Dernier-né du réseau Excellence Ruralités, fondé par Hervé Catala et Jean-Baptiste Nouailhac, le collège hors contrat [non subventionné en France] Vauban accueille depuis septembre dernier 10 élèves de 6e et 5e dans la commune d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire [centre de la France], où vivent 1 800 habitants. Sa promesse : « Des petits effectifs, un accompagnement personnalisé et une pédagogie adaptée », sur un territoire où l’offre éducative est réduite, notamment pour des enfants à besoins particuliers. « Chez nous, la quasi-totalité des enfants ont des troubles de l’apprentissage, explique Marie de Seroux, directrice de l’établissement. Notre objectif est d’accueillir et d’offrir une scolarité à des enfants qui n’ont de place nulle part, pas l’inverse. Nous n’avons pas pour objectif de vider les classes de l’école publique. »
Le secret de réussite de l’établissement est de remettre au goût du jour des méthodes traditionnelles. Ici, tous les enfants sont en uniforme. Quatre polos blancs, deux pulls bordeaux et une jupe ou un pantalon gris sont fournis par l’école contre 120 euros. Les parents doivent se procurer eux-mêmes les chaussures, sombres et sans marque. Le lundi matin, le rituel de la levée des couleurs au son de La Marseillaise ouvre la semaine. Les cours commencent à 8 heures et terminent à 16 h 30, après une heure d’étude dirigée. « L’organisation est plus simple pour les parents et les enfants, puisque l’emploi du temps est toujours le même. Nous pouvons ainsi accompagner à pied, matin et soir, tous les élèves qui viennent en train à la gare d’Étang », explique Dorian Maillot, professeur de mathématiques.
Enfin, règle d’or pour l’équipe pédagogique de l’établissement : les enseignants sont également des «éducateurs». Dans la cour de récréation, les préadolescents jouent encore à chat ou à la gamelle. Les élèves se mélangent volontiers, mais ils sont rarement seuls. «Je chausse mes baskets, et j’y vais!», lance Dorian Maillot, avant de rejoindre deux d’entre eux pour une partie de football. « Au début, ils me battaient, mais finalement, j’ai repris le dessus », sourit l’enseignant. À midi, élèves et professeurs partagent la même table. Des moments de complicité importants pour les enfants. « Il y a un esprit super familial ici. On joue tous ensemble, sans se juger les uns et les autres, à l’inverse d’un collège normal où tout le monde reste dans son coin à se raconter des potins », se réjouit Anastasia, élève de 5e.
Chaque vendredi après-midi, les collégiens sortent le nez de leurs cahiers pour profiter d’un atelier ludique animé par un enseignant. Couture, cuisine, rénovation de meubles, jardinage… « Aujourd’hui, c’est clafoutis ! », lance Louis, élève de 6e, en dénoyautant les cerises apportées par Anastasia. De l’autre côté du jardin, Loan visse rigoureusement les planches arrachées d’une palette pour constituer un bac de compostage. « C’est mon moment préféré de la semaine. J’adore les travaux manuels et passer du temps dehors», confie-t-il.
La méthode a déjà fait ses preuves ailleurs en France. Le premier collège d’excellence Ruralités, baptisé Cours Clovis, a vu le jour en 2017 à La Fère, dans l’Aisne [dans le Nord du pays]. Installé dans un ancien magasin Lidl, il accueille aujourd’hui des élèves du CP à la 3e. Le lieu d’implantation a été mûrement réfléchi : cette commune de 3000 habitants comptait alors 37% de décrochage scolaire. En 2022, le Cours Aliénor d’Aquitaine a vu le jour dans l’ancienne école communale d’esse (500 habitants), en Charente.
Le Cours Vauban, lui, a trouvé sa place dans un champ, où cinq Algeco [modules préfabriqués] ont été aménagés sommairement. « On essaie de décorer comme on peut, on colle des cartes de France ou des productions des élèves pour habiller les murs », sourit Aline Bouheret, enseignante de français. Les chaises et les tables sont issues de la récupération quand la vaisselle et l’équipement de la kitchenette – les élèves apportent chacun leur repas à l’école – ont été chinés ou donnés par les parents. Deux autres Algeco seront installés cet été, pour accueillir les futures classes de 4e et 3e qui ouvriront à la rentrée 2026 pour l’une et en septembre 2027 pour l’autre.
