Comment nos convictions personnelles influencent-elles ce que nous tenons pour vrai ?
Cette question fondamentale touche au cœur de la démarche scientifique. Dans le domaine de la recherche sur l'immigration, une étude innovante et ses réanalyses récentes révèlent un phénomène troublant : les convictions personnelles des chercheurs peuvent influer, souvent à leur insu, sur leurs conclusions scientifiques. Cette analyse met en lumière un déséquilibre idéologique marquant qui soulève des interrogations profondes sur l'objectivité de la recherche en sciences sociales.
Cette question fondamentale touche au cœur de la démarche scientifique. Dans le domaine de la recherche sur l'immigration, une étude innovante et ses réanalyses récentes révèlent un phénomène troublant : les convictions personnelles des chercheurs peuvent influer, souvent à leur insu, sur leurs conclusions scientifiques. Cette analyse met en lumière un déséquilibre idéologique marquant qui soulève des interrogations profondes sur l'objectivité de la recherche en sciences sociales.
Le paradoxe entre opinion publique et conclusions scientifiques
Dans les pays occidentaux, les sondages d'opinion révèlent systématiquement qu'une majorité de citoyens souhaite un durcissement des politiques migratoires. Pourtant, la recherche universitaire en sciences sociales tend massivement à conclure que l'immigration produit des effets neutres, voire positifs, sur la société. Cette divergence est particulièrement frappante concernant le maintien du soutien aux programmes sociaux – aides au chômage, retraites, soins de santé.
D'où vient ce décalage ? L'explication pourrait résider dans les biais idéologiques des chercheurs eux-mêmes, qui orientent subtilement leurs choix méthodologiques. C'est précisément ce que démontre un projet de recherche collectif innovant, connu sous le nom d'approche « multi-analystes », où plusieurs équipes travaillent sur des données identiques pour tester une même hypothèse.
L'étude fondatrice : un exercice collectif révélant l'incertitude cachée
En 2022, une équipe dirigée par Nate Breznau, Eike Mark Rinke et Alexander Wuttke a conçu une expérience sans précédent. Ils ont recruté 158 chercheurs en sciences sociales – principalement issus de la sociologie (près de 50 %), des sciences politiques (environ 25 %) et d'autres disciplines comme l'économie. Ces participants, pour la plupart expérimentés (plus de 80 % avaient enseigné l'analyse de données et 70 % avaient publié sur l'immigration ou les États-providence), ont été organisés en 71 équipes indépendantes.
Le protocole expérimental
Avant toute analyse, chaque chercheur a révélé ses convictions personnelles en répondant à une question simple : « Pensez-vous que, dans votre pays de résidence actuel, les lois sur l'immigration des étrangers devraient être assouplies ou rendues plus strictes ? » Les réponses étaient notées sur une échelle de sept points, allant de 0 (beaucoup plus restrictives) à 6 (beaucoup plus assouplies).
Toutes les équipes ont ensuite reçu exactement les mêmes données et la même question de recherche : « L'immigration réduit-elle le soutien des habitants à un État-providence généreux ? »
