samedi 17 janvier 2009

Nier un fait essentiel serait une marque de respect ?

Lettre intéressante parue dans la Voix de l'Est de ce samedi.

Patrice Perreault a écrit une lettre intéressante, publiée mardi, sur le dialogue et le cours d'éthique et culture religieuse (ÉCR). Sa lettre faisait suite à ces questions que je suppose un peu ironiques de la part de M. Andries : « M. Perreault, dans sa réponse, affirme que la crucifixion est un fait historique. Ne manque-t-il pas ainsi de respect envers l'Islam qui affirme en parlant de Jésus : « Mais ils ne l'ont pas tué; ils ne l'ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi » (Coran 4:157)? Remettre en doute cet aspect central du Coran, n'est-ce pas ériger un obstacle au dialogue respectueux ? »

Il s'agissait donc de savoir si, en prétendant que la crucifixion est un fait historique, on n'érigeait pas un obstacle au dialogue respectueux, véritable clé de voûte du cours d'éthique et de culture religieuse. Imaginons le débat en classe ÉCR sur le sujet entre musulmans et chrétiens convaincus !

M. Perreault répond : « En émettant une hypothèse, est-il possible de considérer, compte tenu de la culture du Proche-Orient ancien, qu'un envoyé de Dieu ait connu une mort aussi ignominieuse puisque la crucifixion manifestait, dans la compréhension de l'époque, un rejet divin ? Par le regard musulman sur cet événement, je vois plutôt une marque de grand respect à l'endroit du christianisme, un respect propre à susciter le dialogue. »

Il semble qu'il y ait confusion ici : M. Perreault dit que les musulmans en niant la crucifixion marquent un grand respect, propre au dialogue alors que la question était, si je comprends bien, l'inverse : ne manque-t-on pas de respect envers l'Islam en affirmant la crucifixion.

Quoi qu'il en soit, M. Perreault veut tellement défendre le cours ÉCR et son miraculeux « dialogue » qu'il en vient à affirmer que nier l'acte fondateur d'une religion - la crucifixion de Jésus et donc sa résurrection - est une marque de respect envers cette religion et que cette négation fondamentale est propre à susciter le dialogue! On voit bien à quelles extrémités la vénération du dialogue peut mener : nier l'essence d'une foi serait un respect fondamental envers celle-ci !

M. Perreault en vient même à décrire Jésus comme un envoyé de Dieu — son titre dans le Coran, rassoûl en arabe — et non le Fils de Dieu. Ce qui est pour le moins étrange pour un agent de pastorale catholique!

Pour ce qui est de la compréhension de l'époque d'un être divin qui ne pourrait mourir crucifié au Proche-Orient, M. Perreault semble confondre la nouveauté de ce concept à la mort de Jésus-Christ et le sentiment au Proche-Orient devenu massivement chrétien six siècles plus tard.

On observe là le résultat de cette volonté de « dialogue » et d'ouverture comme nouvelles vertus cardinales: l'affadissement de ses croyances, le reniement, le relativisme et le subjectivisme. Aucune de ces choses ne me semble favorable à un meilleur vivre-ensemble, à un pluralisme réel, car on semble surtout vouloir que tous deviennent fades et indécis.

Marie-France Tremblay

Mme Courchesne croit et est pour le libre choix

Entretien dans le Journal de Montréal avec Mme Courchesne. On y apprend que celle-ci « croit » dans le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse (ah ! si c'est une question de foi, c'est différent, ça se respecte...) et qu'elle est pour le libre choix mais dans le domaine de l'enseignement dit privé.

Extraits :
COURS D'ÉTHIQUE ET CULTURE

Situation : Le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse fait des remous. Des parents opposés au nouveau cours sont descendus bruyamment dans les rues de Montréal pour réclamer la liberté de choix. Une action en justice a aussi été entreprise.

Réponse « Le cours est là, il est obligatoire et il est là pour rester. Je crois beaucoup en ce cours-là. C'est un beau cours et un bon cours. Les parents qui contestent veulent un cours de religion, mais nos écoles sont laïques et il [n'] (sic) y en a plus de cours de religion. »
On notera :
  1. Que la ministre « justifie » le cours par un jugement esthétique ;
  2. qu'elle ne justifie en rien le caractère obligatoire de ce cours plutôt que son caractère facultatif ;
  3. que de nombreux parents ne veulent pas de ce cours parce qu'il contient trop de « culture religieuse », pendant trop d'années et dès six ans (voir le Mouvement laïque québécois)
  4. que le fait que les écoles publiques soient laïques n'implique pas l'absence de cours de religion (voir la Belgique, l'Allemagne, l'Alsace, etc.)
  5. que le fait que les écoles publiques soient laïques n'explique en rien pourquoi ce cours est obligatoire dans les écoles privées confessionnelles.
Enfin, il n'y a pas une action en justice, mais deux pour l'instant. Une à Drummondville (écoles publiques) et l'autre à Montréal (collège privé Loyola). Les journalistes devraient faire leur travail...

LIBRE CHOIX DU RÉSEAU (PRIVÉ OU PUBLIC)

Situation : Pour une onzième rentrée scolaire consécutive, les écoles publiques du Québec se vident à un rythme effréné, alors que la popularité des établissements privés ne se dément pas. En l'espace de cinq ans, le réseau public a perdu près de 75 000 jeunes. Certains intervenants jugent que le gouvernement devrait cesser de financer à 60 % ces établissements.

