dimanche 27 septembre 2026

Le monde de l'édition basculera-t-il dans l'ère du soupçon généralisé ?


Le petit Pangram dénonce le roi nu

La dénon­cia­tion d’un usage mas­sif de l’intel­li­gence arti­fi­cielle dans l’écri­ture du roman évé­ne­ment de la ren­trée a ouvert la boîte de Pan­dore. La réa­lité de L’IA entre avec fra­cas dans les mai­sons et les prix lit­té­raires qui s’inter­rogent sur l’atti­tude à adop­ter.

Hier matin, un écri­vain en lice pour le Gon­court s’est réveillé la « boule au ventre ». La veille au soir, des inter­nautes avaient dépecé son roman, l’avaient passé au crible du détec­teur Pan­gram, et un ver­dict, «16% D’IA » - insuf­fi­sant pour tirer des conclu­sions, après véri­fi­ca­tion des étapes de rédac­tion anté­rieures - cou­rait déjà sur les réseaux. Voilà où en est la ren­trée lit­té­raire depuis le lundi 21 sep­tembre, quand un tweet alors signé « Balance ton Claude » a réussi en trois jours ce qu’aucun cri­tique n’avait osé : mon­trer, comme dans le conte d’Ander­sen, que le roi des prix de l’automne était «nu» , faire vaciller en trois jours le temple français de l’édi­tion, som­mer la chaîne du livre tout entière de se réin­ven­ter. Un coup signé d’un petit cénacle 2.0 de jeunes intel­lec­tuels, parmi les­quels Samuel Fitoussi, chro­ni­queur au Figaro.

Dans sa chute, Thé­ly­son Oré­lien aura du moins levé un tabou.

Cela res­semble bien au début d’une chasse aux sor­cières, chaque auteur deve­nant sus­pect. Le juge d’ins­truc­tion ? Pan­gram, réputé être le meilleur clas­si­fieur d’IA du mar­ché en affi­chant un taux de faux posi­tif de 1/24 000. « Va te faire foutre, Pan­gram!», a lancé Vir­gi­nie Des­pentes sur le pla­teau de « C ce soir». «Nous voilà dans l’air du soupçon géné­ra­lisé, et les écri­vains se voient som­més de mon­trer leurs papiers aux ânes qui braient en chœur : IA, IA », a écrit de son côté François-Henri Désérable, l’auteur d’un roman de la ren­trée, Le Palais.

Il fal­lait voir, sur les réseaux sociaux, les auteurs de la ren­trée sou­mettre d’eux-mêmes leurs cha­pitres à la machine et affi­cher le résul­tat, comme on brûle ses vais­seaux, pour conju­rer la cabale avant qu’elle ne les frappe. 
Notes Pangram de différents auteurs (parfois anxieux)

Ananda Devi, Chroniques d’un royaume perdu (Grasset) : 0 % généré / 100 % humain. next.ink

François-Henri Désérable, Le Palais : 0 % généré / 100 % humain. pages.flint.media

Autres romans de la sélection Goncourt disponibles en numérique au Québec (test Radio-Canada) : tous classés 100 % humains. indianexpress.com

Le Monde a soumis les premières pages d’une quinzaine d’autres romans de rentrée ainsi que cinq ouvrages anciens au style marqué : Pangram les a classés humains. actualitte.com

Next.ink a également fait tester par Pangram des extraits de Philippe Jaenada (L’Inconnue du quai de Javel), Amélie Nothomb (L’Adolescence du perroquet), Lucie Rico (Mais que fait le sang sur le pull de Jennifer ?). Le logiciel les a classés respectivement à 99 %, 100 % et 100 % d’origine humaine, à l’opposé des extraits du roman d’Orélien, auxquels il attribuait un score de 100 % de texte généré par IA. next.ink

Pour Orélien lui-même, les chiffres publiés sont :

  • plusieurs passages (dont les deux premiers chapitres) : 100 % IA ou 91-100 % selon les extraits ;
  • livre entier : 94 % (La Presse), environ 97 % (CheckNews/Libération sur Pangram), le cofondateur de Pangram indiquant environ 95 % de chances que le texte soit partiellement ou totalement généré par IA ;
  • textes de l’auteur antérieurs à 2022 : 0 % IA.
Qui de l’homme, qui de la machine, a tenu la plume ? «C’est ter­rible de se retrou­ver dans cette sus­pi­cion géné­ra­li­sée. Thé­ly­son Oré­lien paie un peu pour tout le monde », glisse Ber­nard Com­ment, res­pon­sable de la lit­té­ra­ture française au Seuil.

