jeudi 17 décembre 2020

Pologne — ministre de l'éducation veut rompre avec l'activisme LGBTQ

Depuis sa prise de fonctions, le 19 octobre, Przemyslaw Czarnek ne cesse de faire les gros titres. Son obsession : extirper l’« idéologie LGBT », la « théorie du genre » et la « pédagogie de la honte » de l’institution.

Si le chef de la majorité nationale-conservatrice de Droit et justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, voulait montrer davantage sa rupture avec les valeurs d’une Europe en phase avec son temps, ouverte et démocratique, il n’aurait pu mieux faire que de nommer Przemyslaw Czarnek au ministère de l’Éducation nationale. Depuis sa prise de fonctions, le 19 octobre, il ne se passe pas un jour sans que le nouveau titulaire du poste ne fasse les gros titres de la presse. Comme, par exemple, le 27 novembre, lorsqu’il a affirmé sans sourciller, à la télévision publique, que « nous sommes arrivés en Europe à un niveau pire qu’à l’époque de l’Union soviétique et du communisme ».

Cet homme de 43 ans, propre sur lui, s’est forgé une sévère réputation à force de sorties franches. Les passions que le ministre suscite sont telles parmi certains extrémistes qu’une militante de gauche est allée jusqu’à se coller les mains au portail du ministère, nécessitant l’intervention d’une équipe médicale.

Docteur en droit de l’Université catholique de Lublin (KUL), M. Czarnek a fait parler de lui pour la première fois quand, en tant que voïvode de la région de Lublin (l’équivalent d’un préfet de région), il décernait en 2019 des « diplômes du mérite » aux collectivités locales qui adoptaient les résolutions « zone anti-idéologie LGBT » (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) sur leurs territoires

À la même époque, il s’était prononcé pour une interdiction des « Marches de l’égalité » [pro-LGBTQ]. Le 13 juin, au sujet des homosexuels, il déclarait à la télévision publique qu’il faut « défendre les familles polonaises contre le pourrissement et la dépravation » et « arrêter d’écouter ces idioties sur de prétendus droits de l’homme ou une prétendue égalité. Ces personnes ne sont pas égales aux gens normaux ».



mardi 15 décembre 2020

Révision du cours de multiculturalisme 101 (ECR) : davantage de lutte contre le racisme

Le gouvernement Legault profiterait de la réforme du cours Éthique et culture religieuse (ECR) pour « sensibiliser » encore davantage les élèves du primaire et du secondaire à la lutte contre le racisme. Il s’agit de l’une des 25 mesures que le Groupe d’action contre le racisme présentera ce lundi, mesures qui touchent quatre domaines : l’accès au marché de l’emploi, la sécurité publique, le droit au logement et l’éducation.

Aucune des mesures ne nécessite un changement législatif. Elles ont été retenues parce qu’elles sont applicables dans un délai raisonnable.

Il n’est pas question que le gouvernement reconnaisse l’existence d’un racisme ou d’une discrimination « systémique » à l’égard des communautés culturelles. Le Premier ministre François Legault a été clair à ce sujet — bien qu’utiliser l’expression « discrimination systémique » à l’égard des autochtones ait été considéré un moment par le Groupe d’action. La commission d’enquête du juge à la retraite Jacques Viens a reconnu la discrimination systémique [fédérale] à l’égard des autochtones dans son rapport déposé l’an dernier. [Il n’est pas clair que les autochtones accepteraient les mesures égalitaires de Tom Flanagan dans son livre Au-delà de la loi des Indiens (Septentrion) où il propose propose la création d’un nouveau système qui permettrait aux Premières Nations de jouir de la pleine propriété de leurs terres, à titre individuel ou collectif, un système qui pourrait améliorer la qualité de vie dans les communautés autochtones de tout le pays.]

En éducation, le Groupe d’action veut que l’enjeu du racisme fasse partie du nouveau programme qui doit être donné au primaire et au secondaire en lieu et place du cours Éthique et culture religieuse (ECR) à compter de 2022. Le ministère de l’Éducation a mené une consultation plus tôt cette année sur une réforme d’ECR. Le nouveau programme abordera d’autres thèmes, comme la démocratie, la citoyenneté numérique et l’éducation à la sexualité.

En matière d’employabilité, le Groupe d’action souhaite réduire le chômage plus élevé chez les immigrants, en particulier les minorités visibles. Le gouvernement lui-même n’est pas exemplaire ; les cibles d’embauche de personnes issues de communautés culturelles n’ont pas été respectées jusqu’ici.

Le Groupe d’action n’ira cependant pas jusqu’à proposer le CV anonyme. Cette mesure, qui avait été proposée par le Parti québécois lors des dernières élections, vise à ce qu’une personne ne soit pas écartée à la seule lecture de son nom ; l’idée est de faire en sorte que la compétence et l’expérience soient d’abord considérées, avant la convocation à une entrevue. La raison de ce refus d’utiliser le CV anonyme est peut-être liée au fait que cette mesure peut en fait renforcer l’embauche de blancs mâles (horresco referens). Voir Canada — Projet-pilote de recrutement anonyme : pas de biais détecté (2018), Partialité ? Préférence pour nommer des femmes professeurs dans les sciences plutôt qu’hommes avec même CV, et  Australie — Recrutement sur base de CV anonymisés augmente nombre d’hommes blancs sélectionnés (les CV anonymisés ont été abandonnés).

 En matière de sécurité publique, des ajustements à la formation des policiers seraient proposés par le Groupe d’action.

C’est dans le secteur de l’accès au logement que le groupe d’action a eu plus de mal à accoucher de propositions.

Le groupe ne chiffre pas les sommes nécessaires pour mettre en œuvre les 25 mesures. Chaque ministère concerné sera chargé de dégager les fonds et devra rendre des comptes sur la mise en œuvre des recommandations qui le concernent.

Le Groupe d’action a présenté ses conclusions à François Legault il y a une semaine. Le Conseil des ministres a approuvé le rapport mercredi, lors de sa réunion hebdomadaire.

Lionel Carmant, qui est coprésident du Groupe avec Nadine Girault, promet que les recommandations qui seront présentées « vont changer la donne pour les jeunes des différentes communautés ethnoculturelles qui grandissent au Québec ».

