Temps d’usage limité, filtres bloqués, « j'aime » cachés… L’accord passé avec la justice prévoit aussi d’importantes modifications de ses produits pour les mineurs.
Attaqué par une trentaine d’États américains qui lui réclamaient 200 milliards, le propriétaire de Facebook et d’Instagram a préféré transiger. Il a aussi consenti à imposer aux mineurs une limite d’utilisation quotidienne par défaut de deux heures sur les deux réseaux cumulés, ainsi qu’un blocage de l’accès aux deux applications entre minuit et 6 heures du matin. Meta réfutait jusqu’ici le fait d’avoir développé des algorithmes créant une addiction.
Même s’il conteste les accusations portées contre lui, le groupe fondé par Mark Zuckerberg (ici, son siège, à Menlo Park, en Californie) a accepté toutes les doléances formulées par les États au début du procès.
Coup de théâtre dans le procès qui oppose Meta et une trentaine d’États américains au sujet de l’addiction des mineurs à Facebook et à Instagram. Le géant technologique, qui risquait jusqu’à 200 milliards de dollars d’amende, a accepté de verser jusqu’à 16,8 milliards de dollars dans le cadre d’un accord à l’amiable. Mais la transaction n’est pas seulement financière : l’accord prévoit un certain nombre de concessions importantes sur le fonctionnement même de ses produits lorsqu’ils sont utilisés par des mineurs.
Parmi elles, une limite du temps d’utilisation quotidienne de 2 heures sur Instagram et Facebook sera installée par défaut, durée qui prendra en compte l’utilisation cumulée des deux plateformes sur une journée. L’accès aux deux applications sera aussi bloqué entre minuit et 6 heures du matin. Ces réglages, qui concernent les mineurs, ne pourront être levés que par un parent. Les notifications seront aussi coupées de 22 heures à 7 heures du matin et pendant les heures de classe pour les moins de 18 ans. Autre mesure annoncée : les compteurs de « J'aime » masqués, et certains filtres esthétiques désactivés. Pierre angulaire de ces mesures, le contrôle de l’âge des utilisateurs sera renforcé à l’inscription. Sous réserve d’une validation par le juge, ces modifications seront adoptées dans les six prochains mois dans les États et les territoires américains signataires de l’accord. En revanche, l’application n’est pas prévue au niveau fédéral.
Rien ne laissait présager un tel retournement, après seulement une semaine de procès. Accusé par les États de collecter illégalement des données d’enfants de moins de 13 ans, de concevoir des réseaux sociaux délibérément addictifs et d’induire les internautes en erreur quant à leur sécurité, Meta avait réfuté les allégations en bloc. Son argumentation avait notamment reposé sur le fait que l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas reconnue par le manuel de référence de la psychiatrie américaine. Il avait récusé tout lien de causalité, estimant que la santé mentale des moins de 18 ans « ne peut être imputée à une seule application ». Il avait plutôt souligné les efforts déjà accomplis en matière de protection des mineurs, notamment via la création des « comptes adolescents », dont un certain nombre de réglages sont imposés par défaut aux mineurs depuis 2024. Mais les limites de temps restaient optionnelles et très peu activées, lui ont rétorqué les procureurs généraux, qui réclamaient plusieurs changements structurels sur les deux réseaux sociaux.
