vendredi 19 décembre 2025

Licenciement du correspondant de longue date du Devoir à Paris : Christian Rioux s'explique

Lettre de Christian Rioux (ci-contre) où il explique son congédiement du Devoir :  

Vous êtes nombreux à vouloir connaître le détail de mon congédiement, car il s’agit bien d’un congédiement.

Vous vous doutez que depuis le changement de direction, je n’étais pas dans les grâces de la nouvelle équipe. Cela s’est rapidement manifesté par de petits signes qui ne trompaient pas.

Des papiers qui normalement faisaient la une se retrouvaient dans le fond du journal, mes grandes entrevues n’intéressaient plus la rédaction (« Toi et tes intellectuels français ! », dixit la rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard). [Très mal, les intellectuels…]

Il y a trois ou quatre ans, pour la première fois, on me refuse de couvrir les élections britanniques et allemandes comme je l’avais pourtant fait sans discontinuer depuis les années 1990. C’est à cette époque que la rédactrice en chef a décidé de resserrer son contrôle sur les chroniqueurs.

On m’a par exemple refusé une chronique sur le changement de nom des Dix petits nègres d’Agatha Christie. C’était un mois exactement avant que ce débat n’éclate au Québec avec la suspension de Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa.

Il y a deux ans, ce contrôle s’est encore resserré virant en une sorte de guérilla permanente. Il me fallait dorénavant justifier chaque mot. Impossible d’évoquer un « baiser volé » dans un texte sous peine de se voir accusé de justifier les agressions sexuelles.

Impossible de rappeler que dans de nombreux pensionnats autochtones, les religieuses enseignaient les langues autochtones sans devoir tout justifier.

Le Devoir se montre alors plus sensible aux petits groupes de militants qui me harcèlent sur les réseaux sociaux qu’à soutenir son journaliste. Ce harcèlement me vaudra trois poursuites devant le Conseil de presse en un peu plus d’un an (que j’ai toutes gagnées) alors que je n’en avais jamais eu une seule depuis que je suis journaliste.

Lors de la dernière, alors qu’on m’accuse d’entretenir des préjugés (racistes), Le Devoir a refusé de me soutenir en appel et j’ai donc dû me défendre seul contrairement à la tradition qui veut qu’un journal défende toujours son journaliste. J’ai heureusement gagné.

C’est le même genre de censure qui explique le départ en catastrophe de Normand Baillargeon à qui on avait demandé de réécrire de manière plus « politiquement correcte » une de ses chroniques sur la théorie du genre et les trans.

Ce harcèlement s’est accentué avec la mise en place d’un groupe de « fact checking » qui est aussi en partie un comité de censure destiné à remettre les chroniqueurs dans la droite ligne. Comme par hasard, sous prétexte d’éthique, ce « fact checking » s’exerce minutieusement sur tous les textes qui concernent l’islam, l’immigration ou le genre, mais à peu près pas sur ceux qui concernent la politique française, la culture ou l’Union européenne.



Depuis un an, je suis convaincu qu’on n’attendait qu’une chose, que je claque la porte moi aussi. Et on a tout fait pour. À commencer par m’interdire de couvrir les dernières législatives françaises.

Pour l’anniversaire de l’attentat du Bataclan, on a commandé dans mon dos un article à un pigiste sans m’en informer. Il y a un mois, je décroche une entrevue exceptionnelle avec l’ex-otage israélien Eli Sharabi qui a passé 18 mois dans les tunnels du Hamas, on me la refuse ! Elle ne cadrait pas dans la politique pro-Hamas du journal.

À quelques reprises, on s’est même permis de faire des corrections majeures dans ma chronique sans m’en avertir, y introduisant même parfois des erreurs.

Last but not least, depuis trente ans, tel que convenu avec l’ancien directeur Bernard Descôteaux, ma rémunération avait toujours suivi grosso modo celle des journalistes du Devoir. À chaque nouvelle convention, on me versait donc une rétro comme à mes collègues. Cette année, on a supprimé unilatéralement ces versements sans la moindre explication.

Je réalise aujourd’hui que l’annonce de la décision de me congédier n’attendait probablement que la reconduction de Brian Myles à la direction du journal pour cinq ans et la fin de la campagne de financement qui vient de se clore.

