mardi 24 février 2026

Québec et Californie : des étudiants internationaux très différents tant par leur proportion que leur nature

Le Québec accueillait en 2024 environ 120 000 étudiants internationaux (fin 2025, ce chiffre serait tombé à 105 000), tandis que la Californie en comptait 237 763 selon les données SEVIS 2024. Rapporté à la population — 9 millions pour le Québec, 39 millions pour la Californie — cela représente environ 1,33 % de la population au Québec contre 0,61 % en Californie, ce qui montre que la proportion d’étudiants étrangers était plus du double au Québec.

Ventilation par type d’institutions

Ce qui distingue notablement le Québec, c’est la répartition des étudiants internationaux entre les institutions. Contrairement à la Californie, où la majorité se concentre dans les universités et les community colleges, le Québec voit une part significative s’inscrire dans les cégeps, les collèges privés et les programmes de formation professionnelle, souvent de courte durée. Ces programmes visent un accès rapide au marché du travail et ouvrent fréquemment la voie à un permis de travail temporaire ou à la résidence permanente, plutôt qu’à une formation académique de pointe.

Remarque : Aux États-Unis, le terme private colleges englobe souvent toutes les institutions privées postsecondaires, incluant des universités privées. Au Québec, un collège privé fait référence à des établissements postsecondaires non subventionnés par l’État, distincts des universités. Exemples de collèges privés en Californie : University of Southern California (dizaines de milliers d’étudiants tous niveaux confondus),  University of the Pacific — université privée historique présente à Stockton, San Francisco et Sacramento,  Pepperdine University, Claremont McKenna College,  Santa Clara University, Loyola Marymount University, Concordia University Irvine, Azusa Pacific University, etc.

Des conséquences concrètes

Cette configuration particulière a plusieurs implications :
  • Accès rapide au marché du travail : les programmes courts permettent à de nombreux étudiants étrangers d’obtenir un emploi plus rapidement, ce qui facilite l’obtention d’un permis de travail temporaire ou la transition vers la résidence permanente.
  • Formation ciblée sur des emplois de niveau moyen : ces programmes ne forment pas nécessairement des experts ou des chercheurs de pointe, mais répondent à des besoins immédiats du marché, souvent dans des secteurs déjà en tension, comme l’informatique, la santé ou la mécanique spécialisée.
  • Pression sur les infrastructures : la forte concentration d’étudiants internationaux dans les cégeps et les collèges privés exerce une pression sur le logement étudiant, le transport, les services publics et même sur l’encadrement pédagogique.
  • Dépendance aux flux migratoires temporaires : cette stratégie renforce la dépendance du Québec à une immigration temporaire pour combler les besoins du marché du travail, plutôt que de former localement une relève à long terme.
Une croissance rapide promue politiquement

Le nombre d’étudiants étrangers au Québec est passé de 45 000–50 000 en 2014–2015 à plus de 110 000–120 000 en 2023–2024. Cette expansion rapide n’est pas un phénomène spontané : elle a été largement encouragée par des politiques gouvernementales successives, avant que le gouvernement Legault ne tente de plafonner les admissions dans certains programmes en 2024 pour limiter la pression sur les services publics et le marché du logement.

En Californie, la répartition est très différente : les étudiants internationaux se concentrent dans des universités où la formation est universitaire et plus longue, plutôt que centrée sur des programmes courts orientés vers le marché du travail.

Radio-Canada, le PLQ et QS : annonces catastrophistes sur l'effet des restrictions en immigration sur l'école

Dans un paysage médiatique où les titres accrocheurs occupent souvent le devant de la scène, il arrive que Radio-Canada adopte un angle de traitement qui met surtout en relief les critiques envers les politiques d’immigration du gouvernement québécois. Récemment, la société d’État a publié un article intitulé « Fin du PEQ : une situation “catastrophique” en éducation, dit l’opposition », relayant largement les réactions de certains partis à la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Présentée comme l’annonce d’un grave problème pour le réseau scolaire, cette situation mérite toutefois d’être examinée avec un peu de recul : s’agit-il d’une analyse équilibrée ou d’une amplification d’un discours politique particulier ? Un regard attentif sur les faits et le contexte permet de mieux distinguer ce qui relève du constat et ce qui tient davantage de l’interprétation.