« Les propositions qu’on fait vont être solides, et on va faire le suivi nous autres », a-t-il confié à La Presse lors d’une entrevue de fin d’année.



lundi 14 décembre 2020

France — Pourquoi, malgré des concessions par Macron, il faut continuer à lutter pour la liberté d'instruire ses enfants à la maison

Le projet de loi que le Premier ministre a présenté le 9 décembre, jour de la laïcité, n’est pas satisfaisant et doit être combattu avec la plus grande détermination.

Ne nous leurrons pas : il supprime la précieuse possibilité que nous avons tous jusqu’à présent de retirer nos enfants de l’école pour les scolariser nous-mêmes, quand nous l’estimons nécessaire, au profit d’un régime d’autorisation réservé à quelques situations particulières, et soumis au pouvoir discrétionnaire du recteur.

De plus, le projet de loi dispose expressément que les convictions religieuses ou autres des parents seront exclues des motifs recevables.

Ce projet de loi est lourdement inconstitutionnel. Trois fois inconstitutionnel :

  • premièrement parce qu’on ne peut pas soumettre un principe fondamental reconnu par les lois de la République à un régime d’autorisation ;
  • deuxièmement parce qu’il est totalement disproportionné d’interdire au plus grand nombre l’instruction en famille pour lutter contre un possible détournement ultra minoritaire sur lequel on n’a pas de données sérieuses ;
  • et enfin (et ce point est nouveau !) parce qu’il est impossible en droit français et même en droit européen d’interdire à des citoyens de faire un choix d’enseignement au regard de leurs convictions religieuses (article 9 de la Déclaration européenne des droits de l’homme). Entendons-nous bien : s’il est nécessaire et légitime que l’État vérifie scrupuleusement que les parents n’endoctrinent pas leurs enfants, il est évident en revanche qu’il n’a pas le droit d’empêcher les parents de choisir un mode d’instruction en raison de leur religion ou de leurs conceptions éducatives.

Si nous laissons passer une telle loi, en croyant nous donner ainsi les moyens de lutter contre l’islamisme, c’est le fondement même du droit à l’existence et au caractère propre de l’ensemble des écoles libres qui sera réduit en poussière.

Ce projet de loi est ainsi à la fois une formidable attaque contre la famille (contre son aptitude à choisir ce qui est bon pour son enfant), et plus précisément contre l’autorité parentale dans son principe même, mais aussi une attaque inédite contre la liberté de pensée et de conscience. L’État se fait seul juge de ce qui est bon pour l’enfant, au mépris du rôle de ses parents, perçus comme des endoctrineurs à corseter dans leurs choix éducatifs. Cette dérive totalitaire et laïcarde doit être combattue. La société civile, les parents, ont des droits propres que l’État n’a pas vocation à absorber, dans un État de droit.

Ainsi, il apparaît clairement que ce qui est en cause dans ce projet de loi, ce n’est pas seulement le sort de 20 000 enfants instruits en famille, mais aussi et surtout le statut que l’on reconnaît aux parents et le sort que l’on entend réserver à la liberté de penser et de croire et d’agir en conséquence.

C’est pour cela que combattre ce projet de loi est encore plus nécessaire et décisif que ce qu’on aurait pu estimer de prime abord.

Nous avons besoin de votre aide pour mener ce combat jusqu’à la victoire.

Diffusez ce message autour de vous S. V. P. et, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait.

Faites-nous parvenir un don pour nous aider à effectuer le travail d’information et de sensibilisation nécessaire pour obtenir que le Parlement supprime les articles litigieux de la loi ou, à défaut, que le Conseil constitutionnel censure ces articles. Cela va prendre plusieurs mois de travail intense.

Aidez-nous à soutenir l’effort jusqu’à la victoire, sans négliger pour autant notre mission de formation et de soutien pédagogique et financier aux écoles libres hors contrat.

Anne Coffinier, présidente de Créer son école — Educ’France

Axelle Girard, directrice d’Educ’France


France — changer les programmes scolaires pour insister (encore plus) sur les enjeux écologistes

Le président français Macron a annoncé ce 14 décembre la tenue d’un référendum en vue de modifier l’article 1 de la Constitution pour y inscrire « la garantie de la préservation de l’environnement ».

Ceci sera accompagné par une campagne de propagande à tous les niveaux y compris à l’école. Ou pour parler « républicain » : « Nous allons changer les programmes scolaires et faire une campagne de communication et d’éducation de nos concitoyens sur les enjeux écologistes »

Une partie importante des programmes de SVT (Sciences de la vie et de la Terre) est déjà consacrée au climat, à la biodiversité, à l’écologie. Tant au collège (secondaire inférieur) qu’au lycée (fin secondaire + cégep). Voici par exemple les trois thèmes de ce cours en terminale, voie générale (à 18 ans). Les trois thèmes (ce sont les seuls) sont des thèmes chers aux écologistes. (Hyperlien vers le programme)

Voir aussi

France — la Théorie du genre enseignée en SVT (rien n’a changé avec Blanquer)

Sondage : La religion ne s’est pas effondrée dans notre société. Elle a seulement changé de visage

Baromètre de ce que les Québécois déclarent trouver le plus immoral (1990 comparé à 2020)

À VOTRE AVIS, EST-CE QUE LES ACTIONS SUIVANTES SONT IMMORALES OU NON (2020) ?