Une semaine avant Noël, c’est aussi pas mal pour étouffer l’affaire.

On me l’a donc annoncée mardi en prétextant mes « mauvais rapports avec les correcteurs ». Comme si un journaliste était en plus tenu d’avoir de bons rapports avec ses censeurs !

Lors de cette rencontre, on m’a proposé d’acheter mon silence en échange de deux mois de rémunération et de la signature d’un contrat dans lequel je m’engagerais à ne rien dire sur le Devoir. Moi qui n’ai jamais signé le moindre contrat avec Le Devoir en trente ans, tellement la confiance entre nous était forte ! 


Voir aussi

 

Natalité : taxe sur les préservatifs et contraceptifs en Chine

La Chine impose une taxe à la vente de 13 % sur les préservatifs et contraceptifs à partir de janvier 2026, finissant une exonération en vigueur depuis 1993, pour contrer le déclin démographique avec un taux de natalité en chute de 50 % depuis 2000.

Ce segment de l'émission "Le Monde à la Carte" sur LCI analyse les causes du faible taux de fécondité chinois (1,09 enfant par femme en 2024) et les mesures incitatives du gouvernement, comme des subventions pour naissances multiples.

Une mère se plaint du coût lié à l'éducation des enfants, son enfant serait en CM2 (10-11 ans) et elle a « dû » lui payer un tuteur particulier d'anglais.

Des experts doutent de l'efficacité de cette taxe, soulignant que les facteurs socio-économiques (coût de la vie, urbanisation) pèsent plus que l'accès à la contraception, selon des études de l'ONU sur les dynamiques démographiques.

 

Voir aussi 

Corée du Sud — les garderies en anglais sont du gaspillage et néfastes au développement de votre enfant

L'intérêt pour l'anglais diminue en Chine

Démographie — Les jeunes Chinois se tournent vers les agent conversationnels virtuels

En manque de bébés, la Chine annonce de nouvelles aides aux jeunes parents

Les économies avancées d’Asie ont désormais des indices de fécondité inférieurs à ceux du Japon

Le système éducatif de l'Inde est-il à l'origine des problèmes du sous-continent ? (système souvent anglophone comparaison avec la Chine)

Corée — « la concurrence intense, particulièrement dans l'éducation » une des causes de la sous-fécondité, selon le président

Corée du Sud : la surchauffe éducative, l'implosion démographique

Aucun lien causal entre l’immigration et la délinquance ? Vraiment ?

Une note du CEPII, publiée en 2023,  affirme qu’il n’existe aucun lien causal entre l’immigration et la délinquance. Cette note, qui a récemment refait surface dans une émission particulièrement controversée, Complément d’enquête, diffusée sur le service public mais visant à pointer du doigt les prétendues dérives de la chaîne concurrente CNews, a suscité une vive polémique.
 
Le chercheur invité à Georgetown, Philippe Lemoine, répond à cette publication : il propose un tour d’horizon détaillé des données disponibles en Europe sur la question, soulignant les limites des études économétriques tout en révélant des vérités souvent ignorées.
 
Il commence par réfuter l’affirmation centrale de Philippe et Valette, les auteurs de la note CEPII, qui soutiennent que aucune étude ne trouve d’effet de l’immigration sur la délinquance. Selon lui, c’est faux, et il va plus loin : il suggère que ces deux économistes savent pertinemment que leur assertion ne tient pas face à la littérature existante. 

Il cite des exemples concrets, comme des études menées en Allemagne, en Grèce ou encore en Suède, qui montrent un impact mesurable, notamment en lien avec certains flux d’immigration, en particulier ceux d’immigrés peu qualifiés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient.
 
En s’appuyant sur des données individuelles concernant les auteurs de délits, Lemoine met en lumière une surreprésentation constante des immigrés et de leurs enfants dans les statistiques criminelles à travers toute l’Europe. Cette surreprésentation peut atteindre des taux jusqu’à trois fois supérieurs à ceux du reste de la population, même après avoir ajusté les chiffres pour tenir compte de facteurs comme l’âge, le sexe ou le niveau de revenu. Cela vient directement contredire les explications socio-économiques avancées par Philippe et Valette, qui attribuent ces écarts à la pauvreté ou à l’exclusion sociale. 
 
