisque ce sont les salaires des moins dotés en qualifications qui sont pénalisés par l’immigration (...) alors que les employeurs et les salariés qui ont les moyens de profiter des divers services rendus par les immigrants garde d’enfants, repas, ménage notamment — sont les bénéficiaires. » (Les Yeux grands fermés)


Quant aux institutions d’enseignement supérieur, on constate qu’ils se présentent souvent dans le débat sur l’immigration comme étant au-dessus de la mêlée. Or, les cégeps et les universités ne sont pas des partis neutres dans le débat sur l’immigration comme on a pu le constater lors de la controverse autour des étudiants étrangers. Comme le rappelle avec pertinence le Premier ministre Legault, le secteur de l’enseignement supérieur veut plus d’étudiants étrangers parce qu’ils rapportent plus d’argent ! Et comme le précise Joseph Facal dans le Journal de Montréal du 19 novembre, en niant l’évidence, cela revient à « nous prendre pour des cons ». Notons par exemple qu’un étudiant en médecine de McGill paie 7 780 $ pour la première année s’il est québécois, et 45 884 $ s’il est un étudiant étranger. On repassera pour prétendre que le milieu de l’enseignement supérieur est neutre !...

Enfin, face aux syndicats, on reste perplexe face à leur prise de position en faveur d’une immigration de masse qui, de toute évidence, freine la hausse naturelle des salaires et qui pénalise par le fait même les travailleurs et les travailleuses les plus vulnérables sur le marché du travail du Québec et ce, natifs et immigrants confondus.

MBC. Est-ce que nous assistons en ce moment à un vrai débat démocratique sur l’immigration ou est-il comme hier contrôlé, limité et même étouffé ?

JH. Le débat sur l’immigration de masse est généralement faussé parce que les partisans de celle-ci monopolisent toutes les tribunes médiatiques ou autres tandis que ceux qui soulèvent des questionnements sur ses effets réels sont souvent ignorés.

J’ai personnellement subi cette censure blanche : lors de la sortie de mon essai précédent intitulé Il était une fois des usines, Hurtubise 2014, j’ai eu droit à de généreuses recensions notamment dans Le Devoir et La Presse en plus de trois entrevues à la radio de Radio-Canada à Montréal, Québec et Ottawa, mais, depuis la sortie de mon essai Disparaître ? qui traite de l’immigration, les mêmes médias ont observé un mutisme complet même si le livre a connu un succès de librairie certain !... On peut alors déduire qu’il y a des sujets tabous...


Pire encore, certains observateurs bien intentionnés qui posaient de bonnes questions au sujet des conséquences d’une immigration trop élevée, ont été qualifiés abusivement de xénophobes voire de racistes. Pour mieux comprendre ce climat chargé de peurs qui interdit un véritable débat démocratique, il est bon de recourir encore une fois à Michèle Tribalat qui nous éclaire sur le sujet quand elle fait remarquer : « Mais faire peur et empêcher tout débat sur les effets réels de l’immigration a l’énorme avantage d’éviter de dévoiler ses intérêts propres. » C’est vrai aussi pour le Québec ; en effet, l’immigration de masse profite à de puissants lobbys qui se gardent bien de divulguer les énormes avantages qu’ils en retirent et qui sont aussi particulièrement discrets sur les coûts sociaux engendrés par des immigrants travaillant au salaire minimum qui bénéficient des services publics beaucoup plus coûteux que les sommes qu’ils verseront en impôts et taxes au cours de leur vie active.

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Famille moderne anglaise : premier père homo quitte son « mari » et tombe amoureux du petit ami de sa fille

Barrie et Tony Drewitt-Barlow, le premier couple homosexuel à être devenu parents en Grande-Bretagne en 1999, a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun, tandis que Barrie est tombé amoureux du petit ami de sa fille, Saffron [le « safran » en français].

Clap de fin pour Tony et Barrie Drewitt-Barlow. Dimanche 17 novembre, le premier couple homosexuel de Grande-Bretagne à être devenu parents a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun. La raison : Barrie est tombé amoureux d’un autre homme. Et pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit de Scott Hutchison, le petit ami de leur fille Saffron, âgée de 19 ans. Après avoir vécu une idylle secrète durant huit mois, le millionnaire de 50 ans et son compagnon de 25 ans ont annoncé qu’ils comptaient se marier, recevant notamment la bénédiction de Tony.

De gauche à droite, Saffran, Barrie, Aspen et Tony.
Tony est « Dad », Barrie « Daddy » et Hutchison est l’ex-copain et le nouveau « beau-père » de Saffron.


« Je suis tombé amoureux de Scott et il en a fait de même. Je me sens stupide à mon âge d’avoir ces sentiments pour quelqu’un d’autre que Tony et qui a la moitié de mon âge. Mais quand vous savez que quelque chose va bien, c’est bien. Nous n’avons pas fait de projets précis, mais j’aimerais épouser Scott », a annoncé Barrie Drewitt-Barlow au Sun, qui assure par ailleurs qu’il ne fait pas du tout une « crise ». « Si j’en faisais une, je m’achèterais une Porsche 911", précise-t-il. Néanmoins, si l’homme d’affaires de 50 ans a déjà des projets avec Scott Hutchison, pas question pour lui de quitter Tony pour autant...