1. Le harcèlement psychologique : 96 %

2. Faire des commentaires racistes : 95 %

3. Faire des commentaires homophobes : 94 %

4. Insulter quelqu’un sur les médias sociaux : 91 %

5. Être sexiste : 88 %

6. Ne pas payer d’impôts : 88 %

7. Ne pas faire attention à l’environnement : 87 %

8. Ne pas payer ses dettes : 83 %

9. Les punitions corporelles aux enfants : 81 %

10. La consommation de drogues dures : 78 %

11. Être contre le port du masque : 75 %

12. Les relations extraconjugales : 69 %


13. Croire à des théories du complot : 63 %

14. L’excès d’alcool : 60 %

15. Rire des religions : 59 %

16. Le travail au noir : 53 %

17. La prostitution : 46 %

18. Posséder une ou des armes à feu : 41 %

19. Les couples ouverts : 41 %

20. Les relations sexuelles avant 16 ans : 35 %

21. Aller sur des sites pornographiques : 26 %

22. La consommation de la marijuana : 25 %

23. L’avortement : 11 %

24. Avoir une relation homosexuelle : 9 %

25. Le divorce : 5 %

LE BAROMÈTRE DE L’IMMORALITÉ QUÉBÉCOISE EN 1990

1. Excès de boisson : 92 %

2. Relations amoureuses avant 16 ans : 80 %

3. Prostitution : 68 %

4. Relations extraconjugales : 66 %

5. Blasphème : 63 %

6. Avoir une relation homosexuelle : 46 %

7. Avortement : 43 %

8. Divorce : 37 %


► Méthodologie

Une question ouverte a été posée aux panélistes LEO (Léger Opinion) pour qu’ils soumettent ce qu’ils jugent immoral. Ensuite, un sondage scientifique a été réalisé auprès de 1000 Québécoises et Québécois représentatifs, du 13 au 15 novembre 2020, sur la base de 35 actions immorales. Seules les 30 premières sont présentées dans ce baromètre. 

[Malheureusement, le sondage de 1990 semble ne pas avoir porté sur de nombreux sujets : est-ce que, par exemple, faire des commentaires racistes ou faire du harcèlement psychologique était mal vu à l’époque ? Et à quel point ? Et qu’est-ce que ces notions veulent dire dans la pratique quand on sait la facilité avec laquelle d’aucuns crient au racisme aujourd’hui ?]

Le constat pour le Journal de Montréal

En 1990, Léger sondait les Québécois sur leurs principaux tabous. 30 ans plus tard, les résultats sont éloquents. En 1990, 46 % jugeaient l’homosexualité immorale. Ce taux est maintenant de 9 %. La perception quant à l’avortement est passée de 43 % à 11 %, le divorce, de 37 % à 5 %, la prostitution, de 68 % à 46 % et les relations sexuelles avant l’âge de 16 ans, de 80 % à 35 %. De 1990 à 2020, nos interdits se sont complètement effondrés, au profit d’une société « plus ouverte et plus inclusive » [sic]. 

La surprise

Le Québec a de nouveaux péchés capitaux : le harcèlement psychologique, les commentaires racistes, homophobes ou sexistes et les insultes sur les médias sociaux sont devenus les 5 actions les plus immorales, selon une grande majorité de Québécois. Ce sont les nouveaux interdits de notre époque et ils sont, pour la plupart, liés aux médias sociaux.


La tendance

Les Québécois sont de plus en plus permissifs sur les questions de sexualité. Les relations sexuelles avant 16 ans sont plus acceptées qu’auparavant, tout comme la fréquentation de sites pornographiques. Il faut dire aussi que le couple ouvert est immoral pour 41 % d’entre nous seulement. Même chose pour les relations sexuelles avant le mariage qui apparaît maintenant comme une chose plus qu’acceptable. Les Québécois, niveau sexualité, sont moins dans le jugement et plus dans l’ouverture [sic]. 

[Cette « ouverture » est bien évidemment orientée (antiracisme, LGBTQ, écologisme, liberté d’avorter) et ce n’est souvent qu’une fermeture envers d’autres valeurs, celles de la famille traditionnelle, de la valeur de la vie à naître, du sens de la lignée, etc. Il serait intéressant de se pencher sur les mécanismes de remplacement des valeurs de jadis. Dans quelle mesure l’école québécoise participe-t-elle à l’établissement de la nouvelle morale, de la nouvelle religion.]

QUAND LA MORALE CHANGE DE DÉFINITION

par Mathieu Bock-Côté, Le Journal de Montréal

Le monde et les temps changent, c’est bien connu. Et notre définition de ce qui est moral et immoral aussi, comme en témoignent les résultats de ce sondage Léger.

On le voit, en 1990, le bien et le mal sont encore marqués par la vieille morale chrétienne concernant la vie sexuelle. Il n’en est plus ainsi. Les interdits d’hier se sont effondrés.

Les hommes et les femmes ont gagné en liberté dans leur vie privée. Mais de nouveaux interdits sont apparus.

Ils touchent à la question du racisme, généralement considéré comme le plus grand mal, ce qui n’est nullement contestable. Nous savons à quelles horreurs il a poussé dans l’histoire.

Le visage du diable

Le racisme prend même le visage du diable, et ceux qu’on imagine possédés par l’intolérance doivent être exorcisés. À la tempête d’eau bénite succède la tempête médiatique.

On ne méfie d’ailleurs des tentateurs et des esprits mauvais qui pousseraient nos concitoyens à commettre ce nouveau péché ! Pour cela, on les diabolise.

Mais toute époque a ses problèmes théologiques ! Comment définir le fameux racisme ? Ce n’est pas toujours clair. Comment définir l’intolérance ? Est-ce que certains proposent une définition exagérément élargie de ce nouveau péché ?

Disons-le autrement.

La religion ne s’est pas effondrée dans notre société. Elle a seulement changé de visage. Elle se réclamait autrefois de la figure du Christ, elle se réclame aujourd’hui de la « Diversité ». Elle réclame aussi qu’on l’adore et traite d’hérétiques ceux qui posent trop de questions.

Curés

L’Église catholique a été remplacée comme productrice de morale par les mouvements qui prétendent incarner la diversité. Eux aussi connaissent leurs fanatiques. Ils ont même leurs mots tabous, comme on l’a vu récemment.

Questionnons-nous : dans trente ans, comment verrons-nous la morale qui nous semble aujourd’hui aller de soi ? Et que penserons-nous de ceux qui, même s’ils ne portent pas de soutanes, se comportent pratiquement comme de nouveaux curés ?

Voir aussi 

Le wokisme : des protestants puritains athées

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Le Monopole de l’Éducation au service des lobbies dits progressistes avec vos sous

Ex-ministre Jacques Brassard : ECR, une nouvelle religion. Quel parti aura le courage de l’abolir ?