Mais Lemoine ne s’arrête pas là. Il explore pourquoi les études économétriques basées sur des données agrégées échouent souvent à détecter cet effet. Il pointe du doigt un problème de puissance statistique : les flux d’immigration, bien que significatifs, restent relativement faibles par rapport à la population totale, rendant ces analyses peu fiables. Pour illustrer son propos, il a conduit des simulations calibrées avec des données françaises. Ces simulations révèlent un fait troublant : même dans un scénario extrême où les immigrés commettraient des crimes violents à un taux 30 fois supérieur à celui des non-immigrés, une analyse économétrique de ce type ne détecterait un effet que dans à peine plus de la moitié des cas, soit 56 %. Dans des conditions plus réalistes, reflétant les flux d’immigration observés en France sur plusieurs décennies, la probabilité de détecter un effet s’effondre presque à zéro, même s’il est réel et important.
 
Il ajoute que cette faiblesse statistique est amplifiée par d’autres facteurs, comme l’hétérogénéité des populations immigrées (les immigrés d'origine européenne ne sont pas surreprésentés), souvent ignorée dans ces études, ou les adaptations sociales (les gens peuvent davantage se méfier, se protéger, des dépenses sociales supplémentaires) qui peuvent masquer l’impact réel. 

Lemoine souligne aussi que Philippe et Valette évoquent des biais dans le système pénal pour expliquer la surreprésentation des immigrés, mais il conteste cette idée : selon lui, ces biais ne peuvent expliquer qu’une fraction de l’écart, et aucune preuve solide n’est apportée pour soutenir une explication plus large.

Enfin, il critique l’hypothèse selon laquelle la pauvreté serait la cause principale de cette surreprésentation. Même en comparant des immigrés (et leurs enfants) à des autochtones partageant des caractéristiques socio-économiques similaires, les écarts persistent, comme l’a montré une étude française menée par Hugues Lagrange sur un échantillon de 3 500 adolescents
Lemoine rappelle que la corrélation entre pauvreté et criminalité ne prouve pas une causalité directe : d’autres facteurs, peut-être liés à des dynamiques culturelles ou contextuelles, pourraient être en jeu. 

Et il conclut avec une pointe d’ironie : on ne peut pas affirmer à la fois que l’immigration n’a aucun effet sur la délinquance et que les populations défavorisées, dont font souvent partie les immigrés, ont une propension plus élevée à commettre des crimes. Une contradiction qui, selon lui, mérite d’être creusée bien au-delà des studios d’une émission comme Complément d’enquête.


Voir aussi

Allemagne — Dix ans après, le bilan amer de l’ouverture des frontières par Angela Merkel

Tabou — Tous les partis politiques (sauf l'AfD) à Cologne s'engagent à ne parler de l'immigration qu'en termes positifs  

Une première peine adaptée aux criminels racisés au Québec (comprendre un an de moins car le coupable était noir)

Les descendants d'immigrés extra-européens présentent bien souvent des taux de criminalité plus élevés que ceux de leurs parents.

Le taux de crimes violents et contre les biens du Canada dépasse désormais celui des États-Unis

Suède — Des enfants exécutent une vague de meurtres sous contrat alors que les gangs exploitent une faille dans la loi

Dix raisons de remettre en cause l'immigration légale en France

Scandinavie — Les élèves immigrés non occidentaux à la peine (y compris la 3e génération)

Suède — Échec de l’intégration des immigrés, ce n’est pas faute de moyens ou de bons sentiments

La non-exception scandinave : la prospérité et les bons côtés ont précédé l’État-providence 

Suède — Un rapport explosif fait le lien entre immigration et criminalité

Pays-Bas — Plus les non-Occidentaux y vivent depuis longtemps, plus leur confiance envers autrui diminue

Vaste étude confirme que la diversité ethnique a des effets négatifs sur la cohésion sociale 

Et si la diversité diminuait la confiance ?

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

 « À long terme, une politique nataliste est plus efficace qu’une politique d’immigration »

Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde