dimanche 28 mars 2021

Le néo-féminisme joue sur les deux tableaux : le genre est pure construction fluide, mais on compte les femmes et célèbre leurs particularités

La philosophe Bérénice Levet analyse dans le Figaro la portée de l’adoption par la mairie de Lyon d’un « budget genré », l’influence de la théorie du genre et la question de son lien avec le décolonialisme. Bérénice Levet est l’auteur du « Musée imaginaire d’Hannah Arendt » (Stock, 2011), de « La Théorie du genre ou le Monde rêvé des anges », préfacé par Michel Onfray (Livre de poche, 2016), du « Crépuscule des idoles progressistes » (Stock, 2017) et de « Libérons-nous du féminisme ! » (Éd. de l’Observatoire, 2018).

 N’y a-t-il pas un paradoxe à proclamer que la différence des sexes n’existe pas, puis à compter les femmes et les hommes dans les musées et les activités sportives et admettre par là que certaines activités plaisent plus à un sexe qu’à l’autre ?

— Le point de départ est certes sexué, toutefois, puisque le sexe, pour les écologistes acquis aux postulats de la théorie du genre, n’existe pas, que le donné naturel, biologique n’entrerait pour rien dans nos identités, bref, que le masculin et le féminin ne sont que des constructions historiques et sociales, leur objectif est bien leur déconstruction et donc l’indifférenciation et l’interchangeabilité : le monde rêvé des écologistes, celui dont ils entendent hâter l’avènement par la grâce de leur politique « genrée », est un monde où il y aurait autant de footballeurs que de « footballeuses », de rugbymen que de « rugbywomen » par exemple. Ils récusent l’idée que le corps, la forme du corps, sa charpente sinon préside, du moins entre en ligne de compte dans le choix par l’enfant de l’activité sportive et par conséquent, dispose naturellement la petite fille à choisir cet art de la grâce, des courbes et contre-courbes, des sinuosités qu’est la danse et le petit garçon, le football ou le rugby.

Cependant, et vous avez raison, il y a un paradoxe, et c’est tout le paradoxe du néo-féminisme, son inconsistance conceptuelle et aussi son opportunisme. Ce néo-féminisme vogue entre féminisme identitaire à l’américaine et donc exaltation du « nous, les femmes », véritable assignation et incarcération dans un sexe, et une théorie du genre qui à l’inverse postule une essentielle neutralité affirmant que, puisque l’on ne naît pas femme, ni homme d’ailleurs, il n’y a aucune raison qu’on le devienne, libre à chacun de jouer et de se jouer des identités et des codes. Opportunisme, ai-je dit, parce que l’essentiel étant d’être en lutte contre un modèle de société, au gré des circonstances, on exaltera l’identité féminine ou bien on la niera et accusera de sexisme quiconque à la faiblesse de voir une femme dans une femme.

— On s’inquiète beaucoup des cours de récréation qui donneraient trop de place aux petits garçons. N’est-il pas louable de vouloir donner plus d’espace aux petites filles ? Comment éduquer au respect entre les sexes sans tomber dans l’ingénierie sociale de la déconstruction ?

Permettez-moi d’abord de douter de cette représentation d’un centre occupé par les garçons et de filles reléguées en périphérie, ou plutôt de douter du sens qu’on lui attache, qui me semble marqué au coin de l’idéologie : les filles ont davantage le goût de la conversation, ce qui n’exige pas d’espace, les garçons éprouvent le besoin de se dépenser physiquement, ce qui à l’inverse en réclame… Cette répartition n’est donc en rien l’indice d’une domination masculine, d’un manque de respect. Ce n’est pas en termes de domination que les choses doivent être interprétées, mais d’énigmes. Dès le plus jeune âge, les deux sexes sont dans une relation de polarité qui tient précisément à la différence des sexes, une relation d’attraction et, non pas de répulsion, mais d’interrogation, de doutes, de trouble aussi, sur cet autre sexe qui est un autre moi-même, mais surtout autre que moi. La différence des sexes, Lévinas l’a très bien dit, constitue la première expérience de l’altérité — je recommande vivement la lecture du savoureux Journal d’Adam et d’Eve de Marc Twain.

Mais revenons à nos élus. Le problème des Verts, comme de leurs satellites socialistes soit dit en passant, je pense à Anne Hidalgo fort tentée par l’adoption d’un budget genré, n’est pas le respect, non plus l’égalité, mais bien la déconstruction. L’ingénierie sociale et même anthropologique définit leur politique. Ils glissent volontiers du volontarisme — qui est une vertu politique — au constructivisme, autrement dit, à la régénération de l’humanité, de sinistre mémoire révolutionnaire et totalitaire. Certes, au temps de la « barbarie douce », comme dirait Jean-Pierre Le Goff, on ne parle plus que de « changer les mentalités », mais l’esprit est le même qu’en 1792 ou au XXe siècle. Depuis mars, nous possédons à cet égard un extraordinaire théâtre d’observation. Les premières mesures prises par les maires EELV dès le lendemain de leurs élections étaient éloquentes, toutes tournées contre la langue, les mœurs et les usages traditionnels (sapins de Noël, Tour de France, cérémonie du Vœu des Échevins). Les villes et leurs habitants n’y sont considérés que comme de la matière à façonner selon leur Idée.