En effet, toute la petite tribu du couple vit désormais sous le même toit, dans ce que Barrie Drewitt-Barlow nomme « une structure familiale très XXIe siècle ». Ainsi, les deux ex-époux vivent dans leur hôtel particulier en Floride avec leurs cinq enfants, ainsi que Scott. « Nos enfants sont toujours dans une structure stable, plus que dans beaucoup d’autres familles. Mais maintenant, papa a un nouveau compagnon et nous sommes une famille plus heureuse que jamais », a assuré le milliardaire. Impossible donc pour Barrie et Tony Drewitt-Barlow d’effacer leur amour de longue date, tandis qu’en 1999, ils ont été le premier couple gay à avoir deux enfants nés d’une mère porteuse, les jumeaux Saffron et Aspen [le tremble, l’arbre en français, un type de peuplier].  On écrase une larme de joie devant ce tableau si moderne et si idyllique dans la presse ragotière.

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Ohio — Loi pour protéger l'expression des convictions religieuses à l'école publique

La chambre des représentants de l’Ohio (Nord-Est des États-Unis) à majorité républicaine a adopté Ohio Student Religious Liberties Act of 2019. Son contenu sera maintenant débattu au Sénat, lui aussi majoritairement républicain.

Le projet de loi :
  • oblige les écoles publiques à donner aux élèves qui souhaitent se rencontrer à des fins d’expression religieuse, le même accès à l’école que celui qui est donné aux groupes d’étudiants laïques, sans égard au contenu de l’expression religieuse ;
  • supprime une disposition actuelle de la loi qui permet à un district scolaire de limiter l’exercice ou l’expression de la religion aux périodes de déjeuner ou à d’autres périodes non pédagogiques ;
  • autorise les élèves inscrits dans les écoles publiques à s’exprimer religieusement avant, pendant et après les heures d’école de la même manière et de la même manière qu’un élève peut s’engager dans des activités ou des expressions laïques avant, pendant et après les heures d’école ;
  • interdit aux écoles publiques d’interdire à un élève de s’exprimer religieusement dans l’accomplissement de devoirs, d’œuvres d’art ou d’autres devoirs ;
  • interdit aux écoles publiques de récompenser ou de pénaliser un élève en fonction du contenu religieux des devoirs, des œuvres d’art ou d’autres devoirs de l’élève.

Aux fins de ses dispositions, le projet de loi définit l’expression religieuse comme incluant l’un des éléments suivants :
  1. Prière ;
  2. Rassemblements religieux, y compris, mais sans s’y limiter, les groupes de prière, les clubs religieux, les rassemblements « vous voir au pôle » ou d’autres rassemblements religieux ;
  3. Distribution de documents écrits ou de littérature de nature religieuse ;
  4. Toute autre activité de nature religieuse, y compris le port de vêtements symboliques (notamment un maillot avec un message religieux) ou l’expression d’un point de vue religieux, à condition que l’activité ne soit pas obscène, vulgaire, offensante ou indécente.

Il s’agit de traiter de manière l’expression religieuse à l’expression d’autres opinions, notamment politiques.


samedi 16 novembre 2019

Disney+ fait précéder ses films « culturellement datés » d'un avertissement

Dumbo, Peter Pan, Fantasia et Les Aristochats comptent parmi les œuvres précédées d’un avis.



Certains accusent les personnages des chats siamois dans La Belle et le Clochard de véhiculer une représentation stéréotypée et raciste des Asiatiques...

Le catalogue de films proposé sur Disney+ comprend des classiques réalisés à une époque où la représentation à l’écran de stéréotypes ethniques, religieux, culturels ou de genre n’était pas remise en question.

Le regard sur des films réalisés au siècle dernier a parfois changé. Certaines scènes sont désormais considérées comme étant racistes ou sexistes. Ainsi, les personnages des chats siamois dans La Belle et le Clochard, sorti en 1955, sont aujourd’hui accusés par certains de véhiculer une représentation stéréotypée et raciste des Asiatiques.

Cédant à ces critiques, Disney+ a  choisi d’accompagner certains de ses films — comme Dumbo, Le Livre de la jungle, Les Aristochats ou encore Peter Pan – de la mention suivante : « Ce programme est présenté tel qu’il a été originellement créé. Il peut contenir des représentations culturelles démodées. »

Les critères utilisés par l’entreprise pour déterminer les films précédés d’un avis n’ont pas été précisés. L’avertissement n’est ainsi pas diffusé en préambule du film Aladin (1992), qui a été accusé par d’aucuns de dépeindre les personnes du Moyen-Orient de manière raciste.