Réponse « Sur 9 milliards, c'est 400 M$ qu'on donne au privé. Sincèrement, je ne pense pas que ça ferait une grande différence de le redonner au public. Mais ça pourrait réduire le libre choix. Je pense qu'on doit recréer des milieux de vie dans les écoles publiques où les parents vont avoir confiance que leurs enfants sont encadrés. »


Ici le libre choix est subitement valable, mais pas pour le cours d'éthique et de culture religieuse, même pas dans le privé !

mercredi 14 janvier 2009

Dénatalité et politique familiale (suite), les coûts

On se rappellera que dans les années 1990-1996 à la suite de l'introduction d'une prime à la naissance (d'un maximum de 8000 $), le taux de fécondité du Québec avait rebondi pour dépasser 1,6 enfant/femme chacune de ces années (1,63 en 1990, 1,65 en 1991, 1,66 en 1992, 1,63 en 1993, 1,64 en 1994, 1,62 en 1995 et 1,61 en 1996).

Après son abolition en 1997 par le Parti québécois, pour des raisons idéologiques, le taux de fécondité allait s'effondrer jusqu'à 1,46 enfant par femme en 2002 malgré la mise en place d'un réseau de garderies très coûteux qui cherchait, selon d'aucuns, surtout à éviter que les femmes ne restent trop longtemps à la maison plutôt que d'encourager la natalité. Rappelons qu'en 1982, Claire Bonenfant, présidente du Conseil de la femme lors d'un gouvernement péquiste précédent, avait demandé, au sujet d'une politique aux timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

Après de nombreuses années d'expansion économique et des programmes de plus en plus coûteux, le taux de fécondité est remonté à 1,6 enfant par femme au Québec. Le même taux que pendant les années 1990-1996, années peu prospères.

Notons toutefois que le nombre de naissances est aujourd'hui plus bas que pendant ces années 90-96. C'est ainsi que si 98 013 enfants naquirent en 1990 au Québec, il n'en est né que 84 200 en 2007 même si le taux de fécondité est quasi identique. L'explication est simple : le Québec a déjà emprunté la pente de la décroissance démographique et il y a aujourd'hui moins de femmes fécondes (c'est-à-dire entre 15 et 49 ans)...

On ne sait pas trop quelle est l'importance de l'expansion économique dans la hausse de la natalité, on connaît cependant le prix de cette politique voulue par les progressistes et féministes du Québec (le PQ et le PLQ qui ne s'en distingue guère dans le domaine).

Le prix de ce modèle « progressiste »

The Economist de Londres nous rappelle ce prix. Il est nettement plus important que le modèle rétrograde des primes à la naissance (un montant maximum de 8 000 $ par enfant à la fin du programme).

« Les services de garde subventionnés et les congés parentaux, qui permettent aux parents de continuer à gagner jusqu'aux trois quarts de leur salaire, sont à ce point populaires que même les prévisions les plus folles du gouvernement ont été dépassées. Leur prix est bien au-delà des budgets prévus. Il y a maintenant 200 000 places en garderies subventionnées, coûtant chacune 13 000 dollars. Dans les deux prochaines années, 20 000 places supplémentaires doivent être créées. [Ce qui portera le coût total à près de 2,9 milliards de $ par an.] Les congés parentaux devaient coûter un milliard de dollars par année, ils dépassent de 50 % cette prédiction. [1,5 milliard par an donc] »

Soit un coût annuel de 4,4 milliards par an pour cette politique « progressiste » aux résultats très humbles (1,6 enfants par femme) contre en moyenne 0,2 milliard par an pour la politique de prime à la naissance (1,6 enfants par femme) qui « risquait » de garder les femmes à la maison (coût du programme des primes à la naissance de 1989-1996: 1,406 milliards).

L'hebdomadaire conclut que « [c]es deux programmes contribuent à faire du Québec l'endroit le plus endetté en Amérique du Nord et où les impôts sont les plus lourds. » Mais les programmes sont populaires, car on a fait croire qu'ils étaient la seule manière de garantir la survie de la société québécoise, l'épanouissement du fait français en Amérique du Nord.

Avec 1,66 enfant par femme cet épanouissement du fait français n'est toutefois pas du tout assuré malgré le tribut exorbitant payé à cette politique progressiste. Rappelons aussi que les groupes les plus féconds sont les autochtones et les allophones de première génération, pas les francophones.

Baby-boom redouté en Chine malgré l'absence de politique nataliste

La difficulté d'expliquer l'augmentation récente et timide de la fécondité au Québec (s'agit-il d'un effet de l'embellie économique des années 2000, d'un désir croissant d'enfants chez les mères, d'une immigration récente plus nombreuse et plus féconde, des résultats d'une politique dite familiale de plus en plus coûteuse ?) est illustrée en partie par un exemple chinois.

On apprend ainsi que la Chine pourrait connaître un « baby-boom » (enfin à la Québécoise donc une ondelette) malgré sa politique de restriction des naissances. Les responsables chinois du planning familial s'inquiètent ainsi d'un possible "boom" des naissances, un sondage montrant le désir croissant des mères d'avoir plus d'un enfant. Selon ce sondage effectué par la Commission d'État pour le Planning familial, environ 70,7 % des femmes ont l'intention d'avoir au moins deux bébés, a rapporté vendredi le journal China Daily, citant Jiang Fan, vice-ministre chargé de la commission.

« Le chiffre a augmenté de 7,6 points de pourcentage entre 2001 et 2006, ce qui indique la possibilité d'un boom des naissances », a-t-il analysé. Environ 83 % des femmes interrogées souhaitent avoir un fils et une fille, a ajouté Jiang Fan.

La Chine a introduit une politique de restriction des naissances à fin des années 70. Par une application rigoureuse de cette politique, la Chine a réduit le taux de croissance de la population de 1,2 % en 1978 à 0,52 % en 2007. La population continue de croître grâce à l'allongement de la durée de vie. Li Bin, ministre chargée de la commission, a indiqué jeudi que les autorités chinoises devaient adhérer à la politique existante de restriction des naissances et s'efforcer de maintenir une basse fécondité.

