Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
La diversité culturelle est un enrichissement à Montréal.
C’est pourquoi le gouvernement du Québec a décidé d’octroyer 400 000 $ au Collège de Maisonneuve pour y « implanter des mesures d’appui au vivre ensemble ».
Comprendre : lutter contre la radicalisation islamiste et le climat d’intimidation qui règne au collège.
En effet, le Collège Maisonneuve a fait parler de lui à quelques occasions au cours de la dernière année. Cinq de ses élèves ont quitté le Canada en janvier 2015 et ont réussi à se rendre en Syrie et en Irak pour y grossir les rangs du groupe État islamique (EI). Quatre ont été interceptés en mai et deux autres sont derrière les barreaux en attendant leur procès pour avoir eu des substances explosives en leur possession.
Plus récemment, des membres du personnel se sont plaints du climat d’intimidation mis en place par des groupes d’élèves qui avaient pris le contrôle de certains secteurs de l’établissement, notamment un coin de la bibliothèque.
La somme consentie servira principalement à l’embauche de spécialistes qui seront appelées à intervenir dans ces situations, dans le cadre d’un projet-pilote qui devrait durer un an.
« Les événements de l’année dernière ont exacerbé des tensions, de telle sorte que des incidents qui seraient probablement passés inaperçus et qui existent dans tous les cégeps ont pris chez nous une ampleur, ou en tout cas ont été lus avec des lunettes différentes. »
« Ces 400 000 $ vont permettre d’avoir une présence pour être témoin ou prévenir des situations », a pour sa part estimé le maire de Montréal, Denis Coderre. « C’est le chaînon manquant dans le processus pour ramener un climat propice aux études. »
Depuis trois ans, les écoles sont libres de mettre l’accent sur l’anglais intensif en 6e année ou de se concentrer plutôt sur l’enseignement des matières de base en français. Les différences régionales sont importantes. La région de Québec se distingue comme la région où les parents croient qu’il est important de former leurs enfants en anglais dès ce jeune âge. (Des linguistes trouvent ce genre de programme prématuré peu efficace à long terme ou même néfaste.)
Selon des données du monopole de l’Éducation obtenues par Le Soleil, environ 10 % des élèves de 6e année du primaire étaient inscrits à l’anglais intensif en 2012-2013. Deux ans plus tard, en 2014-2015, ils étaient 13,3 %. Dans la région de Québec, c’est plutôt de l’ordre de 6 élèves sur 10.
Depuis, il revient à chaque conseil d’établissement, formé de personnel scolaire et de parents, de décider si son école fera entrer le programme d’anglais intensif en ses murs. Ça peut être selon une formule de cinq mois en anglais, cinq mois pour les autres matières, ou toute autre formule qui consacre 40 % du temps d’enseignement à l’anglais, soit en 5e ou 6e année du primaire.
La fin de l’obligation de la solution unique préconisée par le ministre à l’époque de Jean Charest a permis aux écoles de se prononcer (voir le tableau ci-dessous). Dans certaines régions plus éloignées, soit la Côte-Nord, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et le Nord-du-Québec, aucune école n’a jugé bon d’implanter l’anglais intensif en 6e année. En Outaouais, région voisine de l’Ontario, non plus.
D’autres secteurs de la province, comme le Bas-Saint-Laurent, l’Abitibi-Témiscamingue et la Mauricie, se plient légèrement à ce programme anglais intensif. L’anglais intensif n’est pas très populaire non plus dans les écoles de la grande région de Montréal, surtout si l’on tient compte du grand nombre d’écoles qui s’y trouvent.
Quelques régions moins populeuses, comme le Centre-du-Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, montrent quant à elles un intérêt marqué pour l’apprentissage de l’anglais. Mais l’engouement le plus important pour ce programme d’anglais intensif s’est imposé dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. À Québec et à Lévis, plus de la moitié de toutes les écoles primaires enseignent l’anglais intensif en 6e année.
Matières qui doivent être réorganisées
Bien sûr, certaines matières ont dû être réorganisées. Du contenu qui était appris autrefois en 6e année a été ramené en 5e année.
Oui, l’implantation de l’anglais en 6e année a donné lieu à de « bonnes discussions » avec les enseignants, qui ont dû réaménager leur tâche. De la récupération dans les autres matières a aussi été instaurée pour les élèves en difficulté.
S’appuyant sur certaines recherches, Mme Beaulieu, directrice générale adjointe aux Premières-Seigneuries, soutient que l’anglais intensif ne placerait pas les élèves en difficulté en situation d’échec. Il augmenterait plutôt l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, car ils partent sur le même pied d’égalité que les autres en début d’année. [Note du carnet : nous avons de grands doutes quant à ces prétentions : un élève qui a un riche vocabulaire en français, qui lit avec facilité en français, qui connaît bien sa grammaire française aura probablement un avantage en anglais par rapport aux élèves francophones qui lisent mal, ne savent pas analyser une phrase, ne connaissent pas les catégories grammaticales communes aux deux langues, etc.]
Le ministère de l’Éducation collige actuellement des données sur les taux de réussite en français et en mathématiques des cohortes d’élèves qui ont suivi le cours d’anglais intensif ces dernières années.
Le maire de Montmagny milite
Alors que plusieurs régions du Québec privilégient les matières de base en français plutôt que l’enseignement de l’anglais intensif en 6e année, le maire de Montmagny, Jean-Guy Desrosiers, a décidé de militer pour une bilinguisation précoce des écoliers francophones inscrits à l’école primaire de son secteur.
