vendredi 12 mai 2023

« Et si les femmes ne devaient rien au féminisme ? »

Véra Nikolski montre que la fin du patriarcat n’est pas due aux luttes féministes, mais à la révolution industrielle et au progrès médical. La fin de l’abondance remettra-t-elle en cause l’émancipation féminine ? Recension parue dans le Figaro par Eugénie Bastié.

« Je préfère les femmes qui jettent des sorts aux hommes qui construisent des EPR » : on se souvient de cette phrase de l’inénarrable Sandrine Rousseau. Loin d’être une simple boutade, cette sortie résume à merveille la vulgate d’une certaine gauche féministe et écologiste qui voudrait réunir, sous le visage unique de l’ennemi, le capitalisme, le productivisme et le patriarcat. Ce que la députée de la Nupes appelle l’« androcène », qu’elle invite à « congédier » pour atteindre enfin l’égalité totale entre hommes et femmes. 

Dans un livre puissant et passionnant, Féminicène (Fayard), Véra Nikolski, normalienne et docteur en science politique, balaie magistralement cette thèse. 

Qu’est-ce que le « féminicène » ? C’est l’ère dans laquelle nous vivons, celle où l’égalité entre hommes et femmes a atteint un comble historique. Et ce n’est pas un hasard si ce summum d’égalité est atteint au moment même où la dégradation de l’environnement et l’épuisement des ressources naturelles atteignent leur apogée : il y a un lien entre le productivisme technicien — ce qu’on appelle désormais « anthropocène » — et l’émancipation des femmes, qui n’est pas un lien d’antagonisme, mais de corrélation. Pour le comprendre, il faut se plonger dans l’origine du patriarcat et les causes réelles de l’émancipation féminine.

La propagande néoféministe ne cesse de le marteler : ce serait grâce aux « luttes » des féministes que les femmes auraient conquis leurs droits. Mais qu’est-ce qu’une victoire obtenue sans barricades, sans grève, sans violence, qui parvient à renverser en soixante-dix ans un système vieux de 100 000 ans ? La libération n’a pas été arrachée, mais accordée, tombée comme un fruit mûr de l’arbre pourrissant d’un patriarcat privé de ses fondements. Les néoféministes sont embarrassées par l’origine biologique du patriarcat. Elles évacuent en général le problème en postulant une construction sociale de la domination masculine depuis l’aube de l’humanité. C’est bien sûr faux : l’invariant anthropologique de la domination masculine n’a pas pour fondements des facteurs sociaux ou idéologiques, mais des contraintes matérielles et physiques. Dans un environnement hostile, où la priorité est l’impératif de survie, le dimorphisme sexuel (le fait que la femme engendre dans son propre corps et l’homme engendre dans le corps d’autrui) produit des avantages comparatifs (la femme enceinte et allaitante pouvant moins se déplacer, la chasse devient une prérogative masculine) et donc une division sexuelle du travail qui se sédimente culturellement. C’est pourquoi le vrai point de bascule pour l’émancipation féminine n’est pas la bataille des suffragettes du début du XXe siècle, mais l’invention de la machine à vapeur en 1784. « L’émancipation des femmes est l’enfant de la révolution industrielle. »

Nikolski est un peu la Jancovici du féminisme. Tout comme l’ingénieur devenu iconique nous rappelle combien le progrès technique nous est devenu familier au point que nous oublions ses conditions d’existence (une énergie abondante et bon marché), Nikolski nous rappelle les soubassements technologiques de l’émancipation féminine. La mécanisation, qui dévalue la force physique et l’avantage comparatif masculin, l’allégement du travail domestique par la machine (lessive, confection des vêtements, vaisselle), le progrès médical qui fait chuter drastiquement la mortalité infantile et celle des femmes en couches : voilà ce qui a rendu l’émancipation des femmes possible. Ce ne sont pas les sorcières et les féministes qui ont libéré les femmes, mais le pétrole, les antibiotiques et l’aspirateur. Les femmes devraient élever des statues à Pasteur plutôt qu’à Olympe de Gouges.

