vendredi 25 septembre 2026

Christian Rioux : « Faut-il croire un plagiaire ? Et si Thélyson Orélien était le Jason Arday québécois. » (m à j)

Après avoir choisi le roman de l'auteur canado-haïtien C'était ça ou mourir lors de sa première sélection, au début de septembre, l'Académie Goncourt a retiré, mais pas à l'unanimité, l'œuvre de Thélyson Orélien de sa sélection. L'auteur est soupçonné d'avoir utilisé l'intelligence artificielle dans le cadre de la rédaction de ce roman, ce qu'il nie.

Cette décision "est dictée par la volonté de préserver l'intégrité du prix Goncourt et celle de l'Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes", a expliqué dans un communiqué transmis à l'Agence France-Presse (AFP) l'Académie, qui avait placé le roman publié chez Grasset dans sa première sélection pour le prestigieux prix décerné le 4 novembre.

Pour l'Académie, le livre, l'une des meilleures ventes de la rentrée littéraire en France, "est selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle".


À l’échelle du petit monde de Saint-Germain-des-Prés, c’est un véritable séisme.

Le roman à succès de l’écrivain haïtien qui vit au Québec, Thélyson Orélien (ci-dessous), a-t-il été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle ? C’est ce que nous disent les meilleurs logiciels destinés à repérer ces contrefaçons. Leur jugement semble accablant ainsi que celui des experts les plus pointus.


Le soupçon est d’autant plus grave que son roman, C’était ça ou mourir, est en lice pour les plus prestigieux prix littéraires français comme le Goncourt et qu’il a déjà remporté celui du roman de la FNAC. Jusqu’à mardi, Thélyson Orélien était considéré comme la révélation de cette rentrée littéraire. En France, et pour le Québec, ce n’est pas rien.

Pour le néophyte cette accusation est à la fois terrible et déconcertante. C’est un peu comme si on lui demandait de juger de la qualité des vaccins contre la Covid. Depuis deux jours, plus les experts défilent à la télévision, moins le quidam s’y retrouve.

Mais c’était avant que l’on découvre que, dans ses chroniques, Thélyson Orélien a allègrement plagié des articles de la presse étrangère. Si l’on pouvait certes douter de la première accusation et croire que les nombreux logiciels qui détectent les textes écrits par l’IA avaient des failles, il n’en va pas de même pour la seconde.

Plusieurs de ses articles écrits il y a plus d’une décennie ne sont en réalité que des traductions littérales et bancales d’articles ou d’extraits de livres, comme vient de le reconnaître La Presse. Sa chronique « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal » publiée le 28 février 2013 reproduit mot pour mot de larges extraits de celle de Dean Andy Bautista dans le Philippine Star, « My four centavos » (23 février 2013). Même chose pour « Le prochain pape devrait être plus jeune » (15 février 2013) qui reproduit en partie un éditorial de The Hindu. Dans plusieurs textes, l’auteur n’hésite pas non plus à s’approprier des extraits du « futurologue » Alvin Toffler sans jamais le citer.


Last but not least, sa nouvelle « Où va le monde » qui reçut le Prix du public de Radio-Canada en 2014 était plagiée d’un texte de l’écrivain français Louis Pauwels. [Note du carnet: Il s'agit de préface du Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.] Notons en passant qu’au moment où la polémique éclatait, Thélyson Orélien faisait opportunément disparaître son blog personnel.

Ici, il n’est plus question de débat entre spécialistes et d’évaluation technique de la qualité d’un logiciel. Il n’y a plus la moindre marge d’erreur. Il suffit de savoir lire. Or, la crédibilité de Thélyson Orélien sort de cette épreuve pour le moins égratignée. Sinon en pièces.

Comment croire que l’écrivain a eu plus de scrupules à utiliser l’IA pour son roman comme l’indiquent les logiciels les plus perfectionnés ?

Un véhicule de la pensée unique

Si l’affaire ébranle tout le milieu littéraire, c’est qu’au-delà de la personne de Thélyson Orélien, elle pose des questions abyssales.

On se demande en effet comment, si ce roman a vraiment été écrit (coécrit ou réécrit) par l’IA, il a pu être à ce point encensé par les meilleurs critiques de France et de Navarre ? Comment expliquer qu’il ait pu franchir tous les filtres qui normalement précèdent une candidature à ces prestigieux prix littéraires, et être publié par deux éditeurs respectés ? Comment ne pas avoir le vertige en se disant que l’IA serait dorénavant capable de produire un roman qui recueille les éloges de tant de critiques et parvient à séduire un public aussi vaste ?