« Il me semble qu’en 2016, dans une société moderne, on est rendus là ! » lance-t-il en entrevue téléphonique. Plus de 400 personnes ont signé la pétition mise en ligne par la MRC de Montmagny et le Centre local de développement (CLD), qui se sont réunis pour demander à la commission scolaire de la Côte-du-Sud d’implanter le programme.
Le maire Desrosiers pense que la connaissance de l’anglais est un facteur de développement important pour sa région. « Ça permet de retenir des familles. On en a qui déménagent à Lévis ou qui envoient leurs jeunes à l’école privée à cause de l’anglais », raconte-t-il.
« Nos entreprises manquent de main-d’œuvre et souvent, c’est de la main-d’œuvre bilingue dont ils ont besoin [note du carnet : qu’ils demandent, c’est parfois fort différent du besoin, comme nous l’apprend notre expérience professionnelle]. On a fait des missions de recrutement au Nouveau-Brunswick pour en trouver dernièrement », illustre pour sa part Martine Leuillier, coordonnatrice du CLD.
[Note du carnet : Pourquoi ne pas aller recruter à Montréal qui a un haut taux de chômage (8,8 %) alors que c'est sans doute une des régions les plus bilingues... alors que Bellechasse par exemple très unilingue francophone a un chômage assez bas (5,2 %).]
« Ingérence », plus d’argent pour les écoles à anglais intensif
Alain Grenier, président de la commission scolaire de la Côte-du-Sud, a pris cette sortie publique comme « de l’ingérence ». Il a répliqué dès le lendemain lors d’une conférence de presse, stipulant que la commission scolaire injectait déjà de l’argent et des ressources éducatives dans les écoles qui souhaitent offrir le programme. « C’est pas vrai qu’on n’a rien fait », lance-t-il en entrevue. Mais le choix d’offrir l’anglais intensif revient au conseil d’établissement de chaque école. « On ne peut pas leur rentrer ça dans la gorge ! » plaide-t-il.
Comparons le traitement de deux récits cruciaux dans le manuel d’ECR Mélodie publié par Modulo et destiné à tous les enfants québécois de 7 ans.
D’abord l’histoire de la révélation du Coran à Mahomet[1] :
(Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 27)
Tous les temps sont à l’indicatif ou à l’impératif. C’est une constante adoptée dans les récits, voir par exemple ce récit amérindien sur la création du monde (en fin de billet).
Affirmer la résurrection était-il vraiment trop dur pour les éditeurs ?
Comparons maintenant avec le traitement de l’élément central de la foi des chrétiens : la résurrection.
(Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 46)
Ici, on trouve un verbe au conditionnel ; celui qui prouve la résurrection du Christ : la rencontre des disciples avec le Christ ressuscité. Après on revient à l’indicatif pour affirmer plus sûrement que ces personnes dont on ne sait s’il faut croire les dires ont prétendu avoir vu le Christ ressuscité des morts.
On remarque la même chose avec Bouddha : « Il fut illuminé » (et non « il aurait été illuminé » ou « ses disciples disent qu’il a été illuminé ») et « il comprit le sens de toute chose » (et non « les bouddhistes croient qu’il comprit le sens de toute chose »). Aucun conditionnel, aucun verbe modal ou d’introduction, tout est à l’indicatif.
Alors que, lorsqu’on parle ailleurs du christianisme, on prendra soit de mettre force verbes introducteurs (« Les chrétiens reconnaissent en Jésus le Fils de Dieu »…, « les disciples de Jésus annoncèrent que Dieu l’avait ressuscité »… « Les chrétiens croient que Jésus a ainsi vaincu la mort »). Notons aussi le choix d’Antioche comme ville emblématique pour le christianisme dans ce livre (chaque religion à une capitale), Jérusalem étant déjà prise par le judaïsme.
[1] Mahomet dans les dictionnaires français depuis des siècles, Muhammad dans sa graphie pédante adoptée par le Monopole de l’éducation du Québec pour les enfants de 7 ans et, par la suite, par tous les éditeurs, conformistes et « suiveux », dans les livres d’éthique et de culture religieuse que nous avons pu consulter. Si on veut faire malin, pourquoi ne pas indiquer que le « h » est un ha' (ح) et non un hé' (ه) et écrire Muḥammad (h avec un point souscrit), c'est plus exact si on aime faire pédant.
Le Québec a mis en place en 2005 le « Renouveau pédagogique », une réforme du secondaire semblable à la nôtre. Dix ans après, c’est un échec retentissant.
Elle s’appelait le « Renouveau pédagogique ». La politique éducative lancée au Québec en 1997 et mise en place en 2005 n’a pas apporté les résultats escomptés, loin de là. L’objectif affiché était pourtant fort louable : permettre aux garçons et aux élèves en difficulté de mieux réussir, et diminuer le décrochage scolaire. Son principe reposait sur l’approche par compétences, l’interdisciplinarité, l’introduction de « domaines généraux de formation qui font référence aux enjeux sociaux actuels » (« Santé et bien-être, Orientation et entrepreneuriat, Environnement et consommation, Médias ainsi que Vivre-ensemble et citoyenneté », des intitulés proches de ceux des Enseignements pratiques interdisciplinaires mis en place en France à la rentrée prochaine)…
Un argumentaire qui ressemble à s’y méprendre à la réforme du collège française [proposé par la très controversée ministre socialiste Najat Belkacem], dont les mots-clefs sont identiques. Dans l’Hexagone, la réforme annoncée est largement décriée : nivellement par le bas, fin annoncée de la plupart des classes bilangues et européennes, affaiblissement de l’enseignement des langues anciennes, interdisciplinarité imposée au détriment des enseignements disciplinaires purs… Autant d’arguments brandis par ses nombreux détracteurs, qui s’appuient désormais de plus en plus sur l’expérience québécoise pour tenter de faire reculer le ministère.