Allocution par Marie-Josée Croteau, à la Marche du 18 octobre 2008, à Montréal

Je suis présidente de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ), mais je suis surtout mère de trois enfants qui sont au primaire. C’est pour eux, que j’ai joint les rangs de la CLÉ. La Coalition regroupe des parents bénévoles de toutes les régions du Québec. Notre mission est d’informer les parents qu’ils ont perdu des droits à leur insu et que maintenant leurs enfants sont obligés de suivre le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) et cela dans toutes les écoles du Québec !

Nous dénonçons l’attitude du gouvernement du Québec qui a modifié l’article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne sans consulter la population. C’est l’État désormais qui décidera ce qui est moralement bien pour nos enfants. Il peut donc obliger les enfants à suivre des cours qui vont à l’encontre des valeurs ou principes familiaux.

C’est ce qui se produit avec le cours ECR. Dès l’âge de six ans, on présentera aux enfants toutes les religions que vous soyez d’accord ou non ! En éthique on poussera les jeunes à se conformer au groupe et à la pensée politique dominante. On veut créer une culture publique commune qui risque d’être déconnectée de la moralité de vos familles et de votre religion. (…)

Cela va trop loin et visiblement nous devons parler plus fort car :
  1. Mme Courchesne est sourde à nos demandes pourtant raisonnables et s’entête à imposer ce cours à tous malgré la controverse qui l’entoure.
  2. Aucune exemption n’est accordée à ce cours alors qu’on accordait facilement ces mêmes exemptions hier à ceux qui ne voulaient pas des cours d’éducation religieuse.
  3. Devant la crispation des autorités scolaires, des parents, poussés à bout, au prix de grands sacrifices, se voient obligés de retirer leurs enfants du cours ECR.
  4. Pire, certains parents font l’objet d’intimidation de la part de certains directeurs d’école qui menacent d’expulsion les enfants et promettent de signaler leur cas à la DPJ.

Le gouvernement prétend présenter un cours prônant le vivre ensemble, le respect des différences. Quel respect porte-il à nous les parents ? Il nous impose le cours, sans aucun choix et sans exemption possible. Il parle de dialogue alors qu’il utilise l’intimidation et les menaces pour faire peur aux parents. Voilà des actes qui en disent long sur la valeur de son sermon sur la tolérance.

Afin de soutenir les parents, la CLÉ a mis en place un système de plaintes auprès duquel vous pouvez rapporter, de façon confidentielle, les mauvaises expériences vécues dans les cours ECR, mais également dans d’autres cours ou activités à l’école qui vous paraissent contraires à la liberté de conscience et de religion. Déjà nous en recevons de nombreuses, et ce n’est qu’un début. Ce que nous demandons au gouvernement c’est que le cours ECR soit optionnel. Nous réclamons que l’école publique offre d’autres options à nos enfants afin de pouvoir choisir pour nos enfants un enseignement moral ou religieux conforme à nos croyances et à nos convictions.

Il faut que les parents québécois et les professeurs recouvrent les droits dont ils ont été dépossédés pour imposer ce cours. Parents, levons-nous, revendiquons nos droits pour l’avenir de nos enfants, pour l’avenir du Québec. M. Charest et Mme Courchesne: respectez enfin les droits de tous les parents québécois !

mardi 13 janvier 2009

Histoire du premier réseau d'écoles publiques aux É.-U.

Samuel Blumenfeld dans son livre Is Public Education Necessary? — ouvrage sur lequel nous reviendrons — nous rappelle comment le premier réseau d'écoles publiques vit le jour aux État-Unis.

Enlèvement par la police d'enfant éduqué à la maisonÀ gauche, couverture de Is Public Education Necessary?, l'enlèvement par la police d'un enfant éduqué à la maison sous les yeux effarés de sa mère.


Vers 1817, un mouvement apparut à Boston dont le but était d’étendre le système d’écoles financées par les contribuables aux écoles primaires. Pour déterminer si un tel réseau se justifiait le Comité scolaire de Boston commanda une enquête.

« [L']enquête eut lieu en novembre 1817, elle révéla que Boston, alors peuplée d’environ 40 000 habitants, avait 8 écoles publiques [qui n’accueillaient que les enfants sachant déjà lire, leur fréquentation était libre, en partie payante et était en partie contrôlée par les parents], y compris l’École latine, une école africaine pour les enfants des Afro-Américains et une école dans l’Hospice pour les enfants des pauvres. L’effectif total de ces 8 écoles était de 2 365 élèves. Il s’agissait là d’approximativement 33 pour cent de la population d’âge scolaire. L’enquête révéla également que 154 écoles privées pour garçons et filles avec un effectif total de 3 757 étaient réparties à travers toute la ville. Il existait également 8 « écoles gratuites de la charité » avec un effectif de 365 élèves. Tout compris, plus de 4 000 étudiants âgés de 4 à 14 ans fréquentaient des écoles privées d’un type quelconque au prix total de près de 50 000 $ payés par les parents. L’enquête signalait que seuls 283 enfants âgés de 7 ans et moins ne fréquentaient aucune école. Ainsi, un pourcentage étonnant des enfants de la ville fréquentait bien l’école et les quatre pour cent qui n’en fréquentaient pas, pouvaient aller aux écoles de la charité si leurs parents le voulaient » (p. 43 de Is Public Education Necessary?)