La réponse à ces questions réside dans la nature même de l’IA.
Celle-ci ne construit ses réponses qu’en recoupant les informations qu’elle a pillées dans des centaines de milliers de documents. Elle ne rapporte pas ce qu’elle considère comme la « vérité » — comment une machine pourrait-elle se poser une question aussi existentielle ? —, mais l’opinion générale, dominante et majoritaire. Si tout le monde dit que la terre est plate, l’IA dira que la terre est plate. Elle ne fait que restituer le consensus mou de la société.

En ce sens, l’IA est un gigantesque véhicule de la pensée unique.

Il n’est donc pas difficile de croire qu’elle pourrait être en mesure d’écrire un roman qui tienne compte de ce qu’apprécie une majorité de lecteurs, qui reprend les formules les plus à la mode, construit des phrases faciles à lire, reprend des figures de style éprouvées. « Une langue morte et [des émotions pré]calibrée[s] », dit la chroniqueuse Élisabeth Lévy. Bref, un roman qui coche toutes les cases du succès littéraire.

Or, le roman de Thélyson Orélien est largement de cette eau. Il raconte l’histoire on ne peut plus édifiante de Jonas Dorléon, valeureux migrant qui quitte Haïti, traverse tous les obstacles les plus abominables pour arriver jusqu’à cette terre resplendissante appelée Québec où il pourra enfin s’émanciper. Même si, en passant, les autochtones pourraient être plus accueillants. Bref, Thélyson Orélien raconte l’histoire édifiante que tout le monde attendait. Celle qui nous rassure tous, pleine de bons sentiments, qui éponge les larmes de notre culpabilité et rassure nos bonnes âmes en confortant leur culte de l’Autre.

Malheureusement, le style est dans la même veine. À mille lieues d’un Aimé Césaire ou d’un Dany Laferrière, les phrases sont d’une simplicité déconcertante. Pas la moindre complexité syntaxique. Pas de descriptions un peu senties d’un paysage ou des personnages — un adjectif suffit, une brève figure de style souvent convenue et parfois même incompréhensible. Pas la moindre sonorité créole, à part les dialogues évidemment. Et surtout cette impression permanente de survoler le monde sans y toucher comme le ferait un touriste en mal de frissons.

L’« emblème de la diversité »

Mais, il y a une autre explication à l’ascension phénoménale de Thélyson Orélien. C’est le préjugé favorable dont il aurait bénéficié à cause de ses origines. Impossible de mettre de côté cette question que tout le monde se pose, mais que personne n’ose formuler.

On nous accusera de préjugés racistes. Mais d’où pourrait bien venir cette interrogation sinon de ces politiques qui pratiquent ouvertement et ostensiblement la discrimination positive ?

C’est un secret de polichinelle qu’à notre époque nombre de rédacteurs en chef et de directeurs littéraires ont tendance à privilégier une œuvre lorsqu’elle vient d’un membre d’une minorité raciale, ethnique ou sexuelle. On peut parier que Thélyson Orélien n’aurait pas eu accès à des tribunes aussi prestigieuses s’il n’avait pas correspondu aux critères des programmes d’égalité, de diversité et d’inclusion (EDI) qui sont devenus le credo du monde médiatique.

On peut d’ailleurs se demander si l’écrivain haïtien ne serait pas le double de Jason Arday, cet universitaire britannique de 41 ans qui s’est suicidé après qu’on eut découvert qu’il avait plagié une grande partie de sa thèse de doctorat et menti effrontément sur son parcours universitaire.

La grande question alors posée fut de savoir comment ce fils de parents ghanéens avait pu franchir tous les filtres qui empêchent normalement un tel escroc d’accéder à ces postes. Poser la question, c’était y répondre puisque Cambridge rêvait depuis des années de recruter un professeur qui serait l’« emblème de la diversité », selon les mots du Telegraph.

Ce n’est pas un hasard si Arday vient du Royaume-Uni et Orélien du Québec, deux champions des programmes d’EDI.

Difficile de prédire comment se terminera cette histoire tant les enjeux économiques et idéologiques sont considérables. Chose certaine, ceux qui croyaient servir une cause juste ont fait le contraire. Si la forfanterie du plagiaire Thélyson Orélien devait triompher, imaginez la suspicion qu’elle ferait peser sur le travail de tous ces jeunes auteurs qui s’acharnent, eux, à construire une œuvre littéraire.

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L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

 
 
 

 
 
 

Québec : quatre fois moins d’immigrants temporaires sont partis que prévu

Statistique Canada a fortement révisé ses estimations concernant les résidents non permanents. Entre janvier 2025 et janvier 2026, leur nombre aurait diminué de 12 800 au Québec, et non de 51 400 comme on le croyait jusqu’ici.