La démonstration est convaincante. Le livre de Véra Nikolski, avec sa perspective matérialiste, dit l’inverse de celui de Patrick Buisson, Décadanse, que nous avions chroniqué ici même : non, ce ne sont pas les idées qui gouvernement le monde, c’est la superstructure économique et technique qui fait basculer les comportements. Ainsi, rappelle Nikolski, la pilule et l’avortement, réclamations féministes, ne viennent que couronner un processus : la maîtrise des naissances n’avait aucun sens dans un monde où la mortalité infantile atteignait 45 % (1820). Est-ce la science ou l’idéologie qui mène le monde ? La vérité doit être à mi-chemin entre les deux, car, sinon, comment expliquer que l’Occident chrétien ait été le terreau le plus fertile de l’émancipation féminine ? Le Japon qui cumule patriarcat et développement industriel est un contre-exemple, ainsi que les pays du Golfe où la religion est venue freiner le développement des femmes.

Le livre de Véra Nikolski devient crucial lorsqu’il se projette dans l’avenir. Si l’émancipation féminine est due à la civilisation thermo-industrielle, reposant sur des sources d’énergie abondantes et peu chères, que va-t-il se passer lorsque celle-ci va disparaître ? On peut discuter à l’infini des scénarios effondristes adoptés par l’auteur, reste qu’on ne peut contester que le XXIe siècle sera pour l’Occident plus pauvre, plus chaotique et plus violent que les 70 dernières années. Or, « en ignorant la fragilité des conditions sur lesquelles repose leur émancipation, les féministes ne se donnent pas les moyens de les préserver ».

 

La « philosophe féministe et prof de science politique » Camille Froidevaux-Metterie n'a pas aimé la thèse de Véra Nikolski. Eugénie Bastié lui rappelle ce qu'en pensait Simone de Beauvoir.


Dans Ravage, la dystopie de Barjavel où la civilisation s’effondre faute d’électricité, la polygamie est de retour et les femmes sont vouées à la procréation. C’est le sort qui nous guette dans un scénario de décroissance, avertit Nikolski. Ce ne sont pas les arrêts de la Cour suprême américaine qui occasionneront le « ressac » historique, mais la pénurie de médicaments et le retour de la mortalité infantile. Vouloir la décroissance et l’émancipation féminine, c’est vouloir le beurre et l’argent du beurre. Parce que nous n’échapperons sans doute pas à la première (la fin de l’abondance est déjà en route), il faut nous préparer à la seconde. C’est pourquoi Nikolksi plaide pour un « féminisme de faire », à rebours du féminisme de la plainte d’aujourd’hui. « Ne vaut-il pas mieux armer les femmes plutôt que de les protéger ? », se demande l’auteur, elle-même pratiquante des arts martiaux.

Ce livre brillant, subtil et salutaire est à mettre entre les mains de toutes les jeunes filles, plutôt que des manuels d’écriture inclusive. Il dit aux femmes : arrêtez de vous plaindre, battez-vous, investissez les filières scientifiques, ne réclamez pas, prenez et créez vos places. Suivez les pas de Marie Curie, George Sand ou Madeleine Brès (première femme médecin) plutôt que ceux de Caroline De Haas, Sandrine Rousseau et Adèle Haenel. Moins de sorcières, plus de femmes ingénieurs nucléaires !


Féminicène
par Véra Nikolski,
paru chez Fayard,
à Paris,
le 3 mai 2023,
380 pp,
ISBN-10 : 2 213 726 051
ISBN-13 : 978-2213726052


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Recension de Economic Facts and Fallacies de Thomas Sowell


jeudi 11 mai 2023

France — C’est l’excellence qu’on assassine

Présentée comme une mesure en faveur de la mixité sociale, la Šn de la sélection dans les deux lycées parisiens Henri-IV et Louis-le-Grand est une nouvelle illustration de l’utopie égalitaire. 
 
Là-haut, au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, à Paris, se dressent deux fleurons de l’école publique : le lycée Louis-le-Grand (ci-dessous), rue Saint-Jacques, le lycée Henri-IV, rue Clovis. Bientôt, peut-être, ces établissements réputés d’excellence ne seront plus que l’ombre d’eux-mêmes. En cause, la modification du mode de recrutement des élèves de seconde depuis la rentrée 2022.
 

Jusqu’alors, les deux plus prestigieux lycées publics parisiens sélectionnaient leurs futurs éléments au terme d’un examen approfondi du dossier. Mais voilà que, en janvier 2022, sans l’avis des conseils d’administration des établissements concernés, le rectorat de Paris annonce l’intégration de Louis-le-Grand et Henri-IV dans le système d’affectation Affelnet et la fin de la sélection.