Le grand architecte Bulfinch déclara en conclusion de ce rapport que l’imposition d’un système d’écoles primaires publiques complet pour y inclure les premières années d'apprentissage était inutile. En effet, non seulement 96 % des enfants fréquentaient déjà une école à l’époque, mais, au besoin, il vaudrait mieux aider financièrement les parents des 4 % restants, la plupart pauvres, à fréquenter une école de leur choix grâce à des bourses plutôt que de mettre en place un nouveau système d’écoles publiques financé par les contribuables, système dispendieux qui dédoublerait le réseau des écoles déjà en place. Bulfinch expliquait que « la plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’école privée payante ne considèrent pas cette dépense comme une charge : il paie volontiers les frais, mus par l’amour de leur progéniture et par un sens du devoir. Ceci en fait de meilleurs parents. Ils sont, en effet, plus enclins à se préoccuper des affaires liées à l’éducation quand ils doivent verser une petite contribution que lorsque cette dépense est complètement prise en charge par le trésor public. » Bulfinch laissait, en outre entendre, que l’utilisation d’argent public pour usurper une compétence manifestement du domaine privé ne pouvait mener qu’à la dégénérescence morale. La solidarité familiale serait affaiblie par l’action d’un gouvernement qui prendrait en charge ce qui revenait de droit aux familles. Il ne faut pas oublier – devait-il ajouter – que la charge d’éducateur revient aux parents et que ceux-ci ne délèguent au maître d’école qu’une partie du rôle de parent et des droits afférents.

Malgré ce rapport et cette analyse de Bulfinch, la ville de Boston, principalement à l'instigation des unitariens, se décida à étendre le réseau des écoles publiques subventionnées par les contribuables pour y inclure désormais des écoles élémentaires.

L’instauration du premier système d’école publique aux États-Unis, celui de Boston, ne trouve donc pas sa cause dans un échec des nombreuses écoles publiques et privées qui couvraient Boston pas plus que dans une défaillance du libre marché. Il s’agit plutôt du résultat de l’action conjointe – et en apparence contradictoire – de plusieurs groupes de pression qui cherchaient tous à utiliser l’éducation publique pour accroître leur influence politique ou pour renforcer la puissance de l’État, qu’ils espéraient maîtriser. Les conservateurs religieux, les unitariens (des hérétiques ariens pour les calvinistes et les congrégationalistes) et les socialistes considéraient tous que l’éducation publique était une prise idéale dont il fallait à tout prix se rendre maître. Chacun de ces groupes avait plus à cœur de modifier les sentiments et les idées des enfants de leurs concitoyens selon des normes gouvernementales (qu’ils édicteraient) que de prodiguer un enseignement de base de qualité à ces enfants.

lundi 12 janvier 2009

Un message du directeur de la revue Égards en partie sur le cours d'éthique et de culture religieuse

La décomposition morale et intellectuelle de l’Occident (et en particulier du Québec) a connu, en 2008, une espèce d’accélération. Que l’on pense seulement à l’Ordre du Canada attribué à celui qui a le plus œuvré pour légaliser l’avortement dans notre pays, à la victoire d’Obama chez nos voisins du sud, aux tristes maladresses du gouvernement Harper, à la cuisante défaite de l’ADQ, à l’élection du premier député de Québec solidaire, Amir Khadir, un digne émule de Marion Cotillard face au 11 septembre (voir La Presse du 7 juin 2006), à ces élèves suspendus de leur école, à Granby, pour avoir refusé d’assister au nouveau cours d’éthique et de culture religieuse, à cet homme d’Alma acquitté après avoir « aidé » son oncle malade à se donner la mort par pendaison, plus généralement à la renaissance d’un anticapitalisme puéril et aux agressions sournoises de la part de l’État québécois contre la liberté de conscience et de religion.

En ce qui a trait à la liberté de conscience et de religion, une des grandes tristesses de cette année climatérique fut certainement l’indolence dont firent preuve nos évêques face à l’obligation imposée à nos enfants de suivre un tout nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. Par leur refus de s’y opposer, croyant peut-être rendre à César ce qui appartient à César, ils remirent pratiquement à l’État ce qui appartenait aux parents. Nos évêques, aveuglés par un spiritualisme plus mortel pour les libertés que le pire matérialisme, ont-ils vraiment compris l’enjeu politique ? J’en doute. L’imposition à tous du cours ÉCR s’attaque non seulement à la religion chrétienne, mais à notre liberté civile. Le parent a toujours eu le droit moral (reconnu ou non, c’est un autre débat, mais ce droit est déjà parfaitement énoncé dans saint Thomas, au XIIIe siècle!) de décider quel enseignement religieux recevra son enfant. L’Église du Québec, non contente dans le passé de méconnaître au nom de l’Église la souveraineté des parents dans leur ordre, l’ignore aujourd’hui au nom de l’État. On voit à quel point l’étatisme québécois est l’enfant du cléricalisme. Les clercs qui se sont substitués, avant les années 60, aux laïcs ont exercé une action aussi nuisible que les fonctionnaires qui, après la Révolution tranquille, s’emparèrent indûment du gouvernement local (et en particulier des écoles). Les éducateurs n’agissent pas plus au nom de l’Église que de l’État, mais in loco parentis, comme dit la tradition. La liberté scolaire est une liberté cardinale. Ni les évêques ni les ministres, ni les intellectuels ni a fortiori les technocrates n’ont à décider à la place des parents quant à l’éducation religieuse de leurs enfants. Quelle que soit la façon dont ce droit s’incarne et se déploie (plusieurs scénarios sont possibles), il a à tout le moins une portée négative: le père bouddhiste ou juif qui habiterait un village dans lequel on ne trouve qu’une école confessionnelle catholique aurait le droit de retirer son enfant du cours de catéchèse. L’imposition d’un cours comportant un enseignement moral et religieux est condamnable, indépendamment de la qualité intrinsèque de ce cours. Ce droit étant un droit naturel, l’Église ou l’État ne nous en prive que par un acte de tyrannie (appuyé ou non par la population, sa nature tyrannique demeurerait). Nos évêques se sont cru autorisés à donner à l’État ce qui appartient aux citoyens.