Tout en contestant toujours les accusations portées contre lui, Meta a accepté, sans exception, toutes les doléances formulées par les États au début du procès. Le géant de Menlo Park a même consenti à lâcher du lest sur le flux algorithmique, soit la façon dont les contenus défilent dans le «fil» des utilisateurs. Les parents pourront imposer un «flux non algorithmique» sur les comptes Instagram et Facebook de leurs adolescents. Cela signifie que leur fil ne sera pas personnalisé par les systèmes de recommandation de Meta, lesquels classent et suggèrent des contenus selon le comportement de l’utilisateur. Une petite révolution dans l’économie des réseaux sociaux, qui repose justement sur la puissance des algorithmes pour capter et retenir l’attention de ses utilisateurs. «Ces restrictions vont changer l’expérience sur Instagram et Facebook, elles sont conçues pour réduire l’engagement, souligne Jim Speta, spécialiste du secteur, cité par Reuters. Il reste à voir quels seront les effets, tant sur le comportement des utilisateurs que sur les revenus de l’entreprise, si les annonceurs sont également touchés par la baisse d’engagement. »
Meta a sans doute été effrayé par la menace d’une amende colossale, très supérieure à ce qu’il a pu avoir à payer jusqu’ici. Si les procureurs généraux avaient toujours évoqué une pénalité financière de 200 milliards, Meta, lui, avait redouté que la note finale soit bien plus salée. Dans un document déposé avant le procès, le groupe a indiqué que la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey réclamaient jusqu’à 1 400 milliards de dollars de dommages et intérêts. Un montant presque équivalent à la capitalisation boursière du groupe. Avant que s’ouvre le procès d’Oakland, Meta avait déjà essuyé deux revers judiciaires portant sur les dangers de ses réseaux sur les mineurs devant des jurys populaires. Le 25 mars 2026, au Nouveau-Mexique, Meta a été jugé responsable de préjudices causés aux mineurs et condamnée à 942 millions de dollars d’amendes et de réparations. Le même jour, le groupe a été reconnu coupable - avec Google dans le dossier d’une jeune femme devenue utilisatrice compulsive, et condamné à verser 6 millions de dollars.
Meta a sans doute voulu ménager son image et celles de ses dirigeants auprès du grand public. Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG de Meta, était sur la liste des dirigeants devant être auditionnés dans le cadre du procès. Le passage à la barre du patron d’Instagram, Adam Mosseri, a fait mauvaise impression. Ce dernier a d’abord vanté des fonctionnalités de protection mise en place par le groupe avant de reconnaître que celles-ci n’ont été dans les faits que très peu activées par les adolescents. En signant l’accord annoncé mercredi, Meta éteint d’un coup une quinzaine de procédures engagées devant des tribunaux d’État, dont le procès mené par le Tennessee, en cours à Nashville depuis fin juillet. Mais le bras de fer engagé il y a cinq ans par les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen n’est pas terminé. Le Nouveau-Mexique et la Floride n’ont pas signé l’accord et maintiennent leurs procédures, tous comme des centaines de plaignants (familles, écoles…) à travers les États-unis.
Cette kyrielle de procédures ne concerne pas uniquement Meta. Les réseaux sociaux Snap, Tiktok ou Youtube sont également largement poursuivis pour avoir perturbé la vie psychologique et sociale des adolescents américains. Mais Meta, qui détient les plateformes les plus puissantes du marché, ne veut pas être le seul à faire des efforts. Et encore moins le seul à voir les ados déserter sa plateforme en raison de réglages trop restrictifs. Les jeunes « passent d’une application à l’autre, parfois à des dizaines chaque jour », argue-t-elle dans une note de blog. Et de poursuivre : « Toutes les plateformes devraient donner aux parents les moyens d’agir et de soutenir les adolescents en mettant en place les mêmes mesures, car nous savons que, lorsqu’ils sont limités sur une application, ils se tournent tout simplement vers une autre. Pour que des progrès significatifs puissent avoir lieu, nous exhortons Tiktok et YouTube à se joindre à nous et aux procureurs généraux pour adopter cette nouvelle norme. »
Pour éviter toute distorsion de concurrence, le groupe ne s’est pas contenté de mots. Il va conditionner une partie de son versement à la bonne volonté des autres acteurs du secteur. Sur les 16,7 milliards qu’il s’est engagé à régler, 11,7 sont garantis, versés en dix annuités jusqu’en 2035. Les 5 milliards ne seront réglés que si Snap, Tiktok et Youtube acceptent eux aussi de brider leurs réseaux sociaux. L’autre interrogation concerne la portée de cette refonte. Sera-t-elle étendue un jour au reste du pays, au reste du monde, notamment en Europe ? L’accord scellé ce mercredi «pourrait bien constituer un tournant décisif dans le monde des médias sociaux », a commenté l’analyste financier Art Hogan auprès de Reuters.