Si l’établissement privé hors contrat ne reçoit, par définition, aucune aide de l’état, les frais de scolarité, calculés en fonction du quotient familial, ne sont que de 30 à 90 euros par mois. En moyenne, ces tarifs sont plus proches de ceux d’un collège privé sous contrat, quand une scolarité hors contrat coûte entre 400 et 800 euros par mois. « Cela nous a confortés dans notre choix d’y inscrire notre fils », indique François Lallemand, ingénieur en BTP et père d’étienne, élève de 5e, diagnostiqué TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Excellence Ruralités fonctionne grâce au mécénat et aux dons de particuliers (L’Oréal, Fonds du bien commun – détenu par le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin –, Hellio…), qui représentent «90% de nos finances», explique Jean-baptiste Nouailhac.
Malgré son action « à vocation sociale », comme l’indique son directeur général, le réseau est sous le feu des critiques depuis plusieurs mois. D’abord en raison de la participation financière de Pierre-Édouard Stérin, véritable épouvantail de la gauche médiatique. Le 15 avril dernier, Mediapart titrait un article «Excellence Ruralités, l’enseignement traditionaliste qui fleurit là où l’école publique est en souffrance », dans lequel il assurait que le projet éducatif «largement financé par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, veut mener la bataille idéologique dans des régions où l’éducation nationale est à la peine ». Un mois plus tard, Libération égratignait à son tour Excellence Ruralités dans une tribune intitulée « Ne laissons pas les écoles rurales à l’extrême droite de Pierre-Édouard Stérin». Par ailleurs, des carences pédagogiques et des manquements en matière d’hygiène, de sécurité et de suivi des élèves ont été relevés dans des rapports d’inspection de l’éducation nationale, notamment au sein du Cours Aliénor d’aquitaine. Le rectorat de Bordeaux a saisi le préfet pour envisager une éventuelle fermeture administrative. Directeur de l’établissement, Philippe Sauer assure avoir pris les mesures nécessaires : « Venez voir à quoi ressemblent nos écoles, vous verrez que nos élèves s’y sentent bien. Nous avons répondu à tous les manquements soulevés lors des inspections de 2023, 2025 et du mois de mai dernier. »
Le Cours Vauban, dernier-né du réseau, n’est pas épargné par la critique. «Certaines personnes sont persuadées que nous nous sommes installés là pour politiser les enfants et que nous leur dispensons une éducation ultra-catholique, ce qui est faux. Nous sommes une école laïque », avance Marie de Seroux. Pour Pierre-françois Chanu, directeur pédagogique au sein du réseau, les méthodes employées «n’ont rien d’idéologiques» ni « d’antan ». « Nous utilisons la méthode syllabique pour apprendre à lire, comme c’était le cas autrefois. À l’inverse, en mathématiques, nous préférons la méthode Shanghai, qui date des années 2000», détaille-t-il.
Excellence Ruralités peut compter sur le soutien de ses enseignants et des parents d’élèves. « Notre équipe reste soudée. Nous savons pourquoi nous avons choisi cette école », confie Paul Prédignac, enseignant en histoire-géographie à Esse depuis la rentrée dernière. Même son de cloche chez Candice Debock, mère de trois élèves scolarisés au Cours Clovis depuis cinq ans. « Cet établissement a été une chance pour nous d’offrir une meilleure éducation à nos enfants multi-dys. Depuis qu’ils suivent leur scolarité, ils sont métamorphosés », souligne-t-elle. Et cela paie : l’été dernier, Excellence Ruralités se félicitait des résultats au brevet de ses élèves, avec une moyenne de 14,1 sur 20 au Cours Clovis et de 12,4 au Cours Aliénor d’Aquitaine.
Source : Le Figaro