Ces mêmes évêques ont béni, il y a une dizaine d’années, l’abrogation du droit à l’éducation confessionnelle garanti par l’article 93 de la Constitution de 1867, enchâssé dans l’article 29 de la charte fédérale de 1982. Ils ont « bradé » ainsi non un privilège de l’Église, mais une franchise – comme on disait au Moyen Âge – des parents catholiques et aussi des parents protestants. Ils trahirent en outre, en ouvrant la voie à ce qui allait devenir l’imposition d’une religion d’État nommé le pluralisme normatif, tous les parents du Québec, y compris les parents incroyants, juifs, bouddhistes, animistes ou musulmans. En acceptant récemment l’imposition du cours ÉCR, l’Assemblée des évêques a de nouveau abandonné honteusement les parents et s’est mise de facto au service de l’État et de ses basses oeuvres, méritant par là le mépris silencieux (et douloureux) de bien des fidèles. Ces derniers se souviendront que l’Église du Québec a pris jusqu’au bout le parti de l’État contre les droits des pères et des mères de famille. Seuls les marxistes et les nazis ont été aussi loin que la Belle Province. Seuls les évêques du Québec se sont montrés si faibles, si apathiques, si médiocres d’esprit et de coeur, si indignes de leur haute fonction. On ne peut exclure, dans ce Québec moderne qui ressemble chaque jour davantage à un laboratoire d’éradication des libertés, une déliquescence et une destruction des libertés constitutives de la nationalité canadienne-française qui se passeraient dans l’indifférence, dans la nonchalance, dans l’inertie, avec un effet d’autant plus dévastateur pour les communautés qu’il se produit en l’absence de persécution violente. Rappelons une des vérités fondatrices de notre civilisation: l’école ne relève en définitive ni de l’État ni de l’Église, mais des parents, des ménages, c’est-à-dire de la société civile. Toutes nos libertés se trouvent en miniature dans celles des familles. Lorsque les familles n’exercent plus sur la vie publique (le gouvernement local, les écoles, etc.) une influence prépondérante, les libertés meurent d’inanition : elles ne survivent qu’enracinées dans le foyer domestique.

La façon dont l’irréligion et le libéralisme s’en prennent sans vergogne aux droits et aux franchises traditionnels des familles illustre une nouvelle fois qu’une société libre et antichrétienne constitue une absurdité, une contradiction dans les termes : hors du christianisme et de la filiation judaïque, l’esclavage est de fait (les admirables convenances entre la théologie chrétienne et les libertés politiques n’ont pas d’analogue dans l’islam). Une liberté abstraite, hypostasiée, vidée de toute substance, seule avec elle-même dans un tête-à-tête narcissique, s’épuise, s’éteint et s’abolit. Un mélange de foi et de cruauté inhérent à un retour du sacré sans le Christ succédera inévitablement aux désertifications sociales, humaines, politiques provoquées par le nihilisme et la culture de l’infidélité et de la déloyauté. Les défaillances de quelques clercs ne modifient nullement le fond des choses. Au bout du compte,puisque les confessions protestantes ne résistent plus à la dissolution libérale qu’en se réfugiant dans un fidéisme sclérosé, c’est le catholicisme ou la mort pour l’Amérique française et britannique. Dès aujourd’hui, humblement, fermement, loin de ce découragement léthargique ou aigri caractéristique des milieux marginalisés, tirons les leçons de nos défaites. Le conservatisme québécois et canadien s’affaisse sous le poids de sa vacuité morale et intellectuelle. L’ADQ, en particulier, pareille en cela aux autres mouvements populistes (du boulangisme jusqu’au poujadisme pour n’évoquer que le cas français), s’est tarie à cause de sa débilité doctrinale. Notre tâche, à Égards, est de continuer à offrir à la résistance conservatrice (qui s’incarne d’abord dans les familles) des idées, des principes et, comme dirait Platon, « de beaux discours ». Le reste appartient au mystère du grain de sénevé.

Un joyeux Noël à tous nos lecteurs et à tous nos amis !



Abonnement à la revue Égards

dimanche 11 janvier 2009

Le Nouvel Informateur catholique : les évêques et le cours ECR


Dans le premier numéro du Nouvel informateur catholique de 2009, le directeur de la revue, Paul Bouchard, déplore la timidité des évêques du Québec devant le nouveau cours gouvernemental obligatoire d'Éthique et culture religieuse.

« En entérinant complaisamment et sans trop sourciller ce programme gouvernemental, notre vénérable assemblée épiscopale se fait hara-kiri. L’Assemblée des évêques catholiques du Québec n’a pas vu que la bureaucratie de l’État vise subrepticement le bâillonnement de l’Église dans le monde éducatif pour amener éventuellement sa disparition dans les nouvelles générations. On tue l’arbre en coupant ses racines », indique le fondateur de cette publication.

Cette opinion est d'ailleurs confirmée involontairement par la conseillère pédagogique de la Commission scolaire du Lac-Témiscamingue, Marie-Hélène Brault, qui déclarait dans le Reflet du Témiscamingue du 18 décembre  : « En créant le nouveau programme, le gouvernement voulait créer plus d’échanges entre les élèves et démontrer aux enfants qu’il existe autre chose que la religion morale et catholique », a résumé madame Brault.  »

samedi 10 janvier 2009

ECR : analyse d'un programme multiculturaliste et pluraliste normatif

Quelques extraits d'une analyse du programme d'éthique et culture religieuse par Charles-Philippe Courtois, docteur en histoire (UQAM) et en sciences politiques (Paris), parue dans l'ouvrage collectif Contre la réforme pédagogique, VLB éditeur. M. Courtois adopte une critique nationaliste et laïque (républicaine ou fermée qui cherche à rejeter la transmission de la religion hors de l'école). Nous ne souscrivons pas à toutes ses analyses, mais nous pensons qu'elles valent la peine d'être diffusées. Les intertitres sont de nous.