— On parle beaucoup de l’entrisme du « décolonialisme » à l’université, mais moins du succès des « gender studies ». Comment l’expliquez-vous ? Ce succès est-il, selon vous, aussi inquiétant ?

L’infiltration des universités et grandes écoles par les Études sur le Genre est aussi inquiétante que celle du décolonialisme et remonte à plus loin encore. La première chaire d’études sur le genre est instituée à Science Po en 2010 (programme Présage). La différence de traitement que vous relevez très justement, s’éclaire, me semble-t-il, de ce que les enjeux et les finalités du Genre sont édulcorés si bien que ces études passent pour inoffensives : il ne s’agirait jamais que d’un combat en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes et comme personne, en tout cas parmi nos politiques, n’osent contester cette thèse, les études sur le genre jouissent de toute la légitimité.

Or, le Genre et le décolonialisme travaillent exactement dans le même sens, s’érigent ensemble en tribunal devant lequel l’Occident et singulièrement la France sont appelés à comparaître, et ils enseignent, sous des angles différents, mais qui convergent, la même histoire à notre jeunesse : celle d’une civilisation occidentale et d’abord française, tout entière occupée à dominer, dominer les femmes et les minorités sexuelles pour les premiers, dominer les minorités ethniques et religieuses pour les seconds.

Et n’allons pas croire que ce serait là de l’histoire ancienne : non, patriarcat et colonialisme ne constitueraient pas des épisodes malheureux, mais révolus de notre histoire, mais ils diraient la vérité la plus profonde de l’Occident et de la France, leur essence la plus intime et surtout toujours agissante. D’où la nécessité de former des bataillons d’esprits éveillés, les fameux « woke ». D’où aussi la convergence des luttes entre féministes, LGBT et décoloniaux, ce qu’ils appellent l’intersectionnalité, car à l’intersection, autrement dit au carrefour de leur combat respectif un même ennemi à vaincre : le mâle blanc hétérosexuel. Ce sont donc deux munitions tournées contre la France. Mais, dans le cas de l’indigénisme et du décolonialisme, les liens avec l’islamisme séparatiste et meurtrier sont plus éclatants.


samedi 27 mars 2021

Québec — L’écart entre le taux de chômage des immigrants et ceux nés au Canada se creuse

L’écart entre le taux de chômage des immigrants et des personnes nées au Canada est plus grand qu’avant la crise, et il continue de se creuser pour un troisième mois consécutif

 Cet écart était de 3,4 % en février 2020, il est désormais de 4,5 % en février 2021.





Taux de chômage

25 à 54 ans
Statut d'immigrantfévrier 2020
avril 2020
juin 2020
août 2020
oct.bre 2020
déc.bre 2020janvier 2021février 2021

Pourcentage
Population totale4,5
8,5
10,9
7,8
6,5
5,66,36,3
Immigrants reçus7,1
10,0
13,7
12,1
9,3
8,29,69,9
Immigrants reçus 5 ans et moins auparavant11,5
14,5
22,1
22,4
14,8
12,314,415,7
Immigrants reçus plus de 5 à 10 ans auparavant7,0
9,6
13,5
11,6
10,5
8,58,57,5
Immigrants reçus plus de 10 ans auparavant5,4
8,4
10,9
9,0
7,3
6,88,59,1
Populations nées au Canada3,7
8,0
9,9
6,3
5,5
4,95,55,4

Notes :

Le taux de chômage est le nombre de personnes en chômage exprimé en pourcentage de la population active. Le taux de chômage pour un groupe donné (âge, sexe, état matrimonial, etc.) correspond au nombre de chômeurs dans ce groupe exprimé en pourcentage de la population active de ce groupe. Les estimations sont exprimées en pourcentage et arrondies au dixième près.

La somme des catégories « Immigrants reçus » et « Populations nées au Canada » n'est pas égale au « Total ». La catégorie « Total » comprend les citoyens canadiens qui sont nés hors du pays et les résidents non permanents.

Un immigrant reçu est une personne à qui les autorités de l'immigration ont accordé le droit de résider au Canada en permanence. Les citoyens canadiens de naissance et les résidents non permanents (étrangers vivant au Canada avec un permis de travail ou d'études, ou qui réclament le statut de réfugié, ainsi que les membres de leur famille vivant avec eux) ne sont pas considérés comme des immigrants reçus.

jeudi 25 mars 2021

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019

En 2020, 81 850 bébés sont nés au Québec, soit une baisse de 3 % par rapport à 2019 (84 300). L’indice synthétique de fécondité est de 1,52 enfant par femme, moins qu’en 2019 (1,57 enfant par femme). La très grande majorité des bébés nés en 2020 ayant été conçus avant que les mesures pour contrer la pandémie de COVID-19 ne soient instaurées au Québec, l’effet possible de ces mesures sur le nombre de naissances ne devrait se faire sentir pleinement qu’à partir de l’année 2021. 