Résultats en baisse et hausse des inégalités
En effet, le « Renouveau pédagogique » québécois a été un échec retentissant.Une évaluation de cette politique éducative s’est déroulée de 2007 à 2013, sur 3 724 jeunes et 3 913 parents, répartis en trois cohortes distinctes, dont deux seulement étaient soumises à la réforme. Les conclusions de l’équipe de chercheurs de l’Université de Montréal, dirigée par les professeurs Simon Larose et Stéphane Duchesne, sont sans appel. Les résultats scolaires ne se sont pas améliorés avec la réforme : ils ont légèrement baissé en maths, et ont diminué plus nettement en français, malgré l’ajout de 150 heures d’enseignement entre la 6e et la 4e [début du secondaire de 11 ans à 14 ans].
Les élèves performants n’auraient pas trop souffert de cette réforme, contrairement à ceux les plus vulnérables, comme les garçons et les jeunes issus de milieux défavorisés, dont les résultats ont nettement diminué, et qui ont été moins diplômés dans le secondaire que ceux qui n’étaient pas passés par ce « Renouveau ». « L’écart entre les cohortes exposées au Renouveau et la cohorte contrôle s’est accentué pour les élèves jugés à risque par leurs parents et pour ceux fréquentant des écoles de milieux défavorisés », assure l’étude : l’objectif de lutte contre les inégalités n’a donc pas été atteint. Mais ce n’est pas tout : les élèves ont également développé une vision plus négative de l’école, tout comme leurs parents.
Et le rapport de recommander d’élever le niveau culturel et de remettre en place des enseignements pluridisciplinaires, pour améliorer les performances du système scolaire. En somme, un retour aux bonnes vieilles méthodes. Celles que nous nous apprêtons à abandonner en France.
Nous avons déjà cité le démographe Guillaume Maurois sur le peu d’effets (au mieux) de la hausse du nombre d’immigrants de 50 000 à 60 000 par an sur la population active au Québec. Voici deux autres réactions sur cette hausse annoncée par le Parti libéral du Québec. D’abord, la lettre ouverte de Tania Longpré, enseignante en francisation des immigrants depuis 2007 dans diverses écoles. Ensuite, la réaction plus politique du chroniqueur Mathieu Bock-Côté.
Cher Philippe Couillard,
Aujourd’hui, vous avez dit que le Québec devait accueillir 10 000 immigrants de plus.
Vous êtes même allé jusqu’à dire au chef de la deuxième opposition officielle qu’il « soufflait sur les braises de l’intolérance » en s’inquiétant de la possible hausse des seuils d’immigration, qui passeraient à 60 000 par année.
Taxer quelqu’un d’intolérant est d’ailleurs l’attaque la plus facile dans ce type de dossier, lorsque nous ne pouvons pas répondre par un argument solide aux inquiétudes des autres.
Je suis triste de constater que, pour vous, réfléchir au sujet de l’amélioration de l’intégration des immigrants, c’est d’être intolérant. Je pense que pour solidifier votre position, vous êtes prêt à tomber rapidement dans de douteux amalgames alors que les questionnements de monsieur Legault sont légitimes.
Brian Myles écrivait ce matin dans Le Devoir qu’il y avait des « fissures dans l’édifice de l’intégration ».
Il se trompe. En fait, c’est plutôt des crevasses et des trous béants, par contre, vous ne semblez pas considérer le colmatage de ceux-ci avant de hausser les seuils d’immigration. La réalité, c’est que l’intégration de nos immigrants est comparable à l’état de nos routes au printemps : catastrophique et pleine de nids-de-poule.
Lorsqu’on travaille sur le terrain, en immigration, on se rend compte que la réalité, c’est que votre gouvernement — comme tous ceux qui l’ont précédé — abandonne les nouveaux arrivants en déléguant les responsabilités liées à leurs intégrations à des organismes, en se préoccupant très peu de leur sort. L’important, c’est de séduire les gens avant qu’ils ne soient ici, afin d’atteindre les seuils que nous nous fixons. S’occuper d’eux une fois arrivés ? Bof !
Avant de hausser les seuils, pourquoi ne pas s’occuper de réduire l’attente dans le cas des équivalences d’études ? De faire en sorte que les employeurs soient plus flexibles avec les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore de « sacro-sainte expérience de travail québécoise ? »
Vous prévoyez probablement faire ça après ? Pourtant, ça fait des années que des immigrants qui sont déjà ici attendent !
Je me pose plusieurs autres questions sur la hausse des seuils migratoires.
Par exemple, investirez-vous enfin dans la régionalisation de l’immigration ? Réaliserez-vous que le Québec a besoin de travailleurs aussi en région, n’en déplaise à vos amis du Conseil du patronat ?
De plus, que diriez-vous à mes étudiants immigrants qui doivent s’absenter des cours de francisation pour aller chercher de l’aide alimentaire ? À ceux qui reçoivent honteusement du chômage alors qu’ils étaient professionnels dans leur pays ? Que diriez-vous aux 27 % d’immigrants francophones qui sont sur le chômage à Montréal ? Que diriez-vous à ces médecins syriens qui n’arrivent pas à trouver du travail dans leur domaine ?
C’est le genre de question que je me pose, me taxerez-vous d’intolérante, Monsieur Couillard ?
Tania Longpré
Pour ce carnet, il vaut mieux accueillir 25 000 immigrants par année, plutôt que 60.000, mais bien les choisir pour éviter qu'ils soient au chômage et y mettre les moyens pour bien ce faire en leur fournissant d’excellents services de francisation et d’intégration si nécessaire. Pour une population de 65 millions, la France accueille environ 200 000 immigrants légaux par année. Cela revient à peu près, proportionnellement, à 25 000 immigrants pour le Québec.
La chronique de Mathieu Bock-Côté :
60 000 immigrants?
Rien n’arrête le gouvernement libéral, surtout pas la décence.
Il envisage en ce moment une hausse des seuils d’immigration de 50 000 à 60 000 par année. Philippe Couillard a même été plus loin: nous n’aurions pas le choix.
Aussi bien dire qu’il a perdu tout sens de la mesure. Le Québec accueille déjà plus d’immigrants qu’il n’est capable d’en intégrer. La machine à intégrer est brisée. Tout simplement.
À Montréal, ce sont moins les immigrants qui s’intègrent aux Québécois francophones que ces derniers qui s’intègrent à un nouveau peuple montréalais bilingue et multiculturel. François Legault l’a bien noté: la hausse de l’immigration serait dangereuse pour le français à Montréal.
On devine que cela n’empêche pas le Parti libéral de dormir, qui rêve d’une province bilingue et multiculturelle, parfaitement compatible avec le Canada de Justin Trudeau, qu’on nous vend comme un Disneyland cosmopolite.
Multiculturalisme
Cette hausse massive de l’immigration s’explique d’abord politiquement. Le vote francophone s’est historiquement détourné du Parti libéral. Le Parti libéral préfère alors miser sur une immigration massive pour augmenter son électorat. C’est une stratégie efficace. Il a ainsi à peu près rayé de la carte le PQ de Montréal et de Laval.
Le Parti libéral cadenasse aussi démographiquement l’avenir constitutionnel du Québec. Car quoi qu’en disent les analystes qui portent des lunettes roses, les immigrants, massivement, sont fédéralistes. Ce n’est pas sur le point de changer.
Et ce n’est pas parce que les souverainistes ne sont pas assez ouverts, mais simplement, parce qu’ils arrivent au Canada, et que ce pays anglophone a une plus grande force d’attraction que le petit Québec francophone qui doute lui-même de son identité.
Apparemment, l’immigration massive serait nécessaire à notre prospérité. Mais c’est loin d’être une évidence.
En fait, les faits suggèrent le contraire. Le gouvernement s’appuie sur le discours du patronat qui y voit une main-d’œuvre nécessaire à l’économie québécoise.
Mais pour le patronat, les peuples n’existent pas. À la grandeur de la planète, les idéologues néolibéraux ne voient que des populations interchangeables qu’ils peuvent déplacer à loisir pour s’offrir selon les besoins du moment une main-d’œuvre à bon marché.
Déracinement
On déracinera alors les êtres humains pour les traiter comme de simples ressources humaines. Cette vision a joué un grand rôle dans la mutation démographique et politique de l’Europe, aujourd’hui minée par les tensions interethniques.
À travers cela, le poids des francophones diminue au Québec. Et ceux qui s’en inquiètent se font systématiquement culpabiliser. On les accuse de xénophobie, de racisme. En matière d’immigration, on ne tolère qu’une réponse: toujours plus!
Il devrait y avoir un front commun des nationalistes pour transformer notre politique d’immigration en profondeur. Le PQ comme la CAQ, en la matière, ont le même intérêt: réduire significativement les seuils d’immigration.
Devant l’arrogance du gouvernement libéral, ils devraient en parler franchement et calmement, en expliquant pourquoi l’immigration massive est contradictoire avec les intérêts vitaux du peuple québécois.
Pascal Geneste, professeur d’histoire en langue bretonne, a découvert à son retour de vacances que certains de ses élèves avaient été interrogés par la gendarmerie. Une plainte émanant des parents d’une élève a, en effet, attiré l’attention des autorités sur le contenu des cours de M. Geneste.
Lui-même est la cible d’une information judiciaire. En cause : sa présentation de la Russie comme chef de file de la lutte contre Daech, mais aussi ses opinions nationalistes et ce que les parents ont interprété comme des propos « islamophobes ».
La scène se passe en France patrie de la Liberté. Le 17 février dernier, six élèves du collège Sainte-Anne d’Auray, en Bretagne, ont été convoqués par la gendarmerie pour subir un interrogatoire sur les cours dispensés par leur professeur d’histoire.
Les enquêteurs voulaient savoir ce qu’avait déclaré l’enseignant « au sujet de la Russie et de Vladimir Poutine » durant les cours d’histoire dispensés en langue bretonne par ce dernier.
« Dans une introduction à la géopolitique, j’ai voulu, conformément au programme scolaire, montrer ce qu’était la Russie aujourd’hui. J’ai parlé de la chute du communisme jusqu’à l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. J’ai replacé le combat de Vladimir Poutine dans le contexte de sa lutte contre l’islamisme et notamment contre Daech, en montrant que Vladimir Poutine était un des précurseurs de cette lutte, un des initiateurs d’une grande coalition contre l’État islamique », explique Pascal Geneste, dans un entretien accordé à l’agence de presse russe Spoutnik.
« Je ne fais aucun commentaire, je me base sur les faits », souligne-t-il.
Le professeur fait remarquer que ses cours se sont déroulés après les attentats du 13 novembre, qui ont traumatisé toute la France et notamment ses élèves.
Il dit les avoir prévenus à chaque fois contre les dangers de la radicalisation islamique. Le professeur souligne que c’est ainsi qu’il remplit son rôle de pédagogue, qui est de protéger les enfants, de protéger les libertés européennes.
