jeudi 25 juin 2026

« Les jeunes les plus progressistes auraient plus de risques de développer des troubles mentaux. »

«Les jeunes les plus progressistes auront plus de chances [risques] de développer des troubles mentaux. Les théories systémiques négatives (racisme systémique, capitalisme tout-puissant, etc.) et le sectarisme idéologique sont deux causes majeures de dépression dans la nouvelle génération», avance Pierre Valentin.


Dans un essai fouillé publié chez Gallimard, « Malaise dans la génération Z », Pierre Valentin dissèque les causes de la détresse psychologique des 15-30 ans, et décèle une crise morale et culturelle.

C'est le diplodocus au beau milieu du musée de porcelaine qu'est la France qui vient : la jeune génération ne va pas bien. Du tout. Les chiffres sont connus : un quart des 15-29 ans sont en dépression. Les tentatives de suicides et d'hospitalisation en psychiatrie de la jeune génération marquent une progression spectaculaire depuis le Covid. Et pourtant, rien -; ou presque. L'ampleur du problème n'a d'égal que le silence contrit qu'il suscite. La complexité et la pluralité des causes possibles de ce fléau persuadent la majorité des observateurs, sinon de regarder ailleurs, du moins de se contenter d'une approche empirique ou purement clinique. Des écueils dont a voulu se départir le jeune essayiste Pierre Valentin pour s'attaquer à ce qui est le mal de sa génération, dans son dernier ouvrage publié chez Gallimard : Malaise dans la génération Z.

Anxieuse perspective

Après un premier essai remarqué en 2023, , l'auteur de 27 ans part d'une intuition nourrie, notamment, par les travaux du sociologue américain Christopher Lasch : cette crise psychologique que traverse cette génération -; née entre 1995 et 2013 -; est aussi et surtout une crise morale et culturelle. En clair, une perte de sens, c'est-à-dire de signification aussi bien que de direction... Avec finesse, Pierre Valentin brosse le portrait d'une jeunesse à la fois héritière et victime des luttes « émancipatrices » et de la « révolution individualiste » de ses aînés. Comme eux, elle a appris à regarder le passé comme un poids dont il faudrait se libérer. Sauf qu'elle subit, en sus, l'anxieuse perspective d'un « effondrement de l'avenir » : crise climatique, guerre, chômage de masse induit par l'IA... Au point que l'année 2050 évoque pour un tiers de cette génération ni plus ni moins que « la fin du monde ».

Ainsi, « le tunnel se ferme des deux côtés. L'impasse se fait tombe,cingle Pierre Valentin. Il ne resterait plus qu'à gigoter dans l'obscurité » . Et à gigoter en solitaire... « En l'absence de projets dans la durée, il ne reste plus que la survie . Qui se pratique dans le meilleur des cas en petit groupe ou seul. » Une solitude, principal vecteur de trouble, dont 71 % des 18-24 ans disent souffrir. Renforcée tant par la crise du Covid-19, qui aura eu pour effet de « pathologiser » l'autre , que par une numérisation sans frein rendant possible, pour ne pas dire désirable, un retrait autarcique total. Avec, pour corollaire, une déconnexion des questions d'intérêt général et une large désaffection politique. De quoi expliquer pour partie les 42 % d'abstention des 18-24 ans lors du premier tour de la dernière présidentielle... Que les prétendants à la prochaine élection se le tiennent pour dit.

Mais le plus vertigineux de cette enquête fouillée est ailleurs. Sans remettre en cause la réalité de certaines pathologies mentales et des soins spécifiques à leur apporter, Pierre Valentin questionne, sources universitaires à l'appui, l'efficacité de l'approche psychologisante systématiquement opposée aux maux de la jeunesse. En pathologisant ce qui appartenait hier au registre de la morale, le langage thérapeutique ne vient-il pas déresponsabiliser toujours plus les individus de leur mal-être, et ainsi aggraver le mal qu'il pense soigner ? « L'approche psychologique présuppose une absence de libre arbitre, déculpabilise et déresponsabilise l'individu, note Valentin. Or l'élimination de la culpabilité mène à l'élimination de la compétence. » Laissant ainsi la jeunesse dans l'illusion de ne pas être, au moins pour partie, responsable de ses maux et, donc, de n'avoir aucune prise sur eux.