Contrairement au reste de l’enseignement secondaire public, en effet, ces deux lycées n’étaient pas soumis à cet algorithme de répartition des élèves de seconde. Une exception perçue comme une injustice et une rupture d’égalité par les promoteurs de cet outil censé renforcer la mixité sociale dans les lycées.

Dès l’annonce du projet, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer une atteinte au modèle républicain de l’excellence. En face, on affirmait que l’enjeu était de permettre « au jeune Péguy, au jeune Camus d’aujourd’hui de bénéficier de l’excellence », selon le mot du recteur de l’académie de Paris, Christophe Kerrero ; une lecture a contrario de ces propos suggérant que Louis-le-Grand et Henri-IV ne le permettaient pas avant la réforme.

Ce qui est parfaitement inexact selon Alexandre Barrat, conseiller d’arrondissement dans le Ve arrondissement, membre du conseil d’administration du lycée Louis-le-Grand et ancien élève. Il déplore un procès en élitisme qui ne correspond pas à la réalité : « Ces dernières années, presque 40 % des élèves de Louis-le-Grand étaient originaires de banlieue. Quant au nombre de boursiers, il oscillait entre 10 et 15 % selon les années. » Voudrait-on faire mieux, l’étude « à la main » des dossiers de candidature permettrait aisément de réaliser cet objectif, soutient-il.

Tombeau pour l’excellence

Conseillère de Paris (groupe Changer Paris), membre du conseil d’administration du collège et du lycée Henri-IV, Anne Biraben abonde dans ce sens : « Si l’on souhaite diversifier le recrutement, nous n’avons qu’à puiser dans le vivier de talents issus de milieux modestes, tout en conservant le principe de la sélection. » L’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, lui, a préféré un logiciel censé garantir un niveau d’excellence identique, du moins en théorie. En pratique, c’est moins évident.

Entrons dans le détail : cette procédure assumant une logique de discrimination positive repose principalement sur deux critères. Le premier est l’indice de position sociale (IPS). Élaboré par le ministère de l’Éducation nationale en 2016, cet indicateur permet en théorie d’appréhender le capital social, économique et culturel des élèves d’un collège donné. Il est construit à partir des professions des parents renseignées sur des formulaires à chaque rentrée de sixième. Les valeurs possibles s’étendent de 38 à 179. Plus cet indice est élevé, plus l’environnement familial de l’élève est favorable à sa réussite scolaire.

Si l’indice du collège est inférieur à la moyenne académique (124), l’élève bénéficiera d’un bonus de 600 à 1 200 points. A contrario, si l’établissement est jugé privilégié, le score IPS sera de zéro. « Vous voyez l’absurdité du système : aujourd’hui, un collégien à Henri-IV n’a quasi aucune chance d’entrer au lycée Henri-IV. Idem pour les enfants de famille modeste qui auraient le malheur d’habiter dans un quartier privilégié », déplore Anne Biraben.

À la fin, c’est le privé qui gagne


Le deuxième critère, tout aussi problématique, est celui de la notation. De fait, cette procédure informatisée n’a pas la sensibilité pour détecter les très bons dossiers et les profils singuliers. Affelnet attribue ainsi le même nombre de points à tous les élèves ayant entre 15 et 20 de moyenne générale. Ce que le rectorat de Paris appelle pudiquement « lissage », tandis que les opposants à l’algorithme parlent de « nivellement par le bas ».

« Comment appelez-vous un système où l’on rabaisse le niveau d’exigence au nom de la démocratisation de l’éducation ? », fait mine d’interroger une professeur d’Henri-IV. A-t-elle constaté une baisse spectaculaire du niveau en seconde ? « Spectaculaire, non, significative, oui. »Autre nouveauté déplaisante : « Pour la première fois, j’ai compris ce que signifiait “tenir une classe”. Rien de bien méchant, mais tout de même, je n’imaginais pas que la discipline serait un sujet à Henri-IV. »

Une baisse du niveau et des lycéens plus agités, c’est également le constat d’une professeur à Louis-le-Grand. « Il y a encore de très bons élèves, et c’est heureux. Ce qui est nouveau, ce sont les élèves moyens ou très faibles. » Ajoutez à cela la présence d’élèves « mal élevés » avec lesquels il faut faire de la discipline et le cours n’est plus le même : « Je vais plus lentement, donc je transmets moins. »