« On a basculé dans l’antiscience »

Cours d’éducation à la sexualité, l’imposition de la théorie du genre est cruciale…

vendredi 11 décembre 2020

Québec — loi 66 adoptée, la CAQ participe à l'anglicisation rapide de Montréal

Le Premier ministre du Québec, François Legault, qui passe parfois pour un nationaliste centriste, s’est félicité hier soir du passage de la loi 66 qui soutient massivement deux établissements anglophones déjà très subventionnés de Montréal.

Pour Frédéric Lacroix, auteur de Pourquoi la loi 101 est un échec :
L’inclusion dans ce projet de loi 66 d’un agrandissement princier pour Dawson et le don royal du Royal Victoria à McGill constitue le plus gros investissement direct dans l’anglicisation de Montréal depuis la construction du McGill University Health Center il y a 20 ans. L’investissement de 3,5 milliards dans le MUHC est en train d’effacer le français dans tout le sud-ouest de Montréal (Saint-Henri, etc). Cet investissement d’au moins 750 millions dans les deux institutions postsecondaires qui sont déjà les plus riches au Québec signifie la fin du français au centre-ville de Montréal dans les 20 prochaines années (parions qu’en fin de compte, les sommes investies dépasseront allègrement le milliard de dollars). Deux projets irresponsables et incompréhensibles. Nationaliste la CAQ ? Si l’on ignore les belles paroles et que l’on compte les sous, on ne peut pas distinguer entre la CAQ et le PLQ. En fait, la CAQ fait même actuellement PIRE que le PLQ. Il s’agit d’une véritable trahison linguistique de la part de ce parti qui était censé défendre nos intérêts. Mais l’adoption du PL66 n’est pas la fin. Elle sonne le début de la mobilisation. Il s’agit maintenant de faire payer le prix politique de cette décision à la CAQ.

Étudiants radicaux contre un professeur émérite de l’Université McGill

Des étudiants radicaux de l’université anglophone montréalaise McGill demandent à l’Université de retirer le titre de « professeur émérite » à un enseignant à la retraite pour des propos qu’ils jugent inappropriés.

« Le Moyen-Orient est un endroit où faire du mal et être cruel envers les autres est perçu comme une vertu et un devoir », a écrit le professeur Philip Carl Salzman, professeur émérite à la retraite du Département d’anthropologie de McGill et spécialiste du Moyen-Orient.

Cette phrase est tirée de l’article « Le Moyen-Orient : culture tribale et États prémodernes » publié par le professeur Salzman le 17 janvier 2020 sur la plateforme du Middle East Forum, un « think tank […] qui protège les valeurs occidentales des menaces du Moyen-Orient », selon ce que l’on peut lire sur ce site.

L’extrait de l’article a été repris par huit associations étudiantes de McGill, dont deux associations musulmanes et une propalestinienne, qui lui reprochent ces propos dans une lettre ouverte. Celle-ci a été publiée le 30 novembre sur le site de l’Association étudiante de l’Université McGill (SSMU), qui signe également le document.

« Salzman condamne le multiculturalisme, l’immigration, la parité des genres, l’égalité culturelle, la justice sociale et le mouvement Black Lives Matter, en plus de nier l’existence de la culture du viol et du racisme systémique », écrivent les étudiants, mettant en référence d’autres publications du professeur.

Les étudiants demandent le retrait de son statut de professeur émérite, qui lui donne, selon eux, de la crédibilité. Ils accusent du même coup l’Université de privilégier la liberté universitaire [comprendre ne pas censurer] au détriment « du droit des personnes musulmanes et des personnes racisées de se sentir en sécurité », affirment-ils.

« McGill maintient des structures qui protègent et légitimisent des dialogues racistes et islamophobes », écrivent-ils. Ils réclament également une révision de la Déclaration de la liberté académique de McGill, « transparente et centrée sur les besoins des étudiants ».

L’Université a répondu au Devoir par courriel sans préciser si elle entendait répondre aux requêtes des étudiants. « Si les universités protègent fermement la liberté universitaire pour des raisons importantes, aucun droit ou liberté n’est illimité. Les limites de la liberté universitaire à McGill sont fixées par les règlements et les politiques qui ont été élaborées, débattus et acceptés par nos organismes de gouvernance collectifs », écrit la responsable des communications, Cynthia Lee.

Présentation partiale des étudiants radicaux contestée

En entrevue au Devoir, le professeur Philip Carl Salzman ne nie pas avoir écrit ces propos, mais il affirme qu’il ne les formulerait pas tels que présentés par les étudiants. « Je ne “condamne pas la parité des genres”, je rapporte des différences scientifiques entre les hommes et les femmes autour du monde, dit-il. La question de la parité n’est pas évoquée, mais si elle l’était, je ne suis certainement pas contre. Je ne condamne pas non plus l’immigration, uniquement l’immigration illégale. Quant au multiculturalisme, j’appuie les positions officielles du Québec. Et ainsi de suite. »

Il se qualifie comme un « libéral classique », affirmant croire aux individus plutôt qu’aux catégories de personnes. « Bien sûr, je trouve cela irritant de me faire qualifier de raciste par des étudiants », ajoute-t-il.

Selon lui, si les étudiants ne sont pas d’accord avec ses propos, ils n’ont qu’à en faire la démonstration comme des universitaires, soit en avançant des arguments et en présentant des faits.

Bien qu’il soit en désaccord avec l’idée même d’être censuré par des étudiants, il estime que ces derniers ne font que reproduire ce qu’on leur a appris. « Je ne suis pas au centre de l’histoire ici, je suis plutôt un personnage secondaire, affirme-t-il. Ce qui est vraiment important, c’est la façon dont les étudiants pensent, ce qu’ils veulent accomplir et la façon dont ils souhaitent que l’université fonctionne. Je crois qu’ils sont sur la mauvaise voie, mais ils n’ont rien inventé. Ils l’ont appris par des professeurs radicaux. Ils répètent ce qu’on leur a appris, ils croient en des concepts qu’ils ont appris dans les livres qu’on leur a fait lire. Il faut regarder du côté des professeurs radicaux et extrémistes. Ils sont nombreux, et pas seulement à McGill, mais dans toutes les universités de l’Amérique du Nord. »

Le professeur poursuit sa réflexion en disant qu’il n’y a pas une semaine où un enseignant ne se fait pas accuser d’avoir tenu des propos vexatoires par des étudiants. « C’est un mouvement pour faire taire les opinions avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, dit le professeur. Je me demande, lance-t-il avec une pointe d’ironie dans la voix : est-ce que les étudiants recommandent qu’on annule leur diplôme ou leurs crédits si on n’aime pas ce qu’ils disent et ce qu’ils écrivent ? Est-ce que ça fait partie de leurs recommandations également ? »

Le professeur fait une comparaison avec l’Union soviétique et la Chine communiste. « Je ne crois pas que l’on doive aller dans cette direction », affirme-t-il.

« Promotion de la discrimination »

Mais il ne s’agit pas de censure, affirme Ayo Ogunremy, vice-président de l’Association étudiante de McGill, en entrevue au Devoir. « Nous ne suggérons pas de censurer ses propos, nous demandons à notre université de reconnaître la nature blessante de ses propos et le fait que ceux-ci ne sont pas à la hauteur des standards universitaires », raisons pour lesquelles l’Association lui demande de retirer au professeur Salzman son titre honorifique. [Il s’agit bien évidemment de faire condamner ces propos afin d’ôter de la crédibilité au professeur, ne plus l’inviter, etc. Bref, en pratique le censurer.]

Est-ce que ce sont bien des propos qui ne sont pas à la hauteur des standards de l’université ou est-ce que ce sont des propos qui leur déplaisent ? M. Ogunremy hésite au bout du fil. « Les deux sont en jeu puisque nous tentons d’amener notre université à répondre à ce problème. Mais oui, c’est à propos de quelque chose avec lequel nous ne sommes pas d’accord, et nous croyons qu’il est légitime de prendre des actions par rapport à certaines choses […] notamment lorsqu’il est question de faire la promotion de la discrimination. »

Quant à savoir si les étudiants devraient également perdre leurs crédits s’ils écrivent des propos qui déplaisent, M. Ogunremy estime que c’est déjà en partie le cas, puisque s’ils soutiennent des propos qui ne sont pas à la hauteur des attentes dans leurs travaux, ils vont échouer. « Si un étudiant avait écrit ce que ce professeur a écrit, il aurait sûrement échoué à son cours », estime-t-il.

Titre honorifique

Philippe Carl Salzman ne semble pas trop s’émouvoir à l’idée qu’on puisse lui retirer son titre de professeur émérite. « C’est un petit titre honorifique, répond-il. Il n’y a aucun privilège qui y est associé. Je ne suis pas payé pour ça. Je suis retraité, alors je n’ai plus grand-chose à perdre, une des raisons pour lesquelles je peux écrire ce qui me plaît. »

Pourtant, avoue-t-il, ça lui ferait un petit pincement au cœur de perdre son titre : pas tant pour lui que pour le message que ça envoie. « Ce serait très triste pour l’Université de faire quelque chose d’aussi inapproprié. Je serais triste davantage pour l’Université que pour moi-même. Car que je signe mes articles avec le titre de professeur émérite d’anthropologie ou avec celui de professeur émérite annulé d’anthropologie, ça ne fait pas une très grande différence ! »


jeudi 10 décembre 2020

La population italienne passe sous les 60 millions, la gestion de la pandémie aggrave ce déclin

Billet originel du 1er décembre

En perdant 700 000 résidents au cours des cinq dernières années, l’Italie est passée sous la barre des 60 millions d’habitants.

La pandémie a rendu la situation démographique italienne encore plus difficile, car la crise économique affecte désormais la propension des Italiens à construire une famille, dans un pays où le taux de fécondité est de 1,3 enfant par femme et où le chômage des jeunes est parmi les plus élevés d’Europe.

EN AOÛT 2020, la population italienne est descendue au-dessous des 60 millions d’habitants pour la première fois depuis 2013. En cause, la hausse de la mortalité due à la pandémie et la baisse de la natalité. Cette barre symbolique était, en réalité, très prévisible dans un pays qui affiche un solde naturel négatif depuis 1993, et où l’immigration ne compense plus l’émigration et le manque de naissances.

La classe politique n’a jamais réellement affronté le problème, alors que la dépopulation affiche pourtant un rythme préoccupant : l’Italie a perdu environ 700 000 habitants au cours des cinq dernières années, et les décès records dus au coronavirus ont accéléré cette courbe.

La pandémie a rendu la situation encore plus difficile, car la crise économique affecte désormais la propension des Italiens à construire une famille. Une étude, conduite par Ipsos et l’Institut Toniolo, a demandé à un échantillon de jeunes Européens si leur projet d’avoir un enfant avait été modifié par l’épidémie : 36 % des personnes interrogées de nationalité italienne ont répondu avoir complètement abandonné cette idée, tandis que 37,9 % ont dit l’avoir seulement décalée. Des chiffres très différents de ceux des jeunes Français : 50 % de ces derniers ont déclaré décaler leur projet, mais seulement 14 % disent y avoir renoncé, tandis que 32 % n’ont pas changé d’avis — contre 25 % en Italie. En Italie, ces comportements devraient avoir un impact sur les naissances en 2020, mais aussi en 2021.

« Approche systémique ». Selon Francesca Puppi, chercheuse à l’université Catholique de Milan et coautrice de l’étude, il est indéniable que la crise aura des conséquences démographiques. Mais ils pourraient être atténués, sur le long terme, par la mise en place de politiques ciblées : « L’Allemagne était dans une situation comparable à celle de l’Italie. Mais, à partir du 2012, le gouvernement fédéral a affronté le problème. Aujourd’hui Berlin affiche un taux de fécondité de 1,6 enfant par femme, contre 1,3 pour l’Italie. Ce résultat est encourageant », explique la chercheuse, qui souligne que le gouvernement italien à tendance à ne regarder le problème qu’au travers de l’aide financière aux familles.

