mercredi 15 juillet 2026

France : mieux vaut s'appeler Victoire que Mohammed pour obtenir le bac

Cette année, le Figaro Étudiant a choisi de publier une étude analysant les prénoms des 164 348 candidats au baccalauréat lors de la session 2025 des bacs général et professionnel ayant accepté de diffuser leurs résultats. Les données des 8,1 % de candidats ayant échoué à l'examen ne sont pas disponibles et seuls les prénoms comptant plus de 30 occurrences ont été retenus, mais l'échantillon est suffisamment important pour être pertinent.


Parmi les 944 prénoms identifiés, nous allons nous concentrer sur les quinze ayant obtenu le meilleur indice de réussite – indice calculé à partir des mentions reçues –, puis sur les quinze derniers de la liste. En ce qui concerne les prénoms obtenant les meilleurs résultats, cela donne : Aliénor, Adèle, Arwen, Isaure, Victoire, Églantine, Albane, Clothilde, Adélie, Domitille, Léopold, Daphné, Aglaé, Mila, Adèle. Et pour ceux de la seconde liste : Bilel, Mohammed, Arda, Abdoul, Yacine, Driss, Issa, Achraf, Imad, Kaïs, Zakaria, Abdallah, Abdoulaye, Aymane, Abdel. Difficile de faire plus caricatural...

Dans l'article du Figaro, le commentaire de ce résultat est laissé à Baptiste Coulmont, professeur à l'ENS Paris-Saclay, auteur de La Sociologie des prénoms, ouvrage dans lequel il étudie l'évolution historique du choix des prénoms en France ainsi que leur lien avec le milieu social – de manière fort intéressante, il observe ainsi que, malgré un individualisme grandissant qui voudrait faire du prénom la marque de notre identité particulière plutôt que le signe d'une appartenance à un groupe, jamais peut-être le prénom n'a été autant un marqueur social qu'aujourd'hui – mais, ajouterons-nous, tout le paradoxe est justement que l'individualisme ne produit pas des individualités : il nous abandonne à nos penchants grégaires. Depuis plusieurs années, le sociologue s'intéresse plus particulièrement aux prénoms des différents candidats au baccalauréat, et c'était à lui que, jusqu'ici, nous devions les études sur ce sujet.

Que retient-il du classement qui nous occupe ici ? Avant tout les conséquences d'une « société de classes », et des résultats qui reflètent le milieu socio-éducatif des parents. « Depuis 1945, nous dit-il, les classes populaires ont pris une autonomie culturelle en choisissant des prénoms qui n'étaient pas d'anciens prénoms bourgeois, mais en puisant dans les registres anglophones et celtiques [souvent anglicisés comme Kevin]. Dans les années 80, ça pouvait être "Mickaël", dans les années 90 "Kevin", et "Kylian" à partir des années 2000. Aujourd'hui, les parents dont le niveau de diplôme est le plus élevé préfèrent "Zélie " et " Hippolyte " à " Kylian" et "Mehdi" ».

La tarte à la crème des inégalités sociales


Une telle analyse, sans avoir rien de faux, n'en est pas moins particulièrement réductrice ; elle nous semble au moins borgne, au pire complaisante. Il saute aux yeux à la lecture des deux listes que nous avons présentées que le problème de notre système éducatif ne saurait se résumer à la question des inégalités sociales, comme voudrait encore le faire croire une certaine gauche dans son aveuglement volontaire à tous les autres facteurs entrant en jeu dans de tels résultats.

Non pas que le facteur social ne soit pas déterminant : en effet, grâce à l'idéologie égalitariste de nos politiques si soucieux de justice sociale, nous avons produit le système le plus inégalitaire au monde – ainsi que nous le rappellent systématiquement les classements PISA depuis des années, notre école est celle qui reproduit le plus les inégalités sociales. Comment ? En supprimant les exigences et la sélection précisément sous prétexte de laisser leur chance aux enfants issus des milieux défavorisés. Ce faisant, elle leur ôte toute envie de fournir à l'école les efforts qui leur permettraient d'acquérir ce que leur milieu d'origine ne leur a pas donné.

Alors, certes, dans les deux listes en question, on observe que les enfants des classes les plus favorisées sont également ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. Mais est-ce vraiment tout, et n'y a t-il vraiment aucun autre constat à tirer de cette succession de prénoms ? En réalité, on y voit tout ce que notre société ne veut pas voir, tout ce qu'il est de bon ton de taire au sujet de notre jeunesse et du système éducatif, à savoir : les ravages d'une immigration mal intégrée et islamisée, double facteur qui s'ajoute à la problématique sociale et la décuple. Par ailleurs, on y voit également la triste réalité de l'échec scolaire des garçons, autre phénomène dont notre société, avec son prisme féministe fanatique, se détourne pour ne se soucier des « inégalités filles-garçons » que lorsqu'elles existent au détriment des filles, et refuse de reconnaître tout ce que le laxisme de notre système scolaire a de pernicieux pour les garçons, qui deviennent matures plus tard et sont moins à même de s'autoréguler que les filles.