Et de prédire à l’horizon de deux ou trois ans une fuite généralisée vers l’enseignement privé. Tous nos interlocuteurs sans exception l’affirment : le privé est le grand gagnant de cette réforme. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si le célèbre institut privé hors contrat Ipesup — situé à un jet de pierres du lycée Henri-IV — a ouvert deux classes de seconde à la rentrée 2022. Alors, adieu les filières d’excellence dans le public ? « Très certainement, mais que les lycées privés ne se méprennent pas, prévient notre enseignante d’Henri-IV, c’est l’affaire de quelques années avant qu’ils ne soient mis au pas ».


Pays-Bas — Plus les non-Occidentaux y vivent depuis longtemps, plus leur confiance envers autrui diminue

Conclusion des auteurs (Hans Schmeets, Jerome Conceiçao, Costanza Marcellino) d’une étude du Bureau central pour la statistique des Pays-Bas de 2021 :

Une étude précédente (Schmeets et Exel, 2021) avait déjà montré que les personnes issues de l’immigration font moins confiance à leurs semblables, mais ont souvent plus confiance aux institutions. La théorie des attentes et de l’assimilation a permis de déterminer si la durée du séjour jouait un rôle à cet égard. Selon ces perspectives, les immigrants ont de grandes attentes à leur arrivée quant au niveau de confiance du pays où ils immigrent, mais plus ils y restent longtemps, plus ils ajustent leur position sur l’échelle de confiance. Et cela s’applique plus fortement aux immigrants venant de pays, pour la plupart non occidentaux, dont les indicateurs de démocratie sont faibles.

Cette étude a montré que la théorie des attentes ne s’applique pas à la confiance dans autrui. Les immigrants n’ont pas plus, mais plutôt moins confiance dans les autres personnes que le groupe d’origine néerlandaise. Du point de vue de l’assimilation, on s’attend à ce qu’ils deviennent plus proches du groupe néerlandais au fur et à mesure qu’ils restent aux Pays-Bas. Là encore, cela ne correspond pas aux résultats.  

La confiance sociale, chez les immigrés qui restent plus longtemps aux Pays-Bas, n’augmente que légèrement pour le groupe occidental, alors qu’elle diminue en fait pour le groupe non occidental. Ainsi, alors que la distance de confiance sociale par rapport au groupe néerlandais diminue pour le groupe occidental, elle augmente pour le groupe non occidental.

Les deux perspectives théoriques semblent s’appliquer davantage à la confiance dans les institutions : les immigrants, en particulier, ont une plus grande confiance fiduciaire dans les institutions au cours de la première période de vie aux Pays-Bas que le groupe d’origine néerlandaise. Il semble également que cette confiance diminue au fur et à mesure que les immigrés restent aux Pays-Bas. Là encore, la distinction entre Occidentaux et non-Occidentaux est importante.

Pour l’immigré non occidental, dans presque tous les aspects de la confiance, celle-ci diminue au fur et à mesure qu’il vit aux Pays-Bas. Ce n’est pas le cas pour le groupe occidental. Soit il n’y a pas d’effet de la durée du séjour (police, médias, chambre basse, banques, églises), soit la corrélation est positive : un séjour plus long est associé à une plus grande confiance (armée, juges, UE, grandes entreprises). Ces résultats sont cohérents avec les études de Röder et Mühlau (2011, pp. 382-383 ; 2012, p. 12) et d’Adman et Strömblad (2015, p. 112) qui constatent une plus grande confiance [initiale] dans la police et dans les juges, en particulier chez les immigrés venant de pays où le niveau de corruption est élevé, confiance qui diminue toutefois plus ils restent longtemps dans le pays.

[Idéalisation initiale des institutions de la part des non-Occidentaux ?]