Paie-t-il vrai­ment pour les autres ? Au-delà des pla­giats désor­mais avé­rés, l’écri­vain d’ori­gine haï­tienne est-il le bouc émis­saire d’un usage géné­ra­lisé de l’IA ? Le Figaro a sou­mis une ving­taine de romans de la ren­trée à Pan­gram (dans sa ver­sion 4) : des extraits d’abord, et l’inté­gra­lité du texte en cas de doute. L’écra­sante majo­rité res­sort « 100 % humain » sauf quelques-uns sous la barre des 40% et édi­tés par de grandes mai­sons.

Le roman de Thé­ly­son Oré­lien, C’était ça ou mou­rir, passé en inté­gra­lité, affiche quant à lui un taux de 94 % [de texte attribué à l’IA]. Si la boîte de Pan­dore vient de s’ouvrir en France, aux États-unis, la traque a débuté il y a quelques mois : Pan­gram a attri­bué 60 % d’IA à Dag­ger­mouth, romance dys­to­pique de H.M. Wolfe. En juillet, le pre­mier roman à suc­cès de Jerry Falade a été retiré par ses propres agents après des scores éle­vés.

Dans sa chute, Thé­ly­son Oré­lien aura du moins levé un tabou. « Cette his­toire immé­diate est mal­heu­reu­se­ment assez anec­do­tique, mais elle a le mérite de poin­ter la muta­tion anthro­po­lo­gique que vit l’écri­ture, aussi impor­tante que l’appa­ri­tion de l’impri­me­rie», ajoute Ber­nard Com­ment. Mais pourra-t-on lais­ser se réduire la lit­té­ra­ture à une recherche du moindre pour­cen­tage d’IA, quand la lau­réate du prix Nobel de lit­té­ra­ture Olga Tokarc­zuk a elle-même reconnu recou­rir à l’intel­li­gence arti­fi­cielle? « L’IA per­cute de manière très vio­lente toute une vision de la lit­té­ra­ture conçue comme un exer­cice soli­taire, dépen­dant à la fois de l’ins­pi­ra­tion, du tra­vail », ana­lyse Alexandre Gefen, direc­teur de recherche au CNRS. Alexandre Gefen redoute une «véri­table panique morale», et craint que les édi­teurs adoptent comme bouée de secours des clauses « sans aucune pos­si­bi­lité tech­nique réelle». Crainte exau­cée : les Édi­tions de l’obser­va­toire viennent d’inau­gu­rer un nou­veau label, «Sanc­tuaires», du nom de l’essai d’Abel Quen­tin qui plai­dait pour des lieux refuges où l’intel­li­gence ne concour­rait plus avec la machine.

« L’IA per­cute de manière très vio­lente toute une vision de la lit­té­ra­ture conçue comme un exer­cice soli­taire, dépen­dant à la fois de l’ins­pi­ra­tion, du tra­vail » Alexandre Gefen direc­teur de recherche au CNRS
Le pre­mier titre, Consonno de Gas­pard Koe­nig, paraî­tra le 1er octobre. « Pas de pro­duc­tion d’idées par l’IA, pas de texte non plus généré par elle, ni de recours à la machine pour amé­lio­rer son style. Ce serait sinon une défaite de la pen­sée », tranche Emma Sau­din, direc­trice lit­té­raire de la fic­tion, qui y voit un « pacte moral avant tout». Un jury lit­té­raire avait ouvert la voie. Dès sa pre­mière liste, celui des Deux Magots pro­cla­mait que l’IA «modi­fie la pater­nité et la nature de l’œuvre », ajou­tant : «La mani­pu­la­tion qui attri­bue à l’auteur les mots de la machine est dénuée de valeur ». En juillet, quand « Abel Quen­tin, membre du jury, nous a pro­posé de prendre les devants, quelques-uns y ont vu une simple “coquet­te­rie”. Mais le jury s’est engagé», confie le pré­sident Étienne de Mon­tety, par ailleurs direc­teur du Figaro lit­té­raire.