Tout laisse à penser que le nombre de naissances en 2021 pourrait être encore plus bas que celui de 2020, en effet non seulement le nombre de projets matrimoniaux est en chute libre, mais nous avons déjà des chiffres pour les enfants conçus depuis le début de la pandémie (mars 2020). Or le nombre de naissances de décembre 2020 au Québec et de janvier 2021 en France est en très forte baisse. En France, le nombre de naissances en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020, alors qu’au Québec le nombre de naissances en décembre 2020 (6 350) a chuté de près de 6 % par rapport à décembre 2019 (6 750).

L’Ontario, en revanche, a connu une légère augmentation de ses naissances passant de 140 541 naissances en 2019 à 144 106 en 2020, soit +2,5 %.


La population québécoise est estimée à 8 576 000 habitants au 1er janvier 2021, soit 19 300 personnes de plus qu’un an auparavant. Ce gain est beaucoup plus faible que ceux enregistrés au cours des années précédentes. En effet, en 2019 la croissance avait été de près de 110 000 personnes. Cet important ralentissement, lié à la pandémie de COVID-19, s’explique par une réduction majeure des gains migratoires internationaux et, dans une moindre mesure, par une hausse des décès et une baisse des naissances.


 

Le nombre d’immigrants admis au Québec en 2020 s’est grandement réduit. Le Québec a accueilli 25 200 immigrants, comparativement à 40 600 l’année précédente.

On note également une très forte diminution du solde des résidents non permanents en 2020 au Québec (travailleurs temporaires, étudiants internationaux, demandeurs d’asile). Ce solde est passé d’un sommet de 60 700 en 2019 à – 9 900 en 2020. Un solde négatif signifie qu’il y avait moins de résidents non permanents à la fin de l’année qu’au début.

Ces diminutions sont liées aux restrictions instaurées aux frontières à compter de la mi-mars 2020 pour freiner la progression de la pandémie de COVID-19.

La pandémie n’a toutefois pas fortement affecté les échanges migratoires entre le Québec et les autres provinces canadiennes. Le Québec continue d’enregistrer des pertes au profit des autres provinces, mais le déficit de 2020 (– 1 700 personnes) est semblable à celui de 2019 (– 1 500 personnes).

Source : Institut de la statistique du Québec

Voir aussi
 

Québec — Taux de natalité d’environ 9,57 ‰ en 2020, le pire de l’histoire du Québec ?

Note

Le taux de natalité est un calcul simple (que nous pouvons faire dès l’annonce du nombre des naissances) : il suffit de diviser le nombre de naissances par le nombre d’habitants du Québec à une date fixe. On l’exprime en naissances pour mille habitants (‰).

L’indice synthétique de fécondité (ISF) est plus complexe à calculer, mais représente mieux le taux de remplacement de la population. Il s’agit du nombre d’enfants estimé par femme en âge de féconder. On considère que, dans un pays développé, il faut 2,1 enfants/femme pour assurer le remplacement des générations.

On comprend donc que le taux de natalité de 2020 soit probablement le plus bas de l’histoire du Québec alors que l’indice (ISF) de la même année n’est qu’un des plus bas de l’histoire du Québec (il a été plus bas en 1987 avec 1,359 enfant/femme) : il n’y a jamais eu autant de vieux (qui ne sont plus féconds) au Québec. Le taux de natalité est donc divisé par un nombre de personnes dont une grande partie de nos jours ne peut plus avoir d’enfants. C’était nettement moins le cas au début du XXe siècle, car les gens vivaient moins vieux. L’indice synthétique de fécondité (ISF), lui, n’est divisé que par le nombre de femmes en âge de donner naissance. Le nombre de vieux n’a donc pas d’impact sur cet indice.

Implosion de la natalité en Corée du Sud : moins 0,84 enfant/femme, il en faut 2,1 pour remplacer les parents

Selon les données de Statistique Corée (KOSTAT) publiées le 24 mars, le nombre de nouveau-nés en Corée du Sud est tombé à son plus bas niveau en janvier.


Un total de 25 003 bébés sont nés en janvier, en baisse de 6,3 % en glissement annuel, selon les données.

Il s’agit du plus faible chiffre pour un mois de janvier depuis 1981, année où l’agence a commencé à compiler de telles données. À l’époque, la population de la Corée était 25 % moins grande qu’actuellement.

La Corée du Sud se bat contre la baisse continue des naissances alors qu’un grand nombre de jeunes repoussent leur mariage ou renoncent à se marier ou à avoir des enfants sur fond de prolongation du ralentissement économique.

Le taux de fécondité du pays, le nombre moyen d’enfants qu’une femme est susceptible d’avoir au cours de sa vie, a chuté au plus bas historique de 0,84 l’année dernière, marquant la troisième année consécutive où le taux est tombé en dessous de 1. À ce rythme, chaque génération sera plus de 2 fois plus petite que la précédente.