 Ainsi, au moins en ce qui concerne la confiance institutionnelle, les résultats soutiennent à la fois la théorie des attentes et la théorie de l’assimilation. Mais cela ne s’applique qu’au groupe non occidental. Cette convergence des immigrants vers le groupe néerlandais indique l’assimilation et entraîne l’intégration. Étant donné que cette évolution diffère entre le groupe occidental et le groupe non occidental, il s’agit d’une assimilation segmentée (Portes, Fernandez-Kelly et Haller, 2005). Les mécanismes qui jouent un rôle à cet égard n’ont pas été démontrés dans cet article. Du point de vue de la théorie de l’expectative, les attentes élevées à l’égard des institutions s’adaptent à une durée de résidence plus longue. Mais il est également concevable que la discrimination joue un rôle (supplémentaire) : plus les immigrés vivent longtemps aux Pays-Bas, plus ils sont [seraient ?] victimes de discrimination, ce qui entraîne une diminution de la confiance dans les institutions.

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mercredi 10 mai 2023

Histoire — Inondations de mars 1936 à Baie-Saint-Paul

C’est à cette époque que Charlevoix connaît les inondations les plus dévastatrices de son histoire écrite. À La Malbaie comme à Baie-Saint-Paul, les rivières Malbaie et du Gouffre qui débordent et sortent de leur lit provoquent des éboulis, des embâcles ainsi que la destruction de plusieurs chemins.

Le quartier Saint-Joseph à Baie-Saint-Paul a été durement touché par les inondations…

L’intersection des rues Saint-Jean-Baptiste et Tremblay à Baie-Saint-Paul. Cliché pris par Joseph-Arthur Gariépy (1889-1943) le 19 mars 1936 et colorisé dernièrement par son petit-fils, Pierre Gariépy.



Photo parue à la une du journal La Patrie du jeudi 26 mars 1936 avec cette légende : « le grand mur de protection de la Baie-Saint-Paul, submergé par les eaux de la rivière du Gouffre. »

 

Photo parue à la une du journal La Patrie du jeudi 26 mars 1936 avec cette légende :  « M.  l'abbé
J.-C. Tremblay, curé de Baie-Saint-Paul, photographié dans une des rues inondées de  sa  paroisse. »



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De plus en plus d’inondations à cause des « changements climatiques », vraiment ? 

mardi 9 mai 2023

Vaste étude confirme que la diversité ethnique a des effets négatifs sur la cohésion sociale

Sans confiance, la vie politique est fracturée et les nations divisées. La crise de la démocratie traversée par la France et plusieurs pays en Europe témoigne d’un affaiblissement inquiétant du politique. Un article du sociologue allemand Ruud Koopmans permet d’éclairer sous un jour nouveau les fondements de la confiance politique. Une recension de l’article « Statistical and Perceived Diversity and Their Impacts on Neighborhood Social Cohesion in Germany, France and the Netherlands » (2016).
 
Selon les chercheurs, cette étude est à leur connaissance la première à avoir étudié la relation entre la diversité ethnique et la cohésion sociale à travers les localités de trois pays d’immigration différents, tout en comparant systématiquement les natifs et les personnes d’origine immigrée.

Les chercheurs affirment qu’en montrant que les mécanismes de base reliant la diversité à la cohésion sociale dans les quartiers sont très similaires d’un pays à l’autre, ainsi que pour les natifs et les personnes d’origine immigrée, leurs résultats ont un plus grand potentiel de généralisation que les études antérieures.

Conformément à la majorité des études précédentes, nous constatons que la diversité ethnique statistique a des effets négatifs sur chacune de nos cinq mesures de la cohésion sociale de quartier :
  • la confiance,
  • l’efficacité collective,
  • l’interconnexion,
  • les problèmes sociaux signalés et 
  • la satisfaction générale à l’égard de la vie de quartier. 
À quelques exceptions près, ces effets sont statistiquement significatifs dans les trois pays et s’appliquent aussi bien aux natifs qu’aux personnes âgées. À quelques exceptions près, ces effets sont statistiquement significatifs dans les trois pays et s’appliquent de la même manière aux natifs et aux personnes d’origine immigrée.

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie résume ainsi l’article :

Professeur de sociologie à l’université Humboldt de Berlin, Ruud Koopmans est un chercheur de renommée internationale1 pourtant peu relayé en France, alors même que son champ d’études englobe généralement plusieurs pays européens et en particulier l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Ses travaux les plus notables concernent trois domaines en lien avec l’immigration à l’échelle européenne : l’analyse comparative des différentes politiques d’intégration ; les comportements politiques des immigrés et des minorités ethniques et l’incidence de la diversité ethnique sur la confiance sociale. C’est à ce dernier champ d’étude que s’intéresse le présent article. Il se fonde, pour l’essentiel, sur une étude publiée par R. Koopmans et M. Schaeffer en 2016 dans la revue Social Indicators Research. 
 