Le cœur de l’annonce : une « catastrophe » annoncée


Selon l’article de Radio-Canada, publié récemment, près de 1 000 employés du réseau scolaire québécois — dont plus de 200 enseignants et plus de 700 membres du personnel de soutien issus de l’immigration — pourraient voir leurs permis de travail expirer en 2026. Cette situation découlerait de la fin du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Les critiques les plus appuyées proviennent notamment de la gauche radicale Québec solidaire et du Parti libéral du Québec, parti immigrationiste appuyé par à peine 10 à 20 % des francophones. Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, a ainsi déclaré : « C’est catastrophique ! On est en train de nuire au Québec, à nos enfants dans nos écoles. On nuit à nos entrepreneurs, à notre économie, à nos services publics, c’est ridicule ! » De son côté, Madwa-Nika Cadet, du PLQ, a demandé au gouvernement d’accorder rapidement une clause de droits acquis, jugeant la situation « absolument inacceptable ».

L’article du diffuseur gouvernemental fédéral met l’accent sur l’incertitude qui touche ces travailleurs temporaires arrivés notamment par le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le risque évoqué est celui de départs forcés qui viendraient accentuer la pénurie de main-d’œuvre en éducation. On y cite des exemples, notamment d'enseignants immigrés en Montérégie ou à Montréal confrontés à des délais administratifs importants. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est également critiqué pour ne pas avoir étendu au personnel scolaire les garanties accordées au secteur de la santé, où 6 300 employés ont bénéficié d’une clause dite « grand-père ».

Un contexte nettement plus nuancé : la réalité des politiques d’immigration

Ces chiffres — compilés par Radio-Canada à partir de données provenant de 10 centres de services scolaires sur 72 — peuvent sembler préoccupants à première vue, mais ils doivent être replacés dans un cadre plus large. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a annoncé en novembre 2025 une réduction des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par an jusqu’en 2029, soit 15 000 de moins qu’auparavant, dans l’objectif déclaré d’alléger la pression sur les services publics.

Cette décision s’appuie notamment sur certains constats : en 2025, le ministre Roberge indiquait que 62 000 enfants de résidents temporaires fréquentaient le système scolaire québécois, ce qui avait nécessité l’embauche d’environ 4 500 enseignants supplémentaires. Les flux migratoires temporaires, encouragés par certaines politiques fédérales mises en place après 2016, n’ont pas résolu les pénuries de main-d’œuvre ; dans plusieurs cas, ils ont aussi accru la demande en logement, en soins de santé et en services éducatifs.

L’abolition du PEQ vise ainsi à privilégier une immigration plus ciblée par l’entremise du PSTQ, avec 29 000 invitations prévues en 2026. Le secteur de l’éducation fait d’ailleurs partie des priorités annoncées par le gouvernement le 30 janvier 2026, notamment pour les enseignants du primaire et du secondaire. Parmi les 221 déclarations d’intérêt admissibles soumises par des enseignants, 84 invitations avaient déjà été envoyées depuis juillet 2025.

Dès lors, la question se pose : faut-il parler d’une « catastrophe » ? Certains acteurs politiques le soutiennent, mais d’autres observateurs invitent à nuancer ce diagnostic. En août 2025, le ministre Bernard Drainville évoquait déjà plus de 4 000 postes d’enseignants vacants à la rentrée, un chiffre néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes grâce à des efforts de recrutement local. La perte potentielle d’environ 1 000 employés issus de l’immigration dans un réseau qui compte plus de 92 000 postes (données de 2025) représente un défi réel, mais pas un effondrement du système. Des spécialistes, dont l’avocat en immigration Yves Martineau, parlent plutôt d’une situation incertaine, tout en rappelant l’existence de voies alternatives par le PSTQ.

Une couverture médiatique à examiner avec prudence

Au-delà du débat politique, certains estiment que la manière dont la question est présentée dans les médias peut accentuer une perception d’urgence ou de crise. Dans ce cas précis, Radio-Canada a surtout mis en avant les réactions les plus alarmistes provenant de partis généralement favorables à des niveaux d’immigration plus élevés, sans toujours accorder le même poids aux éléments de contexte ou aux ajustements en cours dans les politiques publiques.

