mardi 31 mars 2026

Les Occidentaux fuient leur pays en nombre record

On assiste selon The Economist à une augmentation rapide de l’émigration à partir des pays occidentaux, qui atteint aujourd’hui des niveaux inédits et pourrait avoir des conséquences économiques et politiques durables.

À partir d’un exemple symbolique, celui de l'ancienne Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern désormais installée en Australie, l’article de l'hebdomadaire londonien souligne que l’attention publique se concentre presque exclusivement sur l’immigration vers l'Occident, alors même que les départs explosent. Faute de statistiques fiables, le phénomène est mal mesuré, mais une estimation couvrant 31 pays occidentaux suggère qu’environ 4 millions de personnes ont quitté leur pays en 2024, soit une hausse d’environ 20 % par rapport à la période pré-pandémique.

 


Cette augmentation est généralisée : Canada, Nouvelle-Zélande, Suède, Italie ou encore Islande enregistrent des hausses marquées de départs. Même les États-Unis, malgré des données imparfaites, seraient concernés. Une partie du phénomène s’explique par un effet de rattrapage après les années 2022-2023, marquées par une forte immigration temporaire. Toutefois, les citoyens eux-mêmes émigrent davantage, en particulier les jeunes diplômés, qui sont nettement plus enclins à partir.

La majorité de ces expatriés ne quittent pas l’Occident, mais se déplacent au sein de celui-ci, alimentant ce que l’article appelle une « économie des expatriés ». Les États-Unis attirent une part importante de ces flux, notamment dans les secteurs technologiques, tandis que certains pays plus petits, comme les Pays-Bas, bénéficient aussi de ces mouvements.

Trois grandes causes expliquent cette dynamique:

  • D’abord, la pandémie a banalisé le travail à distance, rendant possible une mobilité géographique accrue.
  • Ensuite, la fiscalité joue un rôle croissant : l’augmentation des impôts sur les hauts revenus incite certains à s’installer temporairement dans des pays plus avantageux
  • Enfin, le facteur politique est déterminant : une défiance croissante envers les systèmes politiques pousse des individus de sensibilités diverses à chercher ailleurs un environnement plus conforme à leurs attentes. 
Des travaux universitaires suggèrent même un lien entre déclin démocratique et hausse de l’émigration.

Les conséquences pour les pays d’origine peuvent être lourdes : perte de talents, manque à gagner fiscal, fragilisation des finances publiques, voire dégradation de la qualité démocratique, les individus les plus ouverts ou qualifiés étant souvent ceux qui partent. Toutefois, cette dynamique a aussi un revers positif : les pays d’accueil bénéficient de ces compétences, et une partie des expatriés finit par revenir, apportant avec elle capital, savoir-faire et réseaux.

Ainsi, loin d’être un simple phénomène marginal, l’essor de l’émigration occidentale redessine en profondeur les équilibres économiques et humains au sein du monde développé, tout en renforçant l’interconnexion globale des sociétés.

Il y a 170 ans — avril 1856, prophétie suicidaire de la nation Xhosa


Au sud du fleuve Orange et du fleuve Fish (Vis en afrikaans), les colons franco-hollandais ont bien constitué le premier peuplement sédentaire, tandis que l’antériorité des Noirs au nord de la rivière Kei n’est contestée par personne.

De 1770 à la fin du XIXe siècle, on recense au total en Afrique australe neuf « guerres des frontières » ou « guerres cafres » (d’un mot issu de l’arabe [« mécréant »] qui désignait en Afrique les Noirs). 

Elles opposent les colons Boers, de rudes paysans calvinistes d’origine franco-hollandaise, aux éleveurs Xhosas, des Bantous à peau noire venus du nord, qui se sont installés à l’ouest du fleuve Fish. Ces guerres s’intensifient lorsque les Britanniques, arrivés au Cap en 1815, repoussent les Boers plus loin vers le nord. C'est le mouvement des Voortrekkers, symbolisé dans la carte ci-contre en grosses flèches grisées.

Les Xhosas tentent de résister y compris en adoptant les armes de l’ennemi : un journal en xhosa, Ikwesi (« L’Étoile du Matin ») est publié en 1841 et une traduction de l’Évangile établie dès 1854.

Démoralisés par leurs défaites successives face aux Boers et aux Anglais, notamment celle de 1853, et par les pertes de territoire qui en découlèrent, les Xhosas virent également leur mode social bouleversé par l’impossibilité pour les lignages de partir à la conquête de pâturages nouveaux puisque le front pionnier blanc bloquait le leur. Pour ce peuple qui, génération après génération avançait vers le sud en s’établissant sur des terres nouvelles, le traumatisme fut profond. Il fut amplifié par la terrible sécheresse de l’été 1855-56 (déjà le climat…), et par une épidémie de pleuropneumonie bovine qui éclata en 1854, tuant au moins 100 000 têtes de bétail.

Dans ce sentiment de fin du monde, les prophéties se succédèrent. L’une annonçait la défaite des Anglais en Crimée devant des Russes présentés comme la réincarnation des guerriers Xhosas morts au combat lors des précédentes guerres et qui étaient en marche vers le Xhosaland pour le libérer. Une autre annonçait que le chef qui avait conduit la guerre de 1850-1853 était ressuscité.

C’est dans ce contexte qu’en avril 1856, une jeune fille nommée Nongqawuse et appartenant à la chefferie Mnzabele établie dans la région de la basse rivière Great Kei, eut une vision : la puissance xhosa serait restaurée par les dieux, les troupeaux seraient multipliés et les morts ressusciteraient si tout le bétail, toutes les récoltes et toutes les réserves alimentaires étaient détruites.

Durant les 15 mois de la prophétie (avril 1856-juin 1857), les Xhosas tuèrent leur bétail, soit 400 000 têtes, et ils détruisirent leurs récoltes.

La prophétesse Nongqawuse
 
Le 16 (ou le 18 selon les sources) février 1857, le jour fixé par Nongqawuse, le pays demeura silencieux et, quand la nuit tomba, les Xhosas comprirent qu’ils allaient désormais subir une terrible famine. Les morts se comptèrent par dizaines de milliers et les survivants vinrent implorer des secours à l’intérieur du territoire de la colonie du Cap. Au lendemain de la famine, la population de la Cafrerie britannique, peuplée de Xhosas, est passée de 105 000 à moins de 27 000.

Ceux qui avaient tué leur bétail et détruit leurs récoltes accusèrent ceux qui ne l’avaient pas fait d’avoir empêché la réalisation de la prophétie. En effet, quelques chefs xhosas moins naïfs que les autres, l’on dirait aujourd’hui qu’ils étaient des « prophéto-sceptiques », avaient refusé de suivre les hallucinations de Nongqawuse et ils avaient été contraints de s’exiler au nord vers le Basutoland (Lesotho) pour échapper à la furie des croyants.

Le résultat de cette prophétie fut que les Britanniques n’eurent plus besoin de faire la guerre aux Xhosas puisque ces derniers s’étaient suicidés. Ils installèrent alors 6000 colons dans l’arrière-pays du port d’East London (aujourd’hui part de Buffalo City, rappel à l’importance du buffle dans la culture xhosa) et ils englobèrent la Cafrerie britannique dans leur colonie du Cap en 1866.


 Plus de détails en anglais


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