Tout en contestant toujours les accusations portées contre lui, Meta a accepté, sans exception, toutes les doléances formulées par les États au début du procès. Le géant de Menlo Park a même consenti à lâcher du lest sur le flux algorithmique, soit la façon dont les contenus défilent dans le «fil» des utilisateurs. Les parents pourront imposer un «flux non algorithmique» sur les comptes Instagram et Facebook de leurs adolescents. Cela signifie que leur fil ne sera pas personnalisé par les systèmes de recommandation de Meta, lesquels classent et suggèrent des contenus selon le comportement de l’utilisateur. Une petite révolution dans l’économie des réseaux sociaux, qui repose justement sur la puissance des algorithmes pour capter et retenir l’attention de ses utilisateurs. «Ces restrictions vont changer l’expérience sur Instagram et Facebook, elles sont conçues pour réduire l’engagement, souligne Jim Speta, spécialiste du secteur, cité par Reuters. Il reste à voir quels seront les effets, tant sur le comportement des utilisateurs que sur les revenus de l’entreprise, si les annonceurs sont également touchés par la baisse d’engagement. »
Meta a sans doute été effrayé par la menace d’une amende colossale, très supérieure à ce qu’il a pu avoir à payer jusqu’ici. Si les procureurs généraux avaient toujours évoqué une pénalité financière de 200 milliards, Meta, lui, avait redouté que la note finale soit bien plus salée. Dans un document déposé avant le procès, le groupe a indiqué que la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey réclamaient jusqu’à 1 400 milliards de dollars de dommages et intérêts. Un montant presque équivalent à la capitalisation boursière du groupe. Avant que s’ouvre le procès d’Oakland, Meta avait déjà essuyé deux revers judiciaires portant sur les dangers de ses réseaux sur les mineurs devant des jurys populaires. Le 25 mars 2026, au Nouveau-Mexique, Meta a été jugé responsable de préjudices causés aux mineurs et condamnée à 942 millions de dollars d’amendes et de réparations. Le même jour, le groupe a été reconnu coupable - avec Google dans le dossier d’une jeune femme devenue utilisatrice compulsive, et condamné à verser 6 millions de dollars.
Meta a sans doute voulu ménager son image et celles de ses dirigeants auprès du grand public. Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG de Meta, était sur la liste des dirigeants devant être auditionnés dans le cadre du procès. Le passage à la barre du patron d’Instagram, Adam Mosseri, a fait mauvaise impression. Ce dernier a d’abord vanté des fonctionnalités de protection mise en place par le groupe avant de reconnaître que celles-ci n’ont été dans les faits que très peu activées par les adolescents. En signant l’accord annoncé mercredi, Meta éteint d’un coup une quinzaine de procédures engagées devant des tribunaux d’État, dont le procès mené par le Tennessee, en cours à Nashville depuis fin juillet. Mais le bras de fer engagé il y a cinq ans par les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen n’est pas terminé. Le Nouveau-Mexique et la Floride n’ont pas signé l’accord et maintiennent leurs procédures, tous comme des centaines de plaignants (familles, écoles…) à travers les États-unis.
Cette kyrielle de procédures ne concerne pas uniquement Meta. Les réseaux sociaux Snap, Tiktok ou Youtube sont également largement poursuivis pour avoir perturbé la vie psychologique et sociale des adolescents américains. Mais Meta, qui détient les plateformes les plus puissantes du marché, ne veut pas être le seul à faire des efforts. Et encore moins le seul à voir les ados déserter sa plateforme en raison de réglages trop restrictifs. Les jeunes « passent d’une application à l’autre, parfois à des dizaines chaque jour », argue-t-elle dans une note de blog. Et de poursuivre : « Toutes les plateformes devraient donner aux parents les moyens d’agir et de soutenir les adolescents en mettant en place les mêmes mesures, car nous savons que, lorsqu’ils sont limités sur une application, ils se tournent tout simplement vers une autre. Pour que des progrès significatifs puissent avoir lieu, nous exhortons Tiktok et YouTube à se joindre à nous et aux procureurs généraux pour adopter cette nouvelle norme. »
Pour éviter toute distorsion de concurrence, le groupe ne s’est pas contenté de mots. Il va conditionner une partie de son versement à la bonne volonté des autres acteurs du secteur. Sur les 16,7 milliards qu’il s’est engagé à régler, 11,7 sont garantis, versés en dix annuités jusqu’en 2035. Les 5 milliards ne seront réglés que si Snap, Tiktok et Youtube acceptent eux aussi de brider leurs réseaux sociaux. L’autre interrogation concerne la portée de cette refonte. Sera-t-elle étendue un jour au reste du pays, au reste du monde, notamment en Europe ? L’accord scellé ce mercredi «pourrait bien constituer un tournant décisif dans le monde des médias sociaux », a commenté l’analyste financier Art Hogan auprès de Reuters.
Source : Le Figaro