Autrement dit, le débat porte moins sur l’existence de difficultés réelles potentielles — qui ne sont pas contestées — que sur la façon de les interpréter et de les présenter. La transition entre programmes d’immigration comporte inévitablement des zones d’incertitude, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de rééquilibrer un système qui a fortement reposé sur les statuts temporaires au cours des dernières années.

En définitive, la situation décrite par Radio-Canada ne correspond pas à une catastrophe imminente, mais plutôt à une phase d’ajustement dans la gestion de l’immigration au Québec. Le défi pour le gouvernement sera d’assurer une transition efficace afin de retenir les travailleurs essentiels, tandis que le débat public gagnerait sans doute à s’appuyer sur des analyses plus complètes et moins polarisées dans les médias de grand chemin.

Québec — Qui osera encore dénoncer la DPJ ?

Après avoir dénoncé le fonctionnement de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Geneviève Guérin a dû rester recluse chez elle pendant deux semaines, avant d’apprendre qu’elle était congédiée.

« Lorsque l’on a su que j’avais parlé à un journaliste, on m’a téléphoné à domicile. C’était vers 19 heures. On m’a ordonné de ne pas sortir et de ne parler à personne tant que le conseil d’administration — le C.A. — n’aurait pas décidé de mon sort. Cela a duré plus de quatorze jours. »

Durant cette période, elle est restée dans l’attente. Puis la décision est tombée : elle était licenciée et devait venir récupérer ses effets personnels.

« Cela a été l’une des épreuves les plus difficiles de ma vie. Ce n’est que depuis quelques mois que j’ai retrouvé une parole fluide ; auparavant, je me mettais à bégayer dès qu’une personne inconnue me posait une question. »

Travailleuse sociale depuis plus de vingt ans, Geneviève Guérin dirigeait le Centre PIE, un organisme communautaire financé en partie par des fonds publics. Cet organisme accompagne des familles suivies par la DPJ de la région Mauricie–Centre-du-Québec. Au Québec, la DPJ est un service public chargé d’intervenir lorsque la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis — par exemple en cas de négligence, de maltraitance ou de graves conflits familiaux.

Au fil du temps, Mme Guérin dit avoir vu passer des dossiers qui l’ont profondément troublée : des évaluations caviardées ou modifiées, des informations altérées, des documents falsifiés. Selon elle, certains enfants étaient orientés vers l’adoption de manière expéditive, « en tournant les coins très ronds », expression québécoise qui signifie agir trop rapidement ou en négligeant des étapes importantes.

Elle affirme également avoir signalé plusieurs situations à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), un organisme public indépendant chargé de veiller au respect des droits fondamentaux, notamment ceux des enfants. D’après elle, ces signalements n’ont pas été suivis d’effets.

Refusant d’accepter que certains dossiers d’adoption soient précipités ou que des informations y soient modifiées, elle a finalement décidé de parler publiquement. « Il y a eu des démarches avant d’en arriver à dire à Sébastien : “vas-y, publie.” » Le journaliste auquel elle fait référence est Sébastien Houle, du quotidien régional Le Nouvelliste.

La révélation a fait l’effet d’une bombe.

Le ministre responsable à l’époque, Lionel Carmant, a qualifié la situation d’« inacceptable ». La CDPDJ a alors décidé d’examiner 140 dossiers d’adoption traités entre le 1er janvier 2021 et le 1er janvier 2023.

Dans son rapport rendu en avril 2025, la Commission écrit avoir des raisons de croire qu’un problème systémique existait au sein de la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec et que cette situation avait entraîné de nombreuses atteintes aux droits des enfants.

Les constats sont sévères :

* dans 80 % des dossiers, aucun outil clinique n’avait été utilisé ;
* dans 66 % des cas, la décision reposait uniquement sur le fait qu’un parent avait lui-même eu affaire à la DPJ durant son enfance ;
* dans 49 % des dossiers, les faits invoqués pour justifier la décision n’avaient pas été vérifiés.