Ce point est important, mais insuffisant pour affronter l’hiver démographique du pays, insiste l’universitaire : « Inverser la courbe est possible, mais il faut une approche systémique. D’abord, on devrait donner un horizon aux plus jeunes, il ne suffit pas de prendre des mesures pour un ou deux ans, mais il s’agit de définir un avenir à moyen terme pour les encourager à faire des enfants. Ensuite, l’activité des femmes doit augmenter. En Italie, elle est trop faible, et cela a un impact sur le budget des familles. Enfin, il faut intervenir sur les services à l’enfance, notamment les crèches, et aider financièrement les couples via des allocations familiales. Les “trois jambes” doivent fonctionner ensemble, et il faut de la patience. »

Selon l’association Svimez, « en 2065 la population en âge de travailler aura baissé de 15 % dans le nord et de 40 % dans le sud »

Emploi des jeunes. Le gouvernement a commencé à intervenir sur le dernier point, en prévoyant à partir de juillet 2021, la distribution d’un chèque mensuel pour chaque enfant. La mesure devrait coûter environ 3 milliards par an et devra être approuvée par le Parlement. Concernant les crèches, le pays reste très en retard : selon l’OCDE, l’Italie consacre une part très résiduelle de son PIB (0,09 %) à ces infrastructures, tandis que la Suède (1,1 %), la France (0,63 %) et la Finlande (0,59 %) ont choisi d’y investir, avec des résultats très positifs en termes de natalité. L’Italie affiche également beaucoup de difficultés sur l’emploi des jeunes. Dans cette catégorie, le chômage est parmi les plus élevés en Europe — 29,7 % chez les 15-24 ans et 15,4 % chez les 25-34 ans. Le taux d’activité des femmes reste, lui, très bas : 56 % contre 75 % pour les hommes.

Conséquences de ces chiffres, les plus instruits partent à l’étranger. Depuis 2006, le nombre d’Italiens résidant en dehors de la péninsule a ainsi augmenté de 70 %, passant de 3,1 millions à 5,3 millions. Une hémorragie qui débouche sur trois problèmes : une baisse du nombre d’habitants, une diminution potentielle du nombre d’enfants, et une perte de capital humain bien formé. Selon l’association Svimez, qui étudie les problèmes de compétitivité économiques et industriels du sud de l’Italie, « en 2065 la population en âge de travailler aura baissé de 15 % dans le nord (-3,9 millions de personnes) et de 40 % dans le sud (-5,2 millions) ».

Source : L'Opinion

Répartition des projets de vie parmi les jeunes au début 2020

Vivre seul     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé20,030,631,719,425,1
Reporté45,646,455,351,550,7
Abandonné34,423,013,029,124,2

100,0100,0100,0100,0100,0

Vivre seul     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé23,136,841,426,430,6
Reporté43,450,543,852,651,4
Abandonné33,512,714,821,018,0

100,0100,0100,0100,0100,0

Se marier     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé16,629,018,020,424,9
Reporté43,053,758,957,150,8
Abandonné40,417,323,122,524,3

100,0100,0100,0100,0100,0

Avoir un enfant     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé25,630,732,021,223,0
Reporté37,955,150,749,657,8
Abandonné36,514,217,329,219,2

100,0100,0100,0100,0100,0

Source


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Italie — Nouveau nadir démographique

Profs américains s'opposent à l'ouverture des écoles malgré les leçons européennes

Les salles de classe à Washington se remplissent à nouveau d’enfants — sauf qu’il n’y a pas d’enseignants. Dans le cadre de cet arrangement inhabituel, les élèves sont surveillés par du personnel non enseignant et non syndiqué et doivent apprendre avec leurs tablettes iPad à leur pupitre.

Peu de gens s’entendent sur qui rejeter la faute. Randi Weingarten, président de l’American Federation of Teachers, le syndicat national du personnel enseignant, affirme que le gouvernement de la ville de Washington est responsable, insistant sur le fait que le personnel reviendrait pour autant que ce retour se fasse sur une base volontaire.

« C’est la pagaille à Washington », de déclarer Mme Weingarten. « Mais cela ne devrait pas être ainsi — c’est très frustrant. »

L’impasse est symptomatique d’une réticence plus générale aux États-Unis (plus particulièrement dans les États démocrates) à rouvrir les écoles. Cet automne, les écoles ont rouvert dans la majeure partie de l’Europe. De nombreux gouvernements l’ont fait au départ principalement pour aider les parents à retourner au travail et pour stimuler leur économie. Ils s’inquiètent également du retard du niveau de scolarité, en particulier pour les élèves plus jeunes. Cette décision est étayée par un nombre croissant de preuves suggérant que les enfants sont moins susceptibles de propager la maladie et que la réouverture des écoles a eu peu d’impact sur la propagation de l’épidémie.

Dès ke début de l’été, des études indiquaient le peu de risque à garder ouvertes les écoles pour les moins de 15 ans. La Suède n’avait jamais fermé ni ses garderies ni ses écoles primaires ou secondaires (jusqu’à 15 ans) pendant la pandémie. Elle ne déplorait en juillet aucun décès dû à la Covid-19 chez 1,8 million d’enfants âgés de 1 à 15 ans. En outre, les enseignants n’avaient aucun excès de risque par rapport aux autres professions, leur mortalité était même inférieure (voir entretien avec Anders Tegnell du 23 juillet). La Suisse a commencé à rouvrir les écoles le 11 mai. À la fin juillet, une seule personne de moins de 30 ans était décédée du virus en Suisse.

Le redémarrage des écoles en Norvège et au Danemark, qui ont franchi le pas plus tôt que la plupart des pays, ne semble pas avoir entraîné une nouvelle poussée de Covid-19. Depuis, le reste de l’Europe a emboîté le pas de la Suède et de ses voisins scandinaves. Au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Espagne et dans la majeure partie du continent, la réouverture n’a pas eu d’impact notable sur la pandémie.


En Angleterre, par exemple, des éclosions se sont produites dans seulement 4 % des écoles primaires après leur ouverture, mais dans 22 % des écoles secondaires, selon les données des autorités sanitaires. D’autres données scientifiques provenant d’autres régions du monde montrent que plus les enfants sont jeunes, moins ils sont susceptibles de propager le virus. C’est pourquoi de plus en plus de pays ont adopté le modèle suédois.