En outre, 27 181 personnes sont décédées en janvier, en baisse de 4,3 % par rapport au même mois de l’année dernière.

La population du pays a donc diminué de 2 177 sur un an le mois en question, représentant la 15e baisse mensuelle consécutive.

La Corée du Sud a rapporté sa première décroissance démographique naturelle l’an passé alors que le nombre de décès a dépassé celui des nouveau-nés sur fond de vieillissement rapide et de faible taux de natalité du pays.

Par ailleurs, le nombre de couples mariés s’est élevé à 16 280 en janvier, en baisse de 17,9 % sur un an.

Le chiffre est le plus bas pour un mois de janvier depuis 1981, année où l’agence a commencé à recueillir des données concernées. Il s’agit aussi du plus fort recul jamais enregistré en glissement annuel depuis janvier 1997, mois où le nombre de couples mariés s’est contracté de 22,9 %.

Le nouveau coronavirus (Covid-19) et les restrictions antivirus plus strictes ont forcé de nombreux jeunes couples à reporter leur mariage.

Les divorces ont baissé de 5,2 % sur un an à 8 272 en janvier.

Voir aussi 

Québec — Taux de natalité d’environ 9,57 ‰ en 2020, le pire de l’histoire du Québec ?

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission

Chine — scolarité moins longue pour augmenter la natalité

 

Analphabétisme — 47,8 % des Québécois et un quart des diplomés universitaires peinent à comprendre un texte complexe

Lire un article du journal peut sembler simple, mais pour près de la moitié des Québécois, cela relève du défi. Malgré un progrès certain, l’analphabétisme demeure un fardeau pour près de 2,5 millions de Québécois, selon une étude commandée par le Fonds de solidarité FTQ.

Entre 2012 et 2020, la proportion de Québécois qui peinent à comprendre un texte complexe serait passée de 53,2 % à 47,8 %. L’analyse publiée mercredi indique que ces progrès proviendraient surtout du remplacement des générations des plus âgées par une cohorte de jeunes plus scolarisés.

Cependant, toutes les classes sociales, tous les groupes d’âge et toutes les régions du Québec comportent leur lot d’analphabètes, se désole le président de la Fondation pour l’alphabétisation, André Huberdeau. « Même les gens en maîtrise à l’Université ! Vous seriez surpris. Parfois, je recevais des rapports ou des examens et j’étais obligé de lire à voix haute pour comprendre ce qu’il me disait. » Selon les estimations de l’étude, près d’un quart des Québécois avec un diplôme universitaire seraient considérés comme analphabètes fonctionnels.

L’analphabétisme débute lorsque les textes moindrement difficiles donnent du fil à retordre, selon M. Huberdeau. « Vous comprenez les mots qui sont là, mais dès que ça devient un peu complexe, un peu compliqué, vous décrochez. »

La tâche devient rapidement impossible dans une époque où le numérique se retrouve partout. André Huberdeau cite un exemple parmi d’autres : une entreprise de porte et fenêtre qui décide d’informatiser son entreprise.

« Les machines fonctionnaient bien, mais les employés avaient de la difficulté à rentrer en interaction avec la machine. La machine produisait des rapports qu’il fallait comprendre pour calibrer la machine et qu’elle soit plus précise. C’est là qu’on s’est aperçu que la majorité des travailleurs de l’entreprise avaient de la difficulté à lire et à écrire. Dans le fond, on investit des centaines de milliers de dollars dans la machinerie, mais les employés du jour au lendemain devenaient inefficaces, improductifs. »

L’étude suggère que le seul fait de combler l’écart entre le Québec et l’Ontario au sujet de l’analphabétisme permettrait à la belle province d’économiser 4,9 milliards de dollars.

Le rôle des entreprises

Dans les résidences de personnes âgées dont il assure la gestion, Frédéric Soucy est à même de constater les coûts de l’analphabétisme. D’une part, nombre de ses employés sont nés à l’étranger et ne possèdent pas un niveau standard de français. D’autre part, l’omniprésence des technologies force tous ses employés à savoir manier mots et écrans. « Pour les gens qui prennent soin des aînés, tout fonctionne maintenant sur un téléphone intelligent », relate-t-il. « Ils voient leur journée sur l’informatique. Si tu n’es pas capable de lire la tâche, ça devient compliqué. »

Ce n’est pas qu’au ministère de l’Éducation et aux professeurs qu’incombe la tâche d’apprendre à lire et à écrire. Il en va d’un « devoir corporatif » d’assurer une formation continue, fait remarquer le président de la Société de gestion Cogir. « Il faut faire réaliser à ces gens que leur potentiel, ce n’est pas nécessairement de rester dans le poste qu’ils ont. Il faut regarder les postes qui sont au-dessus et où il y a un besoin de littéracie ou de numéracie plus fortes. Si on peut les aider, ça va être accessible pour eux. On va payer les formations. »

Le vice-président au centre de formation économique du Fonds de solidarité FTQ, Serge Cadieux, abonde dans le même sens. Différents programmes existent au Québec pour assurer la mise à niveau des employés. « Les nouveaux emplois qui arrivent sur le marché du travail nécessitent une compréhension de texte qui est un peu plus complexe que de lire une étiquette qui est simple. Les emplois sont plus techniques et demandent un meilleur niveau en littéracie. »