« 

[...]

Programme évalué par la capacité à « s'ouvrir à l'autre »

Car c'est bien là que le bât blesse. la « culture religieuse » proposée ne s'enseignera pas dans un cursus où l'élève sera évalué sur la base de ses connaissances. Non, on ne mesurera pas, dans l'évaluation de ce cours, s'il peut expliquer sommairement les principales caractéristiques de chacune des grandes religions et leur histoire. Il sera évalué en fonction de ses « compétences ». En l'occurrence, le cours combinant « éthique » et « culture religieuse », le volet de culture religieuse sera évalué en fonction d'une seule compétence :« pratiquer le dialogue ». Et ce, tout au long du cursus, durant onze années ! Au fond, on se fiche bien de savoir si l'élève a appris l'histoire de Mahomet ou de Bouddha. Ce qu'on cherche, c'est d'évaluer sa capacité d'« ouverture à l'autre », d'acceptation de la diversité religieuse, car c'est bien cela que mesure la compétence « pratiquer le dialogue ».

[...]

Au surplus, le fait de combiner la culture religieuse à l'enseignement moral entraîne un effet d'amalgame : la morale et la religion sont liées [c'est un laïque qui écrit], et la morale et ce que d'aucuns nomment l'« hyper-tolérance » se voient confondues.

L'évaluation par compétence peut donc être particulièrement insidieuse, non seulement parce qu'elle rend secondaire l'accès aux connaissances de base, mais aussi parce qu'elle permet facilement d'accorder la première place au conditionnement idéologique dans le processus d'évaluation. Constatation qui ne manque pas de piquant, lorsqu'on songe que les défenseurs de la nouvelle pédagogie n'en finissent plus de se distancier des modèles classiques de l'école, soit catholique, soit républicain, en critiquant non seulement les idéologies véhiculées par ceux-ci, mais, prétendument, le fait même de favoriser soit le catholicisme, soit le patriotisme.

Le bourrage de crâne sera particulièrement intensif

Comme ce cours sera obligatoire de la première année du primaire à la dernière année du secondaire, le bourrage de crâne sera particulièrement intensif.

[...]

George Leroux détournerait la laïcité au profit du pluralisme

Ainsi, Leroux avance que la laïcité au Québec peut (lire: doit) s'ouvrir à ;la diversité selon des « modalités inédites de respect du pluralisme », telles qu'elles n'existent nulle part ailleurs (p. 11. [du livre de George Leroux, véritable apologie du cours d'ECR : Éthique, culture religieuse, dialogue, Fides, 2007])

Déjà, on saisit bien que la laïcité [républicaine à la française] telle qu'on la connaît n'est donc pas au programme. Une nouvelle définition de l'égalité, poursuit-il, s'est affirmée depuis les années 1960. De fait, cet énoncé semble suffire, dans le petit essai de Leroux, à justifier l'implantation du cours d'ECR.

Le respect multiculturel élevé en Bien fondamental démocratique

Leroux va même plus loin dans le passage suivant : « [c]omment cultiver ce respect, qui est la vertu fondamentale de la démocratie, sans soutenir la connaissance de l'autre et sans valoriser la différence ?» (c'est moi qui souligne, p. 12)

Pourquoi la vertu fondamentale de la démocratie, qui est, après tout, en premier lieu un régime où le peuple est souverain, est-elle définie par une interprétation multiculturaliste de l'égalité et des droits de l'homme ? En cela, l'argumentaire n'est pas loin de reposer sur un argument d'autorité : le Bien étant défini, il ne reste plus qu'à le faire appliquer. Les adversaires défendant du coup le Mal, il n'y a pas lieu de prendre en compte leur point de vue ou leurs arguments. En somme, le pluralisme apparaît comme un nouveau commandement, inscrit au premier rang de la nouvelle table des lois que voudraient nous imposer les clercs de la religion politiquement correcte.

Un nouveau premier commandement : la pluralité est une richesse

Les citations suivantes illustrent bien qu'il s'agit en effet d'un commandement : l'élève, explique Leroux, « doit être amené à déduire que la pluralité n'est pas un obstacle à surmonter [d'où la nécessité alors paradoxale d'imposer ce cours], mais une richesse à connaître et à intégrer dans sa vision du monde ». Non seulement il s'agit d'un commandement, mais il prime sur tous les autres, y compris sur les objectifs de la formation scolaire. Car « [c]e cadre [l'école] doit intégrer la connaissance de l'autre dans toutes les composantes de sa culture, et au premier rang de ses valeurs et de ses croyances, qu'elles soient ou non religieuses » (p. 17)

Volonté de contrôle idéologique tendancieux

Georges Leroux ajoute même que « faire passer chaque jeune de la constatation du pluralisme à la valorisation du pluralisme normatif » (pp. 13-14) devient carrément la « mission » de l'école. Affirmation qui exprime assez crûment une volonté de contrôle idéologique tendancieux. La pluralisme devient le principe d'éducation de la jeunesse québécoise (p. 40).

[...]

Étrange définition de l'intégration : intégrer le Québec au multiculturalisme

Voyons en effet comme [George Leroux] définit l'intégration : « Chacun entrera dans l'école comme dans une société où les identités sont à la fois communes et multiples : communes d'abord, dans la mesure où l'école [d'État] assume le mandat collectif de l'éducation publique et a pour mission de transmettre les valeurs fondamentales de la démocratie, mais aussi différentes, puisque chacun appartient à un monde qui varie selon ses origines, ses croyances, sa culture » (p. 15).

