Le nombre des décès a dépassé celui des naissances en 2025, provoquant un électrochoc tardif qui ne s’est pas encore traduit par des mesures concrètes. Pourtant, les Français veulent encore des enfants.
Avec quatre enfants très rapprochés, Marie s’attendait forcément à quelques remarques désobligeantes. Comme ce jour-là dans les travées du marché de Nîmes, lorsqu’un commerçant lui a lancé : « Il faudra dire à votre mari d’acheter une télé ! » C’était pour plaisanter, bien sûr. Une autre fois, dans la queue aux Halles, une femme a supposé qu’elle devait être « bien riche » pour avoir tous ces enfants. Mais elle insiste : « Dans l’immense majorité des cas, on suscite de la bienveillance, voire de l’admiration. » Au quotidien, Marie met « beaucoup d’exigence » dans l’éducation de ses enfants pour ne pas ressembler à ces mères de familles nombreuses un peu dépassées. Elle veille à ce qu’ils soient propres, bien habillés et ne tolère aucune colère en public. Elle sait qu’ils attireront davantage les regards qu’une famille plus ordinaire.
Avec quatre enfants très rapprochés, Marie s’attendait forcément à quelques remarques désobligeantes. Comme ce jour-là dans les travées du marché de Nîmes, lorsqu’un commerçant lui a lancé : « Il faudra dire à votre mari d’acheter une télé ! » C’était pour plaisanter, bien sûr. Une autre fois, dans la queue aux Halles, une femme a supposé qu’elle devait être « bien riche » pour avoir tous ces enfants. Mais elle insiste : « Dans l’immense majorité des cas, on suscite de la bienveillance, voire de l’admiration. » Au quotidien, Marie met « beaucoup d’exigence » dans l’éducation de ses enfants pour ne pas ressembler à ces mères de familles nombreuses un peu dépassées. Elle veille à ce qu’ils soient propres, bien habillés et ne tolère aucune colère en public. Elle sait qu’ils attireront davantage les regards qu’une famille plus ordinaire.
Car il semblerait que les enfants aient mauvaise presse. Bruyants et envahissants, voire anti-écologiques, ils sont surtout de moins en moins nombreux à naître en France. L’année 2025 a enregistré un triste exploit puisque, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès a dépassé celui des naissances : 651 000 contre 645 000, soit un solde négatif de 6 000. La France rejoint plus vite que prévu ses voisins européens dans l’hiver démographique qui s’abat sur le Vieux Continent.
“PAS DE FATALITÉ”
La chute devrait s’accélérer dans les prochaines années à mesure que l’indice de fécondité poursuit sa baisse et que les baby-boomers dépassent les 80 ans. Est-ce à dire que les Français ne veulent plus d’enfants ? Les charmes de la statistique leur prêtent l’envie d’en avoir 2,3 pour former une famille idéale, soit une baisse de 0,4 point en vingt-cinq ans. Le modèle des deux enfants est de plus en plus perçu comme un maximum plutôt qu’un minimum, analyse l’Institut national d’études démographiques dans sa dernière note publiée en juillet, et sobrement intitulée : « Les Français·es (sic) veulent moins d’enfants ». Pour les deux démographes de l’Ined auteurs de l’étude, Milan Bouchet-Valat et Laurent Toulemon, l’affaire est entendue. Et la baisse de la fécondité va durer, même si l’écart entre le nombre de naissances effectives et le nombre souhaité reste important.
C’est précisément cet écart que l’Unaf souligne pour affirmer qu’il n’y a pas de fatalité. L’Union nationale des associations familiales relève que, depuis 2010, le désir d’enfants se maintient autour de 2,3 quand l’indice conjoncturel de fécondité s’est effondré de 2 à 1,6. Son président Bernard Tranchand souligne ainsi qu’on ne « constate pas de variation du désir d’enfant en quinze ans. Il faut donc lever les freins pour permettre aux familles d’en accueillir autant qu’elles le souhaitent. »
CONFIANCE DANS L'AVENIR
Les obstacles sont connus. Avec des études de plus en plus longues et un premier emploi stable toujours plus tardif, les jeunes entrent sur le marché du travail à l’âge où leurs parents commençaient à fonder leur famille. « Au sein des sociétés contemporaines, individualistes, ouvertes, compétitives, on est en premier lieu reconnu par la place que l’on occupe dans la division du travail et par les moyens financiers dont on dispose. Les enfants représentent alors un poids – leur présence nuit à la fluidité requise pour tirer au mieux parti des opportunités, ils peuvent constituer un handicap pour la vie professionnelle, en particulier pour les femmes », explique le philosophe Olivier Rey, auteur de Défécondité, un « tract » publié chez Gallimard. Les couples se stabilisent aussi de plus en plus tard. Sans oublier l’aspect matériel : on attend le bon salaire et le bon nombre de chambres avant de sauter le pas. Un alignement d’étoiles de plus en plus difficile à atteindre auquel s’ajoutent les difficultés liées à l’infertilité, facteur de grandes souffrances.
L’arrivée d’un enfant cristallise aussi toutes les inquiétudes des couples sur l’avenir économique, climatique ou politique. Il apparaît pourtant comme un remède dans bien des cas. Selon un sondage exclusif réalisé par l’Institut Hexagone pour Le Figaro Magazine, 65 % des parents interrogés estiment que la présence d’enfants améliore leur confiance dans l’avenir. Le chiffre reste important chez les non-parents, qui sont 41 % à y souscrire. L’étude brise aussi des clichés : loin de signer la fin de toute vie sociale, une naissance va au contraire la stimuler pour 80 % des parents. On se fait des amis en amenant ses enfants à la crèche ou au foot. Idem pour les loisirs, qui connaissent une amélioration pour 74 % des parents interrogés. Les enfants favorisent par ailleurs l’équilibre psychique ; sans faire abstraction du post-partum – cette période de fragilité qui suit l’accouchement pour la mère –, être parent est bon pour la santé mentale de 73 % des sondés. Et paradoxalement, malgré les nuits courtes et les bouleversements induits par une naissance, ils ont des effets positifs sur la santé physique (67 %), le logement (65 %) et la vie de couple (62 %).
« Les enfants font bouger, ils rendent plus dynamique », explique le rédacteur en chef d’Hexagone, Paul Cébille. « Idem pour le logement : on va généralement essayer de gagner une pièce, de passer d’un appartement à une maison… Ce sera peut-être plus cher ou plus loin, mais on vivra dans plus grand. » De manière générale, l’arrivée d’un enfant s’accompagne d’une amélioration de la vie pour 93 % des parents. Quant aux non-parents, 62 % considèrent que leur vie s’en trouverait potentiellement améliorée ; chiffre qui passe à 72 % chez les moins de 35 ans.
Le coût reste l’un des principaux freins à l’accueil de l’enfant. Le problème n’est pas nouveau : dès 1960, le prix Nobel d’économie Gary S. Becker s’y était intéressé dans une étude sur la fertilité. Dans son modèle, Becker démontre que le désir d’enfant est fonction du coût de sa réalisation. Alimentation, habillement, scolarisation… C’est ici que l’État et sa politique familiale entrent en jeu ; moins elle est généreuse, plus le « prix » de l’enfant supplémentaire augmente. « On voit qu’à chaque détérioration de la politique familiale, la fécondité chute, et inversement », analyse Gérard François Dumont. Géographe, démographe et professeur émérite à la Sorbonne, il est l’auteur d’une étude sur le sujet à Fondapol. « Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le principe d’universalité de la politique familiale a porté ses fruits en France. La natalité s’est maintenue à un niveau supérieur à la moyenne européenne, y compris à la suite de la crise de 2008. Mais la politique familiale s’est progressivement transformée en politique sociale. Le processus a connu des hauts et des bas depuis les années 1970, avant d’atteindre son paroxysme au milieu des années 2010, lorsque la politique familiale a subi ce que j’appelle un “grand soir”. » En cause : une très forte baisse du plafonnement du quotient familial, passé de 2 000 à 1 500 euros, inscrite dans la loi de finances 2014 sous l’impulsion du président socialiste François Hollande.
