lundi 31 août 2026

Addic­tion des mineurs aux réseaux sociaux : Meta va payer 16,8 mil­liards de dol­lars

Temps d’usage limité, filtres blo­qués, « j'aime » cachés… L’accord passé avec la jus­tice pré­voit aussi d’impor­tantes modi­fi­ca­tions de ses pro­duits pour les mineurs.

Atta­qué par une tren­taine d’États amé­ri­cains qui lui récla­maient 200 mil­liards, le pro­prié­taire de Face­book et d’Ins­ta­gram a pré­féré tran­si­ger. Il a aussi consenti à impo­ser aux mineurs une limite d’uti­li­sa­tion quo­ti­dienne par défaut de deux heures sur les deux réseaux cumu­lés, ainsi qu’un blo­cage de l’accès aux deux appli­ca­tions entre minuit et 6 heures du matin. Meta réfu­tait jusqu’ici le fait d’avoir déve­loppé des algo­rithmes créant une addic­tion.

Même s’il conteste les accu­sa­tions por­tées contre lui, le groupe fondé par Mark Zucker­berg (ici, son siège, à Menlo Park, en Cali­for­nie) a accepté toutes les doléances for­mu­lées par les États au début du pro­cès.

Coup de théâtre dans le pro­cès qui oppose Meta et une tren­taine d’États amé­ri­cains au sujet de l’addic­tion des mineurs à Face­book et à Ins­ta­gram. Le géant tech­no­lo­gique, qui ris­quait jusqu’à 200 mil­liards de dol­lars d’amende, a accepté de ver­ser jusqu’à 16,8 mil­liards de dol­lars dans le cadre d’un accord à l’amiable. Mais la tran­sac­tion n’est pas seule­ment finan­cière : l’accord pré­voit un cer­tain nombre de conces­sions impor­tantes sur le fonc­tion­ne­ment même de ses pro­duits lorsqu’ils sont uti­li­sés par des mineurs.

Parmi elles, une limite du temps d’uti­li­sa­tion quo­ti­dienne de 2 heures sur Ins­ta­gram et Face­book sera ins­tal­lée par défaut, durée qui pren­dra en compte l’uti­li­sa­tion cumu­lée des deux pla­te­formes sur une jour­née. L’accès aux deux appli­ca­tions sera aussi blo­qué entre minuit et 6 heures du matin. Ces réglages, qui concernent les mineurs, ne pour­ront être levés que par un parent. Les noti­fi­ca­tions seront aussi cou­pées de 22 heures à 7 heures du matin et pen­dant les heures de classe pour les moins de 18 ans. Autre mesure annon­cée : les comp­teurs de « J'aime » mas­qués, et cer­tains filtres esthé­tiques désac­ti­vés. Pierre angu­laire de ces mesures, le contrôle de l’âge des uti­li­sa­teurs sera ren­forcé à l’ins­crip­tion. Sous réserve d’une vali­da­tion par le juge, ces modi­fi­ca­tions seront adop­tées dans les six pro­chains mois dans les États et les ter­ri­toires amé­ri­cains signa­taires de l’accord. En revanche, l’appli­ca­tion n’est pas pré­vue au niveau fédé­ral.

Rien ne lais­sait pré­sa­ger un tel retour­ne­ment, après seule­ment une semaine de pro­cès. Accusé par les États de col­lec­ter illé­ga­le­ment des don­nées d’enfants de moins de 13 ans, de conce­voir des réseaux sociaux déli­bé­ré­ment addic­tifs et d’induire les inter­nautes en erreur quant à leur sécu­rité, Meta avait réfuté les allé­ga­tions en bloc. Son argu­men­ta­tion avait notam­ment reposé sur le fait que l’addic­tion aux réseaux sociaux n’est pas recon­nue par le manuel de réfé­rence de la psy­chia­trie amé­ri­caine. Il avait récusé tout lien de cau­sa­lité, esti­mant que la santé men­tale des moins de 18 ans « ne peut être impu­tée à une seule appli­ca­tion ». Il avait plu­tôt sou­li­gné les efforts déjà accom­plis en matière de pro­tec­tion des mineurs, notam­ment via la créa­tion des « comptes ado­les­cents », dont un cer­tain nombre de réglages sont impo­sés par défaut aux mineurs depuis 2024. Mais les limites de temps res­taient option­nelles et très peu acti­vées, lui ont rétor­qué les pro­cu­reurs géné­raux, qui récla­maient plu­sieurs chan­ge­ments struc­tu­rels sur les deux réseaux sociaux.

Tout en contes­tant tou­jours les accu­sa­tions por­tées contre lui, Meta a accepté, sans excep­tion, toutes les doléances for­mu­lées par les États au début du pro­cès. Le géant de Menlo Park a même consenti à lâcher du lest sur le flux algo­rith­mique, soit la façon dont les conte­nus défilent dans le «fil» des uti­li­sa­teurs. Les parents pour­ront impo­ser un «flux non algo­rith­mique» sur les comptes Ins­ta­gram et Face­book de leurs ado­les­cents. Cela signi­fie que leur fil ne sera pas per­son­na­lisé par les sys­tèmes de recom­man­da­tion de Meta, les­quels classent et sug­gèrent des conte­nus selon le com­por­te­ment de l’uti­li­sa­teur. Une petite révo­lu­tion dans l’éco­no­mie des réseaux sociaux, qui repose jus­te­ment sur la puis­sance des algo­rithmes pour cap­ter et rete­nir l’atten­tion de ses uti­li­sa­teurs. «Ces res­tric­tions vont chan­ger l’expé­rience sur Ins­ta­gram et Face­book, elles sont conçues pour réduire l’enga­ge­ment, sou­ligne Jim Speta, spé­cia­liste du sec­teur, cité par Reu­ters. Il reste à voir quels seront les effets, tant sur le com­por­te­ment des uti­li­sa­teurs que sur les reve­nus de l’entre­prise, si les annon­ceurs sont éga­le­ment tou­chés par la baisse d’enga­ge­ment. »