Sur 94 pays qui ont rouvert leurs écoles à l’automne, 88 ont évité de nouvelles fermetures nationales. Selon Insights for Education, un centre de réflexion sur l’éducation ce serait dû aux mesures de santé renforcées telles que le port obligatoire de masques dans les locaux scolaires et la distanciation sociale dans les salles de classe.

Israël a été une exception notable : les cas ont plus que doublé dans les 50 jours qui ont suivi la réouverture des écoles à la fin du mois de mai, de nombreux cas étant liés à des enfants âgés de 10 à 19 ans. Français. Les scientifiques peinent à expliquer pourquoi, certains pensent que les températures caniculaires ont poussé les étudiants et les enseignants à abandonner leurs masques.

Aux États-Unis, des États dirigés par les républicains, notamment le Dakota du Nord, ont rouvert leurs écoles après les vacances d’été, souvent avec l’encouragement de l’administration Trump. Quatre mois plus tard, les responsables locaux sont surpris de voir que la pandémie a peu touché les salles de classe, alors même que les infections se propageaient rapidement dans la population plus âgée.

« Nous n’avons pas eu d’absences massives en raison d’étudiants infectés et obligés de rentrer chez eux », a déclaré Terry Brenner, directeur des écoles publiques de Grand Forks, dans le Dakota du Nord.

Terry Brenner estime que 15 % des élèves ont été infectés ou sont entrés en contact avec un autre élève infecté. Mais, conseillés par le service de santé local, la plupart des élèves exposés et qui n’avaient pas développé de symptômes ont pu continuer à suivre des cours, en portant un masque et en évitant des activités telles que jouer d’un instrument ou faire de l’exercice physique.

Le district de M. Brenner a été récemment contraint de fermer à nouveau ses écoles pendant 17 jours, mais uniquement parce qu’un grand nombre de membres du personnel avaient contracté la maladie en dehors de l’école.

Seuls 0,02 % des étudiants et 0,04 % du personnel ont été testés positifs dans des écoles qui ont rouvert aux États-Unis, selon Emily Oster, économiste à l’Université Brown qui a collecté des données.

Les taux d’infection étaient inférieurs à ceux de la communauté dans son ensemble, avec des pics qui épousaient ceux de la population générale — ce qui suggère que les écoles n’en sont pas la cause. Des événements dits super-propagateur (un groupe de cinq cas ou plus dans une école) ont été enregistrés dans moins de 5 % des écoles, une proportion similaire à ce qui a été observé au Royaume-Uni.

Manquer l’école signifie moins de compétences élémentaires et moins de perspectives de vie. Et cela se concentre parmi ceux qui peuvent le moins se permettre de rater l’école. Simon Burgess, université de Bristol.

Pourtant, la résistance à la réouverture des écoles est toujours forte dans de nombreuses régions, notamment démocrates, des États-Unis. À New York, les écoles ont de nouveau fermé le 16 novembre moins de deux mois après leur réouverture. Réouverture qui a été annulée après que le maire Bill de Blasio avait facilité les fermetures en assouplissement les critères pour ce faire. En Californie, 51 comtés sur 58 se trouvent désormais en zone « violette », ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas rouvrir s’ils n’étaient pas déjà ouverts. (Voir Corona — Les écoles publiques de la ville de New York referment)

Mme Oster a déclaré que l’atmosphère hautement politisée aux États-Unis ne facilitait pas les choses : « De nombreuses écoles dans les zones plus progressistes envisageaient de rouvrir, mais au moment où elles étaient sur le point de le faire, le président [Donald Trump] leur a dit qu’elles devraient le faire. Et donc beaucoup de ces gens ont changé d’avis et lui ont envoyé un doigt d’honneur. »



Comme leurs homologues européens l’avaient fait il y a quelques mois, les syndicats américains insistent sur le fait qu’il reste dangereux pour les enseignants de travailler. Mme Weingarten maintient cependant que « Si vous vous attaquez à la propagation au sein de la population et prenez les bonnes mesures de protection, les enfants — en particulier les plus jeunes — ne transmettront pas le virus dans les écoles. »

Pendant ce temps, l’éducation des enfants en pâtit. Selon l’organisation de recherche en éducation NWEA basée aux États-Unis, les étudiants âgés entre 8 et 13 ont obtenu des notes en moyenne inférieures de 5 à 10 % en mathématiques cette année comparées à celles des élèves qui ont passé les mêmes tests l’année dernière. Les premières données semblent indiquer que ces disparités sont pires encore pour les élèves issus de minorités et ceux qui fréquentent des écoles présentant de taux élevés de pauvreté.
 
Selon l’organisation américaine de recherche en éducation NWEA, les étudiants âgés de 8 à 13 ans ont obtenu en moyenne 5 à 10 % de moins aux tests de mathématiques cette année par rapport à ceux qui ont passé le test l’année dernière. Les premières données semblaient suggérer que les disparités étaient encore pires pour les élèves issus de minorités et ceux qui fréquentaient des écoles où le taux de pauvreté était élevé.
 
Sources : Financial Times, NWEA, ECDC, UNESCO

L'Invention du colonialisme écologiste

Éric Zemmour recense le dernier ouvrage de Guillaume Blanc, L’Invention du colonialisme vert. Guillaume Blanc y déconstruit l’idée d’une nature africaine vierge et offre une vision iconoclaste de l’Afrique sous le joug des ONG et de leur idéologie écologique.

Quand on entend le mot Afrique, on a tous les mêmes images en tête : une forêt vierge sans limites, seulement peuplée d’animaux sauvages en liberté. Les mêmes images d’une Afrique de dessin animé où l’on croit voir apparaître le petit Simba et son copain le phacochère Pumbaa gambadant dans la savane. Cette Afrique est un mythe qui n’a jamais existé. Cet Eden africain d’avant l’agriculture est une invention coloniale qui date de la fin du XIXe siècle ; mais qui a la vie longue. Il y a toujours eu des hommes dans les forêts africaines, pasteurs ou même agriculteurs. Pire ou mieux : les forêts n’ont pas préexisté à des hommes qui passeraient leur temps à les saccager ; ce sont eux qui ont planté les arbres qui deviendront forêts.

