lundi 20 avril 2026

Les hommes occidentaux partent à l’étranger pour trouver des épouses « traditionnelles »

Il y a quelques années, Mike s’est lassé des rencontres amoureuses aux États-Unis. « Beaucoup de femmes là-bas ont été conditionnées à penser qu’il est normal de mal traiter les hommes », affirme-t-il. Travaillant à distance, il a décidé de s’installer en Thaïlande, où son pouvoir d’achat est plus élevé, et où il a rencontré le type de partenaire qu’il recherchait. Il est aujourd’hui fiancé à une Thaïlandaise, Pafan. (Tous deux ont souhaité rester anonymes.)

Le couple publie régulièrement des vidéos pour leurs milliers d’abonnés. Dans l’une d’elles, devenue virale et intitulée « Point de vue : tu as une petite amie thaïlandaise », Pafan est agenouillée en train de couper les ongles de Mike. Celui-ci explique que la majorité de ses abonnés sont des hommes américains, souvent « impressionnés » par l’attention qu’elle lui porte.

Mike fait partie d’un nombre croissant d’hommes surnommés les « passport bros » [les potes à passeport] : de jeunes Occidentaux qui voyagent à l’étranger pour améliorer leurs perspectives amoureuses. Sur des forums, des chaînes YouTube ou TikTok, ils classent les pays selon leurs critères, en recommandant ceux où les femmes seraient les plus « féminines », « traditionnelles » et enclines à prendre soin des hommes. La Thaïlande, le Brésil, la Colombie, les Philippines et le Vietnam figurent parmi les destinations les plus prisées. « C’est le truc génial en 2026 », affirme Austin Abeyta, installé à Da Nang (Tourane, Viet-Nâm).

Si ce phénomène évoque une rencontre entre les années 1950 et la « manosphere » contemporaine — cet univers en ligne où les frustrations amoureuses masculines se transforment en critiques plus larges des femmes — ce n’est pas un hasard. Comme le rappelle l’historienne Beth Bailey, le rejet de certaines femmes américaines au profit de partenaires jugées plus « traditionnelles » n’est pas nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, près de 100 000 soldats américains ont épousé des femmes étrangères (surtout européennes), dans un contexte où les rôles féminins évoluaient fortement aux États-Unis.

Aujourd’hui, ce mouvement est facilité par le télétravail et les visas pour nomades numériques, permettant aux hommes de s’installer directement à l’étranger plutôt que de faire venir leur partenaire.

Pourquoi ce regain d’intérêt ? Certains hommes estiment que le marché des rencontres leur est devenu défavorable. Ils dénoncent notamment les applications comme Tinder ou Hinge, où une minorité de profils concentrerait l’attention. Des études montrent en effet une forte inégalité : selon certaines analyses, les 10 à 20 % des hommes les plus populaires reçoivent la majorité des interactions, laissant les autres en forte concurrence.

Un changement culturel plus large est également en jeu. Certains jeunes hommes adoptent des positions plus conservatrices et recherchent des partenaires perçues comme plus « dociles ». Une étude récente d’Ipsos menée dans une trentaine de pays indique que :
  • plus de 50 % des hommes de la génération Z estiment que l’égalité femmes-hommes est allée assez loin,
  •  environ 30 % pensent qu’une épouse devrait toujours obéir à son mari.

D’autres enquêtes confirment un malaise croissant : aux États-Unis, par exemple, près de 60 % des jeunes hommes déclarent se sentir ignorés ou désavantagés dans les relations amoureuses, tandis que la proportion d’hommes se déclarant célibataires est nettement plus élevée que chez les femmes dans les moins de 30 ans.

L’économie joue aussi un rôle important. Vivre à l’étranger permet parfois de retrouver un modèle familial traditionnel plus accessible financièrement. Aux États-Unis, soutenir un foyer avec un seul revenu est devenu difficile : ajusté à l’inflation, le pouvoir d’achat des jeunes hommes a stagné, tandis que le coût du logement a fortement augmenté. « Cela ne me dérange pas de sortir avec une femme pauvre », confie Justin, un autre « pote à passeport ». « C’est plus probable d’obtenir des rôles traditionnels dans ces conditions. »

Les critiques ne manquent pas. Certains accusent ces hommes d’exploiter les femmes ou d’alimenter le tourisme sexuel. D’autres estiment que les femmes sont attirées principalement par la perspective d’un passeport occidental. Mais la réalité est souvent plus complexe. Jewel Clyte, la petite amie philippine d’Austin Abeyta, affirme par exemple ne pas vouloir vivre aux États-Unis, tout en reconnaissant que leur relation lui apporte une sécurité financière qu’elle n’aurait peut-être pas trouvée localement.

Source principale : The Economist

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