vendredi 25 septembre 2026

Québec : quatre fois moins d’immigrants temporaires sont partis que prévu

Statistique Canada a fortement révisé ses estimations concernant les résidents non permanents. Entre janvier 2025 et janvier 2026, leur nombre aurait diminué de 12 800 au Québec, et non de 51 400 comme on le croyait jusqu’ici.

Le recul de l’immigration temporaire au Québec a donc été nettement moins important que ne le laissaient croire les premières données officielles. De nouvelles estimations publiées le 23 septembre par Statistique Canada révèlent que plusieurs résidents temporaires que l’on croyait avoir quitté le pays étaient, en réalité, toujours présents au Canada dans l’attente du renouvellement de leur permis.

Selon les données révisées, le Québec aurait enregistré une diminution de 12 800 résidents non permanents entre janvier 2025 et janvier 2026. L’ancienne estimation faisait plutôt état d’une baisse de 51 400 personnes, soit quatre fois plus.

Les résidents non permanents regroupent principalement les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile.

Un sommet moins élevé que prévu

Statistique Canada a également revu à la baisse le nombre maximal de résidents temporaires présents au Québec.

Les estimations précédentes situaient ce sommet à 616 550 personnes au début de 2025. Les données corrigées indiquent plutôt que le maximum a été atteint en octobre 2025, avec 557 360 résidents non permanents.

Leur nombre demeure en diminution, mais la tendance est loin d’être aussi prononcée qu’on le croyait. Le Québec comptait environ 535 800 résidents non permanents en janvier 2026. Ce total a reculé à 527 200 en avril, avant de remonter à 531 800 en juillet.

Cette remontée s’explique notamment par une augmentation d’environ 10 000 du nombre de titulaires d’un permis de travail entre avril et juillet 2026.

Le statut conservé avait été mal comptabilisé

Cette importante révision découle principalement d’une amélioration de la méthode utilisée pour comptabiliser les titulaires de permis qui demandent une prolongation de leur séjour.

Lorsqu’une personne présente sa demande avant l’expiration de son permis, elle peut généralement rester légalement au Canada pendant son traitement grâce au statut conservé. Or, Statistique Canada considérait auparavant qu’elle avait quitté le pays dès l’expiration de son document, tant qu’un nouveau permis ne lui avait pas encore été délivré.

Elle était donc temporairement retranchée des estimations, puis ajoutée de nouveau une fois son permis renouvelé. L’augmentation marquée des demandes de prolongation au cours de la dernière année a amplifié ce décalage statistique.

En clair, une partie des travailleurs et des étudiants étrangers que l’on croyait partis étaient toujours au Québec.

Les passages à la frontière désormais pris en compte

Statistique Canada a également modifié sa façon d’évaluer les départs avant l’expiration d’un permis.

L’agence fédérale utilise désormais les données sur les entrées et les sorties aux frontières. Ces renseignements permettent de repérer plus précisément les personnes qui quittent le Canada avant la date d’échéance de leur permis, plutôt que de présumer qu’elles sont restées jusqu’à cette date.

Ce changement méthodologique tend, cette fois, à réduire l’estimation du nombre de résidents non permanents. Combinée à la prise en compte du statut conservé, cette nouvelle méthode devrait toutefois fournir un portrait plus fidèle des mouvements migratoires.

Une révision qui change le portrait du Canada et la richesse par habitant

Les ajustements ne concernent pas uniquement le Québec. Selon une analyse de RBC, Statistique Canada a ajouté environ 240 000 résidents temporaires à son estimation de la population canadienne pour le deuxième trimestre de 2026.

Ces corrections seraient responsables d’environ 80 % de la révision à la hausse de la population totale du pays.

Elles ont également une incidence sur plusieurs indicateurs économiques. Une population plus élevée signifie notamment que la croissance du produit intérieur brut par habitant apparaît moins favorable lorsqu’on réévalue les données des derniers mois.

La Banque Nationale souligne pour sa part que les anciennes estimations montraient une diminution annuelle de 0,5 % de la population canadienne. Les données révisées indiquent plutôt une croissance de 0,5 %, soit un écart d’un point de pourcentage.

L’objectif fédéral de réduction s’éloigne

Cette révision pourrait aussi compliquer l’atteinte de la cible fixée par Ottawa. Le gouvernement fédéral souhaite ramener la proportion de résidents temporaires à 5 % de la population canadienne d’ici la fin de 2027.

Or, si leur nombre diminue moins rapidement que prévu, cet objectif risque d’être difficile à atteindre sans une réduction plus marquée des nouvelles admissions ou une accélération des départs.

Les nouvelles estimations confirment donc que l’immigration temporaire ralentit au Québec, mais beaucoup moins fortement que ne l’indiquaient les données officielles jusqu’à présent.



Source : La Presse

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