CHUTE DES NAISSANCES DÈS 2015
L’année suivante, sous la pression de la majorité de gauche emmenée par les socialistes, l’Assemblée nationale met fin à l’universalité des allocations familiales qui sont désormais calculées en fonction du revenu disponible du foyer. Citons aussi la réforme du congé parental, au conséquences désastreuses pour l’emploi des femmes. En parallèle, l’autonomie des communes est considérablement réduite, rendant plus difficile le financement des structures d’accueil de la petite enfance. « Certains démographes font commencer la baisse de la natalité en 2010. En réalité, elle était encore sur un plateau haut. La vraie chute intervenant à partir de 2015 à la suite de ces profonds rabotages », précise Gérard-François Dumont. Nathanaël, jeune père de famille parisien, a fait travailler ChatGPT pour calculer le manque à gagner. « Toutes ces mesures prises depuis dix ans, y compris l’augmentation du prix des places en crèche, représentent un surcoût de 10 000 euros par an pour notre foyer », assure-t-il. Mais contrairement à d’autres, cela ne le décourage pas de vouloir une grande famille. « Trois enfants pour moi, c’est la base. C’est exigeant au quotidien, mais la vie est bien faite. Le matériel s’adapte, je suis de cette école-là », dit celui qui veut offrir à ses enfants la vie qu’il a eue en grandissant dans une fratrie de trois. Avoir des enfants, c’est aussi une affaire de reproduction d’un modèle familial. Être à leur contact pousse à en avoir, Nathanaël en est persuadé : « S’il y avait plus de grandes familles, si les enfants étaient plus mis en valeur, je pense qu’il y en aurait plus. »
Pour Gérard-François Dumont, relancer les naissances passe par des mesures fortes. « Il faut restaurer une politique familiale lisible et pérenne pour qu’elle regagne la confiance des familles. Il faut rétablir l’universalité des allocations familiales, rétablir de la justice dans le quotient familial et l’étendre à la CSG, qui a pris une importance considérable pour tout le monde, y compris pour les familles dont elle ne prend pas en compte les charges qui leur sont propres », défend-il. D’autres vont encore plus loin. Dans un rapport parlementaire récent, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus plaide pour un « big bang » de la politique familiale. Il propose la refonte d’une partie des aides en une prime unique de 250 euros par mois et par enfant. « L’État n’a pas à dire aux couples ou aux femmes s’ils doivent faire des enfants ni combien ils doivent en avoir. En revanche, les politiques publiques doivent permettre à ceux qui souhaitent fonder ou agrandir leur famille de pouvoir le faire », affirmait-il dans les colonnes du Figaro.
Dans un autre rapport remarqué pour la fondation Res publica, le diplomate Oscar Bockel et l’énarque Tristan Claret-Trentelivres proposaient, en novembre dernier, la mise en place d’une stratégie du troisième enfant. « La littérature empirique montre que le soutien au premier enfant est inefficace », expose Tristan Claret-Trentelivres. « Avoir un premier enfant repose sur des arbitrages moins matériels qu’anthropologiques : est-ce que je veux transmettre la vie ? Est-ce que je me projette dans mon couple ? L’État n’a pas la main dessus. L’arrivée du deuxième enfant renvoie à un modèle familial tellement structurant en France qu’elle se produit chez 80 % des couples avec enfant. Le vrai décrochage se situe à partir du troisième. C’est là que les facteurs matériels et pratiques prennent le plus de place. Il faut généralement gagner une chambre, acheter une voiture plus spacieuse… »
BÉNÉFICES POUR TOUS
Les deux auteurs plaident donc pour une aide massive et ciblée sur le troisième : 40 000 euros défiscalisés reçus en une seule fois pour créer un effet d’entraînement. Selon eux, cette politique permettrait de provoquer 80 000 naissances de troisième rang, soit une augmentation de 12 % des naissances totales et ferait passer, toutes choses égales par ailleurs, le taux de fécondité de 1,6 à 1,8. Le modèle a fait ses preuves en Russie. À partir de 2007, dans ce pays où règne le modèle de l’enfant unique, le passage au deuxième a été subventionné par un « capital maternité » de 10 000 euros versés à la naissance, soit l’équivalent d’un an de salaire. L’indice de