André Huberdeau signale que, malgré les progrès, le Québec demeure au dixième rang canadien en termes de littéracie. Pour réécrire la statistique, il n’y a pas de solution unique. « Il faut s’adapter. Mais, la formation en entreprise sera une des clés du succès. »

Source : Le Devoir

Voir aussi

Québec — Analphabétisme fonctionnel et diplomation sont en hausse

Traitement de façade ? Le décrochage au Québec est-il vraiment en baisse ? (2015)

Le Québec qui ne sait pas lire (2016)

Québec — Triplement du nombre d’heures d’anglais en une trentaine d’années

Diplômer tout le monde au Québec : médailles en chocolat ? (2011)

Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur

L’État a-t-il vraiment fait progresser l’éducation au Québec ?

L’alphabétisation de la population de la ville de Québec de 1750 à 1849


https://www.erudit.org/revue/haf/1985/v39/n1/304327ar.pdf

Budget genré aujourd'hui, budget racisé demain ?

La philosophe Bérénice Levet analyse dans le Figaro la portée de l’adoption par la mairie de Lyon d’un « budget genré », l’influence de la théorie du genre et la question de son lien avec le décolonialisme. Bérénice Levet est l’auteur du « Musée imaginaire d’Hannah Arendt » (Stock, 2011), de « La Théorie du genre ou le Monde rêvé des anges », préfacé par Michel Onfray (Livre de poche, 2016), du « Crépuscule des idoles progressistes » (Stock, 2017) et de « Libérons-nous du féminisme ! » (Éd. de l’Observatoire, 2018).

LE FIGARO. — La mairie de Lyon a mis en place un « budget genré » pour adapter le budget de la municipalité au souci de l’égalité hommes-femmes. Que vous inspire cette initiative ?

Bérénice LEVET. — Cette initiative n’a rien de très surprenant, la toute première mesure du maire Europe Écologie-Les Verts de la ville de Lyon, Grégory Doucet, fut l’adoption de la langue inclusive dans la communication municipale. Ces villes dont les écologistes sont les princes sont les laboratoires d’expérimentation d’une conversion de la France à des principes qui lui sont non seulement étrangers, mais contraires. Or, le prisme identitaire, qui préside à cette politique, est un produit d’importation, forgé sur les campus américains.

Rien de surprenant donc, mais tout en revanche de fort préoccupant car « un budget sensible au genre », cela signifie, par exemple, que le musée des Beaux-Arts, qui recèle des trésors, mais des trésors qui ont pour défaut, aux yeux de nos activistes, d’avoir été peints par des hommes, devra veiller à exposer autant d’œuvres d’artistes masculins que d’artistes femmes et donc non seulement remiser au placard bien des tableaux, mais revoir intégralement sa politique d’acquisition des œuvres. Désormais, foin de la beauté, foin de l’importance historique d’un tableau, seul le sexe importera et décidera des achats du musée.

C’est en outre une véritable boîte de Pandore. Leur politique sexuée, « binaire », pourrait être dénoncée comme « discriminante », que font-ils des transgenres, des « queer », des non-binaires, c’est-à-dire de ceux qui ne s’identifient à aucun sexe, ceux qui changent d’identité au gré de « leur ressenti » ?

Et puis, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? « Budget genré » aujourd’hui, pourquoi pas « budget racisé » demain ? Les « minorités » vont réclamer leur dû. Pourquoi le musée des Beaux-Arts ne serait-il pas sommé d’exposer non seulement des œuvres issues des minorités, mais aussi les représentant ? Et d’ailleurs, tout porte à croire, et à craindre, que même sans prononcer le mot de « budget racisé », le maire de Lyon n’adopte la chose. Le programme du candidat Doucet en portait implicitement la promesse : au chapitre « Lyon émancipatrice », le futur maire de Lyon s’engageait à œuvrer à « la valorisation des cultures non dominantes (où l’on vérifie que l’écologiste ne parle seulement la langue des néo-féministes, il maîtrise aussi très bien la langue des indigénistes) et de la mémoire et de la culture des migrations ». Et d’ailleurs, l’amputation de 500 000 euros des subventions allouées à l’Opéra de Lyon, institution dont l’excellence est de renommée internationale, ne peut-elle s’interpréter en ce sens : l’adjointe à la culture qui s’enorgueillit de « rééquilibrer une politique culturelle fossilisée » a en effet expliqué à Serge Dorny, le directeur de l’Opéra, qu’il s’agissait d’investir dans « l’accompagnement de la création et de l’émergence » !


mercredi 24 mars 2021

France — Dans une classe, le pourcentage de prénoms musulmans est en moyenne passé de 1 % en 1960 à 19 % aujourd’hui

Dans un entretien à L’Opinion sur les questions de société, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise à l’IFOP, déclare :