Le recul de l’immigration temporaire au Québec a donc été nettement moins important que ne le laissaient croire les premières données officielles. De nouvelles estimations publiées le 23 septembre par Statistique Canada révèlent que plusieurs résidents temporaires que l’on croyait avoir quitté le pays étaient, en réalité, toujours présents au Canada dans l’attente du renouvellement de leur permis.

Selon les données révisées, le Québec aurait enregistré une diminution de 12 800 résidents non permanents entre janvier 2025 et janvier 2026. L’ancienne estimation faisait plutôt état d’une baisse de 51 400 personnes, soit quatre fois plus.

Les résidents non permanents regroupent principalement les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile.

Un sommet moins élevé que prévu

Statistique Canada a également revu à la baisse le nombre maximal de résidents temporaires présents au Québec.

Les estimations précédentes situaient ce sommet à 616 550 personnes au début de 2025. Les données corrigées indiquent plutôt que le maximum a été atteint en octobre 2025, avec 557 360 résidents non permanents.

Leur nombre demeure en diminution, mais la tendance est loin d’être aussi prononcée qu’on le croyait. Le Québec comptait environ 535 800 résidents non permanents en janvier 2026. Ce total a reculé à 527 200 en avril, avant de remonter à 531 800 en juillet.

Cette remontée s’explique notamment par une augmentation d’environ 10 000 du nombre de titulaires d’un permis de travail entre avril et juillet 2026.

Le statut conservé avait été mal comptabilisé

Cette importante révision découle principalement d’une amélioration de la méthode utilisée pour comptabiliser les titulaires de permis qui demandent une prolongation de leur séjour.

Lorsqu’une personne présente sa demande avant l’expiration de son permis, elle peut généralement rester légalement au Canada pendant son traitement grâce au statut conservé. Or, Statistique Canada considérait auparavant qu’elle avait quitté le pays dès l’expiration de son document, tant qu’un nouveau permis ne lui avait pas encore été délivré.

Elle était donc temporairement retranchée des estimations, puis ajoutée de nouveau une fois son permis renouvelé. L’augmentation marquée des demandes de prolongation au cours de la dernière année a amplifié ce décalage statistique.

En clair, une partie des travailleurs et des étudiants étrangers que l’on croyait partis étaient toujours au Québec.

Les passages à la frontière désormais pris en compte

Statistique Canada a également modifié sa façon d’évaluer les départs avant l’expiration d’un permis.

L’agence fédérale utilise désormais les données sur les entrées et les sorties aux frontières. Ces renseignements permettent de repérer plus précisément les personnes qui quittent le Canada avant la date d’échéance de leur permis, plutôt que de présumer qu’elles sont restées jusqu’à cette date.

Ce changement méthodologique tend, cette fois, à réduire l’estimation du nombre de résidents non permanents. Combinée à la prise en compte du statut conservé, cette nouvelle méthode devrait toutefois fournir un portrait plus fidèle des mouvements migratoires.

Une révision qui change le portrait du Canada et la richesse par habitant

Les ajustements ne concernent pas uniquement le Québec. Selon une analyse de RBC, Statistique Canada a ajouté environ 240 000 résidents temporaires à son estimation de la population canadienne pour le deuxième trimestre de 2026.

Ces corrections seraient responsables d’environ 80 % de la révision à la hausse de la population totale du pays.

Elles ont également une incidence sur plusieurs indicateurs économiques. Une population plus élevée signifie notamment que la croissance du produit intérieur brut par habitant apparaît moins favorable lorsqu’on réévalue les données des derniers mois.

La Banque Nationale souligne pour sa part que les anciennes estimations montraient une diminution annuelle de 0,5 % de la population canadienne. Les données révisées indiquent plutôt une croissance de 0,5 %, soit un écart d’un point de pourcentage.

L’objectif fédéral de réduction s’éloigne

Cette révision pourrait aussi compliquer l’atteinte de la cible fixée par Ottawa. Le gouvernement fédéral souhaite ramener la proportion de résidents temporaires à 5 % de la population canadienne d’ici la fin de 2027.

Or, si leur nombre diminue moins rapidement que prévu, cet objectif risque d’être difficile à atteindre sans une réduction plus marquée des nouvelles admissions ou une accélération des départs.

Les nouvelles estimations confirment donc que l’immigration temporaire ralentit au Québec, mais beaucoup moins fortement que ne l’indiquaient les données officielles jusqu’à présent.



Source : La Presse