« J’ai voulu démontrer aussi que notre proposition d’alliance avec la Russie ne date pas d’hier, qu’elle est même antérieure à la période communiste. J’ai voulu montrer que c’est une alliance d’avenir, qu’elle est raisonnable et claire », précise-t-il.
À la suite à ce cours, le professeur Pascal Geneste a été dénoncé par les parents d’une élève, qui ont déposé plainte à la gendarmerie, l’accusant de propos scandaleux et islamophobes.
« Ces parents sont un peu influencés par la propagande qu’on nous sert à la télévision française. Cela fait longtemps que la télé française n’est plus libre », déplore le professeur.
« Nous sommes en état d’urgence et au lieu de combattre les islamistes, on préfère combattre les ennemis des islamistes », poursuit-il.
Pascal Geneste rappelle qu’il fait partie des nombreuses personnes ayant été sanctionnées pour avoir essayé de faire comprendre aux élèves que « ce qui nous menaçait, c’est l’islamisation en France ».
Alors que la France est un État garantissant la liberté d’expression, M. Geneste a été interrogé sur ses positions politiques. Le procureur de la République de Lorient a décidé d’ouvrir une information judiciaire. Pascal Geneste a été entendu par un officier de gendarmerie, dont le comportement était « très courtois ».
« On m’a posé des questions pour savoir si j’étais de droite ou de gauche. Il m’a été reproché d’avoir mis sur mon site une chanson que reprennent parfois les Jeunesses du Front national. Le FN n’est pas interdit en France, c’est même le premier parti de France », s’indigne M. Geneste.
« On m’a posé une question aussi pour savoir si j’étais un nationaliste français. Si aimer son pays, aimer la France, aimer la Bretagne, si aimer l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est être nationaliste, oui, j’accepte le mot “nationaliste”. Pour moi, ce mot veut dire “aimer les siens avant les autres”, et non “détester les autres”. Donc, moi, je veux protéger les miens », conclut Pascal Geneste.
De Guillaume Marois, docteur en démographie, chercheur postdoctoral auprès de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal à la suite de l’annonce un peu surréaliste du gouvernement Couillard de vouloir augmenter le nombre d’immigrants au Québec pour le porter à 60 000 :
Ainsi, selon le PLQ, il serait impératif de hausser de 10 000 les seuils d’immigration, car « la taille de la population en âge de travailler connaîtrait un recul marqué entre 2016 et 2031 ». D’abord, pour mettre les choses en perspectives, je présente graphiquement ce que représente réellement ce qui est nommé « recul marqué ». Il s’agit en fait de la très légère ondulation autour des 5 M que l’on voit entre 2011 et 2031. En poursuivant la projection quelques années de plus, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une tendance qui se poursuivra, puisqu’une augmentation est prévue par la suite. Le déclin n’en est pas un structurel, mais plutôt ponctuel.
Il n'y a pas de recul marqué de la population en âge de travailler et le petit recul n'est que ponctuel
Cela dit, il est incontestable qu’une hausse l’immigration entrainera également une hausse de la population en âge de travailler. Cependant, il est bien important de comprendre que cet indicateur n’est pas tellement déterminant des conséquences du vieillissement de la population.
Le vieillissement est d’abord un phénomène lié à la structure par âge et non aux effectifs. Après tout, peu importe le scénario, la taille de la population en âge de travailler demeura supérieure à tout ce que le Québec a connu jusqu’aux années 2000. C’est donc la proportion de la population en âge de travailler qui compte et non les effectifs. Or, sur ce dernier indicateur, l’immigration n’a à peu près aucun effet, puisque sur plusieurs années, elle augmente à peu près d’un niveau similaire tous les groupes d’âge. La différence entre 50 000 et 60 000 immigrants ne change à peu près rien. Pour les besoins, j’ai fait les calculs : la proportion de 20-64 ans passerait de 62,7 % en 2011 à 54,0 % en 2031 pour un scénario à 50 000 immigrants contre 54,2 % pour un scénario à 60 000 immigrants. Un coup d’épée dans l’eau.
La différence de +10 000 immigrants/an sur la population en âge de travailler est de 0,2 %
Par ailleurs, qui dit en âge de travail ne dit pas nécessairement actif et encore moins en emploi. Or, les conséquences du vieillissement se situent à ce niveau : plus de dépenses pour payer les soins de santé et les pensions de retraite des personnes âgées et moins de personnes pour assumer ces coûts.
Ainsi, pour que ce léger gain de 0,2 % sur la population en âge de travailler se transforme en gain sur les conséquences du vieillissement de la population, une bonne intégration professionnelle des immigrants, non seulement en termes de taux d’emploi, mais aussi en revenu, est une condition sine qua non. Or, ce n’est plus à démontrer, cette condition n’est pas au rendez-vous. Autrement dit, un nombre réduit d’immigrants, mais en meilleure situation socioprofessionnelle, pourrait avoir un effet plus favorable sur les conséquences du vieillissement qu’un nombre élevé, mais en moins bonne situation. Cela dit, encore là, étant donné l’effet très limité de l’immigration sur la structure par âge, tel que vu dans le paragraphe précédent, l’effet sur les conséquences du vieillissement sera toujours faible.
Notre époque nous présente souvent le Moyen Âge comme une période terrible pour la gente féminine. Les femmes auraient été soumises à leur mari, écartées de la sphère publique et économique, et on raconte même qu’on y considérait qu’elles n’avaient pas d’âme. Comme toujours à propos de cette période historique, les contre-vérités sont légions. Dans ce nouvel épisode de La Petit Histoire, Christopher Lannes s’intéresse à cette légende noire totalement injustifiée.