La Mélodie du sud (ci-dessous), le long métrage sorti en 1946 qui se déroule dans le sud des États-Unis à l’époque de l’esclavage selon Radio-Canada (c’est inexact, l’histoire se situe après la Guerre de Sécession), ne figure pas quant à lui sur la plateforme Disney+.





Sources : Radio-Canada, The Hollywood reporter

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vendredi 15 novembre 2019

Cinéma — Comment le film « Le Roi » saccage l'histoire

Dans le film « Le Roi », sorti dernièrement sur Netflix, la vie du roi d’Angleterre Henri V nous est présentée sous des aspects bien édulcorés. On y voit un roi pacifiste, épris de paix et de justice... tout l’inverse du véritable Henri V ! Aussi, les Français y sont présentés comme des lâches ridicules, et l’histoire de la bataille d’Azincourt y est totalement fantaisiste. Faut-il s’en indigner ? Ou se contenter d’en relever les erreurs, nombreuses, avant de faire le procès du véritable coupable : le cinéma français ?







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dimanche 10 novembre 2019

Chine — Instruction à domicile en pleine croissance et pourtant mal vue par les autorités

En Occident, l’enseignement à domicile, autrefois considéré comme excentrique, a crû en popularité ces dernières décennies. En Chine, les fonctionnaires sont méfiants. Ils disent que l'école joue un rôle vital pour faire des enfants des « bâtisseurs du socialisme ». Mais de plus en plus de parents chinois se rebellent.


Une autorisation officielle est requise en Chine pour la scolarisation à domicile pendant les neuf années de la scolarité obligatoire, qui s’étend généralement de six à quinze ans. Elle est accordée uniquement dans de rares circonstances, par exemple lorsqu’un enfant souffre d’un problème de santé auquel l’école ne peut faire face.

L’enseignement à domicile reste très controversé. En 2017, pour la première fois, le ministère de l’Éducation a ouvertement attaqué cette pratique, la qualifiant de « très défavorable au développement de l’enfant tout au long de sa vie ». Il a rappelé aux parents que l’enseignement à domicile sans autorisation était interdit. En mars, le ministère a menacé les parents de « poursuites judiciaires » sans précisions s’ils ne se conformaient pas à la loi.

Ces menaces ne découragent pas certains parents. En 2017, un groupe de réflexion basé à Pékin a estimé qu’environ 56 000 enfants étaient scolarisés à la maison ou sur le point d’être retirés de l’école à cette fin. Le nombre avait presque triplé depuis 2013. De nombreux parents qui instruisent à domicile disent que ce nombre est bien supérieur. Une de ces personnes à Pékin estime qu’il pourrait y avoir « des centaines de milliers » de familles comme la sienne. Certains partagent leurs expériences d’instruction à domicile sur des groupes de discussion qui ont vu le jour au cours des dernières années sur WeChat, une application de messagerie. La plupart n’ont pas la permission faire l’école à la maison. Ils ne se donnent même pas la peine de demander l’autorisation, considérant que la réponse sera d’office non. Selon Wang Jiajia de l’Université du Jiangsu (Kiang-sou), malgré les avertissements du gouvernement, l’éducation à domicile a continué de croître au cours des deux dernières années, bien que plus lentement.

Les parents courent le risque pour plusieurs raisons. Dans les enquêtes de M. Wang, la raison plus commune est de loin le refus de « l’idéologie » et des « méthodes d’enseignement » des écoles publiques. Une autre est le mépris de la « culture scolaire », comme l’adulation des élèves bûcheurs qui potassent jour et nuit. Quelques-uns préfèrent l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses. L’école en Chine fait, en effet, la promotion de l’athéisme.

La plupart des parents éducateurs à la maison sont urbains et bien éduqués. Ils sont généralement parvenus à maturité au cours des années relativement libérales dans la seconde moitié des années 1990. L’enseignement à domicile en Amérique était illégal dans 30 États jusqu’aux années 1980. Aujourd’hui près de 3 % des enfants d’âge scolaire en Amérique sont scolarisés de cette façon.

L’exemple américain est la source d’inspiration de certains parents chinois. Même si des centaines de milliers d’enfants en Chine étaient scolarisés à la maison, cela représenterait moins de 1 % du nombre total d’enfants chinois âgés de six à quinze ans.

L’enseignement à domicile en Chine prend deux formes principales. La première concerne l’un des parents, généralement le père, qui quitte son travail ou travaille à temps partiel pour enseigner à sa progéniture. Su Nan, un adolescent de 17 ans de la province centrale du Shaanxi (Chensi), a quitté l’école à l’âge de dix ans. Son père, un conférencier, est devenu son enseignant à temps plein. Mais maintenant que Nan (ce n’est pas son vrai nom) est plus âgé, son père a repris son ancien travail. Nan définit son propre horaire, une combinaison d’études indépendantes, de cours en ligne et de travail bénévole. Les parents qui souhaitent que leurs enfants aillent à l’université en Chine doivent s’assurer qu’ils apprennent l’idéologie du parti. La connaissance de cette idéologie est essentielle pour réussir l’examen d’entrée. Mais Nan, comme de nombreux enfants scolarisés à la maison en Chine, vise une université en Occident.