L’œuvre de déconstruction historique a parfois du bon. Elle nettoie les méninges des poncifs accumulés. Guillaume Blanc porte bien son nom : il est notre grand nettoyeur à sec. Notre historien de l’environnement, spécialiste de l’Afrique contemporaine, maître de conférences à l’université de Rennes, est adoubé par François-Xavier Fauvelle, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire et d’archéologie des mondes africains. Nos deux universitaires, munis de leurs parchemins en règle, peuvent entamer leur travail salutaire de sape. Ils ne s’en prennent pas à n’importe qui. Ils ont mis dans leur viseur la crème de la crème des sacro-saintes ONG, UNESCO, WWF, Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « ce Léviathan planétaire, cette élite internationale de dirigeants, cadres, experts, économistes. Persuadée qu’elle détient la vérité de l’Histoire, elle est assurée d’œuvrer pour le bien général », selon la pertinente description d’Edgar Morin. Guillaume Blanc ne les accuse pas seulement d’avoir pérennisé le mythe de l’Afrique sauvage éternelle. Il ajoute qu’ils reprennent ainsi une invention coloniale. Et après les mythes et les mots des colonisateurs, nos ONG ont aussi hérité du paternalisme et de la brutalité qui vont avec. Leur objectif est simple : constituer d’immenses parcs naturels, sur le modèle des parcs américains inventés au début du XXe siècle par le président Theodore Roosevelt. Leur méthode est radicale : « Ces espaces protégés doivent être vidés de leurs êtres humains : la naturalisation de toute une partie du continent, c’est-à-dire une déshumanisation de l’Afrique. »

Nos élites savent mieux que les Africains ce qui est bon pour l’Afrique. Ils se sont même donné comme mission de protéger l’Afrique des Africains. C’est ce que Guillaume Blanc appelle sans ambages le « colonialisme vert : on est passé du fardeau de l’homme blanc au fardeau écologique de l’expert occidental… » Nos experts étaient naguère conseillers et administrateurs coloniaux. Ils poursuivent désormais leur œuvre affublés de nouvelles casquettes : scientifiques consultants auprès d’organisations internationales ou conseillers des nouveaux États nés de la décolonisation. Ceux-ci poursuivent un double objectif. D’abord, grâce aux subsides des organisations internationales (et aux armes vendues par les États-Unis), mater les éventuelles dissidences de populations rebelles. Les mater au nom de l’écologie, c’est toujours plus chic aux yeux de la « communauté internationale ». Ensuite, les États africains veulent bénéficier des revenus du tourisme : « Les anciens territoires impériaux sont devenus les nouvelles colonies de vacances de l’Occident. » La reconnaissance de l’UNESCO, du WWF et de l’UICN leur est indispensable, car si ces ONG inscrivaient leur territoire sur la liste du « patrimoine mondial en péril », ce terme infamant serait repris par le Guide du routard et le Lonely Planet et découragerait les touristes. Adieu safaris, touristes en shorts et casquettes, et bons dollars ou euros sonnants et trébuchants…

Notre auteur prend l’exemple de l’Éthiopie, et au sein de ce pays, du parc de Simien. Mais son fil rouge éthiopien peut être généralisé à tout le continent. Les régimes et les idéologies adverses se succèdent au pouvoir (monarchie d’Hailé Sélassié ou marxisme-léninisme du général Mengitsu), mais les méthodes et les experts internationaux restent les mêmes. Ceux qui payent le prix fort sont les habitants de cette « nature inviolée » qui sont obligés de quitter leurs terres, détruire leurs maisons, se voient interdire de vivre de leur culture traditionnelle, agriculture ou pastoralisme ou chasse. Au cours du XXe siècle, 350 parcs nationaux ont été érigés, et un million de personnes en ont été chassées. Cette alliance est redoutablement efficace : « Sans l’expert, le dirigeant ne peut pas tout à fait contrôler les citoyens africains ; et sans le dirigeant, l’expert ne peut pas tout à fait contrôler la nature africaine (…). Cette mondialisation de la nature africaine (s’opère) dans le cadre des États nations qui vont jusqu’à déplacer des villages entiers — quelque chose qui n’avait jamais été réalisé à l’époque coloniale : accepter d’évacuer des hommes pour faire une place aux animaux. L’Eden a beau être factice, il n’en est pas moins utile. »

La décolonisation a permis de rendre la colonisation verte bien plus efficace selon le schéma révolutionnaire classique : en son temps, Mirabeau avait expliqué à Louis XVI que la Révolution française donnerait à l’État royal la force dont avait rêvé Richelieu pour achever son travail d’unification nationale derrière le pouvoir central.

Guillaume Blanc accroche au veston de nos élites vertes le grelot du colonialisme pour mieux les dénoncer. C’est juste historiquement et habile tactiquement ; mais c’est dépassé idéologiquement. Ce qu’il observe et dénonce est en vérité un embryon de « gouvernement mondial » au nom de l’écologie. Ce « traitement par le monde de la nature africaine » est la mise en œuvre d’une idéologie mondialiste qui n’a pas l’Afrique comme seule victime. Guillaume Blanc s’insurge contre le deux poids deux mesures des experts : en Afrique, la volonté d’une nature vierge sans hommes, qu’ils soient pasteurs ou agriculteurs ; en Europe, l’éloge par les mêmes experts de « 5 000 ans d’agro-pastoralisme ». Mais que dire de l’introduction du loup ou de l’ours dans les Pyrénées, qui ravagent les cultures et les troupeaux au grand dam des bergers et des paysans qui ne sont pourtant pas africains ? En tous lieux, notre écologie politique est d’abord un antihumanisme. Dans le Simien comme dans tant d’autres parcs du continent, se plaint notre auteur, les habitants font leur entrée définitive dans la mondialisation sur ce registre profondément contradictoire : offrir la nature au peuple ; empêcher le peuple d’y vivre. Ils ne sont pas les seuls.

L’INVENTION DU COLONIALISME VERT
par Guillaume Blanc,
paru le 9 septembre 2020 aux éditions Flammarion,
à Paris
296 pp.,
21,90 €.
ISBN-13 : 978-2081504394