lundi 25 mai 2026

Frédéric Martel : « Moi, j'apporte de la nuance » après avoir mis dans le même sac Mélenchon et Mathieu Bock-Côté...

Il est des jours où l'auteur de ces lignes est doublement puni, il décide de faire de la route et d'écouter la radio de la SRC.

Samedi dans la journée, il a donc écouté  Les faits d’abord qui accueillait l'auteur français Frédéric Martel pour son livre Qui sont les nouveaux ennemis de l’Occident ?

Un passage nous a intrigué : 

(à partir de la 10e minute 35 secondes) :
On voit aujourd’hui qu'ils [les politiciens] se sont trompés. On le voit aussi avec des propositions de Marine Le Pen, je parle de la France, pardon. Ou Jean-Luc Mélenchon ou d'autres qui sont absolument, qui sont incapables de les mettre en œuvre. Jean-Luc Mélenchon a proposé qu'on quitte l'Union Européenne, que la France quitte l'Union européenne, pour rejoindre l'Alba. C'est-à-dire l'organisation tripartite lancée par le Vénézuela, le Nicaragua et Cuba. Vous imaginez le niveau de délire pour proposer quelque chose comme ça. C'est un peu aussi ce que dit Mathieu Bock-Coté quand il croit Marine Le Pen, je parle d'un Québécois puisque je vous parle. Vous voyez il y a beaucoup de gens qui ont parfois des idées qui me paraissent quand même, pour être gentil, décalées ou saugrenues. Moi, c'est vrai j'apporte de la nuance. 
Frédéric Martel, tout en nuances, met donc sur le même pied le « délire » de Mélenchon et Mathieu Bock-Côté qui croirait Marine Le Pen (il n'explique pas précisément ce que MBC croirait en la matière)... L'animateur du radiodiffuseur gouvernemental ne demande pas de précisions sur cette comparaison, il n'intervient plus qu'à la toute fin de l'explication de M. Martel (à 12 minutes) pour le remercier et conclure l'émission.

Martel, par ailleurs, critique globalement la droite nationale/souverainiste comme une menace interne comparable (dans sa logique) à l’extrême gauche, mais il ne rentre guère dans le détail technique du programme RN pour expliquer pourquoi telle ou telle mesure serait « délirante ». Il reste au niveau des grands principes : rejet du libéralisme politique, de l’UE telle qu’elle est, du pluralisme, selon lui.

Frédéric Martel confond ennemis et adversaires. Lorsqu’à la fin de son livre il ajoute à la longue liste des ennemis de l’Occident une série de figures conservatrices — Renaud Camus, Éric Zemmour, Elon Musk, Peter Thiel, voire Giorgia Meloni —, il amalgame ceux qui souhaitent détruire l’Occident et ceux qui contestent le tournant progressiste pris par les pays occidentaux. Or l’existence d’un débat pluraliste entre adversaires constitue précisément l’essence de nos démocraties. Lorsqu’il écrit : « S’ouvrir ou se fermer : telle est l’une des grandes lignes de fracture de notre époque », Martel réduit le débat à une opposition binaire à peine plus nuancée que celle des anti-Occidentaux entre dominants et dominés.

Deuxièmement, il confond Occident et progressisme. En affirmant qu’il existerait une convergence entre les ennemis tiers-mondistes de l’Occident et la « droite dure », il suggère en réalité que la seule position politique légitime serait celle du centrisme libéral et européiste. Son propos semble chercher à produire un « effet de drapeau » autour du progressisme : en mettant en avant des figures ou des régimes autoritaires caricaturaux comme ennemis de l’Occident, il tend à présenter comme allant de soi tout un ensemble de positions associées à l’« extrême centre » — progressisme sociétal, gouvernement des juges, militantisme LGBTQ, européisme — sans toujours les nommer explicitement. Il mobilise plutôt des notions plus consensuelles et plus vagues, comme l’État de droit, la démocratie ou le libéralisme, dans l’espoir de rallier un public beaucoup plus large, y compris des lecteurs parfois assez conservateurs sur les questions culturelles.

Puisque nos ennemis s’attaqueraient aux droits individuels, à l’État de droit et à l’Union européenne, il faudrait les sacraliser sans réserve. En revanche, il ne dit presque rien de l’immigration, alors même que la « droite dure » entend la limiter au nom de la préservation de cette civilisation occidentale, estimant que l’immigration massive importe aussi sur notre sol des adversaires, voire des ennemis, de l’Occident.

Frédéric Martel se dit dans cet entretien en couple « depuis une dizaine d'années avec un migrant ». Puis se reprend « une personne migrante ».

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