La seconde forme, moins courante, est l’« instruction à domicile collective », telle que celle que dirige maintenant M. Yuan à Xiamen (Hiamuen). L’enseignant de ces collectifs facture souvent des frais — dans le cas de M. Yuan, environ 50 000 yuans (9300 dollars canadiens, 6300 euros) par an et par élève.

Alors comment se fait-il que les parents s’en tirent ? Il se peut que le gouvernement, tout en essayant de décourager cette pratique, ne la considère pas encore comme assez commune pour constituer une menace sérieuse à son emprise politique. Certains fonctionnaires peuvent même sympathiser avec les élèves instruits à domicile. Avant que le ministère de l’Éducation n’émette ses avertissements en 2017, les médias publics ont annoncé avec une pointe d’approbation l’augmentation du nombre d’enfants éduqués à domicile, suggérant que cela pourrait contribuer à réduire le stress des enfants.

Il est également possible que les autorités, pour le moment, aient davantage l’intention de freiner la fausse instruction à domicile dont se rendent coupables les parents qui prétendent instruire leurs enfants à la maison alors qu’ils envoient illégalement leurs enfants sur le marché du travail. Des preuves anecdotiques étayent cette hypothèse. Un parent à Shanghai (Changhaï) dont la fille préadolescente est scolarisée à la maison dit avoir reçu un appel-surprise il y a quelques mois de la part du Ministère de l’Éducation local. Le fonctionnaire a demandé au parent dans quelle école son enfant avait été inscrit. Elle a dit la vérité et n’a pas été recontactée depuis. Selon elle, plusieurs autres familles scolarisées à la maison à Shanghai (Changhaï) ont vécu la même expérience ; ce qui suggère que les responsables ferment les yeux (l’écriteau à la porte de M. Yuan indique qu’il s’attend à ce qu’ils le fassent). Wang Dong, avocat dans la ville de Kunming, dans le sud du pays, spécialisé dans le domaine de l’éducation, n’a encore entendu parler d’aucun parent poursuivi pour avoir instruit ses enfants à la maison.

Mais, alors que la Chine se crispe idéologiquement, certains parents demeurent nerveux. En juillet, le ministère de l’Éducation a exhorté les écoles à intensifier leurs efforts pour inculquer les vertus d’« amour patriotique » et de « fidélité au parti ». En août, les médias d’État ont rappelé les propos du dirigeant chinois, Xi Jinping, selon lesquels l’école doit veiller à ce que « les semences des valeurs socialistes fondamentales prennent racine et se développent » dans le cœur des enfants. Les fonctionnaires se demandent peut-être si les parents qui instruisent à domicile se plient à ces demandes idéologiques. Xu Xuejin, le fondateur d’un club en ligne pour de telles personnes, ne prend pas de risque. Il a récemment supprimé son site Web pour protéger l’identité de ses membres.

Source : The Economist

Vatican II, « déclencheur » de l'effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos)

Présentation de l’ouvrage de Guillaume Cuchet (2018) donnée par l’historien Jean-Claude Dupuis à l’occasion d’un colloque tenu le 26 octobre 2019 à Québec.



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Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants (2018)

Vatican II, l’éducation et la Révolution tranquille vus par Radio-Canada « Le christianisme le plus dynamique aujourd’hui n’est pas le christianisme libéral tant chez les protestants que chez les catholiques. On avait gagé sur un avenir pour le christianisme libéral, de facto, aujourd’hui c’est une option qui n’a pas gagné. C’est le moins qu’on puisse dire. » Pour finir ce reportage à sens unique, la parole est donnée brièvement et solennellement à Mgr Charbonneau qui « regrette ce qui nous arrive. »

L’Église anglicane au Québec se meurt, elle soutient fortement le cours ECR


Selon Jean-Jean-Paul Willaime, sociologue titulaire depuis 1992 de la chaire « Histoire et sociologie des protestantismes », « les églises les plus libérales ne touchent pas les dividendes sociaux de leur adaptation à la modernité », elles perdent en fait des membres alors que les églises plus conservatrices ou évangéliques, plus orthodoxes, en gagnent.



Billet originel du 18 avril 2018

Dans un livre nourri de statistiques impressionnantes, Guillaume Cuchet (ci-contre) a fait une analyse minutieuse de l’effondrement du catholicisme en France.

Le recul du catholicisme en France et au Québec depuis les années 1960 est un des faits les plus marquants et pourtant les moins expliqués de notre histoire contemporaine. S’il reste la première religion des Français, le changement est spectaculaire : au milieu des années 1960, 94 % de la génération en France étaient baptisés et 25 % allaient à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30 %. Comment a-t-on pu en arriver là ? De quand date la rupture ? Quelles en ont été les causes ? Ces questions hantent le monde catholique qui se retrouve perdu dans ses vêtements d’hier devenus trop amples et dont les différentes composantes ont eu tendance par le passé à s’accuser mutuellement d’avoir provoqué la « catastrophe ». Il est vrai que l’événement résiste à l’analyse.

