Présentées comme l'alternative écologique au plastique, les pailles en papier ne seraient finalement pas meilleures pour l'environnement. C'est la conclusion d'une étude commandée par le ministère sud-coréen du Climat, de l'Énergie et de l'Environnement, rendue publique en octobre 2026, qui remet en question l'efficacité du remplacement systématique du plastique par le papier.
Les chercheurs ont comparé quatre types de pailles — plastique conventionnel, papier, plastique biodégradable et polyéthylène biosourcé (fabriqué à partir de matières végétales) — sur l'ensemble de leur cycle de vie, de la production des matières premières à l'élimination, en examinant 16 catégories d'impacts environnementaux.
Le résultat est sans ambiguïté : le plastique conventionnel présente le bilan le plus favorable dans 10 des 16 catégories étudiées, devant le papier notamment en matière de changement climatique, d'acidification, de pollution aux particules fines et de toxicité humaine.
Les écarts sont parfois importants. L'indicateur d'impact cancérogène du cycle de vie des pailles en papier est 6,33 fois supérieur à celui du plastique ; leur contribution à l'acidification, 2,04 fois plus élevée. Ces chiffres ne signifient évidemment pas que boire avec une paille en papier multiplie par six le risque de cancer : ils mesurent des impacts potentiels liés aux émissions générées par la fabrication et l'élimination du produit.
Le constat ne s'arrête pas au papier : les pailles biodégradables et biosourcées affichent elles aussi des résultats moins favorables que le plastique conventionnel dans plusieurs catégories. Utiliser une matière végétale ou présentée comme biodégradable ne garantit donc pas un meilleur bilan environnemental.
Le papier n'est pas automatiquement plus écologique que le plastique
Ce résultat s'explique : l'impact d'un produit ne se résume pas à la nature de sa matière première. Fabriquer du papier exige de l'eau, de l'énergie et de nombreux procédés industriels ; certaines pailles comportent en outre des colles et des revêtements pour les rendre résistantes aux liquides.
L'étude met à mal une autre idée reçue : la facilité de recyclage. En pratique, la petite taille des pailles complique leur séparation dans les centres de tri, et leurs revêtements et adhésifs peuvent empêcher tout recyclage. Elles ne bénéficient donc pas de l'avantage environnemental que leur réputation laisse supposer.
Cela ne fait pas du plastique un matériau inoffensif : sa persistance dans l'environnement, sa fragmentation en microplastiques et la pollution des milieux aquatiques sont des problèmes bien réels. Mais ces nuisances ne suffisent pas à faire du papier un meilleur choix sur l'ensemble des critères.
La véritable solution : consommer moins de produits jetables
La conclusion des chercheurs est pragmatique : plutôt que d'imposer le remplacement d'un matériau par un autre, les établissements devraient cesser de distribuer automatiquement des pailles jetables et ne les proposer qu'aux clients qui en font la demande.
Cette étude rappelle une réalité trop souvent oubliée des politiques environnementales : remplacer un produit par un autre parce que son matériau semble plus « vert » n'est pas nécessairement un progrès écologique. Dans cette étude, c'est le plastique conventionnel qui présente le meilleur bilan dans la majorité des catégories examinées.