La Commission a aussi relevé des informations omises, manipulées ou même inventées.

À la suite de ces révélations, le ministre Carmant avait annoncé que la DPJ serait placée « sous tutelle ». Au Québec, cela signifie normalement qu’une autorité supérieure prend temporairement le contrôle d’un organisme pour le redresser. Or, on a appris par la suite qu’il ne s’agissait en réalité que d’un accompagnement de trois mois. Au terme de cette période, la personne chargée de cet accompagnement, Sonia Mailloux, a été nommée directrice.

Quoi qu’il en soit, l’affaire a provoqué un choc important dans le réseau.

Mais Geneviève Guérin a-t-elle été remerciée d’avoir mis en lumière un problème systémique dans le traitement des dossiers d’adoption ? D’avoir contribué à une prise de conscience collective ? Évidemment non. Non seulement la lanceuse d’alerte n’a jamais retrouvé son poste, mais il lui a fallu trois ans pour décrocher un nouvel emploi, et encore dans une autre région.

Pourtant, elle avait été encouragée par plusieurs responsables politiques, dont le premier ministre du Québec François Legault, à porter plainte auprès du Protecteur du citoyen. Au Québec, cette institution joue un rôle comparable à celui d’un médiateur ou d’un ombudsman : elle enquête sur les plaintes visant l’administration publique.

Cette démarche s’appuyait sur une nouvelle loi destinée à protéger les lanceurs d’alerte — appelés au Québec « divulgateurs » ou parfois « sonneurs d’alerte » — entrée en vigueur en novembre 2024. Or, les faits dénoncés par Mme Guérin étaient antérieurs à cette loi.

« Je lui ai dit : “Monsieur Carmant, les représailles que j’ai subies datent d’avant votre loi.” Il m’a répondu : “Non, votre plainte est recevable, nous avons modifié la loi à cause de vous.” »

La décision du Protecteur du citoyen, rendue en juin, a toutefois été tout autre. L’enquêtrice a rappelé qu’une divulgation est considérée conforme à la loi lorsqu’elle est faite aux autorités compétentes — comme le Protecteur du citoyen, la Commission municipale du Québec ou le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale — ou à l’intérieur même de l’organisme concerné. Cela permet, en principe, que les faits soient examinés et que des mesures correctrices soient prises.

Mais parler directement aux médias ne donne pas accès aux protections prévues contre les représailles. Par conséquent, l’examen de la plainte a été clos.

Autrement dit : dénoncer publiquement la DPJ ne permet pas de bénéficier des protections juridiques destinées aux lanceurs d’alerte.

Le paradoxe est frappant : selon plusieurs observateurs, si Geneviève Guérin n’avait pas témoigné publiquement, l’enquête d’envergure de la CDPDJ n’aurait sans doute jamais été lancée.

Quant à la directrice nationale de la DPJ, Lesley Hill, elle a plutôt pris la défense des intervenants du réseau de la DPJ. Le 7 mai, alors que Mme Guérin assistait aux travaux de l’Assemblée nationale — le parlement du Québec — et que des élus la remerciaient d’avoir attiré l’attention sur les droits bafoués de plusieurs enfants, Mme Hill diffusait une vidéo destinée au personnel de la DPJ.

Elle y évoquait la difficulté d’entendre des accusations telles que « parjure », « falsification » ou « omission volontaire », laissant entendre que les intervenants n’agissaient pas délibérément de la sorte.

Pourtant, ce sont précisément des pratiques de ce type que la Commission a relevées dans plusieurs dossiers.

Dans son message, la directrice invitait plutôt à se concentrer sur les « petits miracles » accomplis par le réseau, tout en affirmant sa solidarité avec les intervenants.

La question demeure : dans ces conditions, qui osera encore soulever le couvercle ?


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Homophobie et transphobie en hausse dans les écoles québécoises

Une étude présentée récemment au Québec indiquerait une augmentation des propos et comportements sexistes, homophobes et transphobes dans les écoles primaires et secondaires. Les témoignages recueillis auprès d’enseignants et d’intervenants évoquent des situations allant du sexisme ordinaire aux graffitis haineux, en passant par des attaques collectives ou des gestes symboliques extrêmes comme des saluts nazis.