Au seuil des années 1960 encore, le chanoine Boulard, qui était dans l’Église française le grand spécialiste de ces questions, avait conclu à la stabilité globale des taux dans la longue durée, même s’il notait une pente légèrement déclinante qui préservait a priori de toute mauvaise surprise. Or, au moment même où prévalaient ces conclusions rassurantes et où s’achevait cette vaste entreprise de modernisation de la religion que fut le concile Vatican II (1962-1965), il a commencé à voir remonter des diocèses, avec une insistance croissante, la rumeur inquiétante du plongeon des courbes.

Normalien, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est-Créteil, spécialiste d’anthropologie religieuse, Guillaume Cuchet a repris cette question en se fondant sur l’étonnante richesse des statistiques dont nous disposons.

Guillaume Cuchet a repris l’ensemble du dossier : il propose l’une des premières analyses de sociologie historique approfondie de cette grande rupture religieuse, identifie le rôle déclencheur de Vatican II dans ces évolutions et les situe dans le temps long de la déchristianisation et dans le contexte des évolutions démographiques, sociales et culturelles des décennies d’après-guerre.

Selon le normalien Cuchet, le concile de Vatican II a joué en France un rôle déclencheur dans le décrochage massif de la pratique et l’éloignement progressif des fidèles catholiques depuis le milieu des années 1960. C’est l’une des conclusions de cet essai.

Analysant avec rigueur les causes du retournement de ce qui avait été presque unanimement salué comme un « printemps de la foi », Guillaumet Cuchet pointe la révolution qui a fait renoncer l’Église à centrer sa prédication sur les fins dernières (le but de la vie, la mort, la résurrection, le salut) pour l’axer sur la tolérance, l’œcuménisme, et la liberté religieuse comme autant de signes de sa réconciliation avec la modernité. Mais en cessant de se présenter comme l’arche qui permet de conduire les âmes au Salut éternel, en se redéfinissant comme une communion chargée d’annoncer au monde la Miséricorde de Dieu et le Salut pour tous, elle sapait à la fois les notions de Péché, de Jugement, de Purgatoire et d’Enfer. [Voir les manuels d’ECR où ces notions sont absentes [PDF], à dessein selon le Bureau d’approbation du matériel didactique.]

À terme, cette attitude sapait l’idée même que l’Église puisse définir des dogmes devant lesquels s’incline la raison de chacun, puisse imposer des obligations morales qui entravent la liberté de comportement (la « licence »). Quelle valeur pouvait, dès lors, conserver ses enseignements et sa prétention à guider les consciences si chaque homme était invité à prendre pour guide sa propre conscience ? Pourquoi continuer à observer des commandements si le Salut éternel était assuré quoi qu’il en soit à tous les hommes ?



Guillaume Cuchet pour son livre « Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement » (Seuil) et Christophe Dickès pour son livre « Le Vatican. Vérités et légendes » (Perrin)


Extraits d’un entretien dans le Figaro

Le Figaro. — Vous dites que Vatican II a été le « déclencheur » de l’effondrement de la pratique. Pourquoi ?

Guillaume Cuchet. — Je suis reparti des constats faits à l’époque par le chanoine Boulard qui était le grand spécialiste de ces questions dans l’Église. Les courbes plongent brutalement autour de 1965, l’Église perdant du quart au tiers des pratiquants du début des années 1960 (des jeunes surtout) en deux ans. Il faut bien qu’il y ait eu un événement derrière une telle rupture et on ne voit pas bien quel autre que le concile pourrait avoir joué ce rôle-là. Mai 1968 a amplifié une vague qu’il n’a pas créée. On a eu longtemps du mal à en convenir dans l’Église parce qu’on avait peur, ce faisant, d’apporter de l’eau au moulin des adversaires du concile qui ont depuis longtemps planté leur drapeau noir sur cette fâcheuse « coïncidence ». Ma thèse est que le concile a non pas provoqué la rupture au sens où elle aurait pu ne pas avoir lieu sans lui, puisqu’elle a eu lieu dans les pays protestants et qu’elle procède de causes socioculturelles plus larges, mais qu’il l’a déclenchée tout en lui donnant une intensité particulière.

Toute la question — mais combien complexe — est de savoir ce qui dans le concile (dans ses textes, leur interprétation, la manière dont ils ont été appliqués, ses effets indirects) a pu jouer un tel rôle. La réforme liturgique, adoptée dès décembre 1963, a un peu obsédé la discussion. Elle a masqué à mon avis un changement plus décisif intervenu dans le sens même de la pratique : la sortie brutale de la culture de la pratique obligatoire sous peine de péché grave longtemps très insistante en catholicisme.

Le Figaro. — Dans la « carte Boulard » présentant une photographie de la France chrétienne, avant l’effondrement, on voit des disparités géographiques très importantes. À quoi sont-elles dues ?