L’ancien député de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Martin Lemay, publie l’essai À la défense de Maurice Duplessis chez Québec Amérique, un plaidoyer pour réhabiliter l’ex-premier ministre originaire de Trois-Rivières dans l’opinion populaire.
L’auteur valorise le nationalisme, la stratégie de développement économique grâce à l’investissement privé, la prudence financière et le combat contre les idées subversives de l’ex-député de Trois-Rivières, qui a été premier ministre de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959. Il déplore qu’aujourd’hui les gens ne retiennent de Maurice Duplessis que le fait qu’il représente la prétendue Grande Noirceur, cette période de l’après-guerre au Québec qui a été suivie par la Révolution tranquille.
Débat contradictoire entre Martin Lemay et Lucia Ferretti
Pour Martin Lemay, la plupart des analyses de la vie et de l’héritage de Duplessis ont simplement repris le discours de ses détracteurs, comme Jean Lesage, Jacques Hébert, Pierre Elliot Trudeau et Gérard Pelletier. « Ses anciens opposants sont arrivés au pouvoir après son décès, dans les années 60, rappelle l’auteur. Ils avaient pour la plupart combattu Duplessis ; il n’était donc pas question pour eux de lui faire un beau portrait ! Je ne dis pas qu’il y a eu complot, mais c’est tout comme : il y a eu unanimité pour dénoncer » cet adversaire qui venait de s’éteindre. En outre, la plupart des biographes de Duplessis ont, jusqu’à récemment, eu comme sources les seuls adversaires de celui qu’on a appelé le « Chef ». Cela traçait des portraits uniquement à charge. C’est ainsi, selon M. Lemay, « que le mythe de la Grande Noirceur, le mythe d’un dictateur, d’un régime corrompu se sont propagés et se sont rendus jusqu’à nous. »
Pour Martin Lemay, tout ce qu’on a reproché à Maurice Duplessis n’est pas faux, mais les accusations sont exagérées. Ses adversaires ont créé une légende noire grâce à la « stratégie de l’hyperbole ».
À la défense de Maurice Duplessis a pour objectif avoué d’ébranler les certitudes, le mythe. L’auteur s’en prend d’ailleurs au passage à certains historiens modernes qui reprennent l’idée que l’ex-premier ministre tenait du monstre.
Quant à la connivence entre l’Église catholique et le régime Duplessis, Martin Lemay écrit que l’Église était forte parce que les gens y étaient attachés. Dans le même ordre d’idée, il soutient que Maurice Duplessis ne pouvait pas être « si pire que ça », puisque les gens l’ont réélu à plusieurs reprises après une éclipse. Éclipse de 1939 à 1944 due à son manque de « sérieux » lors de ce premier mandat. Mais, après cette déconfiture, il est revenu au pouvoir à la suite d'une analyse politique de sa défaite pour quatre mandats successifs. Les gens savaient à qui ils avaient affaire : Duplessis représentait la stabilité, le calme et le sérieux dans les affaires publiques.
L’essayiste convient que certaines critiques répandues à l’encontre de l’ancien premier ministre sont méritées. « Il aurait pu convaincre l’État d’investir plus dans l’éducation et défendre plus le fait français », dit-il, notamment en parlant du Montréal anglicisé de l’époque. Il aurait aussi pu favoriser un peu plus les entreprises québécoises. Sur l’éducation, Martin Lemay admet que le régime Duplessis a beaucoup investi dans l’éducation (lire à ce sujet Baisse relative du nombre de diplômés québécois par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur), mais que celle-ci aurait été mal organisée.
Martin Lemay affirme néanmoins que Maurice Duplessis « a construit le pont qui nous a amenés ensuite à la Révolution tranquille. »
La Grande Noirceur et les fruits de la Révolution tranquille dans un cahier d’activités ECR Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée (autres pages ici)
« En politique, on est toujours revanchard »
Le chroniqueur et amateur d’histoire François Roy est plutôt d’accord avec la démarche de l’auteur d’À la défense de Maurice Duplessis. Il rappelle d’ailleurs que Trois-Rivières a fait la paix avec son ex-député lors de l’événement Duplessis, en 1999, et par le biais des travaux de l’historienne de l’UQTR Lucia Ferretti.
Pour François Roy, on a beaucoup noirci le régime Duplessis, mais on aurait pu en faire autant des gouvernements Taschereau, mais on ne l’a pas fait : pourtant le régime Taschereau partageait les mêmes mœurs électorales, le même financement occulte. C’était sans doute pire puisqu’à l’époque tout allait aux grandes entreprises, aux grandes villes. « C’était le règne de la lampe à l’huile, les campagnes n’avaient pas d’électricité. C’était aussi une grande noirceur le régime Taschereau, mais il n’y a pas d’émotion ; on va analyser le régime Taschereau avec un certain détachement. »
« Martin Lemay s’attaque à un mythe, à un monstre qu’il faut démonter morceau par morceau. »
François Roy convient que Maurice Duplessis est un personnage de son époque. « D’autres n’ont pas été mieux : si on les sortait de leur contexte, ils pourraient aussi passer pour des monstres. »
Il rappelle entre autres que l’opinion populaire a tendance à penser que la corruption est arrivée au Québec avec Duplessis. « C’est le génie du Parti libéral d’avoir fait croire [ça] ; après Duplessis, c’était juste plus subtil. »
Présentation de l’éditeur
Si le Québec de l’ère Duplessis n’était pas le paradis, il n’était pas non plus l’enfer que l’on s’est trop souvent plu à décrire, soutient Martin Lemay. Il faut déboulonner le mythe de la Grande Noirceur trop souvent associé aux années 1930, 1940 et 1950. Aux yeux de l’auteur, Maurice Duplessis a été le plus grand premier ministre de l’histoire du Québec. Plus grand qu’Honoré Mercier, Louis-Alexandre Taschereau, Jean Lesage, Robert Bourassa et même René Lévesque. Or, la mémoire de Duplessis a été ternie, enfouie sous un amas de fabulations, déplore Martin Lemay. Voilà pourquoi il propose une autre lecture de l’histoire du Québec, un autre regard sur celui qui a si longtemps dirigé la province.