fécondité, qui stagnait autour de 1,3 entre 2002 et 2006, est passé à 1,78 en 2015, notent les auteurs de l’étude. Et, comme pour donner raison à Bockel et Claret-Trentelivres, le nombre de naissances a connu une nouvelle chute à partir de 2021 lorsque l’essentiel de la subvention a été avancée à la naissance du premier enfant, supprimant ainsi l’incitation pour les familles à avoir un deuxième enfant. « Le désir d’enfants est toujours là. Il repose sur une base anthropologique solide qui n’a pas de raison de disparaître, malgré un terrain social et culturel moins favorable », estime Tristan Claret-Trentelivres. « Voilà pourquoi les pouvoirs publics ne devraient pas avoir de pudeur à pousser les Français à avoir des enfants. Ces naissances profiteront à tout le monde, y compris aux non-parents qui bénéficient comme les autres du modèle social français. Une telle politique coûterait cher. Mais on parle d’augmenter les naissances de 10 %, et d’augmenter la population tendanciellement de 10 %. Si on y arrive, ce ne seraient pas les 6 milliards d’euros d’argent public les plus mal dépensés…
L’arrivée d’un enfant cristallise aussi toutes les inquiétudes des couples sur l’avenir économique, climatique ou politique. Il apparaît pourtant comme un remède dans bien des cas. Selon un sondage exclusif réalisé par l’Institut Hexagone pour Le Figaro Magazine, 65 % des parents interrogés estiment que la présence d’enfants améliore leur confiance dans l’avenir. Le chiffre reste important chez les non-parents, qui sont 41 % à y souscrire. L’étude brise aussi des clichés : loin de signer la fin de toute vie sociale, une naissance va au contraire la stimuler pour 80 % des parents. On se fait des amis en amenant ses enfants à la crèche ou au foot. Idem pour les loisirs, qui connaissent une amélioration pour 74 % des parents interrogés. Les enfants favorisent par ailleurs l’équilibre psychique ; sans faire abstraction du post-partum – cette période de fragilité qui suit l’accouchement pour la mère –, être parent est bon pour la santé mentale de 73 % des sondés. Et paradoxalement, malgré les nuits courtes et les bouleversements induits par une naissance, ils ont des effets positifs sur la santé physique (67 %), le logement (65 %) et la vie de couple (62 %).
« Les enfants font bouger, ils rendent plus dynamique », explique le rédacteur en chef d’Hexagone, Paul Cébille. « Idem pour le logement : on va généralement essayer de gagner une pièce, de passer d’un appartement à une maison… Ce sera peut-être plus cher ou plus loin, mais on vivra dans plus grand. » De manière générale, l’arrivée d’un enfant s’accompagne d’une amélioration de la vie pour 93 % des parents. Quant aux non-parents, 62 % considèrent que leur vie s’en trouverait potentiellement améliorée ; chiffre qui passe à 72 % chez les moins de 35 ans.
Le coût reste l’un des principaux freins à l’accueil de l’enfant. Le problème n’est pas nouveau : dès 1960, le prix Nobel d’économie Gary S. Becker s’y était intéressé dans une étude sur la fertilité. Dans son modèle, Becker démontre que le désir d’enfant est fonction du coût de sa réalisation. Alimentation, habillement, scolarisation… C’est ici que l’État et sa politique familiale entrent en jeu ; moins elle est généreuse, plus le « prix » de l’enfant supplémentaire augmente. « On voit qu’à chaque détérioration de la politique familiale, la fécondité chute, et inversement », analyse Gérard François Dumont. Géographe, démographe et professeur émérite à la Sorbonne, il est l’auteur d’une étude sur le sujet à Fondapol. « Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le principe d’universalité de la politique familiale a porté ses fruits en France. La natalité s’est maintenue à un niveau supérieur à la moyenne européenne, y compris à la suite de la crise de 2008. Mais la politique familiale s’est progressivement transformée en politique sociale. Le processus a connu des hauts et des bas depuis les années 1970, avant d’atteindre son paroxysme au milieu des années 2010, lorsque la politique familiale a subi ce que j’appelle un “grand soir”. » En cause : une très forte baisse du plafonnement du quotient familial, passé de 2 000 à 1 500 euros, inscrite dans la loi de finances 2014 sous l’impulsion du président socialiste François Hollande.
