Une natalité au plus bas historique
Le recul de la fécondité américaine n’est pas une impression, mais un fait statistique massif. Selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de natalité a atteint en 2023 un niveau historiquement bas, avec environ 54,5 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, en baisse de 3 % sur un an .
La tendance ne s’est pas inversée depuis :
- 53,8 en 2024, nouveau recul
- autour de 53 en 2025, selon des données récentes, soit un nouveau plancher.
Si l’on raisonne en fécondité synthétique (nombre d’enfants par femme), le constat est tout aussi net : environ 1,6 enfant par femme aujourd’hui, très loin du seuil de remplacement de 2,1. Ce niveau constitue un nadir historique en temps de paix.
La baisse est continue depuis près de vingt ans, avec une chute particulièrement marquée après la crise de 2008. Depuis 2007, le nombre de naissances a reculé d’environ 16 %, tandis que la fécondité a baissé de plus de 20 % .
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| L'indice synthétique de fécondité de l'Italie pour 2025 serait plus bas : 1,14 |
Des maisons toujours plus grandes
Alors que les Américains faisaient moins d’enfants, ils construisaient des maisons toujours plus vastes.
L’évolution de la surface moyenne est spectaculaire :
1950 : 983 sq ft (≈ 91 m²)
1960 : 1 289 sq ft (≈ 120 m²)
1970 : 1 500 sq ft (≈ 139 m²)
1980 : 1 740 sq ft (≈ 162 m²)
1990 : 2 080 sq ft (≈ 193 m²)
2000 : 2 266 sq ft (≈ 211 m²)
2010 : 2 392 sq ft (≈ 222 m²)
En un demi-siècle, la surface moyenne a donc plus que doublé, alors même que la taille des ménages diminuait. Autrement dit : plus d’espace par personne, mais moins de personnes.
Explosion du nombre de chambres
Le détail des nouvelles constructions rend le contraste encore plus frappant.
- 1950 :
- 1/3 seulement des nouvelles maisons ont 3 chambres
- 1 % seulement en ont 4 ou plus
- 2024 :
- 45 % des nouvelles maisons ont 3 chambres
- 49 % en ont 4 ou plus
Autrement dit, les logements américains sont devenus non seulement plus grands, mais structurellement conçus pour accueillir davantage d’enfants — alors même que ceux-ci sont de moins en moins nombreux.
Si les grands logements existent, ils seraient de plus en plus détenus par des ménages âgés ou aisés (Boomers et Older Millennials), tandis que l’accès des jeunes à la propriété est retardé par la hausse des prix et des taux d’intérêt. Ce décalage s’explique principalement par une croissance des coûts du logement supérieure à celle des revenus des jeunes ménages. Notons cependant que les logements que les jeunes acceptaient il y a 50 ans étaient non seulement plus petits mais souvent de moindre qualité, voir Économie des âges de la vie par Hippolyte d’Albis. Ajoutons à cela une offre très rigide dans les zones côtières et métropolitaines attractives en raison du zonage restrictif. S’ajoute une augmentation du nombre de ménages due aux séparations, aux divorces et à la baisse de la taille moyenne des foyers (notamment par la hausse du célibat) et à la croissance démographique via l’immigration, exerçant une pression supplémentaire dans certaines régions.
Ce carnet pense cependant que les explications économiques n'épuisent pas les raisons de la formation tardive de familles et la naissance d'enfants : pourquoi ces zones « côtières et métropolitaines » sont-elles attrayantes à l'époque du télétravail, pourquoi l'allongement des études, pourquoi le retard du mariage et même la formation des couples ?
Un contre-exemple. Les Juifs ultra-orthodoxes aux États-Unis et au Canada qui vivent surtout dans des zones aux logements coûteux (Outremont, Brooklyn, Lakewood, etc.) et dans les grandes villes israéliennes comme Jérusalem ou Bnei Brak. Ils ne bénéficient pas d’un « prix spécial ». Ils font face aux mêmes prix de marché (ou parfois pires, à cause de la forte concentration dans certains quartiers). Les jeunes adultes haredims (18-25 ans) quittent généralement le foyer après le mariage, qui arrive tôt. Présenter le « coût du logement » comme cause principale pour la société générale en négligeant les facteurs culturels est simpliste.

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