Au Renau­dot, qui « réflé­chit » au main­tien d’Oré­lien sur sa liste, le secré­taire du jury, Georges-oli­vier Châ­teau­rey­naud, prend acte : « La règle du jeu a changé, peut-être fon­da­men­ta­le­ment. La triche est désor­mais pos­sible. Nous sommes à l’orée d’une révo­lu­tion sans doute périlleuse dans le domaine de l’écrit. » Du côté du Gon­court, qui a retiré C’était ça ou mou­rir de sa liste ce ven­dredi, on assure qu’il est impos­sible de véri­fier « si les deux cent cin­quante livres reçus chaque été ont été géné­rés par IA ». Ce tra­vail « sera celui des édi­teurs», a indi­qué au Figaro le pré­sident Phi­lippe Clau­del.

Un label « 100 % humain » est-il seule­ment pos­sible? Il ras­sure, mais sou­lève plus de ques­tions qu’il n’en résout. « Ce sera dif­fi­cile, à moins de mettre des trai­te­ments de texte très spé­ci­fique sur les ordi­na­teurs», pré­vient Alexandre Gefen. D’autant que les labo­ra­toires d’IA tra­vaillent à éli­mi­ner les tics de lan­gage qui tra­hissent aujourd’hui leurs modèles, et des « huma­ni­seurs » per­mettent déjà, indique le cher­cheur, de « pas­ser entre les trous de la pas­soire ». Une échap­pa­toire pos­sible ? Le fili­grane invi­sible qu’Anthro­pic glisse depuis août dans les textes pro­duits par Claude, un biais sta­tis­tique dans le choix des mots, lisible seule­ment avec la clé de l’entre­prise. [bof, lire... La méthode d’Anthropic pour répérer les textes produits par l’intelligence artificielle : un processus fragile ?]

Où com­mence l’œuvre arti­fi­cielle? Quand la plu­part des rédac­teurs consultent la machine comme un super-dic­tion­naire des syno­nymes, et que la moindre recherche en ligne livre aujourd’hui une syn­thèse géné­rée? « Il fau­drait écrire sur des car­nets ! », iro­nise Alexandre Gefen. Le direc­teur du CNRS, qui déplore «la solu­tion para­noïaque» d’une traque à l’IA, plaide pour « juger le résul­tat d’une œuvre plu­tôt que de la soupçon­ner en per­ma­nence», d’autant que « rien ne dit que la manière d’écrire de l’IA ne nous influence pas déjà ». Les prix, du reste, ont tou­jours cou­ronné une œuvre et non un pro­cédé, et bien des cri­tiques et des lec­teurs main­tiennent avoir aimé le livre de Thé­ly­son Oré­lien. Rien d’éton­nant à cela. L’IA n’est-elle pas entraî­née par ren­for­ce­ment à par­tir de retours humains (RLHF), à par­tir de ce qui plaît aux lec­teurs, soit la cadence ter­naire, les phrases courtes, les méta­phores en cas­cade, ce qui a été repro­ché in fine au roman incri­miné ?

[...]

Source : Le Figaro


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La forteresse littéraire a tremblé prise d’assaut par la piétaille des réseaux sociaux (Affaire Thélyson Orélien)

Texte de Mathieu Bock-côté paru dans Le Figaro du 26 Septembre 2026.

Il y a une semaine à peine, C’était ça ou mourir, le roman de Thélyson Orélien, véritable événement littéraire, semblait appelé à rafler les plus grands prix, même le Goncourt. La combinaison semblait gagnante : un écrivain haïtien, installé au Québec, racontant une forme d’odyssée poétique des migrants dans un monde qui doute de plus en plus de la promesse de Babel. C’était l’ouvrage attendu par le régime diversitaire, conforme à son esthétique, comme il y eut autrefois une esthétique socialiste, qu’il était aussi obligatoire d’admirer en société - on parlera d’obligation d’admiration publique. Les figures consacrées du milieu littéraire multiplièrent les compliments les plus emportés - on a même entendu, à demi-mot, que Thélyson Orélien serait le nouveau Victor Hugo. On aurait pu dire Homère et Zola, mais le temps a manqué, probablement.