CHUTE DES NAISSANCES DÈS 2015
L’année suivante, sous la pression de la majorité de gauche emmenée par les socialistes, l’Assemblée nationale met fin à l’universalité des allocations familiales qui sont désormais calculées en fonction du revenu disponible du foyer. Citons aussi la réforme du congé parental, au conséquences désastreuses pour l’emploi des femmes. En parallèle, l’autonomie des communes est considérablement réduite, rendant plus difficile le financement des structures d’accueil de la petite enfance. « Certains démographes font commencer la baisse de la natalité en 2010. En réalité, elle était encore sur un plateau haut. La vraie chute intervenant à partir de 2015 à la suite de ces profonds rabotages », précise Gérard-François Dumont. Nathanaël, jeune père de famille parisien, a fait travailler ChatGPT pour calculer le manque à gagner. « Toutes ces mesures prises depuis dix ans, y compris l’augmentation du prix des places en crèche, représentent un surcoût de 10 000 euros par an pour notre foyer », assure-t-il. Mais contrairement à d’autres, cela ne le décourage pas de vouloir une grande famille. « Trois enfants pour moi, c’est la base. C’est exigeant au quotidien, mais la vie est bien faite. Le matériel s’adapte, je suis de cette école-là », dit celui qui veut offrir à ses enfants la vie qu’il a eue en grandissant dans une fratrie de trois. Avoir des enfants, c’est aussi une affaire de reproduction d’un modèle familial. Être à leur contact pousse à en avoir, Nathanaël en est persuadé : « S’il y avait plus de grandes familles, si les enfants étaient plus mis en valeur, je pense qu’il y en aurait plus. »
Pour Gérard-François Dumont, relancer les naissances passe par des mesures fortes. « Il faut restaurer une politique familiale lisible et pérenne pour qu’elle regagne la confiance des familles. Il faut rétablir l’universalité des allocations familiales, rétablir de la justice dans le quotient familial et l’étendre à la CSG, qui a pris une importance considérable pour tout le monde, y compris pour les familles dont elle ne prend pas en compte les charges qui leur sont propres », défend-il. D’autres vont encore plus loin. Dans un rapport parlementaire récent, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus plaide pour un « big bang » de la politique familiale. Il propose la refonte d’une partie des aides en une prime unique de 250 euros par mois et par enfant. « L’État n’a pas à dire aux couples ou aux femmes s’ils doivent faire des enfants ni combien ils doivent en avoir. En revanche, les politiques publiques doivent permettre à ceux qui souhaitent fonder ou agrandir leur famille de pouvoir le faire », affirmait-il dans les colonnes du Figaro.
Dans un autre rapport remarqué pour la fondation Res publica, le diplomate Oscar Bockel et l’énarque Tristan Claret-Trentelivres proposaient, en novembre dernier, la mise en place d’une stratégie du troisième enfant. « La littérature empirique montre que le soutien au premier enfant est inefficace », expose Tristan Claret-Trentelivres. « Avoir un premier enfant repose sur des arbitrages moins matériels qu’anthropologiques : est-ce que je veux transmettre la vie ? Est-ce que je me projette dans mon couple ? L’État n’a pas la main dessus. L’arrivée du deuxième enfant renvoie à un modèle familial tellement structurant en France qu’elle se produit chez 80 % des couples avec enfant. Le vrai décrochage se situe à partir du troisième. C’est là que les facteurs matériels et pratiques prennent le plus de place. Il faut généralement gagner une chambre, acheter une voiture plus spacieuse… »
BÉNÉFICES POUR TOUS
Les deux auteurs plaident donc pour une aide massive et ciblée sur le troisième : 40 000 euros défiscalisés reçus en une seule fois pour créer un effet d’entraînement. Selon eux, cette politique permettrait de provoquer 80 000 naissances de troisième rang, soit une augmentation de 12 % des naissances totales et ferait passer, toutes choses égales par ailleurs, le taux de fécondité de 1,6 à 1,8. Le modèle a fait ses preuves en Russie. À partir de 2007, dans ce pays où règne le modèle de l’enfant unique, le passage au deuxième a été subventionné par un « capital maternité » de 10 000 euros versés à la naissance, soit l’équivalent d’un an de salaire. L’indice de fécondité, qui stagnait autour de 1,3 entre 2002 et 2006, est passé à 1,78 en 2015, notent les auteurs de l’étude. Et, comme pour donner raison à Bockel et Claret-Trentelivres, le nombre de naissances a connu une nouvelle chute à partir de 2021 lorsque l’essentiel de la subvention a été avancée à la naissance du premier enfant, supprimant ainsi l’incitation pour les familles à avoir un deuxième enfant. « Le désir d’enfants est toujours là. Il repose sur une base anthropologique solide qui n’a pas de raison de disparaître, malgré un terrain social et culturel moins favorable », estime Tristan Claret-Trentelivres. « Voilà pourquoi les pouvoirs publics ne devraient pas avoir de pudeur à pousser les Français à avoir des enfants. Ces naissances profiteront à tout le monde, y compris aux non-parents qui bénéficient comme les autres du modèle social français. Une telle politique coûterait cher. Mais on parle d’augmenter les naissances de 10 %, et d’augmenter la population tendanciellement de 10 %. Si on y arrive, ce ne seraient pas les 6 milliards d’euros d’argent public les plus mal dépensés…
Source : Le Figaro Magazine

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