Dans une classe, le pourcentage de prénoms musulmans est en moyenne passé de 1 % en 1960 à 19 % aujourd’hui. Le droit à la différence, le respect des identités sont fortement affirmés. Depuis les années 1980, nous vivons de facto dans une société multiculturelle, et cela produit deux réactions opposées chez les jeunes. La première ressort de notre sondage [enquête IFOP sur les lycéens publiée le 3 mars] : c’est la règle du « chacun vient comme il est », la pub McDo ! Au nom de quoi, devrait-on imposer un cadre culturel ? Cette attitude est à mettre en relation avec la volonté d’émancipation de l’individu, valeur très forte de cette génération. L’autre réaction, à l’opposé, est résumée dans le slogan frontiste « On est chez nous ! », version actualisée du vieil adage : « À Rome, fais comme les Romains. » C’est l’attitude par exemple d’un Jordan Bardella, et de nombreux jeunes du RN. Génération identitaire a bien trouvé son nom. Mais il est vrai qu’une partie de la jeunesse issue de l’immigration campe elle aussi sur des positions identitaires. Le résultat est que piercing et foulard se mêlent dans le même combat, conséquence mécanique d’une société multiculturelle.

« Avant, on alignait les quartiers de noblesse, aujourd’hui on compte ses canons de différence identitaire »

Le clivage est-il aussi net avec l’écologie ?

La jeunesse grandit objectivement dans un environnement plus dégradé qu’il y a 50 ans, et il peut y avoir un conflit, sur le thème : vous avez vécu comme des nababs, et vous nous laissez une planète saccagée. Une partie de la jeunesse fait le lien avec le mode de vie : si l’on est sensible à l’environnement, on porte un regard critique sur la consommation, on se fait frugal, on boycotte Amazon, etc. Mais une autre partie de la jeunesse est dans l’hyper consommation et une autre encore ne se sent pas responsable des dégâts actuels : j’ai entendu des Gilets jaunes, jeunes actifs, dire : « Vu ce que je gagne, c’est pas moi qui troue la couche d’ozone ! » Dans une interview au Monde, Pablo Servigne, l’une des figures de référence des jeunes écolos, dit que son enfance a été marquée par « la télé, la bagnole et le Nutella ». Aujourd’hui on dirait : Netflix, Amazon et le Nutella. Et la consommation, pour certains, est paradoxalement une façon de se rassurer face à un monde qui change : « Ah, le Mont-Blanc est moins blanc ? Raison de plus pour reprendre du Nutella ! »

Le féminisme est-il aussi générationnel ?

Nous sommes dans une société où l’individu a pris le pas sur toute autre considération. L’universalisme garantissant les mêmes droits pour tous ? Ce modèle est mis à mal. Dans les années 1960 à 1980, l’idée était de faire accéder les femmes au même statut que les hommes. Aujourd’hui, chacun estime son identité agressée. Les plus légitimes sont ceux qui cumulent le plus de points, parce que femmes, « racisées », LGBT, etc. Avant, on alignait les quartiers de noblesse, aujourd’hui on compte ses canons de différence identitaire.

Voir aussi

Plus de 23 % des enseignants de l'Ontario gagnent maintenant plus de 100 000 $

La liste annuelle des les employés du secteur public ayant touché un traitement de 100 000 $ ou plus en 2020 a été publiée vendredi et la croissance du nombre d’enseignants sur la liste est stupéfiante.

De 2019 à 2020, le nombre d’enseignants sur la liste a plus que doublé, passant de 14 757 à 29 902 $.

Le nombre d’enseignants, avant la pandémie, avoisinant les 126 000 équivalents temps plein, soit 23 % des enseignants de l’Ontario qui font partie du club exclusif. Le grand saut est bien sûr survenu pendant la pandémie du COVID-19, alors que de nombreux Ontariens perdaient leur emploi ou perdaient une part importante de leur salaire ou de leurs heures travaillées.

Au plus fort du confinement en avril 2020, le taux de chômage provincial avait plus que triplé, passant de 5,2 % à 17 % avant de retomber à 9,5 % en décembre. Alors que des milliers d’enseignants supplémentaires ont été embauchés pendant la pandémie, d’autres industries n’ont pas eu autant de chance.

Les emplois dans le transport et l’entreposage ont diminué de 13,8 %, les services de soutien au bâtiment de 17,2 % et les services d’hébergement et de restauration de 26,4 %.

Le Canadien moyen travaillant à temps plein gagne 66 000 $ par année selon Statistique Canada, bien moins du salaire moyen des enseignants. En 2018, les représentants du ministère ont estimé le salaire moyen des enseignants à 92 000 $ en Ontario — 92 900 $ pour l’école secondaire et 89 300 $ pour le primaire — des chiffres qui sont sûrement plus élevés maintenant. Il faut ajouter au salaire des enseignants d'autres avantages sociaux : assurance médicale et régime de retraite généreux, sans parler des longs congés scolaires.

En fait, selon les responsables du ministère, le salaire de quelque 63 % des enseignants se situe dans le haut de la grille salariale. Il y a aussi maintenant 30 conseils scolaires à travers la province avec des grilles salariales dont le dernier échelon dépasse 100 000 $ par année, comparativement à seulement 8 conseils en 2019.