En d'autres mots [pour Leroux], l'école québécoise ne doit plus intégrer les enfants à la culture québécoise [...] Elle doit au contraire intégrer le Québec à la diversité culturelle du multiculturalisme ou du pluralisme, selon l'expression préférée...

Conséquences du métissage actuel du Québec imprévisibles, il faut juste s'ouvrir

Car personne ne peut prévoir où mènera le métissage au Québec « sur le plan des croyances, des pratiques, du métissage des identités et des cultures. » (p. 17), mais l'école doit travailler à ce que ce mélange se fasse le plus harmonieusement possible en s'ouvrant aux valeurs et aux croyances de l'autre, ce qui permettra une pleine sécularisation et laïcisation. Aucun autre objectif d'intégration n'est au programme que la fameuse « ouverture à l'autre », véritable lieu commun qu'ânonnent en chœur les nouveaux clercs de l'orthodoxie bien pensante.

[...]

Le pluralisme, le nouvel opium des intellectuels

En ce sens, on peut en effet dire que le pluralisme s'impose désormais sans partage comme le nouvel opium des intellectuels.

Mais pourquoi ? Ici, Leroux présente son « plaidoyer ». Il soutient que deux arguments démontrent la nécessité de ce cours : un argument historique et un argument de philosophie politique. L'argument est alambiqué. Il y a d'abord le processus de laïcisation enclenché depuis la Révolution tranquille. Or celui-ci ne mène pas forcément [si l'Histoire a un sens!] à ce type de pluralisme, mais plutôt à la laïcité. Mais on verra combien Leroux veut se séparer du modèle républicain, caricaturé, démonisé là encore à la manière du rapport Bouchard-Taylor[.]

[...]

Georges Leroux contre la laïcité à la française

En résumé, il y a trois arguments contre le républicain selon Leroux : il intègre à une culture nationale française alors qu'il devrait s'ouvrir à l'Europe et au pluralisme (argument de dissolution de l'identité nationale et des nations); il ne s'est pas bien ouvert à l'islam (argument curieux puisque la laïcité implique un principe de neutralité et d'égalité dont on pourrait, plutôt, exiger une meilleure application); et enfin, la culture classique est élitiste et n'attire pas tellement les jeunes (argument de démagogie culturelle et éducative).

la colère des musulmans français s'expliquerait par le manque de place faite à leurs racines — argument qui est peut-être un peu simpliste.

L'argument de philosophie politique en faveur du cours d'ECR : faible et puéril

Quant à l'argument de philosophie politique, il nous paraît être le plus faible ; car l'ouvrage de Leroux s'abstient, en définitive, d'argumenter véritablement. Il ne prend pas au sérieux les critiques et, par conséquent, ne se donne pas la peine d'exposer dans le détail la raison des choix qu'il défend.

Il s'agirait de « mettre en harmonie l'école avec la modernité politique » (p. 36). En soi, cela ne veut pas dire grand-chose. Qui définit la modernité ? A-t-il été une fois pour toutes déterminé que le multiculturalisme incarnait la modernité, la seule voie qu'un peuple et un État puissent choisir pour être « modernes »? Cet argument est puéril.

[...]

[Insensibilité de George Leroux comme Bouchard-Taylor aux volontés populaires]

Leroux relativise le principe de majorité qu'il dit « nostalgique »

Leroux va très loin. Il relativise le principe de majorité : ce principe est peut-être imaginaire, en tout cas « nostalgique ».

[... Le principe d'égalité], « le seul principe capable de régler notre rapport à la diversité » (p. 37). Encore une fois, relevons-le, la diversité se fonde elle-même dans l'argumentaire. C'est au nom de l'impératif du multiculturalisme que le tout se justifie, mais cet impératif n'est nullement argumenté par l'auteur. C'est pourquoi, au total, cet argumentaire est bien pauvre.

Tendances inquiétantes chez les experts habituels du Monopole de l'Éducation

En revanche, il nous instruit sur des tendances inquiétantes dans une partie de l'intelligentsia, et plus encore sur le fait de leur poids sur le ministère de l'Éducation. Nous parlons de cette ambition de rééducation idéologique, à la rectitude politique, qui vise à normaliser les esprits des citoyens québécois de demain selon les critères du multiculturalisme canadien.

[...]

Faire le lit de la chimère multiculturaliste et de la culture cosmopolite très anglicisée

Le cours d'ECR est vicié parce qu'il n'est pas centré sur l'instruction en matière de grandes religions, ni sur le civisme, buts qui seraient louables, mais sur une volonté crue de rééducation idéologique en faveur du multiculturalisme canadien, rebaptisé « pluralisme ».

Or, aborder le monde avec une perspective québécoise n'empêche en rien de s'ouvrir sur le monde, tandis qu'abolir la perspective québécoise sur le monde n'est qu'un moyen d'affaiblir radicalement l'identité québécoise et de menacer, à terme, la perpétuation de notre identité nationale et le terroir bien réel d'une de ces différences culturelles qu'on prétend chérir.

En somme, on se propose de promouvoir une chimérique diversité multiculturaliste, qui n'est qu'une autre forme d'intégration à une culture cosmopolite et très anglicisée, plutôt que de perpétuer le cadre d'une différence culturelle concrète, celle que définissent un peuple dûment constitué et une « société distincte ».

[...] »


vendredi 9 janvier 2009

En Avignon, l'école catholique redevient doucement catholique

Mgr Cattenoz, archevêque d'Avignon, déclare dans Monde & Vie (via le Salon beige) :

« Au collège Saint-Gabriel de Valréas, par exemple, j’ai demandé qu’il y ait, une fois par semaine, une heure de transmission de la foi par classe. La première année, nous avons commencé avec les sixièmes cette première évangélisation, dont j’ai moi-même établi le programme avec un professeur. Au terme de cette première année, plusieurs professeurs sont venus me dire «Nous sommes prêts à y participer». Nous avons donc lancé un programme identique en cinquième.