L’enquête, menée auprès de plus d’une centaine d’acteurs scolaires provenant d’environ deux cents établissements publics dans plusieurs régions du Québec, conclut que ces comportements sont devenus plus fréquents et plus assumés qu’auparavant, même s’ils restent le fait d’une minorité d’élèves.

Les manifestations les plus visibles et agressives sont majoritairement le fait de garçons (des sportifs), et leurs effets sur le climat scolaire peuvent être importants, allant jusqu’à créer un sentiment d’insécurité chez certains élèves et enseignants.  Selon le chercheur en anti-féminisme à l’origine de l’étude, Francis Dupuis-Déri, le hockey scolaire serait un vecteur de cette culture d’intolérance.

Les responsables de l’étude affirment également que ce phénomène apparaît dans des écoles aux profils très variés et prétendent qu’il ne peut être attribué simplement à l’origine sociale, culturelle ou religieuse des élèves. L'étude du politologue Francis Dupuis-Déri n’est pas construite comme une enquête sociologique avec des échantillons représentatifs, des variables socio‑démographiques (religion, origine, milieu social) ou des analyses statistiques croisées,  elle est une simple synthèse de témoignages professionnels. Il ne s'agit pas une enquête sociologique rigoureuse permettant de dire « X % des comportements viennent de tel groupe religieux, culturel ou social ». On ne peut donc pas déduire scientifiquement de ce rapport que la religion, la culture ou le niveau social ne joue aucun rôle — simplement parce qu’il n’a pas été conçu pour mesurer cela.

Endoctrinement ?

Le rapport du politologue de gauche Francis Dupuis-Déri propose notamment de multiplier les drapeaux LGBT dans les écoles québécoises, une suggestion que d'aucuns trouvent proche de l’endoctrinement.

Dans une entrevue accordée au quotidien français Le Monde, publiée le 19 février dernier, Francs Dupuis-Déri souligne que la remise en cause croissante par les garçons de l’égalité femmes-hommes, à la maison comme à l’école, est liée à la large diffusion de l’idéologie masculiniste d’extrême droite.

Selon l'UQAM les filles seraient «féministes» plus jeunes que leurs mères ou leurs grands-mères. Avant, elles le devenaient à 19 ou 20 ans. Elles le seraient aujourd’hui à 13-14 ans, dès l'école ce qui n'est peut-être pas un hasard. 

Le controversé Dupuis-Déri avait reçu une subvention d'un montant de 21 495 $ du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (fédéral) fin 2024 pour son projet de recherche intitulé Enseigner dans des écoles face à la misogynie, l'antiféminisme, l'homophobie et la transphobie.

Exemples de comportements soulignés dans le rapport 

Des garçons qui refusent de travailler ou pratiquer un sport avec des filles

Des garçons qui traitent les filles de « salopes » et de « putes »

Un élève qui dit à son enseignante que sa place, « c’est à la cuisine »

Des élèves qui se lancent le défi « Si tu fais ça, t’es gai »

Des élèves qui demandent de sortir de la classe lorsqu’il est question d’éducation à la sexualité

Des élèves qui se filment en piétinant ou en brûlant des drapeaux de la communauté LGBTQ+ (vidéo)

Des garçons qui pratiquent le salut nazi dans des écoles d’un peu partout au Québec (y compris au primaire)

Une hausse reconnue, mais encore mal expliquée publiquement

Le point frappant est que l’étude elle-même propose peu d’explications tranchées. Les acteurs du milieu évoquent surtout un contexte social plus large, notamment l’influence croissante des réseaux sociaux et des discours polarisés auxquels les jeunes sont exposés.

D’autres travaux québécois évoquent toutefois un phénomène connexe : la diffusion d’attitudes masculinistes ou antiféministes chez certains jeunes, phénomène discuté depuis quelques années dans le milieu scolaire et universitaire.

Autrement dit, la hausse constatée pourrait refléter des transformations culturelles plus profondes plutôt qu’un simple problème disciplinaire à l’école.

Plusieurs pistes possibles — au-delà du silence prudent des rapports

Dans le débat public, plusieurs hypothèses sont évoquées, parfois avec prudence, parfois avec réticence.