Farouche défenseur des Québécois, Maurice Duplessis a été élu premier ministre à cinq reprises, soit en 1936, puis en 1944, 1948, 1952 et 1956. Depuis, aucun chef de parti n’a pu accomplir pareil exploit. Comme les électeurs du temps n’étaient ni des idiots ni des ignorants, et comme ils l’ont élu et réélu si souvent, Duplessis devait bien posséder quelques qualités... Ce sont celles-ci que tente de retracer Martin Lemay. Sans verser dans le panégyrique, il analyse l’homme, son œuvre et son époque, dans l’espoir de le réhabiliter et de lui rendre enfin justice. Bien qu’il reconnaisse d’emblée que Maurice Duplessis n’était pas un ange, l’auteur reste néanmoins d’avis que l’œuvre de l’homme politique et sa mémoire ont été injustement traitées. En politique comme en tant d’autres domaines, une médaille a deux côtés.
Détails bibliographiques
À la défense de Maurice Duplessis
par Martin Lemay
Paru en mars 2016
Chez Québec-Amérique
à Montréal
168 pages
ISBN : 9 782 764 430 699 (2 764 430 698)
La Grande Noirceur inventée (Texte de Denis Vaugeois, éditeur, historien et ancien ministre des Affaires culturelles, tiré de la préface qu’il signe dans l’ouvrage « Duplessis, son milieu, son époque »)
Diplômée d’un DEA de philosophie et société à la Sorbonne puis d’une maîtrise en Sciences de la Famille et de la Sexualité, Thérèse Hargot (ci-contre) est sexologue. Elle tient un carnet et publie Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) chez Albin Michel.
Pour Thérèse Hargot, nous croyions avoir été libérés par la révolution sexuelle. Pourtant, entre le culte de la performance imposé par l’industrie pornographique et l’anxiété distillée par une morale hygiéniste, jamais la sexualité n’a été autant normée.
— Dans votre livre Une jeunesse sexuellement libérée, vous vous interrogez sur l’impact de la libération sexuelle sur notre rapport au sexe. Qu’est-ce qui a changé, fondamentalement ?
Thérèse Hargot — Fondamentalement, rien. Si la norme a changé, notre rapport à la norme lui est le même : nous restons dans un rapport de devoir. Nous sommes simplement passés du devoir de procréer à celui de jouir. Du « il ne faut pas avoir de relations sexuelles avant le mariage » à « il faut avoir des relations sexuelles le plus tôt possible ». Autrefois, la norme était donnée par une institution, principalement religieuse, aujourd’hui, elle est donnée par l’industrie pornographique. La pornographie est le nouveau vecteur des normes en matière de vie sexuelle.
Enfin, alors qu’autrefois les normes étaient extérieures, et explicites, aujourd’hui elles sont intériorisées et implicites. Nous n’avons plus besoin d’une institution qui nous dise ce que nous devons faire, nous l’avons très bien intégré par nous-mêmes. On ne nous dit plus explicitement quand est-ce que nous devons avoir un enfant, mais nous avons toutes très bien intégré le « bon moment » pour être mères : surtout pas trop tôt, et lorsque les conditions financières sont confortables. C’est presque pire : comme nous nous croyons libérés, nous n’avons plus conscience d’être soumis à des normes.
— Quels sont les nouveaux critères de cette normativité sexuelle ?
— La nouveauté, ce sont les notions de performance et de réussite, qui se sont introduites au cœur de la sexualité. Que ce soit pour la jouissance, mais aussi dans notre rapport à la maternité : il faut être une bonne mère, réussir son bébé, son couple. Et qui dit performance, efficacité, dit angoisse de ne pas y arriver. Cette angoisse crée des dysfonctions sexuelles (perte d’érection, etc..). Nous avons un rapport très angoissé à la sexualité, car nous sommes sommés de la réussir.
— Cela touche-t-il autant les hommes que les femmes ?
— Les deux, mais de manière différente. On reste dans les stéréotypes : l’homme doit être performant dans sa réussite sexuelle, et la femme dans les canons esthétiques.
La norme semble aussi passer par un discours hygiéniste, qui a remplacé les morales d’antan…
Le sida, les MST, les grossesses non désirées : nous avons grandi, nous, petits enfants de la révolution sexuelle, dans l’idée que la sexualité était un danger. À la fois on nous dit que nous sommes libres et en même temps que nous sommes en danger. On parle de « safe-sex » de sexe propre, on a remplacé la morale par l’hygiène. Culture du risque et illusion de liberté, tel est le cocktail libéral qui règne désormais, aussi, dans la sexualité. Ce discours hygiéniste est très anxiogène, et inefficace : de nombreuses MST sont toujours transmises.
— Vous êtes sexologue au collège. Qu’est-ce qui vous frappe le plus chez les adolescents que vous fréquentez ?