Guillaume Cuchet. — La première édition de la Carte religieuse de la France rurale date de 1947. C’est un des documents les plus fascinants de l’histoire de France. Elle montre à la fois l’ampleur des contrastes religieux régionaux (sans équivalent ailleurs en Europe) et une géographie d’ensemble de la France chrétienne très singulière. Un même dimanche des années 1950, la pratique pouvait varier de 100 % dans un bourg du nord de la Vendée à 0 % dans le Limousin. En quelques kilomètres on pouvait changer de monde religieux.



Annette Wieviorka (aux questions intéressantses mais à la diction saccadée) 
reçoit Guillaume Cuchet sur RCJ

La France chrétienne recouvrait tout l’Ouest, le Nord, l’Est lorrain, alsacien, vosgien, le Jura, le Nord des Alpes, tout le rebord Sud-Est du Massif central (de la Haute-Loire au Tarn ou à l’Aveyron), le Pays basque et le Béarn. Inversement, une « diagonale du vide » courait des Ardennes au Sud-Ouest en passant par tout le Bassin parisien et l’Ouest du Massif central, avec des prolongements dans la vallée du Rhône, le Languedoc, la Provence. Cette carte est née pendant la Révolution française. Les pays qui ont accepté la politique religieuse de la Révolution sont généralement devenus les « mauvais » pays religieux des XIXe et XXe siècles, et vice versa.

Le Figaro. — Cette carte est-elle toujours d’actualité ?

Guillaume Cuchet. — Elle n’a pas totalement disparu, mais elle n’existe plus vraiment comme carte de la pratique et des croyances, plutôt comme carte culturelle et anthropologique. Par exemple dans la carte des dons du sang en France, ce qui n’est pas tout à fait anodin symboliquement.

Le Figaro. — Tout un discours dans l’Église au moment de ce tournant a été de dire que la qualité finirait par l’emporter sur la quantité, et que c’en était fini d’un christianisme « sociologique ». Quels ont été les effets de ce discours ?

Guillaume Cuchet. — On doit cette expression de catholicisme « sociologique » à Gabriel Le Bras, qui a fondé la sociologie religieuse dans les années 1930. Le fait que le catholicisme, censé procéder de convictions intimes, avait une sociologie et une géographie particulières stables dans la longue durée, montrait l’importance des facteurs collectifs dans le maintien ou la perte de la foi. Le Bras n’était pas très optimiste sur la teneur en christianisme « réel » du catholicisme de nombre de ses contemporains. Le décrochage des courbes dans les années 1960 a souvent été interprété comme le résultat d’une sorte d’opération-vérité terme de laquelle ne seraient plus restés dans l’Église que les fidèles vraiment convaincus. Vérité historique ou philosophie de la misère ?

C’est bien difficile à dire, mais l’historien note qu’en France, depuis les lendemains de la Révolution, chaque génération de catholiques a eu plus ou moins le sentiment d’être la première à avoir une foi vraiment personnelle ! En réalité, c’est le concept même de religion « sociologique » qui est problématique. Les catholiques d’aujourd’hui, qu’on ne soupçonnera pas de l’être par pur conformisme social, ne sont-ils pas eux aussi pour la plupart les enfants d’une certaine « sociologie », s’il faut entendre par là les efforts accomplis par leurs parents pour leur transmettre la foi ?






Comment notre monde a cessé d’être chrétien
de Guillaume Cuchet
paru au Seuil
à Paris
le 1er février 2018
288 pages
ISBN-10 : 2 021 021 297
ISBN-13 : 978-2021021295





Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Le Wall Street Journal s’interroge : Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Les employeurs avaient l’habitude de pouvoir compter sur les compétences acquises lors d’une éducation en ce qu’on nommait les humanités. Éducation, au passage, qui s’acquérait encore il y a quelques décennies dès l’école secondaire, dans les collèges classiques, par la fréquentation et l’imitation des grands classiques français, latins ou grecs.

Aujourd’hui, ces classiques ne sont plus enseignés au secondaire au Québec, on préfère des auteurs plus modernes, plus progressistes, plus faciles. Cette semaine encore, on apprenait que les cours d’anglais de 11e année du secondaire dans le comté d’Essex, en Ontario, n’enseigneront plus Orwell, ni Shakespeare, ni d’autres classiques bien connus, ils seront mis de côté en faveur d’un cours entièrement consacré à la littérature autochtone amérindienne.

De nombreux parents américains se saignent à blanc de nos jours pour payer des études universitaires à leur progéniture, espérant que celles-ci leur donneront une culture générale en lettres ou en sciences humaines.

Or, une étude récemment publiée sur Bankrate révélait que les diplômes en lettres (« English Majors ») de 162 universités collèges se classaient en bas de l’échelle établie selon le revenu médian et le taux de chômage de leurs diplômés. Avec un revenu médian de 47 800 $, ces diplômés en anglais gagnaient plus que ceux en théâtre (35 500 dollars) ou en beaux-arts (37 000 dollars), mais ils gagnaient moins de la moitié d’un diplômé en génie électrique (99 000 $).