Quelles ont été les réactions ?

En interne, excellentes. Les professeurs m’ont dit : « L’ambiance dans le collège a changé. Les élèves se sentent écoutés et accueillis». [...] À l’extérieur, cela n’a pas toujours été compris. Je me suis fait taxer de communautariste, notamment par le Figaro… Accuser Jésus de communautarisme, c’est une aberration ! Car la bonne nouvelle est proposée à tout le monde. L’évangélisation, ça ne veut pas dire convertir tout le monde à coups de sabre et de goupillon, mais proposer à tout le monde le trésor que j’ai reçu. [...] Les familles musulmanes qui mettent leurs enfants dans nos écoles savent qu’elles ont un caractère propre, qui est catholique. A Saint-Gabriel, il n’y a eu aucune plainte de parents. Et les jeunes, quand l’heure de première annonce prend fin, disent : « C’est déjà fini, dommage, ça nous intéresse ». [...] Ce que je sais, c’est qu’autrefois, l’aumônerie de Saint-Gabriel était déserte, et qu’aujourd’hui elle se remplit à vue d’oelig;il. [...] J’ai dit dans ma charte: ce n’est pas l’enfant qui doit être au centre de nos écoles, mais le Christ. [...]


Moins de subventions, plus de libertés ?

« Comme c’est l’État qui paie, nous n’avons plus le choix des professeurs. Le jour où nous l’avons accepté, nous avons vendu notre âme ! En revanche, je crois que nous devons avoir l’audace de renégocier d’autres types de contrat, qui permettraient de recevoir moins d’argent qu’aujourd’hui, mais en retrouvant la liberté de choix de nos professeurs. Si ça coûte moins cher, l’État ne devrait pas y être insensible ! Mais le secrétariat général de l’enseignement catholique ne veut pas en entendre parler. »

Le secrétariat général de l'enseignement catholique est nommé par la Conférence des évêques de France. Il est un des « services » nationaux de la Conférence des évêques de France.

Mgr Cattenoz veut dire, en clair, que c’est la majorité des évêques qui ne veut pas en entendre parler.

mercredi 7 janvier 2009

Le monopole de la vérité

Lettre d'un lecteur de la Voix de l'Est publiée le lundi 5 janvier.
Je remercie Patrice Perreault pour sa lettre qui faisait suite à celle de David Warner où ce dernier signalait parmi les problèmes associés au cours d'ÉCR celui-ci: « Jésus est-il mort sur la croix pour sauver les pécheurs (christianisme), ou il n'est pas mort du tout (islam) ». Les deux assertions ne pouvant être vraies à la fois.

M. Perreault, dans sa réponse, affirme que la crucifixion est un fait historique. Ne manque-t-il pas ainsi de respect envers l'islam qui affirme en parlant de Jésus : « Mais ils ne l'ont pas tué; ils ne l'ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi » (Coran 4:157) ? Remettre en doute cet aspect central du Coran, n'est-ce pas ériger un obstacle au dialogue respectueux ?

M. Perreault cite ensuite un passage d'un document pro-ÉCR : « Dans cette rencontre avec l'autre, le sujet doit assumer le fait qu'il n'est pas le centre du monde, que son groupe d'appartenance n'a pas le monopole de la vérité ».

C'est peut-être le point de vue du pluralisme religieux, mais ce n'est pas celui des monothéismes. Les adeptes de ces religions professent au contraire qu'ils ont le monopole de la vérité, sans nier que d'autres religions puissent partager certains aspects de cette vérité (voir les dix commandements partagés par le judaïsme et le christianisme). Pour un catholique, sa religion a bien le monopole de la vérité. Voir le document Dominus Jesus du cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, qui rappelle cette doctrine.

M. Perreault conclut par un plaidoyer pour la liberté religieuse du jeune enfant. Il se demande en parlant des opposants au cours gouvernemental : « Ne cherche-t-on pas inconsciemment à établir, aux yeux des enfants, qui aura le dernier mot afin de démontrer que l'autorité parentale prime sur tout autre considération, même celle de la liberté religieuse ? » Un partisan de l'intervention de l'État, l'État décidant quelles religions, quels rites présenter et à quel âge, peut penser ainsi. Mais il ne peut s'agir d'une perspective religieuse conforme aux grands monothéismes. En effet, en ne prenant que la Bible, celle-ci affirme clairement que les parents doivent former leurs enfants dans leur religion, sans imposer de contrainte à l'âge adulte bien sûr. Les parents doivent montrer une seule voie, pas six ou sept comme dans le cours d'ÉCR. « Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre; et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas. » (Proverbes 2:6) et « Les commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les répèteras à tes enfants ». (Deutéronome 6:6-7) Il n'y a donc pas d'appel à la liberté de l'enfant de ne pas croire, bien au contraire, mais un devoir d'exercer l'autorité parentale pour partager un bien spirituel précieux.

M. Perreault peut défendre l'État comme formateur spirituel des enfants des autres, mais les lecteurs doivent comprendre que son point de vue ne s'inscrit pas dans la tradition des grandes religions monothéistes.


M. Perreault dont il est question est, selon nos informations, agent de pastorale catholique à Granby.

Voyez ici.

Parmi ses écrits :

Pour une théologie « écohumaniste », féministe, de la libération, en phase avec la « magnifique réalité plurielle de notre monde », etc.

Contre la théologie de la révélation et Benoît XVI qui s'oppose à une théologie « écohumaniste ».

En faveur de la légitimité de l'orientation homosexuelle (et contre « une théologie plus conservatrice »).