Une méthodologie robuste et minutieuse 
 
Pour conduire leur analyse, les auteurs utilisent les résultats de l’« Ethnic Diversity and Collective Action Survey » (EDCAS), une enquête menée entre 2009 et 2010 à partir de 10 200 appels téléphoniques standardisés. M. Schaeffer et R. Koopmans se concentrent sur une sélection de 4 600 répondants correspondant aux 938 quartiers d’Allemagne, de France et des Pays-Bas retenus pour l’étude. Pour la France, ces quartiers sont issus des villes de Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille et Rennes, ainsi que de Paris et ses départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine–Saint-Denis et Val-de-Marne). 
 
L’étude développe en outre une double approche des effets de la diversité ethnique sur la cohésion sociale. Elle évalue dans un premier temps les effets de la diversité ethnique « statistique », objectivée par le pourcentage de personnes d’origine immigrée (personnes immigrées ou ayant au moins un parent immigré) dans chaque quartier considéré.
 
Dans un second temps, elle s’intéresse aux effets de la diversité ethnique « perçue » par les habitants, mesurée à l’aide de quatre indicateurs du questionnaire : l’existence de conflits intergroupes, l’existence de groupes caractérisés par des valeurs ou une langue différente et l’estimation par chaque répondant de la proportion de personnes d’origine immigrée vivant dans le quartier.
 
En ce qui concerne la diversité « statistique », l’étude démontre une nette corrélation entre l’augmentation de la diversité ethnique et la baisse de la cohésion sociale dans les quartiers considérés. En particulier, les auteurs trouvent qu’en France, la diversité ethnique conduit à une augmentation des problèmes sociaux, ainsi qu’à une baisse significative de la confiance, du lien social et de la satisfaction dans la vie en général.
 
Ces résultats sont particulièrement robustes dans la mesure où ils prennent en compte une multitude de facteurs sociaux pour évaluer l’incidence de la seule « diversité ethnique », selon une démarche expérimentale. Chaque indicateur de confiance est ainsi testé et ajusté pour tenir compte, dans chaque quartier, du taux de chômage, de la densité de population, du nombre d’années vécues dans le quartier, du statut de locataire ou de propriétaire, du niveau d’éducation, de l’âge, du sexe, de l'état matrimonial, du type d’emploi occupé, de l’origine immigrée ou non et même des croyances religieuses. 
 
Cette différenciation des facteurs pouvant avoir une incidence sur le niveau de confiance sociale mesuré permet d’éviter les biais liés à la condition socio-économique des habitants des quartiers retenus pour l’étude, et d’examiner de la manière la plus précise possible la seule incidence de la diversité ethnique. 
 
En ce qui concerne la diversité perçue, l’étude arrive aux mêmes conclusions que pour la diversité statistique. Ces résultats ont en outre pour intérêt de tester de manière indépendante l’effet de la diversité perçue chez les répondants natifs et chez les répondants d’origine immigrée. Or dans ces deux catégories de répondants, une baisse similaire de la confiance sociale est observée, pour des niveaux de diversité perçue équivalents. Ceci tend à montrer que la baisse de la cohésion sociale n’est pas liée qu’à un rejet des immigrés par les natifs, mais résulte aussi d’un rejet analogue des natifs par les immigrés, ainsi que de l’existence de groupes hétérogènes au sein même des populations immigrées.

Source

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Malgré une immigration record : stagnation, voire baisse, du PIB/habitant au Canada en 2022 (et 2023 selon les prévisions)

Le PIB canadien par personne (corrigé pour l’inflation) a atteint 56 369 dollars au deuxième trimestre 2019, mais à la fin de 2021, malgré la reprise économique après le choc COVID, il s’élevait à 55 730 dollars, soit environ 1,1 % de moins qu’en 2019. Selon les données disponibles jusqu’au troisième trimestre 2022, le PIB par personne reste inférieur au niveau de 2019, même si l’économie globale est en croissance depuis la fin de l’année 2020.