Voir aussi

Les enseignants de Montréal votent en faveur d’une grève générale illimitée le 31 mai (ils gagnent moins qu’en Ontario…)


lundi 22 mars 2021

Erin O’Toole : sourd à sa droite conservatrice, son parti cède encore du terrain à l’issue de son congrès (sondage)

Le congrès virtuel du Parti conservateur du Canada (PCC) n’a pas amélioré l’appui du PCC dans la population. Dans les prévisions publiées le 21 mars par Qc125, le PCC perd un point, son appui dans les intentions de voter s’établit désormais à 29,9 % alors que deux semaines plus tôt il était encore de 30,7 %.


Certains prétendront que c’est le fait que la base n’a pas accepté la proposition sur la réalité du changement climatique. Les gros médias s’en sont régalés : voyez ces rétrogrades anti-Science. Ceci nous semble un raccourci, car l’opposition portait à notre sens plutôt sur les politiques proposées ou suggérées dans le corps de la résolution.

D’autres attribueront cette baisse au fait que M. O’Toole a aliéné sa base en faisant preuve d’un manque de charisme, d’absence de défense de la liberté d’expression, de politique pro-famille, de volonté de compromis avec un pan entier de sa famille politique et en soutenant des manigances et magouilles multiples pour évincer ses rivaux qui ne l’ont pas grandi. Au lieu de vouloir faire la morale à sa base en voulant étouffer tout débat sur le climat (« le débat est clos ! »), il aurait manqué d’habilité et n’aurait pas incarné le conservatisme pro-famille, pro-liberté d’expression. Il aurait dû arrondir les angles et ne pas chercher la confrontation avec sa base sur plusieurs sujets : notamment l’avortement ou le climat (*).

Rappelons que le PCC avait déjà une politique dans le domaine de l’environnement qui abordait les changements climatiques dont voici un extrait :

Nous croyons que le Canada devrait établir un programme de crédits d’impôt afin de promouvoir des solutions écologiques dans les domaines du transport et de l’innovation entrepreneuriale, par exemple.

Nous croyons que les gouvernements fédéral et territoriaux devraient faire des investissements conjoints afin d’étudier l’adaptation aux changements climatiques dans le Nord et d’y donner suite.

la modification de politique sur le climat mise aux voix ajoutait ceci :

Nous reconnaissons que les changements climatiques sont réels. Le Parti conservateur a la volonté d’agir.

Nous croyons que l’on doit responsabiliser les entreprises canadiennes, catégorisées super-polluantes, à mettre en place des mesures qui vont réduire leurs GES avec une imputabilité de résultat.

Nous croyons qu’il faut soutenir l’innovation en technologies vertes. Il faut devenir un leader mondial et s’en servir comme levier de développement économique.

Ceci est apparu à de nombreux délégués avec lesquels nous avons parlé comme un succédané du discours libéral de Trudeau : « on aurait cru lire du Biden ».

C’était une proposition malhabile qui ne pouvait que braquer les climatosceptiques ou ceux qui subodorent des dépenses massives (des subventions, des taxes et des impôts) pour créer une industrie verte sous perfusion (est-ce que cela réussit à l’Allemagne ?) ou encore ceux qui préfèrent parler d’adaptation aux changements climatiques, changements qui n’ont pas que des désavantages pour un pays glacé comme le Canada. [Voir Les miraculeux emplois verts s’effondrent en Allemagne et Écologie : L’échec allemand].

Les médias ont affirmé que les délégués ont rejeté la réalité des changements climatiques. Mais, comme le note Cosmin Dzsurdzsa : « En vérité, les congressistes étaient en désaccord avec l’amendement pour plusieurs raisons, notamment un manque de clarté quant à sa portée, la nature trop large de l’amendement et son impact sur les entreprises du secteur privé, et la suspicion de soutenir les programmes de technologies vertes tels que ceux introduits par les gouvernements libéraux précédents de l’Ontario qui ont causé des dégâts économiques importants. »

Un Erin O’Toole plus avisé aurait évité un affrontement aussi direct que contreproductif. En voulant plaire à la médiacratie et au commentariat progressiste, il a offert l’image d’un parti divisé, d’un chef mal aimé par sa base, sans imagination et à la remorque du prêt-à-penser progressiste. Le chef du PCC aurait dû refuser de créer un abcès sur ce point. Nous pensons qu’il a trop écouté ceux qui lui soufflaient à l’oreille qu’il fallait emboîter le pas des progressistes sur les thèmes sociétaux. Pourtant, M. O’Toole aurait pu contenter sa base conservatrice morale par quelques mesures symboliques (comme savent le faire les gauchistes) : condamner l’euthanasie sans cesse plus facilement disponible, refuser l’avortement sélectif (qui peut justifier que l’on tue des filles à naître à cause de leur sexe ?) et se concentrer sur des mesures économiques profamille, sur des politiques proliberté d’expression (*), des propositions pour réindustrialiser le pays (aucun fabricant de vaccin Covid au Canada, quel scandale !) et enfoncer le clou dans le domaine de l’autonomie forte des provinces (Alberta et Québec) dans toute une série de domaines dont la langue, l’immigration et la fiscalité (une seule déclaration fiscale). Bref, se distinguer des progressistes sans aliéner sa base. Au lieu de cela, il a préféré axer sa campagne sur les changements climatiques ! En 2021… O’Toole a tort de croire qu’il peut battre les Libéraux en adoptant les politiques libérales.