Puis une bombe a explosé. Le compte Balance ton Claude, que l’on sait depuis animé par Samuel Fitoussi, a accusé Orélien d’avoir écrit son livre avec L’IA. L’accusation semblait crédible, et fondée sur un logiciel de détection de l’écriture IA, reconnu pour son exactitude. Une part du milieu littéraire s’est immédiatement braquée : c’est faux ! Et très vite, elle a riposté : derrière cette critique s’exprimerait un racisme viscéral contre un écrivain noir parlant des migrants. On voulait l’effacer, l’humilier. La question de L’IA était secondaire : l’intégrité de l’œuvre ne comptait plus, même si encore hier, tous se seraient dits horrifiés par un monde où la littérature deviendrait le produit d’une machine. Cette riposte était prévisible. C’était ça ou mourir avait été célébré sur la base de critères idéologiques, et c’est à partir de tels critères qu’on le défendrait. Orélien, de son côté, a bien évidemment contesté les accusations. Mais comme le disait moins poliment Chirac, les soucis volent en escadrille. 

Au jour 3 de la controverse, on a découvert que Thélyson Orélien était un vilain plagiaire. Dans la presse québécoise, où il écrivait depuis longtemps, mais aussi en France, il était coutumier d’une pratique singulière : il prenait un texte paru à l’étranger, le traduisait approximativement, puis le publiait sous son nom, en partie ou totalement. En 2012, il a même remporté un concours de nouvelles organisé par Radio-canada en plagiant un vieux texte de Louis Pauwels - à tout le moins, on lui reconnaîtra de saines admirations. Chaque jour, de nouveaux plagiats sont révélés, même dans ses poèmes.

Au Québec, l’enthousiasme s’est converti en doute. Pouvait-on croire un plagiaire multirécidiviste ? Sa défense devenait moins crédible. Elle fut moins enthousiaste, son éditeur, Boréal, renonçant même à promouvoir le livre. Les accusations de racisme contre ses critiques demeurèrent, toutefois : il fallait bien sauver la face. En France, la question du plagiat trouve moins d’écho.

La polémique vire au comique. L’aristocratie culturelle pouvait difficilement s’ébaubir le lundi et reconnaître s’être fait bluffer le vendredi. Il y a des limites au triple salto arrière. Puisqu’il n’était plus possible de nier la chose, aussi bien la décréter normale. D’ailleurs, l’intelligentsia ne peut même pas s’émerveiller de manière tactique devant le canular, sur le mode « chapeau l’artiste » car ce n’en était pas un - les critiques d’Orélien y voient tout simplement une fraude littéraire. Au mieux, pour ne pas se dédire, elle peut normaliser l’écriture par L’IA, y voir une forme d’audace - mais sur cette question, elle se clivera, car les hommes de lettres ne sont pas encore prêts à s’immoler devant le dieu IA. Simple réflexe de survie. Alors on y revient : restait à traiter tout cela dans le logiciel antiraciste. Il ne déçoit jamais et s’applique à toutes les situations. Orélien l’a fait aussi. Il affirme qu’on voudrait le faire taire, qu’il cesse d’écrire. Les mauvaises langues répondront surtout qu’on voudrait qu’il écrive par lui-même.

La forteresse littéraire a pourtant tremblé - d’autant qu’elle s’est moins décomposée de l’intérieur qu’elle ne fut prise d’assaut par la piétaille des réseaux sociaux, n’acceptant pas le récit officiel qu’on lui faisait des événements, présentant simplement les faits le contredisant, ne s’inclinant tout simplement pas devant ses totems, en fait. Disons-le autrement : sans les réseaux sociaux, nous ne saurions pas grand-chose de toute cette affaire, Thélyson Orélien raflerait le Goncourt, et il aurait trouvé sa demeure sur le Mont Olympe de la diversité, à la manière du nouveau dieu à vénérer. Il n’en sera pas ainsi. Que vaudra demain le système des prix littéraires ? Comment ce milieu va-t-il gérer sa déculottée, comment va-t-il retrouver sa superbe, comment pourra-t-il faire croire à la sincérité de ses enthousiasmes ? Que faire quand tout le monde a compris que le roi était nu ?

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🤥 Faux autochtones et aborigènes, mais vrais opportunistes 

🤥Remise en doute des origines autochtones d’une militante autochtone (m-à-j)

🤥 L’acteur « cherokee » [né de deux parents siciliens…] Iron Eyes Cody [né Espera Oscar de Corti] qui avait posé pour l’affiche écologiste Crying Indian (Indien en larmes) n’avait rien d’un porte-parole écologiste… mais son visage buriné et le message véhiculé étaient, eux, des plus parlants. (Ci-contre.)  Vivant à Hollywood, il a commencé à insister, même dans sa vie privée, sur le fait qu’il était amérindien, revendiquant au fil du temps son appartenance à plusieurs tribus différentes.