samedi 29 août 2026

Accord commercial — Ce que Washington exigeait du Canada

Washington a réagi comme si le Canada l’avait accusé de vouloir empêcher les gens de parler français. Trump a nié vouloir s’immiscer dans la manière dont les Canadiens parlent français et a accusé Carney de malhonnêteté, tandis que Greer a insisté sur le fait que la description canadienne des négociations allait bien au-delà de ce dont les Américains avaient réellement discuté. Reuters a rapporté le démenti de Trump le 25 août, y compris son affirmation selon laquelle la controverse linguistique était motivée par des considérations politiques.

Le problème, c’est que personne n’accusait Trump d'interdire le français comme langue de communication. Le débat portait sur les lois canadiennes régissant la culture, la radiodiffusion, les services de streaming et la visibilité du français, ce qui constitue une explication bien moins spectaculaire, mais qui pourrait bien être la véritable raison. La réponse de Trump a été, comme à son habitude, commode : répondre à une accusation plus simple que personne n’avait formulée, déclarer cette accusation fausse, attaquer le Premier ministre canadien et passer à autre chose sans aborder le fond du litige.

La défense de Greer était plus nuancée, bien que pas nécessairement plus utile. Dans son entretien avec Rosemary Barton de la CBC le 26 août 2026, il a reconnu que les négociateurs américains avaient des questions concernant la loi canadienne sur la diffusion en ligne et le projet de loi 109 du Québec, qui porte sur la visibilité des contenus en langue française sur les services de streaming. Greer a néanmoins insisté sur le fait que cette question était « la plus éloignée de la ligne rouge » et a déclaré que les Américains ne laisseraient pas un bon accord commercial capoter pour une raison de ce genre.

Cette précision a déjà considérablement fait évoluer la position américaine. La question, qui était auparavant présentée comme une invention canadienne, a laissé place à l’aveu que les négociateurs américains avaient bel et bien soulevé les lois canadiennes et québécoises sur la culture précises au cœur du différend. L’argument de M. Greer n’était plus que le sujet n’avait pas été abordé. Son argument était désormais que cela n’avait pas été suffisamment important pour expliquer pourquoi les négociations avaient échoué.

Billet du 24 août 2026

La Maison-Blanche a rejeté lundi les accusations selon lesquelles elle aurait demandé au Canada de faire des concessions concernant la langue française dans le cadre des négociations commerciales, comme l’a avancé le premier ministre Mark Carney.

Samedi, le premier ministre du Canada avait confié en conférence de presse que les Américains avaient demandé des changements concernant « les subventions et le soutien pour notre culture, et la langue française », ainsi que sur l’étiquetage bilingue des produits au Canada. Il a aussi avancé qu’il y avait eu des « suggestions » de Washington pour « changer la découvrabilité » du contenu canadien sur les plateformes américaines telles que Netflix et Amazon Prime.




Mais Jamieson Greer, le représentant américain au commerce, responsable des négociations qui ont achoppé avec le Canada vendredi soir, a démenti le tout, soutenant qu’il s’agissait d’une « fausse histoire assez drôle ».


« Ce n’est pas vrai, je ne sais pas d’où vient cela », a-t-il dit lundi matin sur les ondes du réseau CNBC, lorsqu’il a été interrogé sur les prétentions selon lesquelles les États-Unis chercheraient à imposer la priorité à la langue anglaise.

En vertu de la Loi sur la radiodiffusion au Canada, les géants numériques comme Amazon Prime et Netflix doivent promouvoir le contenu canadien, notamment francophone, sur leurs plateformes. Ils doivent aussi verser une partie de leurs revenus au soutien du contenu canadien.

« Ce que nous n’aimons pas, c’est une situation où le Canada, le gouvernement fédéral, force les entreprises technologiques américaines à prendre leurs revenus et à en donner un pourcentage à leurs concurrents au Canada », a expliqué M. Greer.

« Nous pensons qu’il s’agit d’une taxe, une taxe discriminatoire sur les entreprises américaines, mais nous n’avons aucun problème avec la langue française », a ajouté le membre de l’administration Trump, soutenant comprendre « pourquoi les Québécois veulent du contenu en langue française ».

Interrogé sur les propos de M. Greer en conférence de presse lundi, Mark Carney a répondu que c’est un « fait » que les Américains ont mis la culture et la langue de Molière sur la table des négociations.

« Pour les Américains, la langue française, la culture québécoise, francophone et canadienne sont des questions irritantes. Non, ici au Canada et au Québec, ce sont des droits fondamentaux, pas un irritant », a-t-il rétorqué.

Le Globe and Mail a rapporté dimanche que les Américains avaient demandé au fédéral d’accorder des exemptions aux lois exigeant que les grandes plateformes de diffusion en continu américaines améliorent la visibilité du contenu canadien, y compris le contenu en français, au pays.

L’étiquetage bilingue aussi

Mark Carney a aussi réitéré que l’étiquetage bilingue faisait partie d’une liste d’irritants avancée par l’administration américaine. « Le gouvernement du Canada dit chaque fois : non, non, non et non. La blague est finie, ce n’est pas amusant », a répliqué le premier ministre.


La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), Liane Roy, a d’ailleurs salué la décision d’Ottawa de se retirer de la table de négociation à la suite de cela.




Billet du 23 août au soir

Après l’échec des négociations commerciales, le Canada a suspendu les discussions et annoncé des contre-tarifs en réponse aux nouvelles surtaxes américaines de 50 %. Ottawa a jugé les exigences de Washington inacceptables, notamment sur la langue française, la culture et la souveraineté commerciale.

Ce que Washington exigeait du Canada

Les négociations commerciales entre Ottawa et Washington ont échoué. Mark Carney a suspendu les pourparlers, estimant que les dernières conditions américaines étaient inéquitables et remettaient en cause la souveraineté canadienne. En réponse aux surtaxes de 50 % imposées par les États-Unis sur environ 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes, le Canada a annoncé des contre-tarifs équivalents à compter du 8 septembre.

Demandes formulées selon les articles de presse 

Points soulevés dans le rapport de l’USTR (2026)

L’USTR (United States Trade Representative) est l’agence fédérale américaine chargée de la politique commerciale et des négociations internationales.

Demandes rapportées par le Globe and Mail (14 août 2026)


Ce qu’Ottawa avait déjà cédé sans contrepartie

Dimanche, Donald Trump a réagi sur Truth Social après l’annonce des contre-tarifs canadiens : « Le Canada veut les avantages d’un État [des États-Unis] sans en être un !!! Ils ont aussi imposé à nos formidables agriculteurs, pendant de nombreuses années, des montants énormes de tarifs douaniers. Ça suffit !!! »