En juin, un sondage Payscale mené auprès de 250 000 diplômés universitaires a révélé que 1 étudiant sur 5 possédant un diplôme en sciences humaines déclarait que leur plus grand regret, après leur emprunt universitaire à rembourser, était le diplôme qu’il avait choisi. Un article de MarketWatch en 2017 était franc : « la licence en anglais est la plus regrettée en Amérique ».

Les universités prétendent être un moyen de gravir l’échelle sociale. Mais elles ne fournissent pas les données nécessaires aux parents et aux étudiants pour comparer les coûts associés à des études universitaires aux gains potentiels associés à ce diplôme. Les étudiants en sciences humaines sont encore plus mal placés, car la baisse de niveau de ces programmes a dévalorisé des licences comme celles en anglais ou en histoire.

L’économiste Richard Vedder, auteur de « Renouveler la promesse : l’enseignement supérieur en Amérique » suggère depuis de nombreuses années que les universités devraient fournir aux étudiants davantage de données semblables à ces enquêtes. Ce dont les étudiants ont besoin, cependant, ce ne sont pas des moyennes de revenu, mais bien la valeur de tels diplômes précis remis par telle université précise.

« Lorsque vous dépensez 100 000 $ ou plus pour quelque chose, vous avez le droit de connaître la valeur probable de ce que vous obtiendrez », déclare M. Vedder.

Personne n’est surpris d’apprendre que les diplômés en STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) gagnent plus que les diplômés en lettres. Après  tout, l’éducation libérale n’a jamais eu comme but de garantir une carrière bien rémunérée. Malgré cela, Jonathan Pidluzny, directeur des affaires universitaires au Conseil américain des administrateurs et des anciens élèves (ACTA), note que les employeurs accordent néanmoins un prix à une personne qui fait montre d’esprit critique, de compétences en communication et en raisonnement, fruits traditionnellement associés à une formation en lettres ou en sciences humaines.

Jonathan Pidluzny a déclaré à Campus Reform : « Une licence en anglais était autrefois garante de compétences en rédaction de textes et de la capacité de comprendre des pensées complexes par la fréquentation de textes classiques ». Mais « les facultés ne peuvent en vouloir qu’à elles-mêmes pour avoir miné leur réputation en remplaçant le canon classique par des épiphénomènes de la culture populaire et du communautarisme identitaire », comme l’enseignement de la littérature amérindienne ou lesbienne.

En d’autres termes, ce que les facultés proposent aujourd’hui n’est plus le diplôme d’anglais d’antan. Une étude de l’ACTA indique que 48 des 52 meilleures écoles (classées par le US News and World Report) permettent aux licenciés en anglais d’obtenir leur diplôme sans avoir suivi de cours sur Shakespeare. D’autres études ont indiqué que la pensée critique du diplômé moyen, même celui des principales universités prestigieuses, ne s’améliore que de façon minimale voire nulle, malgré ses années passées à l’université.

Mais la licence en anglais si souvent décriée n’est qu’un symptôme ce qui cloche avec l’université aujourd’hui. Ce n’est pas que les diplômes scientifiques et techniques (STIM) soient les seuls qui en vaillent la peine. Il s’agit plutôt du fait que les sciences humaines ont été touchées de manière disproportionnée par le correctivisme politique et par l’influence néfaste de Herbert Marcuse, père de la « tolérance répressive » si répandue sur les campus.


Dans une conversation téléphonique, M. Pidluzny soutient qu’un diplôme en sciences humaines fondé sur un programme de base rigoureux s’avère encore précieux. Le mot clé est la rigueur. Le sondage Road-Gallup de 2018 indique que les diplômés qui sont « fortement d’accord » avec le fait qu’ils ont dû fournir d’importants efforts à l’université sont 2,4 fois plus susceptibles de dire que leur diplôme en valait la peine.

Alors, pourquoi les sciences ont-elles préservé leur intégrité alors que les sciences humaines n’y sont pas parvenues ? M. Pidluzny pense que c’est parce que l’impact d’un diplôme scientifique ou technique nivelé par le bas est plus évident et plus immédiat.

« L’université ne peut se permettre de ne pas enseigner le calcul intégral et différentiel en ingénierie, car nous verrions des ponts s’effondrer aux quatre coins du pays », ajoute-t-il.

« Mais pour un diplômé en anglais qui étudie Harry Potter plutôt que Chaucer ou qui consacre son temps à la théorie du genre plutôt qu’à la lecture d’œuvres littéraires de qualité, les coûts ne sont pas aussi évidents et immédiats, jusqu’à ce qu’il ne se rende compte des années plus tard qu’il n’a jamais acquis ni le vif esprit analytique ni le style d’écriture précise que son diplôme était censé développer. »


Voir aussi

Les gouvernements surestiment-ils le rendement économique des diplômes universitaires ?