Aucune croissance par habitant dans le "G6" depuis 2019
(G6 [pas Japon] = tous des pays à forte immigration...),
la croissance est ailleurs
Ce déclin — ou peut-être plus exactement cette stagnation — du niveau de vie par personne s’est produit dans le contexte d’un rebond économique en 2021-22 après la récession induite par le COVID. Ainsi, alors que l’économie canadienne a enregistré une croissance globale positive, le PIB par personne (c’est-à-dire le niveau de vie individuel moyen) a en fait diminué. De plus, cette tendance négative devrait se poursuivre, selon les prévisions économiques du budget 2023, avec une croissance annuelle du PIB (corrigée de l’inflation) inférieure à 1 % en moyenne au cours des deux prochaines années, alors que la population du Canada augmentera d’au moins 1,4 % — une combinaison qui garantit une nouvelle baisse du niveau de vie.
 
Et c’est en fait pire que cela. Les politiques économiques explicites d’Ottawa cherchent à faire croître l’économie globale du pays en augmentant la population, principalement grâce à des taux d’immigration élevés, plutôt qu’en comblant les lacunes en matière d’investissement des entreprises, de productivité, d’esprit d’entreprise et d’innovation. Ainsi, même si l’économie globale du Canada peut éviter une récession « officielle » cette année, les Canadiens continueront à souffrir d’une récession sous la forme d’une baisse du PIB moyen par personne (c’est-à-dire du niveau de vie).


Source : Institut Fraser

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Les nouvelles données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 nous ont permis d’actualiser notre estimation précédente afin de mettre en lumière le succès des récentes mesures importantes prises par le gouvernement fédéral pour améliorer la sélection des nouveaux immigrants en vue d’améliorer leurs perspectives économiques. Nous avons constaté que le transfert fiscal net annuel aux nouveaux immigrants est nettement inférieur, à 5 329 $ par habitant, aux 6 000 $ que nous avions trouvés dans notre analyse précédente. Toutefois, comme le nombre d’immigrants bénéficiant de ce transfert a considérablement augmenté, la charge fiscale totale est passée de 16 à 24 milliards de dollars en 2005, à 20 à 28 milliards de dollars en 2010, et à 27 à 35 milliards de dollars en 2014. (Institut Fraser, 2015

Un Canadien sur deux pense que les cibles en immigration sont trop hautes, 75 % qu'elle entraîne une demande excessive des services 

Les loyers montent en flèche au Canada alors que l'afflux de personnes est sous-estimé (il est à près de 1 million/an !)

Recension de « Canada maximum, vers un pays de 100 millions »

Au rythme actuel sous Trudeau et Legault : 12 millions d'habitants à Montréal et 5 à Québec en 2100

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million

Population du Canada : croissance record de 1 050 110 personnes enregistrée en 2022 (m à j Québec)

Débat Vincent Geloso (libéral) c. Alexandre Cormier-Denis (nationaliste/identaire) sur l'immigration

 

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Environ sept Américains sur dix (71 %) pensent que les gens ont moins confiance les uns dans les autres qu’il y a 20 ans. À titre de comparaison, 22 % pensent que les Américains ont autant confiance les uns dans les autres aujourd’hui qu’il y a une génération et 7 % pensent qu’ils ont plus confiance aujourd’hui qu’à l’époque. (Pew Research, 2019)

Malgré une très forte immigration : stagnation, voire baisse, du PIB/habitant au Canada en 2022 (et 2023 selon les prévisions)

Les nouvelles données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 nous ont permis d’actualiser notre estimation précédente afin de mettre en lumière le succès des récentes mesures importantes prises par le gouvernement fédéral pour améliorer la sélection des nouveaux immigrants en vue d’améliorer leurs perspectives économiques. Nous avons constaté que le transfert fiscal net annuel aux nouveaux immigrants est nettement inférieur, à 5 329 $ par habitant, aux 6 000 $ que nous avions trouvés dans notre analyse précédente. Toutefois, comme le nombre d’immigrants bénéficiant de ce transfert a considérablement augmenté, la charge fiscale totale est passée de 16 à 24 milliards de dollars en 2005, à 20 à 28 milliards de dollars en 2010, et à 27 à 35 milliards de dollars en 2014. (Institut Fraser, 2015)

Large étude confirme que la diversité ethnique a des effets négatifs sur la cohésion sociale (Ruud Koopmans & Merlin Schaeffer) 

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Bruxelles où l'on ne dit plus « être une femme »… mais « avoir un utérus »


Dans les transports en commun de la capitale belge.