Sur les quinze premiers prénoms du classement, à part Mila (diminutif de prénoms slaves) et Arwen (création de Tolkien aux consonances [anglo-]celtiques), tous les prénoms peuvent être identifiés comme français, parfois avec une origine germanique, grecque ou latine. Ils renvoient à des figures historiques (Aliénor), à des mots de notre langue (Victoire), et s'inscrivent dans la sphère culturelle européenne ; en outre, presque tous appartiennent au calendrier des saints chrétiens. Par ailleurs, on ne trouve qu'un seul prénom de garçon.

 


Qu'il est loin, le travailleur immigré soucieux d'intégration !

Dans la fin du classement, à part Arda, d'origine turque, l'ensemble des prénoms est d'origine arabe ; excepté Achraf, Imad, Kaïs et Aymane, tous sont de tradition islamique, issus du Coran ou des noms de compagnons du prophète. Et l'on y trouve 100 % de prénoms de garçons.
L'effet de symétrie inversée est presque parfait. Il traduit l'absence complète de mélange réel là où l'on prétend établir la « diversité ». En réalité, la France voit désormais vivre sur son sol deux populations qui existent côte à côte mais ne partagent rien : elles ne fréquentent pas les mêmes lieux y compris lorsqu'elles vivent dans le même quartier, ne font pas les mêmes métiers, n'ont pas les mêmes loisirs, ne mangent même pas la même chose.

Elle est bien loin, l'immigration de travail de gens soucieux de partager la culture française et qui, en premier lieu, faisaient le choix d'un prénom français pour leur enfant. C'était l'époque des Jean-Pierre italiens et des François vietnamiens… Nos médias ont fait leurs gorges chaudes de ce qu'ils considéraient comme l'obsession d'Éric Zemmour pour la question des prénoms ; pourtant, elle est loin d'être anodine, comme cela se voit désormais on ne peut plus clairement à travers l'exemple que nous prenons ici.

Cette liste de prénoms fait éclater à nos yeux le phénomène du communautarisme, la réalité d'une immigration qui n'a aucun projet d'intégration, et qui au contraire manifeste par tous les moyens son appartenance à l'islam. À travers quelques prénoms alignés, elle révèle que notre modèle de laïcité à l'école ne saurait être désormais qu'une fiction. Cette attitude est loin d'être sans rapport avec la question des résultats scolaires : des jeunes élevés dans la défiance à l'égard du pays et de toutes ses institutions ne peuvent avoir les dispositions positives nécessaires à ce que l'on attend d'eux à l'école. Ils seront les premiers à contester l'autorité de l'enseignant, et jusqu'aux savoirs qu'il représente. Pourquoi prendraient-ils ensuite la peine de les apprendre ? L'absence d'intégration signifie en outre souvent une absence de pratique et de maîtrise du français, dont nous faisons aussi les frais désormais, avec des lycéens qui, souvent, ne comprennent plus un texte simple.

Le choc des civilisations est palpable dès le collège


Ces deux listes sont finalement comme une illustration du choc des civilisations ; elles donnent à voir deux jeunesses qui bientôt devront vivre ensemble, mais n'auront rien à se dire, et qui se retrouveront peut-être un jour, il faut le craindre, « face à face », pour reprendre l'expression d'un ancien ministre. Choc des civilisations car, face au bloc de culture islamique, on trouve bien ici un bloc culturel tout aussi homogène, celui de la civilisation européenne avec ses racines chrétiennes, celle que l'on croyait déjà disparue. Ce classement consacre en effet l'échec du délire individualiste qui, depuis plusieurs décennies, a conduit les Français à choisir pour leurs enfants des prénoms cultivant le goût de l'originalité, avec la quête du prénom unique, parfois inventé, refusant l'orthographe classique, mettant en avant la plus infime origine étrangère, et donnant finalement lieu à des listes de classes entières où l'on ne trouve parfois pas un prénom identifiable. Les meilleurs bacheliers, au contraire, ont des prénoms bien connus, français pour la plupart, qui s'inscrivent dans une culture commune et dans une histoire.

« Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l'altérité, la découverte de leur être », écrivait Alain Finkielkraut dans L'Identité malheureuse. On se prendrait à rêver que cela soit réellement le cas quand on regarde la liste des prénoms des meilleurs bacheliers de France… Cependant, ces prénoms manifestent-ils vraiment la renaissance d'une jeunesse française, consciente d'appartenir à une nation millénaire, et riche d'un passé retrouvé après des décennies d'oubli ? Ou ne sont-ils que le marqueur d'une recherche effrénée de « distinction sociale », selon l'expression de Bourdieu, pour des enfants destinés par leurs parents à la réussite individuelle au sein d'une société fracturée ? Cela, l'avenir seul nous le dira.

 Source : Valeurs actuelles 

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