États-Unis — Quels diplômes universitaires rapportent le plus ?

Mark Steyn dans After America sur l’éducation américaine

En janvier 2011, Richard Arum et Josipa Roksa ont publié une étude qui indiquait que moins de la moitié des étudiants américains de premier cycle avait suivi un cours lors du semestre précédent qui les obligeait à écrire un texte de 20 pages. Un tiers d’entre eux n’avait suivi aucun cours qui leur demandait de lire au moins 40 pages. Chez 45 % des étudiants, les auteurs n’ont pu constater aucune amélioration dans leurs compétences logiques, d’esprit critique ou d’écriture... Raisonner, lire, écrire : qui en a besoin ? Certainement pas les futurs enseignants : les étudiants en sciences de l’éducation manifestaient le moins de progrès éducatifs.

La même étude révélait que l’étudiant américain d’aujourd’hui passait deux fois moins d’heures à étudier que son homologue des années soixante. Lire et écouter un reportage impeccablement progressiste de NPR sur cette étude.

Incidents à Middlebury College (une université huppée au Vermont) en 2017, racialisme, slogans, rites, danses et rejet du rationalisme.

L’Université Evergreen (États-Unis) et les dérives du progressisme militant

Grande-Bretagne — le déclin de l’étude de l’histoire

L’Alberta exige une plus grande liberté d’expression sur les campus

Sciences Po a supprimé son concours d’entrée, plus personne n’en parle

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté : sectarisme à l’université

Oxford réorganise les études classiques pour réduire inégalités entre hommes et femmes


Immigration — « Il faut réformer le PEQ »

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est un programme accéléré de sélection des travailleurs qualifiés qui permet d’obtenir un Certificat de sélection du Québec en vue de la résidence permanente. Ce programme est destiné aux diplômés du Québec et aux travailleurs étrangers temporaires qui remplissent certaines conditions, dont celle de démontrer une connaissance du français oral de niveau intermédiaire avancé.

La réforme du Programme expérience Québec annoncée par le ministre québécois Simon Jolin-Barette a été au cœur de l’actualité, cette semaine. Elle a suscité une telle controverse qu’il a dû la suspendre pour retourner à sa planche à dessin. Tania Longpré, spécialiste en francisation et en intégration des immigrants s’exprime sur la réforme nécessaire de ce programme.

Extraits :

« Évidemment que les réformes y sont nécessaires, comme dans plusieurs programmes qui méritent des ajustements lorsqu’on se rend compte que certains problèmes en découlent. Ne pas laisser une clause grand-père était déraisonnable, mais ne pas réformer le PEQ l’aurait été encore plus. D’abord, modifier la liste des formations est une excellente idée, il apparait saugrenu de ne jamais modifier celle-ci avec les besoins du marché du travail — même si la liste du gouvernement n’était pas à jour, ce qui est un autre problème, qui relève de l’amateurisme politique. [...]

Des commissions scolaires ont été mises à l’amende puisqu’elles offraient des formations courtes de type “DEP” [bac professionnel en France] à des étudiants internationaux, les qualifiant du même coup pour le PEQ, qui est un programme permettant à des diplômés ou à des travailleurs étrangers de demeurer au Québec — moyennant la réussite d’un examen de français démontrant un niveau 7 (sur une échelle de 0 à 12) de production orale en français. Or, les étudiants de certaines commissions scolaires anglophones ne parvenaient pas à ce niveau de langue. Notons qu’on ne valide présentement que leur niveau de production orale alors que plusieurs recherches démontrent que les aptitudes en littératie (compréhension de lecture et production écrite) sont importantes pour l’intégration sur le marché du travail et pour l’intégration des nouveaux arrivants en général dans une société lettrée comme le Québec.

[...]

Ne serait-ce que pour limiter les “fraudes” on doit réformer le PEQ afin de mettre sur pied un examen de français québécois qui pourrait valider le niveau de français autant oral qu’écrit des gens voulant se qualifier pour ce programme. Encore une fois, il ne faut pas généraliser, mais une épreuve uniforme permettrait d’être équitables envers tous les candidats au PEQ.

[...]

De plus, ne soyons pas dupes, ce programme permettait à certains consultants en immigration ou avocats de recruter des gens à l’international leur promettant mer et monde dans une nouvelle vie au Québec : y faire un diplôme et y demeurer à long terme. Au Québec, mais aussi, dans certains cas, n’importe où au Canada, le PEQ étant une voie d’immigration plus rapide et plus facile à réussir qu’une demande comme travailleur qualifié qui évalue les candidatures à l’aide d’une grille comprenant plusieurs facteurs tels que l’âge, le domaine d’études, les diplômes, les connaissances du français ou de l’anglais, le nombre d’enfants, etc.) Ce qui fait en sorte que certaines personnes passent par le PEQ afin de s’installer à Toronto ou encore à Vancouver. Je ne dis pas que la majorité des gens ont de mauvaises intentions, mais vaut mieux modifier le programme que de permettre à certains d’en faire mauvais usage. »