Les Russes de Lettonie passent un test linguistique pour éviter d'être expulsés

Dans un gratte-ciel stalinien qui domine l’horizon de la capitale de la Lettonie, des dizaines de Russes âgés attendent de passer un test de base de langue lettone, preuve de leur loyauté envers un pays où ils vivent depuis des décennies.

Serrant des passeports russes rouges, les participants, pour la plupart des femmes, lisent leurs notes pour une révision de dernière minute, craignant d’être expulsés du pays balte en cas d’échec.

Parler russe au lieu de letton n’était pas un problème jusqu’à présent.

Le gouvernement exige désormais que les 20 000 personnes qui possèdent un passeport russe dans le pays, principalement des personnes âgées et des femmes, passent un test de langue, car la loyauté des citoyens russes est une source d’inquiétude, a déclaré Dimitrijs Trofimovs, secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur.


« (Si je suis expulsée), je n’aurais nulle part où aller, je vis ici depuis 40 ans », a déclaré Valentina Sevastjanova, 70 ans, ancienne professeur d’anglais et guide de Riga, après sa dernière leçon de letton dans une école privée du centre de Riga, prête à passer son propre examen.

« J’ai pris le passeport russe en 2011 pour pouvoir rendre visite à mes parents malades en Biélorussie. Ils sont partis maintenant. »

Mme Sevastjanova fait partie d’une classe de 11 femmes, âgées de 62 à 74 ans, qui suivent le cours accéléré de trois mois. Chacune d’entre elles a demandé un passeport russe après que la Lettonie indépendante a émergé en 1991 des cendres de l’Union soviétique.

Elles ont ainsi pu bénéficier de la retraite à 55 ans, d’une pension de la Russie et d’une exemption de visa pour se rendre en Russie et au Belarus.

Les Russes de Lettonie apprennent la langue locale pour éviter l’expulsion

Mais après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février dernier, la Lettonie a coupé les chaînes de télévision russes, écrasé un monument soviétique de la Seconde Guerre mondiale et s’efforce maintenant d’éliminer l’enseignement en russe.

De nombreux Russes ethniques, qui représentent environ un quart de la population de la Lettonie (1,9 million d’habitants), ont ainsi le sentiment de perdre leur place dans la société, où le fait de ne parler que le russe a été accepté pendant des décennies.

Les citoyens russes de moins de 75 ans qui ne passeront pas le test d’ici la fin de l’année se verront accorder un délai raisonnable pour partir, a déclaré M. Trofimovs. S’ils ne partent pas, ils pourraient faire l’objet d’une « expulsion forcée ».

« Ils ont volontairement décidé de prendre la nationalité non pas de la Lettonie, mais d’un autre État », a-t-il déclaré. Selon lui, ce test est nécessaire, car les autorités russes ont justifié leur invasion de l’Ukraine par la nécessité de protéger les ressortissants russes à l’étranger.  [En réalité des russophones qui étaient largement des ressortissants ukrainiens dont la région était bombardée depuis 8 ans... Le mouvement d'élimination du russe précède la guerre entre Kiev et Moscou, voir lien ci-dessous sur l'élimination du russe dans l'enseignement en 2025 alors que c'était en 2011 la langue de 37 % de la population.]

« Je pense qu’apprendre le letton est une bonne chose, mais cette pression est une erreur », a déclaré Mme Sevastjanova.

« Les gens vivent dans un environnement russe. Ils parlent avec (uniquement) des Russes. Pourquoi pas ? Il s’agit d’une vaste diaspora », a-t-elle déclaré. « Il y a des lieux de travail russophones. Il y a des journaux, une télévision et une radio russes. Vous pouvez converser en russe dans les magasins et sur les marchés — les Lettons passent facilement au russe. »

Pour réussir, les candidats doivent comprendre des expressions lettones de base et parler avec des phrases simples, telles que « Je voudrais dîner et je voudrais choisir du poisson, pas de la viande », a déclaré Liene Voronenko, directrice du Centre national d’éducation de Lettonie, qui organise les examens.

« J’aime apprendre les langues et je pensais apprendre le français à la retraite. Mais je me retrouve à apprendre le letton à la place. Eh bien, pourquoi pas ? »,a déclaré Mme Sevastjanova.
  

Source : Reuters

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