— La chose la plus marquante, c’est l’impact de la pornographie sur leur manière de concevoir la sexualité. Avec le développement des technologies et d’internet, la pornographie est rendu extrêmement accessible, et individualisée. Dès le plus jeune âge, elle conditionne leur curiosité sexuelle : à 13 ans, des jeunes filles me demandent ce que je pense des plans à trois. Plus largement, au-delà des sites internet pornographiques, on peut parler d’une « culture porno », présente dans les clips, les émissions de téléréalité, la musique, la publicité, etc. [...]
— « Être libre sexuellement au XXIe siècle, c’est donc avoir le droit de faire des fellations à 12 ans ». La libération sexuelle s’est-elle retournée contre la femme ?
— Tout à fait. La promesse « mon corps m’appartient » s’est transformée en « mon corps est disponible » : disponible pour la pulsion sexuelle masculine qui n’est en rien entravée. La contraception, l’avortement, la « maîtrise » de la procréation ne pèsent que sur la femme. La libération sexuelle n’a modifié que le corps de la femme, pas celui de l’homme. Censément pour la libérer. Le féminisme égalitariste, qui traque les machos, veut imposer un respect désincarné des femmes dans l’espace public. Mais c’est dans l’intimité et notamment l’intimité sexuelle que vont se rejouer les rapports de violence. Dans la sphère publique, on affiche un respect des femmes, dans le privé, on regarde des films pornos où les femmes sont traitées comme des objets. En instaurant la guerre des sexes, où les femmes se sont mises en concurrence directe avec les hommes, le féminisme a déstabilisé les hommes, qui rejouent la domination dans l’intimité sexuelle. Le succès de la pornographie, qui représente souvent des actes violents à l’égard des femmes, du porno vindicatif, et de Cinquante nuances de Grey, roman sadomasochiste, sont là pour en témoigner.
— Vous critiquez une « morale du consentement » qui fait de tout acte sexuel un acte libre pourvu qu’il soit « voulu »…
— Avec nos yeux d’adultes, nous avons parfois tendance à regarder de façon attendrie la libération sexuelle des plus jeunes, émerveillés par leur absence de tabous. En réalité, ils subissent d’énormes pressions, ils ne sont pas du tout libres. La morale du consentement est au départ quelque chose de très juste : il s’agit de dire qu’on est libre lorsqu’on est d’accord. Mais on a étendu ce principe aux enfants, leur demandant de se comporter comme des adultes, capables de dire oui ou non. Or les enfants ne sont pas capables de dire non. On a tendance à oublier dans notre société la notion de majorité sexuelle. Elle est très importante. En dessous d’un certain âge, on estime qu’il y a une immaturité affective qui ne rend pas capable de dire « non ». Il n’y a pas de consentement. Il faut vraiment protéger l’enfance.
— À contre-courant, vous prônez la contraception naturelle, et critiquez la pilule. Pourquoi ?
— Je critique moins la pilule que le discours féministe et médical qui entoure la contraception. On en a fait un emblème du féminisme, un emblème de la cause des femmes. Quand on voit les effets sur leur santé, leur sexualité, il y a de quoi douter ! Ce sont elles qui vont modifier leurs corps, et jamais l’homme. C’est complètement inégalitaire. C’est dans cette perspective que les méthodes naturelles m’intéressent, car elles sont les seules à impliquer équitablement l’homme et la femme. Elles sont basées sur la connaissance qu’ont les femmes de leurs corps, sur la confiance que l’homme doit avoir dans la femme, sur le respect du rythme et de la réalité féminines. Je trouve cela beaucoup plus féministe en effet que de distribuer un médicament à des femmes en parfaite santé ! En faisant de la contraception une seule affaire de femme, on a déresponsabilisé l’homme.
— Vous parlez de la question de l’homosexualité, qui taraude les adolescents….
— « Être homosexuel », c’est d’abord un combat politique. Au nom de la défense de droits, on a réuni sous un même drapeau arc-en-ciel des réalités diverses qui n’ont rien à voir. Chaque personne qui dit « être homosexuelle » a un vécu différent, qui s’inscrit dans une histoire différente. C’est une question de désirs, de fantasmes, mais en rien une « identité » à part entière. Il ne faut pas poser la question en termes d’être, mais en termes d’avoir. La question obsède désormais les adolescents, sommés de choisir leur sexualité. L’affichage du « coming out » interroge beaucoup les adolescents qui se demandent « comment fait-il pour savoir s’il est homosexuel, comment savoir si je le suis ? » L’homosexualité fait peur, car les jeunes gens se disent « si je le suis, je ne pourrais jamais revenir en arrière ». Définir les gens comme « homosexuels », c’est créer de l’homophobie. La sexualité n’est pas une identité. Ma vie sexuelle ne détermine pas qui je suis.
— Que faire selon vous pour aider la jeunesse à s’épanouir sexuellement ? Est-ce un but en soi ? Les cours d’éducation sexuelle sont-ils vraiment indispensables ?
— Il ne faut pas apprendre aux adolescents à s’épanouir sexuellement. Il faut apprendre aux jeunes à devenir des hommes et des femmes, les aider à épanouir leur personnalité. La sexualité est secondaire par rapport à la personnalité. Plutôt de parler de capotes, de contraception et d’avortement aux enfants, il faut les aider à se construire, à développer une estime de soi. Il faut créer des hommes et des femmes qui puissent être capables d’être en relation les uns avec les autres. Il ne faut pas des cours d’éducation sexuelle, mais des cours de philosophie !
Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)
de Thérèse Hargot
paru le 3 février 2016
aux éditions Albin Michel
à Paris
224 pages
ISBN-10: 2226320121
ISBN-13: 978-2226320124