1) L’effet des réseaux sociaux et des sous-cultures numériques

De nombreux enseignants soulignent que les élèves sont aujourd’hui exposés très tôt à des contenus polarisés, parfois misogynes ou hostiles aux minorités sexuelles. Ces discours circulent rapidement et peuvent donner l’impression qu’ils sont plus répandus qu’ils ne le sont réellement.

2) Une réaction identitaire chez certains garçons

Le fait que les comportements les plus visibles soient majoritairement masculins n’est pas anodin. Plusieurs chercheurs observent une forme de réaction ou de crispation identitaire face aux transformations rapides des normes sociales autour du genre et de la sexualité.

3) Le retour de références idéologiques radicalisées

Certains observateurs notent aussi la banalisation de symboles ou de provocations politiques extrêmes chez des adolescents, souvent davantage comme geste de transgression que par adhésion réfléchie — mais avec des effets bien réels sur les victimes.

4) La question religieuse : une hypothèse sensible mais parfois évoquée

Dans certaines recherches menées par des organismes de lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, il a été observé que les convictions religieuses fortes peuvent parfois être associées à des attitudes plus négatives envers l’homosexualité.

Cela ne signifie évidemment pas que la religion explique l’ensemble du phénomène — ni même qu’elle en constitue le facteur principal — mais elle peut jouer un rôle dans certains milieux ou groupes d’élèves.

5) Lié à cette question religieuse, la composition ethnique de la population scolaire

Depuis trente ans, la population scolaire québécoise a changé de manière significative. La part d’élèves issus de l’immigration est passée d’environ 14 % à plus de 35 % aujourd’hui, avec une concentration encore plus forte à Montréal et Laval. Mais ce qui importe ici n’est pas le fait qu’ils soient nés au Québec : ce sont les valeurs et références culturelles transmises par leurs familles qui comptent.

La composition de l’immigration a aussi évolué : moins européenne ou asiatique chrétienne (Vietnam, Liban, Europe de l’Ouest), plus maghrébine, africaine francophone et moyen-orientale. Dans ces milieux, la religion reste souvent un repère central, et certaines attitudes conservatrices sur le genre et la sexualité sont transmises dès l’enfance. Plusieurs études québécoises, dont celles du GRIS, montrent que la religiosité peut être corrélée à des réactions plus hostiles envers l’homosexualité et les identités transgenres.

Cette transformation démographique et culturelle coïncide avec la hausse constatée de propos misogynes, homophobes et transphobes dans certaines écoles. Le phénomène se manifeste surtout dans des écoles où la diversité culturelle et religieuse est très élevée, et il est amplifié par la dynamique adolescente et l’influence des réseaux sociaux.

Autrement dit, le climat scolaire est affecté par un mélange de facteurs : changement des populations, valeurs conservatrices plus présentes, et exposition à des discours polarisants. Le fait que ces élèves soient nés au Québec ne change rien : ce sont les normes et références familiales et communautaires qui influencent leur comportement et leur vision sociale.

Voir aussi 

Une enquête de deux ans menée par la chaîne publique australienne révèle qu’à Sydney, des adolescentes et adolescents gay ou bisexuels ont été attirés par des profils en ligne puis sauvagement agressés, certains épisodes étant filmés et diffusés par leurs assaillants. Ces attaques, survenues entre 2023 et 2025, impliqueraient des jeunes radicalisés liés à un réseau islamiste s’inspirant de l’État islamique, le même qui serait derrière la tuerie de Bondi Beach en décembre dernier, selon les autorités et des vidéos judiciaires. Des victimes de 14 à 17 ans ont décrit des scènes violentes où des groupes les traînaient au sol, les frappaient et proféraient des injures homophobes, alors que des enquêtes policières ont permis des arrestations et des condamnations dans plusieurs cas. Les responsables de l’enquête soulignent que ces crimes, souvent liés à des appels à la violence contre les personnes LGBTQIA+, exposent particulièrement cette communauté à des risques extrêmes et appellent à une réponse plus large pour protéger les personnes ciblées. (Encore des joueurs de hockey sur glace australiens, à n'en pas douter...)