Meta a sans doute été effrayé par la menace d’une amende colos­sale, très supé­rieure à ce qu’il a pu avoir à payer jusqu’ici. Si les pro­cu­reurs géné­raux avaient tou­jours évo­qué une péna­lité finan­cière de 200 mil­liards, Meta, lui, avait redouté que la note finale soit bien plus salée. Dans un docu­ment déposé avant le pro­cès, le groupe a indi­qué que la Cali­for­nie, le Colo­rado, le Ken­tu­cky et le New Jer­sey récla­maient jusqu’à 1 400 mil­liards de dol­lars de dom­mages et inté­rêts. Un mon­tant presque équi­valent à la capi­ta­li­sa­tion bour­sière du groupe. Avant que s’ouvre le pro­cès d’Oak­land, Meta avait déjà essuyé deux revers judi­ciaires por­tant sur les dan­gers de ses réseaux sur les mineurs devant des jurys popu­laires. Le 25 mars 2026, au Nou­veau-Mexique, Meta a été jugé res­pon­sable de pré­ju­dices cau­sés aux mineurs et condam­née à 942 mil­lions de dol­lars d’amendes et de répa­ra­tions. Le même jour, le groupe a été reconnu cou­pable - avec Google dans le dos­sier d’une jeune femme deve­nue uti­li­sa­trice com­pul­sive, et condamné à ver­ser 6 mil­lions de dol­lars.

Meta a sans doute voulu ména­ger son image et celles de ses diri­geants auprès du grand public. Mark Zucker­berg, le fon­da­teur et PDG de Meta, était sur la liste des diri­geants devant être audi­tion­nés dans le cadre du pro­cès. Le pas­sage à la barre du patron d’Ins­ta­gram, Adam Mos­seri, a fait mau­vaise impres­sion. Ce der­nier a d’abord vanté des fonc­tion­na­li­tés de pro­tec­tion mise en place par le groupe avant de recon­naître que cel­les-ci n’ont été dans les faits que très peu acti­vées par les ado­les­cents. En signant l’accord annoncé mer­credi, Meta éteint d’un coup une quin­zaine de pro­cé­dures enga­gées devant des tri­bu­naux d’État, dont le pro­cès mené par le Ten­nes­see, en cours à Nash­ville depuis fin juillet. Mais le bras de fer engagé il y a cinq ans par les révé­la­tions de la lan­ceuse d’alerte Frances Hau­gen n’est pas ter­miné. Le Nou­veau-Mexique et la Flo­ride n’ont pas signé l’accord et main­tiennent leurs pro­cé­dures, tous comme des cen­taines de plai­gnants (familles, écoles…) à tra­vers les États-unis.

Cette kyrielle de pro­cé­dures ne concerne pas uni­que­ment Meta. Les réseaux sociaux Snap, Tik­tok ou You­tube sont éga­le­ment lar­ge­ment pour­sui­vis pour avoir per­turbé la vie psy­cho­lo­gique et sociale des ado­les­cents amé­ri­cains. Mais Meta, qui détient les pla­te­formes les plus puis­santes du mar­ché, ne veut pas être le seul à faire des efforts. Et encore moins le seul à voir les ados déser­ter sa pla­te­forme en rai­son de réglages trop res­tric­tifs. Les jeunes « passent d’une appli­ca­tion à l’autre, par­fois à des dizaines chaque jour », argue-t-elle dans une note de blog. Et de pour­suivre : « Toutes les pla­te­formes devraient don­ner aux parents les moyens d’agir et de sou­te­nir les ado­les­cents en met­tant en place les mêmes mesures, car nous savons que, lorsqu’ils sont limi­tés sur une appli­ca­tion, ils se tournent tout sim­ple­ment vers une autre. Pour que des pro­grès signi­fi­ca­tifs puissent avoir lieu, nous exhor­tons Tik­tok et YouTube à se joindre à nous et aux pro­cu­reurs géné­raux pour adop­ter cette nou­velle norme. »

Pour évi­ter toute dis­tor­sion de concur­rence, le groupe ne s’est pas contenté de mots. Il va condi­tion­ner une par­tie de son ver­se­ment à la bonne volonté des autres acteurs du sec­teur. Sur les 16,7 mil­liards qu’il s’est engagé à régler, 11,7 sont garan­tis, ver­sés en dix annui­tés jusqu’en 2035. Les 5 mil­liards ne seront réglés que si Snap, Tik­tok et You­tube acceptent eux aussi de bri­der leurs réseaux sociaux. L’autre inter­ro­ga­tion concerne la por­tée de cette refonte. Sera-t-elle éten­due un jour au reste du pays, au reste du monde, notam­ment en Europe ? L’accord scellé ce mer­credi «pour­rait bien consti­tuer un tour­nant déci­sif dans le monde des médias sociaux », a com­menté l’ana­lyste finan­cier Art Hogan auprès de Reu­ters.

Source : Le Figaro

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