M. O’Toole pourra-t-il rattraper la sauce ? On peut en douter.

Nous le regrettons, car nous pensons que la meilleure façon pour que le Québec obtienne plus d’autonomie (ce qui lui permettrait de décider davantage de sa politique migratoire, fiscale et linguistique) est de soutenir le discours décentralisateur prôné par le PCC actuellement, de profiter du besoin de l’Ouest conservateur d’un allié au Québec. Que ce soit avec un PCC majoritaire comprenant une très grande délégation québécoise ou (sans doute mieux) d’une coalition de deux partis minoritaires faite du PCC et du Bloc Québécois pour obtenir ainsi la majorité au parlement. Encore faudrait-il que ce BQ préfère davantage d’autonomie pour le Québec à davantage de politiques progressistes au Canada y compris au Québec…



(*) L’establishment du PCC a également tenté de faire supprimer ce paragraphe : « Nous sommes en faveur d’une législation retirant le pouvoir de la Commission canadienne des droits de la personne et du Tribunal canadien des droits de la personne de réglementer, de recevoir, d’enquêter sur ou de juger les plaintes relatives à l’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne ». La mesure n’a été battue que par 50,60 % des membres. Ce paragraphe faisait suite au combat épique de Mark Steyn et Ezra Levant contre « cette parodie de tribunal » qu’est le Tribunal canadien des droits de la personne. Aucune justification par écrit à cette suppression étonnante n’avait été fournie. 

Notons au passage que les délégués ont approuvé massivement (à 88 %) une mesure qui s’oppose à la culture du bâillon (cancel culture), mais de manière incompréhensible M. O’Toole n’a pas pris cette perche tendue pour rallier ses troupes. La politique en question se lit : « Le Parti conservateur du Canada favorisera le financement fédéral des universités canadiennes qui appliquent les principes de Chicago. En vertu de cette mesure, les établissements devront respecter et protéger la liberté d’expression comme le définit la Charte. Les établissements qui ne protègent pas la liberté d’expression perdront leur financement fédéral. »

 


Billet originel du 20 mars

Un de nos correspondants est délégué au congrès du parti conservateur du Canada (PCC). Voici son rapport.

La deuxième journée du congrès du PCC qui rassemble en ligne quelque 3500 délégués s’est terminée par un discours de Erin O’Toole (ci-contre, à droite).

Erin O’Toole a déclaré que le Parti conservateur du Canada qu’il dirige depuis août 2020 doit « changer » s’il désire remporter les prochaines élections parce que le Canada a changé. C’est une vieille ficelle rhétorique, les circonstances changent toujours. Elle peut servir à justifier n’importe quelle politique : accompagner ce changement et donc abandonner ses anciennes valeurs ou lutter contre ce changement et revenir à une position plus ferme, plus conservatrice dans ce cas-ci. Pour le Parti conservateur du Canada, il s’agit toujours de courir après les libéraux et d’être moins conservateurs.

Dans un discours à ses militants, vendredi soir, M. O’Toole a déclaré que son parti peut battre les libéraux de Justin Trudeau (à gauche, ci-contre) aux prochaines élections, mais uniquement s’il change ses façons de faire et présente de nouvelles idées pour rallier les Canadiens.

O’Toole a déclaré que le parti doit faire plus que changer ses positions politiques — il doit également faire tout ce qui est en son pouvoir pour accueillir les Canadiens de toutes les origines raciales et ethniques et les membres de la communauté LGBTQ.

Manque de courage et de pédagogie

Le manque de courage d’Erin O’Toole était frappant, il semble se résigner à accompagner le mouvement que la gauche impose à la société. Il ne cherche pas à convaincre les Canadiens de la justesse des politiques conservatrices, à faire preuve de pédagogie, il n’envisage aucune mesure ambitieuse pour renverser la table, changer le discours médiatique et promouvoir des valeurs conservatrices dans la société. Aucune ambition de déplacer un tant soit peu la fenêtre d’Overton vers la droite conservatrice sur n’importe quel sujet sociétal. Rien.

Pas un mot sur l’immigration

Erin O’Toole a bien raison : le Canada a changé. Il a par exemple connu un afflux massif d’immigrants, à tel point que ses métropoles ont vu leurs compositions ethniques et culturelles bouleversées. Or Erin O’Toole n’a pas abordé cette question, pas un mot, aucune proposition de politiques dans ce sens soumise aux délégués. Pourtant le Canada a changé, ne serait-il pas temps de réviser la politique migratoire de celui-ci ?