L'auteur ne se contente pas de nommer le mal. Il trace aussi des chemins de guérison : retour à la morale, redécouverte de la vie intérieure et de la foi, éloge de l'engagement pour les autres, réhabilitation des appartenances et des devoirs. On pourra discuter certaines généralisations ou trouver parfois le remède plus esquissé que démontré. Mais pour la « Gen Z », le simple fait qu'un des leurs apporte au débat un ouvrage aussi ambitieux aurait à lui seul de quoi les faire renouer avec l'espérance.

Source : Le Point

Malaise dans la génération Z,
par Pierre Valentin,
paru aux éditions Gallimard,
le 21 mai 2026,
à Paris, 
288 pages, 
ISBN-10 ‏ : ‎ 2073146678
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2073146670





Alors que Mai 68 fut une révolte contre l'autorité, la génération Z semble prendre le relais de ses aînés. Leurs difficultés respectives sont-elles comparables ? Sur le plateau, le sociologue Jean-Pierre Le Goff et le jeune essayiste Pierre Valentin vont confronter leur regard. Le premier a beaucoup étudié la génération des boomeurs issus de Mai 68, le second publie Malaise dans la génération Z (Gallimard), ouvrage dans lequel il explore les raisons profondes du mal-être existentiel des jeunes d'aujourd'hui et de la crise de la santé mentale que beaucoup d'entre eux traversent. 
Les hospitalisations psychiatriques ont augmenté de 246 % chez les 10-14 ans entre 2010 et 2022. C'est par ce chiffre édifiant, mis en avant dans l'ouvrage de Pierre Valentin, que s'ouvre l'émission. Cela reflète-t-il une génération plus fragile, ou simplement plus diagnostiquée ? Le phénomène est double, selon l'essayiste. « Nous avons des données dures qui ne reposent pas sur un ressenti, ce qui permet d'objectiver l'explosion de la crise. Celles-ci augmentent avec deux cassures : l'arrivée du téléphone intelligent et la période de confinement. Maintenant, en effet, il y a un phénomène que j'ai voulu appeler la culture thérapeutique, qui pousse les jeunes à remplacer le terme de malheur par le terme de dépression » , explique-t-il.

Pour Jean-Pierre Le Goff, cette crise de la santé mentale n'est pas apparue du jour au lendemain. « C'est l'aboutissement d'un long processus, avec un phénomène d'accélération. Nous avons un rapport à la vie de plus en plus psychologique dans une société qui se veut souvent victimaire » , estime-t-il, avant de relier ce phénomène à un effondrement des institutions. L'occasion de prendre comme exemple les violences observées en marge de la récente victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions.

Différence majeure

« Je pense que c'est une jeunesse qui a grandi sans limites, et cela explique leur comportement en partie », observe Pierre Valentin, pour qui les incidents du 30 mai dernier reflètent le mal-être de la génération Z. Au point d'y voir une resucée de Mai 68 ? La comparaison est impossible, selon Jean-Pierre Le Goff. « On peut y voir des liens dans la déstructuration des repères symboliques de l'autorité. Mais, globalement, je pense qu'on a affaire à un nouveau phénomène, que j'ai appelé « la déglingue ». C'est-à-dire la conjugaison de formes de précarités, avec une désinstitutionnalisation et, surtout, la crise de tous les repères qui structuraient de l'intérieur les individus » , détaille-t-il. 

La génération Z représente les individus nés entre 1995 et 2013. Des jeunes qui ont la particularité d'avoir grandi au milieu des crises, de celle du Covid à la guerre en Ukraine, en passant par le réchauffement climatique. Si bien qu'aujourd'hui 71 % des 18-24 ans disent avoir du mal à se projeter dans l'avenir. Un point de différence majeur lorsqu'on compare les deux générations, car, « à l'époque, l'avenir était assuré, il y avait une forme d'insouciance. Aujourd'hui, quand on prend l'ensemble de ces jeunes gens, il y a de la tristesse » , assure Jean-Pierre Le Goff. Cette inquiétude envers l'avenir, Pierre Valentin l'explique en prenant une métaphore, celle du train : « Je ne suis pas maître de mon destin. Il y a une accélération sociale qui rend les choses illisibles, je ne sais même pas où je vais. Et, au moment où je devrais avoir le plus de temps pour prendre des décisions parce qu'il y a plein d'options, c'est là où ça accélère, donc j'ai encore moins de temps » , analyse-t-il.




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